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3 décembre 2015 4 03 /12 /décembre /2015 19:04

La France, c'est devenu cet État qui recherche à tout prix la croissance pour résoudre un chômage devenu structurel, pour intégrer ses jeunes de banlieues, pour limiter les déficits de ses régimes de retraites, pour augmenter ses revenus, bref la croissance comme unique solution pour aller mieux. Et quand on parle croissance, c'est bien de la croissance du PIB, ce fameux produit qui enregistre tout ce qui est  l'objet d'une transaction monétaire. Pour la croissance, n'échangez surtout pas votre appartement avec des amis, ne faites pas de covoiturage avec votre collègue, ne réparez pas vous-même ce que vous êtes en capacité de faire, ne tondez pas votre pelouse, ne gardez pas votre voiture pendant 15 ans, mais dépensez, dépensez, empruntez s'il le faut pour vous offrir un week-end en TGV ou en avion loin de chez vous, pour partir en croisière dans ces navires grands comme des villes, pour disposer d'une voiture en leasing renouvelée régulièrement, pour acquérir le nouveau portable tellement mieux que votre vieux modèle de l'année dernière, … la liste est longue de ces envies pas si nécessaires. Mais c'est pour elles que notre État investit si bien dans les nouvelles liaisons LGV Bordeaux-Dax et Bordeaux-Toulouse inamortissables et si destructrices des biotopes locaux, ou dans un aéroport comme celui de Notre Dame des Landes, et favorise comme il peut la construction de Center Parcs comme à Roybon ou la couverture en mode 4G du territoire.

La France, un État qui joue dans ses grandes masses le jeu de la croissance la plus classique, bien éloignée d'une politique économique qui mettrait au cœur de ses préoccupations une problématique écologique de long terme, imposant une agriculture saine et biologique, et favorisant un habitat équilibré dans l'espace et construit ou rénové à partir d'éco-matériaux ; une politique économique qui s'appuierait aussi sur les liens sociaux plus que sur la seule dépense marchande ; une politique économique bâtie sur la notion de résilience plutôt que sur une logique à courte vue laissant des millions d'individus au bord de la route.

La France c'est le seul pays au monde qui ait tant misé depuis 1974 avec le plan Messmer (1) sur l'énergie nucléaire au détriment direct des énergies renouvelables et qui a pratiqué un mensonge d’État au moment de Tchernobyl en laissant croire que les nuages radioactifs s'étaient arrêtés à  nos frontières.

La France, c'est aussi cet État qui n'hésite pas à employer une violence extrême à l'égard des manifestants écologiques – faut-il rappeler (2) Creys-Malville ou le barrage de Sivens ? - comme à utiliser les procédures permises par la proclamation d'un état d'urgence pris dans la foulée d'attentats terroristes pour empêcher très concrètement des manifestations écologiques pacifiques au moment d'un grand rendez-vous célébré mondialement, et pour  réaliser aussi des perquisitions au domicile de militants 'verts' produisant des légumes bio et assimilés un temps à des terroristes.

La France, c'est encore cet État qui favorise fiscalement le diesel pour défendre des intérêts économiques précis au prix de la santé de sa propre population, puis qui après le scandale Volkswagen annonce officiellement par la voix de Ségolène Royal, Ministre de la République, une baisse de 1 centime d'euro sur l'essence, baisse  symbolisant un changement de cap très progressif en défaveur d'un diesel trop longtemps avantagé ; et qui benoîtement indique à peine deux mois plus tard une hausse des taxes de 2 centimes sur l'essence. On peut bien comprendre qu'il s'agit en fait d'une collision entre la contribution climat-énergie pour un montant de 3 centimes et ladite baisse, dans les faits, tout se passe comme si cet État ne savait plus faire de politique et perdait le sens des symboles, incapable de mettre en musique le moindre changement en faveur d'une pollution moindre.

Et pourtant la France, c'est aussi cet État qui a joué un rôle important à Rio en 1992, cet État qui a su prononcer par la voix de Jacques Chirac en 2002 au Sommet de la Terre à Johannesburg des paroles fortes qui retentissent encore : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ».

C'est encore et surtout cet État qui se souvient qu'il est un modèle historique de l’État-nation et qui sait mettre en œuvre comme nul autre son savoir-faire régalien et faire appel aux montages juridiques les plus sophistiqués pour inventer et défendre le principe d'un accord à la fois « universel, différencié et contraignant » selon les mots du Président François Hollande prononcés lors de son discours d'ouverture de la COP21 le 30 novembre 2015 ; État qui sait  utiliser au mieux toutes ses ressources politiques et diplomatiques pour réussir cette COP21, sachant marier l'efficacité de notre diplomatie à un volontarisme politique qui n'est pas feint.

Bien sûr il ne faut pas s'illusionner sur la capacité de cette grand-messe à obtenir les résultats que les scientifiques et les écologistes jugent nécessaires, et ce d'autant plus que les engagements prévus  s'appuient principalement sur des évolutions technologiques et une amélioration de l'efficience énergétique, et ne s'inscrivent en rien dans une logique de rupture pour aller vers une sobriété revendiquée de nos consommations. Faut-il aussi ajouter que la question démographique, un détail à presque 10 milliards près (soit le nombre projeté des humains en 2050), ne fait pas non plus partie des items de cette conférence ?

Néanmoins, outre son impact médiatique sur des opinions encore en partie à informer et à convaincre, cette COP21 devrait pouvoir limiter un peu la casse. Après tout c'est toujours bon à prendre, et on pourra alors remercier ce très vieil état-nation au bord de la faillite d'avoir su renouveler l'outil 'COP', ce cadre d'action mondial si insuffisant mais nécessaire.

_________________________________________________________________________________

1 : sur ce sujet, « 1974 : le plan Messmer choisit l'option du tout nucléaire », Alternatives Economiques n° 69, sept 2014.

2 : voir notamment l’émission de Franc Culture ; Les pieds sur Terre du  6 octobre 2015 « De Creys Malville à Sivens  : Vital Michalon et Rémy Fraisse »

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Published by Jean Bruguier - dans Politique
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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 11:44

Alors que les préparatifs de la COP 21 battent leur plein et que l'évènement suscite beaucoup d’attentes, il apparait que l’un des principaux sujet de pression anthropique et notamment d’émission de gaz à effet de serre, à savoir, le nombre des hommes, ne doive pas y être évoqué.

Tabou ? Refus d'envisager le long terme ? Pourtant, à comportement égal les émissions de CO2 sont proportionnelles à nos effectifs et une majorité des habitants de la planète ne peut guère  réduire sensiblement les siennes. Améliorer le niveau de vie des plus pauvres conduira au contraire à augmenter les émissions individuelles.

Alors, peut-on dans ce contexte se contenter d'envisager une action sur les modes de consommation ? Ne doit on pas aussi nvisager une réflexion sur l'évolution de notre nombre et une maîtrise de notre démographie ?  L'ONU vient précisément de réhausser ses projections pour 2050 comme pour 2100 : nous serons plus de 11 milliards à la fin du siècle contre 7,4 ajourd'hui ! La Chine de son côté tente de relancer sa fécondité en mettant fin à la politique de l'enfant unique.

Pour évoquer ces questions, l’association Démographie Responsable organisera à Paris puis à Suresnes les 19 et 21 novembre prochains deux conférences intitulées :

 

La COP21 peut-elle éluder la question démographique ?

 

Jeudi 19 novembre 2015 à 20 h 30 à Paris

Fiap Jean Monet, 30 rue Cabanis, Paris 14ème

 

Avec les interventions de :

- Yves Cochet, ancien ministre de l’environnement,

- Odon Vallet, professeur à Sciences Po

- Roger Martin, président de l’association Population Matters

- Gérard Charollois, président de Convention Vie et Nature

- Denis Garnier, président de Démographie Responsable

 

Attention la conférence de Suresnes annoncée ci-dessous est reportée suite aux récents évènements survenus à Paris

 

Samedi 21 novembre 2015, 14 h 30 à Suresnes (92)

Salle multimédia, place des Courtieux,

 

Avec les interventions de :

Antoine Waechter, président du MEI

Michel Sourrouille, écologiste et malthusien

Denis Garnier, président de Démographie Responsable.

 

Chaque conférence donnera lieu à un débat entre le public et les intervenants.

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Published by Didier BARTHES - dans Démographie
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31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 07:44

Quel que soit l’avis intéressé des patrons de Disney, la fin de la politique de l’enfant unique en Chine constitue le plus mauvais signe que l’on pouvait recevoir en matière de protection de l’environnement.

A la veille même de la COP21, cette décision montre que le pays le plus peuplé au monde n’intègre absolument pas le facteur démographique comme élément de la destruction systématique de la planète par notre espèce. Ici en France, la quasi-absence de dénonciation de cette mesure ne fait que renforcer ce sentiment. Les hommes pensent qu’être toujours plus nombreux est une richesse et rien, ni la pollution, ni la disparition de la moitié des espèces sauvages en 50 ans, ni la multiplication des mégalopoles ne semble devoir leur ouvrir les yeux.

Certains arguent que cette décision ne changera pas grand-chose pour une double raison.

D’une part la politique de l’enfant unique n’était ni généralisée ni totalement respectée, la naissance d’une fille en tant que premier enfant donnait lieu à des exemptions, les campagnes bénéficiaient parfois d’une législation adoucie et de nombreuses minorités pouvaient avoir plus d’un enfant (la fécondité en Chine s'établit déjà à 1,7 enfant par femme). D’autre part et surtout, les chinois se sont désormais installés dans un modèle d’enfant unique, sur le plan culturel comme sur le plan économique. Même en l’absence de pénalité pour la seconde naissance, l’enfant unique restera intéressant économiquement (à cause du coût de l'éducation notamment) et restera valorisé du point de vue culturel, les mentalités évoluant lentement. La situation ne devrait donc pas changer du tout au tout. Peut-être, toutefois la décision n’a pas été prise au hasard et l’on peut compter sur un pays aussi dirigiste que la Chine pour influencer les évènements.

On estime parfois que les politiques natalistes ou antinatalistes ne servent à rien, comme si les dirigeants les prenaient pour faire plaisir.  Or, justement la politique inverse avait bien fonctionné, évitant selon les différentes estimations entre 400 et 500 millions de naissances au cours des dernières décennies. Aurait-elle donné de trop bons résultats au point que la Chine, effrayée, veuille aujourd’hui amortir le phénomène par peur d'une forme de déplétion humaine trop brutale ? En tout cas, qu’aurait fait la Chine de toutes ces bouches à nourrir ? Aurait-elle connu un développement économique aussi faramineux ? C’est bien improbable compte tenu des charges (éducation, logement…) que cela aurait engendré.

Mais il existe encore un autre motif d’inquiétude, ce sont les raisons qui sont avancées : Lutter contre le vieillissement de la population ! Or il n’y a pas pire raison que celle-ci, car elle marque une très mauvaise appréhension des phénomènes démographiques à long terme. Rappelons cette vérité toute simple : Le temps s’écoule et aucun régime politique n’y pourra rien. Aussi tous les jeunes d’aujourd’hui seront les vieux de demain (à moins que de modernes Lyssenko  ne veuillent soumettre les lois de la nature à la "bienpensance" politique). Ainsi, le nombre et la proportion importante de personnes âgées aujourd’hui, et plus encore dans les années à venir, en France comme en Europe, résultent et résulteront directement du baby-boom des années 1950 et 1960. Il en sera de même en Chine dans 60 ans, les naissances supplémentaires attendues demain  se transformeront après-demain en vieillards excédentaires.

Que ferons-nous ? Que ferons les chinois ? Quelle vie, quelles ressources auront à leur disposition ces personnes déjà fragilisées par la vieillesse ? Faudra-il alors imposer la famille de 4 enfants et faire des milliards de nourrissons pour maintenir à toute force l’âge moyen de la population en dessous d’un certain seuil ? On voit bien qu'il s'agit d'entrer là dans un cercle vicieux où la société ne semble devoir trouver son équilibre que si chaque génération est plus nombreuse que la précédente. Dans un monde fini (et il l’est !) c’est évidemment une folie. Dans le domaine de la finance cela s’appelle une pyramide de Ponzi et se termine toujours très mal.

A plus court terme même, un rehaussement de la natalité chinoise pourrait se traduire par une véritable catastrophe sociale. Peut-on raisonnablement faire le pari que, 50 ans durant, la Chine connaitra une croissance économique toujours aussi aussi forte. Si la natalité remonte, dans 20 ans ce sont des classes d’âges plus nombreuses qui se présenteront sur le marché du travail, si à ce moment-là, la Chine connait la moindre récession c’est par dizaines et sans doute par centaines de millions que se compteront les chômeurs ? L’ampleur du pays fera l’ampleur de la catastrophe. Or justement, il est fort probable que dans 20 ans le monde se heurte de plein fouet aux effets de la déplétion pétrolière. Le pari est pour le moins risqué et la nature bien peu prise en compte. Ces éventuelles naissances supplémentaires donneront des habitants qui devront être logés, qui devront consommer, circuler... bref, présenter une empreinte écologique pour une part proportionelle à leurs effectifs.

Le vieillissement de la population est inéluctable, c'est d'ailleurs un excellent signe, nous profitons de la vie plus longtemps, c'est une folie de vouloir le repousser par une fuite en avant. Il adviendra quoiqu'il arrive.  Plus nous le repoussons, plus il se produira sur des effectifs nombreux et plus difficiles à gérer.

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Published by Didier BARTHES - dans Démographie
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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 17:24

Penser aux pauvres et aux petits. C'est l'un des fondamentaux sur lequel nos sociétés se sont construites. Il n'est alors pas étonnant que des responsables politiques mettent en avant le côté insupportable de l'augmentation de ce carburant qu'est le gas-oil pour ces gens défavorisés, carburant qui leur permet d'aller au travail pour pas trop cher depuis les lointaines banlieues où ils ont été relégués. Résultat, on continuera en France pendant encore des années à sous-taxer un carburant dangereux pour notre santé et à faire payer plus cher ceux qui ont choisi une solution du moindre mal en acquérant une voiture fonctionnant à l'essence. Ce qui ne peut que contribuer à faire croître un sentiment d'injustice et d'absurdité. Bref, une logique du social qui produit le contraire de ce qu'elle est censée faire.

Et cela d'autant plus que cette politique permet à l'immense majorité des possesseurs de grosses voitures – il suffit de regarder la répartition diesel/essence des ventes d'automobiles haut de gamme – de bénéficier de la sous-taxation du diesel. Concrètement, avec un coût pour l’État de plus de 7 milliards d'euros, ce système permet à des possesseurs de voitures de plus de 45.000 euros de rouler pas cher en s'abritant derrière le pauvre petit banlieusard se déplaçant avec sa vieille Renault Mégane dci achetée d'occasion …

Il est toutefois temps dans cette affaire de regarder de quoi on parle : en somme, quel serait l'impact d'une hausse de 10 centimes des taxes sur le gas-oil - nécessaire afin de faire converger les taxes sur l'essence et le gas-oil - pour un automobiliste parcourant environ 13.000 km/an ? Avec une consommation moyenne d'environ 1 000 litres sur l'année, le surcoût serait de 100 euros/an. Une somme pas si considérable, bien moindre en tous cas que certaines hausses d'impôt qui ont frappé durement beaucoup de petits contribuables en France ces dernières années. Pour l'exemple, la suppression de la demi-part fiscale des veuves ayant élevé un enfant s'était révélée bien plus douloureuse et n'avait pas tant mobilisé nos décideurs …

Mais derrière cet exemple problématique posé par le diesel, sans doute grossi par des lobbies influents, se joue aussi la capacité de nos sociétés à s'adapter aux changements nécessités par les contraintes écologiques. Très souvent les évolutions pour un monde plus vivable impactent nos façons de vivre et supposent pour les familles soit des investissements financiers soit des coûts supplémentaires, auxquels il faut en plus ajouter des modes d'agir plus compliqués et parfois plus chronophages.

Tout le monde peut prendre le temps de trier ses poubelles, mais déjà tout le monde n'a pas toujours le temps ni les connaissances pour pratiquer une cuisine travaillant des produits provenant de l'agriculture biologique choisis sur un marché local. Et tout le monde, c'est important, n'a pas par exemple les moyens de financer un habitat à la fois sain et économe en énergie, tout le monde n'a pas les moyens d'adapter sa consommation et les objets qu'il utilise à un standard écologique élevé. Car la plupart du temps, ce n'est pas de 100 euros/an dont on parle, mais de coûts de plusieurs milliers d'euros pour une famille française qui voudrait adhérer à une transition écologique qui ne soit pas un trompe l’œil.

Bien sûr il y a des priorités à se donner, et les classes moyennes et supérieures en France auraient les moyens de vivre de manière beaucoup plus écolo à condition de faire des arbitrages parfois douloureux. Pour reprendre l'exemple précité, il leur serait possible de financer sans prise en charge par la puissance publique les adaptations de leur habitat si elles consentaient notamment à utiliser sur des durées longues des voitures très modestes et plus globalement si elles abandonnaient un style de consommation privilégiant l'éphémère, en choisissant une vita povera souvent défendue sur le blog d’Économie Durable.

Mais il y a les autres, dont le budget est si contraint que leurs possibilités d'arbitrage et de redéploiement sont quasi-nulles. Et dont les difficultés sont déjà et seront à l'avenir systématiquement mises en avant pour bloquer tant une fiscalité écologique pesant sur les ménages que des contraintes normatives à but écolo sur les objets de leur quotidien. Que faire alors pour éviter l'instrumentalisation de la pauvreté par les lobbies du vieux monde industriel pour contrer les évolutions écologiques nécessaires ? Que faire pour éviter la défense de pratiques polluantes au nom de la défense des pauvres et des défavorisés de nos sociétés, alors que ceux-ci seront en première ligne lors des futures catastrophes écologiques ?

La pollution au nom des pauvres ! Il est urgent pour tous ceux qui défendent l'écologie de réfléchir aux moyens de faire sauter ce verrou. Compenser le coût de ces nouvelles contraintes pour les déshérités de la société de croissance, promouvoir une société plus égalitaire donnant à tous les moyens de prendre ce virage si nécessaire, mettre en place des politiques autoritaires capable de faire fi des dégâts sociaux collatéraux engendrés, un peu des deux ou des trois sans doute, en tout cas la transition écologique de nos sociétés ne se fera pas sans une interrogation collective sur notre capacité à affronter l'avenir ensemble, quitte à remettre en question notre actuel modèle démocratique aujourd'hui si paralysant.

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Published by Jean Bruguier - dans Billets d'humeur
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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 12:36

Les inondations qui viennent de frapper les Alpes Maritimes suscitent évidemment moult commentaires. Commentaires sur les causes mais aussi sur les responsabilités éventuelles.

Si en effet, les médias continuent d’attribuer les épisodes récurrents de pollution sur l’Ile de France à la mauvaise volonté de la météo, il semble qu’en matière de pluies brutales nous soyons un peu plus lucides et que la responsabilité anthropique soit désormais largement reconnue.

Deux types d’implications sont retenus. D’une part, une responsabilité globale et diffuse via le réchauffement climatique censé favoriser les « épisodes extrêmes », d’autre part, à un niveau  local, une responsabilité sur ce qui a généré de telles conséquences pour ces pluies. L’imprévoyance et/ou l’avidité de quelques maires et promoteurs prompts à ignorer les mises en garde et à bétonner à tout va pour des profits financiers ou politiques de court terme sont largement mises en cause.

Comme lors du tremblement de terre d’Haïti en 2010, (voir ici l’article que nous avions consacré à cette catastrophe) l’urbanisation à outrance constitue le coupable idéal; celui dont la dénonciation vous vaudra votre diplôme d’écologiste clairvoyant sinon bienpensant. Seul un esprit particulièrement taquin et mal intentionné pourrait faire remarquer que ce sont souvent ces mêmes écologistes qui se font par ailleurs les défenseurs de la densification de l’habitat.

C’est que se contenter de dénoncer l’urbanisation, c’est s’arrêter en route, c’est ne pas aller un cran plus loin en s’interrogeant sur ce qui, en amont, favorise cette urbanisation. Une fois encore nous retrouvons l’incontournable question du nombre des hommes.

Nous la retrouvons bien sûr au niveau planétaire sur la question du réchauffement climatique, puisque à mode de vie équivalent, les émissions de gaz à effet de serre sont tout simplement proportionnelles au nombre de terriens (1). Mais nous la retrouvons aussi au niveau local ; car si dans l’urbanisation effrénée, la cupidité et l’ambition de quelques-uns ont évidemment leur rôle, elles ne trouvent à s’appliquer que parce qu’une demande bien réelle existe de la part d’une population toujours plus nombreuse, et cela en France comme dans le monde entier. Une proportion importante et d’ailleurs croissante de la population mondiale vit à proximité des côtes parfois pour des raisons économiques, mais parfois également, comme c’est largement le cas sur les côtes méditerranéennes françaises, pour des raisons climatiques.

Cependant, la surdensité locale que l’on rencontre en tel ou tel point du territoire et notamment sur la côte d’Azur n’est pas le seul fruit d’un appétit économique ou d’un désir de confort (2), elle est aussi le fruit d’une pression démographique sur l’ensemble du territoire. Si un certain pourcentage d’une population veut s’installer dans telle ou telle portion du pays, le nombre de personnes qui s’installeront effectivement sera notamment déterminé par la taille de la population totale. La surdensité locale parfois dénoncée est pour partie le fruit de la surdensité globale qui, elle, n’est jamais évoquée. Cet enchaînement-là reste quasiment passé sous silence comme il semble devoir l’être lors des prochaines négociations climatiques de Paris (1).

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(1) La responsabilité du facteur démographique sera discutée lors de deux conférences intitulées « Réchauffement climatique et surpopulation » organisées à Paris et à Suresnes par l’association Démographie Responsable les 19 et 21 novembre prochains. Parmi les intervenants se trouveront notamment Yves Cochet, député européen, ancien ministre de l’environnement et aujourd’hui président de l’ Institut Momentum  ainsi qu’Antoine Waechter, président du Mouvement Ecologiste Indépendant et ancien candidat à la Présidence de la République.

(2) Désir de confort parfois méprisés, mais pourtant tout à fait légitime, toutes les espèces vivantes ne tentent-elles pas de s’installer là où les conditions leur paraissent optimales ? Finalement le droit au soleil fait partie de ces droits qui, comme beaucoup d’autres, risquent d’être sacrifiés dans un monde qui mettra le droit au nombre au-dessus de de tous les autres.

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Published by Didier BARTHES - dans Climat
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14 septembre 2015 1 14 /09 /septembre /2015 06:44

Après que l’ONU a publié fin juillet ses nouvelles estimations sur l’évolution de la population mondiale, c’est désormais au tour de l’INED, via la revue Populations & Sociétés, d’offrir un panorama de la démographie planétaire et de proposer ses propres projections pour 2050.

Cette étude, éditée tous les deux ans sous la plume de Gilles Pison (1), permet d’établir un comparatif régulier et de voir comment évoluent, non seulement la population, mais également nos anticipations sur celle-ci. Pas de surprise bien sûr, l'ONU et l'INED parviennent à des résultats très semblables.

Voici les principales données, les estimations sont fournies pour la mi-année. Sources : document cité ci-dessus et versions précédentes

 

Population globale (en millions)

 

                                 2005        2007      2009         2011      2013       2015

 

Afrique                      906            944       999       1 051       1 101     1 171 

Amérique                  888           904        920          942          958        987

Asie                        3 921        4 010     4 117       4 216      4 305     4 397

Europe                      730           733        738          740         740        742

Océanie                      33             34          36            37           38          40

Total Monde          6 477        6 625     6 810       6 987     7 143     7 336

 

On peut déduire de ces chiffres l’évolution du taux de croissance mondial :

De 2005 à 2007  + 148 millions d’habitants soit + 74 par an ou + 1,1 %

De 2007 à 2009  + 185 millions d’habitants soit + 92 par an ou + 1,5 %

De 2009 à 2011  + 177 millions d’habitants soit + 88 par an ou + 1,3 %  

De 2011 à 2013  + 156 millions d’habitants soit + 78 par an ou + 1,1 %

De 2013 à 2015  + 193 millions d’habitants soit + 96 par an ou + 1,4 %

 

  Evolution des taux de fécondité (indice synthétique de fécondité)

 

                              2005        2007       2009      2011     2013      2015

 

Afrique                     5,1           5,0         4,8        4,7         4,8        4,7

Amérique                 2,4           2,2         2,2        2,1         2,1        2,0

Asie                         2,5           2,4         2,3        2,2         2,2         2,2

Europe                    1,4           1,5         1,5        1,6         1,6         1,6

Océanie                  2,1           2,1         2,5        2,5         2,4         2,5

Total monde          2,7           2,7         2,6        2,5         2,5         2,5

 

Evolution des projections pour 2050

 

Etude INED 2009 : 9,4 milliards,  rappel projections de l’ONU : 9,1 milliards

Etude INED 2011 : 9,6 milliards,  rappel projections de l’ONU : 9,3 milliards

Etude INED 2013 : 9,7 milliards,  rappel projections de l’ONU : 9,6 milliards

Etude INED 2015 : 9,8 milliards,  rappel projections de l’ONU : 9,7 milliards

 

Sans surprise, se confirme donc la montée de l’Afrique comme futur géant démographique puisqu’avec un taux de fécondité de 4,7 (en baisse légère, il était de 4,8 en 2013), ce continent devrait, au cours de cette première moitié de siècle, passer d’à peine plus de 800 millions d’habitants à presque 2,5 milliards soit une multiplication par 3 en cinquante ans ! La transition démographique tarde à s’y établir. Les taux de fécondité en Afrique du Nord restent élevés alors qu’on attendait dans ces régions une convergence avec la situation de l’Occident développé. Ces taux augmentent même spectaculairement en Egypte atteignant 3,5 enfants par femme (3,0 en  2013 et 2,9 en 2011), il s’agit en outre du pays le plus peuplé de la région en nombre (89 millions) comme en densité si on la ramène à la surface habitable. Le Niger conserve son record de fécondité avec 7,6 enfants par femme !  Rare bonne nouvelle en Afrique, le Nigéria voit son estimation redescendre pour 2050 de 444 à 397 millions (il va de soi toutefois que ces chiffres doivent être pris avec prudence, les statistiques et moins encore les projections ne pouvant être considérées comme excessivement précises dans ce pays où des rectifications ont déja été nécessaires en la matière).

L’Asie, qui reste le continent le plus peuplé (4,4 milliards), ne parvient pas à faire baisser sa fécondité (2,2) et devrait encore gagner un milliard d’habitants d’ici 2050. Il se confirme que l’Inde (1,3 milliards d’habitants et 2,3 de fécondité) dépassera bientôt la Chine, - un peu moins de 1,4 milliard - qui, exemple remarquable, avec une fécondité de 1,7 devrait connaitre d’ici 2050 une stabilisation de sa population, et même peut-être une très légère régression.

En Europe, la France partage avec l’Irlande (mais sur une autre échelle évidemment) le record de fécondité (2,0). Les estimations pour 2050 donnent 72 millions d’habitants sur le territoire métropolitain. La fécondité globale du continent (1,6) reste inférieure au seuil de renouvellement des générations mais l’Europe, bien sûr, reste un territoire d’immigration.

De son côté, l’Amérique devrait encore gagner 230 millions d’habitants d’ici la moitié du siècle et atteindre 1,2 milliard. Notons que les Etats-Unis gardent un taux de fécondité élevé (1,9) pour un pays développé; c’est une constante qui les différencie de l’Europe. La projection globale pour l’ensemble du continent est en légère diminution par rapport à celle de 2013, sauf pour le Mexique pour qui l'estimation pour 2050 a été relevée de 150 à 164 millions, la fécondité y ayant d’ailleurs été revue à la hausse.

Sur le monde entier, il semble que la baisse de la fécondité marque une pause à  2,5 par femme maintenant depuis 4 ans . Pause qui pourrait expliquer la hausse des projections puisque, rappelons que ces projections anticipent une baisse sensible de la fécondité (si ce n’était pas le cas, la population exploserait littéralement).

Il est difficile de tirer des conclusions des chiffres de l'augmentation annuelle de nos effectifs mondiaux. La forte variabilité de la croissance sur ces périodes (de + 148 à + 193 millions d’habitants sur deux ans) s’explique sans doute par une relative incertitude sur les chiffres globaux de la population. Les démographes eux-mêmes ne prétendent pas à une précision meilleure que 1 % sur les données globales.

Concernant les projections, on note d’après l'INED comme d'après l'ONU une hausse sensible des effectifs attendus et le chiffre de 10 milliards de terriens qu'il y a 15 ans encore, on imaginait pour la fin du siècle ne semble pas devoir être loin d’être atteint dès 2050 (9,7 selon l’ONU, 9,8 selon l’Ined). Cette hausse conjointe et régulière du niveau des projections de la part de deux des sources démographiques parmi les plus sérieuses et les plus fiables devrait conduire à une certaine inquiétude de la part des démographes. Cela n'est que très moyennement le cas, et certainement pas suffisamment pour attirer l’attention des écologistes sur la question, puisque la prochaine conférence sur le climat - la COP21 - semble devoir quasiment faire silence sur le facteur démographique.

(1) Gilles Pison : Population & Sociétés,  Tous les pays du monde 2015 (INED)

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Published by Didier BARTHES - dans Démographie
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4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 10:44

Il est souvent admis que les migrations économiques ont en partie pour cause la croissance démographique excessive des régions d’origine. Certaines autorités politiques européennes s’en réjouissent d’ailleurs ouvertement pensant trouver là une solution aux problèmes économiques actuels et futurs. Par contre, en ce qui concerne la crise d’aujourd’hui, la plupart des observateurs estiment que sa seule cause est d’ordre politique ou militaire : les migrants fuient la guerre, l’insécurité, des régimes dictatoriaux, voire le tout à la fois.

Or, si l’on s’intéresse par exemple aux quatre pays les plus représentés actuellement, il faut savoir que depuis 1950, la Syrie a vu sa population passer de 3,4 à 20,7 millions soit une multiplication par 6,1… que durant la même période, l’Érythrée est passée de 1,1 à 5,2 millions et la Somalie de 2,3 à 10,8 millions (soit pour ces 2 pays une multiplication de la population par 4,7)… quant à l’Afghanistan, le passage de 7,8 à 32,5 millions correspond à une multiplication par 4,2.

Si les conflits perdurent, l’avenir est d’ailleurs encore assombri par des taux de fécondité importants (Syrie 3,1), voire records (Érythrée 4,9 - Afghanistan 5,4 - Somalie 6,8)… amenant ces populations à encore doubler d’ici quinze ou vingt ans.

Attention, cela ne signifie pas que c’est directement l’explosion démographique qui a causé les guerres actuelles (comme ce fut en partie le cas au Rwanda). En effet, d’autres pays connaissent le même processus démographique et restent relativement en paix. Il est cependant probable que ce facteur a joué, ne serait-ce que parce que les autorités n’ont pas pu subvenir correctement aux besoins d’une population en croissance continue et disproportionnée par rapport aux ressources disponibles.

Ce qui est donc avancé ici, c’est que si ces pays avaient connu une progression de leur population moindre, disons un "simple" doublement sur les 65 dernières années (ce qui est déjà conséquent), eh bien on peut supposer que les migrations se seraient déroulées en proportion, ce qui aurait conduit par exemple à trois fois moins de réfugiés syriens aux portes de l’Europe… ou trois fois moins de noyés en méditerranée.

On retrouve ici la même problématique que pour les catastrophes naturelles où il y a souvent trop de monde au mauvais endroit. Ce fut le cas en Haïti (371 habitants par km²), lors du séisme de 2010 qui frappa une ville (Port-au-Prince) placée dans une zone sismiquement active et qui ne se prêtait donc pas à une forte densité de population, sauf à mettre en œuvre des normes que seuls les japonais et leur niveau de développement permettent. Ce fut aussi le cas aux Philippines lors du passage du typhon Haiyan en 2013, s’abattant là encore sur un pays relativement pauvre et lui aussi surpeuplé (321 habitants par km²) et qui fit plusieurs milliers de morts. En remontant dans le temps, on trouverait de multiples autres exemples. La conclusion à en tirer est presque une lapalissade : moins les Hommes sont nombreux, moins il y a de victimes en cas de catastrophe, qu’elle soit d’origine naturelle ou humaine.

 Il n’est pas ici question de contester un accueil mesuré et en urgence des migrants, mais il ne faudrait surtout pas s’en contenter. Nous n’aurions en effet absolument rien résolu sur le long terme et l’on pourrait même s’attendre à ce que des générations futures d’européens subissent en grand ce que nous vivons aujourd’hui en petit, lorsque l’on sait par exemple que (selon les dernières projections onusiennes) l’Afrique est appelée à voir sa population multipliée par quatre d’ici à 2100 !... Si l’on veut minimiser, autant que faire se peut, les inéluctables crises humanitaires futures, il convient donc de s’investir résolument et massivement dans la baisse des taux de fécondité de tous les pays encore en proie à l’explosion démographique.

(Article préalablement publié sur le Plus du Nouvel Obs)

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Published by Denis Garnier, Président de Démographie Responsable - dans Démographie
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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 14:58

L'agence européenne TK’Blue entre dans les détails en se penchant concrètement sur les pollutions engendrées par le transport routier. Pollutions résultant de l’activité des chargeurs comme de celle des transporteurs eux-mêmes. Elle illustre parfaitement une démarche respectueuse du cadre économique qui sous-tend nos sociétés industrielles, démarche qui a l'avantage de participer à des améliorations rapides de l'empreinte environnementale du transport de fret.  TK'Blue attire justement notre attention sur les externalités négatives du transport, au-delà du CO2.

Cette démarche chiffrée est intéressante même si, bien entendu, d’autres éléments doivent être étudiés pour juger de l’impact global du transport et notamment la question de la justification même du transport. Faire faire 2 500 km à des salades pour bénéficier d'un différentiel de coût de main d'œuvre, faire venir du lait de Normandie pour alimenter les habitants des Savoie parfaitement capables d'en produire localement, sont des activités sur lesquelles on peut s’interroger.

Mais nous serions là alors loin d'une analyse technique, nous toucherions ainsi à l'organisation de notre société et donc à la politique. Les experts peuvent-ils s'emparer de ce champ impossible à quantifier sans poser des critères qui prêteront le flanc à la critique ?

(Introduction par la rédaction d’Economie Durable)

 

La seule prise en compte du réchauffement climatique n’est pas suffisante. Les impacts sanitaires de la pollution de l’air se mesurent à court terme (quelques mois/années), alors que ceux du réchauffement climatique sont de l’ordre de plusieurs dizaines d’années.

Depuis plusieurs mois, les collectivités et institutions portent une attention toute particulière, notamment en milieu urbain, aux particules fines (ou PM 2.5) qui sont de la matière en suspension dans l'air dont le diamètre est inférieur à 2.5 micromètres, extrêmement dangereuse pour le système respiratoire. Ces dernières sont produites lors de la combustion du carburant mais aussi lors du freinage. En effet, les frottements des plaquettes sur les disques et des pneumatiques sur la chaussée sont responsables d'une part non négligeable des émissions de particules. Ceci est encore plus vrai avec les poids-lourds de dernière génération (EURO 6) dont les émissions de polluants à l’échappement sont très encadrées : ces poids-lourds produisent 6 fois plus de particules avec leurs freins et leurs pneumatiques qu'avec leur moteur ! 

Quatre groupes de polluants sont prépondérants : oxydes d’azote (NOX), dioxyde de soufre (SO2), particules fines (PM) et les composés organiques volatiles non méthaniques (COVNM) tels que le benzène (C6H6). Ces polluants ont un double impact écologique et sanitaire. D’une part, ils participent à l’acidification des écosystèmes terrestres et aquatiques générant un stress environnemental, d’autre part, ils affectent la santé humaine et sont responsables de maladies cardiovasculaires et de cancers pulmonaires.

Il faut aussi considérer les zones d’émission de polluants. Celles dans les grandes aires métropolitaines ont un impact plus important pour la société que celles émises dans les zones rurales, faiblement peuplées. Cette distinction se retrouve dans le transport maritime où les émissions d’oxyde de soufre (SO2) sont très règlementées près des côtes (zones SECA).

De façon analogue au calcul des émissions CO2, on peut quantifier les émissions de polluants émis lors de l’utilisation de l’énergie et lors de la production de celle-ci.

Le tableau suivant présente l’attribution du coût de la pollution de l’air pour le transport routier, en phase d’utilisation :

 

                                Polluants                 NOx           PM           SOx       COVNM

Part du coût total

 

En transport urbain                           52 %        47 %        < 1 %       < 1 %

 

En transport non urbain                    89 %        10 %         < 1 %       < 1 %

 

Dans le cas du transport routier, l’investissement dans des véhicules de normes EURO supérieures permet de contrôler les émissions des polluants les plus importants (NOx et PM).

En s’inspirant des travaux de CE Delft 2014 appliqués aux bases de données actuelles de l’Agence Environnementale Européenne, les membres du Conseil Scientifique de l’Agence de notation extra-financière European TK’Blue (*) ont validé la mise au point d’un calculateur de polluants, au même titre que le calculateur des émissions CO2 déjà en ligne.

European TK'Blue Agency  mesure les coûts d'externalités négatives, c'est à dire l’impact sanitaire de la pollution de l'air imputable au transport de marchandises.

Son calculateur de polluants et particules permet de visualiser les progrès extrêmement importants réalisés depuis quelques années par les constructeurs de poids-lourds pour la diminution des nuisances, mais aussi les avantages indéniables des autres modes de transport et sources d’énergie pour la réduction des émissions de particules.

_________________________________________________________________________________

(*) European TK’Blue Agency est une agence de notation extra financière de l’empreinte environnementale qui traite les données de transport des chargeurs et des transporteurs pour mesurer très finement les impacts environnementaux et sociétaux du transport de fret.

Sous la présidence M. Eric Ballot, professeur aux Mines ParisTech, son  conseil scientifique regroupe une assemblée d’experts européens dans les domaines techniques et économiques du transport. Son rôle est de valider les bases scientifiques de la notation TK’Blue du transport.

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Published by Agence TKB - dans Transports
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30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 10:58

Plusieurs fois nous avons évoqué la hausse régulière des projections démographiques de l’ONU. Le phénomène continue. Pour la troisième fois en effet l’Onu vient de publier  une réévaluation qui confirme cette tendance . De nouveau, nous serons plus nombreux que nous ne le pensions et la stabilisation se fera plus tardivement et à un niveau plus élevé.

Voici les derniers chiffres publiés, il s’agit là de la projection moyenne, l’ONU proposant par ailleurs une fourchette encadrant ces données par une valeur plus basse et par une autre plus élevée.

 

Projections démographiques mondiales pour 2050 (ONU)

 

Révision 2008 : 9,1 milliards d’habitants

Révision 2010 : 9,3 milliards d’habitants

Révision 2012 : 9,6 milliards d’habitants

Révision 2014 : 9,7 milliards d’habitants

 

Projections démographiques mondiales pour 2100 (ONU)

 

Révision 2010 : 10,1 milliards d’habitants

Révision 2012 : 10,9 milliards d’habitants

Révision 2014 : 11,2 milliards d’habitants

 

Il est donc maintenant ouvertement envisagé que le seuil des 11 milliards d’habitants soit franchi à la fin du siècle. Dès 2030 nous serons 8,5 milliards. Nous étions 6 milliards en l’an 2000, nous aurons donc gagné 2,5 milliards en 30 ans, soit autant que toute l’humanité de ses débuts jusqu’à 1950 ! Depuis cette date, pourtant pas si lointaine, les hommes auront vu leurs effectifs multipliés par 3,4 !

Il va de soi aussi que plus le temps s'écoule, plus ces projections deviennent plausibles. La dernière estimation pour 2050 (9,7 milliards donc), est désormais sans doute très proche de ce que sera la réalité. Nous ne  sommes qu'à 35 ans de la moitié du siècle.

Ces réévaluations contredisent évidemment un discours ambiant selon lequel la transition démographique se généralise assez vite. L’importance de la population de l’Asie (4,4 milliards d’habitants) et le taux de croissance de l’Afrique où la fécondité est encore proche de 5 enfants par femme (4,8 dans les publications de l’Ined : Population et Sociétés 2013) viennent mettre à bas les discours par trop rassurants.

Dans ce monde-là, même si nous étions capables momentanément de nourrir tous les hommes, quelle place laisserions-nous à la nature ? Cette expansion générale, cette omniprésence aussi peu dénoncée n’est-elle pas aussi le signe d’un rapport au monde outrageusement dominateur, d’un état d’esprit global de l’humanité qui augure très mal de sa capacité à régler les problèmes de demain ?

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Published by Didier BARTHES - dans Démographie
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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 08:48

« L’effondrement prochain de nos sociétés est désormais une certitude, il serait temps d’étudier la question », tel est le message que nous laissent  Pablo Servigne et Raphaël Stevens dans leur dernier ouvrage : Comment tout peut s’effondrer où ils appellent au développement d’un nouveau domaine de recherche: La collapsologie. Leur livre se trouve d’ailleurs malicieusement sous-titré : Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes.

Bien entendu les auteurs prennent longuement soin de montrer une fois encore toutes les impasses de nos sociétés. Ils rappellent par exemple le « tableau de bord de l’anthropocène »  (1) qui regroupe, en une vingtaine de graphiques, les évolutions quasi exponentielles d’un certain nombre de facteurs, évolutions dont on voit clairement qu’elles nous conduisent à l’impossible. Ils insistent à juste titre sur les effets de seuils qui mènent, sous couvert de trajectoires apparemment tranquilles, à d’irréversibles points de basculement. Ils nous remémorent combien, sous leurs dehors puissants, nos sociétés sont fragiles, dépendantes d’innombrables structures et  réseaux, supposant chacune et chacun le fonctionnement optimal de tous les autres. Qu’une difficulté surgisse et dépasse une certaine ampleur et tout peut s’écrouler sans espoir d’être réactivé. La stabilité de nos sociétés dépend de trop de rouages, la formation des ingénieurs par exemple, pour être durablement garantie.

Pablo Servigne et Raphaël Stevens admettent que l’on ne peut dire aujourd’hui d’où viendra l’étincelle, pas plus que l’on ne peut détailler l’enchaînement des évènements qui mèneront à l’effondrement. La multiplicité des facteurs en jeu rend la prévision aussi difficile que celle d’un lancer de dés ; et sans doute est-ce plus au hasard qu’au talent qu’une prédiction précise devrait aujourd’hui sa justesse.

On ne les prendra pas à ce piège grossier des prévisions ponctuelles dont les démentis réitérés font les choux gras des optimistes invétérés. Des analystes comme Paul Ehrlich (la bombe P), ou Dennis Meadows (rapport Meadows en relation avec les travaux du club de Rome) en sont d’ailleurs les victimes habituelles et se font régulièrement critiquer pour la non-survenue de telle ou telle catastrophe (2). Toutefois, comme le rappelle une citation de Ken Rogoff en début d’ouvrage « Les systèmes tiennent souvent plus longtemps qu’on ne le pense mais finissent par s’effondrer beaucoup  plus vite qu’on ne l’imagine ».

La collapsologie ce n’est pas la prévision du détail, c’est plutôt comprendre et accepter l’inévitable conclusion et essayer de voir comment réduire les souffrances qui en découleront et en particulier essayer d’imaginer l’attitude des hommes dans ce contexte.

Signalons aussi l’excellente postface d’Yves Cochet qui affirme qu’il s’agit là du plus important des sujets et discute de notre attitude face à cette perspective, à cet « évènement extraordinaire » qu’est « l’effondrement du monde ». Comment ne pas sombrer dans le déni et une fois actée l’acceptation de cet écroulement, comment se le représenter ? Comment agir aussi et, plus subtil, qu’est ce qui peut déclencher l’action ? Yves Cochet précise avec raison  les conditions de ce qui pourrait déterminer nos comportements face à la survenue de l’effondrement « Chacun étant placé dans la même situation que les autres, l’effondrement sera réduit non pas en fonction de la volonté de tous mais de leur représentations croisées, c’est-à-dire en fonction des anticipations que chacun effectuera sur la capacité effective de ceux qui l’entourent à changer leur vie ».  Il propose également un regard plus général sur cette nouvelle science « La collapsologie est une école de responsabilité, Elle conduit directement à une morale qui nous dépasse individuellement comme nous dépasse l’effondrement que nous explorons ».

Voici un bref extrait de l’ouvrage

" « Une surpopulation mondiale, une surconsommation par les riches, et de piètres choix technologiques » ont mis notre civilisation industrielle sur une trajectoire d’effondrement. Des chocs systémiques majeurs et irréversibles peuvent très bien avoir lieu demain, et l’échéance d’un effondrement de grande ampleur apparait bien plus proche qu’on ne l’imagine habituellement, vers 2050 ou 2100. Personne ne peut connaitre exactement le calendrier exact des enchaînements qui transformeront (aux yeux des futurs archéologues) un ensemble de catastrophes en effondrement, mais il est plausible que cet enchaînement soit réservé aux générations présentes ."

Extrait de la conclusion titrée : « La faim n’est que le début ». les auteurs reprennent là un jeu de mot déjà présent dans le titre de l’excellent livre d’Hugues Stoeckel : La faim du monde.

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Comment tout peut s’effondrer, petit manuel de collasposlogie à l’usage des générations présentes.  Pablo Servigne et Raphaël Stevens : Editions du Seuil, collection Anthropocène, 296 pages, avril 2015. Pablo Servigne est également le co-auteur du livre : Moins nombreux plus heureux préfacé par Yves Cochet.

Vous trouverez ici un lien vers une conférence donnée par les deux auteurs sur ce thème de l’effondrement.

(1) Graphiques tirés de l’article de W Stevens et al.  The trajectory of the anthropocène : The Great Acceleration, dans The Antropocene Review, 2015 p 1-18.

(2) Critiques d’autant plus injustes que le rapport de Dennis Meadows n’a jamais eu d’intentions prédictives.

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