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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 12:36

Les inondations qui viennent de frapper les Alpes Maritimes suscitent évidemment moult commentaires. Commentaires sur les causes mais aussi sur les responsabilités éventuelles.

Si en effet, les médias continuent d’attribuer les épisodes récurrents de pollution sur l’Ile de France à la mauvaise volonté de la météo, il semble qu’en matière de pluies brutales nous soyons un peu plus lucides et que la responsabilité anthropique soit désormais largement reconnue.

Deux types d’implications sont retenus. D’une part, une responsabilité globale et diffuse via le réchauffement climatique censé favoriser les « épisodes extrêmes », d’autre part, à un niveau  local, une responsabilité sur ce qui a généré de telles conséquences pour ces pluies. L’imprévoyance et/ou l’avidité de quelques maires et promoteurs prompts à ignorer les mises en garde et à bétonner à tout va pour des profits financiers ou politiques de court terme sont largement mises en cause.

Comme lors du tremblement de terre d’Haïti en 2010, (voir ici l’article que nous avions consacré à cette catastrophe) l’urbanisation à outrance constitue le coupable idéal; celui dont la dénonciation vous vaudra votre diplôme d’écologiste clairvoyant sinon bienpensant. Seul un esprit particulièrement taquin et mal intentionné pourrait faire remarquer que ce sont souvent ces mêmes écologistes qui se font par ailleurs les défenseurs de la densification de l’habitat.

C’est que se contenter de dénoncer l’urbanisation, c’est s’arrêter en route, c’est ne pas aller un cran plus loin en s’interrogeant sur ce qui, en amont, favorise cette urbanisation. Une fois encore nous retrouvons l’incontournable question du nombre des hommes.

Nous la retrouvons bien sûr au niveau planétaire sur la question du réchauffement climatique, puisque à mode de vie équivalent, les émissions de gaz à effet de serre sont tout simplement proportionnelles au nombre de terriens (1). Mais nous la retrouvons aussi au niveau local ; car si dans l’urbanisation effrénée, la cupidité et l’ambition de quelques-uns ont évidemment leur rôle, elles ne trouvent à s’appliquer que parce qu’une demande bien réelle existe de la part d’une population toujours plus nombreuse, et cela en France comme dans le monde entier. Une proportion importante et d’ailleurs croissante de la population mondiale vit à proximité des côtes parfois pour des raisons économiques, mais parfois également, comme c’est largement le cas sur les côtes méditerranéennes françaises, pour des raisons climatiques.

Cependant, la surdensité locale que l’on rencontre en tel ou tel point du territoire et notamment sur la côte d’Azur n’est pas le seul fruit d’un appétit économique ou d’un désir de confort (2), elle est aussi le fruit d’une pression démographique sur l’ensemble du territoire. Si un certain pourcentage d’une population veut s’installer dans telle ou telle portion du pays, le nombre de personnes qui s’installeront effectivement sera notamment déterminé par la taille de la population totale. La surdensité locale parfois dénoncée est pour partie le fruit de la surdensité globale qui, elle, n’est jamais évoquée. Cet enchaînement-là reste quasiment passé sous silence comme il semble devoir l’être lors des prochaines négociations climatiques de Paris (1).

___________________________________________________________

(1) La responsabilité du facteur démographique sera discutée lors de deux conférences intitulées « Réchauffement climatique et surpopulation » organisées à Paris et à Suresnes par l’association Démographie Responsable les 19 et 21 novembre prochains. Parmi les intervenants se trouveront notamment Yves Cochet, député européen, ancien ministre de l’environnement et aujourd’hui président de l’ Institut Momentum  ainsi qu’Antoine Waechter, président du Mouvement Ecologiste Indépendant et ancien candidat à la Présidence de la République.

(2) Désir de confort parfois méprisés, mais pourtant tout à fait légitime, toutes les espèces vivantes ne tentent-elles pas de s’installer là où les conditions leur paraissent optimales ? Finalement le droit au soleil fait partie de ces droits qui, comme beaucoup d’autres, risquent d’être sacrifiés dans un monde qui mettra le droit au nombre au-dessus de de tous les autres.

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Published by Didier BARTHES - dans Climat
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14 septembre 2015 1 14 /09 /septembre /2015 06:44

Après que l’ONU a publié fin juillet ses nouvelles estimations sur l’évolution de la population mondiale, c’est désormais au tour de l’INED, via la revue Populations & Sociétés, d’offrir un panorama de la démographie planétaire et de proposer ses propres projections pour 2050.

Cette étude, éditée tous les deux ans sous la plume de Gilles Pison (1), permet d’établir un comparatif régulier et de voir comment évoluent, non seulement la population, mais également nos anticipations sur celle-ci. Pas de surprise bien sûr, l'ONU et l'INED parviennent à des résultats très semblables.

Voici les principales données, les estimations sont fournies pour la mi-année. Sources : document cité ci-dessus et versions précédentes

 

Population globale (en millions)

 

                                 2005        2007      2009         2011      2013       2015

 

Afrique                      906            944       999       1 051       1 101     1 171 

Amérique                  888           904        920          942          958        987

Asie                        3 921        4 010     4 117       4 216      4 305     4 397

Europe                      730           733        738          740         740        742

Océanie                      33             34          36            37           38          40

Total Monde          6 477        6 625     6 810       6 987     7 143     7 336

 

On peut déduire de ces chiffres l’évolution du taux de croissance mondial :

De 2005 à 2007  + 148 millions d’habitants soit + 74 par an ou + 1,1 %

De 2007 à 2009  + 185 millions d’habitants soit + 92 par an ou + 1,5 %

De 2009 à 2011  + 177 millions d’habitants soit + 88 par an ou + 1,3 %  

De 2011 à 2013  + 156 millions d’habitants soit + 78 par an ou + 1,1 %

De 2013 à 2015  + 193 millions d’habitants soit + 96 par an ou + 1,4 %

 

  Evolution des taux de fécondité (indice synthétique de fécondité)

 

                              2005        2007       2009      2011     2013      2015

 

Afrique                     5,1           5,0         4,8        4,7         4,8        4,7

Amérique                 2,4           2,2         2,2        2,1         2,1        2,0

Asie                         2,5           2,4         2,3        2,2         2,2         2,2

Europe                    1,4           1,5         1,5        1,6         1,6         1,6

Océanie                  2,1           2,1         2,5        2,5         2,4         2,5

Total monde          2,7           2,7         2,6        2,5         2,5         2,5

 

Evolution des projections pour 2050

 

Etude INED 2009 : 9,4 milliards,  rappel projections de l’ONU : 9,1 milliards

Etude INED 2011 : 9,6 milliards,  rappel projections de l’ONU : 9,3 milliards

Etude INED 2013 : 9,7 milliards,  rappel projections de l’ONU : 9,6 milliards

Etude INED 2015 : 9,8 milliards,  rappel projections de l’ONU : 9,7 milliards

 

Sans surprise, se confirme donc la montée de l’Afrique comme futur géant démographique puisqu’avec un taux de fécondité de 4,7 (en baisse légère, il était de 4,8 en 2013), ce continent devrait, au cours de cette première moitié de siècle, passer d’à peine plus de 800 millions d’habitants à presque 2,5 milliards soit une multiplication par 3 en cinquante ans ! La transition démographique tarde à s’y établir. Les taux de fécondité en Afrique du Nord restent élevés alors qu’on attendait dans ces régions une convergence avec la situation de l’Occident développé. Ces taux augmentent même spectaculairement en Egypte atteignant 3,5 enfants par femme (3,0 en  2013 et 2,9 en 2011), il s’agit en outre du pays le plus peuplé de la région en nombre (89 millions) comme en densité si on la ramène à la surface habitable. Le Niger conserve son record de fécondité avec 7,6 enfants par femme !  Rare bonne nouvelle en Afrique, le Nigéria voit son estimation redescendre pour 2050 de 444 à 397 millions (il va de soi toutefois que ces chiffres doivent être pris avec prudence, les statistiques et moins encore les projections ne pouvant être considérées comme excessivement précises dans ce pays où des rectifications ont déja été nécessaires en la matière).

L’Asie, qui reste le continent le plus peuplé (4,4 milliards), ne parvient pas à faire baisser sa fécondité (2,2) et devrait encore gagner un milliard d’habitants d’ici 2050. Il se confirme que l’Inde (1,3 milliards d’habitants et 2,3 de fécondité) dépassera bientôt la Chine, - un peu moins de 1,4 milliard - qui, exemple remarquable, avec une fécondité de 1,7 devrait connaitre d’ici 2050 une stabilisation de sa population, et même peut-être une très légère régression.

En Europe, la France partage avec l’Irlande (mais sur une autre échelle évidemment) le record de fécondité (2,0). Les estimations pour 2050 donnent 72 millions d’habitants sur le territoire métropolitain. La fécondité globale du continent (1,6) reste inférieure au seuil de renouvellement des générations mais l’Europe, bien sûr, reste un territoire d’immigration.

De son côté, l’Amérique devrait encore gagner 230 millions d’habitants d’ici la moitié du siècle et atteindre 1,2 milliard. Notons que les Etats-Unis gardent un taux de fécondité élevé (1,9) pour un pays développé; c’est une constante qui les différencie de l’Europe. La projection globale pour l’ensemble du continent est en légère diminution par rapport à celle de 2013, sauf pour le Mexique pour qui l'estimation pour 2050 a été relevée de 150 à 164 millions, la fécondité y ayant d’ailleurs été revue à la hausse.

Sur le monde entier, il semble que la baisse de la fécondité marque une pause à  2,5 par femme maintenant depuis 4 ans . Pause qui pourrait expliquer la hausse des projections puisque, rappelons que ces projections anticipent une baisse sensible de la fécondité (si ce n’était pas le cas, la population exploserait littéralement).

Il est difficile de tirer des conclusions des chiffres de l'augmentation annuelle de nos effectifs mondiaux. La forte variabilité de la croissance sur ces périodes (de + 148 à + 193 millions d’habitants sur deux ans) s’explique sans doute par une relative incertitude sur les chiffres globaux de la population. Les démographes eux-mêmes ne prétendent pas à une précision meilleure que 1 % sur les données globales.

Concernant les projections, on note d’après l'INED comme d'après l'ONU une hausse sensible des effectifs attendus et le chiffre de 10 milliards de terriens qu'il y a 15 ans encore, on imaginait pour la fin du siècle ne semble pas devoir être loin d’être atteint dès 2050 (9,7 selon l’ONU, 9,8 selon l’Ined). Cette hausse conjointe et régulière du niveau des projections de la part de deux des sources démographiques parmi les plus sérieuses et les plus fiables devrait conduire à une certaine inquiétude de la part des démographes. Cela n'est que très moyennement le cas, et certainement pas suffisamment pour attirer l’attention des écologistes sur la question, puisque la prochaine conférence sur le climat - la COP21 - semble devoir quasiment faire silence sur le facteur démographique.

(1) Gilles Pison : Population & Sociétés,  Tous les pays du monde 2015 (INED)

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Published by Didier BARTHES - dans Démographie
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4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 10:44

Il est souvent admis que les migrations économiques ont en partie pour cause la croissance démographique excessive des régions d’origine. Certaines autorités politiques européennes s’en réjouissent d’ailleurs ouvertement pensant trouver là une solution aux problèmes économiques actuels et futurs. Par contre, en ce qui concerne la crise d’aujourd’hui, la plupart des observateurs estiment que sa seule cause est d’ordre politique ou militaire : les migrants fuient la guerre, l’insécurité, des régimes dictatoriaux, voire le tout à la fois.

Or, si l’on s’intéresse par exemple aux quatre pays les plus représentés actuellement, il faut savoir que depuis 1950, la Syrie a vu sa population passer de 3,4 à 20,7 millions soit une multiplication par 6,1… que durant la même période, l’Érythrée est passée de 1,1 à 5,2 millions et la Somalie de 2,3 à 10,8 millions (soit pour ces 2 pays une multiplication de la population par 4,7)… quant à l’Afghanistan, le passage de 7,8 à 32,5 millions correspond à une multiplication par 4,2.

Si les conflits perdurent, l’avenir est d’ailleurs encore assombri par des taux de fécondité importants (Syrie 3,1), voire records (Érythrée 4,9 - Afghanistan 5,4 - Somalie 6,8)… amenant ces populations à encore doubler d’ici quinze ou vingt ans.

Attention, cela ne signifie pas que c’est directement l’explosion démographique qui a causé les guerres actuelles (comme ce fut en partie le cas au Rwanda). En effet, d’autres pays connaissent le même processus démographique et restent relativement en paix. Il est cependant probable que ce facteur a joué, ne serait-ce que parce que les autorités n’ont pas pu subvenir correctement aux besoins d’une population en croissance continue et disproportionnée par rapport aux ressources disponibles.

Ce qui est donc avancé ici, c’est que si ces pays avaient connu une progression de leur population moindre, disons un "simple" doublement sur les 65 dernières années (ce qui est déjà conséquent), eh bien on peut supposer que les migrations se seraient déroulées en proportion, ce qui aurait conduit par exemple à trois fois moins de réfugiés syriens aux portes de l’Europe… ou trois fois moins de noyés en méditerranée.

On retrouve ici la même problématique que pour les catastrophes naturelles où il y a souvent trop de monde au mauvais endroit. Ce fut le cas en Haïti (371 habitants par km²), lors du séisme de 2010 qui frappa une ville (Port-au-Prince) placée dans une zone sismiquement active et qui ne se prêtait donc pas à une forte densité de population, sauf à mettre en œuvre des normes que seuls les japonais et leur niveau de développement permettent. Ce fut aussi le cas aux Philippines lors du passage du typhon Haiyan en 2013, s’abattant là encore sur un pays relativement pauvre et lui aussi surpeuplé (321 habitants par km²) et qui fit plusieurs milliers de morts. En remontant dans le temps, on trouverait de multiples autres exemples. La conclusion à en tirer est presque une lapalissade : moins les Hommes sont nombreux, moins il y a de victimes en cas de catastrophe, qu’elle soit d’origine naturelle ou humaine.

 Il n’est pas ici question de contester un accueil mesuré et en urgence des migrants, mais il ne faudrait surtout pas s’en contenter. Nous n’aurions en effet absolument rien résolu sur le long terme et l’on pourrait même s’attendre à ce que des générations futures d’européens subissent en grand ce que nous vivons aujourd’hui en petit, lorsque l’on sait par exemple que (selon les dernières projections onusiennes) l’Afrique est appelée à voir sa population multipliée par quatre d’ici à 2100 !... Si l’on veut minimiser, autant que faire se peut, les inéluctables crises humanitaires futures, il convient donc de s’investir résolument et massivement dans la baisse des taux de fécondité de tous les pays encore en proie à l’explosion démographique.

(Article préalablement publié sur le Plus du Nouvel Obs)

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Published by Denis Garnier, Président de Démographie Responsable - dans Démographie
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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 14:58

L'agence européenne TK’Blue entre dans les détails en se penchant concrètement sur les pollutions engendrées par le transport routier. Pollutions résultant de l’activité des chargeurs comme de celle des transporteurs eux-mêmes. Elle illustre parfaitement une démarche respectueuse du cadre économique qui sous-tend nos sociétés industrielles, démarche qui a l'avantage de participer à des améliorations rapides de l'empreinte environnementale du transport de fret.  TK'Blue attire justement notre attention sur les externalités négatives du transport, au-delà du CO2.

Cette démarche chiffrée est intéressante même si, bien entendu, d’autres éléments doivent être étudiés pour juger de l’impact global du transport et notamment la question de la justification même du transport. Faire faire 2 500 km à des salades pour bénéficier d'un différentiel de coût de main d'œuvre, faire venir du lait de Normandie pour alimenter les habitants des Savoie parfaitement capables d'en produire localement, sont des activités sur lesquelles on peut s’interroger.

Mais nous serions là alors loin d'une analyse technique, nous toucherions ainsi à l'organisation de notre société et donc à la politique. Les experts peuvent-ils s'emparer de ce champ impossible à quantifier sans poser des critères qui prêteront le flanc à la critique ?

(Introduction par la rédaction d’Economie Durable)

 

La seule prise en compte du réchauffement climatique n’est pas suffisante. Les impacts sanitaires de la pollution de l’air se mesurent à court terme (quelques mois/années), alors que ceux du réchauffement climatique sont de l’ordre de plusieurs dizaines d’années.

Depuis plusieurs mois, les collectivités et institutions portent une attention toute particulière, notamment en milieu urbain, aux particules fines (ou PM 2.5) qui sont de la matière en suspension dans l'air dont le diamètre est inférieur à 2.5 micromètres, extrêmement dangereuse pour le système respiratoire. Ces dernières sont produites lors de la combustion du carburant mais aussi lors du freinage. En effet, les frottements des plaquettes sur les disques et des pneumatiques sur la chaussée sont responsables d'une part non négligeable des émissions de particules. Ceci est encore plus vrai avec les poids-lourds de dernière génération (EURO 6) dont les émissions de polluants à l’échappement sont très encadrées : ces poids-lourds produisent 6 fois plus de particules avec leurs freins et leurs pneumatiques qu'avec leur moteur ! 

Quatre groupes de polluants sont prépondérants : oxydes d’azote (NOX), dioxyde de soufre (SO2), particules fines (PM) et les composés organiques volatiles non méthaniques (COVNM) tels que le benzène (C6H6). Ces polluants ont un double impact écologique et sanitaire. D’une part, ils participent à l’acidification des écosystèmes terrestres et aquatiques générant un stress environnemental, d’autre part, ils affectent la santé humaine et sont responsables de maladies cardiovasculaires et de cancers pulmonaires.

Il faut aussi considérer les zones d’émission de polluants. Celles dans les grandes aires métropolitaines ont un impact plus important pour la société que celles émises dans les zones rurales, faiblement peuplées. Cette distinction se retrouve dans le transport maritime où les émissions d’oxyde de soufre (SO2) sont très règlementées près des côtes (zones SECA).

De façon analogue au calcul des émissions CO2, on peut quantifier les émissions de polluants émis lors de l’utilisation de l’énergie et lors de la production de celle-ci.

Le tableau suivant présente l’attribution du coût de la pollution de l’air pour le transport routier, en phase d’utilisation :

 

                                Polluants                 NOx           PM           SOx       COVNM

Part du coût total

 

En transport urbain                           52 %        47 %        < 1 %       < 1 %

 

En transport non urbain                    89 %        10 %         < 1 %       < 1 %

 

Dans le cas du transport routier, l’investissement dans des véhicules de normes EURO supérieures permet de contrôler les émissions des polluants les plus importants (NOx et PM).

En s’inspirant des travaux de CE Delft 2014 appliqués aux bases de données actuelles de l’Agence Environnementale Européenne, les membres du Conseil Scientifique de l’Agence de notation extra-financière European TK’Blue (*) ont validé la mise au point d’un calculateur de polluants, au même titre que le calculateur des émissions CO2 déjà en ligne.

European TK'Blue Agency  mesure les coûts d'externalités négatives, c'est à dire l’impact sanitaire de la pollution de l'air imputable au transport de marchandises.

Son calculateur de polluants et particules permet de visualiser les progrès extrêmement importants réalisés depuis quelques années par les constructeurs de poids-lourds pour la diminution des nuisances, mais aussi les avantages indéniables des autres modes de transport et sources d’énergie pour la réduction des émissions de particules.

_________________________________________________________________________________

(*) European TK’Blue Agency est une agence de notation extra financière de l’empreinte environnementale qui traite les données de transport des chargeurs et des transporteurs pour mesurer très finement les impacts environnementaux et sociétaux du transport de fret.

Sous la présidence M. Eric Ballot, professeur aux Mines ParisTech, son  conseil scientifique regroupe une assemblée d’experts européens dans les domaines techniques et économiques du transport. Son rôle est de valider les bases scientifiques de la notation TK’Blue du transport.

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Published by Agence TKB - dans Transports
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30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 10:58

Plusieurs fois nous avons évoqué la hausse régulière des projections démographiques de l’ONU. Le phénomène continue. Pour la troisième fois en effet l’Onu vient de publier  une réévaluation qui confirme cette tendance . De nouveau, nous serons plus nombreux que nous ne le pensions et la stabilisation se fera plus tardivement et à un niveau plus élevé.

Voici les derniers chiffres publiés, il s’agit là de la projection moyenne, l’ONU proposant par ailleurs une fourchette encadrant ces données par une valeur plus basse et par une autre plus élevée.

 

Projections démographiques mondiales pour 2050 (ONU)

 

Révision 2008 : 9,1 milliards d’habitants

Révision 2010 : 9,3 milliards d’habitants

Révision 2012 : 9,6 milliards d’habitants

Révision 2014 : 9,7 milliards d’habitants

 

Projections démographiques mondiales pour 2100 (ONU)

 

Révision 2010 : 10,1 milliards d’habitants

Révision 2012 : 10,9 milliards d’habitants

Révision 2014 : 11,2 milliards d’habitants

 

Il est donc maintenant ouvertement envisagé que le seuil des 11 milliards d’habitants soit franchi à la fin du siècle. Dès 2030 nous serons 8,5 milliards. Nous étions 6 milliards en l’an 2000, nous aurons donc gagné 2,5 milliards en 30 ans, soit autant que toute l’humanité de ses débuts jusqu’à 1950 ! Depuis cette date, pourtant pas si lointaine, les hommes auront vu leurs effectifs multipliés par 3,4 !

Il va de soi aussi que plus le temps s'écoule, plus ces projections deviennent plausibles. La dernière estimation pour 2050 (9,7 milliards donc), est désormais sans doute très proche de ce que sera la réalité. Nous ne  sommes qu'à 35 ans de la moitié du siècle.

Ces réévaluations contredisent évidemment un discours ambiant selon lequel la transition démographique se généralise assez vite. L’importance de la population de l’Asie (4,4 milliards d’habitants) et le taux de croissance de l’Afrique où la fécondité est encore proche de 5 enfants par femme (4,8 dans les publications de l’Ined : Population et Sociétés 2013) viennent mettre à bas les discours par trop rassurants.

Dans ce monde-là, même si nous étions capables momentanément de nourrir tous les hommes, quelle place laisserions-nous à la nature ? Cette expansion générale, cette omniprésence aussi peu dénoncée n’est-elle pas aussi le signe d’un rapport au monde outrageusement dominateur, d’un état d’esprit global de l’humanité qui augure très mal de sa capacité à régler les problèmes de demain ?

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Published by Didier BARTHES - dans Démographie
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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 08:48

« L’effondrement prochain de nos sociétés est désormais une certitude, il serait temps d’étudier la question », tel est le message que nous laissent  Pablo Servigne et Raphaël Stevens dans leur dernier ouvrage : Comment tout peut s’effondrer où ils appellent au développement d’un nouveau domaine de recherche: La collapsologie. Leur livre se trouve d’ailleurs malicieusement sous-titré : Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes.

Bien entendu les auteurs prennent longuement soin de montrer une fois encore toutes les impasses de nos sociétés. Ils rappellent par exemple le « tableau de bord de l’anthropocène »  (1) qui regroupe, en une vingtaine de graphiques, les évolutions quasi exponentielles d’un certain nombre de facteurs, évolutions dont on voit clairement qu’elles nous conduisent à l’impossible. Ils insistent à juste titre sur les effets de seuils qui mènent, sous couvert de trajectoires apparemment tranquilles, à d’irréversibles points de basculement. Ils nous remémorent combien, sous leurs dehors puissants, nos sociétés sont fragiles, dépendantes d’innombrables structures et  réseaux, supposant chacune et chacun le fonctionnement optimal de tous les autres. Qu’une difficulté surgisse et dépasse une certaine ampleur et tout peut s’écrouler sans espoir d’être réactivé. La stabilité de nos sociétés dépend de trop de rouages, la formation des ingénieurs par exemple, pour être durablement garantie.

Pablo Servigne et Raphaël Stevens admettent que l’on ne peut dire aujourd’hui d’où viendra l’étincelle, pas plus que l’on ne peut détailler l’enchaînement des évènements qui mèneront à l’effondrement. La multiplicité des facteurs en jeu rend la prévision aussi difficile que celle d’un lancer de dés ; et sans doute est-ce plus au hasard qu’au talent qu’une prédiction précise devrait aujourd’hui sa justesse.

On ne les prendra pas à ce piège grossier des prévisions ponctuelles dont les démentis réitérés font les choux gras des optimistes invétérés. Des analystes comme Paul Ehrlich (la bombe P), ou Dennis Meadows (rapport Meadows en relation avec les travaux du club de Rome) en sont d’ailleurs les victimes habituelles et se font régulièrement critiquer pour la non-survenue de telle ou telle catastrophe (2). Toutefois, comme le rappelle une citation de Ken Rogoff en début d’ouvrage « Les systèmes tiennent souvent plus longtemps qu’on ne le pense mais finissent par s’effondrer beaucoup  plus vite qu’on ne l’imagine ».

La collapsologie ce n’est pas la prévision du détail, c’est plutôt comprendre et accepter l’inévitable conclusion et essayer de voir comment réduire les souffrances qui en découleront et en particulier essayer d’imaginer l’attitude des hommes dans ce contexte.

Signalons aussi l’excellente postface d’Yves Cochet qui affirme qu’il s’agit là du plus important des sujets et discute de notre attitude face à cette perspective, à cet « évènement extraordinaire » qu’est « l’effondrement du monde ». Comment ne pas sombrer dans le déni et une fois actée l’acceptation de cet écroulement, comment se le représenter ? Comment agir aussi et, plus subtil, qu’est ce qui peut déclencher l’action ? Yves Cochet précise avec raison  les conditions de ce qui pourrait déterminer nos comportements face à la survenue de l’effondrement « Chacun étant placé dans la même situation que les autres, l’effondrement sera réduit non pas en fonction de la volonté de tous mais de leur représentations croisées, c’est-à-dire en fonction des anticipations que chacun effectuera sur la capacité effective de ceux qui l’entourent à changer leur vie ».  Il propose également un regard plus général sur cette nouvelle science « La collapsologie est une école de responsabilité, Elle conduit directement à une morale qui nous dépasse individuellement comme nous dépasse l’effondrement que nous explorons ».

Voici un bref extrait de l’ouvrage

" « Une surpopulation mondiale, une surconsommation par les riches, et de piètres choix technologiques » ont mis notre civilisation industrielle sur une trajectoire d’effondrement. Des chocs systémiques majeurs et irréversibles peuvent très bien avoir lieu demain, et l’échéance d’un effondrement de grande ampleur apparait bien plus proche qu’on ne l’imagine habituellement, vers 2050 ou 2100. Personne ne peut connaitre exactement le calendrier exact des enchaînements qui transformeront (aux yeux des futurs archéologues) un ensemble de catastrophes en effondrement, mais il est plausible que cet enchaînement soit réservé aux générations présentes ."

Extrait de la conclusion titrée : « La faim n’est que le début ». les auteurs reprennent là un jeu de mot déjà présent dans le titre de l’excellent livre d’Hugues Stoeckel : La faim du monde.

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Comment tout peut s’effondrer, petit manuel de collasposlogie à l’usage des générations présentes.  Pablo Servigne et Raphaël Stevens : Editions du Seuil, collection Anthropocène, 296 pages, avril 2015. Pablo Servigne est également le co-auteur du livre : Moins nombreux plus heureux préfacé par Yves Cochet.

Vous trouverez ici un lien vers une conférence donnée par les deux auteurs sur ce thème de l’effondrement.

(1) Graphiques tirés de l’article de W Stevens et al.  The trajectory of the anthropocène : The Great Acceleration, dans The Antropocene Review, 2015 p 1-18.

(2) Critiques d’autant plus injustes que le rapport de Dennis Meadows n’a jamais eu d’intentions prédictives.

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Published by Didier BARTHES - dans Notes de lecture
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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 12:04

Peu de rapport semble-t-il entre l’actuelle crise grecque et la menace d’effondrement de tous les écosystèmes. Dans le premier cas, une crise locale de nature économique et financière, dans le second une crise écologique générale de confrontation aux limites physiques de la planète.

Et pourtant ! Derrière ces différences, se cachent le même enchaînement des impuissances et des remises à demain, la même incapacité des sociétés humaines à l’action collective, la même aversion pour l’anticipation et pour le long terme.

Car la crise grecque ne peut surprendre que les ignorants. Depuis des lustres l’économie grecque était significativement moins performante que celle de la plupart des grands pays européens. Son intégration dans un système monétaire lui imposant une devise forte, en contradiction avec son absence de réelle compétitivité économique, ne pouvait logiquement conduire qu’à des problèmes (1). Cette difficulté était posée dès l’adhésion de la Grèce à l’Euro, il y a maintenant bientôt quinze ans, elle s’est naturellement concrétisée par un endettement croissant, fruit d’un niveau de vie structurellement en décalage avec le niveau de production. Les alertes, trop peu nombreuses, trop peu insistantes, trop peu écoutées n’ont pas joué. Cette surdité fut on ne peut mieux symbolisée par la coûteuse organisation des Jeux Olympiques en 2004 au mépris de toutes les règles de bons sens et notamment de la première d’entre elles : On ne  doit pas, on ne peut pas durablement consommer au-delà de ce que l’on produit.

Et pourtant, que fait d’autre l’humanité  dans son ensemble ?

Globalement notre espèce ne vit pas - ou plutôt ne vit plus, mais c’est en fait déjà ancien -  sur ses productions c’est-à-dire sur son seul travail, ni sur les intérêts des produits de la planète, elle vit sur le capital naturel qu’elle entame un peu plus chaque année : capital écologique (biodiversité, paysages…), capital énergétique, capital en terme de territoires conquis et artificialisés toujours plus nombreux. Tous les ans ou presque le jour du dépassement, est avancé (2).

Comme pour la Grèce, la logique est implacable, cela n’aura qu’un temps, comme pour la Grèce nous sommes et nous aurons été prévenus, comme pour la Grèce nous n’agissons pas. Mais à l’inverse de la crise grecque, il n’y aura pas d’autorité supérieure avec qui renégocier un nouveau prêt, un nouveau report, un nouvel échéancier de remboursement, un abaissement des intérêts. Les livres sur l’effondrement s’accumulent (3) et passent avec la même régularité que la montée des périls, de la rubrique science-fiction à la rubrique essais.

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(1) On pourrait toutefois amender cette analyse en notant que cette tendance était susceptible d’être au moins partiellement contrecarrée par une politique de transfert de ressources en direction de la Grèce.  Politique ayant pour but de mettre cette dernière à un niveau tel que les différences de compétitivité vis-à-vis des pays riches de la zone euro restent soutenables. Le véritable problème viendrait alors de que l’Etat grec n’a pas su utiliser à bon escient les fonds effectivement versés, ces derniers ayant à terme plutôt conforté une politique de rente, à terme catastrophique pour le pays. Dans ce cadre aussi la décision d’affecter certaines ressources aux jeux olympiques en 2004 fut édifiante d’irresponsabilité (puissions-nous nous en souvenir pour Paris 2024).

(2) Le jour du dépassement est la date censée marquer le moment de l’année où l’humanité a consommé plus que les ressources considérées comme  renouvelables. De cette idée il faut sans doute ne retenir que le concept, le détail du calcul faisant appel à trop d’arbitraires pour que l’on puisse en faire une donnée scientifique sur laquelle s’appuyer, seule son évolution unidirectionnelle à paramètres de calcul égaux peut être retenue.

(3) Je me permets notamment de recommander l’ouvrage de Pablo Servigne et Raphaël Stevens : « Comment tout peut s’effondrer,  petit manuel de collasposlogie à l’usage des générations présentes », 296 p. Editions du Seuil, collection Anthropocène, avril 2015.

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4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 06:04

A propos de l'encyclique Laudato si

C'était il y a 44 ans. Après un tour du monde et demi effectué en solitaire et sans escale, une première mondiale, le vagabond des mers du sud qu'était  Bernard Moitessier publiait « La Longue Route » (1) et se faisait dans ce livre de marin l'écho inspiré des interrogations qui déjà s'exprimaient largement jour après jour sur le matérialisme et la croissance à tout crin de nos sociétés d'abondance. Pour Moitessier, il s'agissait « de n'être pas d'accord avec les destructions physiques et spirituelles de la course au Progrès » (2), n'hésitant  pas à faire référence à un livre un peu oublié aujourd'hui, 'La crise du monde moderne' de René Guénon paru en 1946.

Alors, après être allé au bout du globe et au bout de lui-même, Moitessier ne se paie pas de mots. Il s'adresse au Pape, « qui symbolise la petite flamme de spiritualité qui subsiste encore chez les peuples de l'Occident » et lui offre l'intégralité des droits d'auteur sur son livre (3) : nous espérons « que vous emploierez cette goutte d'eau pour aider à reconstruire le monde en luttant avec tout le poids de votre foi en l'homme aux côtés des Va-nu-pieds, des Vagabonds, des Amis de la Terre. Tous ceux-là savent que le destin de l'homme est lié à notre planète, qui est un être vivant, comme nous. C'est pour ça qu'ils marchent sur les chemins de la Terre et veulent la protéger. »

Prudent toutefois sur la capacité de la Papauté à accepter cette proposition, Moitessier précisait : « Si vos convictions religieuses ne vous permettent pas de prendre part à notre combat, rendez nos droits aux Amis de la Terre (4), c'est pour notre jardin à tous, toutes les Églises reposent sur lui, c'est lui qui les porte toutes. »

1971 – 2015 : 44 ans après avoir été saisi publiquement par Moitessier, le Pape publie l'encyclique Laudato si en faveur de la protection de la nature. Pari gagné alors ? Presque, car pour le Pape François « s’il est vrai que la répartition inégale de la population et des ressources disponibles crée des obstacles au développement et à l’utilisation durable de l’environnement, il faut reconnaître que la croissance démographique est pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire » (5) . Sur ce point-là, l’Église reste conservatrice, s'appuyant toujours sur le 'croissez et multipliez-vous'. Bien à l'opposé de Moitessier qui évoquait « les hommes (qui) se détruisent et détruisent notre Terre pour des mobiles très bas. Et en plus, ils se reproduisent comme des lapins, on sera le double à grouiller ici dans  trente ans à peine, et le quadruple dans soixante-dix ans si les choses continuent pareil. Alors, comment feront nos enfants et nos petits-enfants puisqu'on étouffe déjà ? Comment feront-ils si on ne retrouve pas à temps la Source, en combattant vite et tous ensemble la Honte et la Folie du monde moderne ? »

Peut-on espérer que dans 44 ans, soit en 2059, le Pape de l'époque prenne enfin à bras le corps la question démographique, et en s'appuyant sur le concept de viridité cher à Sainte Hildegarde de Bingen (6), sache nous proposer un futur toujours plein de promesses et d'aventures tout en oubliant le vieil impératif d'une croissance démographique désormais destructeur de notre Terre ?

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(1) : La longue route, seul entre mers et ciel, Ed. Arthaud, 1971.

(2) : in La longue route, p. 251

(3) : in La longue route, p. 253 et suivante

(4) : Les Amis de la Terre, association sérieuse et bien connue, toujours engagée dans le combat écologique.

(5) : in chapitre 50 de l'encyclique Laudato si. Sur ce thème, cf. Le pape, l'encyclique et la démographie

(6) femme de lettres franconienne, linguiste, à la fois sainte et docteur de l’Église, elle écrit notamment en 1158 le livre des subtilités des créatures divines et le livre des œuvres divines en 1174.

Sur ce thème, voir l'article de Jean-Christophe Vignal  « Penser la dénatalité, un exercice difficile »  paru dans le livre « Moins nombreux plus heureux, l'urgence écologique de repenser la démographie » Alain Gras, Alain Hervé, Corinne Maier, et alii, préface d'Yves Cochet, Ed. Sang de la Terre, février 2014.

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Published by Jean Bruguier
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24 juin 2015 3 24 /06 /juin /2015 14:04

Nombreux sont ceux, même parmi les non croyants, qui se réjouissent de la prise de position du pape en faveur de protection la nature à l’occasion de la publication de l’encyclique Laudato si. Il était temps en effet qu’une autorité morale du plus haut niveau rappelle aux hommes la gravité des menaces qui pèsent sur notre monde et la responsabilité qui est la leur. Quelques mois avant la tenue des négociations sur le climat (COP 21) cela ne pouvait mieux tomber.

Ce n’est bien sûr pas la première fois qu’un pape s’exprime sur le temporel et un tel message est bienvenu tant ce temporel-là renvoie à une question morale. Comment nous comportons-nous vis à vis de la nature, du monde, de la « maison commune »  pour reprendre les mots mêmes du pape (1) ? 

On ne peut donc qu’applaudir une telle initiative, même si parfois il ressort des propos de François un certain anthropocentrisme qui appuierait la nécessaire protection  de  la nature sur les besoins des hommes et non sur un respect intrinsèque dû à l’ensemble du vivant, démarche plus utilitariste que morale, hélas partagée par nombre d’écologistes.

Toutefois, si le courage et le modernisme du pape sont incontestables, sa position sur la démographie reste absolument conventionnelle et fait bon marché des contraintes écologiques au profit de la défense séculaire d’un natalisme militant.

Alors qu’au cours du dernier siècle le monde a multiplié ses effectifs par quatre, alors qu’au cours des 45 dernières années ce sont 50 % des vertébrés qui ont disparu du fait de notre envahissement de tous les territoires (2) , alors que les océans se vident à grande vitesse, alors qu’un continent, l’Afrique, voit nombre de ses efforts de développement obérés par une croissance démographique encore non maîtrisée (au cours du 20ème siècle l’Afrique devrait passer de 1 à 4 milliards d’habitants), voici ce que dit le pape François de la question (chapitre 50 de son encyclique Laudato si)

"Au lieu de résoudre les problèmes des pauvres et de penser à un monde différent, certains se contentent seulement de proposer une réduction de la natalité. Les pressions internationales sur les pays en développement ne manquent pas, conditionnant des aides économiques à certaines politiques de “ santé reproductive ”. Mais « s’il est vrai que la répartition inégale de la population et des ressources disponibles crée des obstacles au développement et à l’utilisation durable de l’environnement, il faut reconnaître que la croissance démographique est pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire ». Accuser l’augmentation de la population et non le consumérisme extrême et sélectif de certains est une façon de ne pas affronter les problèmes".

Le pape offre là une douche froide à tous ceux chez qui était né l’espoir que l’Eglise Catholique s’oriente vers une position plus raisonnable en matière de contrôle de la fécondité. Espoir né en janvier dernier suite à ses déclarations lors d’un voyage aux Philippines. A cette occasion François avait en effet affirmé qu’il n’était pas nécessaire de se reproduire comme des lapins pour être de bons catholiques. Il avait également  réprimandé une femme enceinte déjà mère de nombreux enfants. Las, de toute évidence cette remarque visait à éviter les situations personnelles difficiles mais elle n’indiquait en aucun cas une prise de conscience des limites écologiques à l’explosion démographique.

François signe là aussi une assez grande méconnaissance du problème. Une méconnaissance du problème écologique proprement dit (mais où le pape mettra-t-il toutes les autres créatures de Dieu si l’Homme augmente encore ses effectifs ? Jésus n’a pas multiplié les mètres carrés, même dans les écritures). Mais aussi méconnaissance des propos des antinatalistes. Dans leur grande majorité, ceux-ci sont profondément écologistes. Ils ne se contentent pas « seulement de proposer une réduction de la natalité », ils affirment que c’est une condition nécessaire bien que non suffisante. Ils regrettent qu’elle soit si souvent passée sous silence mais ils savent aussi qu’elle s’insère dans un ensemble de problèmes encore plus vaste qui est celui de notre rapport à la nature. Caricaturer ainsi leur propos n’est pas très juste et ne fait pas avancer la prise de conscience.

Rien au contraire  « n’indique que la croissance démographique soit pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire » Et surtout elle est clairement incompatible avec la protection de la nature qui est pourtant l’objet de cette encyclique.

Plusieurs personalités ont répondu à cette prise de position du pape François.

Odon Vallet,  grand spécialiste des religions qui lors d’un entretien avec le magasine Terra Eco, répondait ceci à la question : Ce texte aurait-il pu aller plus loin ?

« Le pape raisonne sur nos modes de consommation, et non sur le nombre d’êtres humains qui consomment. Le gros reproche qu’on peut faire à l’Eglise, et pas uniquement catholique, c’est de sous-estimer le problème démographique. Pour le Vatican, plus il y a de bébés, mieux c’est. Abraham voulait que ses descendants soient plus nombreux que les grains de sable. Toutes les religions se basent sur des textes écrits il y a 1500, 2000, 2500 ans, à une époque où les hommes étaient si peu nombreux que la moindre épidémie pouvait faire périr l’humanité. Dans ces circonstances il fallait faire des enfants pour assurer sa survie. Aujourd’hui, la situation s’est renversée, nous sommes sept fois plus nombreux qu’il y a 100 ans, 70 fois plus nombreux qu’à l’époque de Jésus ».

Mais aussi Hubert Reeves qui, tout en approuvant les préoccupations écologiste du Souverain Pontife déclarait récemment  au Point :

« On peut regretter cependant que le pape n’ait pas abordé également la question de la croissance démographique et de la surpopulation - un des principaux problèmes en relation avec l’avenir de la vie sur la terre - et son pendant : le contrôle des naissances ».

Pour sa part, voici ce que déclarait Robert Walker, président du Population Institute dans un entretien avec le Huffington Post le 18 juin dernier (traduction : Elisabeth Bouchet)

« Je n'ai jamais rencontré le pape François, aussi je ne considère pas qu’elle s’adresse personnellement à moi, mais lorsque j’ai lu l’encyclique, longtemps attendue,  sur le changement climatique et l’environnement, je confesse avoir éprouvé une certaine gêne. Alors que j’applaudissais de tout cœur à son appel à l’action pour le changement climatique, j’ai été frappé, et cette fois personnellement, en  voyant qu’il écrit que « Au lieu de résoudre les problèmes des pauvres et de penser à un monde différent, certains se contentent seulement de proposer une réduction de la natalité».

Humm. Je suis sûr qu’il en y a « qui ne proposent qu’une réduction de la natalité », mais parmi les propositions sérieuses de planification familiale, je ne connais pas quelqu’un qui puisse croire que les défis posés par  la faim chronique et par l’extrême pauvreté puissent être résolus par les seuls contraceptifs. Au contraire, ils croient, comme moi, qu’un accès amélioré  à la contraception puisse faire partie intégrante, - mais  essentielle - d’un effort plus large d’amélioration de la santé et du bien-être dans les pays en développement.

Plutôt que de reconnaître que l’accès plus étendu aux moyens de contraception puisse améliorer les vies des femmes et de leurs familles dans les pays en développement, l’encyclique du pape insiste sur le fait que « la croissance démographique est totalement compatible avec un développement total et partagé ». Totalement compatible ? Les chefs de l’Eglise de Rome pourraient tirer bénéfice  de la lecture du rapport que mon organisation « Population Institute » a publié cette semaine. Ce rapport est intitulé « Vulnérabilité démographique : là où la population s’accroit se posent les plus grands défis ». Le rapport identifie et classe 20 nations qui font face aux plus grands défis démographiques en relation avec la faim,  la dégradation de l’environnement et l’instabilité politique. Les 10 pays en tête de ce classement sont le Sud Soudan, la Somalie, le Niger, le Burundi, l’Erythrée, le Tchad, la République Démocratique du Congo, l’Afghanistan, le Yémen et le Soudan.

Le rapport explique comment les projections de croissance démographique posent un énorme défi pour ces pays. Ils sont sans exception en train de se battre contre vents et marées afin de soulager la faim et d’éliminer la très grande pauvreté. Des progrès significatifs ont été faits dans la réduction globale de la faim mais la plupart des gains ont été obtenus dans des pays où la fertilité est relativement basse. Là où la fertilité reste élevée, la bataille contre la faim est loin d’être gagnée.

Dans certaines régions d’Afrique subsaharienne, le nombre d’enfants sous-alimentés est actuellement en augmentation, comme l’est la population.

Le Population Reference Bureau projette que la population du Burundi, (pays qui est dans la tête du classement  du GHI (IFPRI 2014 Global Hunger Index- index global de la  faim-) augmentera de 154 % d’ici à 2050. La population du Sud Soudan (qui est classée très haut en ce qui concerne la faim) est appelée à augmenter de 236 % d’ici à 2050 (3). Et encore, ces projections font-elles le pari que la fécondité va poursuivre son déclin historique.

De même, tandis que nous avons fait de grands progrès dans la réduction de la pauvreté extrême, particulièrement dans les économies émergentes, les progrès ont été longs dans les pays où la natalité demeure élevée.

La population du Niger, qui se classe n°1 dans l’index multidimensionnel de la pauvreté des Nations Unies 2014, est en passe d’augmenter de 274 % au cours des 35 prochaines années. La population du Mali, qui est 4ème dans le classement de la pauvreté, va augmenter de 187 %.

Un accès plus étendu aux contraceptifs, seul, ne pourra pas répondre de façon adéquate aux défis que ces pays vont rencontrer. A peine.  Même avec une augmentation relativement conséquente de l’usage de la contraception correspondant à un déclin de la fécondité, les populations de ces pays vont continuer à croître pendant les décennies à venir.

Comme il a été souligné dans le rapport de Population Institute, un accès élargi à la contraception doit être accompagné par des investissements dans l’éducation des filles et l’autonomisation des femmes. Il faut limiter les pratiques de mariages d’enfants, qui sont toujours d’actualité dans de nombreuses parties du monde, et les USA ainsi que les autres pays donateurs doivent développer l’assistance agricole. Dans les pays en stress hydrique, les investissements pour la protection l’eau et dans les infrastructures sont nécessaires de manière urgente. Dans les pays en développement qui sont gravement déforestés, comme Haïti, il y  a nécessité d’une aide en faveur de  la reforestation. Dans les pays à faible gouvernance et où la corruption est largement étendue, la société civile doit être renforcée.

L’encyclique papale souligne que l’on doit lutter contre les inégalités économiques et contre le gaspillage alimentaire. Amen. Mais, s’il vous plait Votre Sainteté, faites en sorte que chaque femme dans le monde puisse être en mesure de décider par elle-même, hors de toute coercition, combien d’enfants elle aura et quand elle les aura. Le choix de se reproduire n’est pas seulement un impératif moral, c’est aussi un impératif pour l’humanité. Sans l’accès étendu aux méthodes modernes de contraception, les taux de mortalité des enfants et des femmes dans les pays en développement resteront à  un niveau inacceptable et de nombreuses femmes et leurs familles ne sortiront jamais à la pauvreté ».

Aux Etats-Unis voici le communiqué du Center for Inquiry (CFI) (traduction D. Barthès)

Le Center for Inquiry a examiné l'encyclique, Laudato Si, publié aujourd'hui par le chef de l'Eglise Catholique, le pape François.

Le CFI partage la préoccupation du Pape François à propos de l'environnement et se félicite de sa reconnaissance du consensus scientifique quant à la cause du changement climatique, à savoir l'effet de serre généré par l'activité humaine. Nous saluons aussi sa reconnaissance du fait que notre crise environnementale va au-delà du changement climatique, que nous épuisons nos réserves d'eau et conduisons à l’écroulement de la biodiversité. Cependant, nous regrettons que le pape ne reconnaisse pas que l'Eglise Catholique a contribué à ces problèmes par son opposition irrationnelle et inflexible à une planification familiale responsable.

En effet, non seulement ne pape François ne parvient pas à reconnaître le tort causé par l'opposition de l'Eglise à la contraception, mais, étonnamment, il utilise cette encyclique pour s’attaquer une fois encore à la planification familiale, affirmant que les préoccupations légitimes quant à la croissance de la population sont «une façon de refuser de s’engager vers les vraies solutions"

C’est l’Eglise Catholique qui refuse les vraies solutions

La surpopulation n’est certainement pas la seule cause de la crise environnementale, mais il n'y a pas de volet de cette crise pour lequel  elle ne constitue pas un facteur important, et une population en croissance rapide ne fera qu’exacerber les problèmes environnementaux.

L’opposition réitérée et injustifiée du pape au contrôle des naissances, nuira finalement à la portée de ses autres observations, dont certaines sont pourtant méritoires. Celui qui pense qu’utiliser un préservatif constitue une grave atteinte morale ne peut être pris au sérieux ou être considéré comme un expert des problèmes de notre monde. Le pape Francis dépense beaucoup d'énergie pour dénoncer le mauvais usage de la technologie.  En dernière analyse, son encyclique démontre que le monde souffre autant de la pensée dogmatique que des abus de la technologie

 

Notons que les positions de l’Eglise en matière de protection de la nature seront de nouveau évoquées lors des Assises Chrétiennes de l’Ecologie qui se tiendront les 28, 29 et 30 août prochains à Saint Etienne. A cette occasion, Madame Anne-Marie Teysseire, représentante du mouvement Démographie Responsable, évoquera la pression que font peser sur la nature nos effectifs toujours croissants ainsi que le tabou, encore une fois renouvelé, qui frappe le sujet.

___________________________________________________________________

(1) Le titre exact de l’encyclique est : Lettre encyclique du Saint Père François sur la sauvegarde de la maison commune, le lien qui vous est proposé ici renvoie vers la version française publiée par le Vatican.

(2) Rapport "Planète vivante 2014"

(3) Les chiffres indiqués pour le Sud Soudan par Bernard Walker me semblent surestimés, selon l’Etude de Gilles Pison « tous les pays du monde », le Sud Soudan devrait environ voir sa population doubler entre 2014 et 2050 (soit une augmentation d’un peu plus de 100 % et non de plus de 200 %)

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Published by Didier BARTHES
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29 mai 2015 5 29 /05 /mai /2015 14:24

Selon les sources, entre 25 et 40 % de la nourriture aujourd’hui produite dans le monde seraient perdus. Il s’agit là d’un problème récurrent. Malgré la chaîne du froid, malgré des outils logistiques toujours plus sophistiqués, nous semblons incapables de diminuer sensiblement ces déperditions. Si chacun les dénonce, un vif débat oppose néanmoins les différents acteurs : producteurs, intermédiaires, distributeurs, consommateurs, se renvoient mutuellement l’essentiel de la responsabilité.

Le sujet vient d’être replacé dans l’actualité puisque les récents amendements proposés dans le cadre de la loi sur la transition énergétique visant à dissuader la grande distribution de détruire les invendus alimentaires en l’obligeant à les reverser à des associations caritatives ont fait l’unanimité. Ils ont d’ailleurs été votés ainsi par l’ensemble des députés. Certes, de telles dispositions relèvent du bon sens et il ne s’agit pas de les mettre en cause. Cependant, dans la masse des commentaires quasi unanimement favorables qui ont accompagné cette mesure, un problème a été passé sous silence. Il s’agit du lien indissoluble entre production de masse à bas coût et gaspillage.

Que dans un monde où des gens peinent à se nourrir, une aussi grande proportion d’aliments soit détruite est évidemment choquant. Pourtant, la dénonciation du gaspillage ne peut faire l’économie d’une réflexion sur ses causes. Le gaspillage n’est pas le fruit du hasard ni de l’incurie ou de l’irresponsabilité de quelques-uns. Ce gaspillage s’ancre dans un ensemble de contraintes économiques que nous ne desserrerons pas facilement en dépit des bonnes intentions. Son maintien durable à un aussi haut niveau est d’ailleurs gage de cette difficulté. Il va de soi que si les différents acteurs trouvaient un intérêt économique conséquent à ne pas gaspiller, il y a longtemps que la question serait résolue. Elle ne l’est pas pour de sérieuses raisons.

Rappelons d’abord une évidence : la plupart des aliments sont périssables, certains comme la viande ou le poisson, très rapidement. Par nature donc, la perte de produits alimentaires est une menace constante qui a accompagné toute l’histoire de l’humanité et la lutte pour la minimiser suppose une attention permanente au maintien des conditions de conservation et au respect des délais d’acheminement, de vente et de consommation. Cette attention a un coût. Sauf à vivre dans un monde parfait, ce qui relève de l’improbable, le « zéro perte » n’existera jamais, les vraies questions sont donc: Peut-on aller vers le « beaucoup moins de pertes » ? Mais aussi, et c’est évidemment plus dérangeant : Y a-t-on intérêt ?

Quitte à choquer, je n’en suis pas sûr ou plus exactement il me semble que le coût du « presque zéro perte » pourrait-être prohibitif.

En effet, ce qui est généralement passé sous silence – sinon incompris - dans ce débat est que les conditions qui permettent la production de nourriture à très grande échelle, c’est-à-dire l’industrialisation de l’agriculture et de l’ensemble de la chaîne de distribution sont les mêmes que celles qui génèrent un certain nombre de pertes. Les deux sont indissociables. La même cause permet à la fois de nourrir plus de sept milliards de personnes et conduit à jeter une proportion importante de ce qui est produit.

Pourquoi ?

Le progrès technique permet certes de limiter les pertes au niveau de la fabrication, du stockage (surtout) et du transport, mais il a aussi une autre conséquence : La baisse des prix (c’est d’ailleurs une des raisons d’être du progrès dans tous les secteurs de l’économie, mais il y a là parfaitement réussi). Jamais la nourriture n’a couté aussi peu cher dans nos pays développés. La part de l’alimentation représente aujourd’hui 13 % du budget des ménages, un chiffre historiquement bas, mais qui a sa contrepartie. Une nourriture de peu de valeur marchande ne vaut pas la peine de dépenser des sommes importantes pour la conserver.

Cela vaut au niveau du producteur, comme à ceux du distributeur et du consommateur.

Prenons l’exemple de ce dernier, c’est-à-dire de nous-mêmes. Il nous arrive à presque tous, de jeter un steak, un yaourt, quelques fruits périmés ou un plat préparé dont nous avons laissé passer la fameuse date limite de consommation recommandée. Sommes-nous des criminels pour autant ou de dangereux inconscients ? Non. Tout d’abord quand le problème survient, la gravité potentielle d’une intoxication alimentaire impose de jeter les aliments. D’autre part, ce choix, justement dans le cadre d’une nourriture peu coûteuse, peut parfaitement se justifier. Le temps est contraint et les courses nécessitent le plus souvent un déplacement en voiture au coût et aux inconvénients très supérieurs à deux ou trois pourcents de la valeur des produits achetés. Il est donc économiquement tout à fait logique que les consommateurs préfèrent grouper leurs achats quitte à prendre le risque d’en jeter une petite partie. En tant qu’agents économiques, ils ont là une conduite parfaitement rationnelle. Ecologiquement même ce n’est pas forcément irréaliste, le transport ayant lui-même un coût en la matière. Cela choque parce que si les poubelles pleines sont visibles, l’énergie dépensée à titre privé et le CO2 dégagé à cette occasion ne sont repérés par personne.

Il en est de même au niveau des distributeurs. Un supermarché pourrait parfaitement n’avoir à jamais jeter un seul yaourt, il suffirait pour cela qu’il les commande, sinon un par un, du moins en toutes petites quantités, de façon à n’avoir aucun stock. Mais alors, la frustration des clients (il y aurait souvent des ruptures), mais surtout la gestion administrative et les coûts de transport et de livraison (on ne va pas détourner un camion de 44 tonnes pour livrer 12 yaourts) seraient tels que le prix du yaourt serait prohibitif et conduirait de fait à le rendre inabordable. L’alimentation de la population n’en serait pas mieux assurée malgré des poubelles alors effectivement vides. Dans une société industrielle, les coûts de la manutention et de la distribution des produits sont très supérieurs à celui de leur fabrication, telle est la réalité économique que les pourfendeurs, pourtant bien intentionnés du gaspillage, tendent à ignorer.

Les mêmes effets de masses et de manutention jouent évidemment au niveau de la production, l’agriculteur moderne ne passera pas des heures à sauver quelques kilogrammes de graines perdus si cela doit ralentir sensiblement l’ensemble du processus.

Enfin, au-delà de ces raisons techniques une autre question de société se pose. Par ces dispositions ne sommes-nous pas en train d’accepter et de valider la mise en place d’une société à deux vitesses, avec d’un côté des gens qui vivront de leur ressources et de l’autre une fraction non négligeable qui ne vivra que d’une aumône organisée ? Cette dichotomie est lourde de menaces et d’oppositions futures. Les uns se sentiront toujours plus taxés, les autres toujours plus dépendants. La lutte néanmoins bienvenue contre le gaspillage alimentaire nous donne une fois de plus l’occasion d’illustrer les dérives d’une société incapable d’offrir à tous un rôle et un revenu.

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Published by Didier BARTHES - dans Economie
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