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29 avril 2020 3 29 /04 /avril /2020 10:24

L’épidémie de coronavirus, a mis en avant la nécessité de changer de modèle de société. Partout s’élèvent aujourd’hui des voix pour nous appeler à remettre en cause plusieurs des dogmes de nos économies modernes : la mondialisation, la croissance à tout prix, l’urbanisation, la densification des territoires. De façon générale, c’est la course à la démesure qui est justement dénoncée.

Or, dans 4 ans, Paris se propose d’organiser les Jeux Olympiques.

De tels jeux s’opposent sur presque tous les plans aux directions que nous devrions prendre.

Par leur gigantisme ils supposent la construction de lourdes infrastructures artificialisant toujours plus les territoires. Par leur caractère mondial ils généreront de nombreux déplacements énergétiquement coûteux et susceptibles de favoriser la propagation de nouvelles épidémies.

Ils entretiendront l’esprit de compétition et le nationalisme quand la coopération devrait être le mot d’ordre. Enfin, ils seront financièrement très lourds au moment où les budgets publics sont déficitaires et où les dépenses devraient être prioritairement consacrées à l’adaptation de nos sociétés à un monde plus résilient et plus respectueux de l’environnement.

N’organisons pas les Jeux Olympiques. Il existe déjà beaucoup de compétitions sportives et un tel renoncement constituerait un excellent symbole d’une réelle volonté de changer les choses et d’aller vers un monde plus durable.

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25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 12:04

Sous le titre « Un monde à réensauvager » et sous la plume de Vincent Nouyrigat, le magazine Science & Vie publie dans son dernier numéro (*) un article sur les vertus d’une politique de protection de l’environnement, consistant à … ne rien faire ! Se contenter d’abandonner les territoires et laisser la nature rétablir elle-même les équilibres.

Cette politique, probablement la seule valable, même si l’on peut initialement envisager quelques interventions comme la réintroduction d’espèces, va à contre-courant de bien des stratégies menées ces dernières décennies. Encore aujourd’hui, l’on s’évertue à éliminer les bois morts alors qu’ils constituent un élément essentiel des milieux forestiers.

L’auteur rappelle avec raisons trois caractéristiques des écosystèmes naturels : la complexité via la multiplicité des interactions, la nécessité des migrations animales et végétales sans entraves et le rôle déterminant du hasard. Ces trois règles ont modelé la vie depuis ses débuts

La nature n’a besoin que d’une chose : de l’espace et du temps ! Depuis 500 millions d’années, la Terre héberge une grande faune. En quelques millénaires l’homme à presque tout détruit, pouvons-nous, au regard de ce constat nous prévaloir d’une quelconque compétence écologique ?

Contrairement à une tendance en vogue même dans les sphères de l’écologie militante, l’Homme ne doit pas être le jardinier de la planète, il ne doit pas prendre en charge sa santé, il doit juste ne pas intervenir.

C’est aussi une excellente leçon de modestie quant à notre rôle et notre façon de nous intégrer à la nature. Nous en faisons partie, mais nous n’en sommes ni les maîtres ni même les gestionnaires.

Cette vision, assez proche de celle de James Lovelock suppose bien entendu de partager l’espace, d’être moins nombreux, de respecter le reste du vivant.

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(*) Science & Vie, numéro 1232, mai 2020, p.109 à 114, article de Vincent Nouyrigat.

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8 avril 2020 3 08 /04 /avril /2020 18:44

Un article de Daniel Martin

L’utilisation des données personnelles des smartphones pour « tracer » les personnes contaminées par le Covid-19 fait partie des outils qu’étudie le gouvernement pour lutter contre l’épidémie et préparer un déconfinement progressif le moment venu. Mais attention, n’ouvre-t-on pas une boite de Pandore ?

 

Concernant les mesures de confinement par « traçage ou tracking », déclarations contradictoires du Ministre de l’intérieur.

Par rapport à la mise en place dans plusieurs pays asiatiques et européens concernant l’utilisation des données personnelles des smartphones pour « tracer » les personnes contaminées par le Covid-19, le 26 mars, sur France 2, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner balayait l’hypothèse en ces termes: «Ça n’est pas notre souhait… Je crois que ce n’est pas la culture française.» Toujours sur France 2, dix jours plus tard, Le même Christophe Castaner, assure désormais que le pistage «sera retenu et soutenu par l’ensemble des Français» à condition de respecter les libertés individuelles et de lutter contre le virus…

Ce « traçage » serait-il utilisé sur la base du volontariat, comme l’avait assuré le premier ministre ? Là encore, on est dans le flou, car le discours n’est pas clair. «Je ne peux pas vous dire», a évacué le ministre de l’intérieur Castaner lundi matin sur France info, précisant que le gouvernement était en lien sur cette question avec la Commission nationale de l’informatique et des libertés de France (CNIL).

Avec des déclarations contradictoires, cela pose incontestablement la question des libertés individuelles et secoue la majorité parlementaire.

Il y a des partisans du « traçage »

Dans le Figaro du 8 Avril, «En ce moment, c'est la phase de confinement où tout le monde reste chez soi, a rappelé en préambule Mounir Mahjoubi. » Là on réfléchit à l'après, dès le début du «déconfinement», donc, le député LREM est favorable à la mise en place du «contact tracing». Selon lui «Le seul objectif du traçage est de sauver des gens. Quand des patients seront testés positifs, cela leur permettra d'identifier les gens qu'ils ont croisés dans les 15 derniers jours. C'est ce qu'on appelle le contact tracing.» Mounir Mahjoubi a insisté sur le fait que «plusieurs entreprises, dont certaines en France, sont déjà en train de travailler sur ce système.» Autrement dit, pour le Député et ancien ministre Mounir Mahjoubi, afin de « sauver des vies » cet argument fort louable va servir pour passer à un palier supérieur dans l’usage dévoyé des « intelligences artificielles » au service d’une déclinaison liberticide inévitable, malgré toutes les précautions prises...

Mais il y a aussi des opposants

«Je refuse qu’on puisse restreindre la liberté d’un individu en fonction de son état de santé », considère Guillaume Chiche, député LREM des Deux-Sèvres, qui prend l’exemple des personnes séropositives. « Même si cela s’applique sur la base du volontariat, la pression morale sera telle que ça deviendra demain une règle de technologie. On ne sort pas d’une crise sanitaire pour entrer dans une crise de défiance des libertés individuelles.»

«Je serai extrêmement réservé sur ce sujet », prévient Roland Lescure, président LREM de la commission des affaires économiques, quand. Le patron de LREM, Stanislas Guerini, se dit de son côté «allant et ouvert». «Je suis favorable à ce qu’on se donne tous les outils pour pouvoir vaincre le virus, y compris les outils de traçabilité de façon encadrée et bornée dans le temps», a-t-il fait savoir, lors d’une conférence de presse virtuelle.

Le député Pierre Person, numéro deux de LREM s’insurgeait et ne déclarait-il pas, lors d’un bureau exécutif, «Venir limiter la plus fondamentale des libertés, c’est indirectement affaiblir toutes les autres » ?

En règle générale, les députés qui se situent à l’aile gauche de LREM expriment déjà leur franche hostilité et ne peuvent imaginer Emmanuel Macron, qui s’est jusqu’ici posé en champion des démocraties libérales, s’engager sur ce terrain glissant.

Est-ce que nous voulons vivre dans une société où l’État sait en permanence qui fait quoi et se trouve où ?

Avec la nouvelle révolution des « intelligences artificielles », nous sommes entrés, à partir de la fin des années 2000, dans ce que les experts du forum économique mondial de Davos dénomment 4ème révolution industrielle. Aujourd’hui, par nos téléphones portables et les réseaux sociaux d’internet on sait déjà presque tout de nous et cela ne va pas cesser, mais empirer et à bien des égards de rappeler un jour « 1984 » de Georges Orwell.

Comme l’a indiqué Didier Barthès dans un article très réaliste sur le blog Economie Durable intitulé «Coronavirus, le plus court chemin de 2020 à 1984» où il déclare notamment : « L’urgence s’est refermée comme un piège implacable sur la plus évidente et la plus simple des libertés, celle d’aller et venir sans en rendre compte, en tout anonymat. Sous le poids d’une priorité supérieure, ce socle de nos démocraties a volé en éclat en deux jours seulement, du matin d’un dimanche où l’on nous demandait d’aller voter au matin du mardi où mettre le nez dehors devenait un délit ». Et de rajouter  un peu plus loin: «Demain sans doute, sauf à envisager un effondrement général des sociétés, de nouvelles technologies rendront la surveillance toujours plus facile et les manquements toujours plus aisés à repérer et sanctionner.   ». Ou encore : « L’hypothèse qu’un jour chaque humain se voit implanter une puce déclinant son identité et moult renseignements n’est plus interdite, certains y adhèrent. Tous les déplacements pourront alors être surveillés, et enregistrés à jamais. Il ne sera même pas nécessaire de l’imposer, il suffira simplement de rendre impossible la vie à ceux qui n’en seront pas munis, comme il est difficile désormais de vivre sans internet, sans carte bancaire, sans portable ». 

Attention : l’engrenage liberticide dans lequel nous ne cessons de mettre chaque jour un peu plus le doigt ne peut que nous absorber totalement en générant une dictature par le numérique

Si la nouvelle révolution numérique offre des avantages incontestables pour la réduction des mobilités domicile-travail, mais aussi pour d’autres actes de la vie quotidienne, y compris pour la santé, tout en s’accompagnant d’inconvénients, elle peut aussi être dévoyée progressivement vers des rivages liberticides, notamment, via certains usages, dont le « traçage » individuel. Il sera d’autant mieux accepté par la population, qu’il sera justifié au nom d’un impératif majeur que sont la santé et la vie de nos concitoyens, mais aussi par d’autres arguments.

Si actuellement le climat et la gravité de la situation écologique est passé au second plan des préoccupations mondiales, dont la question démographique qui cependant ne le fût guère et si la pollution de l’air a clairement décru dans toutes les agglomérations, certains n’hésitent pas à affirmer que la crise sanitaire que nous vivons serait un rappel de la « nature », troublée par notre mode de vie désastreux.

S’il est vrai que notre mode de vie et une croissance démographique explosive sont responsables d’une situation écologique et climatique désastreuse, l’argument de punition de la nature par le Covid-19 est-il valable et ne risque-t-il pas de cacher autre chose ?

Punis par dame « nature », nous devrions expier, expier toujours, fut-il au prix des libertés essentielles. Sans compter que certains n’hésitent pas à raccorder ce qui est en train de se passer dans le monde à cause du Covid-19 avec les théories des collapsologues, ce qui a de quoi surprendre, car le lien entre ces deux phénomènes n’est pas très réaliste. Au nom de cette punition par « dame nature », cela peut même en ces circonstances contribuer à couvrir des mesures gouvernementales parmi les plus liberticides au nom d’un bien qui punit le mal par des sanctions méritées, afin de réparer le mal que l’homme lui a fait… Ainsi les restrictions des libertés pour la bonne cause !

Incohérences et calcul politicien pour mieux imposer des mesures impossibles à annuler ultérieurement ?

Pendant que l’on ratisse les plages ou les espaces verts des communes à la recherche de la vieille dame promenant son chien, avec l’aide de drones,  on sait que dans les banlieues chaudes tout réel contrôle est devenu impossible,  il parait illusoire d’espérer une distance d’un mètre entre chaque individu. Deux poids deux mesures, on a l’habitude…

Peut-on imaginer que des responsables politiques s’accommoderaient aussi d’une certaine forme de « lâcheté », vis à vis de ces quartiers chauds et d’une population délinquante  dans un but purement politicien ? Par exemple, pourquoi n’inciteraient-ils pas les fabricants de matériel numérique, pour que dans ces banlieues, par d’habiles opérations de marketing, ils encouragent la consommation de ces produits qui ficellent les libertés ? De la surenchère à qui possédera le Smartphone et la console de jeu « dernier cri », de même pour l’ordinateur, cela faisant boule de neige... Ainsi, à leur manière, les voyous de ces quartiers qui empoisonnent la vie des habitants vont, grâce à divers trafics, dont la drogue, et les finances qui vont avec, s’offrir du matériel « dernier cri » et devenir involontairement les auxiliaires du gouvernement, grâce au piège des dernières technologies numériques.

Dans ces banlieues, les responsables politiques n’hésitant pas à évoquer, après celui du Covid-19, l’argument de la lutte contre la délinquance, afin de permettre et justifier un « traçage » progressivement liberticide. Ces mesures, après celles du Coronavirus seraient acceptées béatement par la population, et jamais annulées.

Ailleurs, pour les plus modestes, au nom de la solidarité nationale, dès lors que le « traçage » devient une obligation, l’État n’hésitera pas à mettre directement « la main à la poche » pour doter, gratuitement ou à très faible coût, ces populations en smartphones, voire d’ordinateurs portables. Une forme d’investissement électoral !

Autre exemple d’une ordonnance qui, profitant du Covid-19, restreint des libertés en déréglementant des dispositions qui les protègent

En application de la loi d’urgence n° 2020-290 du 23 mars 2020 pour faire face à l’épidémie du Coronavirus, 25 ordonnances ont été prises par le Conseil des ministres.

La 6ème ordonnance, n° 2020-320 du 25 mars 2020, a été confirmée au JORF n° 0074 du 26 Mars 2020, texte 45, et  selon cette ordonnance,  quatre procédures administratives préalables en vue de l'implantation ou de la modification d'une installation de communications électroniques sont ainsi aménagées :


- suspension de l’obligation de transmission d’un dossier d’information au maire ou au président d’intercommunalité en vue de l’exploitation ou de la modification d’une installation radioélectrique.

- possibilité pour l'exploitant d'une station radioélectrique de prendre une décision d'implantation sans accord préalable de l'agence nationale des fréquences.
- réduction du délai d’instruction des demandes de permissions de voirie.
- dispense d’autorisation d’urbanisme pour les constructions, installations et aménagements nécessaires à la continuité des réseaux et services de communications électroniques ayant un caractère temporaire. » Ainsi, le gouvernement profite de la pandémie pour déréglementer la téléphonie mobile au risque de l'accroissement des problèmes sanitaires qui y sont liés
(lire ici la suite).

Pour conclure

Plutôt que de culpabiliser et sanctionner, dans ces moments très difficiles, il serait plus efficace de saisir ce qui est vraiment en train de se passer dans notre pays, à savoir un soupçon généralisé sur la sincérité de la parole publique d’une part et un rejet de l’uniformisation annoncée par des règles conduisant à une dérive liberticide, sous couvert de la gravité évidente du Covid-19 d’autre part. Ces dispositions sont très éloignées de nos traditions et de notre philosophie. On peut être par ailleurs confondus devant la propension d’hommes politiques supposés démocrates célébrant les mérites de la coercition généralisée. 

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3 avril 2020 5 03 /04 /avril /2020 10:04

 

Un article de Daniel Martin

Après la crise sanitaire sans précédent du Covid-19, notre monde reprendra-t-il ses « bonnes  et vieilles habitudes » ou nous attarderons nous enfin sur la problématique démographique et l’économie amorcera-t-elle un changement radical ?

Cette crise sanitaire, incomparable à certaines autres nous permettra-t-elle de reconsidérer notre système économique, mais aussi la question démographique ?

Cette grave crise sanitaire aura permis à la majorité de nos concitoyens de mettre en évidence les incohérences, voire certaines absurdités de notre système économique et les limites de la mondialisation. Mais aussi des métiers invisibles qui paraissent soudain essentiels et d’autres plus visibles qui le sont moins ou ne le sont pas.

Par cette crise sanitaire sans précédent, le ralentissement de l’économie est des plus inquiétants d’un point de vue social, démocratique et humain. Toutefois, elle représente une opportunité à saisir pour repenser notre modèle économique. On peut néanmoins s’interroger, tant que la question démographique et ses effets ne sont pas abordés, si on est réellement en mesure de prévoir et anticiper des mesures pour éviter ce genre de choc, ou de mieux les absorber.

Cette crise sanitaire nous recentre également sur des essentiels : l’accès à l’alimentation qui impose les productions essentielles, leur acheminement et leur distribution, à la santé qui a mis en évidence les difficultés inhérent à des erreurs politique de gestion passées, à la relation avec les autres apparaissent ainsi comme des besoins les plus vitaux. Elle questionne également sur l’utilité de certaines activités et les besoins de mise en valeur pour d’autres.

Le Covid-19 sonne comme un rappel des limites démographiques.

Il a fallu un virus particulièrement violent pour nous rappeler le sens des limites et de la mesure, pour nous rappeler notre vulnérabilité, et mettre en évidence la fragilité des systèmes complexes que nous avons construits sans nous soucier de ses effets, notamment par une croissance démographique non régulée. Nous ne contrôlons pas la nature, nous en faisons partie. Quand on détruit annuellement plus de 100 000 km² de terres arables, que l’on déboise et déforeste de façon intensive en détruisant la biodiversité pour l’urbanisation ou des cultures intensives de soja et huile de palme on peut imaginer les effets.

Dans la nature l'animal a besoin d'espace et de vitesse pour survivre. Le prédateur doit disposer de beaucoup d'espace et de vitesse pour pouvoir attraper sa proie et la proie d'espace encore plus vaste et doit courir encore plus vite pour lui échapper. Si l'homme n'a plus besoin de la vitesse pour pouvoir survivre, il doit toutefois disposer d'espace. Avec une perte de 275 km2 par jour de terres arables (100 375 km² par an) sous le béton et l'asphalte, du aux effets de l'urbanisation, des voies de circulation de circulation routières, ferroviaires à grande vitesse, aéroportuaires et une population qui explose, on peut imaginer l'impact écologique ! Chaque jour, on compte 244.000 nouvelles personnes de plus dans le monde (équivalent à la totalité de la population de la ville de Montpellier), soit + 2,7 habitants de plus par seconde (compteur). Autrement dit, la population mondiale s'accroît chaque année de près de 90 millions d'habitants grâce à un nombre de naissances supérieur (environ 150 millions) à celui des décès (60 millions). Elle par ailleurs augmenté d’un milliard pour la décennie 2009-2019, (passant de 6,7 à 7,7 milliards) avec la probabilité d’atteindre les 8 milliards d’habitants en fin 2020... A lire également par ce lien :

A cet effet comme observe l’écologie science, aucune espèce ne peut indéfiniment proliférer au détriment des autres espèces comme le fait l’homme, sans se mettre elle-même en danger et disparaître. Le virus Covid-19 ne serait-il qu’un avertissent parmi d’autres ?

Certes, la médecine par la recherche peut stopper et éradiquer de plus en plus les effets des bactéries et des virus tueurs. Mais on peut s’interroger par rapport à la sélection naturelle inhérente à toutes les espèces animales à laquelle l’homme échappe ainsi de plus en plus, Est- ce que cela ne posera pas un problème majeur sur le plus long terme… Avec pour notre espèce les effets d’affaiblissement moral et physique que l’on peut imaginer et qui seraient tel que le moindre virus pourrait sur le plus long terme éliminer en quelques jours plusieurs milliards d’individus…L’homme, prédateur au sommet de la pyramide des espèces et seul animal culturel oublierait-il qu’il a une double responsabilité : l’une vis à vis des autres espèces et l’autre pour la sienne. Mais il faut prendre acte que cet oubli permanent produit des effets les dévastateurs pour la planète et qu’au fond, par un virus invisible, quand l’homme souffre, la planète souffle... En attendant, la vie continue et la dimension économique ne peut être occultée.

Le Covid-19 signe également un rappel des limites techniques et énergétiques

De même, nous avons à faire face à des limites techniques et énergétiques. Quand les frontières se ferment ou quand le pétrole se met à manquer, c’est toute la chaîne industrielle qui s’effondre. Si au niveau économique cela peut nous réapprendre l’humilité et le bon sens sur le besoin de services publics, de relocalisation d’activités en repensant le rapport au travail et des solidarités informelles, cette crise sanitaire, tout en payant le prix fort avec sa cohorte de victimes n’aura pas été totalement vaine. Mais est-ce cela qui émergera les « jours d’après » ?

Sans recours à un régime politique plus directif, notre démocratie peut-elle imposer les exigences d’un nouvel ordre économique plus conforme aux exigences écologiques?

Remettre en cause les incohérences actuelles du système économique, ne passe-il pas par cesser de concentrer toutes nos productions dans la zone Asiatique, alors que l’on peut produire en France ou en Europe ces importations, ce qui impose des coûts énergétiques considérables pour le transport des produits finis. Certes, cela suppose une reprise en main de l’économie et du système bancaire par le pouvoir politique, éventuellement par des nationalisations ou prise de participation de l’État avec minorité de blocage. Mais cela ne peut se faire que de façon « directive » et concertée au niveau Européen, et non en laissant la « main invisible » du marché libre d’agir au gré des fluctuations boursières…

Faire cesser également certaines absurdités actuelles du système économique

Remettre en cause également l’une des absurdités du système économique est une urgence écologique quand un produit parcours plusieurs itinéraires de longue distance, alors que l’on peut faire plus court par des relocalisations. Il s’agit aussi de mettre un terme aux aberrations d’une production locale qui va faire des milliers de kilomètres pour être transformé ou reconditionner et qui revient ensuite à son point de départ pour être consommée...

Par exemple, En 2017, la distance moyenne parcourue par un produit alimentaire entre son lieu de production et l’assiette du consommateur dépasse la plupart du temps les 2 000 km, et d’autres font jusqu’à 4 800 km ! C’est démentiel ! Il faut se souvenir, par exemple, que le semi-remorque qui a pris feu dans le tunnel du Mont-Blanc, en 1999, était chargé de farine et de margarine belges expédiées en Italie? La margarine devant y être simplement emballée, avant que les paquets ne repartent pour être vendus en… Belgique.

Quand on sait que dix millions de coquilles Saint-Jacques des Côtes d’Armor sont envoyées en Chine pour y être nettoyées avant de revenir en Bretagne se faire garnir… « C’est une question de coût, on ne peut guère faire autrement …» explique un responsable d’une usine bretonne. Sans oublier l’affaire des « lasagnes à la viande de cheval » qui a montré une complexité et une longueur des circuits alimentaires que le consommateur ne soupçonnait pas.

Face à cette folie énergivore et à une agriculture industrielle de plus en plus suspecte, la seule solution est de produire au plus près et de consommer local. Le circuit court peut avoir plusieurs définitions : Aux Etats-Unis c’est une distance de 250 km entre le producteur et le consommateur.  Au Canada, c’est 120 km.  En France un circuit de proximité est fixé à 150 km. Bien entendu, hors agriculture Bio, la seule notion de circuit de proximité ne garantit pas la qualité des produits alimentaires, mais les circuits longs, aux mains de l’agro-business sont toujours plus suspects.

Repenser l’économie doit induire de nouveaux rapports humains et un nouveau rapport au travail, c’est est une urgence sociale, écologique, culturelle. Ainsi avec la nouvelle révolution numérique par le développement du travail à distance, ce nouveau rapport au travail par la remise en cause du « présentéisme » doit surtout éviter l’isolement à domicile, de manière à garantit la sociabilité des individus assujettis à cette forme de travail.

Par rapport à la nouvelle révolution numérique des « intelligences artificielles » rendu inévitable pour l’économie, mais pas seulement

Une nouvelle mutation anthropologique avec un nouveau type de société produit un nouveau type d’individu qui est amené aujourd’hui à agir souvent dans un contexte de vie de plus en plus incertain.

Après la machine à vapeur, la production d’électricité et l’invention du moteur électrique, suivi du moteur à explosion avec une modification en profondeur du rapport au travail, des déplacements, des relations sociales et du rôle de la femme, notamment avec la première guerre mondiale, ces découvertes avaient provoqué une mutation anthropologique en totale rupture avec les précédentes. Avec la nouvelle révolution des « intelligences artificielles » nous assistons à une nouvelle mutation anthropologique totalement différente et sans lien avec les précédentes.

Les avantages ne doivent pas occulter les inconvénients

A cet effet, si la nouvelle révolution numérique offre des avantages concernant la réduction des mobilités avec mise en place souhaitée de s-hub d'accueil de télé travail, elle suscite des craintes justifiées, tant sur le plan économique et sociétal, voire culturel, ainsi que sur le plan environnemental et énergétique. N’oublions pas que les terres rares (qui ne le sont pas toutes) dont sont issus les métaux rares indispensables aux intelligences artificielles, mais aussi à l’éolien et au photovoltaïque, sans compter l’usage quotidien des ordinateurs, smartphone, télévision, appareils ménagers etc. sont une matière fossile qui n’est pas inépuisable. Quand on sait que la Chine détient plus de 90 % de la production mondiale, alors qu’elle possède un peu plus de 30 % des réserves mondiales (44 millions de tonnes métriques pour 120 millions de tonnes métriques dans le monde en 2019) peut imaginer le pire.

Les robots ont désormais « changé de statut » et cela ne cessera pas de progresser

Avec le changement de statut des robots par internet et l’interconnexion entre eux, où aujourd’hui on peut faire fonctionner des entreprises (dites entreprises 4.0) sans peu d’intervention humaine, ce qui va s’amplifier demain avec la 5 G, en particulier dans les entreprises de la grande distribution, compte tenu des nouvelles habitudes d’achat et de livraisons. Il n’y aura d’ailleurs pas que les entreprises de la grande distribution qui seront concernées par la nouvelle révolution numérique, dont nous n’en sommes qu’à la préhistoire, sauf fin brutale de l’humanité...

Dans tous les domaines : entreprises, services, santé, hôpitaux, enseignement, transports, militaires etc. désormais l’Intelligence artificielle s’installe partout avec des applications de substitution totale de l’intervention humaine aux robots par phases successives. Il est évident que l’intelligence artificielle va susciter des espoirs, parfois surréalistes, mais aussi des craintes apocalyptiques, dont certaines peuvent être justifiées, compte tenu de notre culture actuelle.

Aujourd’hui on est en mesure de confier des taches sélectives de décision, notamment, pour la justice, la médecine, l’enseignement, mais aussi faire déplacer des véhicules sans chauffeur ou des drones-taxis sans pilote, y compris faire fonctionner des usines sans aucune intervention humaine grâce aux interconnexions de l’intelligence numérique entre les machines, avec toutes les conséquences d’éthique que cela suppose. Par exemple, s’agissant de la justice pour désengorger les tribunaux, lorsque cela ne relève pas de décisions concernant des jugements dans des situations complexes, où elles doivent être prises en « son âme et conscience », les robots peuvent très bien suppléer les magistrats pour prononcer des sanctions en fonction de critères très précis.

Aller vers un développement généralisé de « l’entreprise 4.0 » qui semble inévitable ne doit pas se faire en détruisant les structures actuelles, ni en construisant de nouvelles installations flambant neuves… Il faut partir de l’existant pour effectuer progressivement des transformations. Une évolution sera beaucoup plus efficace si elle est effectuée par petites étapes, tout en ayant une vision à plus long terme. C’est indispensable si l’on veut éviter une fracture sociale brutale et gagner du temps, car nul doute que de nouvelles activités, aujourd’hui insoupçonnables, apparaîtrons beaucoup plus compatible avec cette nouvelle ère post-croissance dans laquelle nous sommes entrés. Au début des années 1990 nous ne pouvions imaginer l’existence des plateformes numériques et leur impact sur notre vie quotidienne actuelle, bien qu’elles puissent soulever d’autres problématiques, notamment sur le plan social.

Pour conclure

Le Covid-19, outre les contraintes de confinement, nous impose une économie de survie où seuls les produits de première nécessité (alimentaire, énergétiques, santé, déplacements) doivent faire l’objet d’une production, de son acheminement et de sa distribution. Toutes les autres activités sortant de ce cadre, hormis les liaisons téléphoniques et internet, sont suspendues. Mais au fond, faute d’une décroissance démographique choisie et équitable, cela ne préfigure-t-il pas une vie à venir dans le cadre d’un l’effondrement envisagé de la société thermo-industrielle ?

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28 mars 2020 6 28 /03 /mars /2020 11:04

La démocratie sera-t-elle la prochaine victime du coronavirus ?

La vitesse à laquelle la liberté de circuler a été mise à mal, la large acceptation du fait par l’opinion, l’éventualité de mesures plus fortes encore et notamment la mise en place d’un suivi des déplacements via la géolocalisation des portables, conduisent à poser la question.

L’urgence s’est refermée comme un piège implacable sur la plus évidente et la plus simple des libertés, celle d’aller et venir sans en rendre compte, en tout anonymat. Sous le poids d’une priorité supérieure, ce socle de nos démocraties a volé en éclat en deux jours seulement, du matin d’un dimanche où l’on nous demandait d’aller voter au matin du mardi où mettre le nez dehors devenait un délit.

Ce qui aurait été impensable si peu auparavant est devenu réalité sous la poussée d’une injonction supérieure: sauver des vies. Qui pourrait être contre ?  Dans ce contexte, la critique du confinement et de la surveillance est devenue inaudible, on peut le comprendre et ce d’autant plus que lorsque ce confinement sera levé et l’épidémie jugulée, qui pourra décemment regretter ces quelques semaines de liberté réduite et condamner ces contraintes provisoires ?  Tout cela nous apparaitra comme un bien petit mal au regard de l’enjeu.

Oui mais… dans quel engrenage mettons-nous chaque jour un peu plus le doigt ?

Demain sans doute, sauf à envisager un effondrement général des sociétés, de nouvelles technologies rendront la surveillance toujours plus facile et les manquements toujours plus aisés à repérer et sanctionner.

Internet et nos téléphones déjà savent presque tout de nous, la vie privée est morte, le droit à l’oubli une mascarade. Tout de notre vie peut être su, du plus anodin au plus intime.

L’hypothèse qu’un jour chaque humain se voie implanter une puce déclinant son identité et moult renseignements n’est plus interdite, certains y adhèrent. Tous les déplacements pourront alors être surveillés, et enregistrés à jamais. Il ne sera même pas nécessaire de l’imposer, il suffira simplement de rendre impossible la vie à ceux qui n’en seront pas munis, comme il est difficile désormais de vivre sans internet, sans carte bancaire, sans portable. 

Chacune de ces mesures liberticides pourra être précisément justifiée, aujourd’hui, la lutte contre le coronavirus, demain la sécurité face à la délinquance, les coupables pourront être confondus, les innocents rapidement être mis hors de cause, les crimes ainsi largement évités. Des personnes égarées ou blessées pourront être retrouvées et secourues… qui pourrait être contre ?

S’il s’appuie sur la technologie, le combat pour une surveillance généralisée sera néanmoins véritablement gagné du fait de son acceptation par la population. Aujourd’hui, le visage de la très grande majorité de la population chinoise est enregistré dans des bases de données associées à des logiciels de reconnaissance faciale. Partout dans le monde ce procédé se généralise. Quand toute une génération n’aura connu que cet état de fait, il apparaîtra comme normal et les mises en gardes de quelques vieillards passéistes pèseront bien peu.

Pourtant, nous aurons été prévenus, le 20ème siècle a foisonné d’œuvres de science-fiction du Meilleur des mondes d’Huxley  à 1984 d’Orwell ou  aux Monades urbaines de Silverberg, décrivant très précisément ce qui est en train de se passer : une société de surveillance, une injonction à penser comme il faut (ou tout simplement, à ne pas penser), une liberté de circulation mise en cause, le tout rendu acceptable par un certain confort de vie et parfois par une large liberté sexuelle. A coups d’arguments ponctuels, à coups de renoncements successifs et de facilités supposées progressistes, les hommes auront perdu la liberté, pire, ils l’auront vendue !

Attention, non seulement toutes les dictatures seront possibles, mais l’homme sera réduit à l’état de robot. Attention aussi, chaque petit pas en ce sens nous paraîtra justifié et là est le piège, le mécanisme est impitoyable.

A tous ceux d'ailleurs qui auraient des doutes quant à la réalité de cette marche vers 1984, voici une émission ou l'on apprend comment le gouvernement utilise les "nudges" pour manipuler l'opinion.

Sur ce thème, voir également cet article : La surveillance, germe de la dictature.

Didier Barthès

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25 mars 2020 3 25 /03 /mars /2020 15:04

La question démographique reste la grande absente des réflexions sur la crise du coronavirus. Pourtant, trois éléments au moins peuvent lier nos effectifs à l’épidémie présente.

- L’émergence de l’épidémie est susceptible d’être liée aux contacts obligés avec la faune sauvage que provoque notre expansion permanente sur les territoires du vivant.

- L’épidémie est de façon certaine favorisée par la promiscuité, et la promiscuité est largement fonction de la densité de peuplement, elle-même liée à l’importance de nos effectifs.  Dans un habitat dispersé, elle resterait un problème mineur, mais elle se répand comme une traînée de poudre  dans les grandes agglomérations ou dans les régions peuplées comme la métropole de Wuhan ou la Lombardie. D’ailleurs, la première des mesures que prennent tous les gouvernements est d’éviter les rassemblements, or, dans une grande agglomération, on est rassemblés par nature. Toute la politique actuelle valide cette corrélation entre densité et épidémie (sinon, aucune des mesures prises n’aurait de sens).

- La lutte contre l’épidémie dans une société urbaine et densément peuplée passe par des mesures très autoritaires, restreignant fortement les libertés. Ces mesures sont parfois efficaces (on le voit par exemple en Chine où l’épidémie semble sur la voie descendante, mais aussi à Hong Kong ou à Taiwan qui, malgré leur forte densité, ont peu ou prou réussi jusqu’à présent à contenir le phénomène au prix... de la fin des libertés: contrôle par caméra, confinement, suivi des personnes, peines très sévères…un monde digne de la science-fiction.

En ce sens, la démocratie risque d’être la principale victime de l’explosion démographique. Nous rejoignons là une conclusion proche de celle que tire Jean-Marc Jancovici des crises à venir de l’énergie. Plus généralement, face à toute contrainte, les États sont tentés de réagir ainsi, et, plus l’habitude se prend de restreindre les libertés face à un problème, plus cette possibilité s’ancrera et plus la démocratie sera mise à mal dans l’acceptation plus ou moins passive des populations. 

A ce facteur démographique on peut ajouter la question de la mondialisation qui favorise les échanges de personnes et de biens. Remarquons cependant que la démographie peut, là aussi, être considérée comme à l’origine du problème, car avec des effectifs de 8 milliards - presque 10 au milieu de ce siècle -  il n’existe guère de moyen de nourrir et approvisionner en biens divers l’ensemble de la population sans recourir à la spécialisation internationale et donc à la mondialisation de l’économie avec tous les échanges de biens et de personnes que cela suppose.

Chacun pourra sourire à l’extraordinaire retournement de nombre de personnages politiques, adeptes forcenés de la mondialisation et de la croissance, économique comme démographique, qui, sous l’urgence tournent casaque, et  prennent des mesures à terrasser l’économie et à interrompre les échanges. Urgence oblige dira-t-on ! Certes, mais l'urgence n’excuse pas les erreurs passées et si Paris vaut bien une messe, il ne faudra pas oublier.

Un mot enfin pour condamner l’irresponsabilité en France du principal parti écologiste (EELV) qui, depuis des années, nie systématiquement la question démographique et qui, face au grignotage constaté des territoires  lié à l’augmentation de population (chaque année la France gagne l’équivalent d’un demi département en nombre d'habitants) propose une seule chose : la densification des villes ! On savait déjà que ce mot de densification ne constituait que le terme présentable pour entassement, on voit désormais à quels impossibles conduit cette politique : des épidémies favorisées, une liberté toujours plus bafouée, un monde toujours plus laid. Est-ce cela l’écologie ?

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22 mars 2020 7 22 /03 /mars /2020 19:04

Un article de Gilles Ricard

Rien ne sera plus comme avant, a dit Macron, qui ne rêve pourtant que d'une chose : relancer l'économie, la croissance et la mondialisation.

Mais comme disait Debord, "dans un monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux". L'épisode de coronavirus montre la fragilité de l'économie mondialisée.

Nous nous préoccupions (surtout en théorie) de la souveraineté alimentaire mais nous nous rendons compte que nous n'avons pas non plus la souveraineté sanitaire, ce qui est dangereux en cas de pandémie lorsque celle-ci touche l'ensemble des pays. Les masques sont fabriqués en Chine, les respirateurs artificiels aux Etats-Unis et en Allemagne. La pénurie de respirateurs oblige les médecins italiens à choisir qui ils vont soigner et la situation en Alsace n'est pas bien meilleure. Les frontières sont fermées, non seulement les frontières de l'UE mais aussi les frontières intérieures, malgré les bons mots sur les virus qui, selon Véran, n'ont pas de passeport et, selon Jean-François Kahn, ne paient pas de droits de douane. Les citoyens sont confinés, les pays aussi. L'Europe se réduit à la BCE et au MES, l'essentiel des décisions sont prises au niveau des Etats.

Le coronavirus nous donne un avant-goût, bien timide et partiel, de ce que pourrait être l'effondrement. La décroissance est là, tangible, réalisée. C'est une nouvelle période qui devrait nous conduire à interroger nos analyses et nos croyances.

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10 février 2020 1 10 /02 /février /2020 18:24

Un article de Gilles Lacan

 

Une récente étude publiée par Nature vient de faire deux constats plutôt inquiétants. Le premier est qu’en matière climatique, les points de bascule, facteurs d’accélération mécanique du processus de réchauffement, risquent de survenir dans les années qui viennent. Le second est que la situation n’est désormais plus sous contrôle, en raison notamment de l’inertie des gaz à effet de serre déjà accumulés dans l’atmosphère.

Dans ce contexte, la tâche des gouvernements devrait être, d’une part, de réduire fortement les émissions de ces gaz pour diminuer les risques d’une dégradation brutale du climat, à tout le moins pour en différer l’échéance, d’autre part et surtout, de préparer leurs pays aux conséquences d’une telle dégradation, en anticipant les conditions extrêmes causées par le réchauffement et en organisant par avance la résilience.

En France, comme ailleurs, il n’en a rien été. Au cours des trois derniers quinquennats, ce sont à peu près les mêmes politiques qui ont été suivies, tournées vers la mondialisation, la croissance et l’emploi. S’il est vrai que l’écologie est de plus en plus présente dans les discours officiels et les programmes politiques, au fur et à mesure que la conscience du danger progresse dans l’opinion, elle n’a jamais consisté qu’en l’habillage d’un même projet économique dans les différentes déclinaisons de la croissance verte.

Mais la croissance verte est aussi illusoire que le mythe qui la fonde : le découplage entre production des richesses et consommation d’énergie, c’est-à-dire la possibilité de produire plus de richesses avec moins d’énergie. Car un tel découplage n’a jamais existé dans la réalité. Les études effectuées au niveau mondial portant sur les cinquante dernières années montrent au contraire que ces deux grandeurs évoluent toujours dans le même sens, que leurs courbes dans le temps se superposent. Les seules baisses de consommation énergétique relevées localement, notamment en Europe, sont causées par la désindustrialisation des pays concernés, tandis qu’une augmentation équivalente est constatée dans les pays manufacturiers, dont les produits sont ensuite importés par les premiers.

Cette situation appelle deux réorientations radicales : la première concerne la place centrale de l’écologie dans la conduite des affaires publiques, la seconde, plus difficile, consiste en une réévaluation des objectifs que s’assigne la société, avec l’abandon de la notion de progrès.

L’écologie ne peut plus être un simple accompagnement de l’action gouvernementale, elle doit en constituer le principe opérant, ce par rapport à quoi tout prend sens et s’organise. Nous allons entrer dans une économie de guerre comme l’ont été celle de la France entre 1914 et 1918, ou celle des Etats-Unis entre 1941 et 1945, mais pour une période beaucoup plus longue. Nos décisions en matière de production, de consommation, de mix énergétique, de commerce extérieur, de démographie et d’immigration, de protection des frontières et de sécurité intérieure doivent être dictées par l’objectif prioritaire de notre survie collective, si du moins nous ne nous résignons pas à subir l’effondrement.

Pour mener cette politique, il faut un Etat. L’Europe n’en est pas un. Or, notre société va devoir affronter des pénuries d’énergie, de denrées alimentaires, voire d’eau potable, qui risquent de générer un exode urbain chaotique. S’il n’y a pas d’Etat, c’est-à-dire de force publique disposant du monopole de la violence légitime, sous contrôle démocratique, capable d’assurer le respect du droit, cela sera, selon la formule de Hobbes, un « état de guerre de chacun contre chacun ». Et au-delà de ses fonctions régaliennes, l’Etat devra encore assurer le ravitaillement et le logement de la population, avec des pouvoirs de rationnement et de réquisition, veiller à la santé publique, maintenir la recherche.

Certes, les problèmes de protection de la planète sont globaux. Mais s’en remettre pour les résoudre à une gouvernance mondiale, qui n’existe pas, relève de ce que les anglo-saxons appellent le wishful thinking. D’autant que le réchauffement climatique échappant un peu plus chaque année à tout contrôle, l’enjeu majeur devient l’adaptation à ses effets. Et sur ce terrain, chaque peuple ne peut compter que sur lui-même pour assurer sa survie. Nous allons nous engager dans un processus de « compartimentage », tant économique avec la contraction du commerce international et l’abandon de la théorie ricardienne de l’avantage comparatif, que politique avec le retour de l’Etat et des frontières.

Enfin, il faut changer de paradigme : ralentir, réduire notre consommation, notre population, nos déplacements, nos connexions, relocaliser notre économie, protéger notre territoire, revenir aux basses technologies pour la production de nos biens. La différence posée ici avec certains collapsologues est qu’il faut le faire dès maintenant pour survivre, sans attendre d’un effondrement, secrètement espéré, les vertus purificatrices qui ouvriraient une nouvelle ère au genre humain. Nul besoin de réitérer le mythe du déluge ou du grand soir, l’homme ne sera pas meilleur après la catastrophe. Heureusement.

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1 janvier 2020 3 01 /01 /janvier /2020 07:44

Estimation de la population mondiale au 1er janvier 2020 

selon différents compteurs, données en millions d'habitants et en début d'année

 

Sources                                          2019              2020               Progression

                                                                                                                    en nombre           en %

 

Countrymeters                                7 669             7 763          +   94   soit  + 1,2 %

INED                                               7 674             7 754          +   80   soit  + 1,0 %

Overpopulation awareness                 -                 7 679                -                 -

Poodwaddle                                    7 641             7 724          +   83   soit  + 1,1 %

PopulationCity.world                         7 640             7 723          +   83   soit  + 1,1 %  

Population.io                                       -                 7 719                -                 -

Population mondiale.com               7 608             7 693           +  85   soit  + 1,1 %

Terriens.com                                   7 620             7 694           +  74  soit   + 0,9 %

US Census Bureau                         7 543             7 621           +  78  soit   + 1,0 %

Worldometers                                  7 674             7 754          +  80   soit  + 1,1 %

World Population Balance               7 534             7 607          +  73   soit  + 0,9 %

 

________________________________________________________________________________

Total :       (*)                                   7 623            7 703        +  80    soit  + 1,1 % 

________________________________________________________________________________

 

La Terre héberge environ 7,7 milliards d'habitants en ce 1er janvier 2020. Cette estimation à partir de quelques compteurs de population confirme évidemment les chiffres fournis par l'INED en septembre (1) qui indiquaient pour la mi-année 2019 une population mondiale de 7,714 milliards.

L’événement démographique est que, pour la première fois depuis longtemps, nous connaissons une inflexion des projections. Ainsi, alors que depuis le début des années 2000 les prévisions, aussi bien pour 2050 que pour 2100 étaient régulièrement rehaussées, voici, qu'enfin, on observe une légère baisse. 

Le taux de croissance annuel (+,1,1 %) reste toutefois élevé au regard de l'Histoire et conduit à une augmentation de 80 millions de personnes chaque année (soit près de 220 000 personnes chaque jour). 

              Evolution des projections mondiales pour 2050

                       INED 2009 : 9,4 milliards,  ONU : 9,1 milliards

                       INED 2011 : 9,6 milliards,  ONU : 9,3 milliards 

                       INED 2013 : 9,7 milliards,  ONU : 9,6 milliards

                       INED 2015 : 9,8 milliards,  ONU : 9,7 milliards

                       INED 2017 : 9,8 milliards,  ONU : 9,8 milliards

                               INED 2019 : 9,7 milliards,  ONU : 9,7 milliards

 

Evolution des projections mondiale  pour 2100 (ONU)

                 en 2011 :  10,1 milliards,    en 2013 :  10,9 milliards

                 en 2015 :  11,2 milliards,    en 2017 :  11,2 milliards

                 en 2019 :  10,9 milliards

 

Signalons également quelques points encourageants :

- La signature, en novembre dernier, par 11 000 scientifiques d'un appel sur la crise climatique faisant clairement référence au facteur démographique. Rappelons qu' un précédent appel regroupant 15 000 chercheurs avait également été lancé il y a deux ans, qui faisait, lui aussi, référence à nos effectifs (nombre des signataires sont évidemment communs aux deux appels).

- Lors de la COP 25 à Madrid, plusieurs chercheurs se sont exprimés sur question démographique. D'abord M. Joᾶo Abegᾶo.  auteur d'un Atlas de la Surpopulation Humaine, mais également d'autres spécialistes comme M. Alon Tal ou Mme Karen Shraag. Enfin, le sujet démographique est abordé  lors d'une COP !  Signalons également l'appel renouvelé de l'ancien Président de la République  Nicolas Sarkozy à créer un organisme international en charge de ces questions.

- La conscience du problème démographique semble progresser puisque dans un récent sondage publié par le Huffington Post, sur l'effondrement. Les personnes interrogées plaçaient l'explosion démographique au second rang des facteurs susceptibles de provoquer un effondrement de nos sociétés et de notre civilisation (voir ici le détail du sondage).

Ces éléments plus heureux ne doivent toutefois pas nous faire oublier l'évolution globale de la démographie mondiale et le caractère, par définition éphémère, de la croissance explosive que nous connaissons. Le graphique ci-dessous remet les chiffres en perspective.

 

 

_________________________________________________________

Vous pouvez retrouver la série d'articles de ce site consacrés à nos effectifs en début d'année :  

 

Tous les articles intitulés : La population mondiale au 1er janvier :

2009 (6,759 milliards), 2010 (6,838 milliards), 2011 (6,914 milliards), 2012 (7,003 milliards),

2013 (7,082 milliards), 2014 (7,162 milliards), 2015 (7,260 milliards), 2016 (7,358 milliards), 

2017 (7,440 milliards), 2018 (7,534 milliards), 2019 (7,637 milliards), 2020 (7,703 milliards), 

2021 (7,800 milliards), 2022 (7,888 milliards), 2023 (7,984 milliards), 2024 (8,075 milliards)

___________________________________________________________________

Nouveauté, cette année les noms des compteurs constituent des liens hypertextes et vous pouvez, en cliquant sur chacun d'eux, accéder directement au site en question.

(1) Population et Sociétés (INED) , Tous les pays du monde, coordonné par Gilles Pison, les chiffres internationaux de l'INED sont eux-mêmes repris d'un document des Nations Unies, World Population Propects (the 2019 revision)

(2) Comme tous les ans, l’échantillon de compteurs ainsi que les bases de calcul retenues par chacun d’entre eux diffèrent de l’année précédente. Au 1er janvier 2020 nous enregistrons deux compteurs supplémentaires : Overpopulation awareness et Population.io. et constatons la disparition du compteur Sputnick présent depuis plusieurs années. D'autre part, le compteur Compteur.net n'a pas été retenu en 2020, ses données étant complètement différentes de celle des autres.

La moyenne indiquée pour 2019 (7,623 milliards) est la moyenne pour les compteurs disponibles en 2019 et en 2020 (9 compteurs) la moyenne pour 2020 est celle pour les compteurs disponibles en 2020 (soit 11 compteurs avec prise  en compte de Overpopulation awareness et Population.io).  Cette non identité de l'échantillon avec celui du 1er janvier 2019 fait que la moyenne présentée pour 2020 diffère de celle proposée l'an dernier pour cette même année 2019 (7,637 milliards).

La moyenne de la croissance est calculée sur la différence entre les moyennes 2019 (sur 9 compteurs)  et 2020 (sur 11 compteurs).

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31 décembre 2019 2 31 /12 /décembre /2019 09:44

Economie Durable vous présente ses meilleurs vœux

Heureuse année 2020 à toutes et à tous.

Annapurna

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