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1 janvier 2019 2 01 /01 /janvier /2019 07:44

Estimation de la population mondiale au 1er janvier 2019 

selon différents compteurs, données en millions d'habitants et en début d'année

Sources                                          2018              2019               Progression

                                                                                                                    en nombre          en %

Compteur.net                                       -                7 637          

Countrymeters                                7 577             7 669          +   92   soit  + 1,2 %

INED                                               7 558             7 674          +  116   soit  + 1,5 %

Poodwaddle                                    7 558             7 641          +   83   soit  + 1,1 %

PopulationCity.world                              -                7 640         

Population mondiale.com               7 524             7 608          +   84   soit  + 1,1 %

Ria Novosti - Sputnik                      7 656             7 762          + 106   soit  + 1,4 %

Terriens.com                                   7 437             7 620          + 183  soit   + 2,5 %

US Census Bureau                         7 444             7 543          +   99   soit  + 1,3 %

Worldometers                                  7 592             7 674          +  82   soit  + 1,1 %

World Population Balance               7 460             7 534          +  74   soit  + 1,0 %

 

________________________________________________________________________________

Total :                                             7 534             7 637        +  103 (a) soit  + 1,4 % 

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La Terre héberge en ce 1er janvier 2019 entre 7,6 et 7,7 milliards de personnes : 7,637 milliards précisément si l'on établit une moyenne des 11 compteurs de population répertoriés ci-dessus.

La croissance de nos effectifs a été d'environ 92 millions en 2018, soit une augmentation annuelle de  1,2 %, sensiblement la même que l’an dernier. Cela correspond à l'arrivée de 250 000 personnes supplémentaires chaque jour sur la Terre en données nettes, c'est à dire naissances moins décès (le tableau indique ici une augmentation de 103 millions et de + 1,4%  voir note a pour l’explication).

Si cette année l’ONU et l’INED n’ont pas publié de nouvelles projections pour la moitié et la fin de notre siècle (b), la question démographique semble cependant avoir été plus souvent présente dans les esprits. Certes, la récente  COP 24 (Conférence des Parties sur le climat) qui s’est tenue à Katowice a, comme toutes les précédentes, superbement ignoré le sujet, mais en France au moins, plusieurs voix se sont élevées pour mettre en cause le facteur démographique dans la dégradation des écosystèmes.

Témoin cet article du Figaro (le 9 octobre sous le titre : Faire moins d’enfants, itinéraire d’une thèse vivace) reprenant les conclusions d’une étude publiée en 2017 par l’Environmental Research Letters mettant en évidence le fait qu’avoir un enfant en moins a un impact sans commune mesure avec toutes les autres actions habituellement suggérées pour réduire son empreinte carbone. La reprise de cette infographie cet automne par l’AFP a toutefois fait polémique, ce qui souligne encore une fois le caractère toujours délicat de ces questions.

Ci-dessous graphique comparatif de l’efficacité des différentes actions individuelles possibles pour réduire l’empreinte carbone.

Témoin également cet appel publié par le journal le Monde (le 9 octobre) et signé par une vingtaine de scientifiques affirmant que freiner la croissance de la population est une nécessité absolue. Plusieurs autres médias ont également réalisé des dossiers sur la question comme Libération (le 29 novembre sous les titres : Moins d’enfants pour sauver la planète - Couche culotte ou couche d’ozone faut-il choisir ?), ou Le Drenche (le 23 octobre, article intitulé : Doit-on limiter les naissances pour lutter contre le réchauffement climatique ?) Si les avis sont loin d’être unanimes, le tabou au moins se fissure.

_________________________________________________________

(a) Comme tous les ans, l’échantillon de compteurs ainsi que les bases de calcul retenus par chacun d’entre eux diffèrent de l’année précédente. Au 1er janvier 2019 nous enregistrons deux compteurs supplémentaires (Compteur.net et PopulationCity.World). Ces deux nouveaux compteurs ne modifient ni l’évaluation du niveau de la population ni celle de sa croissance car l’un et l’autre se situent dans la moyenne.

Par contre, le compteur Terriens.com, s'il était bien présent dans nos estimations précédentes a très sensiblement rehaussé sa base de calcul (passant de 7,437 milliards en 2018 à 7,620 milliards en 2019) conduisant à une croissance de 183 millions (+ 2,5 %) ce qui évidemment n'est pas réaliste et influe quelque peu sur le résultat global de croissance. C’est ce qui explique principalement le niveau de l’évaluation globale (+ 103 millions et + 1,4 %)  proposée dans le tableau. En soustrayant ce compteur du calcul, ce qui semble plus raisonnable, la croissance peut être estimée comme indiqué dans le commentaire à 92 millions d'habitants, soit + 1,2 %. Notons que malgré cette réévaluation l'estimation de Terriens.com reste inférieure à la moyenne des autres compteurs. Le compteur de l'INSEE a vu aussi sa base modifiée courant 2018 ce qui explique qu'il propose également,  mais dans une moindre mesure, une croissance plus forte que la moyenne. Cette réévaluation était sans doute nécessaire pour être plus conforme à la réalité et d'une certaine façon, ce rehaussement des bases de calcul vient valider le fait que le ralentissement de la croissance démographique, si souvent évoqué, est désormais largement amoindri comme en atteste d'ailleurs la réévaluation régulière des projections de l'ONU et de l'INED  constatées ces dernières années.

(b) Les dernières projections globales de l'ONU et de l'INED datent de l'an dernier (2017) vous pouvez y accéder via les liens suivants : Projections 2017 de l'ONU et  Statistiques  mondiales et projections pour 2050 de  l'INED (extraits de la revue Population & Sociétés sous la direction de Gilles Pison ).

Vous pouvez également retrouver la série d'articles de ce site consacrés à nos effectifs en début d'année :  La population mondiale au 1er janvier :

2009 (6,759 milliards), 2010 (6,838 milliards), 2011 (6,914 milliards),

2012 (7,003 milliards), 2013 (7,082 milliards), 2014 (7,162 milliards),

2015 (7,260 milliards), 2016 (7,358 milliards), 2017 (7,440 milliards),

2018 (7,534 milliards), 2019 (7,637 milliards), 2020 (7,703 milliards),

2021 (7,800 milliards), 2022 (7,888 milliards), 2023 (7,984 milliards).

 

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29 décembre 2018 6 29 /12 /décembre /2018 19:44

Economie Durable vous présente ses meilleurs vœux

Heureuse année 2019 à toutes et à tous

 

Annapurna

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4 décembre 2018 2 04 /12 /décembre /2018 11:49

Alors que s’ouvre la COP 24 à Katowice et que la question du réchauffement climatique s’impose au premier rang de nos inquiétudes en matière d’environnement, il peut être bon d’aller au-delà des inévitables simplifications médiatiques et de mieux comprendre l’extraordinaire richesse de l’évolution climatique de notre planète

C’est ce que nous propose Gilles Ramstein avec ce Voyage à travers les climats de la Terre.

Sans faire un ouvrage technique pour seuls scientifiques Gilles Ramstein nous offre là une étude très dense et ne nous cache rien de la complexité du problème et des multiples interactions astronomiques, géologiques, chimiques et biologiques qui concourent parfois de concert, parfois en opposition, à faire évoluer le climat de notre planète. Il revient notamment sur les trois grands facteurs astronomiques à l’origine des cycles de Milankovitch (précession des équinoxes, variation de l’obliquité et variation de l’excentricité de l’orbite) qui sont maintenant reconnus comme des éléments moteurs de certaines évolutions climatiques et qui expliquent bien, notamment depuis le quaternaire, l’alternance des épisodes glaciaires et interglaciaires avec une périodicité qui tourne désormais autour de 100 000 ans. Gilles Ramstein nous explique  ensuite comment les autres éléments (érosion, salinité et courants océaniques, taux de gaz à effet de serre, végétation, volcanisme… viennent amplifier, ou au contraire atténuer, les effets induits par ces variations astronomiques). Le moteur principal du climat, le rayonnement solaire, n’est pas oublié même si ses variations sont minimes, pour autant, à terme, c’est lui qui aura le dernier mot, notre étoile étant amenée à voir son rayonnement inéluctablement augmenter jusqu’à, probablement dans un milliard d’années, provoquer  l’évaporation des océans et l’assèchement de notre planète (nous avons un répit, on pensait auparavant que cette catastrophe nous attendait dans 500 millions d’années seulement !)

Et c’est là l’autre grand mérite du livre, outre les explications, Gilles Ramstein nous dresse une véritable histoire du climat, depuis les débuts, Par exemple à l’Archéen, quand le soleil était pourtant 30 % moins « puissant » qu’aujourd’hui, la composition atmosphérique permettait néanmoins des climats plus chauds. D’ailleurs bien que l’on parle aujourd’hui de réchauffement climatique et bien que nous soyons en ce moment dans une période relativement douce (interglaciaire) par rapport à celles qui nous entourent à moyen terme, le climat terrestre est aujourd’hui plus froid qu’il ne le fut durant la majorité de l’histoire de la planète.

Passionnant rappel aussi des grands épisodes de l’histoire de la Terre, l’évolution des gaz à effets de serre, l’apparition de l’oxygène (en deux étapes) et le rôle de la vie dans ces évolutions (le livre de Gilles Ramstein est en cela à rapprocher des travaux de James Lovelock qui avec l’hypothèse Gaïa évoque aussi les multiples interactions entre la planète et le vivant qui ont permis à la vie de maintenir  sur Terre les conditions de sa propre existence). Passionnant chapitre également sur les fameux épisodes de la Terre « Boule de Glace » où la surface de la planète était presque entièrement gelée, avec à chaque fois des explications complètes sur les raisons de cet englacement et les mécanismes par lesquels nous en sommes sortis (pas facile, car quand la terre est couverte de glace l’albédo très important renvoie fortement  la lumière du soleil ce qui ne fait que favoriser le froid par un mécanisme ainsi auto-entretenu). Gilles Ramstein nous rappelle aussi que malgré toutes ces évolutions le climat de la Terre et la pression atmosphérique, sont toujours restés au cours des 4 derniers milliards d’années dans une fourchette relativement étroite permettant donc à la vie de s’épanouir et de se maintenir. La Lune n’y est pas pour rien et cette stabilité est sans doute l’une des caractéristiques les plus extraordinaires de notre planète.

Un excellent cadeau pour Noël pour tous ceux qui sont avides de culture et souhaitent comprendre les grands enjeux de notre temps car bien sûr, l’actuel débat sur le réchauffement climatique n’est pas oublié. Bref, de quoi être plus savant.

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Voyage à travers les climats de la Terre, Gilles Ramstein, préface de Michel Brunet, Editions Odile Jacob, collection Sciences, Paris 2015,  351 p. 24,90 €, ISBN 978-2-7381-2853-9

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23 octobre 2018 2 23 /10 /octobre /2018 16:04

                                                          Il pleut, il pleut bergère      

Rentre tes blancs moutons

Fabre d'Eglantine, 1780

 

Deux courants majeurs traversent l’écologie politique : les réalistes, qui tentent de corriger à la marge, parfois avec succès, le système économique dominant, et les fondamentalistes, qui veulent des changements plus radicaux mais qui, éloignés des lieux de décision, privilégient le débat idéologique.

Les uns comme les autres ont toutefois en commun de ne pas intégrer la contrainte du temps. Les premiers veulent accumuler les réformes pour aboutir par gradualisme à la transformation du système, les seconds préparent le moment politique où ils seront en situation d’appliquer leurs idées. Tous anticipent des lendemains nécessairement meilleurs.

Ce faisant, ils se situent dans la continuité des luttes politiques et sociales des deux siècles derniers, période historique baignée d’idéologie progressiste, où le seul enjeu était de changer les relations des hommes entre eux pour un meilleur partage du pouvoir et des richesses. Ce qui n’avait pas été obtenu aujourd’hui pouvait l’être demain, le futur était synonyme d’effacement des échecs et d’aboutissement des promesses.

Mais sur ce point, les choses ont changé.

Les dommages que l’homme a d’ores et déjà causés à la planète, depuis la fin du XIXe siècle, sont irréparables à l’échelle de l’histoire humaine. Nous ne sommes plus dans un cadre donné, à l’intérieur duquel il serait seulement question de changer les règles du jeu. C’est ce cadre lui-même que nous avons changé et qui risque désormais de nous engloutir. Il n’est plus possible, même au prix d’une conduite soudain vertueuse, dont au demeurant nous ne prenons pas le chemin, d’empêcher les transformations que nous avons provoquées de continuer à produire durant des siècles leurs effets destructeurs.

Nous sommes entrés dans une période inédite de notre histoire, parfois qualifiée d’anthropocène, où le temps est compté et où il joue contre nous. Plutôt que de tenter d’empêcher l’effondrement inéluctable d’un certain nombre d’écosystèmes, notre tâche est désormais de nous y adapter pour assurer du mieux possible notre propre sauvegarde avec ce que nous pourrons sauver du vivant.

L’autre exigence de la période, qui procède des mêmes causes, est d’inscrire le projet écologiste dans un espace territorial déterminé.

Certes, le réchauffement climatique est par nature planétaire, les gaz à effet de serre émis en Chine participent à la disparition de la banquise arctique, le nuage radioactif de Tchernobyl ne s’est pas arrêté aux frontières de l’Hexagone et nous sommes tous directement affectés par la disparition de la forêt amazonienne comme par l’acidification des océans.

Mais le caractère planétaire de la dégradation des écosystèmes qui, passé un seuil critique, peut prendre la forme d’un basculement brutal échappant à tout contrôle, ne signifie pas que, par une sorte de parallélisme des formes, les mesures de sauvegarde ne puissent être prises qu’à un niveau mondial. Deux raisons militent pour une action à une échelle plus modeste.

La première est qu’il n’existe pas au plan international, qu’il s’agisse de l’ONU ou des différentes conférences qui en sont l’émanation, d’autorité capable d’imposer ses décisions aux Etats et aux acteurs économiques, et que les chances d’en voir émerger une dans les années à venir sont à peu près nulles.

La seconde raison est que l’échelle pertinente d’intervention n’est plus la même selon que l’on se fixe comme objectif d’empêcher la survenance du changement climatique ou, plus simplement, celui de s’y adapter. Au traitement préventif des causes, qui s’est révélé jusqu’à présent plus incantatoire qu’effectif, se substitue alors le traitement symptomatique des effets, concrètement la protection des populations et de leur environnement naturel, comme la préservation de leurs cultures.

Ces exigences, qui semblent élémentaires aujourd’hui, doivent être réévaluées à l’aune des évolutions prédictibles des prochaines décennies sur fond de dérèglement climatique : rétractation des échanges internationaux, pénurie des ressources naturelles, en particulier de l’eau, disparition d’une partie des activités tertiaires et des services publics, exode urbain.

Un tel scénario n’est pas catastrophiste. Le ravitaillement de la population, son hébergement, sa santé, sa sécurité, tant collective qu’individuelle, pourraient bien devenir les principales missions de la puissance publique. C’est aujourd’hui dans un cadre national, siège de ce qui reste de souveraineté démocratique, de solidarité institutionnelle et de désir commun de vivre ensemble, qu’il est le plus utile et le plus sage de s’y préparer… tout en sachant que nous ne sortirons de cette période qu’appauvris et moins nombreux.

                                                                                     Gilles Lacan

écologiste décroissant

                                                                                    

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19 octobre 2018 5 19 /10 /octobre /2018 16:04

Un entretien avec Fabien Niezgoda, préalablement publié sur le blog Eléments

Régulièrement, l’évocation dans la presse d’un lien entre démographie et environnement suscite polémiques et controverses. Retour sur la question avec notre collaborateur Fabien Niezgoda, qui a publié avec Antoine Waechter Le sens de l’écologie politique (Sang de la Terre, 2017). Nos lecteurs pourront se reporter également à l’article « Démographie : la bombe P n’est toujours pas désamorcée », paru dans le n°158 d’Éléments (janvier-février 2016).

Une infographie publiée par l’AFP lundi 8 octobre a fait parler d’elle, en plaçant parmi les gestes permettant de réduire son empreinte carbone le fait d’« avoir un enfant de moins », loin devant le renoncement à la voiture ou le changement des ampoules.

L’AFP n’a fait que reprendre l’évaluation effectuée l’an dernier par la revue scientifique Environmental Research Letters. Du reste, les calculs associant l’impact environnemental d’une société à la consommation individuelle multipliée par l’effectif des consommateurs (en tenant compte du type de technologie utilisée) sont présents de longue date dans la réflexion écologiste la plus sérieuse. Citons l’équation de Ehrlich-Holdren (« I = PAT »), au début des années 1970, ou encore l’équation de Kaya , utilisée par le GIEC. L’évidence mathématique provoque pourtant des cris d’orfraie, car la question démographique a cette particularité d’associer deux dimensions que l’on préférerait sans doute dissocier : d’une part la vaste échelle géographique où se mesure l’impact du nombre, et d’autre part l’échelle familiale et individuelle où toute perspective d’ingérence suscite méfiance ou scandale, comme une atteinte aux droits fondamentaux. Pourtant, ainsi que le souligne Didier Barthès, porte-parole de l’association Démographie Responsable, « il n’y a nulle raison d’opposer une action sur les modes de consommation et la lutte contre la surpopulation, les deux se conjuguent »[1].

Yannick Jadot, cité par le Figaro [2], affirme pourtant que « ces thèses ne pèsent plus rien dans l'écologie politique »…

On pourrait répliquer en demandant ce que pèse Jadot – quoiqu’il ne faille jamais sous-estimer le poids des boulets. Plus tristement, on pourrait s’interroger sur le poids de l’écologie politique elle-même. En réalité, ce qui nous ramène au sujet, les représentants les plus visibles de celle-ci se sont pour la plupart discrédités en évacuant progressivement de leur discours et de leur réflexion les données scientifiques les moins compatibles avec un programme politique qui se veut consensuel et progressiste. Jadot rejette ainsi « les grandes théories de l'effondrement global qui ne tiennent pas la route », alors que, ne lui en déplaise, de plus en plus d’écologistes convaincus, conjuguant expertise scientifique et engagement militant, se tournent vers ce que Pablo Servigne et Raphaël Stevens (Comment tout peut s’effondrer, Le Seuil, 2015) ont nommé la « collapsologie », cette démarche d’anticipation des crises à venir, présente en particulier au sein de l’Institut Momentum que préside Yves Cochet. Il en résulte certes des conclusions rarement optimistes, qui ne permettent guère de vendre du rêve – ce qui ne veut pas dire que les collapsologues négligeraient de dessiner des pistes d’action, bien au contraire. Mais le fait de ne pas chercher à séduire les foules ni à les caresser dans le sens du poil a un avantage : on peut dès lors ne pas tenir compte des tabous, en l’occurrence sur la question démographique, et donner à ce paramètre toute sa place dans la prospective, comme l’ont toujours fait les modélisateurs, à commencer par l’équipe réunie autour de Dennis Meadows, à l’origine du fameux rapport au Club de Rome sur les limites de la croissance. Tout récemment, les scientifiques signataires d’une tribune dans Le Monde[3] l’ont répété eux-mêmes clairement : « Freiner la croissance de la population est une nécessité absolue pour sauver l’habitabilité de notre planète d’un désastre annoncé. »

Interrogé par L’Express [4], Yves Cochet enfonce le clou du néo-malthusianisme, prônant par exemple une refonte radicale du système d’allocations familiales.

Il a raison ; ce système n’est rien d’autre qu’un outil politique, qu’il est donc légitime d’utiliser en fonction des objectifs que l’on se fixe. Yves Cochet avait d’ailleurs déjà évoqué une « grève du troisième ventre » en 2009, suscitant la gêne de ses collègues Verts. Notons qu’en tant que mathématicien, il n’est pas de ceux qui ignorent les équations citées plus haut, ou qui en négligent la portée ; il n’est pas pour rien devenu une figure de proue de la collapsologie. Cochet a raison également quand il souligne qu’agir sur ce paramètre n’est pas plus illusoire que prôner le sacrifice du confort matériel : renoncer à la voiture, au smartphone, à l’entrecôte… Toutefois, il me semble faire fausse route, ou du moins garder un angle mort dans son raisonnement, quand il dit que cette « limitation des naissances » devrait être menée « encore plus en Europe et aux États-Unis qu'ailleurs », du fait de l’empreinte écologique individuelle plus forte des habitants des pays les plus développés. « Contrairement à l'idée répandue que c'est en Afrique qu'ils font beaucoup d'enfants et que cela est un problème », affirme-t-il, « c'est évidemment chez nous qu'il faut avoir une politique de planification familiale anti-nataliste. »

Le problème, c’est que le « malthusianisme dans un seul pays », dans le cadre d’une « planète migratoire » (pour reprendre l’expression du géographe Gildas Simon), c’est un peu l’équivalent d’un désarmement unilatéral dans un contexte belliqueux : une capitulation, déguisée en démarche pacifiste. Se contenter d’inciter les Européens à réduire leur fécondité sans remettre en cause les flux migratoires en provenance des zones à forte pression démographique ne contribue guère à résoudre le problème global, bien au contraire. Au niveau individuel, et en laissant de côté les enjeux socio-culturels évidemment liés à la question, un Malien qui s’installe en France multiplie en quelques années son empreinte carbone par cent : ce déracinement n’est-il pas une aberration écologique ?

D’autre part, ce jeu de vases communicants a un double effet néfaste sur les pays ainsi connectés. Pour les pays récepteurs, l’apport migratoire réduit à néant les amorces de stabilisation voire de décrue démographique – et si l’on n’est pas convaincu de la surpopulation d’un pays comme la France, que l’on compare des cartes IGN récentes à celles antérieures aux « Trente Glorieuses » et à l’« aménagement du territoire », pour y constater d’un coup d’œil l’explosion de l’emprise foncière des zones urbaines au détriment des zones agricoles et naturelles. Quant aux pays émetteurs, la perspective migratoire leur offre comme un bassin déversoir qui a pour effet de retarder les mesures de régulation interne, alors même que des prises de conscience existent, comme le montre le Partenariat de Ouagadougou sur la planification familiale. Le bilan global en terme de pression démographique et écologique n’est donc en rien amélioré par l’ouverture migratoire. Pourtant celle-ci reste prônée contre vents et marées par ceux qui se veulent porteurs de solutions écologistes. Ainsi, selon le secrétaire national d’EELV David Cormand, l’annonce récente de la candidature européenne du maire de Grande-Synthe Damien Carême, actif dans l’accueil des migrants, « illustre en quoi la question écologique est intrinsèquement liée à la question migratoire et européenne ». Diagnostic exact, du moins pour ce qui concerne les réfugiés climatiques, mais prescription charlatanesque.


Un écologiste immigrationniste ne serait donc pas seulement coupable de « hors-sujet », comme on en accuse parfois les écologistes délaissant leur domaine pour des préoccupations sociétales, mais il commettrait même un contresens ?

Il en va ainsi sur d’autres sujets dits « sociétaux » : souvenons-nous de José Bové rappelant à ses collègues favorables à la généralisation de la PMA les critiques fondamentales de son maître Jacques Ellul sur la question de la technique… Mais en effet, sur le sujet démographique et migratoire qui nous intéresse ici, on peut également constater un contresens, qui a d’ailleurs déjà été relevé par d’autres : « Les écologistes devraient dire que l’immigration maintient ou accroît la pression humaine sur le milieu naturel dans des pays où, de par le recul de la natalité, cette pression pourrait s’y stabiliser sinon régresser. Ainsi il n’y aura pas de répit. L’homme va continuer à saturer l’espace planétaire à la fois par la croissance démographique et par les transferts de population. »[5]

Réaffirmons-le : la prise en compte de la démographie est une absolue nécessité écologique. S’aveugler à ce sujet revient à nier que deux fois trois fassent six. Mais les paramètres de la population et des ressources n’ont guère de sens si on les examine « hors-sol », en dehors des milieux (n’oublions pas le sens étymologique du mot « écologie », la science de l’habitat). La dimension géographique, territoriale, géopolitique ne doit pas être évacuée de l’analyse. « Alors que les humains ont atteint les limites de toutes les frontières, y compris celles de la planète, ils devraient dorénavant se contenter du territoire où peuvent s’exprimer leurs solidarités de proximité. Les problèmes économiques, sociaux et éthiques qu’entraînent les migrations devraient être une motivation supplémentaire pour agir au niveau de la maîtrise de la fécondité, pour élaborer collectivement une démographie responsable. »[6]

L’humanité prise dans sa globalité a déjà dépassé la capacité de charge de la planète, entraînant un déséquilibre accru de la biosphère (le climat et la biodiversité en étant les aspects les plus préoccupants, mais il y en a d’autres : changement d’affectation des sols, acidification des océans, cycles du phosphore et de l’azote, pollution chimique...). Mais si le système thermo-industriel peut et doit être observé et compris dans sa dimension mondiale, force est de constater que « l’humanité » en elle-même n’est pas un acteur politique, contrairement aux sociétés territorialisées ; elles seules peuvent être ces acteurs, à condition précisément de rester des communautés politiques ayant par définition la maîtrise de leur territoire, et donc de leurs frontières. Dans une planète saturée, il est indispensable d’envisager le compartimentage de l’écoumène.

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[1] « Pour une démographie responsable », entretien paru dans Éléments n°158.

[2] Le Figaro, "Faire moins d'enfants pour sauver la planète : itinéraire d'une thèse vivace" par Edouard de Mareschal

[3] Le Monde, "Climat : « Freiner la croissance de la population est une nécessité absolue »" Collectif

[4] L'Express, "Pour le climat, on n'est pas prêts à faire moins d'enfants" par Anna Benjamin

[5] René Monet, Environnement, l’hypothèque démographique, cité par Michel Sourrouille, « La problématique des migrations dans une planète close et saturée », in Moins nombreux, plus heureux. L’urgence écologique de repenser la démographie, Sang de la Terre, 2014.

[6] Michel Sourrouille, « La problématique des migrations dans une planète close et saturée », in Moins nombreux, plus heureux, op. cit.

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Fabien Niezgoda animera un dîner-débat sur le thème « Écologie et démographie : le défi de la décroissance » le jeudi 8 novembre au Port-Marly (Yvelines). Renseignements et réservations : cf. le n°174 d’Éléments (p. 4), actuellement disponible en kiosque.

 

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18 septembre 2018 2 18 /09 /septembre /2018 12:16

Second volet de l'article de Denis Garnier, président de Démographie Responsable

 

SITUATIONS D’ÉQUILIBRE & DIFFÉRENTS TYPES D’ÉVOLUTION DE POPULATION

 

A l’occasion de la dernière Conférence climat (COP23), 15.000 scientifiques originaires de plus de 180 pays ont lancé un cri d’alarme sur l’état de la planète. Dans leur appel figuraient treize mesures dont la suivante : « déterminer sur le long terme une taille de population humaine soutenable et scientifiquement défendable ». Ce qui suit se veut un début de réponse.

1) On pourrait tout d’abord parvenir à une situation d’équilibre global si chaque pays, quelle que soit sa biocapacité, amenait son empreinte au niveau de la biocapacité moyenne de la planète (1,7 ha). Graphiquement, il s’agit d’un déplacement vertical de tous les pays, non pas vers la courbe verte d’autosuffisance comme on l’a vu pour la France, l’Italie et le Bangladesh, mais vers la ligne horizontale en pointillés représentant l’empreinte de 1,7 hectare. Cela permettrait de répartir de façon totalement égalitaire les ressources de la planète.

Le problème est que, comme on le sait, ces ressources sont très inégalement réparties et cela obligerait donc, entre autres, à des transferts continus de ressources agricoles sur des distances plus ou moins longues, ce qui est énergivore et donc anti-écologique. Ces déplacements auraient même probablement pour conséquence de fausser les calculs en créant de nouvelles sources d’émissions de CO2

 

Visuellement, cela conduirait à laisser déficitaires tous les pays « à droite » de la Terre, soit en ne les faisant pas assez descendre, soit carrément en les « remontant », ce déficit écologique cumulé étant comblé par les pays situés « à gauche » de la Terre. Finalement, la planète serait effectivement en équilibre, mais aucun des pays ne le serait avec lui-même.

Évidemment, cette option n’aurait pas d’impact direct sur l’effectif de population. Cependant, avec la croissance démographique prévue par l’ONU, le seuil de 1,7 hectare diminuerait inexorablement et il faudrait à terme se contenter d’une biocapacité de 1,1 hectare par personne comme on l’a vu. Bien que cette solution soit celle privilégiée par un certain nombre d’organisations écologistes pour lesquelles la « répartition stricte » est un credo, et qui ne veulent surtout pas entendre parler de démographie, il est clair qu’elle est excessive et non écologique.

 

2) a) Le cas suivant étudié considère que les pays débiteurs peuvent conserver leur empreinte individuelle, mais doivent (à terme) avoir moins d’habitants jusqu’à revenir à l’équilibre, et ce alors que les pays créditeurs peuvent avoir plus d’habitants jusqu’à utiliser toute leur biocapacité.

 

Graphiquement, il s’agit d’une simple translation horizontale vers la gauche pour les premiers et vers la droite pour les seconds. L’évaluation de la population soutenable de chaque pays se fait alors en divisant sa biocapacité globale par son empreinte individuelle. La population soutenable de la planète étant alors la somme des populations de chaque pays.

Le calcul donne une « Population SOUTENABLE 2a » de 4,8 milliards d’habitants au lieu des 7,2 de 2013, date des dernières statistiques du Global Footprint Network (il faut plusieurs années pour collecter les données, les analyser et les rendre publiques).

 

b) On peut évidemment objecter que puisque la majorité des pays doit baisser sa population, il n’est peut-être pas judicieux d’en laisser d’autres croître sous prétexte qu’ils ont de fortes ressources renouvelables.

Cela nous amène à un deuxième calcul où les pays débiteurs décroissent démographiquement mais où les pays créditeurs restent au même niveau de population (et donc à la même place sur le graphique). Cette option permet de n’utiliser que 76% de la biocapacité de la planète et donc de constituer une sorte de réserve. Elle pourrait donc être nommée « Population OPTIMALE 2b » (8) et s’élèverait à 3,6 milliards d’habitants.

 

 

3) a) L’inconvénient du calcul précédent est qu’on aboutit à des possibilités de modes de vie très différentes, très inégalitaires. Par exemple, la France se retrouverait avec une biocapacité individuelle potentielle de 2,9 ha et le Bangladesh de 0,4 ha comme vu plus haut. L’idée serait alors la suivante : permettre à tous les pays d’avoir la même empreinte et biocapacité individuelle. Il y a évidemment énormément de possibilités. On a choisi ici de « se caler » sur l’empreinte de 2,9 hectares, c’est-à-dire celle qui correspond au niveau de vie moyen actuel d’un terrien (et par ailleurs à la biocapacité individuelle de notre pays).

 

 

 

Graphiquement, il s’agit d’un regroupement de tous les pays (et donc aussi de la Terre) en un même point. En agissant donc à la fois sur l’empreinte individuelle et la démographie, la population soutenable de chaque pays serait alors égale au rapport entre sa biocapacité globale et ce nombre de 2,9. Notons au passage que cette option induit une baisse de la consommation (ou du niveau de vie) assez drastique de la part des pays occidentaux qui pour beaucoup ont une empreinte nettement supérieure à 2,9. Finalement, la population soutenable de la planète serait encore égale à la somme des populations de tous les pays. Le calcul donne ainsi une « Population SOUTENABLE 3a » de 4,4 milliards d’habitants.

 

b) Cependant, comme précédemment, il peut sembler préférable que les pays ayant une biocapacité supérieure à 2,9 restent au même niveau de population. Graphiquement, pour ce qui les concerne, cela conduirait à un déplacement strictement vertical. Dans ce dernier cas, la « Population OPTIMALE 3b », avec une utilisation de seulement 79% de la biocapacité de la planète, se monterait à 3 milliards d’habitants. Cette évaluation qui est la plus basse des quatre s’explique par le fait que l’on a choisi un niveau de vie « assez élevé ». Notons comme précédemment que le gain annuel de biocapacité permettrait, à terme, de récupérer les déficits accumulés lors des décennies précédentes. Signalons aussi que c’est cette dernière option qui aurait la préférence de l’association Démographie Responsable.

 

 

A partir des données du Global Footprint Network, l’écologie-statistique peut permettre de modéliser de multiples autres solutions. L’idée est simplement ici de montrer des exemples de calcul basés essentiellement sur le fait que chaque pays doit se mettre en adéquation avec sa biocapacité, c’est-à-dire avec ses ressources renouvelables propres par l’intermédiaire de la baisse de son empreinte et de la baisse éventuelle de sa population.

 

Pour résumer les résultats obtenus : si l’on veut être en équilibre, et en partant d’une population de 7,2 milliards d’habitants, il faudrait se retrouver (à un horizon plus ou moins lointain) entre 3 et 4,8 milliards d’humains, c’est-à-dire (en arrondissant) entre 40% et 70% de la population de 2013.

 

On remarquera aussi que les efforts demandés le seraient pour tous les pays, qu’ils soient situés au nord comme au sud. Dans les scénarios 2, les efforts ne porteraient que sur les effectifs de population alors que dans les scénarios 3, ils demanderaient une baisse importante du niveau de vie des pays du nord et une baisse significative des effectifs de certains pays du sud déjà surpeuplés, comme on le voit sur les exemples choisis du tableau ci-dessous.

 

c) Le choix de ces 2,9 ha permet de travailler sur un cas concret, mais il est évidemment arbitraire. Plus généralement l'évolution conjointe des populations soutenables et optimales du scénario 3 (c'est-à-dire avec une empreinte choisie/imposée et commune à tous les pays) peut être représentée sur un même graphique comme ci-dessous, ou sous forme de tableau (9). Il est alors intéressant de regarder cette évolution dans un intervalle compris entre la biocapacité individuelle moyenne de la planète (1,7 hectare) et l'empreinte individuelle moyenne de la planète (2,9 hectares). En effet, comme on l'a vu, sous la barre des 1,7 ha le niveau de vie est trop bas et au-dessus de 2,9 ha l'effort demandé devient très important.

 

Pour une empreinte de 1,7 hectares, on retombe sur les 7,4 milliards de la population soutenable 1, par contre le cas associé d'une population optimale de 4,1 milliards n'a pas été étudié, car clairement disproportionné pour les pays fortement créditeurs. Pour une empreinte de 2,9 hectares, on retrouve bien les 4,4 milliards de la population soutenable 3a et les 3,0 milliards de la population optimale 3b.

 

On remarquera que la différence entre l'effectif de population soutenable et optimale a tendance à se réduire quand l'empreinte choisie augmente. Cela provient du fait que lorsqu'on augmente l'empreinte disponible, les pays qui sont au-dessus de celle-ci peuvent avoir de moins en moins de population et l'optimisation est donc moins marquée. D'ailleurs au-delà d'une certaine valeur, les deux courbes finiraient par se superposer.

Enfin, pour être en équilibre écologique avec la planète, il faudrait être situé à l'intérieur de la zone hachurée.

 

 

CONCLUSION

 

A partir des données du Global Footprint Network, l’écologie-statistique peut donc permettre de modéliser un très grand nombre de scénarios. L'idée a été simplement ici de montrer des exemples de calcul basés essentiellement sur le fait que chaque pays doit se mettre en adéquation avec sa biocapacité, c’est-à-dire avec ses ressources renouvelables propres par l'intermédiaire de la baisse de son empreinte et/ou de la baisse de sa population.

Il est évident que si le choix de la stabilisation, puis ensuite de la réduction, de la population mondiale était décidé par la communauté internationale et les pays respectifs, et ce dans le cadre de COP dédiées à ce sujet, sa mise en œuvre mettrait un certain temps à se concrétiser.

Et ce à la fois parce que les effets des mesures démographiques courent sur plusieurs générations, mais aussi parce qu'il ne faudrait pas brûler les étapes et commettre l’erreur inverse de celle qui a été faite dans le passé : à une explosion démographique catastrophique, il ne faudrait pas substituer une baisse démographique trop brutale, aux conséquences économiques et sociales difficilement gérables.

Les couples doivent absolument pouvoir continuer à avoir un ou deux enfants mais il serait bon qu'ils n’aillent pas au-delà, car l’aventure humaine, malgré toutes ses erreurs accumulées, doit pouvoir se poursuivre le plus longtemps possible.

Denis Garnier 

Président de l’association Démographie Responsable

denis.garnier@neuf.fr

_________________________________________________________

 (1) Précisons que l’empreinte écologique et la biocapacité sont des indicateurs partiels de notre influence sur la planète. Ils laissent en effet de côté non seulement les ressources fossiles disponibles (puisque non-renouvelables à notre échelle de temps), de nombreux éléments du domaine du renouvelable (solaire, éolien,…) mais aussi la richesse de la faune et de la flore (biodiversité). Pour évaluer l’état de cette dernière, il existe d’ailleurs un autre indicateur : l’Indice Planète Vivante.

 (2) En fait on utilise l’hectare global (hag). En effet, la productivité des surfaces peut être fort différente (par exemple celle de la forêt amazonienne est bien supérieure à celle d’un désert). Les productivités de ces surfaces sont donc comparées à une productivité moyenne mondiale. Un système de pondération permet alors d’évaluer chaque surface en hectare global.

 (3) Le GFN et le WWF ont décidé de considérer que « Le Jour du dépassement de la France pour 2018 » tombait le 5 mai dernier. Il s’agit, de notre point de vue, d’une erreur d’interprétation. Lire à ce sujet l’article intitulé Retour sur le « Jour du dépassement » de la France.  

 (4) Les statistiques du GFN sont disponibles ici  et sur demande.

 (5) Où l’on voit d’ailleurs que c’est notre empreinte carbone qui nous « plombe ».

 (6) Habituellement, la densité de population d’un pays est calculée en nombres d’habitants par km² (hab/km²). Dans la présentation choisie ici, le calcul se fait en nombre d’habitants par hectares de surface bioproductive (hab/ha). En fait, ce sont « les inverses » des biocapacités (qui s’expriment en ha/hab) qui apparaissent sur l’axe des abscisses. Il revient à Cyril Meynierr  d’avoir eu l’idée de cette présentation.

 (7) On peut d’ailleurs considérer qu’avec une biocapacité individuelle inférieure à 1 hectare, il est fort difficile de vivre correctement. Or un tiers des pays du monde est dans ce cas. C’est la raison pour laquelle la généralisation de la solution de l’équilibre des pays à partir de leur seule biocapacité et sans réduction de la population ne sera pas valorisée.

(8) Ce qualificatif d’optimal peut évidemment interroger, puisqu'il ne s’agit évidemment pas de « la meilleure solution possible ». Disons que l’idée est ici de trouver une dénomination qui sous-entend qu’il s’agit d’une solution meilleure que la solution soutenable. Cela étant, le niveau de population que notre planète pourrait durablement supporter en laissant de la place aux autres espèces se situe probablement encore en-deçà des évaluations ici proposées.

(9) En effet, il peut être utile de disposer des valeurs exactes suivant l'empreinte choisie :

 

Liens vers le téléchargement des fichiers Excel où figurent les calculs

Population Soutenable & Optimale 2

Population Soutenable & Optimale 3

 

Lien vers la première partie de cet article

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18 septembre 2018 2 18 /09 /septembre /2018 12:04

Un article de Denis Garnier, président de Démographie Responsable

(premier volet de l'article)

A l’occasion du Jour du dépassement qui intervient tous les ans un peu plus tôt et qui est prévu en cette année 2018 pour le 1er août, il peut paraître intéressant d’en rappeler l’origine, mais surtout d’étudier différentes manières d’en stopper l’inexorable avancée.

 

L’EMPREINTE ECOLOGIQUE

Il existe aujourd'hui un indicateur qui a l'avantage de faire une sorte de synthèse d’un grand nombre des impacts écologiques dus aux activités humaines : il s’agit de l’empreinte écologique, initiée par le Global Footprint Network (GFN) et popularisé en France par le WWF (1).

L’empreinte écologique individuelle est la surface nécessaire pour produire les ressources qu'un individu consomme et pour absorber les déchets qu'il génère.

Actuellement, au niveau mondial, nous utilisons en moyenne 2,9 hectares par personne (2). Le problème est que nous ne disposons que de 1,7 hectare, qui correspond à ce que la planète produit de façon renouvelable chaque année, ce qu'on appelle la biocapacité moyenne individuelle.

La question qui vient immédiatement à l'esprit est évidemment la suivante : comment est-il possible de consommer plus que ce qui est produit ?

Eh bien nous puisons tout simplement dans le capital de la Terre : par exemple nous émettons plus de CO2 que les océans et les forêts ne peuvent en absorber (l’empreinte carbone compte d’ailleurs pour plus de la moitié de l’empreinte globale) et sa concentration dans l’atmosphère participe au réchauffement, ou encore nous vidons les océans de leurs poissons, où même nous stérilisons des terres arables en les bétonnant...

Précisons une chose importante : l'empreinte globale d'un pays correspond à tout ce qui est consommé à l’intérieur du pays. On tient donc aussi compte de l’empreinte des produits importés et on enlève celle de ceux qui sont exportés.

Notons aussi que la biocapacité d’un pays peut évoluer à la hausse via des mises en culture voire l’utilisation de fertilisants, mais aussi à la baisse via l’épuisement ou l’artificialisation des sols. Au final, il faut savoir que la biocapacité des pays (et donc de la planète) n’augmente que fort peu avec le temps. 

On peut tout d’abord comparer l’empreinte moyenne individuelle (et son alter ego la biocapacité) de notre pays et celle de la planète, ou plus précisément celle d’un français et celle d’un terrien.

 

On remarque tout de suite que la France est « au-dessus » pour les deux indicateurs : par tête, nous consommons plus que la moyenne, mais notre pays produit plus de ressources renouvelables par individu que la moyenne de la planète, et ce en partie grâce à notre situation géographique privilégiée. Notons aussi que le fait que la biocapacité de la France et l’empreinte de la planète soient toutes deux égales à 2,9 est un pur hasard.

 

LES RATIOS

Il se trouve que l’on peut tirer un grand parti de ces quatre nombres en les comparant entre eux de différentes manières et comprendre ainsi l’origine de toute une série d’informations qui sont souvent relayées par les médias.

Pour la France :

- La France a besoin de 1,8 fois sa superficie pour faire vivre ses habitants en effet  : E(F) / E(B)  = 1,8

- Si tout le monde vivait comme les français, il faudrait 3 planètes En effet : E(F) / B(P) = 3

- Le 27 juillet (208ème jour de l’année) sera le « Jour du dépassement » de la France (3) en 2018 en effet : ( B(F) / E(F) ) x 365 = 208

Pour la planète :

- L’humanité « utilise » 1,7 planète : en effet B(P) / E(P) = 1,7 

- Le 1er août (213ème jour de l’année) sera le Jour du dépassement de la planète en 2018 :

  ( B(P) / E(P) ) x 365 = 213

Plus généralement, grâce au Global Footprint Network, nous disposons (4) dans le détail des statistiques d’empreinte et de biocapacité pour tous les pays du monde et en particulier pour la France (5). Comme on va le voir, toutes ces données permettent de produire des analyses assez poussées.

 

QUELS SONT LES PAYS « LES PLUS POLLUEURS » ?

Il y a deux principales façons de s’intéresser à cette question, soit au niveau global, soit au niveau individuel.

Au niveau global, on peut regarder ce que chaque pays prélève dans le capital de la planète au-delà de ce qu’il génère lui-même de façon renouvelable.

Il se trouve que la différence entre les 4 pays les plus déficitaires et les autres est telle que, pour des raisons d’échelle, on est obligé de recourir à deux diagrammes.

 

Même si c’est pour des raisons différentes, on notera néanmoins que les trois pays les plus peuplés de la planète, Chine (1,4 milliard d’habitants), Inde (1,35 milliard) et USA (325 millions) sont en tête. Précisons que pour la Chine, il s’agit bien de son empreinte propre, déduction faite de l’impact écologique dû à la fabrication des nombreux produits qu’elle exporte.

 

Ensuite, on voit qu’avec sa douzième place, la France est assez mal placée, mais on remarquera que plusieurs pays européens la précèdent (Allemagne, Royaume-Uni et Italie) et on notera aussi que nous sommes encadrés d’assez près, en amont par 3 pays (Iran, Mexique et Arabie Saoudite) et en aval par deux autres (Turquie et Egypte) dont la responsabilité écologique est rarement évoquée...

Au niveau individuel, en divisant donc l’empreinte résiduelle globale des pays par le nombre de leurs habitants, on trouve en tête quelques micro-états économiquement très florissants (Luxembourg, Qatar, Koweït, Singapour et Bahreïn), suivis par notre voisine la Belgique avec sa forte densité de population (365 hab/km²). La France, quant à elle, se retrouve en 33ème position du fait de sa densité de population modérée (118 hab/km²) et donc de sa biocapacité par tête élevée, comme indiqué plus haut. En effet, comme nous le verrons plus loin, biocapacité individuelle et densité de population fonctionnement « en sens inverse ».

La différence entre cette 33ème place au niveau individuel et la 12ème place au niveau global provient du fait que la France est le vingtième pays le plus peuplé du monde : un déficit individuel « moyen » de 2,2 hectares finit par compter lorsqu’il est multiplié par un grand nombre d’individus (64 millions en 2013).

 

COMPARAISON ENTRE PAYS

Il est évidemment possible de comparer séparément chacun des pays avec la planète, mais il est encore plus intéressant de les comparer tous entre eux en les faisant apparaitre sur un même graphique. Sur celui qui suit, on a choisi de représenter sur l’axe vertical les empreintes individuelles et, sur l’axe horizontal, les densités de population par surface bioproductives (6). Sont tracées aussi la courbe correspondant à l’autosuffisance (ou équilibre écologique) et celles de l’utilisation de ressource équivalentes à plusieurs fois le pays (2, 3, 4 et plus).

 

Avec des empreintes supérieures à la moyenne mondiale (2,9 ha), on trouve par exemple la France (avec son ratio de 1,8 fois sa superficie) près de la courbe de l’utilisation de « deux pays », ainsi que l’Allemagne qui utilise deux fois et demi sa superficie, puis le Royaume-Uni et l’Italie qui utilisent quatre fois leur territoire.

Avec des empreintes inférieures à la moyenne mondiale, on remarque que le Nigeria a déjà presque besoin de deux fois sa superficie, que le Bangladesh, le Burundi et Haïti sont à deux, que l’Inde est un peu au-dessus, quant à l’Algérie et l’Egypte c’est carrément quatre fois leur superficie dont elles ont besoin.

A gauche et « sous » la courbe verte d’autosuffisance on remarque la présence du Canada, de la Russie et du Brésil qui ont donc une biocapacité supérieure à leur empreinte, ce qui est évidemment positif. Par contre, pour les deux premiers pays cités, l’empreinte est très largement supérieure à l’empreinte moyenne de la planète et ils doivent impérativement faire un gros effort pour la réduire.

Les seuls pays totalement « vertueux » sur le plan écologique, à la fois pour eux-mêmes et pour la planète, se situent dans la partie verte (on peut citer par exemple le Congo et Madagascar).

On remarque enfin la place assez « à droite » de l’Inde et du Bangladesh, avec des densités de population par surface bioproductive autour de 2,5 hab/ha, qui n’est qu’une conséquence de leurs très fortes densités de population réelles (respectivement 400 et 1.100 hab/km²). Idem pour le Burundi et Haïti.

 

LE RETOUR A L’ÉQUILIBRE

L’intérêt de ce graphique est qu’il permet aussi de voir comment chacun des pays pourrait revenir à l’équilibre, c’est-à-dire rejoindre la courbe verte.

1) Prenons l’exemple de la France.

 

Il y a trois grands types de solutions : à l’intérieur de la surface verte et dans la direction des flèches obliques rouges, vers le haut ou vers le bas.

a) On peut expliciter les deux solutions extrêmes de la surface :

Sans agir sur la population, la flèche verticale vers le bas fait passer l’empreinte individuelle de 5,1 à 2,9 hectares, ce qui semble possible à moyen terme en réduisant drastiquement l’empreinte carbone (5), mais correspondra inévitablement à une économie décroissante et donc à une baisse significative de notre niveau de vie,

Sans agir sur l’empreinte, la flèche horizontale vers la gauche fait baisser la densité de population et donc la population elle-même de 64 à 36 millions, ce qui serait aussi possible, mais sur un terme encore plus long.

Evidemment, toute solution intermédiaire comprise dans la surface verte, et incluant à la fois la baisse de l’empreinte et la baisse de la population est envisageable et sans doute préférable.

b) La flèche extérieure rouge inclinée vers le haut correspond à une baisse encore plus importante de la population pour permettre une biocapacité individuelle et un niveau de vie encore supérieur.

c) La flèche extérieure rouge inclinée vers le bas correspond à une densité de population encore plus forte et donc à une biocapacité par habitant encore plus faible. Notons qu’actuellement, c’est malheureusement ce dernier scénario qui est en cours…

2) On peut ensuite prendre l’exemple de deux autres pays, un en Europe (l’Italie) et l’autre en Asie (le Bangladesh).

 

Dans le cas de l’Italie, la seule baisse de l’empreinte serait très importante (de 4,5 à 1,1 ha) et d’un autre côté, du fait de sa position sur la quatrième trajectoire, la solution concernant la seule baisse de la population amènerait à une division par quatre de celle-ci (de 60 à 15 millions).

Pour le Bangladesh, verticalement on aboutirait à une empreinte de 0,37 ha c’est-à-dire à un « niveau de vie » potentiellement huit fois plus faible que celui d’une France en équilibre écologique (7). Horizontalement, la baisse de la population ferait passer le Bangladesh de 160 à 90 millions et même ainsi avec un « niveau de vie » finalement quatre fois plus faible que le nôtre (0,75 vs 2,9 ha). Ces résultats peu encourageants proviennent du fait que le Bangladesh a laissé filer sa démographie et atteint un tel niveau de surpopulation que toute solution sera très difficile à trouver. Ceci étant, au vu du caractère extrême de la situation de ce type de pays, il serait souhaitable de sortir de l’aire colorée avec une solution du type flèche vers le haut (comme on le verra plus loin).

 

LES PROJECTIONS DE L’ONU

Tous les deux ans, l’ONU publie ses projections de population pour le milieu et la fin du siècle. L’été dernier celles-ci indiquaient 9,8 milliards d’humains pour 2050 et 11,2 milliards pour 2100.

En tenant compte du fait que la biocapacité totale de la planète était de 12,2 milliards d’hectares en 2013 et qu’à cette date nous étions 7,2 milliards, la biocapacité moyenne disponible se situait donc (comme on l’a vu) aux alentours de 1,7 hectare par personne, ce qui correspond à l’empreinte individuelle du Viêt Nam. Pour être en équilibre à cette date et en imaginant une affectation égalitaire des ressources pour tous les individus de la planète, il aurait donc fallu que nous ayons un niveau de vie comparable à celui du Viêtnam.

Pour 2050, et en faisant l’hypothèse que la biocapacité de la planète n’évolue pas, avec les 9,8 milliards d’humains annoncés, il ne nous resterait qu’une biocapacité de 1,25 hectare par personne, soit la possibilité du niveau de vie de la Tanzanie actuelle.

Enfin pour 2100, le calcul donne une biocapacité disponible de 1,1 hectare correspondant au niveau de vie du Sénégal d’aujourd’hui.

Au vu de ces quelques éléments, on voit bien que la poursuite de la croissance démographique mondiale conduirait à une baisse continue et surtout drastique du niveau de vie des pays du nord et empêcherait aussi toute hausse du niveau de vie de nombreux pays du sud.

Lien vers la suite de l'article (volet 2)

 

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2 septembre 2018 7 02 /09 /septembre /2018 10:04

Un article d'Antoine Waechter

Le développement de l’éolien terrestre repose sur une escroquerie intellectuelle et politique

Après avoir colonisé les champs de betteraves et de céréales de la Picardie et de la Champagne, les aérogénérateurs investissent dorénavant les reliefs boisés de la basse montagne, dénaturant les plus beaux territoires de France et dégradant l’environnement de dizaines de milliers de personnes.

L’énergie éolienne a, semble-t-il, la sympathie d’une petite majorité de nos concitoyens, mais suscite des dizaines de procès devant la juridiction administrative. Cette réalité contrastée oppose ceux qui ne connaissent que les photographies de pales blanches sur un fond de ciel bleu à ceux qui vivent la proximité de ces monstres technologiques. L’adhésion repose sur une double escroquerie intellectuelle et politique : l’éolien serait nécessaire pour se passer du nucléaire et pour limiter les gaz à effet de serre, plus largement l’avenir appartiendrait aux énergies renouvelables.

Au niveau actuel de consommation énergétique, le renouvelable est parfaitement incapable de remplacer les énergies à haute densité comme le pétrole et l’atome. Il serait nécessaire d’abîmer tous les cours d’eau, de piller la forêt et de couvrir la France de panneaux solaires et de mâts géants pour atteindre cet objectif. Le cœur de la transition énergétique ne peut raisonnablement être qu’une réduction radicale de la consommation : tous les connaisseurs en conviennent. L’escroquerie politique est de taire cette vérité. L’investissement dans les nouvelles technologies de production d’électricité en veillant à ne rien changer à nos modes de vie et à notre organisation socio-économique consiste à poursuivre le modèle de développement à l’œuvre depuis près de deux siècles. C’est plus confortable politiquement… et nous achemine vers l’impasse en toute bonne conscience.

L’éolien n’est pas une alternative au nucléaire. La loi de transition énergétique a inscrit dans le marbre le niveau de production actuelle. L’EPR de Flamanville, qui aura coûté plus de 10 milliards d’euros, est annoncé pour une durée de vie d’au moins 60 ans. Un Etat qui a décidé de sortir du nucléaire n’équipe pas le pays en centrales pour le prochain demi-siècle. La réduction promise de la part de l’atome n’est qu’une illusion d’optique : l’accroissement de la consommation d’électricité, voulu par la loi (notamment par une électrification du parc automobile), conduit mécaniquement à diminuer la part relative sans avoir à modifier la trajectoire du modèle.

Enfin, l’éolien n’a pas sa place dans un mix énergétique dominé par le nucléaire. Une énergie aléatoire suppose des relais rapidement mis en œuvre, comme des centrales hydroélectriques ou des centrales thermiques. L’hydroélectricité étant à peu près totalement mobilisée, le développement des centrales au gaz est le corolaire obligé de l’éolien. En d’autres termes, le développement de l’éolien exige le développement conjoint de centrales mobilisant des énergies fossiles et ne constitue pas, en soi, une réponse à la dérive climatique. L’Allemagne, qui est en voie de fermer toutes ses centrales nucléaires, est aujourd’hui l’un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre de l’Union européenne.

 

Des milliers de personnes en souffrance

La multiplication des parcs éoliens massacre les paysages de France et provoque la souffrance de milliers de personnes. La course aux autorisations d’implanter conduit à coloniser des territoires sans vent comme l’Est du pays, hier considérés comme inaptes aux éoliennes. Pour atteindre la rentabilité, les développeurs installent dorénavant des engins de 200 mètres de haut (pâles + mât), soit 4 à 6 fois plus que les objets déjà existants comme les clochers, les flèches de cathédrale, les pylônes de lignes très haute tension…

De grands voiliers, comme les rapaces, sont tués par les pales, tandis les poumons des chauves-souris éclatent sous l’effet de la dépression d’air créés par leur mouvement. Chaque éolienne vide un espace d’environ 1,8 hectare de tout vertébré (oiseaux et mammifères notamment), soit 9 hectares par parc de 5 machines, ce qui est sans incidence majeure dans un champ de maïs, mais très impactant au-dessus d’une forêt.

L’Académie de médecine a recensé tous les troubles suscités par la proximité d’un aérogénérateur, dans un rapport très complet publié en juillet 2017 : création de conditions favorables aux crises d’épilepsie, effet stroboscopique lié à l’ombre portée des pâles sur les maisons, malaises liées aux ultrasons produits par les vibrations des mâts, nuisances sonores. Le bruit du puissant brassage d’air (la prévision des zones de nuisances est complexe) fatigue le système nerveux par sa permanence comme la goutte d’eau qui tombe des heures durant. La nuit noire étoilée est rompue par les flashs rouges qui signalent les mâts aux avions : impossible de retrouver le charme d’un dîner en plein-air par une nuit douce d’été lorsque ces éclairs lumineux vous rappellent en permanence la présence de cette zone industrielle dédiée au vent.

 

Le scandale de l’Etat complice

Le scandale tient au fait que l’Etat a livré le pays aux spéculateurs du vent. Vous devez déposer un permis de construire pour édifier une maisonnette de 20 m² de surface habitable et d’une hauteur de 2,5 mètres. L’installation d’un aérogénérateur de 200 mètres de haut assis sur un bloc de béton de 75 tonnes et 200 m² de surface est exonérée de permis de construire ! L’implantation n’est soumise à aucune planification : les zones de développement éolien, déjà peu démocratiques dans leur élaboration, ont été supprimées en 2015. La décision du Sénat d’imposer une distance minimale de 1000 mètres entre une éolienne et une habitation a été annulée par le Gouvernement Vals. La Bavière vient d’instaurer une distance égale à 10 fois la hauteur de la machine, soit 2000 mètres pour une hauteur de 200 mètres ; l’Académie de médecine avait recommandé 1500 mètres voici quelques années déjà.

L’Etat ne cesse de faire évoluer les règles pour satisfaire le lobby des spéculateurs du vent. Dernier cadeau annoncé : le secrétaire d’Etat auprès de Nicola Hulot veut rendre plus difficile les recours contentieux des associations (même logique que François Hollande qui, pour protéger la promotion immobilière, a, par les ordonnances de février 2014, rendu plus difficile le recours des citoyens). L’éolien ne fait pas bon ménage avec la démocratie. Les projets d’aérogénérateurs ne font jamais l’objet d’un référendum local et se développe le plus souvent dans la plus grande discrétion pour ne pas alerter les défenseurs du paysage et du cadre de vie. Ainsi, loin de défendre la population, l’Etat fait le jeu des spéculateurs internationaux du vent contre l’intérêt des Français.

 

L’énergie entre les mains du capitalisme international

L’installation d’un parc éolien se joue en deux temps. Dans un premier temps, un développeur d’éoliennes contacte les maires situés près d’une ligne électrique et lui vante les bénéfices financiers à attendre d’une implantation. En cas d’accord, il monte le dossier, fait faire les études (souvent affligeantes en ce qui concerne le paysage, l’impact sur la santé publique et sur la faune), contribue à l’enquête publique, défend le projet devant le tribunal administratif. Coût de l’opération : environ 1 million d’euros.

L’autorisation obtenue est mis en vente sur le marché mondial. Elle est acquise le plus souvent par des fonds de pension américains, britanniques, canadiens… par des pétroliers…, pour une somme de l’ordre de 15 millions d’euros pour un parc de 5 aérogénérateurs. L’acheteur dépensera encore quelques millions d’euros pour l’acquisition des machines et leur montage. Il vendra sa production à EDF qui est tenu de la racheter à un prix supérieur au prix de marché de l’électricité pendant une durée contractuelle de 10 ans. La différence est payée par la taxe dite contribution au service public de l’électricité (CSPE) que paient dorénavant tous les consommateurs d’énergie. Cette taxe vient encore d’augmenter.

Tous les acteurs gagnent, sauf le consommateur français. Le développement de l’éolien industriel est d’abord une affaire de gros sous : la principale motivation n’est pas de produire des kW.h mais des euros dans un cadre sans risque puisque garanti par l’Etat.

L’une des conséquences de ce développement est de placer l’appareil de production énergétique d’origine éolienne entre les mains de capitaux étrangers : les consommateurs français sont ainsi appelés à contribuer aux retraites des Américains et des Britanniques.

 

Pour une transition énergétique intelligente

Il ne s’agit pas de mener une guerre idéologique contre les aérogénérateurs industriels, mais d’exiger que l’Etat reprennent la main sur le développement de l’éolien en localisant les zones d’implantation et en précisant des modalités qui préservent les paysages, la population et la démocratie. Une transition énergétique intelligente suppose le courage de fixer comme objectif central la réduction de la consommation d’énergie, quelle qu’en soit la source, et de définir une stratégie au service de cet objectif : interdiction du chauffage électrique, limitation des éclairages nocturnes, réduction des déplacements imposés en voiture par une interdiction de construire des zones d’activités près des échangeurs routiers et de grandes surfaces commerciales en périphérie de ville, isolation des bâtiments, interdiction de construire des bâtiments énergivores….

A chaque région, un mix énergétique conforme à son tempérament. Les aérogénérateurs n’ont pas leur place dans les espaces naturels, les montagnes et les forêts, ni dans le champ de visibilité de nos monuments.

L’Etat protège-t-il les intérêts de grands groupes financiers ou la santé et le cadre de vie des Français ? Très clairement, les décisions prises au cours des dix dernières années profitent à la finance internationale au détriment des gens.

 

Signalons (septembre 2019) la parution du livre d'Antoine Waechter Le scandale éolien aux éditions Baudelaire.

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12 juillet 2018 4 12 /07 /juillet /2018 12:24

80 km/h sur nos routes secondaires à 2 voies, la mesure fait grogner. Elle est pourtant assez typique du fonctionnement de notre société. Une mesure venue d’en haut, sans vraiment de concertation, notamment avec les territoires les plus impactés. Une mesure générale, simpliste aussi, qui ne prend pas en compte les belles départementales à 2 voies, bien larges, permettant une bonne visibilité et in fine peu accidentogènes.

Peut-être aurait-on pu faire le détail et s’appliquer à calculer la contrainte au mieux, tronçon par tronçon, au plus près du terrain et en tenant de l’accidentalité de ladite route ? Car rouler à 80 maxi sur une bonne route est une contrainte forte pour le conducteur  d’une voiture d’aujourd’hui. Et c’est aussi une contrainte qui va peser essentiellement sur tous ceux qui vivent dans des villages et petites villes et doivent parcourir 30, 40 et parfois même 50 km pour aller à leur travail quotidien. En contrepartie, en principe une route plus sûre avec une distance de freinage réduite de 13 m.

Les résultats parleront d’ici 2 ans, mais en attendant la mesure passe mal : c’est qu’elle cristallise le mal-être de la France périphérique bien décrit par Christophe Guilly, cette France qui a le sentiment d’être, non pas l’oubliée, mais la victime collatérale des choix de développement fait par la nouvelle équipe dirigeante autour du Président  Macron. Pour beaucoup, c’est encore cette France périphérique qui va faire principalement les frais de la limitation à 80 km/h.

Il y aurait pourtant eu une possibilité de montrer que les nouvelles limitations étaient l’affaire de tous. Elle consistait dans le même temps à faire passer la limitation de 130 à 120 km/h sur nos autoroutes. Déjà sûres, le but n’aurait pas été d’améliorer la sécurité mais de faire baisser la pollution générée par nos voitures : le gain quant à la consommation de carburant et aux rejets de polluants se situe autour de 10 %. Et aussi de diminuer la dépense, entre 0,6 et 1 litre de carburant au 100 km. Sans compter que nos nouvelles connaissances en matière d’écoulement des fluides nous ont permis de comprendre que plafonner la vitesse permet d’augmenter le débit des véhicules, comme cela se pratique déjà sur l’autoroute du sud en deçà de Lyon.

Cet argumentaire écologique est d’ailleurs aussi valable, dans une moindre mesure (l’impact du différentiel de 10 km/h s’élève en même temps que la vitesse s’accroît) pour le passage aux 80 km/h. Il n’y a pas été recouru, sans doute car cela aurait amené à poser la question de la limitation relative à la vitesse autorisée la plus élevée, question déjà posée à l’époque du Grenelle de l’environnement.

Quand on a un ministre de l’écologie qui s’appelle Nicolas Hulot, qu’attend-on pour limiter par la vitesse la pollution automobile sur l’ensemble de nos routes, quitte à impacter aussi la France des grandes agglomérations qui aiment partir en week-end par l’autoroute ?

 

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12 juin 2018 2 12 /06 /juin /2018 10:44

gaspillage alimentaire - 1,3 milliard de tonnes - faible coût de l'alimentation - étude de la FAO -  morale contre rationalité économique - initiatives locales

 

Parmi toutes les tentatives pour assurer l’alimentation de bientôt 8 milliards d’humains tout en préservant la nature, s’attaquer au gaspillage semble l’idée la plus évidente et la première des mesures à mettre en œuvre. Est-ce si simple ?

Le gaspillage alimentaire est important. En 2014, le Monde relayait cette étude de la FAO selon laquelle un tiers de la production mondiale soit 1,3 milliard de tonnes de produits alimentaires (180 kg par personne) seraient ainsi perdues chaque année ! Pertes réparties presque également entre la sphère de la production et ses annexes (stockage, manutention) et l'ensemble transformation-distribution-consommation.

La question est difficile. D'une part, toutes les pertes ne sont pas précisément répertoriées d’autre part, l’ensemble peut être évalué en masse, en valeur ou en fonction de l’impact écologique (dont l’estimation elle-même comprend une part d’arbitraire). Un kilogramme de viande représente une perte plus  significative qu’un kilogramme de matière végétale. On peut également distinguer les pertes sur la production (agriculture) des pertes sur les prélèvements (pêche). Toutes ces approches sont source de nombreuses confusions.

Une seconde difficulté résulte d’une sous-estimation du facteur économique au profit d’une indignation morale : « Quoi, jeter quand les gens meurent de faim ! » Nous percevons le gaspillage comme le résultat d’une négligence, d’un manque de soin qu’une meilleure organisation et qu’un peu de bonne volonté devraient suffire à résoudre. Hélas, s’il en était ainsi la question serait réglée depuis longtemps. Le gaspillage résulte au contraire d’une logique économique que l’on peut parfaitement détailler tout au long de la chaîne du producteur jusqu’au consommateur.

La cause principale du gaspillage est désormais le très faible prix de la nourriture industrielle. Une partie des aliments est jetée parce que le coût de leur bonne conservation serait très supérieur à leur  propre valeur, rendant économiquement contreproductif tout effort en la matière.
Ce raisonnement s’applique aussi bien aux producteurs qu’aux distributeurs et aux consommateurs (dans les pays  les plus développés nous consacrons une part toujours plus faible de nos revenus à notre alimentation).

Economiquement, et parfois même écologiquement parlant, on peut estimer qu’il est préférable de jeter de temps à autre quelques yaourts pris en excès plutôt que d’utiliser son véhicule plus fréquemment pour ajuster au mieux ses achats à sa consommation. C’est là un comportement tout à fait rationnel. De même, le distributeur peut estimer qu’il a économiquement plus à perdre à se trouver en rupture de stock, manquant ainsi des ventes et mécontentant ses clients, qu’à devoir de temps à autre jeter une fraction du rayon des produits périssables.

Bien sûr, des commandes par plus petites quantités permettraient un meilleur ajustement et des gâchis plus limités. Elles sont malheureusement excessivement coûteuses du point de vue administratif et logistique. Elles nécessiteraient notamment plus de transport et de manutentions, deux constituants déterminants du coût des produits. Le fractionnement des commandes ne ferait qu’augmenter les coûts et les impacts écologiques. Même si cela peut choquer, le niveau actuel de gaspillage est donc un compromis économiquement rationnel et nécessaire entre ces coûts et l’intérêt à préserver.

Il s’agit là d’une conséquence de l’industrialisation de l’agriculture qui a fait s’effondrer les coûts de production et donc la valeur des aliments rendant leur conservation non rentable. Paradoxalement, c’est le même mécanisme qui a permis de produire plus et de nourrir toujours plus d'hommes, qui nous conduit à jeter aujourd’hui une partie importante de cette même production. Nous sommes là au cœur du fonctionnement économique de nos sociétés.

Le retour à une économie plus locale, voire familiale permettra peut-être de le réduire mais il s’accompagnera également d’un retour à des conditions antérieures où la nourriture était plus chère et où le coût de l’alimentation représentait une fraction plus importante des revenus des ménages. Plus la nourriture sera précieuse et de qualité, plus les efforts pour la préserver s’avéreront profitables, mais nous devons être conscients de ce que cela signifie en terme de prix des aliments et donc en terme d’accès pour les plus pauvres.

Enfin, le gaspillage nous semble d’autant plus intolérable que l’on place face à face les quantités jetées dans les pays les plus riches et les manques ou même les famines dans les nations les plus pauvres (quoiqu’il existe également des pertes importantes dans les pays moins développés notamment au stade du stockage).  Hélas, il y a peu de transferts possibles de l’un à l’autre, jeter moins ici ne conduira guère à disposer de plus ailleurs, les frais de transport et de manutention des produits périssables l’interdisent largement.

Par contre localement, il existe déjà d’intéressantes initiatives soit pour demander aux consommateurs de donner aux plus démunis à la sortie des supermarchés, soit pour demander aux magasins de ne pas jeter les produits arrivant en date limite de consommation (on sait qu’ils sont en réalité souvent consommables quelques jours de plus) mais de les donner aux associations d’aide aux plus pauvres. Ces initiatives participent à une solution partielle mais réaliste au problème. Le risque de constitution durable de populations systématiquement receveuses et d’autres systématiquement donneuses pose d’autres problèmes pour l’équilibre de la société, mais c’est là une question qui sort du strict débat sur le gaspillage.  

 

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