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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 20:16

Les Suisses ne veulent plus de la libre circulation des personnes avec l'Union européenne.     

Ce fût d'abord un cri de surprise, car personne, y compris les sondeurs, n'attendait vraiment une réponse positive au référendum sur l'immigration massive proposé par le parti suisse de la droite dite populiste. L'initiative UDC a obtenu la majorité des cantons et du peuple, acceptée à 19 516 voix de différence ; comme l'écrit la Tribune de Genève (1), « ce score constitue une gifle pour le Conseil fédéral, les autres partis et les grandes fédérations économiques qui s'étaient mobilisés en force contre le texte. »    

Ensuite des cris d'inquiétude et de protestation, notamment venus de France. C'est Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et ancien premier ministre qui parle « d'une mauvaise nouvelle à la fois pour l'Europe et pour la Suisse. Repliée sur elle-même, cela va la pénaliser. » (2). C'est Rama Yade qui estime que « les suisses se sont tirés une balle dans le pied et ont fait un bras d'honneur à l'Europe. » (3).

Cris de peur et d'effroi encore avec Thierry Billet, maire-adjoint d'Annecy, qui évoque dans son blog (4) « cette réaction xénophobe (qui) conduit le monde : chacun chez soi et tous dans la régression, en attendant de régler nos comptes sur les champs de bataille. » Faut-il aussi citer le quotidien Libération qui parle ce mardi 11 février 2014 dans son éditorial de « virus », voyant dans ce résultat une possible maladie contagieuse et dangereuse : «La majorité helvétique qui s'est exprimée dimanche illustre le risque de contagion du discours glauque mêlant le sentiment anti-européen, le rejet des étrangers et le refus d'un supposé système politique».

Face à une telle réprobation quasi-unanime quant à la décision des suisses de poser des limites au principe de la libre circulation des personnes, que faire sinon tenter de recadrer doucement le débat, de rappeler tranquillement les fondamentaux auxquelles la Confédération helvétique est soumise, de chuchoter qu'il s'agit d'abord de commenter le choix d'un pays aussi connu pour son exemplarité démocratique.  

La Suisse est de par sa géographie un petit pays alpin, où l'espace utile est limité par les montagnes, peuplé de 8 millions d'habitants. Avec une population étrangère représentant déjà 23,5 % des habitants, soit le taux le plus élevé en Europe, avec un solde migratoire de 80 000 personnes correspondant chaque année à 1 % de sa population, soit plus du quadruple de celui d'un pays comme la France, et sachant, comme l'avait déclaré en 2012 Philippe Roch, ancien Directeur de l'Office fédéral de l'environnement, que « la Suisse consomme trois fois ce que son territoire peut produire », était-il raisonnable que la Suisse prolonge cette tendance ? Doit-elle continuer d'accueillir tous les européens recalés de la croissance économique ? Autrement dit et au-delà des aspects politiciens, peut-on encore être étonné du choix des suisses ?  

Il faut avoir une volonté de cécité bien chevillée au corps pour pouvoir croire que le développement illimité d'un appareil économique mondialisé puisse se pratiquer hors sol et sans conséquences dommageables pour la vie d'un pays, pour imaginer sans méfiance et sans prudence que la Suisse pouvait ainsi continuer à accueillir toujours plus de monde pour nourrir son expansion économique. On retrouve ici « la question centrale des limites de la croissance, et de ses conséquences sur l’environnement et le cadre de vie. La croissance démesurée de la population est en train de détruire la campagne, la nature et les paysages, cet écrin de beauté si cher aux habitants de notre pays, et si important pour leur bien-être » comme le disait  Philippe Roch (5) pendant la campagne électorale.  

La question centrale des limites va cependant bien au-delà de la question de l'immigration posée par l'UDC. C'est pourquoi on ne peut qu'espérer que la future initiative ECOPOP (6) aux fins que l'ensemble de « la population résidant en Suisse ne dépasse pas un niveau qui soit compatible avec la préservation durable des ressources naturelles » soit prochainement validée par le peuple suisse.

Voilà ce qu'on a envie de chuchoter à l'oreille de tous ceux qui, obnubilés par l'extrême-droite, sont prêts à s'allier aux industriels les plus égoïstes pour défendre jusqu'à l'absurde le principe de libre circulation des personnes (7), et ne savent pas voir que la continuation de la politique actuelle de croissance à tous crins mène à une crise écologique majeure dont nous serons tous perdants. Bref, une autre lecture de ce référendum est possible ...  

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1 : Les Suisses veulent limiter la libre circulation in La tribune de Genève, le 09.02.2014  

2 : Sophie Huet, Les politiques français préoccupés par le vote suisse in Le Figaro, le 10.02.2014  

3 : Ibid.  

4 : Thierry Billet, F-haine et vote suisse, in blog : thierry-billet.org

5 : Ph. Roch, Ecopop est préférable à l’initiative de l’UDC sur l’immigration qui est trompeuse, in La Tribune de Genève, le 27.01.2014

6 : Initiative dénommée :« Halte à la surpopulation - Oui à la préservation durable des ressources naturelles ».

7 : Sur ce sujet, voir La problématique des migrations sur une planète close et saturée, article de Michel Sourrouille in Moins nombreux, plus heureux,l'urgence écologique de repenser la démographie, Alain Gras, Alain Hervé, Corinne Maier, et alii, préface d'Yves Cochet, Ed. Sang de la Terre, février 2014.

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Published by Jean-Christophe VIGNAL - dans Démographie
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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 13:24

Longtemps, parler de démographie c'était parler d'écologie sans le savoir, c'était s'interroger sur la capacité d'une société humaine à grandir et à se développer en fonction des ressources que son milieu pouvait offrir.

Hérodote, Thucidide, Epicure et bien d'autres ont abordé la question démographique, mais il faut reconnaître que c'est vers la fin du XVIIIe siècle que celle-ci a été posée dans des termes qui nous parlent encore aujourd'hui.

Giammaria Ortes dans ses Riflessioni (1) a été en 1790 « le premier à suggérer le concept d'une population optimale » (2) dans le cadre d'une « nation naturelle ». Un peu après, à l'autre bout de l'Eurasie, Hong Liang-Ki (3) s'interroge en 1793 dans son traité Yi-yen (Opinions) sur le déséquilibre entre l'accroissement de la population et celui des subsistances et des moyens : « L'habitation d'une personne est déjà trop étroite pour en loger dix, comment serait-il possible d'en loger cent ? De même, la nourriture d'une personne est déjà insuffisante pour en nourrir dix, comment serait-il possible d'en nourrir cent ? C'est pourquoi je suis inquiet pour le peuple pendant la paix (car) après une longue période de paix, la nature ne peut cesser de créer des hommes ; mais ce qu'elle possède pour les nourrir ne change pas.» (4). Au-delà de s'attaquer comme le constate Jean Chesneaux (5) « à un des principes les plus intangibles de l'ancienne Chine, à savoir le devoir d'assurer, par le plus grand nombre possible d'enfants mâles, la continuité du culte des ancêtres », le grand intérêt de la pensée de Hong, notamment par rapport à celle de Malthus, est de proposer une optimisation rationnelle des ressources (6), allant jusqu'à prendre position contre « toute monopolisation des richesses » (7) pour remédier à un pic de surpopulation.

Hélas Malthus vint ! Son Essai sur le Principe de Population, paru 5 ans après le traité d'Hong Liang-Ki, traite de la même distorsion entre la croissance du nombre d'hommes et les ressources disponibles, avec une même inquiétude quant aux conséquences. Toutefois sa crainte pour les intérêts de la classe possédante (8) a largement contribué à disqualifier son discours en Occident, jusqu'à le rendre inaudible, accréditant l'idée qu'être malthusien, c'est adopter une position marquée par une frilosité animée par l'égoïsme.

L'inquiétude quant à notre nombre, intellectuellement élaborée à la fin du XVIIIesiècle par Ortes, Hong Liang-Ki et Malthus, a été mise de côté pendant tout le XIXe et une grande partie du XXe siècle, période où l'on a pu sincèrement croire que c’est la pression démographique qui imposait l’évolution des techniques dans un monde où les ressources semblaient inépuisables. Ce qu'Ester Boserup (9) a pu traduire en énonçant que « la nécessité est la mère de l’invention ». Cette vision dynamique des ressources, écho du progressisme des Lumières, s'opposait bien évidemment à la perception beaucoup plus stable des ressources qui caractérisait tant Ortes que Malthus ou Hong. Et ce n'est qu'avec l'émergence de la question écologique dans la seconde partie du XXe siècle, remettant en cause la société urbano-industrielle dont l'équilibre est fondé sur une croissance continue, que la question démographique refit surface. Ainsi n'est-ce pas un hasard si c'est Alain Hervé, le fondateur français des Amis de la Terre, qui s'occupa de la publication de l'ouvrage, écrit en 1968, d'Anne et de Paul Ehrlich la bombe P (10).

Très vite pourtant, l'entrelacement entre écologie et démographie s'étiola. La question démographique, considérée comme trop dérangeante,  fut la grande oubliée des grands sommets internationaux sur l'environnement, de Rio à ceux d'aujourd'hui. De plus, le mode autoritaire de contrôle de la natalité organisé par le parti communiste chinois à partir de 1980 ne fit pas à la question démographique une publicité extraordinaire dans les démocraties occidentales.  D'autre part, les partis politiques se référant à l'écologie préférèrent chercher à gagner des voix - ce qui peut se comprendre dans le cadre d'une démocratie élective - plutôt qu'à soulever une question difficile et considérée comme trop intrusive par leurs électeurs. Bref il fut plus facile de considérer, pour parler comme Hervé Kempf, que c'était 'les riches qui détruisent la planète' (11) que de s'interroger aussi sur l'impact de notre nombre grandissant.

C'est ainsi que la population humaine a doublé ses effectifs, entre 1968 et 2013. Doublement accompagné d'un échec patent des concepts de développement durable, de croissance verte ou d'économie circulaire ; concepts qui n'ont qu'à peine infléchi le modèle de développement urbano-industriel alors qu'un virage réel était nécessaire pour être à la hauteur des enjeux écologiques auxquels toute la planète est confrontée. D'où l'impérieuse nécessité de jouer désormais sur tous les leviers possibles afin de limiter, sinon d'éviter, un probable effondrement. D'où le retour de la question démographique. Question souvent posée par des écologistes qui ne se laissent plus enfermer par l'image négative d'une dénatalité organisée au profit des nantis ; qui privilégient l'urgence d'agir vigoureusement à la fois sur notre nombre et sur notre mode de vie, pour aller vers un monde moins plein et une vita povera joyeuse (12) ; qui refusent de voir le futur à travers la simpliste et pauvre multiplication des objets et des hommes au-delà même de la saturation, préconisant plutôt un développement qualitatif dans le respect de toutes les espèces vivantes afin de ressentir cette puissance de vie que manifeste la sève montante, cette énergie interne par laquelle l'homme se développe, ce qu'Hildegarde de Bingen (13) nomme viriditas, la viridité, concept qu'il est urgent de redécouvrir pour introduire un peu de subtilité et d'intelligence dans l'aventure humaine, et s'affranchir de la logique multiplicatrice qui trop longtemps nous a servi d'horizon.

Deux ouvrages traduisent cette effervescence.  "Compte à rebours. Jusqu'où pourrons-nous être trop nombreux sur Terre ?" D'Alan Weisman, paru en France en janvier 2014 (14) ; et  "Moins nombreux, plus heureux. L'urgence écologique de repenser la démographie", paru en février 2014, écrit  par un collectif d'auteurs (15), avec notamment Alain Hervé dont la précieuse présence permet de faire le lien avec l'écologie des années 70, cette écologie qui n'oubliait pas la démographie.

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1 : Giammara Ortes, 1713-1790. Économiste et mathématicien, il vit à Venise et publie notamment  Della economia nazionale en 1774 et Riflessioni sulla Populazione dell Nazioni per Rapporte all'Economia Nazionale en 1790.

 2 : Hans Overbeek, Un démographe prémalthusien au XVIIIe siècle : Giammara Ortes  in Population, volume 25, numéro 3, pp. 563-572. Hans Overbeek estime, en conclusion dudit article, que pour Ortes il s'agissait d' »un optimum de bien-être général, qui comprenait des éléments sociaux et politiques ».    

3 : Hong Liang-Ki, 1746-1809. Lettré chinois à la carrière tumultueuse, il rédige en 1793, sous le règne de l'empereur Kien Long et à la suite d'une longue période d'expansion économique et de progrès démographique, son traité  Yi-yen (Opinions).  

: Hong Liang-Ki,  Hong Pei-kiang che wen-tsi, édition choisie des œuvres de H L-K en trois volumes, Changhai, 1936, 1er volume, pp. 48-50, paragraphe sur la paix. Traduction retrouvée sans mention d'auteur dans les papiers d'Henri Maspero. Ces éléments ont été trouvés dans le texte de Jean Chesneaux intitulé : Un prémalthusien chinois : Hong Liang-Ki in Population, 1960, volume 15, numéro 1, pp. 89-95.  

5 : Jean Chesneaux, Un prémalthusien chinois : Hong Liang-Ki in Population, 1960, volume 15, numéro 1, p. 90.  

6 : « Faire cultiver toutes les terres disponibles et utiliser les forces inemployées du peuple, …, interdire les dépenses extravagantes, réprimer toutes monopolisation des richesses et quand des fléaux surviennent, ouvrir les greniers et le trésor public pour donner des secours aux malheureux. ». ibid. p. 93  

7 : « Dans les familles opulentes, une personne occupe une maison qui pourrait fournir le logement de cent individus et une seule famille possède des terres aussi vastes que celles de cent autres familles. Il n'y a donc rien d'étonnant à voir des gens pauvres mourir partout de froid et de faim ». (Paragraphe sur la vie sociale). Ibid. p.92.

8 : « Mais entre Hong et Malthus, existe une différence importante : Malthus craint pour les intérêts de la classe possédante. La loi des pauvres impose à celle-ci une charge qui va s'accroître constamment si les pauvres continuent à se multiplier. Soucieux de maintenir l'ordre social, il arrive logiquement à souhaiter et à préconiser la limitation des naissances. … Hong songe au contraire à s'en prendre aux riches, en particulier en matière de logement. » Alfred Sauvy, Commentaire,  suite à au texte de Jean Chesneaux précité. Ibid. p. 95.

9 : Ester Boserup, née Børgesen, 1910-1999, économiste. Elle publia notamment Évolution agraire et pression démographique, trad. française de 1970, 224 p., coll. Nouvelle bibliothèque scientifique, Flammarion - Édition originale en anglais : The Conditions of Agricultural Growth. The Economics of Agriculture under Population Pressure. 124 p. London and New York 1965.

Elle réfuta la proposition de Thomas Malthus selon laquelle les méthodes agraires définissaient la taille de la population (fonction de la nourriture disponible). Elle démontra au contraire que c’est la pression démographique qui impose l’évolution des techniques agraires.   A son propos, voir aussi Hervé Le Bras, « Malthus ou Boserup : validité et continuité historique des modèles démo-économiques », Mathématiques et sciences humaines, n°164, Hiver 2003.  

10 : La bombe « P » 7 milliard d'hommes en l'an 2000, (The Population Bomb) Paul R. Ehrlich, ed. Fayard, 1969 ; en poche, coll. Documents, ed.  J'ai lu, 1973.

11 : Comment les riches détruisent la planète, Hervé Kempf, coll. L'histoire immédiate, Le Seuil, janvier 2007.

12 : Vita Povera, l’expression a été construite en parallèle à celle d’arte povera ; ainsi la pauvreté n’est pas incompatible avec la beauté, l’énergie, la joie de vivre. Ce concept de vita povera veut donner toute sa place à une vie moins matérialiste et plus harmonieuse, pleine de viridité, tournant le dos à l'exploitation de l'homme par l'homme, laissant libre des espaces sauvages où la vie des plantes et des animaux se régulerait sans nous et s'épanouirait. Ce concept est toutefois différent de celui de sobriété heureuse défendu notamment par Pierre Rabhi ; il insiste plus sur l’idée de pauvreté afin de marquer notre défiance vis-à-vis des nombreux discours écologisants qui tentent de masquer l’importance des changements et des sacrifices matériels à prévoir.

13 : Hildegarde de Bingen, 1098-1179. Bénédictine mystique, musicienne, femme de lettres franconnienne, linguiste, à la fois sainte et docteur de l’Église, elle écrit notamment en 1158 le livre des subtilités des créatures divines et le livre des œuvres divines en 1174.

14 : Première édition sous le titre Countdown. Our Last, Best Hope for a future on Earth ? Editions, Little, Brown and Compagny, 2013. Version française : Compte à rebours. Jusqu'où pourrons-nous être trop nombreux sur Terre ? Editions Flammarion, janvier 2014, 430 pages, 23,90 €.

15 : "Moins nombreux, plus heureux. L'urgence écologique de repenser la démographie", ouvrage collectif coordonné par Michel Sourrouille, préface d'Yves Cochet, ed. Sang de la Terre, février 2014, 176 pages, 16 €. En librairie le 17 février 2014.

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Published by Jean-Christophe VIGNAL - dans Démographie
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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 19:24

Compte à reboursExtraits et commentaires du livre : Comte à rebours. Jusqu'où pourrons-nous être trop nombreux sur Terre ? D' Alan Weisman. Extraits suivis d'une recension de Madame  Daniele Boone  parue sur  le site des JNE  (Journalistes écrivains pour la Nature et l'Ecologie).    

Alan Weisman est un journaliste qui a enquêté deux années durant dans plus de 20 pays . Son livre est donc une mine de renseignements grace, entre autres, aux témoignagex de différents experts locaux : Le cas d'Israël, le Pakistan sens dessus dessous, où va l'Inde ?... L'autre qualité de ce livre est de lier assez souvent la surpopulation humaine et la dégradation des écosystèmes pour les autres espèces. D'où cette conclusion " je ne veux personnellement élimiter aucun être humain de la planète. Je souhaite à tous longue vie et bonne santé. Mais soit nous réduisons humainement nos effectifs, soit la nature va mettre beaucoup d'entre nous à la porte, et brutalement... Partageons mieux la Terre avec toutes les espèces qu'elle fait vivre, laissons à celles-ci l'espace et les ressources dont elles ont besoins et nos rituels amoureux se perpétueront"

1/6 La notion cruciale de population optimale

p.40 En écologie des populations, on évoque souvent « l’illusion des Pays Bas » : le fait qu’une population très dense jouisse d’un niveau de vie très élevé, comme c’est le cas en Hollande (403 hab/km2), ne prouve pas que les humains puissent prospérer dans un environnement coupé de la nature. Comme tout le monde, les Hollandais ont besoin de choses que seuls les écosystèmes peuvent fournir. Et par chance ils ont les moyens de les acquérir ailleurs que chez eux. Ils survivent grâce aux surplus d’autres pays.

p.50 Dans l’histoire de la biologie, toute espèce qui a surexploité ses ressources a vu sa population s’effondrer – parfois jusqu’à l’extinction. Pour la survie de l’espèce humaine, peut-être s’agit-il de trouver le moyen de réduire humainement la population globale, puis de la maintenir à un chiffre optimal. La détermination de ce chiffre sera,  que cela nous plaise ou non, la grande affaire du XXIe siècle.

p.57 Le débat sur le chiffre optimal de la population humaine suppose acquis une médecine optimale. Un retour en arrière sur ce plan serait aussi inacceptable qu’un processus quelconque d’élimination sélective. Le paludisme tue un enfant toutes les trente secondes. Si ces enfants cessaient de mourir, ils deviendraient des adultes qui produiraient d’autres enfants qui, à leur tour, ne seront pas tués par le paludisme. Il serait évidemment inadmissible de s’opposer à la disparition du paludisme dans le seul but de brider le nombre des humains ; en revanche, il ne serait pas absurde que les promoteurs de la recherche sur le paludisme aient l’obligation d’investir aussi dans la planification familiale.

p.63 Avant l’apparition de l’engrais à base d’azote artificiel (procédé Haber-Bosch), la population mondiale tournait autour de deux milliards d’individus. Quand nous n’en aurons plus, la population de notre espèce pourrait bien se rapprocher de nouveau de cette moyenne naturelle.

p.106 à 109 Le premier Congrès de la population optimale pour le monde fut organisé à Cambridge en 1993. Gretchen Daily et le couple Ehrlich présentèrent le résultat d’une estimation qu’ils qualifièrent eux-mêmes de « calcul de coin de table » : le nombre total d’habitants susceptibles de vivre avec 6 térawatts d’énergie, chaque individu disposant de 3 kilowatts en moyenne, était de deux milliards. Deux milliards, c’était le chiffre de la population en 1930, au moment où le procédé Haber-Bosch commençait juste à être commercialisé. La quasi-totalité de l’humanité vivait encore de végétaux qui poussaient grâce à la seule lumière du soleil, pas avec l’aide de combustibles fossiles. C’était un monde sans télévision, avec peu d’automobiles, peu d’appareils ménagers, pas de voyage touristique en avion.

p. 410-411. D’après les stupéfiantes compilations de données de Jon Foley, si nous ne gouvernons pas tous les acteurs indisciplinés de ce monde pour en faire des gestionnaires hyper-efficaces des ressources, si nous n’utilisons pas l’engrais de façon parfaitement ciblée et si nous ne luttons pas contre la surconsommation de viande, nous sommes condamnés à donner raison à la prophétie de Malthus. Plutôt que d’essayer de soutirer trois fois plus de récoltes à cette terre déjà épuisée, ne serait-il pas plus réaliste de réduire la population mondiale. Foley a réfléchi quelques instants avant d’acquiescer : « L’issue, à un moment ou un autre, c’est que nous serons obligés de survivre avec moins d’individus. Combien ? Je l’ignore. Un milliard ou deux peut-être. Qui peut savoir ? »

2/6 Quelques discours anti-malthusiens

Lors du sommet de la Terre à Rio en 1992, toutes les composantes de la vie sur Terre étaient mises sur la table, sauf une, la démographie. Maurice Strong, le secrétaire général de cette rencontre, eut beau déclarer que « soit nous réduisons volontairement la population mondiale, soit la nature s’en chargera pour nous et brutalement », dès le début ce sujet était purement et simplement tabou. Parmi les détracteurs qui accusaient des organisations comme Population Action International ou Zero population Growth de vouloir contrôler les populations, on trouvait les pays en développement qui s’insurgeaient d’être accusés des maux de la planète alors que le vrai coupable était selon eux la consommation effrénée des pays riches. Quant à l’argument consistant à dire que la meilleure façon d’atteindre tous les objectifs de développement était de les travailler tous en même temps, il se perdit dans le brouhaha.

Le pays hôte du sommet de Rio, le Brésil, possédant la plus vaste population catholique du monde, l’Eglise eut aussi une influence considérable sur les négociations préliminaires. Elle réussit à faire supprimer l’expression « planification familiale » et le mot « contraception » des ébauches de la déclaration commune du Sommet. Arrivée à sa dernière mouture, l’unique référence de cette déclaration au problème de la surpopulation se trouvait dans une phrase appelant à une « gestion responsable de la taille de la famille, dans le respect de la liberté et des valeurs de chacun, en tenant compte des considérations morales et culturelles ».

Rachel Ladani en Israël : « C’est Dieu qui engendre les enfants. Et il leur trouve une place à tous ». Rachel, juive hassidique, ne voit aucune contradiction entre le fait d’avoir mis huit enfants au monde et son activité professionnelle dans le domaine de l’éducation à l’écologie. Tous les membres de sa famille font leurs courses à pied, marchent pour se rendre à l’école ou à la synagogue, ne prennent jamais l’avion, sortent rarement de leur quartier. « En une année entière, dit-elle avec fierté, tous mes enfants ont une empreinte carbone inférieure à celle d’un seul touriste américain qui prend l’avion pour venir en vacances en Israël. » Qu’est-ce que Rachel envisage comme avenir pour la planète qui pourrait avoir près de dix milliards d’individus d’ici le milieu du siècle ? « Je ne suis pas inquiète. Dieu a créé ce problème et il y apportera une solution. » La bonne nouvelle, note le Jerusalem post, c’est qu’en 2020 tous les Israéliens boiront de l’eau d’égout recyclée. La mauvaise nouvelle, c’est qu’il n’y en aura pas assez pour tout le monde.

L’imam Raidoune Issaka : « Ce que veut Allah, c’est que nos familles soient toujours plus étendues. Il ne veut pas que nous cédions aux pressions des uns et des autres pour réduire le nombre de nos enfants. Nous savons que l’avenir est inquiétant. Mais l’homme ne peut rien pour empêcher le jour du Jugement dernier. » Son frère, l’imam Chafio Issaka : « Le Coran affirme que les besoins de la famille sont sous le contrôle de dieu. Mais il suggère aussi qu’il faut espacer les grossesses de deux ans, sinon davantage, pour la santé de la mère et celles des enfants. Allah ne nous impose pas de faire davantage que ce que nous pouvons assumer. » Contrairement à l’Eglise catholique, l’islam n’a pas d’autorité centrale qui dicte le dogme commun à tous les ecclésiastiques. C’est pourquoi deux imams pourtant frères peuvent être en désaccord sur cette question fondamentale.

3/6 Quelques  justifications du malthusianisme

Distinguer la consommation de la population, dit Ehrlich, c’est comme prétendre que la surface d’un rectangle dépend davantage de sa longueur que de sa largeur. Autrement dit, consommation et population sont les deux faces d’une même pièce. Ce n’est pas soit une chose, soit l’autre - la consommation ou les chiffres de la population. Et leur impact total, c’est la multiplication de l’un par l’autre. Les deux milliards d’humains qui vont probablement s’ajouter à la population mondiale feront beaucoup plus de dégâts que les deux milliards précédents. Nous qui sommes en vie aujourd’hui, nous avons déjà cueilli les ressources de branches basses, faciles à ramasser. Dorénavant, les processus seront beaucoup plus compliqués pour acquérir les matières premières dont nous avons besoin ; ils nécessiteront beaucoup plus d’énergie et causeront des dégâts considérables, plus importants encore que ceux des méthodes employées depuis un siècle.

Il y a 50 000 à 100 000 ans, la population de nos ancêtres ne comptait sans doute pas plus d’une dizaine de milliers d’individus. Comme le remarque Robert Engelman, dans son livre intitulé More, si leur population avait crû au taux de notre époque (actuellement 1,1 % par an pour l’ensemble de la planète, soit un doublement de la population tous les 63 ans), quelques millénaires plus tard, non seulement la Terre, mais le système solaire tout entier n’auraient pas suffi à contenir l’humanité. Si la population humaine est restée peu nombreuse jusqu’à une période récente de l’histoire, c’est simplement parce que les gens mourraient à peu près aussi vite qu’ils naissaient.

Mettre tout le monde, riches ou pauvres, sur le même plan peut paraître injuste, mais l’existence de chaque individu compte dans l’écosystème global. Le spectre de la surpopulation a redéfini le concept de péché originel : le bébé le plus humble aggrave dès l’instant de sa naissance les problèmes du monde, car il a besoin de nourriture, de chaleur et d’un toit – pour commencer. Nous relâchons tous du CO2 dans l’atmosphère, nous contribuons tous à pousser les autres espèces vivantes vers le précipice. Ensuite il y a cette opinion idéaliste selon laquelle la nécessité a toujours été la mère de l’invention : notre créativité et notre savoir-faire scientifique résoudront tous les problèmes dans l’avenir. Sauf que les grands progrès technologiques n’ont jamais résolu quelque problème que ce soit sans en créer d’autres, imprévisibles de prime abord. La seule technologie qui pourrait faire baisser notre impact collectif sur l’environnement, à vrai dire, est une technologie que nous possédons déjà : c’est celle qui nous permet de restreindre le nombre de consommateurs sur la Terre.

Au cours des cinquante prochaines années, nous devrons produire autant de nourriture qu’il en a été consommé durant toute l’histoire de l’humanité. Il n’y aura pas de progrès durable, dans la guerre contre la faim, tant que les gens qui luttent pour augmenter la production alimentaire et ceux qui luttent pour contrôler la croissance démographique n’auront pas uni leurs forces. Norman Borlaug lui-même, initiateur de la révolution verte, avertissait lors de son discours de réception du prix Nobel de la paix : « Nous sommes face à deux forces contraires, le pouvoir scientifique de la production alimentaire et le pouvoir biologique de la reproduction humaine. L’homme a acquis les moyens de réduire avec efficacité et humanisme le rythme de la reproduction humaine. Il utilise ses pouvoirs pour augmenter le rythme et l’ampleur de la production alimentaire. Mais il n’exploite pas encore de façon adéquate son potentiel pour limiter la reproduction humaine. »

Holdren et Ehrlich avaient réfléchi aux bases juridiques d’éventuelles lois sur le contrôle de la natalité. La constitution américaine mettant les droits des individus sur le même plan que les intérêts supérieurs de la nation, l’obligation faite à chacun de limiter la taille de sa famille aurait pu être considérée comme aussi raisonnable que celle de servir dans l’armée. Mais ils  supposaient aussi avec raison que les conservateurs, fidèles au dogme de l’Etat minimal (mais favorables au maintien d’une défense nationale puissante) s’insurgeraient contre cette proposition. Ils ajoutaient en forme d’avertissement que la population exigerait un jour ou l’autre d’elle-même le contrôle de la fécondation…avant que l’ordre social ne s’effondre sous les émeutes de citoyens affamés.

4/6 Quelques politiques nationales malthusiennes

A quel moment, au juste, une politique démographique mérite-t-elle d’être qualifiée de contraignante. L’idée de contrainte nous rend trouillards. Souvenons-nous que pendant des siècles, les gouvernements et les églises ont bel et bien contraint les gens à avoir davantage d’enfants.

La population mexicaine augmentait si vite que le gouvernement mexicain s’opposa en 1975 à l’Eglise catholique pour lancer un programme de planification familiale. Bientôt on vit des ânes grimper les routes de montagne et traverser les cayons, leurs sacoches remplies de préservatifs et de pilules contraceptives. Sans oublier les vaccins contre la polio, la diphtérie, le tétanos… Les femmes acceptaient de prendre la pilule pour éviter de tomber enceinte à condition que leurs enfants soient vaccinés contre les maladies mortelles.

En décembre 1979, Song et Jiang présentèrent leurs recherches au symposium national chinois de la théorie des populations. S’appuyant sur le rapport du club de Rome, Jiang avait cherché des parallèles et découvert que la Chine possédait significativement moins d’eau, de forêts et de métaux par habitant que la plus grande partie des autres pays du monde. Song avait calculé de son côté, en se focalisant sur la capacité de production alimentaire et l’équilibre écologique du pays, que la population optimale de la Chine se situait entre 650 et 700 millions de personnes. Mais elle avait déjà dépassé les 900 millions et continuait à s’accroître rapidement. En paraissant dans le Quotidien du Peuple, le journal officiel du Comité central du PC, le sujet du contrôle des naissances sortit de sa confidentialité pour devenir un gros titre national. La politique de l’enfant unique fut officialisée en 1980 par Deng Xiaoping qui avait pris les rênes du pays.

Quand la République des Philippines accéda à l’indépendance en 1946, elle comptait 18 millions de citoyens. Aujourd’hui les Philippins sont près de 100 millions. A Manille, les chances de renverser le cours de la fécondité ne paraissaient pas bonnes. En 2012, l’Eglise Catholique attaquait encore de front les membres du Congrès qui osaient soutenir la planification familiale. Les archevêques s’exprimaient ainsi : «  la contraception, c’est la corruption… La sexualité ne doit jamais être coupée de Dieu… Ne provoquez pas l’Eglise car elle vous enterrera… » Dans les sermons, on serine aux ouailles que la contraception est une forme d’avortement – pratique illégale dans la Constitution des Philippines. Mais fin 2012 le président Aquino contraignit le Congrès à mettre immédiatement la loi au vote, en déclarant qu’il s’agissait d’une priorité présidentielle. Il refusait de laisser la population doubler une fois de plus et risquer de mourir de faim. Contrairement aux Philippins qui voyaient leur effectif croître de 2 millions de personnes chaque année, les habitants du Vatican ne risquent pas de souffrir de la surpopulation car ils sont tous, ou presque, de sexe masculin et majoritairement célibataire. Ce qu’ils font entre les murs de leur minuscule Etat ne regarde qu’eux.

5/6 La collusion entre la population humaine et les autres espèces

D’après la numérologie kabbaliste, les mots « Dieu » et « nature » sont équivalents. Il n’est pas besoin de miracle pour constater que dieu existe. Je le vois dans toutes les composantes de la nature : les arbres, les vallées, le ciel, le soleil.

Au temps du prophète Jérémie, Jérusalem comptait alors moins de 2000 habitants. Des monts de Judée descendaient guépards, lions, loups et léopards qui chassaient le cerf élaphe, la gazelle, l’oryx, l’onagre. Aujourd’hui il reste certains oiseaux, la plupart des autres espèces ont disparu. Il y a trop de routes et de murs de sécurité qui divisent les populations de gazelles et empêchent les hardes de se rejoindre. Israël, avec 740 habitants au kilomètre carré, a la plus forte densité de tous les pays occidentaux. Qu’arrivera-t-il, vers 2050, quand la population d’Israël aura doublé ?

Quant à la distribution équitable des ressources alimentaires, est-il suffisant de l’envisager pour notre seule espèce ? Depuis que Dieu a enjoint à Noé de sauver également les animaux pour reconstituer l’humanité après le déluge, nous devrions savoir que le monde ne peut pas exister sans eux. Problème : la production alimentaire destinée à l’humanité occupant désormais quelque 40 % des terres immergées (hors pergélisols), et celles-ci étant aussi couvertes par nos routes et nos villes, nous avons pris possession de presque la moitié de la surface de la planète au profit d’une seule espèce, la nôtre. Comment toutes les autres vont-elles s’en sortir ?

L’idée de « gérer » l’espèce humaine comme si nous étions des animaux sauvages ou d’élevage nous choque. Pourtant, dans l’histoire de la biologie, toutes les espèces qui ont surexploité les ressources de leur environnement ont subi un effondrement de leur population, parfois fatal pour l’espèce entière. Sur cette Terre au bout du rouleau, nous ne vivons plus dans une étendue sauvage et illimitée : nous sommes dans un parc. Nous adapter à cette réalité est aujourd’hui la condition de notre survie. Sans quoi la nature fera le travail à notre place. Par exemple la nature nous privera de nourriture. Le risque qu’une épidémie de fièvre Ebola ravage nos populations est en effet bien moins élevé que celui de voir des pathogènes soufflés aux quatre coins du monde faire s’effondrer notre production alimentaire centrée sur quelques monocultures.

Ce que nous savons avec certitude, c’est que plus la vie est diversifiée, mieux elle se porte. Plus il y a de plantes différentes ensemble, plus elles utilisent avec efficacité les ressources dont elles disposent. Le résultat le plus visible est que la productivité primaire – la capacité des plantes à transformer le carbone de l’atmosphère en biomasse – est plus élevée là où la biodiversité est la plus forte. Et plus la diversité des plantes est élevée, moins on y trouve d’animaux nuisibles pour les dévorer. Apparemment, c’est parce qu’on y trouve aussi une plus large gamme d’insectes, de chauves-souris et d’oiseaux qui se nourrissent de ces nuisibles.

Supposons – de façon purement théorique – que le monde entier adopte une politique de l’enfant unique. A la fin de ce siècle, nous serons de nouveau 1,6 milliard d’habitants. Le chiffre de l’an 1900. Nous libérerions ainsi des millions d’hectares de terres que pourraient réinvestir les autres espèces vivantes – essentielles au bon fonctionnement des écosystèmes.

6/6 Recension-synthèse sur le site JNE

 « Jusqu’où pourrons-nous être trop nombreux sur terre ? », tel est le sous-titre du livre. Combien de temps encore la planète pourra-t-elle fournir l’eau, la nourriture, l’énergie nécessaire ? L’auteur ne prétend pas répondre à ces questions mais il interpelle le lecteur à travers une série de reportages dans le monde sur les effets de la surpopulation et les diverses tentatives de planification des naissances. Le voyage commence en Israël. « C’est Dieu qui engendre les enfants. Et il leur trouve une place à tous » soutient Rachel Ladani, éducatrice à l’environnement. Israéliens et palestiniens pieux semblent s’être engagés dans une guerre des bébés persuadés que ceux qui en engendreront le plus, seront les vainqueurs.

Des aberrations au nom de la religion, il y en aussi chez les chrétiens et les musulmans. A Manille, l’église interdit la planification des naissances, pourtant il y a dans cette ville de 25,5 millions d’habitants l’un des plus grands bidonvilles du monde. Il aura fallu au président Benigno Aquino une terrible ténacité pour enfin arriver à faire voter une loi en ce sens. Au Nigeria, beaucoup pensent encore que Dieu y pourvoira et en Iran, une remarquable politique de planification des naissances a été balayée en 2006, par le président Ahmadinejad qui a décrété que ce programme contrevenait à l’islam.

Au fil des pages, il apparaît évident que éducation et contrôle des naissances vont de pair comme il apparaît évident aussi que surpopulation et environnement ne font pas bon ménage. « Essayer de faire tourner une ONG écologiste, c’est redéfinir le mot défaite » remarque amèrement un biologiste pakistanais. Mais ce livre foisonnant n’est pas noir. Il déclenche une grande révolte face à la bêtise de certains décideurs qui agissent bien souvent au nom du profit. Toutefois beaucoup de pays occidentaux sont arrivés à un taux légèrement supérieur du renouvellement de la population. Le Japon a même abordé sa décroissance. Une chance pour l’économiste Akihiko Mastutani qui propose de revoir l’idée de prospérité sur le qualitatif et non sur le quantitatif.

Trouver de  nouveaux équilibres, tel est le passionnant défi que pose la nécessaire contraction des populations. Puisqu’il n’y a pas d’autre choix possible, l’auteur souhaite, en conclusion, que l’humanité prenne son destin en main et prenne la décision elle-même plutôt qu’elle ne nous soit imposée par des catastrophes naturelles, la famine entre autres.

 (Danièle Boone sur le site JNE)

 ______________________________________________________________

Première édition sous le titre Countdown. Our Last, Best Hope for a future on Earth ? Editions, Little, Brown and Compagny, 2013. Version française  : Editions Flammarion 2014, 430 pages, 23,90 €.

Alan Weisman est également l’auteur de Homo Disparitus, titre original : The World without us (Thomas Dunne books 2007). Version Française : Homo Disparitus, Editions Flammarion 2007, 397 pages, 19,90 €.

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Published by Daniele Boone - dans Notes de lecture
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1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 07:04

                           Evaluation de nos effectifs au 1er janvier 2014

                                                                                                              (en millions d'habitants)

 

Sources    2013     2014 Progression Progression
      (en millions) (en %)
         
INED 7 091     7 169         + 78    + 1,1 %
Population Data.net 7 099     7 184         + 85    + 1,2 %
Terriens.com 7 060     7 136         + 76    + 1,1 %
US Census Bureau 7 062     7 138         + 76    + 1,1 %
Population Mondiale.com 7 099     7 184         + 85    + 1,2 %
         
Moyenne   7 082     7 162        + 80     + 1,1 %

 

 

La planète compte désormais un peu plus de 7 milliards et 150 millions d'habitants :  7,162 milliards précisément au regard d'une moyenne bâtie sur les principaux compteurs aujourd'hui disponbiles. Avec 80 millions de terriens en plus que l'an dernier, soit une progression de  + 1,1 %, la croissance de la population mondiale reste stable (1) et (2). 

L'Année 2013 a été marquée par la publication des nouvelles projections de l'ONU (dites révisions 2012). L'étude de l'ONU propose, pour la seconde fois consécutive, une hausse des projections à l'échéance 2050. L'hypothèse moyenne de fécondité     (3) conduit en effet à une population de 9,6 milliards  pour la moitié du siècle (l'Ined prévoit de son côté 9,731 milliards). Les deux études précédentes de l'ONU (révisions 2010 et 2008) ne prévoyaient respectivement dans le cadre de cette même hypothèse moyenne qu'une population de 9,3 et 9,1 milliards pour la même date. Nous sommes donc clairement dans une phase de rehaussement des projections démographiques.

En France, sous la plume de Gilles Pison, l'INED a publié dans sa revue Population et Société un dossier nommé « Tous les pays du monde ». Cette étude montre une stabilisation de la fécondité mondiale à 2,5 enfants par femme soit au même niveau que lors de la publication précédente en 2011, alors même que beaucoup de démographes tablaient sur une décrue régulière de cet indice. Il est bien sûr encore trop tôt pour savoir si cette pause dans la baisse tendancielle de la fécondité sera durable.

Quant à l’année qui commence, elle verra peut-être l’entrée d’un nouveau membre, le douzième, dans le « club des plus de 100 millions d’habitants » : Les Philippines.

______________________________________________________  (1) Les effectifs de la population mondiale indiqués pour le 1er janvier 2013 (7 082 millions) sont très légèrement différents de ceux qui avaient été retenus l’an dernier (7 083 millions). Ceci parce que la liste des compteurs présentés n’est plus exactement la même. Le site Worldometers a été exclu parce que sa base en avait manifestement été modifiée et que cela conduisait à retenir une élévation annuelle de la population de 114 millions d’habitants, hypothèse hautement improbable. De même d’autres sites n’ont pas été retenus parce qu’ils proposaient des données trop éloignées de la moyenne et en particulier de celles fournies par les instituts les plus réputés (Ined, US Census Bureau…)  

(2) Comme chaque année, rappelons que les statistiques démographiques mondiales peuvent être considérées comme exactes à un ou deux pour cent près, il serait illusoire de prétendre à l’exactitude totale. Cela justifie les arrondis au million pour les données absolues ou au dixième de pour cent pour les chiffres de la croissance que nous avons ici choisi de retenir.

(3) Cette hypothèse moyenne de fécondité est elle-même basée sur baisse de la fécondité dans les années à venir. Le maintien du taux actuel (2,5 donc) conduirait à une véritable explosion démographique.

Sur ce site, et sur le même sujet voir également : Les chiffres clefs de la population, ainsi que la série : La population mondiale au 1er janvier 2009, 2010, 2011, 2012, 2013, 2015

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Published by Didier BARTHES - dans Démographie
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30 décembre 2013 1 30 /12 /décembre /2013 19:24

 

 

Economie Durable vous présente ses meilleurs voeux et vous souhaite de très bonnes fêtes de fin d'année.


    Bonne et heureuse année 2014 à toutes et à tous

 

.

 

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Published by Didier BARTHES - Jean-Christophe VIGNAL
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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 17:44

Un nouveau parti politique, Nouvelle Donne, clairement ancré à gauche, qui place au cœur de ses références le New Deal de Roosevelt jusqu’à en reprendre les initiales, qui parle d'une nouvelle donne démocratique, qui veut « changer le fonctionnement de nos institutions (pour) que nous, citoyens, nous reprenions la main », quoi de plus normal !

D'entrée de jeu, il est précisé dans le document intitulé 'Nos 20 propositions' que « le seul pays d’Europe dont les institutions ressemblent aux nôtres est la Roumanie : après la chute de Ceausescu, le Conseil de l’Europe a conseillé aux élites roumaines de s’inspirer des institutions françaises pour rédiger leur nouvelle Constitution au prétexte qu'après 20 ans de dictature, certains pensaient qu’un passage direct à la démocratie était trop risqué… »  

 

Que comprendre de cette appréciation ?

Que la Roumanie, qui commence une transition démocratique cahotante après le renversement de Nicolae Ceausescu le 22 décembre 1989, ne serait en dictature que depuis 1969 ? Oublié alors le coup d’État communiste du 6 mars 1945 ; oublié le « communisme d'épuration » qui, de 1945 à 1953, persécute des centaines de milliers de paysans rétifs à la collectivisation des terres et aux réquisitions, comme aussi les intellectuels ; passé par pertes et profits le « national-communisme » officiellement indépendant de l'URSS à l'extérieur, mais strictement totalitaire à l'intérieur, qui se met en place dès 1965 à la mort de Gheorghiu-Dej  le prédécesseur de Ceausescu. Et un début de soupçon ne peut être tu au sujet de ces oublis terribles quand il nous souvient de la longue connivence d'une grande partie de la gauche française avec l'aventure totalitaire communiste.  

Que comprendre encore quand il est écrit que les institutions françaises sont bien adaptées pour un pays qui veut éviter un passage direct à la démocratie, si ce n'est que la France n'est pas une vraie démocratie ou n'a fait que la moitié du chemin avec ses institutions ?  

En quatre lignes, réussir à dire que la Roumanie sous le joug communiste n'était pas une dictature, et que  la France d'aujourd'hui n'est pas réellement une démocratie, ça s'appelle poser le débat d'une façon bien étrange.  

 

Et concrètement, qu'est-il proposé dans ce court texte ?

En fait il est surtout indiqué ce que Nouvelle Donne ne veut plus : « Il est temps d’en finir avec cette monarchie constitutionnelle qui ne dit pas son nom. Ce Parlement aux ordres, ce premier ministre doublon ». Se dessine l'idée d'une république parlementaire (« une responsabilité accrue de l’Assemblée »), avec des députés (et des sénateurs ?) sans mandats locaux et priés de ne pas s'incruster dans une carrière (1), le tout rythmé par des propositions de lois d'initiative citoyenne aisément déclenchables (2) et par des référendums du même type, et couronné par un Président de la République sans trop de pouvoir (« en finir avec cette monarchie constitutionnelle »). Cela ne vous rappelle rien ? Tout cela correspond assez à une architecture type IIIème ou IVème République, animée par des élus politiques provisoires, mâtinée d'initiatives citoyennes, comme en écho aux débats sur la démocratie participative. Difficile d'en dire plus au sujet de cette 'nouvelle donne démocratique'. Toujours peut-on encore inférer du refus d'une monarchie constitutionnelle que le Président de la République ne serait plus élu directement par le Peuple.  

Même s'il n'est pas précisé le mode d'élection des députés (proportionnelle ? scrutin majoritaire à deux tours ? autre ?) (3), une telle configuration ne peut que laisser entendre que les partis politiques et leur appareil auront la part belle dans cette république, avec des élus n'ayant pas le temps et la surface électorale nécessaires pour s'imposer durablement, et avec un exécutif faible à la fois dépendant de l'Assemblée et soumis aux embardées que provoqueront des référendums qu'il ne pourra contrôler.  

Sans trop s'appesantir sur les travaux de Robert Michels (4) quant aux partis politiques et à leur fonctionnement, on peut toutefois être légitimement inquiet de la qualité de la représentation démocratique ainsi obtenue comme de la participation effective de manière directe ou indirecte des citoyens aux décisions : n'y a-t-il pas là le risque que « le pouvoir (soit) confisqué par une petite oligarchie », aboutissant ainsi, par une ruse dont l'histoire est familière, à provoquer ce que l'on prétend combattre (5) ? On ne peut que noter, là encore, une étrange similitude entre ce projet qui mettrait les partis politiques au centre de l'édifice institutionnel, et le projet politique soviétique où le parti dominait l'Etat, même si dans ce dernier cas il s'agissait d'un parti unique. Serait-on en présence d'une réminiscence partielle provenant du long compagnonnage de la majeure partie de la gauche intellectuelle française avec l'aventure bolchevique ?  

 

Qu'en dire de plus sinon que ce projet institutionnel est la figure inversée de notre actuelle organisation politique, conçue en réponse à la malheureuse expérience de mai-juin-juillet 1940 où la conjonction d'un exécutif faible et d'événements dramatiques a abouti à ce que l'Assemblée qui donna vie au Front populaire remit les pleins pouvoirs à Pétain, tordant le cou à la République. Une leçon d'histoire peut-être aussi oubliée que la dictature communiste en Roumanie à la fin de la guerre ...

_____________________________________________________________ 

1 : Est prévu « un vrai statut de l’élu pour que les mots "carrière" et "politique" ne soient plus accolés et faciliter le retour à la "vie normale" à la fin du 2ème ou du 3ème mandat ». Source : le document-manifeste de Nouvelle Donne ('Nos 20 propositions'),  p 5/8.  

2 : « Tout texte ayant recueilli 300.000 signatures et conforme à la Déclaration européenne des Droits de l'Homme, doit être débattu par le Parlement au même titre qu’un projet de loi venant du gouvernement ». Source : Le document-manifeste de Nouvelle Donne ('Nos 20 propositions'), p 5/8.  

3 : Le mode d'élection des députés n'est pas un choix technique. Avec le scrutin majoritaire à deux tours que nous connaissons actuellement, un député est élu nommément par les électeurs de la circonscription où il s'est présenté, et des liens directs sont tissés entre l'élu et ses électeurs ; à tel point qu'il est assez fréquent qu'un député qui n'obtient pas aux élections suivantes l'investiture de son parti soit en mesure de se représenter et de l'emporter. Rien de tel avec le recours à la proportionnelle, où le plus important pour être élu est d'être placé en tête de liste par son parti et non de convaincre les électeurs : dans ce cadre les hommes politiques dépendent uniquement des décisions prises par l'appareil de leur parti. C'est cette règle qui est par exemple appliquée au moment des élections européennes. Il est aisé de voir que le pouvoir du parti est variable selon le mode de scrutin retenu.  

4 : L'œuvre principale de Robert Michels, publiée en allemand en 1911, s'intitule : Zur Soziologie des Parteiwesens in der modernen Demokratie. Pour la traduction française, parue en 1914 sous le titre 'Les Partis politiques', l'auteur a choisi ce sous-titre significatif : « Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties ».  

5 : Nouvelle Donne écrit en préambule de sa réflexion sur la démocratie : « Les citoyens ont de plus en plus le sentiment que le pouvoir est confisqué par une petite oligarchie : Il est urgent que nous, citoyens, nous reprenions la main. Pour cela, il faut créer une force politique nouvelle et changer le fonctionnement de nos institutions. » Source : le document-manifeste de Nouvelle Donne ('Nos 20 propositions'), p 5/8.

Sur ce sujet et sur ce site, voir également cet article intitulé 'Nouvelle Donne et Vieux Machin'.    

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Published by Jean Bruguier - dans Politique
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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 13:04

Le président du Comité National des Pêches Maritimes et des Elevages Marins (CNPMEM), M. Gérard Romiti  vient de faire publier dans le Monde du 10 décembre dernier, sous la forme d'une lettre au Président de la République, une publicité surréaliste dans laquelle il prétend que les pêcheurs sont les vrais écologistes de la mer. C’est écrit en gras pour que nous en soyons bien convaincus. On tombe à la renverse devant une telle affirmation !      

Les pêcheurs sont là dans une défense syndicale de leurs intérêts de court terme, mais ils sont à mille lieues de l’écologie. Tous les grands cétacés ont failli disparaître et il a fallu les combats de beaucoup d'écologistes, contre les pêcheurs justement, pour sauver le peu qui a pu l’être. Au Japon, en Norvège et en Islande quelques-uns mènent encore ce combat d’arrière-garde pour maintenir le droit de chasser jusqu’au dernier ces extraordinaires animaux. En 50 ans nous avons exterminé selon les espèces entre 50 et 90 % des grands poissons. La morue dont la mer regorgeait est maintenant réduite à presque rien et les rares prises sont de plus en plus petites, ce phénomène touche d'ailleurs beaucoup d'autres espèces. La défense des systèmes écologiques des grands fonds dont une bataille vient d’être récemment perdue suite au rejet par le parlement européen de l’interdiction du chalutage (1) dans ces zones illustre une fois de plus notre impuissance et notre marche vers l’abîme. Le sabre, l’empereur et le grenadier, (2) habitants de ces lieux fragiles subiront le même sort que les autres malgré le combat mené par Claire Nouvian et quelques associations comme Bloom.    

Cette récupération corporatiste de l’écologie n’est pas propre aux marins pêcheurs. Les agriculteurs parfois et les forestiers aussi prétendre être les vrais acteurs de la protection de la nature (par opposition à l’urbain « bobo » dont la caricature est sous-jacente à ces affirmations). Pourtant nos sols sont détruits (voir par exemple les explications de Claude Bourguignon), nos forêts sont maintenant des lieux de monoculture où on privilégie le rendement, où les arbres morts (pourtant essentiels au cycle de la forêt) sont éliminés, où l’on plante au lieu de laisser la sélection naturelle faire son terrible, mais si nécessaire, rôle d’adaptation du vivant, bref ce sont des lieux de productions économiques et non plus des espaces naturels.

Que les marins ou les agriculteurs veuillent vivre et défendre leur métiers, on doit l'admettre, qu’ils affirment nourrir les hommes et qu’il faille bien en passer par là, on peut le comprendre. Ces professions ont de vrais arguments à faire valoir, comme les routiers d’ailleurs qui rappellent que pour que nous puissions consommer il faut bien qu’un camion ait amené les produits jusqu’à leurs distributeurs ; mais qu’ils prétendent agir au nom de l’écologie, voilà qui relève du mensonge.

Cela n’exonère pas le consommateur de sa responsabilité. Il va de soi que toutes ces activités (pêche, agriculture intensive, bétonisation générale du territoire au nom du transport…) n’existent que parce qu’en face se trouve une demande. In fine la responsabilité incombe à la terrible multiplication de notre nombre par notre appétit de consommer, à laquelle les différentes professions ne font que répondre. Il ne s’agit donc pas de les ostraciser, tout le tissu économique est responsable.

C’est un problème de fond que des écologistes comme James Lovelock avaient bien compris. Quel est le rôle de l’homme ? Voulons-nous nous substituer à la nature et devenir les gestionnaires de la planète ?  Cela serait un pari bien audacieux ! La nature a préservé la vie sur Terre pendant 3,8 milliards d’années et en quelques siècles nous avons mis à bas la plupart des grands équilibres tout en éliminant presque toute la mégafaune. Au vu de ce bilan nous réclamons le droit d’aller plus avant et d’êtres les écologistes de notre Terre ! Allons donc, quelle indécence !

Les véritables écologistes sont ceux du « non agir », ce sont ceux qui ont pour seul objectif de laisser de l’espace et du temps pour que la nature retrouve ses droits et ses règles de fonctionnement qui ont depuis tous temps à la fois fait leurs preuves et sculpté la magnificence de la planète. Le seul combat écologiste qui vaille est de redonner à la nature la maîtrise de ses équilibres, il n’est pas de nous y substituer, il n’est pas de nous en réclamer quand, au contraire, nous la détruisons.

Concernant la pêche, sans doute ne pourrons-nous nous passer d’une réflexion sur la pertinence d’une économie de prédation dans un monde de sept milliards d’humains. D’ailleurs sur la terre ferme depuis longtemps ce type d’économie s’est évidemment révélé intenable. Un prédateur de 50 kg comme l’Homme a besoin de plusieurs kilomètres carrés par individu. Nous sommes environ mille fois trop nombreux pour maintenir ce mode de fonctionnement. On ne parle plus de poissons d’ailleurs mais de réserves halieutiques. Ce choix des mots exprime au mieux notre chosification de la nature et le peu de considération que nous portons au vivant.

_____________________________________________________________________________________________________

(1) Voir aussi cet article du Figaro ainsi que celui-ci du site Biosphère.

(2) Sur ces trois poissons voir également ce site.

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Published by Didier Barthès - dans Biodiversité
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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 11:04

Un vent un peu frais qui se met à souffler dans le monde endormi des partis … c'est le pari de Nouvelle Donne qui part d'un constat concret sur la crise et le retour impossible de la croissance des '30 glorieuses' pour proposer de changer notre façon de penser et d'agir. Comment ne pas entendre un mouvement citoyen qui refuse d'attendre la croissance comme sœur Anne, place le chômage au cœur de sa réflexion, propose des solutions concrètes pour aujourd'hui et intègre l'environnement dans sa démarche ? Difficile même de ne pas refréner une envie d'adhésion quand toute cette démonstration est placée sous les auspices protectrices du bon sens, en énonçant que « ce n’est pas en améliorant la bougie qu’on a inventé l’ampoule électrique, ce n’est pas en mettant quelques rustines à un système qui s’effondre qu’on va construire une nouvelle société… pour sortir de la crise, il faut provoquer une vraie métamorphose. »

 

Maintenant, regardons le document-manifeste de Nouvelle Donne ('Nos 20 propositions').

La dénonciation de la croyance en la croissance et du refus de nos élites de voir la réalité, à savoir un contexte de croissance très faible, est clairement posée par Nouvelle Donne, et ne peut qu'être approuvée par tous ceux qui pensent que nous sommes arrivés au bout d'un modèle de société. Toutefois il y a plus à débattre sur l'origine de la crise ; selon Nouvelle Donne 'la crise vient d’un partage de plus en plus inégal des richesses', reprenant en cela l'antienne bien rodée de la gauche de la gauche. Mais est-ce si sûr ? Pour beaucoup d'économistes, la crise d'un pays comme la France provient d'une redistribution des cartes qui permet, dans une économie mondialisée, à des pays ayant des coûts de production inférieurs, souvent construits sur une politique de bas salaires, d'écouler sur nos marchés des productions autrefois élaborées chez nous. N'en déplaise à certains, nous ne sommes plus au temps colonial, où l'Occident pouvait imposer manu militari ses productions de tissus à des pays comme l'Inde et les maintenir ainsi dans la pauvreté. Et il n'y a pas que la mondialisation libérale pour expliquer la crise que nous vivons. Il y a le renchérissement des matières premières qui pèse sur les coûts et le pouvoir d'achat, et est bien une conséquence directe d'un effet de rareté qui se fait jour, effet de rareté généré par un mode de production et de consommation non approprié aux ressources minérales et biologiques de notre planète. Sans compter les rendements décroissants constatés dans l'agriculture après un demi-siècle d'exploitation sans mesure de nos terres cultivables ; et on pourrait en dire autant pour la pêche. Il y a encore la généralisation d'un mode de vie urbain, qui plus est dans des environnements pollués, générant des dépendances diverses, une demande marchande et sociale accrue, une augmentation des frais de santé ; tout ceci suppose, en plus de frustrations souvent vécues durement et parfois à l'origine de violences, des dépenses de plus en plus importantes prises en charge en partie par notre Etat-providence, et provoque des déficits qui alimentent à leur tour la crise. Bref la crise que nous vivons est plurifactorielle et complexe avec des facteurs qui interagissent entre eux, et il semble bien réducteur de penser, à l'instar de Nouvelle Donne, que « la cause fondamentale de la crise vient de la forte baisse de la part des salaires dans le PIB », en un mot qu'elle soit simplement la conséquence d'une mauvaise répartition.

 

Que propose alors Nouvelle Donne pour sortir de la crise ?

Dans son chapitre intitulé 'une nouvelle donne économique', ND centre son propos sur l’équilibre des finances publiques et la non-efficacité « d’augmenter les impôts de l’ensemble des citoyens qui gagnent trop peu » pour y arriver. La solution viendrait alors :

- d'une augmentation de l'imposition des entreprises au niveau européen ; avec un gain pour la France de 21 milliards d'euros, correspondant à ce qu’elle "donne" chaque année au budget européen.

- du refinancement des dettes publiques des états européens à un taux quasi-nul, c’est-à-dire en rendant la dette accumulée 'gratuite' tant qu'elle n'est pas remboursée,

- de l'empêchement des entreprises ayant des liens avec les paradis fiscaux de soumissionner aux marchés publics,

- de la participation accrue des classes moyennes et aisées au financement de l'Etat-providence.

Concrètement, il s'agit juste de faire payer par les entreprises et les classes moyennes et aisées le comblement des déficits publics tout en opérant un coup de passe-passe en ingénierie financière pour oublier la dette. Rien donc sur la nécessité de renouveler l'Etat-providence en le rendant plus efficace, rien sur les mesures à prendre pour résorber ou réduire les appels croissants à la solidarité par des pans entiers de la population en leur donnant les outils d'une résilience nécessaire, rien sur la transformation de nos modes de production-consommation, juste une politique fiscale favorable aux plus pauvres. Rien en définitive que de très classique pour un mouvement qui promeut « une nouvelle façon de penser le progrès social ».

 

Après 'la nouvelle donne économique', la nouvelle donne pour l'emploi.

Il s'agit ici et en premier lieu de « stopper l’hémorragie des licenciements secs comme unique réponse aux difficultés d'une entreprise » en préservant la communauté des salariés moyennant un partage du temps de travail et un quasi maintien -  95 % - du salaire (1). A noter que lorsqu'une entreprise est en difficulté, ce peut être une branche particulière de son activité qui pose problème, et le réemploi des salariés impactés dans le reste du groupe n'est pas aussi évident que ND le suppose. En clair, il y a dans l'idée d'un partage possible du travail entre tous, une vision simpliste de la communauté entrepreneuriale qui ne correspond que rarement à la réalité. En outre, comment une entreprise en difficulté pourra-t-elle payer des salariés travaillant à temps partiel comme s'ils travaillaient à temps plein ? Cette solution n'est adaptée qu'à des grands groupes ayant des ressources en réserve et/ou suppose une prise en charge financière par la puissance publique, source à nouveau de dettes ou d'impôts à venir. Même effet d'ailleurs quant à « la sécurisation des chômeurs et précaires en maintenant 90 % du revenu des salariés tombés au chômage, mais aussi des artisans et des patrons de PME, pendant 4 ans. » Quel coût pour l'assurance chômage !

ND propose aussi de « lutter contre les délocalisations en refusant le dumping social intra-européen et de négocier un traité de convergence sociale ». Mais est-il réaliste d'imaginer un SMIC roumain ou bulgare au niveau du français, même à moyen terme ? Cela ne signifierait-il pas la condamnation économique de régions européennes entières incapables de supporter un tel choc ? Peut-on imaginer de sauver nos emplois au détriment de nos voisins européens qui ont déjà payé si cher l'aventure communiste, en leur imposant des charges qu'ils ne seront pas en mesure d'absorber ?

Autre suggestion, « investir dans une vraie politique du logement en utilisant les 34 milliards du Fonds de réserve des Retraites » pour viser la construction de 800 000 logements et ainsi faire baisser, par le mécanisme de l'offre et de la demande, les loyers de 280 euros/mois. Ce qui donnerait du pouvoir d'achat aux ménages et « pourrait créer 150 ou 200.000 emplois dans les deux ans ». De même, « l'investissement massif dans les économies d’énergie, en particulier dans l’isolation de nos domiciles ... pourrait économiser en moyenne 1.000 euros par an et par ménage (et) créer 200.000 emplois en France». Avec un financement par la BCE, après négociation d'un Pacte Européen. Tout cela est bel et bon et s'inscrit dans ce que nous avons coutume d'appeler la transition écologique. Mais il ne nous faut pas oublier que cette opération repose sur un financement public européen (2) dont l'Union Européenne n'a pas aujourd'hui le moindre euro. Après tout qu'importe si cela peut être rentabilisé et donc solvabilisé par de futures économies d'énergie … et c'est là que le bât blesse : la rentabilité financière de l'isolation thermique de nos locaux est très faible ; même en intégrant une hausse sensible du coût de l'énergie, l'amortissement est souvent supérieur à 35 ans et les gains se révèlent tout juste capables de financer les intérêts d'emprunt (3). Et difficile de compter, pour accompagner cette transition écologique, sur la capacité d'investissement des propriétaires-bailleurs si, en application du point précédent, les loyers ont baissé (de 280 euros/mois pour 70 m2) et les revenus des bailleurs avec.

Dernier point avancé par ND, « un nouveau partage du temps de travail …pour que tout le monde ait une activité et un revenu décent », et référence est faite au travaux de Robert Reich, ancien ministre du travail de Bill Clinton, pour qui « l’administration Obama doit faire une réforme fiscale pour baisser le temps de travail sans baisser les salaires ». L'idée est séduisante, mais revient dans les faits à augmenter le coût horaire du travail, pour les entreprises comme pour le secteur public, si les salaires sont maintenus.

 

Quelle France dessinent alors ces propositions sociales et économiques ?

Une France avec un État et des collectivités territoriales sans grand changement mais moins pauvres avec un coût de la dette ramené à presque rien, des entreprises qui ne licencieraient presque plus, des chômeurs bien indemnisés et même en voie de disparition grâce à la fois aux 400 000 emplois dans la construction-rénovation et au partage du travail, des salariés travaillant moins, des familles habitant des logements bien isolés et non sujettes à la précarité énergétique, des locataires heureux avec des loyers moins chers et du pouvoir d'achat en plus, et beaucoup moins d'impôts pour tous les 'petits'.

Il faudrait être fou pour refuser ce monde-là !

Regardons toutefois, avant d'être emporté par trop d'enthousiasme, les mécanismes qui sous-tendent les choix précités et leurs effets probables.

 

Tout ceci implique :

- pour les entreprises des charges et des contraintes augmentées : hausse du salaire horaire du fait de la réduction du temps de travail, hausse des impôts sur les bénéfices de 21 milliards, hausse des charges pour financer des indemnités de chômage plus généreuses, quasi-interdiction de licencier en cas de difficultés économiques) ; c'est-à-dire l'exacte contre-pied de ce qui est admis aujourd'hui par une majorité d'acteurs, à savoir la restauration de la compétitivité de nos entreprises.

- pour les ménages moyens et aisés des hausses d'impôt significatives, via une progressivité augmentée, pour contrebalancer en partie la diminution des prélèvements des petits revenus et pour rembourser les nouveaux engagements ; et pour ceux qui ont investi dans le logement de leurs compatriotes, ils pourront aussi être affectés par une baisse de rendement des rapports locatifs, pouvant  aller jusqu'à les mettre financièrement en danger en les rendant incapables de rembourser les prêts souscrits. Il n'est pas non plus interdit de penser que la baisse drastique des taux envisagée pour refinancer les dettes publiques anciennes ne sera pas sans influence sur les rendements des contrats d'assurance-vie largement investis en obligations d’État.

En résumé, des entreprises encore moins compétitives, les ménages constituant le socle de notre société encore plus sollicités par l'impôt et voyant leurs marges financières réduites, un secteur immobilier déstabilisé par une déflation brutale, le tout associé à une sollicitation toujours plus grande de la Banque Centrale Européenne pour financer à milliard la réduction des intérêts des dettes publiques et un 'grand Plan européen Énergie Climat Pouvoir d’achat'. Faut-il ajouter que ce programme prévoit aussi des évolutions européennes que nous n'avons aucune chance de faire accepter à nos partenaires ?

 

Qui peut croire à la viabilité d'un tel programme ?

Celui-ci mélange habilement l'oubli des contraintes pesant sur les entreprises dans le cadre d'un marché concurrentiel, et la pratique de l'endettement rappelant les politiques monétaires keynésiennes tout en raisonnant dans le contexte d'une croissance zéro ou approchant. A voir de tels raisonnements oublieux du réel, reprenant in fine certaines des thèses abracadabrantesques de la gauche de la gauche mâtinées d'un soupçon d'écologie et d'économie, promouvant des fuites en avant à terme désastreuses pour jouer sur une facilité immédiate, n'hésitant pas à citer Théodore Monod (4) pour mieux le détourner, il y a de quoi être comme 'un mouton enragé'. Qu'est-il proposé via les emprunts et les manipulations monétaires autour de la Banque Centrale Européenne (BCE), via une fiscalité concrètement impossible, via une vision simpliste de la vie économique, sinon « des complicités faciles, des démissions, des esclavages » à terme ?

 

A ce stade il faut revenir sur l'équation que prétend résoudre Nouvelle Donne dont l'inspiration est le New Deal de Roosevelt et non un bréviaire trotskiste. Pour ND il faut acter que nous sommes entrés dans une période de croissance très faible, que celle-ci génère et va générer un chômage de plus en plus important et un appauvrissement des plus faibles jusqu'à porter les tensions sociales à un point de rupture. La réponse politique que Nouvelle Donne propose consiste en 4 points principaux :

- un allègement des charges sur les petits revenus,

- une politique de containment des licenciements en forçant les entreprises à préserver la communauté salariale, accompagnée d'une politique de partage du travail,

- une politique de relance par des travaux à but écologique financés par la création monétaire,

- la suppression du coût de la dette publique en ramenant les intérêts dus à presque zéro.

Or, cela a été dit plus haut, ce programme n'est pas supportable dans une économie de marché ouverte sur le monde, et son application, avec entre autres une paupérisation des classes moyennes, une paralysie des entreprises et une fuite en avant par la dette, nous ferait rencontrer très vite un autre point de rupture, si tant est que le reste du monde accepterait les tours de passe-passe financiers prévus.

 

En résumé, l'essence du programme de Nouvelle Donne, c'est de prolonger la croyance en la possible continuation de notre monde actuel, en prenant les mesures nécessaires de telle sorte que l'absence de croissance économique ne rende pas ledit monde insupportable aux petits et aux laissés pour compte de notre société. Et ce n'est pas sa coloration écologique caractérisée à la fois par le constat d'une croissance envolée et par une politique de grands travaux d'isolation thermique qui en font le programme nouveau, avec changement de paradigme à la clé, capable de nous sortir de la crise dans laquelle nous sommes.

 

Pour reprendre les mots de Théodore Monod, il n'y a pas de refus, il n'y a pas de ruptures avec Nouvelle Donne. Mais est-ce si surprenant de la part d'un mouvement qui d'entrée de jeu s'est enfermé dans une vision unidimensionnelle, orientée sur le partage des richesses, des causes de la crise (5), évitant soigneusement de s'interroger sur notre mode d'habiter, sur notre démographie, sur nos manières collectives de consommer et de produire, sur cette civilisation urbano-industrielle qui organise la dépendance de tous pour tout, sur nos rapports à la technique et au vivant, sur l'intérêt qu'il y aurait à promouvoir une vita povera (6), sur nos façons bien à nous de vivre et d'être au monde ?

 

Et nous commençons à toucher là ce qui est inquiétant. Comment un mouvement comme Nouvelle Donne dont les raisonnements de fond sont aussi pauvres, avec des schémas dont le simplisme égale l'incohérence, et qui de facto ignore superbement tout ce que la pensée écologique a pu produire depuis un demi-siècle de réflexions sur la subtilité des choses et de mises à distance critique d'un monde qui dévore la planète, comment un tel mouvement peut-il recevoir la caution de penseurs qui ont construit leurs travaux sur la complexité de la complexité ? Il faut que la crise soit profonde, jusqu'à troubler à ce point les esprits. Comme si le sol se dérobait sous nos pas. J'avance que ces troubles-là m'inquiètent plus que le film sans cesse repassé de la renaissance de 'la bête immonde'. Tout devient possible, même le pire.

 

Post Scriptum : il peut être tentant de reprocher à cet article de fonder ses critiques sur un manifeste élaboré dans le bouillonnement de l'accouchement de Nouvelle Donne, et de profiter ainsi des failles inévitables d'un document établi à la hâte, dans le bruit et la fureur ; je m'inscris en faux contre cette éventuelle défense, pensant bien au contraire que c'est dans ces moments-là qu'un mouvement se dévoile, avant d'avoir revêtu carapace et langue de bois.

___________________________________________________________________________ 

1 : La phrase exacte est : « quand une entreprise est en difficulté, garder l’ensemble des salariés en baissant le temps de travail et en maintenant 95 % du salaire. » Source Nouvelle Donne – Nos 20 propositions, p 3/8. Cette position, intéressante pour les salariés évidemment, a toutefois un inconvénient ; elle tend à supposer que les difficultés sont passagères : une panne ponctuelle, un trou d'air. Mais que faire quand l'entreprise intervient sur un secteur définitivement en déclin ? Cette position laisse entendre que l'entreprise sera capable de se régénérer en changeant de métier pour conquérir de nouveaux marchés tout en gardant l'intégralité de son personnel. Malheureusement l'expérience montre que cette solution n'est qu'exceptionnelle et que dans la majorité des cas, c'est le principe schumpétérien de la destruction créatrice qui s'applique, avec tous les dégâts qu'on connaît.

2 : « Pour sauver les banques, la BCE a mis 1.000 milliards sur la table. Pourquoi ne pas en faire autant pour sauver le climat et faire baisser nos factures de chauffage ? » Source Nouvelle Donne – Nos 20 propositions, p 4/8. Il est significatif que Nouvelle Donne reprenne le vocabulaire de la gauche de la gauche en évoquant le sauvetage des banques, alors qu'il s'agissait en fait de sauver notre monnaie commune pour éviter une catastrophe économique majeure qui nous aurait tous affecté.

3 : Voir sur ce même site : La révolution thermique de l’habitat, entre évidence et impossibilité. 

4 : « La civilisation, la vraie, se construit non sur des complicités faciles, des démissions, des esclavages mais sur des refus, des ruptures »  Théodore Monod. Source Nouvelle Donne – Nos 20 propositions, p 8/8.

5 : « Dire la vérité, c’est affirmer clairement que la crise vient d’un partage de plus en plus inégal des richesses ». Cette phrase s'inscrit bien dans le droit fil des avatars de la pensée marxiste, faisant de la captation de la plus-value le thème majeur.  

6 : " Vita Povera, l'expression a été construite en parallèle à celle d'Arte Povera ; ainsi la pauvreté n'est pas incompatible avec la beauté, l'énergie, la joie de vivre. Ce concept de Vita povera veut donner toute sa place à une vie moins matérialiste et plus harmonieuse, pleine de viridité, tournant le dos à l'exploitation de l'homme par l'homme, laissant libres des espaces sauvages où la vie des plantes et des animaux se régulerait sans nous et s'épanouirait pour que tous sur Terre aient leur place, et nos rêves aussi. Il est toutefois différent de celui de sobriété heureuse défendu notamment par Pierre Rabhi ; il insiste plus sur l'idée de pauvreté afin de marquer notre défiance vis-à-vis des nombreux discours écologisants qui tentent de maquer l'importance des changements et des sacrifices matériels à prévoir." Source : Moins Nombreux, Plus heureux, Ouvrage collectif préfacé par Yves Cochet et coordonné par Michel Sourrouille, art. Penser la dénatalité, un exercice difficile, Jean-Christophe Vignal, p.175, Editions Sang de la Terre, quatrième trimestre 2013, à paraître.

Sur Nouvelle Donne et sur ce site voir également cet article qui évoque et critique les propositions institutionnelles avancées par ND.

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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 07:44

L'équitation, c'est sympa. Mais faut-il aller jusqu'à ne pas respecter nos obligations européennes pour défendre ce secteur en continuant de lui appliquer le taux intermédiaire de TVA plutôt que le taux normal (20 % au 1er janvier 2014) ?  En s'obstinant à dénommer 'équitaxe' une mesure de normalisation du taux de TVA, en s'entêtant pour faire reculer le gouvernement,  la Fédération Française d'Equitation (FFE) montre qu'elle se moque d'une décision de justice (1) et encourage l'Etat à ne pas respecter la règle de droit qui s'applique à tous.  Bel exemple pour une organisation qui n'hésite pas à mettre en avant le rôle pédagogique de l'équitation auprès des enfants et des adolescents !

Au-delà de ce point de droit pas du tout marginal pour tous ceux qui préfèrent le droit au désordre et au n'importe quoi, quels sont les arguments avancés ? Le premier est l'impact économique de la mesure au sujet duquel "la Fédération Française d'Equitation, la Fédération Nationale du Cheval et le Groupement Hippique National estiment que ce relèvement pourrait mettre en danger 2 000 des 7 000 centres équestres, mais aussi près de 6 000 emplois salariés" (2) . Le second argument est social, mettant en avant que la pratique de l'équitation deviendrait ou redeviendrait un sport de riches avec la répercussion de cette hausse dans le prix des licences (soit a priori + 13 % d'augmentation). Ceci est malheureusement possible mais cela rend-il l'argument recevable ? Car ce raisonnement nous dit juste qu'avec moins d'impôt cette filière se porterait mieux ; mais ce raisonnement, même sans tomber dans le simplisme de la courbe de Laffer, est valable pour toutes les activités : les constructeurs automobiles par exemple vendraient plus de voitures avec un taux réduit, et les marchands de luminaires et de meubles aussi, et tout ce petit monde créerait des emplois. On peut toutefois objecter qu'il s'agit ici d'une situation acquise, qu'il n'est pas question d'améliorer la situation économique de toute une filière, mais seulement de préserver sa place. Mais est-ce parce qu'un secteur économique a bénéficié d'une distorsion de taxation et en a profité pour se développer au-delà de ce qu'il l'aurait fait dans une situation d'égalité de traitement vis-à-vis d'autres secteurs, qu'il faut à tout prix lui conserver cet avantage indu ? C'est là que doit intervenir un certain courage pour remettre dans une situation d'égalité des secteurs concurrents, concourant aux loisirs. Même si des mesures d'accompagnement peuvent être envisagées pour adoucir le dégonflement de la bulle hippique française. Vouloir conserver le statu quo n'est qu'une forme d'irresponsabilité et de démagogie, ne pouvant produire qu'un sentiment d'injustice quant aux filières concurrentes soumises, elles, au taux normal.

La question de la mise à la norme standard de l'équitation va même au-delà des points soulevés précédemment.

Elle aborde la problématique de la capacité d'une filière et de ses acteurs à s'adapter à une donne nouvelle et à démontrer un niveau minimum de résilience. Plutôt que de s'enfermer dans la défense d'un avenir semblable au présent, n'y aurait-il pas d'autres débouchés à envisager ou à approfondir, comme le recours au cheval dans la viticulture (pour éviter le tassement des sols), dans le débardage, dans le maraîchage ou dans l'élevage bovin déjà exploré par quelques agriculteurs passionnés par la bio ? Par ailleurs, des communes organisent des collectes avec des voitures à cheval : cela ne pourrait-il pas être proposé à plus grande échelle ? S'il doit y avoir une action des pouvoirs publics pour aider la filière équestre à se renouveler, c'est sans doute en réhabilitant le cheval auprès du monde agricole et rural, en aidant ce monde-ci à le redécouvrir concrètement pour des usages où le cheval est plus adapté que le tracteur, comme ce qui est déjà fait avec des chevaux de trait au lycée agricole de Montmorillon. En un mot, faire que la filière du cheval dépasse le monde des loisirs pour lui retrouver une vraie place dans le monde de la production.

Autre point. Cette minoration de taxe dont beaucoup demande la survivance a aussi pour effet d'indiquer où sont nos priorités. Au moment où un changement de direction vers un monde écologique paraît comme une condition de la survie de nos valeurs, serait-il cohérent de favoriser avec une TVA à 10 % les loisirs équestres quand les matériaux d'isolation thermique (3) subissent une TVA à 20 % pour ceux qui se donnent le mal de faire les travaux eux-mêmes ? Le sérieux, cet inverse de la démagogie, ne serait-il pas d'inverser ce que le système fiscal dit de nos priorités en promouvant les matériaux nécessaires à la transition écologique avec un taux réduit, et en taxant les activités non essentielles comme les loisirs équestres, les forfaits de remontées mécaniques pour les skieurs, ou les achats de fleurs (4) au taux normal de 20 % ?

_________________________________________________________________________________________________ 

1 :  La cour de justice de l'Union européenne a tranché, le 8 mars 2012,  aux dépens de la France : "En appliquant des taux réduits de taxe sur la valeur ajoutée aux opérations relatives aux équidés et, notamment, aux chevaux, lorsque ceux-ci ne sont normalement pas destinés à être utilisés dans la préparation des denrées alimentaires ou dans la production agricole, la République Française a manqué aux obligations qui lui incombent."

2 : In  Equitation : le gouvernement ne se cabre pas sur la TVA à 20 %, Nicolas Breton, Le Monde.fr, 13.11.2013.

3 : En matière d'isolation thermique, les aides principales sont la TVA à taux réduit et le crédit d'impôt. Mais il est à noter que pour en bénéficier, il faut obligatoirement faire faire les travaux par une entreprise. Ce qui signifie que le but réel est de soutenir l'activité artisanale et non de promouvoir les travaux d'isolation en eux-mêmes, puisqu'une personne qui décide de faire les travaux directement sans le secours d'une entreprise ne reçoit alors aucune aide et paie les taux maximum. Il faut aussi préciser que le crédit d'impôt tant vanté ne s'applique dans les faits qu'à la résidence où l'on habite soi-même à titre principal, et n'est pas effectif pour un bailleur qui loue un appartement ou une maison en résidence principale ; car dans ce cas le bailleur doit choisir entre la déductibilité du montant des travaux (comme pour les autres travaux d'entretien) et le crédit d'impôt. Or le montant du crédit d'impôt est la plupart du temps inférieur à l'effet des sommes déduites en tant que travaux. Concrètement, le crédit d'impôt ainsi conçu n'est pour les bailleurs qu'une mesure inutile, un faux-semblant, du greenwashing fiscal en quelque sorte.

4 : A la différence des loisirs équestres, il n'est pour l'instant pas question de faire passer les forfaits-ski ou les fleurs au taux normal, seulement de le faire suivre l'évolution prévue du taux intermédiaire de 7 à 10%. Pour les fleurs, voici ce que disent nos textes fiscaux : le taux intermédiaire s’applique aux produits de l’horticulture qui n’ont subi aucune transformation, c’est-à-dire aux produits dans l’état où ils sont généralement obtenus au stade agricole : les fleurs fraîches ou séchées, vendues avec ou sans feuillage ; les plantes vivantes ;  les plants horticoles (arbres et arbustes) d’ornement. Est sans incidence sur l’application du taux réduit le fait que ces produits soient renforcés d’un nœud ou d’un ruban, enveloppés de papier, de cellophane ou de feuilles plastiques ou placés dans un emballage. Source : Instruction du 29 juin 2005, BOI 3-C-6-05.  Par contre, une couronne ou une croix fleuries seront taxées à 20 %.

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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 07:44

A propos de la nouvelle liaison Lyon - Turin

 

Il y a le projet d'aéroport de Notre Dame des Landes, il y a ces grands stades que les métropoles veulent construire, il y a toutes ces infrastructures de prestige, musées, palais des congrès, complexes sportifs, réseaux de transport, médiathèques ... qui nous renvoient à l'image que nous avons bien voulu donner d'un monde toujours plus riche, avec à disposition beaucoup de moyens financiers et matériels tant au niveau de la collectivité qu'au niveau de chaque particulier capable d'accepter aisément des impôts croissants pour financer les dépenses initiales comme les coûts de fonctionnement. Tous ces projets sont construits sur l'hypothèse d'une société en claire croissance économique, basés qu'ils sont sur toujours plus de transports à effectuer, plus de tourisme pratiqué, plus de ressources affectées à des moments récréatifs, plus de temps à gagner pour aller toujours plus vite.

C'est juste oublier qu'entre la redistribution en cours liée à la mondialisation de l'économie et les coûts engendrés par la rencontre brutale que nous vivons avec les limites de la planète (1), la croissance a déserté l'Occident : nous sommes en croissance zéro depuis 6 ans et les Etats-providence sont en déficit, pour ne pas dire en faillite, incapables qu'ils sont ou de rembourser leurs dettes ou même pour certains de seulement les contenir.

Comment alors se réjouir que la ligne ferroviaire à grande vitesse Lyon-Turin (2) soit enfin sur les rails ? Voici encore un projet coûteux, 26 milliards d'euros de coût total du projet, selon une estimation de la Cour des comptes (3); et qui repose sur des extrapolations de trafic irréalistes, toutes basées sur l'idée que les échanges entre la France et l'Italie doivent fortement s'accroître (4), tournant le dos à toutes les réflexions engagées autour de la nécessaire relocalisation de pans entiers de nos appareils productifs si nous souhaitons relever les défis d'une transition écologique indispensable à la préservation du monde que nous connaissons. Il est vrai que ce projet pharaonique ferait gagner quelques heures sur le trajet ; est-ce si important quand le slow commence à être réhabilité ?

  Que signifie cette liaison Lyon-Torino ? Quel sens ont tous ces investissements publics de prestige ? Comment ne pas voir qu'il s'agit avec ces réalisations à la fois d'affirmer une confiance en le retour prochain de la croissance (dont l'absence actuelle est perçue comme une panne momentanée), et en attendant, de soutenir le secteur des travaux publics comme celui des médiateurs culturels qui peuplent les musées, les palais des congrès, les médiathèques et autres salles de spectacle ? Comment ne pas voir derrière les beaux discours justifiant ces chantiers qu'il s'agit en fait d'entretenir à grand frais l'hypertrophie des mondes du béton et de la mobilité, du sport-spectacle et de la culture de masse, (au sens économique : des bulles, mais sans charme!) au détriment de ce qui devrait faire l'essentiel de nos vies ?

Il y a dans tous ces projets l'entêtement d'un monde qui n'a pas vu le monde changer. Et qui pour se prolonger un peu met en péril les quelques marges de manœuvre dont nous disposons encore pour aller vers un futur plus équilibré et plus serein, enfin respectueux de la planète qui nous supporte et nous fait vivre. Difficile alors de ne pas voir dans la révolte qui court en France aujourd'hui l'exigence d'un retour à des projets modestes, en phase avec les moyens limités qui sont les nôtres (5) et avec ce qu'on devine des investissements matériels et humains à engager pour changer sérieusement de modèle.

Soyons réalistes et concrets, ne laissons pas le vieux monde nous étouffer ! 

________________________________________________________ 

1 : Ces coûts ne sont pas toujours aisés à appréhender mais ils sont là et bien là ; du renchérissement du coût des matières premières (effet de rareté, coûts croissants d'extraction) aux coûts générés par les diverses pollutions (par exemple, dans une Terre bien plus vaste, le réchauffement climatique, comme la dégradation des océans ou des terres, serait plus dilué), qui se traduisent en accidents coûteux, par une baisse de rendement des terres agricoles, et par des états de santé dégradés générateurs d'inconfort et de dépenses de santé croissantes.

2 : "La ligne ferroviaire à grande vitesse Lyon-Turin enfin sur les rails" , par Richard Heuzé in Le Figaro du 20/11/2013.

3 : "Lyon-Turin, piège à grande vitesse" , par Mathieu Martiniere, publié le 10/09/2013 in Slate.fr

4 : La non-réalisation de cette nouvelle ligne n'empêcherait pas le transfert d'une partie du trafic routier vers le train et les infrastructures actuelles ; voir les critiques exprimées par Daniel Ibanez, in "Lyon-Turin: les opposants demandent des innovations sur les trains de fret" par Michel DEPROST, publié le 19.11.2013, Enviscope.  

5 : La période pré-électorale qui s'ouvre, juste avant les prochaines élections municipales, pourrait être l'occasion de s'interroger sur des politiques d'investissement offrant bien des services aux administrés mais très coûteuses en ressources. Là aussi la décroissance peut être désirable. Demain des maires cost-killers ?

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