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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 17:44

Un nouveau parti politique, Nouvelle Donne, clairement ancré à gauche, qui place au cœur de ses références le New Deal de Roosevelt jusqu’à en reprendre les initiales, qui parle d'une nouvelle donne démocratique, qui veut « changer le fonctionnement de nos institutions (pour) que nous, citoyens, nous reprenions la main », quoi de plus normal !

D'entrée de jeu, il est précisé dans le document intitulé 'Nos 20 propositions' que « le seul pays d’Europe dont les institutions ressemblent aux nôtres est la Roumanie : après la chute de Ceausescu, le Conseil de l’Europe a conseillé aux élites roumaines de s’inspirer des institutions françaises pour rédiger leur nouvelle Constitution au prétexte qu'après 20 ans de dictature, certains pensaient qu’un passage direct à la démocratie était trop risqué… »  

 

Que comprendre de cette appréciation ?

Que la Roumanie, qui commence une transition démocratique cahotante après le renversement de Nicolae Ceausescu le 22 décembre 1989, ne serait en dictature que depuis 1969 ? Oublié alors le coup d’État communiste du 6 mars 1945 ; oublié le « communisme d'épuration » qui, de 1945 à 1953, persécute des centaines de milliers de paysans rétifs à la collectivisation des terres et aux réquisitions, comme aussi les intellectuels ; passé par pertes et profits le « national-communisme » officiellement indépendant de l'URSS à l'extérieur, mais strictement totalitaire à l'intérieur, qui se met en place dès 1965 à la mort de Gheorghiu-Dej  le prédécesseur de Ceausescu. Et un début de soupçon ne peut être tu au sujet de ces oublis terribles quand il nous souvient de la longue connivence d'une grande partie de la gauche française avec l'aventure totalitaire communiste.  

Que comprendre encore quand il est écrit que les institutions françaises sont bien adaptées pour un pays qui veut éviter un passage direct à la démocratie, si ce n'est que la France n'est pas une vraie démocratie ou n'a fait que la moitié du chemin avec ses institutions ?  

En quatre lignes, réussir à dire que la Roumanie sous le joug communiste n'était pas une dictature, et que  la France d'aujourd'hui n'est pas réellement une démocratie, ça s'appelle poser le débat d'une façon bien étrange.  

 

Et concrètement, qu'est-il proposé dans ce court texte ?

En fait il est surtout indiqué ce que Nouvelle Donne ne veut plus : « Il est temps d’en finir avec cette monarchie constitutionnelle qui ne dit pas son nom. Ce Parlement aux ordres, ce premier ministre doublon ». Se dessine l'idée d'une république parlementaire (« une responsabilité accrue de l’Assemblée »), avec des députés (et des sénateurs ?) sans mandats locaux et priés de ne pas s'incruster dans une carrière (1), le tout rythmé par des propositions de lois d'initiative citoyenne aisément déclenchables (2) et par des référendums du même type, et couronné par un Président de la République sans trop de pouvoir (« en finir avec cette monarchie constitutionnelle »). Cela ne vous rappelle rien ? Tout cela correspond assez à une architecture type IIIème ou IVème République, animée par des élus politiques provisoires, mâtinée d'initiatives citoyennes, comme en écho aux débats sur la démocratie participative. Difficile d'en dire plus au sujet de cette 'nouvelle donne démocratique'. Toujours peut-on encore inférer du refus d'une monarchie constitutionnelle que le Président de la République ne serait plus élu directement par le Peuple.  

Même s'il n'est pas précisé le mode d'élection des députés (proportionnelle ? scrutin majoritaire à deux tours ? autre ?) (3), une telle configuration ne peut que laisser entendre que les partis politiques et leur appareil auront la part belle dans cette république, avec des élus n'ayant pas le temps et la surface électorale nécessaires pour s'imposer durablement, et avec un exécutif faible à la fois dépendant de l'Assemblée et soumis aux embardées que provoqueront des référendums qu'il ne pourra contrôler.  

Sans trop s'appesantir sur les travaux de Robert Michels (4) quant aux partis politiques et à leur fonctionnement, on peut toutefois être légitimement inquiet de la qualité de la représentation démocratique ainsi obtenue comme de la participation effective de manière directe ou indirecte des citoyens aux décisions : n'y a-t-il pas là le risque que « le pouvoir (soit) confisqué par une petite oligarchie », aboutissant ainsi, par une ruse dont l'histoire est familière, à provoquer ce que l'on prétend combattre (5) ? On ne peut que noter, là encore, une étrange similitude entre ce projet qui mettrait les partis politiques au centre de l'édifice institutionnel, et le projet politique soviétique où le parti dominait l'Etat, même si dans ce dernier cas il s'agissait d'un parti unique. Serait-on en présence d'une réminiscence partielle provenant du long compagnonnage de la majeure partie de la gauche intellectuelle française avec l'aventure bolchevique ?  

 

Qu'en dire de plus sinon que ce projet institutionnel est la figure inversée de notre actuelle organisation politique, conçue en réponse à la malheureuse expérience de mai-juin-juillet 1940 où la conjonction d'un exécutif faible et d'événements dramatiques a abouti à ce que l'Assemblée qui donna vie au Front populaire remit les pleins pouvoirs à Pétain, tordant le cou à la République. Une leçon d'histoire peut-être aussi oubliée que la dictature communiste en Roumanie à la fin de la guerre ...

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1 : Est prévu « un vrai statut de l’élu pour que les mots "carrière" et "politique" ne soient plus accolés et faciliter le retour à la "vie normale" à la fin du 2ème ou du 3ème mandat ». Source : le document-manifeste de Nouvelle Donne ('Nos 20 propositions'),  p 5/8.  

2 : « Tout texte ayant recueilli 300.000 signatures et conforme à la Déclaration européenne des Droits de l'Homme, doit être débattu par le Parlement au même titre qu’un projet de loi venant du gouvernement ». Source : Le document-manifeste de Nouvelle Donne ('Nos 20 propositions'), p 5/8.  

3 : Le mode d'élection des députés n'est pas un choix technique. Avec le scrutin majoritaire à deux tours que nous connaissons actuellement, un député est élu nommément par les électeurs de la circonscription où il s'est présenté, et des liens directs sont tissés entre l'élu et ses électeurs ; à tel point qu'il est assez fréquent qu'un député qui n'obtient pas aux élections suivantes l'investiture de son parti soit en mesure de se représenter et de l'emporter. Rien de tel avec le recours à la proportionnelle, où le plus important pour être élu est d'être placé en tête de liste par son parti et non de convaincre les électeurs : dans ce cadre les hommes politiques dépendent uniquement des décisions prises par l'appareil de leur parti. C'est cette règle qui est par exemple appliquée au moment des élections européennes. Il est aisé de voir que le pouvoir du parti est variable selon le mode de scrutin retenu.  

4 : L'œuvre principale de Robert Michels, publiée en allemand en 1911, s'intitule : Zur Soziologie des Parteiwesens in der modernen Demokratie. Pour la traduction française, parue en 1914 sous le titre 'Les Partis politiques', l'auteur a choisi ce sous-titre significatif : « Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties ».  

5 : Nouvelle Donne écrit en préambule de sa réflexion sur la démocratie : « Les citoyens ont de plus en plus le sentiment que le pouvoir est confisqué par une petite oligarchie : Il est urgent que nous, citoyens, nous reprenions la main. Pour cela, il faut créer une force politique nouvelle et changer le fonctionnement de nos institutions. » Source : le document-manifeste de Nouvelle Donne ('Nos 20 propositions'), p 5/8.

Sur ce sujet et sur ce site, voir également cet article intitulé 'Nouvelle Donne et Vieux Machin'.    

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Published by Jean Bruguier - dans Politique
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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 13:04

Le président du Comité National des Pêches Maritimes et des Elevages Marins (CNPMEM), M. Gérard Romiti  vient de faire publier dans le Monde du 10 décembre dernier, sous la forme d'une lettre au Président de la République, une publicité surréaliste dans laquelle il prétend que les pêcheurs sont les vrais écologistes de la mer. C’est écrit en gras pour que nous en soyons bien convaincus. On tombe à la renverse devant une telle affirmation !      

Les pêcheurs sont là dans une défense syndicale de leurs intérêts de court terme, mais ils sont à mille lieues de l’écologie. Tous les grands cétacés ont failli disparaître et il a fallu les combats de beaucoup d'écologistes, contre les pêcheurs justement, pour sauver le peu qui a pu l’être. Au Japon, en Norvège et en Islande quelques-uns mènent encore ce combat d’arrière-garde pour maintenir le droit de chasser jusqu’au dernier ces extraordinaires animaux. En 50 ans nous avons exterminé selon les espèces entre 50 et 90 % des grands poissons. La morue dont la mer regorgeait est maintenant réduite à presque rien et les rares prises sont de plus en plus petites, ce phénomène touche d'ailleurs beaucoup d'autres espèces. La défense des systèmes écologiques des grands fonds dont une bataille vient d’être récemment perdue suite au rejet par le parlement européen de l’interdiction du chalutage (1) dans ces zones illustre une fois de plus notre impuissance et notre marche vers l’abîme. Le sabre, l’empereur et le grenadier, (2) habitants de ces lieux fragiles subiront le même sort que les autres malgré le combat mené par Claire Nouvian et quelques associations comme Bloom.    

Cette récupération corporatiste de l’écologie n’est pas propre aux marins pêcheurs. Les agriculteurs parfois et les forestiers aussi prétendre être les vrais acteurs de la protection de la nature (par opposition à l’urbain « bobo » dont la caricature est sous-jacente à ces affirmations). Pourtant nos sols sont détruits (voir par exemple les explications de Claude Bourguignon), nos forêts sont maintenant des lieux de monoculture où on privilégie le rendement, où les arbres morts (pourtant essentiels au cycle de la forêt) sont éliminés, où l’on plante au lieu de laisser la sélection naturelle faire son terrible, mais si nécessaire, rôle d’adaptation du vivant, bref ce sont des lieux de productions économiques et non plus des espaces naturels.

Que les marins ou les agriculteurs veuillent vivre et défendre leur métiers, on doit l'admettre, qu’ils affirment nourrir les hommes et qu’il faille bien en passer par là, on peut le comprendre. Ces professions ont de vrais arguments à faire valoir, comme les routiers d’ailleurs qui rappellent que pour que nous puissions consommer il faut bien qu’un camion ait amené les produits jusqu’à leurs distributeurs ; mais qu’ils prétendent agir au nom de l’écologie, voilà qui relève du mensonge.

Cela n’exonère pas le consommateur de sa responsabilité. Il va de soi que toutes ces activités (pêche, agriculture intensive, bétonisation générale du territoire au nom du transport…) n’existent que parce qu’en face se trouve une demande. In fine la responsabilité incombe à la terrible multiplication de notre nombre par notre appétit de consommer, à laquelle les différentes professions ne font que répondre. Il ne s’agit donc pas de les ostraciser, tout le tissu économique est responsable.

C’est un problème de fond que des écologistes comme James Lovelock avaient bien compris. Quel est le rôle de l’homme ? Voulons-nous nous substituer à la nature et devenir les gestionnaires de la planète ?  Cela serait un pari bien audacieux ! La nature a préservé la vie sur Terre pendant 3,8 milliards d’années et en quelques siècles nous avons mis à bas la plupart des grands équilibres tout en éliminant presque toute la mégafaune. Au vu de ce bilan nous réclamons le droit d’aller plus avant et d’êtres les écologistes de notre Terre ! Allons donc, quelle indécence !

Les véritables écologistes sont ceux du « non agir », ce sont ceux qui ont pour seul objectif de laisser de l’espace et du temps pour que la nature retrouve ses droits et ses règles de fonctionnement qui ont depuis tous temps à la fois fait leurs preuves et sculpté la magnificence de la planète. Le seul combat écologiste qui vaille est de redonner à la nature la maîtrise de ses équilibres, il n’est pas de nous y substituer, il n’est pas de nous en réclamer quand, au contraire, nous la détruisons.

Concernant la pêche, sans doute ne pourrons-nous nous passer d’une réflexion sur la pertinence d’une économie de prédation dans un monde de sept milliards d’humains. D’ailleurs sur la terre ferme depuis longtemps ce type d’économie s’est évidemment révélé intenable. Un prédateur de 50 kg comme l’Homme a besoin de plusieurs kilomètres carrés par individu. Nous sommes environ mille fois trop nombreux pour maintenir ce mode de fonctionnement. On ne parle plus de poissons d’ailleurs mais de réserves halieutiques. Ce choix des mots exprime au mieux notre chosification de la nature et le peu de considération que nous portons au vivant.

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(1) Voir aussi cet article du Figaro ainsi que celui-ci du site Biosphère.

(2) Sur ces trois poissons voir également ce site.

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Published by Didier Barthès - dans Biodiversité
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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 11:04

Un vent un peu frais qui se met à souffler dans le monde endormi des partis … c'est le pari de Nouvelle Donne qui part d'un constat concret sur la crise et le retour impossible de la croissance des '30 glorieuses' pour proposer de changer notre façon de penser et d'agir. Comment ne pas entendre un mouvement citoyen qui refuse d'attendre la croissance comme sœur Anne, place le chômage au cœur de sa réflexion, propose des solutions concrètes pour aujourd'hui et intègre l'environnement dans sa démarche ? Difficile même de ne pas refréner une envie d'adhésion quand toute cette démonstration est placée sous les auspices protectrices du bon sens, en énonçant que « ce n’est pas en améliorant la bougie qu’on a inventé l’ampoule électrique, ce n’est pas en mettant quelques rustines à un système qui s’effondre qu’on va construire une nouvelle société… pour sortir de la crise, il faut provoquer une vraie métamorphose. »

 

Maintenant, regardons le document-manifeste de Nouvelle Donne ('Nos 20 propositions').

La dénonciation de la croyance en la croissance et du refus de nos élites de voir la réalité, à savoir un contexte de croissance très faible, est clairement posée par Nouvelle Donne, et ne peut qu'être approuvée par tous ceux qui pensent que nous sommes arrivés au bout d'un modèle de société. Toutefois il y a plus à débattre sur l'origine de la crise ; selon Nouvelle Donne 'la crise vient d’un partage de plus en plus inégal des richesses', reprenant en cela l'antienne bien rodée de la gauche de la gauche. Mais est-ce si sûr ? Pour beaucoup d'économistes, la crise d'un pays comme la France provient d'une redistribution des cartes qui permet, dans une économie mondialisée, à des pays ayant des coûts de production inférieurs, souvent construits sur une politique de bas salaires, d'écouler sur nos marchés des productions autrefois élaborées chez nous. N'en déplaise à certains, nous ne sommes plus au temps colonial, où l'Occident pouvait imposer manu militari ses productions de tissus à des pays comme l'Inde et les maintenir ainsi dans la pauvreté. Et il n'y a pas que la mondialisation libérale pour expliquer la crise que nous vivons. Il y a le renchérissement des matières premières qui pèse sur les coûts et le pouvoir d'achat, et est bien une conséquence directe d'un effet de rareté qui se fait jour, effet de rareté généré par un mode de production et de consommation non approprié aux ressources minérales et biologiques de notre planète. Sans compter les rendements décroissants constatés dans l'agriculture après un demi-siècle d'exploitation sans mesure de nos terres cultivables ; et on pourrait en dire autant pour la pêche. Il y a encore la généralisation d'un mode de vie urbain, qui plus est dans des environnements pollués, générant des dépendances diverses, une demande marchande et sociale accrue, une augmentation des frais de santé ; tout ceci suppose, en plus de frustrations souvent vécues durement et parfois à l'origine de violences, des dépenses de plus en plus importantes prises en charge en partie par notre Etat-providence, et provoque des déficits qui alimentent à leur tour la crise. Bref la crise que nous vivons est plurifactorielle et complexe avec des facteurs qui interagissent entre eux, et il semble bien réducteur de penser, à l'instar de Nouvelle Donne, que « la cause fondamentale de la crise vient de la forte baisse de la part des salaires dans le PIB », en un mot qu'elle soit simplement la conséquence d'une mauvaise répartition.

 

Que propose alors Nouvelle Donne pour sortir de la crise ?

Dans son chapitre intitulé 'une nouvelle donne économique', ND centre son propos sur l’équilibre des finances publiques et la non-efficacité « d’augmenter les impôts de l’ensemble des citoyens qui gagnent trop peu » pour y arriver. La solution viendrait alors :

- d'une augmentation de l'imposition des entreprises au niveau européen ; avec un gain pour la France de 21 milliards d'euros, correspondant à ce qu’elle "donne" chaque année au budget européen.

- du refinancement des dettes publiques des états européens à un taux quasi-nul, c’est-à-dire en rendant la dette accumulée 'gratuite' tant qu'elle n'est pas remboursée,

- de l'empêchement des entreprises ayant des liens avec les paradis fiscaux de soumissionner aux marchés publics,

- de la participation accrue des classes moyennes et aisées au financement de l'Etat-providence.

Concrètement, il s'agit juste de faire payer par les entreprises et les classes moyennes et aisées le comblement des déficits publics tout en opérant un coup de passe-passe en ingénierie financière pour oublier la dette. Rien donc sur la nécessité de renouveler l'Etat-providence en le rendant plus efficace, rien sur les mesures à prendre pour résorber ou réduire les appels croissants à la solidarité par des pans entiers de la population en leur donnant les outils d'une résilience nécessaire, rien sur la transformation de nos modes de production-consommation, juste une politique fiscale favorable aux plus pauvres. Rien en définitive que de très classique pour un mouvement qui promeut « une nouvelle façon de penser le progrès social ».

 

Après 'la nouvelle donne économique', la nouvelle donne pour l'emploi.

Il s'agit ici et en premier lieu de « stopper l’hémorragie des licenciements secs comme unique réponse aux difficultés d'une entreprise » en préservant la communauté des salariés moyennant un partage du temps de travail et un quasi maintien -  95 % - du salaire (1). A noter que lorsqu'une entreprise est en difficulté, ce peut être une branche particulière de son activité qui pose problème, et le réemploi des salariés impactés dans le reste du groupe n'est pas aussi évident que ND le suppose. En clair, il y a dans l'idée d'un partage possible du travail entre tous, une vision simpliste de la communauté entrepreneuriale qui ne correspond que rarement à la réalité. En outre, comment une entreprise en difficulté pourra-t-elle payer des salariés travaillant à temps partiel comme s'ils travaillaient à temps plein ? Cette solution n'est adaptée qu'à des grands groupes ayant des ressources en réserve et/ou suppose une prise en charge financière par la puissance publique, source à nouveau de dettes ou d'impôts à venir. Même effet d'ailleurs quant à « la sécurisation des chômeurs et précaires en maintenant 90 % du revenu des salariés tombés au chômage, mais aussi des artisans et des patrons de PME, pendant 4 ans. » Quel coût pour l'assurance chômage !

ND propose aussi de « lutter contre les délocalisations en refusant le dumping social intra-européen et de négocier un traité de convergence sociale ». Mais est-il réaliste d'imaginer un SMIC roumain ou bulgare au niveau du français, même à moyen terme ? Cela ne signifierait-il pas la condamnation économique de régions européennes entières incapables de supporter un tel choc ? Peut-on imaginer de sauver nos emplois au détriment de nos voisins européens qui ont déjà payé si cher l'aventure communiste, en leur imposant des charges qu'ils ne seront pas en mesure d'absorber ?

Autre suggestion, « investir dans une vraie politique du logement en utilisant les 34 milliards du Fonds de réserve des Retraites » pour viser la construction de 800 000 logements et ainsi faire baisser, par le mécanisme de l'offre et de la demande, les loyers de 280 euros/mois. Ce qui donnerait du pouvoir d'achat aux ménages et « pourrait créer 150 ou 200.000 emplois dans les deux ans ». De même, « l'investissement massif dans les économies d’énergie, en particulier dans l’isolation de nos domiciles ... pourrait économiser en moyenne 1.000 euros par an et par ménage (et) créer 200.000 emplois en France». Avec un financement par la BCE, après négociation d'un Pacte Européen. Tout cela est bel et bon et s'inscrit dans ce que nous avons coutume d'appeler la transition écologique. Mais il ne nous faut pas oublier que cette opération repose sur un financement public européen (2) dont l'Union Européenne n'a pas aujourd'hui le moindre euro. Après tout qu'importe si cela peut être rentabilisé et donc solvabilisé par de futures économies d'énergie … et c'est là que le bât blesse : la rentabilité financière de l'isolation thermique de nos locaux est très faible ; même en intégrant une hausse sensible du coût de l'énergie, l'amortissement est souvent supérieur à 35 ans et les gains se révèlent tout juste capables de financer les intérêts d'emprunt (3). Et difficile de compter, pour accompagner cette transition écologique, sur la capacité d'investissement des propriétaires-bailleurs si, en application du point précédent, les loyers ont baissé (de 280 euros/mois pour 70 m2) et les revenus des bailleurs avec.

Dernier point avancé par ND, « un nouveau partage du temps de travail …pour que tout le monde ait une activité et un revenu décent », et référence est faite au travaux de Robert Reich, ancien ministre du travail de Bill Clinton, pour qui « l’administration Obama doit faire une réforme fiscale pour baisser le temps de travail sans baisser les salaires ». L'idée est séduisante, mais revient dans les faits à augmenter le coût horaire du travail, pour les entreprises comme pour le secteur public, si les salaires sont maintenus.

 

Quelle France dessinent alors ces propositions sociales et économiques ?

Une France avec un État et des collectivités territoriales sans grand changement mais moins pauvres avec un coût de la dette ramené à presque rien, des entreprises qui ne licencieraient presque plus, des chômeurs bien indemnisés et même en voie de disparition grâce à la fois aux 400 000 emplois dans la construction-rénovation et au partage du travail, des salariés travaillant moins, des familles habitant des logements bien isolés et non sujettes à la précarité énergétique, des locataires heureux avec des loyers moins chers et du pouvoir d'achat en plus, et beaucoup moins d'impôts pour tous les 'petits'.

Il faudrait être fou pour refuser ce monde-là !

Regardons toutefois, avant d'être emporté par trop d'enthousiasme, les mécanismes qui sous-tendent les choix précités et leurs effets probables.

 

Tout ceci implique :

- pour les entreprises des charges et des contraintes augmentées : hausse du salaire horaire du fait de la réduction du temps de travail, hausse des impôts sur les bénéfices de 21 milliards, hausse des charges pour financer des indemnités de chômage plus généreuses, quasi-interdiction de licencier en cas de difficultés économiques) ; c'est-à-dire l'exacte contre-pied de ce qui est admis aujourd'hui par une majorité d'acteurs, à savoir la restauration de la compétitivité de nos entreprises.

- pour les ménages moyens et aisés des hausses d'impôt significatives, via une progressivité augmentée, pour contrebalancer en partie la diminution des prélèvements des petits revenus et pour rembourser les nouveaux engagements ; et pour ceux qui ont investi dans le logement de leurs compatriotes, ils pourront aussi être affectés par une baisse de rendement des rapports locatifs, pouvant  aller jusqu'à les mettre financièrement en danger en les rendant incapables de rembourser les prêts souscrits. Il n'est pas non plus interdit de penser que la baisse drastique des taux envisagée pour refinancer les dettes publiques anciennes ne sera pas sans influence sur les rendements des contrats d'assurance-vie largement investis en obligations d’État.

En résumé, des entreprises encore moins compétitives, les ménages constituant le socle de notre société encore plus sollicités par l'impôt et voyant leurs marges financières réduites, un secteur immobilier déstabilisé par une déflation brutale, le tout associé à une sollicitation toujours plus grande de la Banque Centrale Européenne pour financer à milliard la réduction des intérêts des dettes publiques et un 'grand Plan européen Énergie Climat Pouvoir d’achat'. Faut-il ajouter que ce programme prévoit aussi des évolutions européennes que nous n'avons aucune chance de faire accepter à nos partenaires ?

 

Qui peut croire à la viabilité d'un tel programme ?

Celui-ci mélange habilement l'oubli des contraintes pesant sur les entreprises dans le cadre d'un marché concurrentiel, et la pratique de l'endettement rappelant les politiques monétaires keynésiennes tout en raisonnant dans le contexte d'une croissance zéro ou approchant. A voir de tels raisonnements oublieux du réel, reprenant in fine certaines des thèses abracadabrantesques de la gauche de la gauche mâtinées d'un soupçon d'écologie et d'économie, promouvant des fuites en avant à terme désastreuses pour jouer sur une facilité immédiate, n'hésitant pas à citer Théodore Monod (4) pour mieux le détourner, il y a de quoi être comme 'un mouton enragé'. Qu'est-il proposé via les emprunts et les manipulations monétaires autour de la Banque Centrale Européenne (BCE), via une fiscalité concrètement impossible, via une vision simpliste de la vie économique, sinon « des complicités faciles, des démissions, des esclavages » à terme ?

 

A ce stade il faut revenir sur l'équation que prétend résoudre Nouvelle Donne dont l'inspiration est le New Deal de Roosevelt et non un bréviaire trotskiste. Pour ND il faut acter que nous sommes entrés dans une période de croissance très faible, que celle-ci génère et va générer un chômage de plus en plus important et un appauvrissement des plus faibles jusqu'à porter les tensions sociales à un point de rupture. La réponse politique que Nouvelle Donne propose consiste en 4 points principaux :

- un allègement des charges sur les petits revenus,

- une politique de containment des licenciements en forçant les entreprises à préserver la communauté salariale, accompagnée d'une politique de partage du travail,

- une politique de relance par des travaux à but écologique financés par la création monétaire,

- la suppression du coût de la dette publique en ramenant les intérêts dus à presque zéro.

Or, cela a été dit plus haut, ce programme n'est pas supportable dans une économie de marché ouverte sur le monde, et son application, avec entre autres une paupérisation des classes moyennes, une paralysie des entreprises et une fuite en avant par la dette, nous ferait rencontrer très vite un autre point de rupture, si tant est que le reste du monde accepterait les tours de passe-passe financiers prévus.

 

En résumé, l'essence du programme de Nouvelle Donne, c'est de prolonger la croyance en la possible continuation de notre monde actuel, en prenant les mesures nécessaires de telle sorte que l'absence de croissance économique ne rende pas ledit monde insupportable aux petits et aux laissés pour compte de notre société. Et ce n'est pas sa coloration écologique caractérisée à la fois par le constat d'une croissance envolée et par une politique de grands travaux d'isolation thermique qui en font le programme nouveau, avec changement de paradigme à la clé, capable de nous sortir de la crise dans laquelle nous sommes.

 

Pour reprendre les mots de Théodore Monod, il n'y a pas de refus, il n'y a pas de ruptures avec Nouvelle Donne. Mais est-ce si surprenant de la part d'un mouvement qui d'entrée de jeu s'est enfermé dans une vision unidimensionnelle, orientée sur le partage des richesses, des causes de la crise (5), évitant soigneusement de s'interroger sur notre mode d'habiter, sur notre démographie, sur nos manières collectives de consommer et de produire, sur cette civilisation urbano-industrielle qui organise la dépendance de tous pour tout, sur nos rapports à la technique et au vivant, sur l'intérêt qu'il y aurait à promouvoir une vita povera (6), sur nos façons bien à nous de vivre et d'être au monde ?

 

Et nous commençons à toucher là ce qui est inquiétant. Comment un mouvement comme Nouvelle Donne dont les raisonnements de fond sont aussi pauvres, avec des schémas dont le simplisme égale l'incohérence, et qui de facto ignore superbement tout ce que la pensée écologique a pu produire depuis un demi-siècle de réflexions sur la subtilité des choses et de mises à distance critique d'un monde qui dévore la planète, comment un tel mouvement peut-il recevoir la caution de penseurs qui ont construit leurs travaux sur la complexité de la complexité ? Il faut que la crise soit profonde, jusqu'à troubler à ce point les esprits. Comme si le sol se dérobait sous nos pas. J'avance que ces troubles-là m'inquiètent plus que le film sans cesse repassé de la renaissance de 'la bête immonde'. Tout devient possible, même le pire.

 

Post Scriptum : il peut être tentant de reprocher à cet article de fonder ses critiques sur un manifeste élaboré dans le bouillonnement de l'accouchement de Nouvelle Donne, et de profiter ainsi des failles inévitables d'un document établi à la hâte, dans le bruit et la fureur ; je m'inscris en faux contre cette éventuelle défense, pensant bien au contraire que c'est dans ces moments-là qu'un mouvement se dévoile, avant d'avoir revêtu carapace et langue de bois.

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1 : La phrase exacte est : « quand une entreprise est en difficulté, garder l’ensemble des salariés en baissant le temps de travail et en maintenant 95 % du salaire. » Source Nouvelle Donne – Nos 20 propositions, p 3/8. Cette position, intéressante pour les salariés évidemment, a toutefois un inconvénient ; elle tend à supposer que les difficultés sont passagères : une panne ponctuelle, un trou d'air. Mais que faire quand l'entreprise intervient sur un secteur définitivement en déclin ? Cette position laisse entendre que l'entreprise sera capable de se régénérer en changeant de métier pour conquérir de nouveaux marchés tout en gardant l'intégralité de son personnel. Malheureusement l'expérience montre que cette solution n'est qu'exceptionnelle et que dans la majorité des cas, c'est le principe schumpétérien de la destruction créatrice qui s'applique, avec tous les dégâts qu'on connaît.

2 : « Pour sauver les banques, la BCE a mis 1.000 milliards sur la table. Pourquoi ne pas en faire autant pour sauver le climat et faire baisser nos factures de chauffage ? » Source Nouvelle Donne – Nos 20 propositions, p 4/8. Il est significatif que Nouvelle Donne reprenne le vocabulaire de la gauche de la gauche en évoquant le sauvetage des banques, alors qu'il s'agissait en fait de sauver notre monnaie commune pour éviter une catastrophe économique majeure qui nous aurait tous affecté.

3 : Voir sur ce même site : La révolution thermique de l’habitat, entre évidence et impossibilité. 

4 : « La civilisation, la vraie, se construit non sur des complicités faciles, des démissions, des esclavages mais sur des refus, des ruptures »  Théodore Monod. Source Nouvelle Donne – Nos 20 propositions, p 8/8.

5 : « Dire la vérité, c’est affirmer clairement que la crise vient d’un partage de plus en plus inégal des richesses ». Cette phrase s'inscrit bien dans le droit fil des avatars de la pensée marxiste, faisant de la captation de la plus-value le thème majeur.  

6 : " Vita Povera, l'expression a été construite en parallèle à celle d'Arte Povera ; ainsi la pauvreté n'est pas incompatible avec la beauté, l'énergie, la joie de vivre. Ce concept de Vita povera veut donner toute sa place à une vie moins matérialiste et plus harmonieuse, pleine de viridité, tournant le dos à l'exploitation de l'homme par l'homme, laissant libres des espaces sauvages où la vie des plantes et des animaux se régulerait sans nous et s'épanouirait pour que tous sur Terre aient leur place, et nos rêves aussi. Il est toutefois différent de celui de sobriété heureuse défendu notamment par Pierre Rabhi ; il insiste plus sur l'idée de pauvreté afin de marquer notre défiance vis-à-vis des nombreux discours écologisants qui tentent de maquer l'importance des changements et des sacrifices matériels à prévoir." Source : Moins Nombreux, Plus heureux, Ouvrage collectif préfacé par Yves Cochet et coordonné par Michel Sourrouille, art. Penser la dénatalité, un exercice difficile, Jean-Christophe Vignal, p.175, Editions Sang de la Terre, quatrième trimestre 2013, à paraître.

Sur Nouvelle Donne et sur ce site voir également cet article qui évoque et critique les propositions institutionnelles avancées par ND.

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Published by Jean Bruguier - dans Politique
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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 07:44

L'équitation, c'est sympa. Mais faut-il aller jusqu'à ne pas respecter nos obligations européennes pour défendre ce secteur en continuant de lui appliquer le taux intermédiaire de TVA plutôt que le taux normal (20 % au 1er janvier 2014) ?  En s'obstinant à dénommer 'équitaxe' une mesure de normalisation du taux de TVA, en s'entêtant pour faire reculer le gouvernement,  la Fédération Française d'Equitation (FFE) montre qu'elle se moque d'une décision de justice (1) et encourage l'Etat à ne pas respecter la règle de droit qui s'applique à tous.  Bel exemple pour une organisation qui n'hésite pas à mettre en avant le rôle pédagogique de l'équitation auprès des enfants et des adolescents !

Au-delà de ce point de droit pas du tout marginal pour tous ceux qui préfèrent le droit au désordre et au n'importe quoi, quels sont les arguments avancés ? Le premier est l'impact économique de la mesure au sujet duquel "la Fédération Française d'Equitation, la Fédération Nationale du Cheval et le Groupement Hippique National estiment que ce relèvement pourrait mettre en danger 2 000 des 7 000 centres équestres, mais aussi près de 6 000 emplois salariés" (2) . Le second argument est social, mettant en avant que la pratique de l'équitation deviendrait ou redeviendrait un sport de riches avec la répercussion de cette hausse dans le prix des licences (soit a priori + 13 % d'augmentation). Ceci est malheureusement possible mais cela rend-il l'argument recevable ? Car ce raisonnement nous dit juste qu'avec moins d'impôt cette filière se porterait mieux ; mais ce raisonnement, même sans tomber dans le simplisme de la courbe de Laffer, est valable pour toutes les activités : les constructeurs automobiles par exemple vendraient plus de voitures avec un taux réduit, et les marchands de luminaires et de meubles aussi, et tout ce petit monde créerait des emplois. On peut toutefois objecter qu'il s'agit ici d'une situation acquise, qu'il n'est pas question d'améliorer la situation économique de toute une filière, mais seulement de préserver sa place. Mais est-ce parce qu'un secteur économique a bénéficié d'une distorsion de taxation et en a profité pour se développer au-delà de ce qu'il l'aurait fait dans une situation d'égalité de traitement vis-à-vis d'autres secteurs, qu'il faut à tout prix lui conserver cet avantage indu ? C'est là que doit intervenir un certain courage pour remettre dans une situation d'égalité des secteurs concurrents, concourant aux loisirs. Même si des mesures d'accompagnement peuvent être envisagées pour adoucir le dégonflement de la bulle hippique française. Vouloir conserver le statu quo n'est qu'une forme d'irresponsabilité et de démagogie, ne pouvant produire qu'un sentiment d'injustice quant aux filières concurrentes soumises, elles, au taux normal.

La question de la mise à la norme standard de l'équitation va même au-delà des points soulevés précédemment.

Elle aborde la problématique de la capacité d'une filière et de ses acteurs à s'adapter à une donne nouvelle et à démontrer un niveau minimum de résilience. Plutôt que de s'enfermer dans la défense d'un avenir semblable au présent, n'y aurait-il pas d'autres débouchés à envisager ou à approfondir, comme le recours au cheval dans la viticulture (pour éviter le tassement des sols), dans le débardage, dans le maraîchage ou dans l'élevage bovin déjà exploré par quelques agriculteurs passionnés par la bio ? Par ailleurs, des communes organisent des collectes avec des voitures à cheval : cela ne pourrait-il pas être proposé à plus grande échelle ? S'il doit y avoir une action des pouvoirs publics pour aider la filière équestre à se renouveler, c'est sans doute en réhabilitant le cheval auprès du monde agricole et rural, en aidant ce monde-ci à le redécouvrir concrètement pour des usages où le cheval est plus adapté que le tracteur, comme ce qui est déjà fait avec des chevaux de trait au lycée agricole de Montmorillon. En un mot, faire que la filière du cheval dépasse le monde des loisirs pour lui retrouver une vraie place dans le monde de la production.

Autre point. Cette minoration de taxe dont beaucoup demande la survivance a aussi pour effet d'indiquer où sont nos priorités. Au moment où un changement de direction vers un monde écologique paraît comme une condition de la survie de nos valeurs, serait-il cohérent de favoriser avec une TVA à 10 % les loisirs équestres quand les matériaux d'isolation thermique (3) subissent une TVA à 20 % pour ceux qui se donnent le mal de faire les travaux eux-mêmes ? Le sérieux, cet inverse de la démagogie, ne serait-il pas d'inverser ce que le système fiscal dit de nos priorités en promouvant les matériaux nécessaires à la transition écologique avec un taux réduit, et en taxant les activités non essentielles comme les loisirs équestres, les forfaits de remontées mécaniques pour les skieurs, ou les achats de fleurs (4) au taux normal de 20 % ?

_________________________________________________________________________________________________ 

1 :  La cour de justice de l'Union européenne a tranché, le 8 mars 2012,  aux dépens de la France : "En appliquant des taux réduits de taxe sur la valeur ajoutée aux opérations relatives aux équidés et, notamment, aux chevaux, lorsque ceux-ci ne sont normalement pas destinés à être utilisés dans la préparation des denrées alimentaires ou dans la production agricole, la République Française a manqué aux obligations qui lui incombent."

2 : In  Equitation : le gouvernement ne se cabre pas sur la TVA à 20 %, Nicolas Breton, Le Monde.fr, 13.11.2013.

3 : En matière d'isolation thermique, les aides principales sont la TVA à taux réduit et le crédit d'impôt. Mais il est à noter que pour en bénéficier, il faut obligatoirement faire faire les travaux par une entreprise. Ce qui signifie que le but réel est de soutenir l'activité artisanale et non de promouvoir les travaux d'isolation en eux-mêmes, puisqu'une personne qui décide de faire les travaux directement sans le secours d'une entreprise ne reçoit alors aucune aide et paie les taux maximum. Il faut aussi préciser que le crédit d'impôt tant vanté ne s'applique dans les faits qu'à la résidence où l'on habite soi-même à titre principal, et n'est pas effectif pour un bailleur qui loue un appartement ou une maison en résidence principale ; car dans ce cas le bailleur doit choisir entre la déductibilité du montant des travaux (comme pour les autres travaux d'entretien) et le crédit d'impôt. Or le montant du crédit d'impôt est la plupart du temps inférieur à l'effet des sommes déduites en tant que travaux. Concrètement, le crédit d'impôt ainsi conçu n'est pour les bailleurs qu'une mesure inutile, un faux-semblant, du greenwashing fiscal en quelque sorte.

4 : A la différence des loisirs équestres, il n'est pour l'instant pas question de faire passer les forfaits-ski ou les fleurs au taux normal, seulement de le faire suivre l'évolution prévue du taux intermédiaire de 7 à 10%. Pour les fleurs, voici ce que disent nos textes fiscaux : le taux intermédiaire s’applique aux produits de l’horticulture qui n’ont subi aucune transformation, c’est-à-dire aux produits dans l’état où ils sont généralement obtenus au stade agricole : les fleurs fraîches ou séchées, vendues avec ou sans feuillage ; les plantes vivantes ;  les plants horticoles (arbres et arbustes) d’ornement. Est sans incidence sur l’application du taux réduit le fait que ces produits soient renforcés d’un nœud ou d’un ruban, enveloppés de papier, de cellophane ou de feuilles plastiques ou placés dans un emballage. Source : Instruction du 29 juin 2005, BOI 3-C-6-05.  Par contre, une couronne ou une croix fleuries seront taxées à 20 %.

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Published by Jean Bruguier - dans Fiscalité
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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 07:44

A propos de la nouvelle liaison Lyon - Turin

 

Il y a le projet d'aéroport de Notre Dame des Landes, il y a ces grands stades que les métropoles veulent construire, il y a toutes ces infrastructures de prestige, musées, palais des congrès, complexes sportifs, réseaux de transport, médiathèques ... qui nous renvoient à l'image que nous avons bien voulu donner d'un monde toujours plus riche, avec à disposition beaucoup de moyens financiers et matériels tant au niveau de la collectivité qu'au niveau de chaque particulier capable d'accepter aisément des impôts croissants pour financer les dépenses initiales comme les coûts de fonctionnement. Tous ces projets sont construits sur l'hypothèse d'une société en claire croissance économique, basés qu'ils sont sur toujours plus de transports à effectuer, plus de tourisme pratiqué, plus de ressources affectées à des moments récréatifs, plus de temps à gagner pour aller toujours plus vite.

C'est juste oublier qu'entre la redistribution en cours liée à la mondialisation de l'économie et les coûts engendrés par la rencontre brutale que nous vivons avec les limites de la planète (1), la croissance a déserté l'Occident : nous sommes en croissance zéro depuis 6 ans et les Etats-providence sont en déficit, pour ne pas dire en faillite, incapables qu'ils sont ou de rembourser leurs dettes ou même pour certains de seulement les contenir.

Comment alors se réjouir que la ligne ferroviaire à grande vitesse Lyon-Turin (2) soit enfin sur les rails ? Voici encore un projet coûteux, 26 milliards d'euros de coût total du projet, selon une estimation de la Cour des comptes (3); et qui repose sur des extrapolations de trafic irréalistes, toutes basées sur l'idée que les échanges entre la France et l'Italie doivent fortement s'accroître (4), tournant le dos à toutes les réflexions engagées autour de la nécessaire relocalisation de pans entiers de nos appareils productifs si nous souhaitons relever les défis d'une transition écologique indispensable à la préservation du monde que nous connaissons. Il est vrai que ce projet pharaonique ferait gagner quelques heures sur le trajet ; est-ce si important quand le slow commence à être réhabilité ?

  Que signifie cette liaison Lyon-Torino ? Quel sens ont tous ces investissements publics de prestige ? Comment ne pas voir qu'il s'agit avec ces réalisations à la fois d'affirmer une confiance en le retour prochain de la croissance (dont l'absence actuelle est perçue comme une panne momentanée), et en attendant, de soutenir le secteur des travaux publics comme celui des médiateurs culturels qui peuplent les musées, les palais des congrès, les médiathèques et autres salles de spectacle ? Comment ne pas voir derrière les beaux discours justifiant ces chantiers qu'il s'agit en fait d'entretenir à grand frais l'hypertrophie des mondes du béton et de la mobilité, du sport-spectacle et de la culture de masse, (au sens économique : des bulles, mais sans charme!) au détriment de ce qui devrait faire l'essentiel de nos vies ?

Il y a dans tous ces projets l'entêtement d'un monde qui n'a pas vu le monde changer. Et qui pour se prolonger un peu met en péril les quelques marges de manœuvre dont nous disposons encore pour aller vers un futur plus équilibré et plus serein, enfin respectueux de la planète qui nous supporte et nous fait vivre. Difficile alors de ne pas voir dans la révolte qui court en France aujourd'hui l'exigence d'un retour à des projets modestes, en phase avec les moyens limités qui sont les nôtres (5) et avec ce qu'on devine des investissements matériels et humains à engager pour changer sérieusement de modèle.

Soyons réalistes et concrets, ne laissons pas le vieux monde nous étouffer ! 

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1 : Ces coûts ne sont pas toujours aisés à appréhender mais ils sont là et bien là ; du renchérissement du coût des matières premières (effet de rareté, coûts croissants d'extraction) aux coûts générés par les diverses pollutions (par exemple, dans une Terre bien plus vaste, le réchauffement climatique, comme la dégradation des océans ou des terres, serait plus dilué), qui se traduisent en accidents coûteux, par une baisse de rendement des terres agricoles, et par des états de santé dégradés générateurs d'inconfort et de dépenses de santé croissantes.

2 : "La ligne ferroviaire à grande vitesse Lyon-Turin enfin sur les rails" , par Richard Heuzé in Le Figaro du 20/11/2013.

3 : "Lyon-Turin, piège à grande vitesse" , par Mathieu Martiniere, publié le 10/09/2013 in Slate.fr

4 : La non-réalisation de cette nouvelle ligne n'empêcherait pas le transfert d'une partie du trafic routier vers le train et les infrastructures actuelles ; voir les critiques exprimées par Daniel Ibanez, in "Lyon-Turin: les opposants demandent des innovations sur les trains de fret" par Michel DEPROST, publié le 19.11.2013, Enviscope.  

5 : La période pré-électorale qui s'ouvre, juste avant les prochaines élections municipales, pourrait être l'occasion de s'interroger sur des politiques d'investissement offrant bien des services aux administrés mais très coûteuses en ressources. Là aussi la décroissance peut être désirable. Demain des maires cost-killers ?

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Published by Jean Bruguier - dans Transports
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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 09:48

Foret--il-etait-une--film.jpgAbandonnons un instant l’écologie politique, l’écotaxe et les débats internes à nos « verts » pour revenir au fondamental : s’émerveiller devant la nature et découvrir quelques-uns de ses mystères.

C’est ce que nous propose Il était une forêt, le film de Luc Jacquet qui met en scène les étapes de la reconstitution d’une forêt primaire et certaines des extraordinaires interactions entre les arbres ou entre eux-mêmes et les animaux.

Si l’idée est excellente, l’impression reste mitigée sur le plan technique.  Les images n’ont rien d’exceptionnel et l’on ne saurait reprocher à ce film  un esthétisme envahissant. L’ensemble, malgré la fixité obligée des acteurs aurait pu être beaucoup plus impressionnant. On regrettera surtout l’introduction quasi permanente d’images de synthèse. Ainsi la levée des jeunes pousses, mais aussi l’émission des messages chimiques par les plantes sont-elles systématiquement représentées par des sortes de dessins animés dont on se demande ce qu’ils viennent faire là. Quand on aimerait se plonger dans la nature, ils nous ramènent toujours à l’artifice et détruisent toute magie. Pour la croissance de la végétation par exemple, l’utilisation, bien que classique, d’images en  accéléré aurait été largement préférable. Sans être désagréable, la musique omniprésente n’a guère sa place ici quand les bruits de la forêt nous auraient tellement mieux plongés dans ses envoûtements. Ce film construit autour de la tendresse évidente et touchante du botaniste Francis Hallé pour les arbres pose un problème : on ne se sent presque jamais au cœur de la forêt. Le message est sincère mais il est dit trop sobrement et ne dégage pas la poésie qu’on pouvait en espérer même si l’on ne peut qu’être fasciné par le terrible figuier étrangleur.

Le volet documentaire aussi est un peu léger. Quiconque a lu les ouvrages de Jean-Marie Pelt n’apprendra pas grand chose sur la question et l’on aurait aimé plus d’exemples de l’extraordinaire sophistication des communications inter végétales. Quoiqu’évoquées plus largement, les milles astuces de la dissémination des graines par les animaux auraient, elles-aussi, gagné à être multipliées et détaillées.

Pour les enfants ce film constitue par contre une excellente initiation d’autant, que le message principal, s’il pouvait être entendu, rattraperait à mes yeux toutes les petites imperfections du film. Protéger la nature ce n’est pas prendre des mesures compliquées, c’est juste lui laisser de l’espace et du temps. C’est apprendre à partager le monde avec le reste du vivant. Francis Hallé et son immense amour de la forêt nous dit là une chose très juste.

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Il était une forêt, un film de Luc Jacquet avec Francis Hallé. Jean Luc Jacquet est également le réalisateur de La marche de l’empereur.

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Published by Didier BARTHES - dans Biodiversité
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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 21:44

Le recul du gouvernement sur le projet d’écotaxe illustre à merveille l’impossible dans lequel se trouvent nos sociétés face aux problèmes d’environnement. Cet impossible provient probablement de ce qu’il est trop tard pour agir (1). C’est dès les années 1950-1960, quand le monde s’est engagé dans une croissance économique et démographique effrénée qu’auraient dû être mis en place les garde-fous nécessaires. Il est vrai que cela n’était pas facile, comment en plein reconstruction et à une époque où les enjeux écologiques étaient bien loins de nos préoccupations aurait-on pu faire accepter de telles mesures ?

Il est aujourd’hui trop tard. Trop tard tout d’abord par l’ampleur des dégâts déjà occasionnés notamment envers la biodiversité, puisque la reconstitution des espèces disparues ou de leurs équivalents est une tâche qui se mesure en centaines de milliers ou en même en millions d’années. L’entrée de la Terre dans l’anthropocène est définitivement actée et la planète devra s’en accommoder comme elle s’est accommodée des grands chocs météoritiques qui tous les cent ou deux cent millions d’années bouleversent complètement les équilibres écologiques.

En outre, nous semblons condamnés non seulement à devoir supporter la dégradation de notre planète mais à la voir se poursuivre à un rythme soutenu. Nos sociétés n’ont pas seulement atteint un niveau de développement très élevé, elles se sont engagées dans un processus où la croissance permanente est presque seule garante de leur équilibre et où cette croissance suppose une ponction toujours plus importante sur les ressources, en termes de territoires comme en termes de matières premières.

La vie de chacun d’entre nous suppose la poursuite du processus. Il en est ainsi par exemple du financement des systèmes sociaux qui nécessite pour maintenir les équilibres que chaque génération d’actifs soit plus nombreuse et plus productive que la précédente (2). Il en est de même de la consommation d’énergie, pour les transports en particulier. Nous rendre au travail, mais aussi consommer et produire suppose aujourd’hui de nous déplacer et de transporter nos productions toujours plus vite, toujours plus souvent et à un coût toujours décroissant. L’écotaxe s’attaquait ainsi à ce qui fait le moteur de la société : la mobilité croissante des biens comme des hommes. Ralentir ce moteur c’est placer inévitablement tous les acteurs dans l’embarras et susciter toutes les frondes. Dès lors, comment faire ?

Dans un monde qui se dirige inéluctablement vers une pénurie d’énergie fossile, il n’est pas stupide de vouloir renchérir le coût de son utilisation. Notons d’ailleurs qu’il ne s’agit pas tant d’une mesure écologique que d’une mesure économique (3). En effet, nous allons sans doute brûler toutes ces réserves  fossiles et rejeter dans l’atmosphère le résultat de leur combustion. Dans ce cadre, il est probablement indifférent pour la nature que ces rejets s’étalent sur 100 plutôt que 120 ou 130 ans comme ils le feraient si nous réussissions à imposer de sévères mesures de restriction.

Par contre, économiser l'énergie pour se donner un délai plus long offrirait à nos sociétés plus de temps pour la mise en place de solutions alternatives. En soi donc, l’idée d’une écotaxe est bonne. Nous devrons de gré ou de force admettre le renchérissement du prix de l’énergie.

Sans doute ici, le projet était-il mal ficelé, trop brutal et arrivait-il à un moment où l’augmentation des prélèvements fiscaux est devenue insupportable. L’écotaxe (4) était censée être mise en place après le relèvement de l’impôt sur les sociétés, une hausse de la TVA sur certains services dont les transports (5) et bien entendu juste après de nouvelles taxations de l’épargne, dernier projet d’ailleurs lui aussi pour une part abandonné ou repoussé. De plus cette écotaxe est une lourde machine supposant des infrastructures nouvelles et une administration supplémentaire qui aurait  consommé pour elle-même une part non négligeable des sommes prélevées : On parle d’un ensemble de dépenses de gestion et d’entretien tournant autour de 250 millions d’euros par an. Le dédit lui-même en cas de non réalisation se chiffrerait à 800 millions, nous sommes là sur des montants très importants. L’élargissement aux plus petits des camions (jusqu’à 3,5 tonnes contrairement à ce qui se fait dans d'autres pays ciblant majoritairement les plus gros véhicules) n’allait pas non plus dans le sens d’une prime à la relocalisation des productions, les transports à grande distance se faisant majoritairement avec les véhicules les plus lourds.

Une taxation plus forte, mais progressive du gasoil  aurait sans doute été préférable. D’une part elle était provisoirement supportable, le pétrole n’étant pas à son cours le plus haut, d’autre part, elle aurait permis des prélèvements proportionnels au kilométrage parcouru et aurait donc concerné plus fortement les productions délocalisées. Elle n’aurait pas généré de frais administratifs supplémentaires et  aurait en outre donné un signe en faveur de la dé-diésélisation du parc automobile qui commence à devenir une urgence écologique, la France étant un très mauvais élève en la matière.

Ces suggestions ne changent rien à notre introduction, il est sans doute trop tard, nous sommes tous trop impliqués, trop dépendants de cette débauche énergétique et la régulation a désormais toutes les (mal)chances de s’accomplir par des crises aussi douloureuses que dangereuses.

______________________________________________________________________

(1) Sur ce thème voir également sur ce site l’article « C’est perdu ou l’ère des survivances ».

(2) Voir les articles : «  Retraites : Une fausse solution » et « Retraites : l’Equation impossible ».

(3) Le préfixe éco à la bonté, ou la malice, de s’adapter aussi bien au mot d’économie qu’à celui d’écologie.

(4) Voir ici quelques informations gouvernementales sur les détails du dispositif.

(5) Le passage d’un taux de TVA de 7 à 10 % représente une augmentation de 43 % de cet impôt.

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Published by Didier BARTHES - dans Fiscalité
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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 17:04

Après l’ONU, l’Ined  confirme le retournement des prévisions démographiques mondiales. Depuis une soixantaine d’années, la baisse régulière des taux de croissance et de fécondité mondiaux constitue l’argument massue pour déconsidérer toutes les inquiétudes relatives à la surpopulation.

Ce raisonnement, très en usage dans le monde politique comme dans de nombreux milieux écologistes, se trouve pourtant désormais infirmé par les plus récentes études et l’optimisme béat n’est plus de mise. L’ONU puis l’Ined viennent de publier leurs dernières projections : Elles sont largement revues à la hausse. La stabilisation de nos effectifs se voit reportée à une date ultérieure et à  un niveau  plus élevé que ce que l’on pouvait espérer. Elle se situera sans doute aux alentours de 11 milliards en 2100, sauf bien entendu, effondrement civilisationnel avant cette échéance.

A deux reprises déjà, L’ONU avait tiré la sonnette d’alarme en révisant à la hausse ses prévisions , une première fois en 2011 puis une seconde fois en juin dernier. Ainsi, dans ses projections publiées en 2009, l’Onu estimait que le monde compterait 9,1 milliards d’habitants en 2050, prévisions remontées à 9,3 milliards en 2011, puis à 9,6 milliards en 2013 (il s’agit là des projections moyennes, l’Onu publiant en outre des fourchettes haute et basse).

Une même évolution avait logiquement touché les projections à échéance de 2100, passées de 10,1 milliards en 2011 à 10,9 milliards en 2013.

C’est désormais l’Ined qui vient confirmer la  tendance via le dernier numéro (1) de la revue Population et sociétés qui présente tous les deux ans, sous la direction de Gilles Pison, une étude baptisée « Tous les pays du monde ».  Ce document propose un vaste tableau statistique donnant les principaux éléments démographiques : population actuelle, population prévisionnelle pour 2050, taux de natalité, de fécondité… pour toutes les nations.   Ces données sont également agrégées par grandes zones géographiques ainsi qu’aux niveaux continental et mondial. Voici les principaux enseignements de cette publication. 

 

- Une stabilisation de la fécondité et de la croissance :

Alors que le taux de fécondité mondial (qui était d’environ 5 enfants par femme en 1950) baissait régulièrement, il semble désormais stabilisé à 2,5. Ce taux n’est pas négligeable, il signifie que d’une génération à l’autre les effectifs se voient multipliés par 1,25.   Chaque couple, deux personnes donc,  se trouvant en moyenne remplacé par 2,5 personnes, (un tout petit peu moins en réalité car il y subsiste encore un peu de mortalité infantile. Notons  que celle-ci est toutefois, et heureusement, tombée assez bas et que la grande majorité des enfants dans le monde atteignent désormais l’âge de la reproduction : la mortalité infantile mondiale est de 4 % en 2013 alors qu'elle se situait encore à 5,5 % en 2005).

Le taux de croissance de la population n’est curieusement pas indiqué dans le document de l’Ined, mais au niveau mondial le solde migratoire étant nul par définition, la différence entre le taux de natalité et le taux de mortalité peut nous permettre de l’estimer. Ce taux est stabilisé à + 1,2 % par an depuis 2005. (3) Cela conduit tous les ans la population à augmenter d’environ 80 millions de personnes soit l’équivalent d’une ville comme Paris tous les dix jours (4). Rappelons que si le taux de croissance est plus faible aujourd’hui que dans les décennies précédentes, il s’applique à une population plus importante et que de ce fait, la croissance effective de nos effectifs est plus forte en 2013 qu’elle ne l’était  dans les années 60 (+ 80 millions d’habitants par an contre + 70 millions environ), le record de croissance en nombre a toutefois été atteint dans les années 90 avec + 90 millions de terriens supplémentaires chaque année.

 

- L’évolution démographique de l'Afrique  constitue la composante principale de ce retournement.

C’est l’Afrique qui prend la plus grande part dans ce retournement puisque son taux de croissance ne diminue pas, au contraire.  Il s’établit en 2013 à + 2,5 % par an alors qu’il n’était que de + 2,3 % en 2005 (5) Les africains représentent aujourd’hui un peu plus de 15 % des terriens, ils devraient en représenter 25 % en 2050.

Ce mouvement touche principalement l’Afrique Subsaharienne mais aussi désormais, quoique dans une moindre mesure, l’Afrique du Nord. Seule l’Afrique Australe, qui croît de 1 % par an, présente une structure d'évolution démographique comparable à celle du reste du monde. Cette croissance est évidemment lourde de menaces dans un continent souvent frappé par les famines  et dont rappelons-le, les déserts constituent une proportion très importante.

Ce poids déterminant de l’évolution de la démographie africaine dans l’évolution globale du monde peut être mis en évidence dans le tableau suivant donnant, continent par continent, l’évolution attendue entre aujourd’hui (mi-2013) et 2050.

 

              Evolution démographique mondiale attendue d'ici 2050

  (en millions d'habitants, source Ined, extraits)

Zone   Population 2013    Population 2050     Evolution  Evolution
       (à mi année)   (estimation 2013)  (en nombre)    (en %)
           
Monde          7 141       9 731   +  2 590   +   36 %
           
Afrique          1 101       2 435   +  1 334   + 121 %
Amérique             958       1 228   +     270   +   28 %
Asie          4 305       5 284   +     979   +   23 %
Europe             740          726    -       14   -      2 %
Océanie               38            58    +      20   +   53 %

 

 

 

 

 

 

 

 

On voit que l’Afrique est le continent qui progressera le plus en nombre et surtout en valeur relative, passant de 1,101 milliard d’habitants à 2,435 milliards (+ 1,334 milliard) soit + 121 % tandis que dans le même temps, le monde entier passerait de 7,141 à 9,731milliards (+ 2,590 milliards), soit + 36 %. L’Europe serait le seul continent à voir sa population diminuer (très légèrement : - 2 %)

La réévaluation à la hausse des prévisions réalisées par l'Ined est très nette dans le tableau suivant comparant les projections pour 2050 publiées respectivement en 2011 et 2013. Ce tableau vient particulièrement conforter la réévaluation des estimations onusiennes.

 

       Réévaluation des projections pour 2050 entre 2011 et 2013

  (en millions d'habitants, source Ined, extraits)

Zone    Projections 2050  Projection 2050 Evolution Evolution
    (publiées en 2011) (publiées en 2013)  (en nombre)  (en %)
           
Monde         9 587     9 731   +  144   +  1,5 %
           
Afrique         2 300     2 435   +  135   +  5,9 %
Amérique         1 216     1 228   +    12   +  1,0 %
Asie         5 284     5 284   +      0       - 
Europe            725        726   +      1   +  0,1 %
Océanie              62          58    -      4    -   6,5 %

 

 

 

 

 

 

 

Le  retournement des prévisions concerne particulièrement l’Afrique puisque la réévaluation (à la hausse) des prévisions entre 2011 et 2013 est de + 1,5 % pour le monde (il y a donc bien une réévaluation globale) et de + 5,9 % pour l’Afrique. Notons qu'il n'y a pas eu d'évolution des projections publiées pour l'Asie et à peine pour l'Europe.  

L’Afrique reste d’autre part le continent de quelques cas extrêmes en terme de fécondité : 7,6 enfants par femme au Niger (7,0 en 2013 !),  6,8 en Somalie, 6,2 au Burundi et 6,1 au Mali. Le cas du Nigéria, quoiqu’il ne représente pas un record de fécondité (5,7 quand même) est également très inquiétant compte tenu de son poids démographique (175 millions d’habitants aujourd’hui). Ce pays devrait atteindre 444 millions d’habitants en 2050 soit plus que les États-Unis d’aujourd’hui (et même 11 % de plus que les Etats-Unis de 2050) pour une surface dix fois plus petite.  

 

L’Asie est et restera le géant démographique.

L’Asie reste bien entendu le continent le plus peuplé (4,305 milliards d’habitants soit 60 % des terriens) et le sera encore en 2050 (5,284 milliards sur 9,731 soit 54 %). L’Inde, avec un taux de fécondité encore estimé à 2,4 devrait doubler la Chine et voir ses effectifs passer de 1,276 à 1,652 milliard (respectivement de 1,361 à 1,314 milliard pour la Chine qui devrait donc connaître une légère baisse de sa population (- 3,5 %)). En terme de densité de peuplement (6), le Bangladesh qui devrait voir augmenter ses effectifs de 40 % est et restera le pays record avec 1 402 habitants par kilomètre carré en 2050. Ainsi densément peuplée, la France métropolitaine compterait près de 780 millions d’habitants ! En Asie, seul le Timor-Est (mais avec un million d'habitants seulement) et l'Afghanistan (31 millions) connaissent des taux de fécondité supérieurs à 5 et donc comparables aux records africains. 

De son côté l’Amérique du Nord constituera le grand ensemble de pays très développés voyant se poursuivre la croissance de ses effectifs (448 millions d’habitants en 2050 pour l’ensemble Canada – Etats-Unis contre 352 aujourd’hui soit + 27 % Notons que dans toute l'Amérique, nord et sud confondus, les records de fécondité sont détenus par Haïti (3,5) et par... la Guyane française (3,4) !

Avec la Chine (- 3,5 % donc),  l’Europe (- 2 %) et le Japon (- 24 % !) constitueront les principales zones de décroissance démographique. Le Japon devrait ainsi établir un record de diminution mais il est vrai qu’il part d’une densité très élevée (337 habitants par kilomètre carré en 2013). En Europe, la baisse devrait particulièrement toucher l’Europe Orientale (qui passerait de 295 à 260 millions d’habitants soit – 12  %) et dans une moindre mesure l'Europe Méridionale (qui évoluerait de 153 à 146 millions d'habitants). La France métropolitaine devrait atteindre 72 millions d’habitants soit 8 millions de plus qu’aujourd’hui (+ 12,5 %). L'Océanie connait également de forts taux de croissance mais ils portent sur des effectifs relativement faibles.

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(1) numéro 503, septembre 2013, sous la direction de Gilles Pison.C'est de ce document que sont extraites la quasi totalité des données évoquées ici tableaux compris, quelques-unes proviennent cependant des statistiques publiées par l'ONU. 

(2) Selon l’étude de l’Ined, l’indice synthétique de fécondité mondial était de 2,7 en 2005 et 2007, de 2,6 en 2009 et de 2,5 en 2011 et 2013.

(3) Cette croissance annuelle de la population de 1,2 % résulte des différences entre un taux de natalité de 2,1 % et d’un taux de mortalité de 0,9 % pour les années 2005 et 2007 et d’un taux de natalité de 2,0 % associé à un taux de mortalité de 0,8 % pour 2009, 2011 et 2013.

(4) Pour des statistiques globales voir sur ce site la page : Les chiffres clefs de la population.

(5) En 2013 ces + 2,5 % de croissance en Afrique résultent  d’une natalité de 3,6 % et d’une mortalité de 1,1 % tandis qu’en 2005, les + 2,3 % de croissance annuelle résultaient d’une natalité de 3,8 % et d’une mortalité de 1,5 %. Le mouvement de transition démographique (baisse des deux taux) s’est quand même légèrement poursuivi mais la baisse de la mortalité a été supérieure à  celle de la natalité d’où la hausse de la croissance.

(6) La densité de peuplement n’est malheureusement pas indiquée dans les statistiques publiées par l’Ined, elle a donc été calculée par nos soins pour le Bangladesh. Rappel : la densité moyenne sur l'ensemble du globe (Antarctique non pris en compte) est aujourd'hui d'environ 52 personnes par kilomètre carré et de 116 en France métropolitaine.

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Published by Didier Barthès - dans Démographie
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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 12:24

Sur l'aspect insupportable de ce drame, tout a été dit. Au-delà d'une évidente compassion,  il est aussi de notre devoir moral de se demander que faire pour éviter de telles catastrophes humaines.

Très souvent est avancée l'idée que la solution est à rechercher dans l'aide au développement, une Europe en crise n'ayant pas vocation à accueillir des milliers et des milliers de migrants. Cela semble frappé au coin du bon sens : si ces personnes avaient chez eux des perspectives de vie sinon attrayantes au moins normales avec de quoi gagner leur vie pour elles et leurs familles, elles ne s'embarqueraient pas sur des bateaux pourris avec des passeurs improbables, allant jusqu'à mettre leur vie en jeu dans une sorte de quitte ou double désespéré.

Revient alors comme une évidence que la seule solution est de favoriser le développement économique de ces pays, à coup d'investissements occidentaux massifs, et l'on évoque des transferts financiers pouvant aller jusqu'à plusieurs points du PIB des pays riches. En oubliant souvent que l'arrivée brutale ou disproportionnée d'une manne financière peut avoir un effet désorganisateur sur un pays et son économie, générant plus de problèmes qu'elle n'en résout. En oubliant surtout que derrière cette idée d'aide au développement se cache encore et toujours cette mystique de la croissance toujours perçue comme la solution à tous nos maux.

Avec l'aide au développement, c'est une économie des pays dits du tiers monde tentant de trouver sa place dans l'économie mondialisée avec toujours plus d'usines, toujours plus d'exportations et d'importations, une frénésie de mouvements en tous sens, avec une classe moyenne en croissance qui peut singer l'Occident. Mais pourquoi cette fameuse croissance conduirait-elle les pays pauvres vers le bien-être alors que cette même mystique de la croissance installe les pays riches d'Occident dans une impasse lourde de dangers à terme ? Ou alors il faut parler d'un autre développement ... mais qui y pense vraiment alors que nous nous sommes, en Europe comme en Amérique, révélés incapables d'en cerner positivement les contours depuis 40 ans que nous parlons d'écologie et de développement durable.

Mais si cette aide au développement-là n'est pas la solution, il faut aussi s'interroger sur la dynamique de croissance démographique qui a marqué les pays du tiers monde depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Beaucoup de ces pays n'ont pas une géographie favorable à la fourniture des éléments essentiels à une population devenue trop nombreuse pour les ressources locales, et bien des hommes et des femmes ne peuvent pas y trouver leur place. Le monde entier a cru en la croissance et dans un développement hors-sol sans limites ; désormais il y a des femmes et des hommes en trop sur des territoires importants, et par ailleurs une crise des pays riches se heurtant aux limites de la planète fait que ces personnes en trop ne sont pas les bienvenues hors de leurs pays d'origine.

C'est donc collectivement qu'il nous faut désormais mettre en œuvre une démographie raisonnable dans le monde, et résoudre aussi le cas de ces hommes et femmes afin qu'ils aient une place, quitte à se serrer un peu !

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Published by Jean Bruguier - dans Billets d'humeur
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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 12:44

En matière d'écologie et d'économie durable, l'habitude a été prise de commenter les faits importants, comme pour ce mois de septembre 2013, la décision prise par les Pouvoirs Publics lors de la Conférence Environnementale de favoriser la rénovation thermique des bâtiments en ramenant la tva payée sur ces travaux de 10 à 5 %. De même glose-t-on à l'infini sur la transition énergétique et la décision de fermer ou pas la centrale nucléaire de Fessenheim. D'autres faits pendant ce temps passent inaperçus, bien qu'ils soient eux aussi lourds d'impacts ou de questionnements sur la problématique écologique. Je voudrais dans cette "chronique des petits faits" pour le mois de septembre dernier évoquer deux éléments bien peu commentés et analysés.

D'abord l'encouragement à une généralisation de la garde partagée des enfants après divorce, encouragement venu de notre assemblée des sages qu'est le Sénat. La promotion de ce mode de garde répond bien évidemment à une logique d'égalité entre les sexes, et prend notamment en compte les demandes des pères divorcés, en lutte contre ce qu'ils considèrent comme une forme d'exclusion.  Evolution souhaitable pour un monde plus juste, la messe semble dite et les commentaires inutiles. C'est pourtant oublier son impact, déjà bien repéré et connu des professionnels de l'immobilier. A savoir que le divorce d'un couple avec enfant(s) accompagné d'une garde partagée, c'est concrètement une consommation immobilière multipliée par deux, chaque parent devant être capable de loger à titre permanent son ou ses enfants en plus de lui-même et de son éventuel nouveau conjoint. C'est donc à terme plus de constructions nécessaires, plus de béton à produire, plus d'espaces consommés, plus de mètres carrés à chauffer, plus de meubles à fabriquer. Et aussi plus de transports et autres mouvements incessants pour les enfants et leurs parents. Toute cette consommation matérielle, si elle se révèle un facteur positif pour les tenants de la croissance à tout prix, peut aussi être perçue comme un gaspillage de biens rares impactant négativement sur notre biotope. En fait, là encore, l'impression domine que notre espèce se soucie d'abord de résoudre ses problèmes comme cela l'arrange, au mieux de ses intérêts directs, sans réellement s'occuper de leur impact pour la planète.  L'objet de cette réflexion n'est évidemment pas de stigmatiser les parents divorcés, mais plutôt d'ouvrir une brèche, un questionnement sur l'évolution du couple en Occident. Autrement dit, le couple fondé sur le sentiment amoureux, couple forcément plus fragile que l'alliance de raison qui a si longtemps prévalu dans nos sociétés, n'est-il pas la conséquence de la société de croissance et de la richesse momentanée et un peu illusoire qu'elle a apportée ?  Sans cette richesse bâtie sur le pillage des ressources et la pollution généralisée, comment financer les doublons économiques nécessités, générés par notre présente conception du couple et de la famille ? Le retour à une simplicité volontaire, à une vita povera, à une économie des moyens, ne contient-il pas aussi le retour à un couple et une famille plus fondée sur des intérêts bien compris que sur un sentiment amoureux si difficile à gérer dans le temps ? Quand l'écologie devient susceptible de heurter ce que nous finissions par considérer comme notre liberté, la réflexion devient difficile mais elle n'en est que plus nécessaire.

L'autre fait 'invisible'  est la persistance, pour ne pas dire l'aggravation, des dégradations enregistrées pour le Vélib. Voilà une solution écologique de transport basée sur une collectivisation des moyens qui pouvait sembler faire progresser notre adaptation à une vie plus simple et moins dévoreuse de ressources, dans un territoire densément peuplé. Qu'apprend-on ? Que cette solution est sans cesse l'objet de dégradations volontaires et coûteuses, à tel point que l'intérêt économique de l'offre proposée ne peut se maintenir qu'avec le soutien de subventions de plus en plus financées par le contribuable. Première constatation : la solution collective - le principe du Vélib - entraîne une déresponsabilisation des acteurs qui génère à son tour un gaspillage de ressources tant en main d'œuvre qu'en matériaux. Seconde observation : le délitement social est financièrement coûteux à tous du fait des gaspillages qu'il entraîne, et négatif quant à l'impact sur la nature par les prélèvements supplémentaires que ces gaspillages génèrent. Une société construite sur la simplicité et la sobriété est-elle compatible avec des logiques collectives qui favorisent la déresponsabilisation ? Et peut-elle tolérer longtemps les désordres provoqués par un délitement social qui touche des parties entières de la population ? Une société écologiquement responsable ne risque-telle pas de promouvoir outrageusement le principe de responsabilité généralement à l'œuvre dans les sociétés libérales, et de gérer autoritairement le délitement social à travers la promotion de normes culturelles contraignantes, bien loin de la tolérance actuelle ?

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Published by Jean-Christophe VIGNAL - dans Société
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