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29 août 2020 6 29 /08 /août /2020 10:24

Ce blog, vieux de bientôt 15 ans, c'est aussi une histoire de rencontres et d'amitiés. Dont certaines remontent à loin et nous ont permis d'être ce que nous sommes, et à ce blog d'être ce qu'il est.

C'était en septembre 1975, ma première rencontre avec Philippe Frémeaux.

Il me souvient un Philippe Frémeaux un tantinet bourru et néanmoins malicieux, assez sûr déjà de sa perspicacité à comprendre ce monde qui nous entoure. Suffisamment malin pour se faire proprement (!) éjecter de ses obligations militaires et se retrouver à exercer sa fibre pédagogique. Détestant la pensée paresseuse et faisant partager cette détestation comme une exigence. Généreux aussi. Je lui dois entre autres ma formation de juriste après avoir choisi sur son conseil des études longues en droit public. Et plein de bons souvenirs.

Bien sûr ses engagements écologiques et sociaux ne recouvraient pas tout à fait ceux que nous défendons ici dans ce blog, mais qu'importe … il y avait de la vie et du bonheur à le fréquenter ! Tchao Philippe !

Jean-Christophe Vignal

 

 

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24 juillet 2019 3 24 /07 /juillet /2019 10:04

Depuis quelques temps, la jeune Greta Thunberg s’impose  comme l’héroïne de l’écologie, la conscience nécessaire qui viendrait réveiller une société qui tarde à prendre la mesure  du problème (et à  prendre des mesures tout court par la même occasion).

S’exprimant fin 2018 à la COP 24 de Katowice, puis début 2019 au forum de Davos, elle vient d’être invitée à l’Assemblée Nationale française.

Entrant ainsi dans l’arène médiatique  Greta Thunberg déchaine les passions. Adulée par certains, elle est cruellement vilipendée par d’autres et parfois soupçonnée d’être le jouet de quelque complot. Voilà que la société se divise en pro et anti Greta !

Curieux débat où l’on semble incapable de distinguer la personne, son rôle et son message.

Que dit Greta Thunberg ? Que le problème (climatique pour l’essentiel de son propos) est très grave, que nous n’en prenons pas la mesure et que nous prenons une terrible responsabilité face aux générations futures.

A-t-elle raison ? Oui (même si la question climatique tend hélas à éclipser la question de l’écroulement de la biodiversité et sa cause démographique sous-jacente sans doute encore plus préoccupantes) A-t-elle raison de le dire et de le marteler ? Oui ! Devrions-nous l’écouter ? Oui !

Subsiste-t-il alors quelques réserves à son action ?  Oui aussi, mais sans doute pas contre elle. Que certains  en viennent à évoquer sa vie privée ou sa santé relève vraiment de l’odieux et du condamnable.

Pour autant, cela n’exclut pas quelques remarques sur notre société. Car sur le fond cette jeune fille dit-elle quelque chose que nous ne sachions déjà ? Non, elle ne fait que médiatiser un problème bien connu. L’intérêt du débat porte plutôt sur la façon dont notre société réagit.

Certains la transforment en maître à penser, le symbole d’une jeunesse plus courageuse, plus intelligente et plus lucide que la génération précédente qui, elle, fermerait les yeux et les oreilles avec bêtise et lâcheté.

On peut comprendre que cette opposition naïve entre les générations puisse agacer, elle est bien sûr ridicule, le problème ne se pose pas en ces termes. Tout comme peut agacer la façon dont certains politiques la soutiennent très médiatiquement pour se sculpter à bon compte une image favorable. Ils s’affichent du bon côté.

Cette polarisation infantile entre les pro et anti Greta, révèle plus sur notre société et son souci d’image qu’elle ne nous apprend comment régler les problèmes.

Greta Thunberg a raison, bravo à elle mais la façon dont certains l’utilisent (je ne dis pas la manipulent, comme le font à mon sens injustement quelques-uns de ses détracteurs) à leur profit, la façon dont notre société a besoin d’idoles, n’augure peut-être pas favorablement de nos chances de succès.

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9 mai 2019 4 09 /05 /mai /2019 20:04

Alain Hervé vient de nous quitter. Voici en son hommage, Échouage, ce poème qu’il avait rédigé en 1966 et qui concluait ses écrits de quart lors de son voyage "au vent d'Aventure".


La mer s'est mise à la côte
ce matin trompée par la brume
elle est venue s'échouer
sur la grande plage plate
interminable
l'ampleur des travaux nécessaires
pour lui faire reprendre le large
fait craindre qu'elle ne doive rester
à la côte définitivement

in "Au vent d'Aventure  A la recherche des îles perdues" - Écrits de quart. Arthaud, Paris, 1969.
 

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25 juillet 2017 2 25 /07 /juillet /2017 08:44

Tous les ans le Global Footprint Network décrète un jour du dépassement (le 2 août en 2017, le 1er août, en 2018 et le 29 juillet en 2019) être celui à dater duquel l’humanité a consommé, depuis le 1er janvier, plus de ressources que la nature n’en produit en un an. Au-delà, nous vivrions donc « à crédit » entamant le capital de notre Terre, une situation bien évidemment non durable.

Cette réalité est indiscutable : nous consommons les ressources à un rythme plus élevé que la nature ne les renouvelle, mais que penser de ce concept ?

Si la mise en évidence d’une date particulière se conçoit parce qu’elle est commode pour la médiatisation, présenter de manière discrète un phénomène par essence continu, soulève quelques problèmes. Il est plus exact de dire que nous vivons dans l’ère du dépassement, c’est-à-dire que structurellement et en permanence, nous vivons au-delà des moyens de la planète. C’est chaque jour, chaque heure, chaque instant que nous consommons trop, et surtout la nature ne remet pas chaque premier janvier un stock à notre disposition dans lequel nous pourrions innocemment puiser jusqu’à la prochaine date retenue.

Déterminer une date et de façon générale, tenter un calcul précis sur le dépassement - même conçu comme continu - suppose de sélectionner certains critères et d’accorder à chacun d’entre eux une pondération particulière pleine d’arbitraire.

D’ailleurs, bien conscient du phénomène et souhaitant tenir compte de l’évolution de ces critères et de leurs poids respectifs, le Global Footprint Network à l’honnêteté de recalculer a posteriori la date du dépassement telle qu’elle aurait été publiée les années précédentes si l’on avait retenu les critères de l’année en cours (1).

La difficulté de la détermination d’une date relève de l’impossibilité d’intégrer objectivement certains phénomènes.

Soit parce que notre consommation est sans rapport avec le rythme de renouvellement, il est ainsi de l’utilisation d’énergie fossile. Sachant que la Terre n’en produit plus - ou de manière infinitésimale -, c’est dès la première minute de l’année que l’on pourrait considérer le dépassement atteint si l’on ne retenait que cet élément, et du moins dès les mois de janvier ou février en lui accordant une pondération déterminante.

Soit parce que, plus profondément encore, le concept de renouvellement n’a quasiment aucun sens en certains domaines. C’est le cas par exemple de la disparition des espèces animales ou végétales.  Quand une plante ou un animal disparait c’est pour toujours (2), et le premier janvier suivant, la nature ne  remet pas en circulation quelques spécimens pour nous satisfaire et nous donner bonne conscience jusqu’au prochain mois d’août.

Il en est de même de l’artificialisation des territoires. Quand un mètre carré d’humus se voir couvrir de béton, il est généralement perdu pour des siècles ou des millénaires. Là aussi, il ne se voit pas rendu à la planète à l’occasion du nouveau millésime. Intégrer sa consommation dans un processus d’annualisation relève d’une comptabilité artificielle soulignant plus encore l’inadaptation de la démarche. L’amortissement n’a guère de sens en matière de nature.

On pourrait évoquer d’autres exemples, ils relèvent tous de la même erreur. Celle de croire en la possibilité d’établir une comptabilité de la nature comme nous le faisons pour nos activités économiques, pour lesquelles la monétarisation nous permet d’établir des passerelles et des comparaisons entre éléments aussi différents que le travail intellectuel, la consommation d’énergie ou la production de biens matériels.

Enfin, ces réticences mises de côté et ne retenant que la volonté bienvenue de médiatiser la question, il reste qu’en situant le jour du dépassement en août on laisse entendre que l’humanité pourrait vivre de manière durable en consommant un peu plus de la moitié de ce qu’elle consomme aujourd’hui.  C’est là une appréciation particulièrement optimiste. Même la démographie et le modèle de consommation des années 1970 – 1980 qui grosso modo conduisaient ensemble  à une empreinte largement moitié moindre que celle d’aujourd’hui ne sont pas durables. Ils étaient déjà à des niveaux infiniment supérieurs à ce que l’humanité a connu tout au long de son histoire.

Du jour du dépassement ne doit donc sans doute être retenue que son avance régulière, c’est-à-dire l’aggravation permanente de notre impact sur le monde, c’est là l’essentiel du message.

_________________________________________________________

(1) Date du dépassement telle qu'elle a été initialement publiée chaque année depuis 2005, puis date recalculée  à partir des critères utilisés en 2016.

En 2005 : le 20 octobre puis le 29 août

En 2006 : le 9 octobre puis le 24 août

En 2007 : le 28 septembre puis le 19 août

En 2008 : le 23 septembre puis le 20 août

En 2009 : le 25 septembre puis le 24 août

En 2010 : le 21 août puis le 14 août

En 2011 : le 27 septembre puis le 11 août

En 2012 : le 22 août puis le 11août

En 2013 : le 20 août puis le 10 août

En 2014 : le 18 août puis le 10 août

En 2015 : le 13 août puis le 9 août

En 2016 : le 8 août 

En 2017 :  le 2 août

En 2018 : le 1er août

En 2019 : 29 juillet

On remarque que cette actualisation conduit généralement à une avance de la date (on consomme plus donc) mais aussi à un lissage de l’évolution qui va presque toujours dans le même sens (ce qui n’est pas le cas avec les données initialement publiées, souvent plus erratiques).

(2) Certes, si l’on se donne un recul sur des millions d’années, alors d’autres espèces se reconstitueront, mais nous serions là sur un autre niveau de vision, dépassant largement celui qui nous intéresse ici, cette reconstitution aura lieu bien après la fin de l’humanité telle que nous la connaissons.

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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 16:04

Article paru préalablement dans la revue La Recherche (février 2017)

L’homme se considère en général comme l’espèce dominante sur Terre. Cette réflexion sous-estime le rôle des autres organismes de notre planète. Sans l’activité constante des microbes par exemple, le fonctionnement de la biosphère s’arrêterait en quelques jours voire en quelques heures. Néanmoins, l’homme est clairement le prédateur principal sur Terre comme en mer. Les modifications physiques chimiques et biologiques qu’il impose au fonctionnement de la planète sont majeures et indéniables. On estime ainsi à 30 milliers de milliards de tonnes (soit 50 kilogrammes pour chaque mètre carré de la planète) le poids des matériaux techniques construits et rejetés par les sociétés humaines (par exemple le béton) (1) ; quant aux rejets et à l’accumulation de gaz à effet de serre, ils modifient la composition de l’atmosphère à un niveau tel qu’ils altèrent le système climatique.

Ces changements justifient-ils que l’on définisse de manière formelle une nouvelle époque géologique du nom d’Anthropocène ?

Pour répondre à cette question il faut d’abord comprendre l’outil très particulier qui permet aux géologues de classer le déroulement du temps sur Terre : l’échelle des temps géologique, désignée sous le nom de « Chartre Chronostratigraphique Internationale ».

Cet outil est construit sur la base de deux critères.

Le premier est d’ordre temporel : étant donné l’existence déjà extrêmement longue de notre planète – environ 4,6 milliards d’années -, il faut que chaque unité de temps représente une période relativement longue si l’on veut éviter de les multiplier. Ainsi les périodes les plus longues les « éons » se comptent en milliards d’années. Même les plus courtes - les « époques » et les « âges » -, ont des durées de plusieurs millions d’années, incomparables avec les décennies et les siècles utilisés pour décrire l’histoire de l’humanité.

Le second critère est d’ordre stratigraphique : le temps géologique ne prend pas seulement en compte les durées (la géochronologie), il s’appuie aussi sur leur représentation au sein des couches de roches. Ces couches préservent des environnements différents de la planète, elles « enregistrent » les preuves de cette histoire.

Cette classification appelée « chronostratigraphie » est fondamentale aux yeux des géologues. Pour être acceptée officiellement dans l’échelle des temps géologiques, l’Anthropocène doit donc remplir ces critères temporel et stratigraphique. Dans quelle mesure y répond-il ?

L’équivalent d’une vie humaine

Etudions d’abord le critère temps. Une évaluation récente menée par le groupe de travail qui étudie l’Anthropocène suggère que la proposition optimale serait de le faire débuter vers la moitié du XXème siècle. L’Anthropocène aurait donc soixante-dix ans environ, soit l’équivalent d’une vie humaine. Certes, cela fait bien peu à l’échelle des temps géologiques. Cependant ce serait oublier que cette échelle n’est pas divisée de manière uniforme. Ainsi les subdivisions plus anciennes tendent à être beaucoup plus longues que les plus récentes. La raison ? Les couches de roches qui composent les couches de roches les plus récentes sont mieux conservées et plus proches de la surface, ce qui rend leur définition plus précise.

Un exemple notable est celui de l’Holocène qui est la deuxième période du Quaternaire, et celle dans laquelle formellement nous vivons. Or, l’Holocène dure depuis 11 700 ans seulement, soit trois ordres de grandeurs de moins par exemple que la première époque du Quaternaire, le Pléistocène, époque des glaciations qui a duré 2,6 millions d’années. Dans ce contexte, la durée de l’Anthropocène ne semble plus aussi révolutionnaire.

Parlons maintenant du critère stratigraphique. Les changements associés à l’Anthropocène, - en particulier ceux qui touchent au climat, à la pollution et à la biologie de la Terre- se font déjà ressentir dans la composition des couches sédimentaires de notre planète, et cette tendance est de plus en plus prononcée. Les strates sont certes peu épaisses par rapport à celles d’époques géologiques anciennes (même si elles se comptent en dizaines de mètres sous nos villes et dans nos décharges), mais elles sont déjà facilement distinguables.

Dans ces strates, en particulier dans les zones urbaines, on retrouve quantité de fragments de béton – pour rappel, la moitié des 500 milliards de tonnes de béton a été produite au cours des 20 dernières années - et d’aluminium (presque la totalité des 500 millions de tonnes de ce métal a été produite depuis les années 1940). Idem pour le plastique, ce matériau dont cinq milliards de tonnes ont été produites depuis un peu plus de soixante-dix ans est présent dans le monde entier, y compris au fond des océans, sous formes de fragments, de microfibres et de microbilles (2). De même, les cendres volantes provenant de la consommation de combustibles fossiles peuvent être récupérées, comme les pollens et les spores fossiles, dans des couches sédimentaires partout sur la planète.

Signal brutal

Les cycles biogéochimiques d’éléments clefs tels le carbone, l’azote et le phosphore ont eux aussi été profondément modifiés à l’échelle globale. On retrouve les signes de ces modifications dans les strates récentes ; typiquement il s’agit de modification soit dans la teneur soit dans les proportions en isotopes stables de ces éléments. Ces variations sont similaires à celles que l’on a utilisées comme marqueurs temporels pour délimiter des époques anciennes. Un autre signal – celui qui est intervenu de la manière la plus brutale peut-être – est celui des radio-isotopes artificiels, disséminés tout autour de la Terre à la suite des essais nucléaires entrepris depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Les teneurs en plutonium en particulier, s’élèvent dans les sédiments marins et lacustres, dans la tourbe, les calottes glaciaires, et même dans les organismes de très longues durées de vie (coraux, arbres, etc.).

Enfin, un dernier signal est la modification de la faune et de la flore mondiale : l’homme a introduit de multiples espèces invasives et en a éliminé d’autres (à une allure qui selon certains spécialistes va conduire à la sixième extinction de masse), il a aussi domestiqué de nombreuses espèces animales et végétales. Cette modification profonde est en train de former un signal paléontologique complexe mais distinct des époques voire des ères précédentes. Qui aurait imaginé que à notre époque, l’oiseau le plus abondant sur la planète, et de loin, soit le poulet domestique Gallus gallus ?

Dans ce sens le placement du début de l’Anthropocène vers le milieu du XXème siècle serait comparable à plusieurs des grandes transitions reconnues dans l’échelle géologique du temps. Par exemple, le Crétacé donna place au Paléogène à la suite de l’impact d’un astéroïde qui, il y a près de 65 millions d’années, dissémina partout une couche d’iridium tout en entrainant la disparition des dinosaures et de bien d’autres espèces. Tout comme les géologues et les paléontologues actuels peuvent identifier aisément cet évènement et ses répercussions (dont l’essor des mammifères !), ceux du futur apprécieront certainement la profondeur des évènements qui définissent l’Anthropocène.

Comme nous venons de le montrer nous ne manquons pas de preuves justifiant la reconnaissance de l’Anthropocène comme époque géologique à part entière. Il reste néanmoins beaucoup de travail à faire avant de présenter une proposition formelle, celle qui aboutira à reporter une nouvelle époque sur l’échelle stratigraphique internationale. Ce type de proposition requiert l’approbation de la communauté mondiale des géologues. Elle doit pour cela être fondée sur un point de référence physique – ce qu’on appelle un « clou d’or » – qui représentera au mieux la frontière géologique entre l’Anthropocène et l’époque qui la précède, l’Holocène : un point de référence exemplaire doit être trouvé pour cette transition planétaire, qui permettrait une corrélation stratigraphique objective partout sur la planète. Or la localisation, l’analyse et la sélection d’affleurements potentiels – qui peuvent se trouver dans les dépôts sous-marins de profondeurs, dans les sédiments lacustres, dans des anneaux de croissance d’arbres, dans des bandes de croissances de coraux, etc. - est une tâche considérable sur le plan logistiques comme sur le plan scientifique.

Cette tâche a maintenant débuté. Une fois que les données auront été rassemblées et étudiées dans leur ensemble, nous serons en mesure de proposer la reconnaissance officielle de l’Anthropocène en tant que subdivision de la Chartre Chronostratigraphique Internationale.

(1) J. Zalasciewicz et al. Antropoc.review., doi : 10.1177/2053019616677743, 2016
(2) C. N. Waters et al. Science, 351, 137, 2016

Auteurs :Jacques Grinevald, Catherine Jeandel, Clément Poirier, Colin N. Waters, Alexander P. Wolfe, Jan Zalasiewicz : membres du groupe de travail sur l’Anthropocène.

_________________________________________________________Cet article a été préalablement publié dans la revue La Recherche numéro 520, février 2017, p. 87 et 88. Il fait partie d’une tribune de la rubrique « idées » consacrée à l’Anthropocène et intitulée : « Avons-nous changé d’ère géologique ? » Il était accompagné de deux autres textes, l’un défavorable à la création d’une nouvelle ère : « Une étape dans l’histoire de la Terre ou de l’humanité ? » par les géologues Patrick de Wever et Stan Finney et l’autre proposant une approche plus historique : « Le prix de l’onction géologique » par l’historien des sciences Jean-Baptiste Fressoz. Le même thème a donné lieu également à un éditorial de Sophie Coisne (Rédactrice en chef) intitulé « Une nouvelle ère pour sauver la planète ? » (p.3). Merci à Monsieur Philippe Pajot, chef des informations, de nous avoir autorisé la reprise de cet article.

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 10:04

Le 22 février dernier, c’est-à-dire à la veille de son ralliement à Benoît Hamon par lequel il confiait, pour la présidentielle, la problématique écologique au seul représentant du parti socialiste, Yannick Jadot, encore dans la course (au moins dans l'esprit des auditeurs), était l’invité d’une émission de la série Pandalive organisée par le WWF en vue d’interroger les candidats sur les questions d’environnement.

Isabelle Autissier qui assurait l’interview transmit une question posée par une internaute sur la démographie. (A écouter ici : passage sur la démographie à 9'08",  L'extrait de cet entretien consacré au sujet est par ailleurs retranscrit à la fin de l'article).

La réponse de Yannick Jadot est tout à fait intéressante car très représentative d’une dérive hélas courante. Plutôt que de s’interroger sur la réalité du problème, Le leader écologiste préfère tout d’abord, (c’est précisément le début de sa réponse) mettre en cause ceux qui s’en inquiètent : « Qu’est-ce qu’ils ont en tête ? » se demande M. Jadot. La réalité est ainsi soumise au diktat du politique. Avant de savoir si la démographie est un problème, interrogeons-nous pour savoir si ceux s’en préoccupent sont tout à fait fréquentables !

Cette dérive, ce procès d'intention pourraient prêter à sourire s'ils n’étaient pas, hélas, les prémices de ce que l'on connait dans toutes les sociétés sans liberté, à savoir la soumission du réel au politique, phénomène dont à juste titre, la science-fiction s’est fréquemment emparé. L’apogée du processus ayant été atteint (dans le monde réel) avec les théories abracadabrantesques de Lyssenko sur la génétique : Ne regardons pas comment fonctionnent les choses, établissons a priori qu’elles fonctionnent selon l’idéologie en vigueur. Condamnons les questionneurs avant d’interroger les faits !

Non, Monsieur Jadot, la surpopulation est un fait grave, quoi que vous vous pensiez par ailleurs de ceux qui s’en inquiètent et quels que soient vos désaccords, l’honnêteté impose d’étudier la question avant d’y répondre par un a priori idéologique. Quant à la terrible phrase que vous prononcez : « Donc on commence par éliminer qui ? » par laquelle vous souhaitez déconsidérer ceux qui mettent en cause la démographie, sachez qu’elle est aux antipodes de la position de ceux qui luttent en France contre l’explosion de nos effectifs et qui en cela veulent au contraire que nos enfants puissent disposer d’un monde vivable et à leur tour aussi avoir des enfants, ce qui sera de fait impossible sur une Terre surpeuplée. Notons hélas qu’une réponse aussi déplaisante avait été faite par l’explorateur Jean-Louis Etienne lors d’une conférence à Lyon où la même question avait été posée. On s’étonne que des personnalités connues puissent s’abaisser à tant de mauvaise foi ou bien fassent preuve d’une telle méconnaissance des points de vue de ceux qu’ils critiquent.

Pour le reste, la réponse de Yannick Jadot relève du missel de la bienpensance, selon lequel seuls les riches sont responsables des problèmes écologiques (Yannick Jadot n’évoque d’ailleurs que le volet très restrictif des émissions de CO2). Nous avons souvent sur ce site répondu à cette affirmation (lors de cet entretien par exemple). Rappelons encore une fois que si les habitants des pays les plus défavorisés polluent moins par personne, c’est justement du fait de la pauvreté, et qu’il est bien improbable que cet état satisfasse ceux qui en sont victimes. Ne vaudrait-il pas mieux être moins pour pouvoir donner plus à tous ?

Ensuite, sans doute pour souligner son humanisme et son féminisme, le futur ex-candidat écologiste rappelle que pour lutter contre l’explosion démographique il faut avant tout privilégier l’éducation des jeunes filles. Mais nul ne le conteste, et surtout pas les antinatalistes, d’ailleurs l’association Démographie Responsable est la première à militer en ce sens. Sauf qu’on se demande pourquoi Yannick Jadot insiste sur ce point puisque dans la première partie de ses propos il explique justement que le problème n’était pas la surpopulation, mais uniquement la consommation des plus riches ! Pourquoi alors vouloir s’occuper de la surpopulation ?

Dans la suite de l’entretien sera évoqué le fameux rapport « Planète vivante » signalant la disparition de plus de la moitié des vertébrés au cours des 40 dernières années, Yannick Jadot pointera du doigt la question du réchauffement climatique. Or, si la question du réchauffement climatique est inquiétante pour l’avenir, elle n’est quasiment pour rien dans la disparition actuelle des animaux presque entièrement due à l’occupation de leurs territoires par les hommes. Il se trouve justement qu’au cours de ces 40 dernières années tandis que le nombre d’animaux se voyait divisé par deux, celui des hommes se voyait lui, multiplié par deux. Libre à chacun de fermer les yeux.

___________________________________________________________________

Ci-dessous, retranscription des propos de Yannick Jadot.

Isabelle Autissier : « Une question un peu plus polémique… envoyée par Anne-Marie, c’est la question démographique… autour de laquelle on tourne parfois… »

Yannick Jadot : « La fameuse question démographique… Quand on pose cette question-là, je me dis toujours « qu’est-ce que souvent on a en tête ?.... Trop souvent finalement, l’imaginaire derrière, c’est le petit burkinabé ou le jeune indien qui, parce que la démographie est forte, constitue une menace pour la planète. Un burkinabè et surtout un jeune c’est 0,2 ou 0,3 tonnes de carbone par an. Ok ? Un européen ou un américain, on est à 100 fois plus, 50 ou 100 fois plus selon là où l’on vit. Donc, on commence par éliminer qui ? Quand on pose cette question-là ? …

Isabelle Autissier : « Je n’ai pas dit cela… »

Yannick Jadot : « Est-ce qu’on a en imaginaire l’explosion démographique des pays du Sud ou est-ce qu’on a dans notre imaginaire l’empreinte écologique très lourde que le monde dit développé a aujourd’hui sur la planète. Ce que je crois sur cette question démographique, moi, pour avoir vécu au Burkina Faso, j’y ai travaillé, pour avoir vécu au Bangladesh, j’y ai travaillé, il y a un seul levier de la révolution démographique, c’est l’éducation des jeunes filles ».

Isabelle Autissier : « On ne peut pas revenir là-dessus »

Yannick Jadot : « On peut prendre le truc dans tous les sens, quand on reconnait dans la société le statut des femmes, quand on leur offre la perspective d’exister économiquement donc socialement, quand on reconnait aux femmes leurs droits, toujours ça signifie derrière que les enfants vont aller à l’école et que les petites filles vont aller à l’école. Et quand on a les femmes qui sont des acteurs, des actrices de la société et des filles qui vont à l’école, la révolution démographique elle est toujours active (acquise ?) C’est la clef du développement »

Isabelle Autissier : « Merci pour les femmes, du monde entier »

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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 12:04

Le « Oui » au référendum en faveur de la construction de l’aéroport de Notre Dame des Landes est une des plus tristes nouvelles que nous puissions recevoir. Ainsi, la nature a perdu !

On peut bien entendu arguer que le périmètre de la consultation fut particulièrement bien choisi. Qu’un vote sur la seule commune de Notre Dame des Landes (où le « Non » a recueilli 73 % des suffrages) eut donné un autre résultat; qu’un vote sur l’ensemble de la région ou même sur la France - après tout, cet aéroport revendique une vocation internationale - eut peut-être connu une autre issue. Il n’empêche que le score est franc, que cela ne s’est pas joué à deux voix près et que dans l’isoloir nul n’avait un pistolet sur  la tempe.

On peut à l’infini condamner quelques boucs émissaires, les « Vinci » bétonneurs, les politiques peu soucieux du long terme, les arguments de mauvaise foi et les moyens financiers des partisans du oui  mais cela serait trop facile, cela serait se rassurer à bon compte.

Il nous faut admettre que la cause écologique est loin de faire l’unanimité, que pour une part sensible de la population, les valeurs habituelles de notre société, la croissance et le progrès forcément salvateur, sont encore largement dominantes et que, dans la balance, la nature ne fait pas le poids.

Les lois de protection des plantes et des animaux sont tout simplement effaçables d’un trait de plume à l’approche de n’importe quel projet. Une règle qui peut être facilement détournée et qui l’est régulièrement, n’est tout simplement plus une règle, la conclusion est claire, il n’existe pas aujourd’hui de loi de protection de la nature. Les loups d’ailleurs en font  la triste expérience.

Rappelons que la même dérive toucha la région lyonnaise lors de la construction du stade dit des lumières auquel on sacrifia sans état d’âme et avec la bénédiction des principaux partis, mais aussi des amateurs de sport, une des rares zones de l’agglomération non encore bétonnées. Il en sera de même très probablement pour la réalisation d’une autoroute supplémentaire entre Lyon et Saint Etienne.

Dans les trois cas, une infrastructure existe ou existait déjà. Dans les trois cas nous voulons toujours plus, dans les trois cas la défense de la nature se fracasse contre l’intérêt immédiat et les peuples ne sont pas innocents. Ils savent bien d’ailleurs que les aéroports sont nécessaires aux voyages comme le sont les routes et les compagnies pétrolières pourtant si décriées. Ils ne votent pas tout à fait sans raison et les politiques le savent aussi, le chantage à l’emploi fait le reste.

Globaliser les choses, rappeler que sur un monde dévasté, irrespirable, sans plus un arbre, même la question de l’emploi sera sans importance ne convainc pas. Nous nous heurtons là sur l’impossible conciliation du local et du global, du court et du long terme, de la nécessité d’une approche générale à longue échéance et de la pression d’un intérêt plus tangible, plus évident pour demain matin.  Cette opposition concerne toutes les activités des hommes et depuis longtemps, toutefois, tant que l’humanité n’avait pas colonisé l’ensemble de la planète et construit une société globale nous pouvions, sur ce point,  laisser la réflexion à demain et la cantonner à quelques philosophes ignorés.

Cette opposition fondamentale constitue la justification la plus profonde de ceux que tente le pessimisme, car elle touche non seulement les faits, mais elle incline à admettre la radicale inaccessibilité des solutions. La faute est trop profondément en nous.

La participation active des populations au désastre, la béatitude d’une grande partie des mouvements écologistes qui se complaisent dans l’oxymore d’une croissance verte résultent sans doute pour une part d’un égoïsme assez naturel (et nécessaire ?) à toute forme de vie et il n’y aurait pas lieu de s’en inquiéter si cette forme de vie n’avait désormais la possibilité d’influer sur toutes les autres et ne s’était ancrée dans l’illusion d’en être indépendante. Mais ce n’est plus le cas, nous avons changé de monde et nous pouvons tout détruire.

A terme, la nature engloutira les prétentions des hommes, mais il eut été entretemps tellement plus raisonnable pour l’humanité d’être son amie, affectueuse et intelligente.

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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 11:44

 

Economie Durable vous présente ses meilleurs voeux pour 2016 et vous souhaite d'excellentes fêtes du nouvel an

 

A toutes et à tous, bonne et heureuse année.

 

 

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 14:04

La question démographique reste la grande absente des débats sur l'environnement. Une conférence organisée par l'association Démographie Responsable tentera de faire le point sur ce sujet.

Elle s'articulera autour des interventions de M. Hugues Stoeckel (auteur de "La faim du monde") et de M. Michel Sourrouille (créateur du site Biosphère). 

Hugues Stoeckel rappellera les raisons pour lesquelles notre monde reste fortement menacé par les famines dans les années à venir et Michel Sourrouille évoquera le thème : La décroissance est-elle malthusienne ? 

Venez nombreux, c'est l'une des rares occasions de briser le tabou et d'aborder sans langue de bois quelques-unes des véritables contraintes qui pèsent sur les futurs équilibres écologiques de la planète..

Cette conférence se tiendra à Paris, dans la salle des fêtes du NCCP, 119, rue La Fayette, le mercredi 24 octobre à 19 heures. Une large place sera laissée aux débats avec le public . Il sera également possible de discuter autour d'un verre avec les membres de Démographie Responsable à l'issue de la conférence.

 

 Affiche-Conference.jpg

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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 17:04

Kyoto, Copenhagen, Nagoya et maintenant Durban … nous enregistrons ces noms de sommets internationaux qui s’occupent de l’état de la planète, nous entendons à chaque fois que l’avenir de l’humanité se joue là, nous finissons par comprendre par delà les méandres de la diplomatie qu’un accord pas aussi fort qu’il eut fallu a été passé, a minima ou presque … et la vie continue, avec un nouveau rendez-vous prévu dans une autre ville dans deux ans dans trois ans (1). Et pendant ce temps, notre économie carbonée crache à pleins poumons, les pays développés continuent sur leur lancée consommatrice, les pays émergents n’en finissent pas d’émerger à coup de centrales à charbon et de grands barrages hydroélectriques, et les pays pauvres font ce qu’ils peuvent.

 

En paraphrasant René Dumont, on a envie de dire que "le monde est mal parti". Avec des pays riches fonctionnant à la démocratie élective peu outillée pour gérer les enjeux de long terme, avec des pays émergents qui veulent de toute leur force faire leur le modèle économique des pays riches, prenant ainsi leur revanche sur un modèle colonial qui les a brisés pendant plusieurs siècles, et des pays pauvres qui n’en peuvent mais et sont le plus souvent submergés par une croissance démographique qui bouleverse leurs cadres, comment réussir à s’entendre à l’échelle de la planète pour limiter les impacts d’une trop forte exploitation de notre biotope ? Comment faire comprendre au Brésil, à l’Inde ou à la Chine qu’à peine trouvée leur place dans l’économie-monde industrielle, ils doivent entraver leur croissance économique et limiter au maximum leurs rejets de gaz à effet de serre quand l’Occident s’est développé sans aucune préoccupation de ce genre pendant deux siècles ? Comment faire comprendre aux classes moyennes d’Amérique ou d’Europe que leurs enfants ne vivront pas aussi bien que leurs parents si une place de consommateur doit être faite aux enfants du tiers-monde tout en ne saccageant pas la planète en moins d’un demi-siècle ? Comment dire aux nigériens ou aux égyptiens que même en vivant très pauvrement leur modèle démographique les mène dans le mur et qu’eux aussi feront bientôt partie du problème écologique ?

Dans une négociation internationale, la logique du court terme comprise au niveau de chaque état l’emporte. Quand la somme des intérêts de chacun est incompatible avec l’intérêt de tous, quand la logique des externalités négatives joue à plein, quand aucune autorité mondiale ne peut s’imposer, comment faire pour aboutir à un accord suffisamment fort et contraignant pour être à la hauteur des enjeux ? Alors nous dévidons les sommets comme les brins d’une guirlande éphémère …

 

Par son incapacité à prendre les mesures qui s’imposent, notre monde bascule peu à peu dans un futur sans avenir, oscillant sans cesse entre les catastrophes, loin très loin de l’intelligence des hommes qui du plus profond de leur histoire ont tressé les brins d’une guirlande éternelle (2).

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(1) Ces sommets se suivent et se ressemblent, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre française de l'Ecologie et du Développement Durable, parle de "tous petits pas" dans une interview au Figaro du 11 Décembre 2011. Il y a treize mois, la même chose pouvait être dite, cf: Kyoto, Copenhague, Nagoya ou les étapes d'une course contre la montre.

(2) Douglas Hofstadter, Gödel, Escher, Bach: an Eternal Golden Braid, Basic Books, 1979 ; version française Gödel, Escher, Bach: les Brins d’une Guirlande Eternelle, Dunod, 1985.  

 

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