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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 16:04

Article paru préalablement dans la revue La Recherche (février 2017)

L’homme se considère en général comme l’espèce dominante sur Terre. Cette réflexion sous-estime le rôle des autres organismes de notre planète. Sans l’activité constante des microbes par exemple, le fonctionnement de la biosphère s’arrêterait en quelques jours voire en quelques heures. Néanmoins, l’homme est clairement le prédateur principal sur Terre comme en mer. Les modifications physiques chimiques et biologiques qu’il impose au fonctionnement de la planète sont majeures et indéniables. On estime ainsi à 30 milliers de milliards de tonnes (soit 50 kilogrammes pour chaque mètre carré de la planète) le poids des matériaux techniques construits et rejetés par les sociétés humaines (par exemple le béton) (1) ; quant aux rejets et à l’accumulation de gaz à effet de serre, ils modifient la composition de l’atmosphère à un niveau tel qu’ils altèrent le système climatique.

Ces changements justifient-ils que l’on définisse de manière formelle une nouvelle époque géologique du nom d’Anthropocène ?

Pour répondre à cette question il faut d’abord comprendre l’outil très particulier qui permet aux géologues de classer le déroulement du temps sur Terre : l’échelle des temps géologique, désignée sous le nom de « Chartre Chronostratigraphique Internationale ».

Cet outil est construit sur la base de deux critères.

Le premier est d’ordre temporel : étant donné l’existence déjà extrêmement longue de notre planète – environ 4,6 milliards d’années -, il faut que chaque unité de temps représente une période relativement longue si l’on veut éviter de les multiplier. Ainsi les périodes les plus longues les « éons » se comptent en milliards d’années. Même les plus courtes - les « époques » et les « âges » -, ont des durées de plusieurs millions d’années, incomparables avec les décennies et les siècles utilisés pour décrire l’histoire de l’humanité.

Le second critère est d’ordre stratigraphique : le temps géologique ne prend pas seulement en compte les durées (la géochronologie), il s’appuie aussi sur leur représentation au sein des couches de roches. Ces couches préservent des environnements différents de la planète, elles « enregistrent » les preuves de cette histoire.

Cette classification appelée « chronostratigraphie » est fondamentale aux yeux des géologues. Pour être acceptée officiellement dans l’échelle des temps géologiques, l’Anthropocène doit donc remplir ces critères temporel et stratigraphique. Dans quelle mesure y répond-il ?

L’équivalent d’une vie humaine

Etudions d’abord le critère temps. Une évaluation récente menée par le groupe de travail qui étudie l’Anthropocène suggère que la proposition optimale serait de le faire débuter vers la moitié du XXème siècle. L’Anthropocène aurait donc soixante-dix ans environ, soit l’équivalent d’une vie humaine. Certes, cela fait bien peu à l’échelle des temps géologiques. Cependant ce serait oublier que cette échelle n’est pas divisée de manière uniforme. Ainsi les subdivisions plus anciennes tendent à être beaucoup plus longues que les plus récentes. La raison ? Les couches de roches qui composent les couches de roches les plus récentes sont mieux conservées et plus proches de la surface, ce qui rend leur définition plus précise.

Un exemple notable est celui de l’Holocène qui est la deuxième période du Quaternaire, et celle dans laquelle formellement nous vivons. Or, l’Holocène dure depuis 11 700 ans seulement, soit trois ordres de grandeurs de moins par exemple que la première époque du Quaternaire, le Pléistocène, époque des glaciations qui a duré 2,6 millions d’années. Dans ce contexte, la durée de l’Anthropocène ne semble plus aussi révolutionnaire.

Parlons maintenant du critère stratigraphique. Les changements associés à l’Anthropocène, - en particulier ceux qui touchent au climat, à la pollution et à la biologie de la Terre- se font déjà ressentir dans la composition des couches sédimentaires de notre planète, et cette tendance est de plus en plus prononcée. Les strates sont certes peu épaisses par rapport à celles d’époques géologiques anciennes (même si elles se comptent en dizaines de mètres sous nos villes et dans nos décharges), mais elles sont déjà facilement distinguables.

Dans ces strates, en particulier dans les zones urbaines, on retrouve quantité de fragments de béton – pour rappel, la moitié des 500 milliards de tonnes de béton a été produite au cours des 20 dernières années - et d’aluminium (presque la totalité des 500 millions de tonnes de ce métal a été produite depuis les années 1940). Idem pour le plastique, ce matériau dont cinq milliards de tonnes ont été produites depuis un peu plus de soixante-dix ans est présent dans le monde entier, y compris au fond des océans, sous formes de fragments, de microfibres et de microbilles (2). De même, les cendres volantes provenant de la consommation de combustibles fossiles peuvent être récupérées, comme les pollens et les spores fossiles, dans des couches sédimentaires partout sur la planète.

Signal brutal

Les cycles biogéochimiques d’éléments clefs tels le carbone, l’azote et le phosphore ont eux aussi été profondément modifiés à l’échelle globale. On retrouve les signes de ces modifications dans les strates récentes ; typiquement il s’agit de modification soit dans la teneur soit dans les proportions en isotopes stables de ces éléments. Ces variations sont similaires à celles que l’on a utilisées comme marqueurs temporels pour délimiter des époques anciennes. Un autre signal – celui qui est intervenu de la manière la plus brutale peut-être – est celui des radio-isotopes artificiels, disséminés tout autour de la Terre à la suite des essais nucléaires entrepris depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Les teneurs en plutonium en particulier, s’élèvent dans les sédiments marins et lacustres, dans la tourbe, les calottes glaciaires, et même dans les organismes de très longues durées de vie (coraux, arbres, etc.).

Enfin, un dernier signal est la modification de la faune et de la flore mondiale : l’homme a introduit de multiples espèces invasives et en a éliminé d’autres (à une allure qui selon certains spécialistes va conduire à la sixième extinction de masse), il a aussi domestiqué de nombreuses espèces animales et végétales. Cette modification profonde est en train de former un signal paléontologique complexe mais distinct des époques voire des ères précédentes. Qui aurait imaginé que à notre époque, l’oiseau le plus abondant sur la planète, et de loin, soit le poulet domestique Gallus gallus ?

Dans ce sens le placement du début de l’Anthropocène vers le milieu du XXème siècle serait comparable à plusieurs des grandes transitions reconnues dans l’échelle géologique du temps. Par exemple, le Crétacé donna place au Paléogène à la suite de l’impact d’un astéroïde qui, il y a près de 65 millions d’années, dissémina partout une couche d’iridium tout en entrainant la disparition des dinosaures et de bien d’autres espèces. Tout comme les géologues et les paléontologues actuels peuvent identifier aisément cet évènement et ses répercussions (dont l’essor des mammifères !), ceux du futur apprécieront certainement la profondeur des évènements qui définissent l’Anthropocène.

Comme nous venons de le montrer nous ne manquons pas de preuves justifiant la reconnaissance de l’Anthropocène comme époque géologique à part entière. Il reste néanmoins beaucoup de travail à faire avant de présenter une proposition formelle, celle qui aboutira à reporter une nouvelle époque sur l’échelle stratigraphique internationale. Ce type de proposition requiert l’approbation de la communauté mondiale des géologues. Elle doit pour cela être fondée sur un point de référence physique – ce qu’on appelle un « clou d’or » – qui représentera au mieux la frontière géologique entre l’Anthropocène et l’époque qui la précède, l’Holocène : un point de référence exemplaire doit être trouvé pour cette transition planétaire, qui permettrait une corrélation stratigraphique objective partout sur la planète. Or la localisation, l’analyse et la sélection d’affleurements potentiels – qui peuvent se trouver dans les dépôts sous-marins de profondeurs, dans les sédiments lacustres, dans des anneaux de croissance d’arbres, dans des bandes de croissances de coraux, etc. - est une tâche considérable sur le plan logistiques comme sur le plan scientifique.

Cette tâche a maintenant débuté. Une fois que les données auront été rassemblées et étudiées dans leur ensemble, nous serons en mesure de proposer la reconnaissance officielle de l’Anthropocène en tant que subdivision de la Chartre Chronostratigraphique Internationale.

(1) J. Zalasciewicz et al. Antropoc.review., doi : 10.1177/2053019616677743, 2016
(2) C. N. Waters et al. Science, 351, 137, 2016

Auteurs :Jacques Grinevald, Catherine Jeandel, Clément Poirier, Colin N. Waters, Alexander P. Wolfe, Jan Zalasiewicz : membres du groupe de travail sur l’Anthropocène.

_________________________________________________________Cet article a été préalablement publié dans la revue La Recherche numéro 520, février 2017, p. 87 et 88. Il fait partie d’une tribune de la rubrique « idées » consacrée à l’Anthropocène et intitulée : « Avons-nous changé d’ère géologique ? » Il était accompagné de deux autres textes, l’un défavorable à la création d’une nouvelle ère : « Une étape dans l’histoire de la Terre ou de l’humanité ? » par les géologues Patrick de Wever et Stan Finney et l’autre proposant une approche plus historique : « Le prix de l’onction géologique » par l’historien des sciences Jean-Baptiste Fressoz. Le même thème a donné lieu également à un éditorial de Sophie Coisne (Rédactrice en chef) intitulé « Une nouvelle ère pour sauver la planète ? » (p.3). Merci à Monsieur Philippe Pajot, chef des informations, de nous avoir autorisé la reprise de cet article.

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 10:04

Le 22 février dernier, c’est-à-dire à la veille de son ralliement à Benoît Hamon par lequel il confiait, pour la présidentielle, la problématique écologique au seul représentant du parti socialiste, Yannick Jadot, encore dans la course (au moins dans l'esprit des auditeurs), était l’invité d’une émission de la série Pandalive organisée par le WWF en vue d’interroger les candidats sur les questions d’environnement.

Isabelle Autissier qui assurait l’interview transmit une question posée par une internaute sur la démographie. (A écouter ici : passage sur la démographie à 9'08",  L'extrait de cet entretien consacré au sujet est par ailleurs retranscrit à la fin de l'article).

La réponse de Yannick Jadot est tout à fait intéressante car très représentative d’une dérive hélas courante. Plutôt que de s’interroger sur la réalité du problème, Le leader écologiste préfère tout d’abord, (c’est précisément le début de sa réponse) mettre en cause ceux qui s’en inquiètent : « Qu’est-ce qu’ils ont en tête ? » se demande M. Jadot. La réalité est ainsi soumise au diktat du politique. Avant de savoir si la démographie est un problème, interrogeons-nous pour savoir si ceux s’en préoccupent sont tout à fait fréquentables !

Cette dérive, ce procès d'intention pourraient prêter à sourire s'ils n’étaient pas, hélas, les prémices de ce que l'on connait dans toutes les sociétés sans liberté, à savoir la soumission du réel au politique, phénomène dont à juste titre, la science-fiction s’est fréquemment emparé. L’apogée du processus ayant été atteint (dans le monde réel) avec les théories abracadabrantesques de Lyssenko sur la génétique : Ne regardons pas comment fonctionnent les choses, établissons a priori qu’elles fonctionnent selon l’idéologie en vigueur. Condamnons les questionneurs avant d’interroger les faits !

Non, Monsieur Jadot, la surpopulation est un fait grave, quoi que vous vous pensiez par ailleurs de ceux qui s’en inquiètent et quels que soient vos désaccords, l’honnêteté impose d’étudier la question avant d’y répondre par un a priori idéologique. Quant à la terrible phrase que vous prononcez : « Donc on commence par éliminer qui ? » par laquelle vous souhaitez déconsidérer ceux qui mettent en cause la démographie, sachez qu’elle est aux antipodes de la position de ceux qui luttent en France contre l’explosion de nos effectifs et qui en cela veulent au contraire que nos enfants puissent disposer d’un monde vivable et à leur tour aussi avoir des enfants, ce qui sera de fait impossible sur une Terre surpeuplée. Notons hélas qu’une réponse aussi déplaisante avait été faite par l’explorateur Jean-Louis Etienne lors d’une conférence à Lyon où la même question avait été posée. On s’étonne que des personnalités connues puissent s’abaisser à tant de mauvaise foi ou bien fassent preuve d’une telle méconnaissance des points de vue de ceux qu’ils critiquent.

Pour le reste, la réponse de Yannick Jadot relève du missel de la bienpensance, selon lequel seuls les riches sont responsables des problèmes écologiques (Yannick Jadot n’évoque d’ailleurs que le volet très restrictif des émissions de CO2). Nous avons souvent sur ce site répondu à cette affirmation (lors de cet entretien par exemple). Rappelons encore une fois que si les habitants des pays les plus défavorisés polluent moins par personne, c’est justement du fait de la pauvreté, et qu’il est bien improbable que cet état satisfasse ceux qui en sont victimes. Ne vaudrait-il pas mieux être moins pour pouvoir donner plus à tous ?

Ensuite, sans doute pour souligner son humanisme et son féminisme, le futur ex-candidat écologiste rappelle que pour lutter contre l’explosion démographique il faut avant tout privilégier l’éducation des jeunes filles. Mais nul ne le conteste, et surtout pas les antinatalistes, d’ailleurs l’association Démographie Responsable est la première à militer en ce sens. Sauf qu’on se demande pourquoi Yannick Jadot insiste sur ce point puisque dans la première partie de ses propos il explique justement que le problème n’était pas la surpopulation, mais uniquement la consommation des plus riches ! Pourquoi alors vouloir s’occuper de la surpopulation ?

Dans la suite de l’entretien sera évoqué le fameux rapport « Planète vivante » signalant la disparition de plus de la moitié des vertébrés au cours des 40 dernières années, Yannick Jadot pointera du doigt la question du réchauffement climatique. Or, si la question du réchauffement climatique est inquiétante pour l’avenir, elle n’est quasiment pour rien dans la disparition actuelle des animaux presque entièrement due à l’occupation de leurs territoires par les hommes. Il se trouve justement qu’au cours de ces 40 dernières années tandis que le nombre d’animaux se voyait divisé par deux, celui des hommes se voyait lui, multiplié par deux. Libre à chacun de fermer les yeux.

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Ci-dessous, retranscription des propos de Yannick Jadot.

Isabelle Autissier : « Une question un peu plus polémique… envoyée par Anne-Marie, c’est la question démographique… autour de laquelle on tourne parfois… »

Yannick Jadot : « La fameuse question démographique… Quand on pose cette question-là, je me dis toujours « qu’est-ce que souvent on a en tête ?.... Trop souvent finalement, l’imaginaire derrière, c’est le petit burkinabé ou le jeune indien qui, parce que la démographie est forte, constitue une menace pour la planète. Un burkinabè et surtout un jeune c’est 0,2 ou 0,3 tonnes de carbone par an. Ok ? Un européen ou un américain, on est à 100 fois plus, 50 ou 100 fois plus selon là où l’on vit. Donc, on commence par éliminer qui ? Quand on pose cette question-là ? …

Isabelle Autissier : « Je n’ai pas dit cela… »

Yannick Jadot : « Est-ce qu’on a en imaginaire l’explosion démographique des pays du Sud ou est-ce qu’on a dans notre imaginaire l’empreinte écologique très lourde que le monde dit développé a aujourd’hui sur la planète. Ce que je crois sur cette question démographique, moi, pour avoir vécu au Burkina Faso, j’y ai travaillé, pour avoir vécu au Bangladesh, j’y ai travaillé, il y a un seul levier de la révolution démographique, c’est l’éducation des jeunes filles ».

Isabelle Autissier : « On ne peut pas revenir là-dessus »

Yannick Jadot : « On peut prendre le truc dans tous les sens, quand on reconnait dans la société le statut des femmes, quand on leur offre la perspective d’exister économiquement donc socialement, quand on reconnait aux femmes leurs droits, toujours ça signifie derrière que les enfants vont aller à l’école et que les petites filles vont aller à l’école. Et quand on a les femmes qui sont des acteurs, des actrices de la société et des filles qui vont à l’école, la révolution démographique elle est toujours active (acquise ?) C’est la clef du développement »

Isabelle Autissier : « Merci pour les femmes, du monde entier »

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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 12:04

Le « Oui » au référendum en faveur de la construction de l’aéroport de Notre Dame des Landes est une des plus tristes nouvelles que nous puissions recevoir. Ainsi, la nature a perdu !

On peut bien entendu arguer que le périmètre de la consultation fut particulièrement bien choisi. Qu’un vote sur la seule commune de Notre Dame des Landes (où le « Non » a recueilli 73 % des suffrages) eut donné un autre résultat; qu’un vote sur l’ensemble de la région ou même sur la France - après tout, cet aéroport revendique une vocation internationale - eut peut-être connu une autre issue. Il n’empêche que le score est franc, que cela ne s’est pas joué à deux voix près et que dans l’isoloir nul n’avait un pistolet sur  la tempe.

On peut à l’infini condamner quelques boucs émissaires, les « Vinci » bétonneurs, les politiques peu soucieux du long terme, les arguments de mauvaise foi et les moyens financiers des partisans du oui  mais cela serait trop facile, cela serait se rassurer à bon compte.

Il nous faut admettre que la cause écologique est loin de faire l’unanimité, que pour une part sensible de la population, les valeurs habituelles de notre société, la croissance et le progrès forcément salvateur, sont encore largement dominantes et que, dans la balance, la nature ne fait pas le poids.

Les lois de protection des plantes et des animaux sont tout simplement effaçables d’un trait de plume à l’approche de n’importe quel projet. Une règle qui peut être facilement détournée et qui l’est régulièrement, n’est tout simplement plus une règle, la conclusion est claire, il n’existe pas aujourd’hui de loi de protection de la nature. Les loups d’ailleurs en font  la triste expérience.

Rappelons que la même dérive toucha la région lyonnaise lors de la construction du stade dit des lumières auquel on sacrifia sans état d’âme et avec la bénédiction des principaux partis, mais aussi des amateurs de sport, une des rares zones de l’agglomération non encore bétonnées. Il en sera de même très probablement pour la réalisation d’une autoroute supplémentaire entre Lyon et Saint Etienne.

Dans les trois cas, une infrastructure existe ou existait déjà. Dans les trois cas nous voulons toujours plus, dans les trois cas la défense de la nature se fracasse contre l’intérêt immédiat et les peuples ne sont pas innocents. Ils savent bien d’ailleurs que les aéroports sont nécessaires aux voyages comme le sont les routes et les compagnies pétrolières pourtant si décriées. Ils ne votent pas tout à fait sans raison et les politiques le savent aussi, le chantage à l’emploi fait le reste.

Globaliser les choses, rappeler que sur un monde dévasté, irrespirable, sans plus un arbre, même la question de l’emploi sera sans importance ne convainc pas. Nous nous heurtons là sur l’impossible conciliation du local et du global, du court et du long terme, de la nécessité d’une approche générale à longue échéance et de la pression d’un intérêt plus tangible, plus évident pour demain matin.  Cette opposition concerne toutes les activités des hommes et depuis longtemps, toutefois, tant que l’humanité n’avait pas colonisé l’ensemble de la planète et construit une société globale nous pouvions, sur ce point,  laisser la réflexion à demain et la cantonner à quelques philosophes ignorés.

Cette opposition fondamentale constitue la justification la plus profonde de ceux que tente le pessimisme, car elle touche non seulement les faits, mais elle incline à admettre la radicale inaccessibilité des solutions. La faute est trop profondément en nous.

La participation active des populations au désastre, la béatitude d’une grande partie des mouvements écologistes qui se complaisent dans l’oxymore d’une croissance verte résultent sans doute pour une part d’un égoïsme assez naturel (et nécessaire ?) à toute forme de vie et il n’y aurait pas lieu de s’en inquiéter si cette forme de vie n’avait désormais la possibilité d’influer sur toutes les autres et ne s’était ancrée dans l’illusion d’en être indépendante. Mais ce n’est plus le cas, nous avons changé de monde et nous pouvons tout détruire.

A terme, la nature engloutira les prétentions des hommes, mais il eut été entretemps tellement plus raisonnable pour l’humanité d’être son amie, affectueuse et intelligente.

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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 11:44

 

Economie Durable vous présente ses meilleurs voeux pour 2016 et vous souhaite d'excellentes fêtes du nouvel an

 

A toutes et à tous, bonne et heureuse année.

 

 

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 14:04

La question démographique reste la grande absente des débats sur l'environnement. Une conférence organisée par l'association Démographie Responsable tentera de faire le point sur ce sujet.

Elle s'articulera autour des interventions de M. Hugues Stoeckel (auteur de "La faim du monde") et de M. Michel Sourrouille (créateur du site Biosphère). 

Hugues Stoeckel rappellera les raisons pour lesquelles notre monde reste fortement menacé par les famines dans les années à venir et Michel Sourrouille évoquera le thème : La décroissance est-elle malthusienne ? 

Venez nombreux, c'est l'une des rares occasions de briser le tabou et d'aborder sans langue de bois quelques-unes des véritables contraintes qui pèsent sur les futurs équilibres écologiques de la planète..

Cette conférence se tiendra à Paris, dans la salle des fêtes du NCCP, 119, rue La Fayette, le mercredi 24 octobre à 19 heures. Une large place sera laissée aux débats avec le public . Il sera également possible de discuter autour d'un verre avec les membres de Démographie Responsable à l'issue de la conférence.

 

 Affiche-Conference.jpg

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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 17:04

Kyoto, Copenhagen, Nagoya et maintenant Durban … nous enregistrons ces noms de sommets internationaux qui s’occupent de l’état de la planète, nous entendons à chaque fois que l’avenir de l’humanité se joue là, nous finissons par comprendre par delà les méandres de la diplomatie qu’un accord pas aussi fort qu’il eut fallu a été passé, a minima ou presque … et la vie continue, avec un nouveau rendez-vous prévu dans une autre ville dans deux ans dans trois ans (1). Et pendant ce temps, notre économie carbonée crache à pleins poumons, les pays développés continuent sur leur lancée consommatrice, les pays émergents n’en finissent pas d’émerger à coup de centrales à charbon et de grands barrages hydroélectriques, et les pays pauvres font ce qu’ils peuvent.

 

En paraphrasant René Dumont, on a envie de dire que "le monde est mal parti". Avec des pays riches fonctionnant à la démocratie élective peu outillée pour gérer les enjeux de long terme, avec des pays émergents qui veulent de toute leur force faire leur le modèle économique des pays riches, prenant ainsi leur revanche sur un modèle colonial qui les a brisés pendant plusieurs siècles, et des pays pauvres qui n’en peuvent mais et sont le plus souvent submergés par une croissance démographique qui bouleverse leurs cadres, comment réussir à s’entendre à l’échelle de la planète pour limiter les impacts d’une trop forte exploitation de notre biotope ? Comment faire comprendre au Brésil, à l’Inde ou à la Chine qu’à peine trouvée leur place dans l’économie-monde industrielle, ils doivent entraver leur croissance économique et limiter au maximum leurs rejets de gaz à effet de serre quand l’Occident s’est développé sans aucune préoccupation de ce genre pendant deux siècles ? Comment faire comprendre aux classes moyennes d’Amérique ou d’Europe que leurs enfants ne vivront pas aussi bien que leurs parents si une place de consommateur doit être faite aux enfants du tiers-monde tout en ne saccageant pas la planète en moins d’un demi-siècle ? Comment dire aux nigériens ou aux égyptiens que même en vivant très pauvrement leur modèle démographique les mène dans le mur et qu’eux aussi feront bientôt partie du problème écologique ?

Dans une négociation internationale, la logique du court terme comprise au niveau de chaque état l’emporte. Quand la somme des intérêts de chacun est incompatible avec l’intérêt de tous, quand la logique des externalités négatives joue à plein, quand aucune autorité mondiale ne peut s’imposer, comment faire pour aboutir à un accord suffisamment fort et contraignant pour être à la hauteur des enjeux ? Alors nous dévidons les sommets comme les brins d’une guirlande éphémère …

 

Par son incapacité à prendre les mesures qui s’imposent, notre monde bascule peu à peu dans un futur sans avenir, oscillant sans cesse entre les catastrophes, loin très loin de l’intelligence des hommes qui du plus profond de leur histoire ont tressé les brins d’une guirlande éternelle (2).

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(1) Ces sommets se suivent et se ressemblent, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre française de l'Ecologie et du Développement Durable, parle de "tous petits pas" dans une interview au Figaro du 11 Décembre 2011. Il y a treize mois, la même chose pouvait être dite, cf: Kyoto, Copenhague, Nagoya ou les étapes d'une course contre la montre.

(2) Douglas Hofstadter, Gödel, Escher, Bach: an Eternal Golden Braid, Basic Books, 1979 ; version française Gödel, Escher, Bach: les Brins d’une Guirlande Eternelle, Dunod, 1985.  

 

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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 14:44

Voilà que l’on reparle d’un vaste projet (*)  permettant, de joindre l’Asie à l’Amérique par voie terrestre grâce au percement d’un tunnel sous le détroit de Béring.  

Ce projet est en réalité bien plus qu’une liaison entre les deux continents, il s’agit d’une véritable unification ferroviaire de la planète. Ce tunnel creusé, toutes les terres à l’exception de l’Océanie se trouveraient alors reliées par des rails ininterrompus et l’on pourrait bientôt délivrer des billets Paris-New-York, Ushuaïa-Le Cap, ou même Washington-Moscou ce qui serait une bonne façon d’enterrer la guerre froide si l’Histoire ne s’en était préalablement chargée. A l’âge de l’aviation c’est évidemment le fret plus que le transport de passagers qui est visé. Quoique, dans le monde de demain, sans énergies fossiles …

Pour les écologistes cette liaison constitue le mariage de deux contraires : le train adulé et la mondialisation honnie.

Car ne nous trompons pas, ce projet est d’abord l’ultime outil de la mondialisation. Il permettrait notamment de faire passer par le rail une partie des immenses échanges commerciaux qui relient la Chine aux Etats-Unis. Il favoriserait également le développement économique des régions traversées.

Chacun connait les oppositions que font naître tous les projets de voies maritimes à travers l’Antarctique via le fameux passage du Nord-Ouest. Projets rendus possibles par l’amincissement voire la disparition de la banquise d’été consécutive au réchauffement climatique particulièrement sensible dans le Grand Nord.

Le train qui bénéficie d’une image sympathique ne suscite pas de telles réticences. Pourtant, est-ce bien différent ? Il ne s’agit pas seulement de construire un tunnel. Il faut également prévoir une large extension des réseaux ferrés : côté russe pour relier l’entrée du détroit à la ligne du transsibérien, côté américain pour, depuis la pointe occidentale, traverser l’Alaska et une bonne partie du nord-ouest du Canada jusqu’à Vancouver afin de rejoindre le Transcanadien qui lui-même unifie l’Est et l’Ouest du pays. De facto, cela suppose également un ensemble d’aménagements routiers pour relier le réseau ferré aux usines et aux lieux de distribution et de consommation.

L’empreinte d’un tel réseau sur le milieu est même supérieure à celle d’une liaison maritime puisqu’une voie ferrée est un équipement permanent consommateur et fragmenteur d’espaces. Les mêmes écologistes qui hurlent au scandale face aux oléoducs ainsi qu’aux projets de développement du Nord-Ouest Canadien, seront-ils plus rassurés par celui-ci ? Ces terres, des deux côtés du détroit d’ailleurs, sont en effet parmi les rares que comptent encore la planète où l’Homme n’est pas omniprésent et où la nature garde quelques droits. Que faire ?

Ce projet présente des avantages certains, mais le refuser serait aussi un symbole fort, celui de dire : « Nous pouvons, mais nous renonçons. Nous considérons qu’il faut laisser intactes et vierges d’hommes certaines parties de notre Terre, nous considérons qu’il faut cesser de promouvoir encore et toujours les outils d’une croissance infinie dans un monde aux limites chaque jour plus évidentes ».

Plus généralement, le jour ou l’Homme décidera de lui-même de limiter ses pouvoirs ou plus exactement de ne pas réaliser tout ce qui lui est possible, un grand pas aura été fait vers une conduite écologique de nos sociétés. Renoncer par sagesse, voilà qui pourrait être un bon slogan ou plutôt une juste ligne de conduite et de pensée pour les « verts » du monde entier.

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(*) Ce tunnel devrait approximativement faire 100 km de long soit grosso modo le double du tunnel sous la manche, la profondeur de la mer est ici de 50 à 60 mètres soit là aussi environ le double de celle du Channel. A priori l’entreprise est donc gigantesque mais sans doute pas impossible. Reste bien sûr à évaluer les données géologiques et notamment la nature des roches traversées et la stabilité sismique. Notons aussi que les réseaux américains et russes ne sont pas au même écartement.

 

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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 15:24

Comme cela était attendu, Nicolas Hulot a annoncé ce matin 13 avril  sa candidature à l'élection présidentielle de 2012. Au-delà des appels conventionnels au rassemblement et au dépassement des clivages traditionnels, Nicolas Hulot a tenu des propos généraux sur notre attitude qui me semblent devoir être retenus, les voici :

 

" J'en appelle... à celles et à ceux qui ont conscience que les lois humaines ne peuvent plus s'affranchir des lois de la nature.... à celles et ceux qui savent que l'homme ne peut plus s'exonérer de toutes  limites et notamment des limites physiques de la planète."

 

J'ignore comment de telles directives se traduiront  dans les faits, mais le cadre est juste. C'est le non respect de ces règles qui est la cause des menaces que supportent  aujourd'hui l'humanité comme le reste du vivant, c'est dans leur respect que résident les solutions. Autre question bien sûr, l'explosion démographique sera-t-elle considérée comme une atteinte à ces fameuses limites de la planète ?

 

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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 15:16

L'Earth System Research Laboratory (ESRL) vient de publier les statistiques 2010 de concentration de CO2 dans l'atmosphère à partir des études menées sur le volcan Mauna Loa.

Si, avec + 2,4 ppm, l'année ne marque pas la plus forte croissance jamais enregistrée (1),  la décennie désormais achevée : 2000 - 2010 a  battu tous les records d'augmentation  avec + 20,4 ppm en dix ans ce qui correspond à + 5,5 % (soit + 0,54 % par an).  

La décennie précédente, de 1990 à l'an  2000 avait pour sa part connu une augmentation de 15,2 ppm ce qui correspond à  + 4,3 % (soit + 0,42 % par an).

Non seulement la croissance du taux CO2 ne recule pas, mais elle accèlère en termes absolus et même en termes relatifs. Nous modifions sensiblement la composition de notre atmosphère et cela de plus en plus rapidement.

L'avenir promis au charbon et la récente explosion de l'exploitation des gaz de schistes ne sont pas pour inverser cette inquiétante tendance.

Quant à l'évolution du taux de CO2 sur longue période, le graphique ci-dessous vaut tous les discours.  Elle est forte, continue, durable et sans le moindre signe d'affaiblissement depuis 1960.

Nous voilà en moyenne sur l'année 2010  avec 389,78 ppm de dioxyde de carbone dans l'atmosphère, autant dire 390 (contre 280 à l'ère pré-industrielle). Nous nous dirigeons tout droit vers les 400 que nous atteindrons vers 2015. Nul doute que nous nous attaquerons alors au pic des 500 avec le même allant.

 

Graphique co2 CO2 annuel janvier 2011-copie-1

courbe rouge: données brutes, courbe noire: données désaisonnalisées

 

Pour plus d'informations, consultez les  statistiques de l'ESRL 

Voir également les pages chiffres clefs du CO2 sur ce site.

 

(1) L'année 2003 avait connu une augmentation de + 2,6 ppm. Sans battre le record donc, 2010 constitue cependant l'une des années de plus forte croissance de ce taux de CO2. Vous pourrez remarquer une divergence entre ces données et d'autres que l'on trouve sur le lien indiqué de l'ESRL.  C'est parce qu'ici les croissances annuelles sont calculées sur les valeurs moyennes de l'année alors que le tableau fourni sur le site de l'ESRL les donne sur les valeurs au 1er janvier (et là c'est en 2002 que le record de croissance avait été atteint).

Rappel : ppm = parties par million (dans le total des molécules athmosphérique ne sont pas comprises les molécules d'eau (vapeur) dont la proportion est variable en temps comme en lieu). 

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Published by Didier BARTHES - dans Actualités
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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 08:40

Inefficience des pouvoirs – Crise économique – Concurrence des BRIC - Chômage des jeunes – Inflation – Révolte – Pouvoir de l’armée - Révolution du Jasmin – Révolution égyptienne – Rente pétrolière - Crise alimentaire - Surpopulation – Crise écologique - Temps des troubles

 

Des sociétés voisines craquent. Toutes connaissent un pouvoir politique fort, et qui a été longtemps en capacité de "tenir" chacun des pays malgré et à travers moult vicissitudes. Sans tenter d’imaginer ce qui va advenir et surtout sans préjuger de la capacité de ces états à traverser la crise présente, il est important de regarder la nature de cette crise.

En apparence, celle-ci est d’abord perçue comme la résultante d’un exercice du pouvoir peu efficient, infoutu d’opérer une distribution correcte des richesses et d’assurer des perspectives à ses jeunes ; c’est ce que disent les manifestants qui dénoncent la corruption endémique au profit d’une minorité de privilégiés. Certains analystes vont plus loin en repérant l’inadéquation entre une population de jeunes mieux formée issue de l’université, et une économie basée sur une production low cost qui n’a que faire de ces jeunes gens … qui restent inemployés avec une rage d’autant plus grande qu’ils ont cru à la logique de progrès qui présidait à leurs études. Ajoutez à la corruption, à une société marquée par des inégalités croissantes et au chômage des jeunes, une flambée des prix alimentaires … et vous avez des crises sociales et politiques majeures.

Bien sûr on ne peut que penser que des pouvoirs plus souples, mieux organisés, plus habiles à entendre les doléances de leur population, plus capables de redistribuer équitablement la rente pétrolière quand elle existe, et surtout meilleurs stratèges dans le positionnement de leur pays dans le nouveau cadre de l’économie mondialisée, n’auraient pas eu à faire face à une telle situation et seront les bienvenus. C’est d’ailleurs sans doute cette politique-là qui sera suivie après le temps des troubles.

Tunisie, Egypte, Algérie, ce "T.E.A. Movement " sonne comme un printemps en hiver et fait vibrer les démocrates qui gardent en tête les belles images fondatrices des rébellions occidentales, de 1848 à celles plus récentes qui ont vu les pouvoirs soviétiques s’effondrer. Comme une promesse d’un monde meilleur. Mais demain sera-t-il meilleur ?

Ce serait oublier quelques faits, têtus comme toujours.

Et surtout le fait que ces pays ont connu en un demi-siècle un quasi-triplement de leur population. Quel pays peut digérer une telle croissance démographique sans rencontrer d’immenses difficultés ? Comment ajuster les structures scolaires et régler la question de l’habitat ? Comment trouver du travail à chacun ? Imaginons une France passée en 50 ans de 40 à 120 millions d’habitants, avec 75% de jeunes de moins de 30 ans : où en serions-nous ?

C’est bien là toute la difficulté rencontrée par les pouvoirs aujourd’hui honnis, et qui sera à résoudre demain.

Bien sûr ces pays bénéficient de rentes pétrolières ou touristiques, et ces ressources permettent une certaine redistribution. Mais c’est une évidence qu’il faut rappeler, plus il y a de monde et plus la fraction qui peut être allouée à chacun est faible. Or ces pays sont très loin d’être autosuffisants en matière alimentaire, et leur capacité à sensiblement améliorer la production agricole est très mesurée au vu de leur géographie : ils sont donc en première ligne face à l’augmentation des prix mondiaux de la nourriture qui ne devrait aller qu’en s’accélérant, pris en tenaille entre une demande croissante (1) et une production affectée par les troubles climatiques croissants et les effets négatifs de la Révolution Verte (2).

Bien sûr, ces pays disposent d’une population jeune et nombreuse, et cela pourrait être un atout. Mais pour que cela en devienne un dans les faits, il convient que ces jeunes puissent s’insérer dans l’économie mondiale en travaillant dans leur pays. Or à quoi assiste-on depuis quelques années, si ce n’est à l’effondrement des entreprises, notamment dans le textile, durement concurrencées par les pays du bloc BRIC (3) ? Nécessité faisant loi, on peut toutefois imaginer une meilleure intégration dans le nouvel ordre économique mondial, mais de là à pouvoir créer des emplois pour des dizaines de millions de jeunes (4) dans un marché saturé …

En fait ces pays sont dans une impasse, avec une population dont ils ne savent que faire et qu’ils n’arrivent à nourrir que de plus en plus chichement en dépendant d’importations grandissantes. Sans compter que la rente pétrolière dont certains bénéficient ne sera pas éternelle. Alors, si un pays c’est d’abord une population sur un territoire, force est de constater que trois là vivent aujourd’hui au-dessus de leurs moyens, en rupture écologique avec ce que peut leur fournir durablement le territoire qu’ils occupent.

Tout se passe comme si ces pays, dans la foulée des indépendances et l’émergence revendiquée du tiers-monde, avaient oublié leur condition de pays abritant une population peu nombreuse vivant sobrement dans des territoires en bonne partie peu favorables à l’homme, avec d’importants déserts et semi-déserts. Comme si ces pays, qui ont recouvré leur pouvoir sur eux-mêmes dans le moment historique où l’humanité toute entière s’est mise à croire follement en une croissance matérielle infinie et à la domination absolue de l’homme sur la nature, avaient plus que d’autres cru à ses chimères. Ils ont cru que chacun dans ce nouveau monde trouverait sa place et qu’il n’était alors plus nécessaire de s’ajuster aux ressources de la petite ferme ou de l’atelier dont chaque homme avait la charge. Ils ont cru que l’on pouvait s’affranchir de ces contraintes, que l’on pouvait arrêter de penser petit, prudent, modeste (5).

Ces pays et leurs populations payent cash et les premiers une erreur que nous avons tous faite à des degrés divers. Et ils seront sans doute rejoints par d’autres pays, eux-mêmes marqués par une population en croissance forte sur un territoire inapproprié à leur fournir les ressources nécessaires.

Derrière le Printemps des peuples, le début des crises.

___________________________________________________________________

(1) Demande croissante portée à la fois par la croissance démographique mondiale (9 milliards en 2050) et par les changements de consommation alimentaire dus notamment à l’élévation du niveau de vie dans les pays à économie dite émergeante (par ex. plus de viande elle-même plus consommatrice de ressources).

(2) La Révolution Verte, cette révolution agricole basée notamment sur la sélection des semences, la mécanisation et l’utilisation d’intrants chimiques, a contribué à une augmentation rapide des rendements mais aussi à une fragilisation des milieux écologiques qui commence à se traduire maintenant par des baisses de rendements allant parfois jusqu’à une stérilisation des terres agricoles.

(3) BRIC est un acronyme qui désigne le groupe de pays formé par le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine

(4) Sur ce thème, voir l’article de Gilles Bridier :" Pour la jeunesse algérienne, le pétrole est un mirage " source : Api.doc,

(5) Le barrage d’Assouan dont les effets négatifs sur l’écologie de la vallée du Nil n’ont pas fini de se faire sentir est un bel exemple de cette immodestie.

Sur ce thème de la crise égyptienne et ses liens avec la démographie, voir également les deux articles suivants:

Egypte et démographie : Quand le nombre fait le vent de la révolte.

La crise égyptienne : Une crise malthusienne ?

 

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