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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 08:40

Inefficience des pouvoirs – Crise économique – Concurrence des BRIC - Chômage des jeunes – Inflation – Révolte – Pouvoir de l’armée - Révolution du Jasmin – Révolution égyptienne – Rente pétrolière - Crise alimentaire - Surpopulation – Crise écologique - Temps des troubles

 

Des sociétés voisines craquent. Toutes connaissent un pouvoir politique fort, et qui a été longtemps en capacité de "tenir" chacun des pays malgré et à travers moult vicissitudes. Sans tenter d’imaginer ce qui va advenir et surtout sans préjuger de la capacité de ces états à traverser la crise présente, il est important de regarder la nature de cette crise.

En apparence, celle-ci est d’abord perçue comme la résultante d’un exercice du pouvoir peu efficient, infoutu d’opérer une distribution correcte des richesses et d’assurer des perspectives à ses jeunes ; c’est ce que disent les manifestants qui dénoncent la corruption endémique au profit d’une minorité de privilégiés. Certains analystes vont plus loin en repérant l’inadéquation entre une population de jeunes mieux formée issue de l’université, et une économie basée sur une production low cost qui n’a que faire de ces jeunes gens … qui restent inemployés avec une rage d’autant plus grande qu’ils ont cru à la logique de progrès qui présidait à leurs études. Ajoutez à la corruption, à une société marquée par des inégalités croissantes et au chômage des jeunes, une flambée des prix alimentaires … et vous avez des crises sociales et politiques majeures.

Bien sûr on ne peut que penser que des pouvoirs plus souples, mieux organisés, plus habiles à entendre les doléances de leur population, plus capables de redistribuer équitablement la rente pétrolière quand elle existe, et surtout meilleurs stratèges dans le positionnement de leur pays dans le nouveau cadre de l’économie mondialisée, n’auraient pas eu à faire face à une telle situation et seront les bienvenus. C’est d’ailleurs sans doute cette politique-là qui sera suivie après le temps des troubles.

Tunisie, Egypte, Algérie, ce "T.E.A. Movement " sonne comme un printemps en hiver et fait vibrer les démocrates qui gardent en tête les belles images fondatrices des rébellions occidentales, de 1848 à celles plus récentes qui ont vu les pouvoirs soviétiques s’effondrer. Comme une promesse d’un monde meilleur. Mais demain sera-t-il meilleur ?

Ce serait oublier quelques faits, têtus comme toujours.

Et surtout le fait que ces pays ont connu en un demi-siècle un quasi-triplement de leur population. Quel pays peut digérer une telle croissance démographique sans rencontrer d’immenses difficultés ? Comment ajuster les structures scolaires et régler la question de l’habitat ? Comment trouver du travail à chacun ? Imaginons une France passée en 50 ans de 40 à 120 millions d’habitants, avec 75% de jeunes de moins de 30 ans : où en serions-nous ?

C’est bien là toute la difficulté rencontrée par les pouvoirs aujourd’hui honnis, et qui sera à résoudre demain.

Bien sûr ces pays bénéficient de rentes pétrolières ou touristiques, et ces ressources permettent une certaine redistribution. Mais c’est une évidence qu’il faut rappeler, plus il y a de monde et plus la fraction qui peut être allouée à chacun est faible. Or ces pays sont très loin d’être autosuffisants en matière alimentaire, et leur capacité à sensiblement améliorer la production agricole est très mesurée au vu de leur géographie : ils sont donc en première ligne face à l’augmentation des prix mondiaux de la nourriture qui ne devrait aller qu’en s’accélérant, pris en tenaille entre une demande croissante (1) et une production affectée par les troubles climatiques croissants et les effets négatifs de la Révolution Verte (2).

Bien sûr, ces pays disposent d’une population jeune et nombreuse, et cela pourrait être un atout. Mais pour que cela en devienne un dans les faits, il convient que ces jeunes puissent s’insérer dans l’économie mondiale en travaillant dans leur pays. Or à quoi assiste-on depuis quelques années, si ce n’est à l’effondrement des entreprises, notamment dans le textile, durement concurrencées par les pays du bloc BRIC (3) ? Nécessité faisant loi, on peut toutefois imaginer une meilleure intégration dans le nouvel ordre économique mondial, mais de là à pouvoir créer des emplois pour des dizaines de millions de jeunes (4) dans un marché saturé …

En fait ces pays sont dans une impasse, avec une population dont ils ne savent que faire et qu’ils n’arrivent à nourrir que de plus en plus chichement en dépendant d’importations grandissantes. Sans compter que la rente pétrolière dont certains bénéficient ne sera pas éternelle. Alors, si un pays c’est d’abord une population sur un territoire, force est de constater que trois là vivent aujourd’hui au-dessus de leurs moyens, en rupture écologique avec ce que peut leur fournir durablement le territoire qu’ils occupent.

Tout se passe comme si ces pays, dans la foulée des indépendances et l’émergence revendiquée du tiers-monde, avaient oublié leur condition de pays abritant une population peu nombreuse vivant sobrement dans des territoires en bonne partie peu favorables à l’homme, avec d’importants déserts et semi-déserts. Comme si ces pays, qui ont recouvré leur pouvoir sur eux-mêmes dans le moment historique où l’humanité toute entière s’est mise à croire follement en une croissance matérielle infinie et à la domination absolue de l’homme sur la nature, avaient plus que d’autres cru à ses chimères. Ils ont cru que chacun dans ce nouveau monde trouverait sa place et qu’il n’était alors plus nécessaire de s’ajuster aux ressources de la petite ferme ou de l’atelier dont chaque homme avait la charge. Ils ont cru que l’on pouvait s’affranchir de ces contraintes, que l’on pouvait arrêter de penser petit, prudent, modeste (5).

Ces pays et leurs populations payent cash et les premiers une erreur que nous avons tous faite à des degrés divers. Et ils seront sans doute rejoints par d’autres pays, eux-mêmes marqués par une population en croissance forte sur un territoire inapproprié à leur fournir les ressources nécessaires.

Derrière le Printemps des peuples, le début des crises.

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(1) Demande croissante portée à la fois par la croissance démographique mondiale (9 milliards en 2050) et par les changements de consommation alimentaire dus notamment à l’élévation du niveau de vie dans les pays à économie dite émergeante (par ex. plus de viande elle-même plus consommatrice de ressources).

(2) La Révolution Verte, cette révolution agricole basée notamment sur la sélection des semences, la mécanisation et l’utilisation d’intrants chimiques, a contribué à une augmentation rapide des rendements mais aussi à une fragilisation des milieux écologiques qui commence à se traduire maintenant par des baisses de rendements allant parfois jusqu’à une stérilisation des terres agricoles.

(3) BRIC est un acronyme qui désigne le groupe de pays formé par le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine

(4) Sur ce thème, voir l’article de Gilles Bridier :" Pour la jeunesse algérienne, le pétrole est un mirage " source : Api.doc,

(5) Le barrage d’Assouan dont les effets négatifs sur l’écologie de la vallée du Nil n’ont pas fini de se faire sentir est un bel exemple de cette immodestie.

Sur ce thème de la crise égyptienne et ses liens avec la démographie, voir également les deux articles suivants:

Egypte et démographie : Quand le nombre fait le vent de la révolte.

La crise égyptienne : Une crise malthusienne ?

 

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Published by Jean Bruguier - dans Actualités
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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 11:32

Après Nagoya, certains sont optimistes. Il est vrai que des avancées dans la gouvernance écologique mondiale ont eu lieu : signature du protocole sur l’accès aux ressources génétiques et le partage des avantages tirés de leur exploitation, et création de l’IPBES (International Platform on Biodiversity and Ecosystem Service, l’équivalent du GIEC pour la biodiversité) mise sur les rails et probablement ratifiée à Cancun. Et ces avancées ne se font pas sans combat, rappelons-nous seulement que la Convention sur la Diversité Biologique date de 1993. On peut alors comprendre le sentiment de ceux qui ont bataillé pour obtenir un tel accord, comme Sandrine Bélier, députée Europe Ecologie et membre de la délégation du Parlement Européen (1), ou celui plus distancié de  Hubert Reeves (2) pour qui «l’important est d’avancer !»

 

Mais comment aussi ne pas voir que ces grand-messes ne sont souvent que l’occasion de constater la dégradation continue de notre biotope et de proclamer des objectifs revus à la baisse. Ainsi Nagoya choisit en terme de zones marines protégées l’objectif de 10 % en 2020 alors qu’il avait été prévu 20 % à Johannesburg en 2002 (3). Comment pourrait-il en être autrement alors que le nombre d’hommes sur terre continue à croître et que la consommation de biens matériels par individu ne fait elle aussi qu’augmenter ?  Cette double croissance oblige nos négociateurs à des positions réalistes pour être acceptables … mais insuffisantes face aux enjeux, car ne l’oublions pas, tous nos indicateurs sur l’état de la planète sont en train de virer au rouge.

17 ans pour passer de la Convention sur la Diversité Biologique à la création de l’IPBES, et 40 ans que la question écologique est sur le devant de la scène … en matière de respect de notre planète nous calons notre calendrier de la même façon que nous le faisons pour les autres affaires humaines ; c’est seulement oublier que les forces de dégradation de notre biotope sont massives et que les effets de seuils qui nous ont longtemps protégés (et aveuglés aussi) peuvent désormais déclencher des phénomènes incontrôlables à notre échelle.

Dans ce contexte, il n’est pas possible d’évaluer les progrès enregistrés lors de ces rendez-vous internationaux à l’aune habituelle. Pire, ces petits progrès, ce sentiment d’avoir bien travaillé masquent le fait que nous n’avons pas pris les décisions qui s’imposent.

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1 : Un accord mondial sur la biodiversité est encore possible. Sandrine Bélier in Terra Eco 29-10-2010.

2 : Grenelle, Nagoya … l’important est d’avancer !  Hubert Reeves in Terra Eco 03-11-2010.

3 : Pour info, il y aurait aujourd’hui 1 % de zones marines protégées.

 

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Published by Jean-Christophe VIGNAL - dans Actualités
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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 09:06


    Quand se produit une catastrophe il va de soi que la compassion envers les victimes et l'aide qu'on peut leur apporter doivent être en première ligne.
    Mais quand il s'agit d'envisager l'avenir après ce drame, alors il serait criminel de ne pas réfléchir à l'enchaînement des causes qui ont conduit à de tels bilans et à de telles souffrances.

    Le lendemain du tremblement de Terre, nous pouvions entendre sur une grande radio française, qu’à Haïti, les conditions naturelles étaient un véritable enfer ! S’agit-il bien de cela ?

    Non, du strict point de vue de la nature, c’est au contraire un paradis. Températures clémentes (quand l'Europe grelotte tous les hivers), terres fertiles, paysages superbes ! D’ailleurs la République Dominicaine qui occupe la partie Est de la même île est une destination touristique prisée des européens qui y trouvent la douceur climatique dont ils rêvent.

 

    Haïti, Terre de malchance ? Voyons donc quelles sont ces fameuses malédictions " naturelles " qui semblent poursuivre ce pays.



Les coulées de boue régulières ?

    Si les pluies, parfois brutales, sont évidemment en cause, leurs conséquences sont le seul fait de la déforestation. Haïti a tout simplement rasé presque tous ses arbres. Les collines autrefois verdoyantes sont désormais chauves et désolées. Les forêts ne représentent plus qu’ un pour cent du territoire ! Plus aucun couvert végétal ne vient retenir les sols, ouvrant la voie à une érosion dévastatrice.

    La faute à la nature ? Non ! Il faut respecter cette règle simple : ne pas prélever plus que ce que la nature renouvelle ; il se trouve que c’est impossible au-delà d’une certaine densité. A Haïti, c’est la pression démographique qui a conduit à un tel acharnement et à un déboisement général.

Les cyclones ?

    Oui, c'est très dur un cyclone et les hommes ne sont pas responsables des vents. Mais on peut en bonne partie se prémunir de ses conséquences grâce à un habitat adapté. Maisons basses et solides aux fondations enterrées, maisons bien sûr qui ne seraient pas construites en immédiat bord de mer. Rien de bien difficile à cela, sauf… Sauf si l'île est surpeuplée et que le choix ne se présente pas.
    Aujourd’hui les alertes météo nous permettent de prévoir les cyclones à temps. Une fois les habitants à l’abri dans des logements adéquats, le déchaînement des vents ne devrait pas faire de nombreuses victimes. Faut-il encore que les conditions démographiques et économiques le permettent.


Le tremblement de Terre ?

    La Terre n’a pas tremblé par la faute des hommes, certes ! Cependant chacun sait que les caractéristiques urbaines influent grandement sur la gravité des dégâts et sur le nombre de victimes.
    On met d’ailleurs en cause les promoteurs " criminels " qui avaient construit sur ou à proximité d'une faille à fort risque sismique.
Sans doute ont-il commis une faute, mais comment pouvait-on faire autrement dans une île surpeuplée ?

    Là aussi, des conséquences des tremblements de Terre, on peut se prémunir : Pas d’habitats hyper-denses, pas d'immeubles hauts, mais des maisons basses et solides en évitant la proximité immédiate de l’océan afin de limiter les effets d’un éventuel tsunami. Finalement, on se protège de façon très proche des cyclones et des séismes.
    Quel est l’obstacle à ces mesures ? Encore une fois la surpopulation (*) qui ne permet pas de construire là où l'on veut et qui par la pauvreté qu'elle génère et entretient empêche de bâtir dans les conditions qu’imposent la géographie du pays et la sécurité des habitants.

    Aujourd’hui nos pensées vont aux victimes, mais il est important que demain soient pris en compte les facteurs qui ont transformé cette catastrophe naturelle en drame humain.

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(*) La densité démographique d’Haïti est d’environ 335 habitants au kilomètre carré soit trois fois la densité française. La population croît de 1,8 % par an ce qui conduit à un doublement en un peu moins de 40 ans.

    La pauvreté qui ne permet pas de construire un habitat conforme aux exigences est également en cause. Mais la surpopulation hélas participe à cette pauvreté, elle en est à la fois cause et conséquence.
    Pour ceux que l’histoire d’Haïti passionne nous ne pouvons que conseiller la lecture du livre de Jared Diamond : Effondrement : l’auteur y détaille la mauvaise gestion écologique de l’île et y fait une comparaison instructive avec la partie Est occupée par la République Dominicaine où la nature a été beaucoup mieux préservée.

   Le point évoqué est traité dans le chapitre 15 : Une île, deux peuples, deux histoires… p 395 à 413 de la version française.

    Effondrement est une traduction de l’édition américaine : Collapse how societies chose to fail or succeed, Viking Penguin, 2005.

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Published by Didier BARTHES - dans Actualités
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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 20:10

 

    Il y a eu les nouveaux philosophes, il y a les nouveaux écologistes. Des gens qui pensent que l’écologie est une chose trop sérieuse pour être laissée aux écologistes et s’invitent au débat. Economistes ou politologues, ils ont compris que la question écologique est et restera une problématique majeure dans le siècle. Ils sont pour une écologie raisonnable, rationnelle et positive. Ils veulent une écologie gestionnaire et efficace, et ils n’hésitent pas à critiquer voire à brocarder ces vieux écologistes indécrottables issus de la contre-culture, souvent passionnés de végétarisme et de décroissance. Pour un peu, ils les accuseraient d’avoir transformé l’écologie en un truc tellement indigeste que les écolos seraient un peu responsables du retard de nos sociétés à s’engager dans une logique de développement durable.

 


    Les nouveaux écologistes, ce n’est pas une école, pas même un cercle de réflexion, juste une galaxie d’intervenants partageant une même culture économique et politique raisonnable. Et optimiste. Ceux-ci ont bien compris qu’une croissance matérielle infinie pose problème dans un monde fini, mais ils savent aussi que la science et la technologie sont là pour repousser les limites ; ils savent bien que l’histoire depuis 120 ans a continûment donné tort à Malthus et que l’homme moderne a plus d’un tour dans son sac pour contourner les contraintes physiques et sociales. Faire voler le plus-lourd-que-l’air ? Nous savons. Aller sur la Lune ? Nous savons. Faire de l’ingénierie sociale ? Nous savons. Gérer le trou d’ozone ? Nous savons. Quand nous voulons, nous pouvons.

 


    Alors, ils sont bien d’accord pour remercier les écologistes d’avoir attiré l’attention du monde sur les limites de la planète, pour citer René Dumont à l’occasion(1), oui là-dessus ils sont d’accord, les nouveaux écologistes. Mais pas question d’aller plus loin, pas question de rentrer dans une logique de privation, ou pire encore de cautionner les discours catastrophiques qui ne pourraient que remettre en cause le fragile équilibre politique de nos démocraties et ouvrir la porte à on ne sait quelles aventures.


    Pour les nouveaux écologistes, l’urgence c’est de mettre le paquet sur la voiture électrique, sur le ferroutage et sur le solaire photovoltaïque ou l’éolien, sans oublier pour beaucoup d’entre eux le nucléaire.


    Leur idée de l’avenir : des déplacements en voitures ‘propres’ et en avions efficients, des habitats à énergie positive, une circulation des marchandises construites autour d’un réseau ferré intelligent et de lignes maritimes calculées, une place majeure faite à la recherche et développement ; leur idée du présent : un formidable défi à relever, avec des secteurs économiques entiers à inventer ou à reconstruire, un peu comme après une guerre. En un mot, derrière le greenbusiness, il y a de nouvelles Trente Glorieuses qui se profilent.

 
    Ils ? Entendez Jean-Paul Fitoussi dénonçant ‘l’extrême écologique’(2), Christophe Barbier conseillant à Europe Ecologie d’abandonner leurs débats sur la croissance et défendant l’avenir politique d’une écologie positive(3), Philippe Jurgensen promouvant ‘l’économie verte’(4), Yves Thréard vent debout ‘contre une écologie pénalisante, négative, à l'image de la taxe carbone’(5), ou Jacques Marseille qui ne voit, dans les prémices d’un Etat écologique symbolisés par la taxe carbone, que la simple continuation de l’hyper-état français, bien peu sensible à la faible capacité d’arbitrage de ses citoyens(6).

     Et peut-être peut-on aussi joindre à ces optimistes(7) que sont ces nouveaux écologistes ceux qui comme Philippe Frémeaux(8) ou Hervé Le Bras considèrent sans inquiétude majeure l’augmentation prévisible de la population mondiale à 9 milliards en 2050, en insistant sur la tendance à la baisse du nombre d’enfants par femme ? Ils défendent l’idée que l’alphabétisation des jeunes filles, le travail des femmes et un mode de vie plus urbain accentueront cette tendance : ainsi pourrions-nous échapper à toute nécessité d’une décroissance volontariste de notre démographie, si difficile à aborder dans nos sociétés marquées à la fois par l’injonction de croissance portée par les religions dominantes, par la politique nazie d’extermination mise en œuvre au siècle dernier, et par le refus de pouvoirs dictatoriaux comme l’est l’Etat chinois qui seul a osé promouvoir une politique autoritaire de contrôle des naissances.

      Néanmoins les faits sont têtus.

    Nous vivons dans un monde de plus en plus pollué par les gaz d’échappement de nos véhicules, les fumées de nos usines, les produits qui nous environnent au quotidien et la nourriture que nous absorbons, et nous commençons seulement à en voir les conséquences à travers la multiplication des allergies et des cancers, comme le dénonce le Professeur Belpomme qui nous somme d’agir ‘avant qu’il ne soit trop tard’ (9).

  
    Nous vivons dans un monde où la biodiversité régresse formidablement, et cette régression handicape notre avenir.


    Nous vivons dans un monde rongé par les tensions au sein des pays développés, avec des écarts qui s’accroissent si fortement entre riches et pauvres qu’ils bloquent l’établissement d’un vrai consensus. Et par des rancœurs et des tensions si profondes entre pays développés et pays pauvres ou émergents que tout effort partagé pour gérer notre planète est saboté par la prise en compte d’intérêts immédiats, dans un enchaînement impossible à rompre d’externalités négatives (10).

 

    Nous vivons dans une société sans consensus où seule la croissance matérielle sert de ciment dans la logique mortifère d’un toujours plus sans cesse revendiqué.

 

     Nous vivons dans un monde où nous nous croyons tout puissants car nous avons su faire voler des avions, aller sur la Lune et garantir un minimum de droits pour tous. Mais nous n’avons pas vu que tout cela n’a été possible que grâce à l’emploi de ce concentré d’énergie formidable qu’est le pétrole(11). Ce pétrole qui permet de s’affranchir des lois de la pesanteur, ce pétrole qui a remplacé la force physique de l’homme par les machines et permis de nous donner du temps pour apprendre, se cultiver, se distraire, se reposer, se soigner et inventer des objets que nos plus beaux contes n’avaient osé imaginer. Certes nous avons fait preuve d’intelligence, de sens du progrès et d’adaptation pour capter, maîtriser, utiliser cette énergie extraite des entrailles de la Terre, mais sans pétrole et sans énergie fossile nous ne sommes pas si puissants que nous voulons le croire.

 

    Or nous touchons dans un même temps aux limites de la capacité de la Terre à absorber les gaz à effets de serre provenant de la combustion des énergies fossiles et aux limites des réserves de ces mêmes énergies.

 

    Or nous vivons aujourd’hui dans un monde sans gouvernance efficace, avec une population mondiale croissante qui souhaite ardemment vivre sur le modèle occidental, et la Terre ne peut nous offrir les moyens de vivre à 9 milliards comme des américains, ni même comme des européens.

 

    Concrètement nous n’avons plus les moyens d’une croissance verte. Ce qui aurait été imaginable dans les années 70 du siècle dernier, juste après la première grande prise de conscience écologique, dans un monde à 4 milliards d’habitants, ne l’est plus aujourd’hui(12).

 

    Aujourd’hui, il nous reste à inventer et à mettre en place dans nos sociétés riches d’Occident un modèle de vie incroyablement économe par rapport au modèle actuel.

 

    Si nous avons pour objectif de diviser par 5 nos rejets de gaz à effet de serre à l’horizon 2050, cela suppose une réduction de 4 % par an, sans oublier que dans ce domaine aussi la théorie des rendements décroissants s’applique. En clair, les gains de 4 % de la décennie 2040 seront bien plus difficiles à obtenir que les premiers gains. Une approche sérieuse voudrait donc que nous tentions une réduction supérieure à 4% les premières années.

 

    Il y a une autre raison pour agir vite et fort.

 

    Si c’est le modèle occidental qui sert de référence, alors il est urgent que nous mettions au plus vite en scène un modèle de vie basé sur la sobriété pour avoir une petite chance d’entraîner les déjà 3 milliards d’hommes qui veulent vivre demain comme le milliard que nous sommes. S’il faut frapper fort, alors il ne faut pas hésiter à abandonner dés demain ce qui ne nous est pas strictement nécessaire. Le transport aérien de marchandises ? Les voyages d’agrément d’un coup d’aile ? Les plats cuisinés pour lesquels nous dépensons 70 calories pour une seule ingérée ? Des centaines d’euros de jouets par enfant quand nos grands-parents se contentaient d’un seul, sinon d’une orange ?

    Il y a un recentrage à opérer sur les choses importantes, la nourriture qui doit être bonne et exempte de produits toxiques, le logement qui doit offrir un cadre de vie sain et agréable, le travail qui doit s’effectuer de manière conviviale, le temps nécessaire pour se parler et vivre ensemble, pour construire des rêves. Ce modèle de vie n’est pas compatible, il faut le dire, avec un environnement économique qui nous pousse à détruire des véhicules âgés de 8 ans au nom d’éco-bonus, dans une logique de fonctionnement toujours basée sur des flux croissants(13).

 

    Et ce n’est pas tout. Il nous revient aussi d’inaugurer dans un cadre démocratique la problématique d’une décroissance démographique. Nos pays d’Occident sont rarement autosuffisants sur un plan alimentaire et nous devons penser à laisser la place nécessaire pour les énergies non fossiles et pour ce que nous appelons les espaces utiles au maintien des équilibres naturels (zones sauvages, forêts, etc..). Si nous voulons vivre bien, en évitant par exemple d’avoir à choisir entre se nourrir et se déplacer comme on l’a vu lors du débat sur les agro-carburants, alors nous devons envisager d’être moins nombreux. Là encore, la puissance du pétrole nous a trompés en autorisant une agriculture intensive impossible à maintenir dans la durée.


    Cette décroissance volontaire peut nous heurter ; elle pose le problème de l’ingérence du pouvoir, même démocratique, dans l’intimité du noyau familial(14) et nous y sommes d’autant plus sensibles que cela touche à notre pouvoir de procréation(15). Faut-il envisager une interdiction de dépasser un certain nombre d’enfants ? Permettre d’acquérir ou d’échanger un droit à enfanter, sur le modèle des droits à polluer dans une logique de marchandisation de la vie ? Jouer simplement sur les allocations familiales, comme le propose Yves Cochet ? Observons qu’aujourd’hui, nous avons mis en place un système qui ne fait pas payer aux familles le vrai coût d’un enfant ; autrement dit les pouvoirs publics s’ingèrent dans le choix des parents en faisant prendre en charge par la collectivité une grande partie des coûts liés à l’enfant, qui est en quelque sorte subventionné : enseignement gratuit, crèches et repas scolaires à prix réduits, application du mécanisme du quotient familial dans le calcul de l'impôt sur le revenu.


     Cette décroissance démographique, peut non seulement nous prendre à contre-pied et renverser des habitudes pluri-millénaires, mais pose d’innombrables problèmes. Jusqu’ici nous n’avons pas pensé une société où nous serions moins : alors comment faire ? Comment gérer la transition démographique, avec beaucoup de personnes âgées et peu de jeunes ? Comment gérer les retraites ? Que faire des enseignants en surnombre ? Il y a beaucoup de questions à défricher et les réponses apportées seront aussi utiles aux pays hors Occident. Comment imaginer que le Bengladesh qui prévoit 250 millions d’habitants ne soit pas intéressé pour savoir comment ajuster sa population à des ressources durables ? Ou l’Inde ? Et tant d’autres…

 

 

    Il y a les nouveaux écologistes, il y a la réalité. Il ne s’agit pas d’être catastrophiste. Il ne s’agit pas d’être irréaliste. Il s’agit simplement de prendre les problèmes à bras le corps, sans démagogie, sans se raconter d’histoire. En ayant conscience des extrêmes tensions qui traversent un monde qui a été occupé, colonisé et fasciné par l’Occident. Et qui veut sa part du gâteau, comme disent les enfants. Alors il nous reste, vite, très vite, ici et maintenant, à mettre en scène un modèle de vie le plus sobre possible, le plus joyeux possible, le plus désirable possible(16), dans une geste si fortement formidable que nous serons amenés à nous dépasser vraiment. Si nous voulons survivre … et vivre(17) !

 


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(1) René Dumont a été le premier candidat écologiste à la Présidence de la République en 1974.

(2) in Du grain à moudre, France-Culture le 05.01.2010

(3) in C dans l’air, jeudi 3 décembre 2009 Copenhague : plutôt verts que morts !

(4) in L’Economie verte  paru en février 2009 aux éditions Odile Jacob.

(5) in Le figaro du 30.12.2009 ‘Sarkozy et le poison écologiste’

(6) in C dans l’air, 05.01.2010 La taxe carbone revient !

(7) Un bel exemple d’optimisme donné par Jean-Louis Caccomo, professeur à l'université de Perpignan in Les externalités, le marché et l’Etat : ‘Si la dynamique de croissance a pu, malgré tout, perdurer dans les pays développés, c’est que l’on est en droit de penser que les effets externes positifs ont été de nature à dégager les ressources permettant de compenser les effets externes négatifs. … la croissance a survécu au charbon, comme elle survivra sans doute au pétrole. Source : http://libertariens.chez-alice.fr/exters.htm

(8) Directeur de la rédaction d’Alternatives Economiques, pourtant défenseur de la taxe carbone et familier des thèses écolos depuis des années. Voir sa position sur la démographie, très proche de celle d’Hervé Le Bras, exprimée in C dans l’air, 21 décembre 2009 Copenhague se moque du monde

(9) Avant qu’il ne soit trop tard, professeur Dominique Belpomme, Fayard, février 2007

(10) Sur ce sujet, voir notamment Joseph E. Stiglitz, Principes d’économie moderne, de Boeck Université, Bruxelles, 2003.

(11) Sur ce sujet, voir notamment Le plein s’il vous plaît J-M Jancovici et A Grandjean, Le Seuil, février 2006.

(12) Voir sur le même theme Stern: Rich nations will have to forget about growth to stop climate change in Guardian Friday 11 September 2009 ; ou Un futur désirable sans croissance est possible, mais... Jean Gadrey, professeur d’économie à l’Université de Lille, in Entropia, octobre 2009.

(13) Voir les développements de Cédric Lagandré sur ce même sujet. Il a publié récemment L’actualité pure : essai sur le temps paralysé aux PUF 10/2009 et La société intégrale chez Flammarion 09/2009.

(14) Ce point est bien souligné par Philippe Frémeaux in C dans l’air, 21 décembre 2009, précité.

(15) A contrario l’obligation de certaines vaccinations, qui disent tout de même que notre corps ne nous appartient pas complètement, ne nous choquent plus vraiment.

(16) Même Paul Aries, promoteur parfois un peu austère du thème de la décroissance, insiste désormais sur l’importance de rendre celle-ci désirable, voir Rendre la décroissance désirable interview à Libération en date du 02.05.2009

(17) En référence à la revue du même nom disparue dans les années 70, et au groupe éponyme constitué autour de Pierre Samuel.



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Published by Jean-Christophe VIGNAL - dans Actualités
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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 18:45

 

 

    Cela fait des années qu’en France nous parlons d’environnement, du droit à l’environnement, d’un ministère de l’environnement. Et face à l’aveuglement de ceux qui ne veulent pas voir les impasses auxquelles nous mène une politique du toujours plus assise sur la consommation matérielle, il est tentant de s’y rallier.

 


   Et pourtant, c’est parce que notre société perçoit l’homme au centre de toute chose, perçoit l’homme comme supérieur à toutes les espèces vivantes, comme radicalement différent du reste du vivant (1), que nous nous permettons d’utiliser le monde à notre convenance, à ne voir dans les éléments qui composent le biotope dans lequel nous vivons que des ressources dans lequel nous pouvons puiser à volonté.

 

 
    Paradoxe : dans un monde occidental où la faim a disparu, nous ne voyons dans le faisan qui s’envole ou la vache qui broute dans un pré qu’un morceau à manger ou une valeur monétaire, nous ne voyons plus la vie qui bat ; nous ne voyons dans la terre qu’un grand frigo où piocher pour ensuite aller regarder des films animaliers sur nos écrans, installés bien au chaud dans nos agglomérations hors sol ; c’est au moment où nous avons le plus les moyens de ne pas avoir une vision utilitariste du monde, le plus les moyens intellectuels et techniques de développer avec les espèces qui nous entourent des rapports harmonieux, que nous ne voyons dans le monde que des ressources propres à alimenter les chaudières sans fin de nos sociétés.

 


   Tant que nous percevrons le monde comme quelque chose qui nous environne, comme une fonction qui regarde vers l’homme (2), alors nous nous interdirons de penser l’homme comme un élément parmi d’autres dans un biotope complexe, de penser l’homme comme une espèce dont la maîtrise technique qu’elle a acquise l’oblige à respecter la vie, à sentir la beauté du monde, à appréhender la subtilité du vivant.


   Tant que nous ne parlerons que d’environnement, nous écraserons la nature ou au mieux nous planifierons son épuisement.
    Est-ce ainsi que nous voulons vivre, entourés seulement de semblables et de ressources ?

 

 

   Cela fait aussi deux ans désormais qu’en France tout ce qui se fait en matière de politique écologique s’affiche sous la bannière d’un Grenelle de l’environnement, ainsi nommé car il fût élaboré au moyen d’une vaste confrontation entre ONG, pouvoirs publics et acteurs sociaux. Mais pouvait-on plus mal nommer ce qui allait constituer la politique écologique de la France ?

 


    Car enfin, qui a oublié que les historiques Accords de Grenelle ont scellé la fin de la part la plus riche de la révolte de Mai 68, celle qui voulait la qualité de la vie plus que la quantité, celle qui refusait la société de consommation en proclamant ‘qu’on ne tombe pas amoureux d’un taux de croissance’ ?! Qui a oublié que ces accords ont contribué à étouffer cette pulsion de vie qui charmait tant Maurice Clavel (3), que ces accords ont misérablement échangé cette demande de vie et cette joie irrévérentieuse qui l'accompagnait contre une augmentation de pouvoir d’achat, avec la bénédiction de tous les productivistes, pompidoliens ou communistes ?

 


    Historiquement, les Accords de Grenelle, c’est le pouvoir d’achat, la TV, la bagnole comme on disait alors,  c’est le choix de la consommation contre la vie … Alors afficher la politique écologique de la France et proclamer la nécessité de changer de modèle, avec un nom pareil, avouons que c’est farce ! Plus sérieusement, que signifie ce lapsus ? Juste une erreur liée à une méconnaissance ? Ne traduit-il pas plutôt les ambiguités de la démarche entreprise, avec ses vraies-fausses solutions aussi emblématiques que la voiture électrique (4) ?


   Mais après tout, Grenelle et Environnement vont bien ensemble ; si nous n'y prenons pas garde, ils peuvent se conjuguer  pour construire une société de gaspillage et de domination un peu durable, mais si triste.


 

 (1) Il y a par exemple énoncé dans notre droit une summa divisio entre les hommes et les choses: un arbre, un chien , une baleine est une chose au même titre qu'un livre, une table ou un programme informatique. A contrario, relison Jack London !

(2) Cédric Lagandré développe aussi ce thème. Il a publié récemment L’actualité pure : essai sur le temps paralysé aux PUF 10/2009 et La société intégrale chez Flammarion 09/2009.

(3) Voir notamment son fim présenté le 13 décembre 1971 dans l'émission "A armes égales", émission qu'il quittera après avoir lancé un célèbre "Messieurs les censeurs Bonsoir", refusant de voir ledit film censuré. Voir également ses chroniques hebdomadaires publiées dans le Nouvel Observateur après Mai 68, ou revient souvent le thème du "soulèvement de vie"  d'une jeunesse lasse de la société de consommation.

(4) La voiture électrique est représentative de ces solutions illusoires; rappelons que dans le monde l'électricité est majoritairement produite à partir d'énergie fossile.

 

 

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Published by Jean-Christophe VIGNAL - dans Actualités
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19 décembre 2009 6 19 /12 /décembre /2009 20:47


    Ce mot de Blum au lendemain de la victoire du Front Populaire me vient naturellement à l’esprit à propos du sommet de Copenhague.

    Douze ans après Kyoto, Copenhague, c’est d’abord une victoire. Victoire de la reconnaissance de l’urgence écologique avec une mobilisation sans précédent des sphères politiques et civiles. Et cette mauvaise conscience qui nous étreint tous après l’échec, politiques, ONG, simples citoyens, c’est aussi une victoire, un sentiment impossible à imaginer il y a 20 ans. Bref, il y aura un avant et un après Copenhague.

 

 


    Copenhague, c’est aussi une clarification.

 


    Clarification avec les réticences mises sur la table par les USA, grand pays démocratique qui ne sait pas comment convaincre ses citoyens de consommer et vivre un peu sobrement, eux qui pourtant disposent de marges de manœuvre considérables du fait d’un mode de vie écologiquement abracadantesque.

   Clarification avec le refus de la Chine, grand pays autoritaire, d’envisager un contrôle des engagements derrière lequel se dessine une Organisation Mondiale de l’Environnement.

 

   Clarification d’ordre plus général avec les réticences de tous les pays à s’engager à la hauteur de ce qu’exige la situation, et même les plus apparemment vertueux : comment croire que la baisse de 20% sur les GES en dix ans à laquelle s’engage l’Union Européenne prépare sérieusement une division par 4 d’ici 2050 ?

 

 
    En quoi ces trois points constituent-ils une clarification ? Tout simplement parce qu’à travers leurs réticences à s’engager sous contrôle d’une instance internationale à réduire fortement l’empreinte écologique de nos sociétés, les dirigeants de la plupart des pays expriment leur sentiment quant à la difficulté à atteindre cet objectif.

 

  
    Le greeenbusiness qui sauve nos emplois et la croissance, les villes qui se mettent à nouveau à sentir bon tout en se chauffant au soleil, la douce animation d’une campagne verdoyante par les pales en mouvement des éoliennes, tout cela n’est pas faux mais tout cela a la véracité d’une publicité.

 


    Car derrière les engagements qu’il faudra prendre un jour, il y a une autre réalité : la nécessité de réduire de façon drastique nos déplacements, le besoin d’accorder dans nos dépenses une part bien plus grande à l’alimentation et au logement (et corrélativement une baisse des autres consommations), l’obligation sans doute de réapprendre le poids de la rareté, une attention renouvelée à notre poids démographique. 

    Dans ‘économie’, ce mot qui nous gouverne, il y a ‘économe’ et nos démocraties qui se sont construites concomitamment à la révolution industrielle et à une consommation sans cesse accrue de biens matériels n’ont historiquement aucune expérience de promotion d’une vie plus sobre. On conçoit mieux alors la peur des politiques à s’engager réellement, eux qui devront pour la plupart affronter le suffrage universel dans 1, 2 ou 3 ans au plus tard.

 

 
    Si Copenhague a contribué à déchirer le voile qui masquait les efforts à faire et les difficultés à les orchestrer, alors Copenhague n’aura pas été inutile.

    Pour que les prochains sommets de Bonn ou de Mexico ne soient pas l’objet d’accords a minima forcément insuffisants, il faut que perce un langage de vérité sur la sobriété qui soit entendu et relayé par les opinions. Evidemment celles des pays riches, mais aussi celles des pays dits émergents. Tourner le dos à la facilité et à la démagogie, affronter les obstacles ici et maintenant et sans attendre de miracles technologiques.

 


     Après presque 40 ans de dénégations de ruses et de faux-fuyants*, l’idée de l’écologie s’impose comme le problème mondial du siècle en cours : les difficultés commencent. Enfin ! 

 

* Dés le début des années 70, de nombreuses personnalités et le mouvement écologique d’alors avaient annoncé que la poursuite de la société de consommation aboutissait à une impasse, et préconisé des changements radicaux.

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Published by Jean BRUGUIER - dans Actualités
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19 décembre 2009 6 19 /12 /décembre /2009 20:37


     A dire la vérité, cet article devait s'intituler : Copenhague : Le succès des intentions.  Je pensais qu'un accord à minima, même de façade serait trouvé.
     Je souhaitais mettre en garde contre un optimisme excessif. Un  accord n'est qu'une intention, une promesse,  à l'instant de sa signature, rien n'est encore fait. 

      Eh bien, même pas !  Même les intentions n'y sont pas. 

      Copenhague accouche d'une  souris lit-on ici et là.  Une simple déclaration selon laquelle il faut faire des efforts pour limiter le réchauffement à deux degrés. Pas de calendrier, pas d'engagement, pas de contrôles et moins encore de contraintes !


     Est-ce grave ? 

    Bien sûr, le  sort de la planète ne se jouait pas en un jour et  en un sommet. Même en cas de succès, notre Terre ne s'en serait pas trouvé sauvée comme par miracle.
    Bien sûr, les mesures de réduction d'émissions de CO2 ne constituent en réalité que des mesures d'étalement des émissions au cours du temps. Or, nous avons maintes fois  souligné sur ce blog que, pour la planète, il était  peu important que tout le CO2 résultant de la combustion des réserves d'énergies fossiles soit émis en 50 ou en 100 ans.

    Ce que révèle l'échec de ce sommet est d'abord que le problème est très difficile. Désormais, les choses sont claires pour ceux qui en doutaient encore. 

   Réussir à endiguer le changement grandissant de la composition atmosphérique par la faute  des activités humaines revient en réalité à briser l'élan sur lequel le monde vit depuis la révolution industrielle et plus encore depuis la seconde guerre mondiale.

   Cet élan, c'est la croissance vertigineuse de la population (*) et de la production. Il est  la base de l'équilibre de nos sociétés. En conscience, aucun chef d'état n'est prêt à le remettre en cause. On sait désormais qu'on ne fera pas de politique écologique efficace à coup de mesurettes et c'est là une perspective contraignante, effrayante même.

   C'est cette promesse de contrainte, c'est cet effroi qui ont  conduit à l'échec. Copenhague  aura au moins eu cette vertu clarificatrice et pédagogique. Il a révélé notre impuissance.

    N'en déplaise aux optimistes forcenés tenants d'une "écologie positive" (le météorologue Laurent Cabrol ou le journaliste Christophe Barbier) ou d'une sortie par le haut avec plus de croissance et de technologie (Claude Allègre, Jacques Attali...), nous sommes aujourd'hui en droit de penser que cet échec donne  au pessimisme un peu plus de légitimité. 

    Hier soir, le désarroi d'un Nicolas Hulot l'illustrait à merveille.



(*) Ce matin 19 décembre  sur RTL, Franz Olivier Giesbert rappelait encore que la démographie galopante constituait notre  principal problème et qu'il n'avait pas été abordé à Copenhague).


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Published by Didier BARTHES - dans Actualités
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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 13:34


     
     "Ce que je constate, ce sont les ravages actuels, c'est la disparition effrayante des espèces vivantes, qu'elles soient végétales ou animales; et que du fait même de sa densité actuelle, l'espèce humaine vit sous une sorte de régime d'empoisonnement interne - si je puis dire - et je pense au présent et au monde dans lequel je suis en train de finir mon existence. Ce n'est pas un monde que j'aime."


     Comment mieux rendre hommage à  Claude Lévi-strauss que par le rappel de l'une de ses dernières déclarations, à l'occasion de son centième anniversaire ?
     Le vieux savant qui avait si bien su nous faire comprendre toutes les richesses du multiculturalisme avait compris mieux que personne l'impasse vers laquelle se dirige notre monde.


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Published by Didier BARTHES - dans Actualités
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3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 19:05

 

     
   La rocambolesque et lamentable tricherie dont semble s’être rendue coupable l’écurie Renault (1) pourrait être l’occasion d’une volte face bienvenue.

    Dans un monde qui se veut et de toute façon se devra être (beaucoup) plus frugal, (beaucoup) plus léger et (beaucoup) plus doux avec la nature ; quel est le sens de la compétition automobile ?


    Dans ce monde là, vitesse, puissance, dépenses sans limites : tous ses symboles, toutes ses valeurs que la formule 1 véhicule jusqu’au paroxysme n’auront guère de place.

    Ce serait là un signe fort encourageant de voir la grande marque automobile profiter de ce petit scandale pour annoncer publiquement qu’elle renonce à la formule 1 et à tout ce qu’elle représente.


    Montrer qu’elle ne compte plus sur la vitesse et la victoire pour façonner son image de marque mais que par exemple, elle engage toutes ses ressources jusqu’alors consacrées à la course automobile (on parle de 300 millions d’euros à l’année) pour la mise au point de véhicules électriques: voilà qui serait de bonne augure.

   Aux dernières nouvelles les choses semblent mal parties et Renault s’engage dans la poursuite de la compétition. 

    Tant que le monde de l’automobile comptera sur ce type de message pour faire sa promotion il y a peu d’espoir de lui voir jouer un rôle positif dans la défense de l’environnement.

 

 

 

     (1) Lors d’un grand prix l’an dernier, l’équipe aurait ordonné ou suggéré à un de ses pilotes de provoquer volontairement un accident afin de permettre à son leader (Fernando Alonso) de refaire son retard en profitant de l’intervention prévisible de la voiture de sécurité. La stratégie avait (provisoirement donc) payé.

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Published by Didier BARTHES - dans Actualités
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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 18:26

 

 

    On vient de le voir, déterminer le prix de la tonne de CO2 n'est pas si simple : 100 € pour les Suédois, 30 € pour la commission Rocard, 15 € pour François Fillon, et puis in fine ça sera 17 euros. Le prix semble bas, mais après tout nous sommes en crise économique et deux français sur trois n'apprécient pas la mesure ; dans ces conditions il faut reconnaître un certain courage politique à Nicolas Sarkozy.
     Et puis, il n'est pas interdit d'imaginer, comme souvent en matière fiscale, que les Français sur-réagiront à la taxe carbone et économiseront un peu l'énergie fossile. Et ce d'autant plus que le principe d'un coût croissant a été retenu, suivant en cela les préconisations de l'expert Jean-Marc Jancovici.

  
     Toutefois, quel serait le bon niveau de cette taxe ?

  
     Le bon niveau, c'est quand l'intégration de la taxe carbone rendra la laine de verre ou de roche, si utilisée pour l'isolation de nos bâtiments, plus coûteuse que la laine de bois dont le prix est actuellement au moins deux fois plus élevé ; c'est quand il reviendra moins cher de re-utiliser nos bouteilles en verre plutôt que de les recycler (voir l'article " l'affaire des contenants " dans ce même blog) ; c'est quand les linos à base de pétrole seront plus chers que ceux réalisés en matière naturelle.
    Il y a des centaines de marqueurs possibles, mais prenons ces trois-là, faisons les calculs et gageons, qu’elle garde son nom ou qu’on l’appelle contribution climat-énergie, que la taxe carbone n'a pas fini d'augmenter.

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Published by Jean Bruguier - dans Actualités
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