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18 juillet 2019 4 18 /07 /juillet /2019 16:58

Un article de Daniel Martin

L'agroécologie est un terme regroupant les pratiques agricoles liées à l'agronomie, elle vise à utiliser au maximum la nature comme facteur de production en maintenant ses capacités de renouvellement. S’inscrire dans une démarche d’agroécologie signifie adopter des comportements et pratiques adaptés à la nature tout en respectant l’équilibre naturel, ce qui permet d’offrir une agriculture moins consommatrice de ressources extérieures, plus diversifiée, mieux adaptée aux territoires locaux, moins polluante et surtout moins destructrice de biodiversité.

Réalité de la situation anthropique et son impact écologique désastreux sur la planète

L'Homme, seul prédateur au sommet de la pyramide des espèces, ne peut survivre qu'en respectant la complexité des interactions entre son milieu et les autres espèces. Mais par son nombre sans cesse croissant et son économie, il est devenu une force géologique destructrice qui nous fait entrer dans une nouvelle ère que les scientifiques dénomment "anthropocène". Contrairement aux cinq précédentes extinctions des espèces, l'homme est le seul responsable de la sixième extinction des espèces qui est en cours et qui va se dérouler sur une période très courte, peut-être moins d'un siècle, contrairement aux précédentes, dont chacune s'est déroulée sur des millénaires (jusqu'à cinq cent mille ans et peut-être plus). Il est évident que si nous poursuivons l'actuelle trajectoire, nous ne pourrons éviter un effondrement tel que l'envisage l'Américain Jared DIAMOND géographe, biologiste évolutionniste et économiste dans son essai : "Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie", paru en 2005. L'ancien Ministre et ex député des Verts, Yves COCHET, rejoignant les collapsologues, prophétise que « l’effondrement » de la « société thermo-industrielle » entraînera inévitablement la disparition de la moitié du genre humain durant les années trente de ce siècle. Si on se réfère à l'écologie science il est évident qu'aucune espèce ne peut se développer indéfiniment au détriment des autres espèces, comme le fait l'Homme, sans se mettre en danger et disparaître à terme...

Dans le même ordre d'idée, alors que depuis quelques années, nous savons que la planète est affectée par de nombreuses crises écologiques mais, pour autant, aucune mesure politique sérieuse n’est prise pour les endiguer et ce n'est surtout pas sur l'américain Donald TRUMP et son alter ego brésilien Jair BOLSONARO qu'il faut compter. Comme le déclare Pablo SERVIGNE, ingénieur agronome français et docteur en sciences de l’ULB : «  nous ne croyons toujours pas ce que nous savons » Pour tenter de résoudre ce problème grave, ce dernier a écrit plusieurs ouvrages avec le chercheur indépendant en prospective Raphaël STEVENS un livre-manifeste, notamment le premier :"Comment tout peut s’effondrer" (Seuil, 2015), dans lequel ils ont introduit le mot « collapsologie ».

Devons-nous nous ranger pour autant derrière les thèses pessimistes des collapsologues ou partager le catastrophisme d'Yves COCHET, justifié par l'écologie science, c'est à dire considérer que « tout est foutu » et qu'il n'y aurait plus rien à faire de toute façon, ni maîtriser de façon équitable la démographie, ni envisager une nouvelle économie Humaine fondé sur la décroissance, ni s'opposer à certaines dérives politiques ou religieuses violentes dévastatrices, ni lutter pour le climat ou contre la perte de biodiversité, les gaz à effet de serre, l’industrie des combustibles fossiles et l’inaction des gouvernements, ni poursuivre les recherches de tous ordres ? Mais alors à quoi bon servirait la démocratie et ses organisations politiques, syndicales et associatives ?

Ne rien faire, car "tout serait foutu", sous réserve des prophéties d'Yves COCHET, c'est 7,7 milliards d'habitants aujourd'hui, 8,7 en 2030, 10,7 en 2050...15,7 milliards en 2100 ?...

La population mondiale est aujourd’hui estimée par l'ONU à 7,7 milliards d’individus (elle atteindra et dépassera probablement les 8 milliards en 2020). En 2009 elle était de 6,7 milliards. Sauf si les prévisions d'Yves COCHET se confirmaient, mais dans le cas contraire, si la croissance démographique se poursuivait au rythme de la dernière décennie, soit un milliard d'habitants en plus par décennie, il y en aurait 8,7 milliards en 2030, 10,7 milliards en 2050 et 15,7 milliards en 2050...

Pendant la même période, à l'échelle du globe, les pertes de surfaces arables sont estimées dans une fourchette comprise entre 70 000 et 150 000 km2 par an, selon différents calculs experts (soit à titre de comparaison entre 12 et 25 % du territoire français). Toutefois, on peut considérer que la perte annuelle moyenne, est d'environ 100 000 km2 par an. En 40 ans, avec une perte de 4 millions de km2, cela correspond presque à la superficie des 28 pays de l'Union Européenne...

Le vieillissement des populations, du aux progrès de la médecine, est un facteur de croissance démographique pour un très grand nombre d'êtres humains, notamment dans les pays riches, car il compense très largement la baisse du taux de fécondité d'un enfant par femme qui est nettement inférieur à ce qu'il pouvait être à certaines périodes du siècle précédent.

Bien que depuis 1900, en France, tout en évoluant en dent de scie avec une très forte hausse après la fin des deux guerres mondiales du 20ème siècle, le taux de fécondité d'un enfant par femme était , par exemple 2,69 en 1920 ou 2,95 en 1950 (un record) et tout en étant constamment excédentaire par rapport au taux de renouvellement de la population le taux de fécondité a baissé, mais est-on pour autant sur la bonne voie ?

Selon les statistiques de l'INSEE  si en Europe en 2017 la moyenne du taux de fécondité d'un enfant par femme était de 1,60, malgré une légère baisse en 2018, la France détient le plus fort taux de fécondité d'un enfant par femme devant la Suède. Les très Chrétiennes Catholiques Pologne 1,39 et Italie 1,34 ferment la marche. Ce qui peut signifier que les populations les plus imprégné de foi Chrétienne ne suivent pas forcément les préceptes religieux "croissez et multipliez"...

Si l'homme, contrairement à l'animal, n'a pas besoin de vitesse il a toutefois besoin d'espace et de terres arables pour survivre.

Dans la nature l'animal a besoin d'espace et de vitesse pour survivre. Le prédateur doit disposer de beaucoup d'espace et de vitesse pour pouvoir attraper sa proie et la proie d'espace encore plus vaste et doit courir encore plus vite pour lui échapper. Si l'homme n'a plus besoin de la vitesse pour pouvoir survivre, il doit toutefois disposer d'espace. Avec une perte de 275 km2 par jour de terres arables sous le béton et l'asphalte, du aux effets de l'urbanisation, des voies de circulation de circulation routières, ferroviaires à grande vitesse, aéroportuaires et une population qui explose, on peut imaginer l'impact écologique ! Chaque jour, on compte 244.000 nouvelles personnes de plus dans le monde (équivalent à la totalité de la population de la ville de Montpellier), soit + 2,7 par seconde (compteur). Autrement dit, la population mondiale s'accroît chaque année de près de 90 millions d'habitants grâce à un nombre de naissances supérieur (environ 150 millions) à celui des décès (60 millions). A lire également via ce lien :

Quelle est la surface habitable estimée par habitant de la planète ?

La surface totale de la Terre est de 510 000 000 km2, forêts, mer, désert compris. La surface des terres immergées est de 360 000 000 km2 (soit 70,7 %). Celle des terres émergées est de 149 000 000 km2 (soit 29,3 %). La surface des terres habitables (?) 134 000 000 km2 (soit 26,3%). La surface des forêts tropicales est de Un milliard 700 millions d’hectares dont 800 millions au Brésil. Celle des autres forêts de Un milliard 800 millions d’hectares. Les surfaces inhabitables sont officiellement de Un milliard 500 millions d’hectares avec 7,7 milliards humains aujourd'hui et demain ?

Sachant que la surface totale de la terre est de 510 millions de km2, soit 51 milliards d'hectares / 7,7 milliards d'habitants cela fait environ 7,4 hectares par humain, de terre, de mer et de désert. 29 % de terre émergée (pour le moment, avant la fonte des glaces !) donc, 149 millions de km carré, désert compris = 14 milliards 900 millions d’hectares / 7,7 milliards humains = 2,2 hectares par humain de terre et de désert.

134 millions de km carrés sont déclarés habitables, ce qui signifie que les forêts semblent être considérées comme des zones fertiles et habitables. (Un milliard 500 millions d'hectares seraient inhabitables et l’on dénombre 2 milliards 730 millions d’hectares de quasi-déserts).

Si l’on ôte les 2 milliards 730 millions d’hectares des quasi-déserts aux surfaces émergées de la planète on obtient : 12 milliards 170 millions d’hectares / 7,7 milliards d’humains = 1.75 hectare par humain de terre plus ou moins fertile, forêts autres et forêts tropicales comprises.

Sachant que l’effet de serre naturel remonte la température moyenne de la Planète, à chaque degré supplémentaire, les calottes glaciaires fondent, le niveau des mers monte et la surface habitable par habitant diminue.

Selon ces données, déjà, aujourd’hui, c’est 1,75 hectare par humain sans rien de prévu pour toutes les autres espèces terrestres : éléphants, rhinocéros, grands félins, chevaux, moutons, petits mammifères divers ... donc, il y a réellement bien moins de 1,75 hectare par humain si l’on réserve de la place aux animaux.

Avec la dilapidation des terres arables, serait-il possible nourrir 10 milliards d'habitants par une agriculture peu énergivore et respectueuse de l'environnement ?

"La planète souffre et sa guérison semble compromise. La pression exercée par l'humanité sur les écosystèmes est telle que nous consommons chaque année moitié plus de ressources que la Terre n'en fournit. A ce rythme, il nous faudra deux planètes pour répondre à nos besoins en 2030", s'alarmait déjà le WWF (Fonds mondial pour la nature) dans son rapport planète vivante 2012.

C'est ainsi que le professeur d’agronomie, ex-titulaire de la chaire d’agriculture comparée et de développement agricole à AgroParisTech, Marc DUFUMIER prône un changement de paradigme agricole en refusant le modèle imposé par les industriels et en considérant les milieux naturels cultivés dans leur globalité et leur complexité. "Il n’y a pas de recette unique : chaque écosystème est différent. Mais il existe des points communs, comme faire usage du plus intensif à l’hectare de ce qui est le moins coûteux économiquement : l’énergie solaire, le gaz carbonique et l’azote atmosphérique pour que les plantes fabriquent glucides, lipides et protéines. Il faut également limiter au maximum l’emploi d’énergies fossiles et de produits de synthèse". Mais, assez surprenant il rajoute une affirmation "Pas d’inquiétude, on peut largement nourrir 10 milliards de personnes avec une agriculture intelligente et durable". Il évoque même la possibilité de nourrir ainsi 200 millions de Français... Il est vrai que jusqu'à la fin du 19ème siècle l’agriculture traditionnelle, sans pétrole, sans engrais azotés et sans pesticides, est parvenue à nourrir de 1,5 milliard d’humains... Mais en mobilisant 90 % des humains dans cette activité.

Si l’agroécologie est certainement une formule adaptée au changement de paradigme qui s'impose, mais, elle reste toutefois une activité agraire complémentaire à d'autres le Bio, la permaculture et limitée à de petits nombres, car, comment pourrait-on nourrir demain 10 milliards, voire 15 milliards d'individus en mobilisant aujourd'hui 90 % des humains à cette activité, sans avoir recours à un minimum de mécanisation, donc du gaz ou du pétrole et sans réduire les zones d’habitat de la faune ? Avec le niveau de vie occidental, production - consommation - gaspillages... Pour avoir un équilibre naturel avec le nombre d’humains ce serait possible, mais à condition de ne pas dépasser les 300 à 400 millions d'habitants sur la terre. Les pollutions naturelles seraient naturellement absorbées et neutralisées. La diversité des espèces ne serait pas mise en danger. Les productions naturelles mettraient tout le monde à l’abri des famines. Mais voilà c'est mission totalement impossible, car nous avons dépassé de 20 fois ce seuil.

Comme le fait observer Didier BARTHÈS porte-parole de l'association Démographie Responsable: " Nul doute qu'à l'instar de Pierre RABHI, Marc DUFUMIER ne s'occupe que de nourrir et ne pas tenir compte de la nécessité de rendre des espaces au monde sauvage. Par une approche idéologique il refuse de prendre en compte l'immense besoin d'un nombre toujours plus grand d'individus demandant des produits toujours moins chers (on a jamais dépensé si peu pour se nourrir). Il pense que cette agriculture industrielle s'est imposée par les méfaits de quelques-uns et non par la nécessité du nombre. C'est l'approche assez classique dans le monde écolo que l'on peut qualifier d'approche par boucs émissaires. Il ne tient pas compte de l'histoire qui a décrit l'exact contraire de son propos, seule l'agriculture industrielle peut nourrir et a jamais nourri autant de gens. Certes Ce n'est pas durable, ce n'est pas sain, d'accord aussi et il faut changer, mais il faut avoir alors le courage d'évoquer les deux conséquences inévitables : nous nourrirons moins de gens et l'alimentation sera plus chère, c'est incontournable".

Pour conclure

Il ne faudrait pas oublier que l'empreinte écologique mesure la surface de terre et le volume d'eau nécessaire pour produire les ressources consommées par la population humaine chaque année, ainsi que sa capacité à absorber le dioxyde de carbone rejeté. Cette empreinte à l'échelle mondiale a plus que doublé depuis les années 1960 et excède donc plus de 50 % la biocapacité de la planète. S'il est évident que "l'agroécologie", même complétée par d'autres formes d'agriculture soucieuses de la protection des ressources et de la biodiversité ne pourra pas nourrir 10 ou 15 milliards d'humains au niveau de vie Occidental actuel, sans avoir recours à la chimie et au pétrole, dont les réserves s'épuisent, encore faudrait-il éviter les surproductions par l'agriculture intensive, dont la fluctuations des cours boursiers conduit souvent dans les pays riches à les déverser en décharge, ce qui est un comble !

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 07:44

Alors même que les nuages s’amoncellent sur le futur de l’humanité et notamment sur sa capacité à assurer sa subsistance au cours du siècle présent, une solution fait  de plus en plus parler d’elle : L’agrobiologie.

Voilà qu’après lui avoir radicalement tourné le dos, les hommes redécouvrent les vertus d’une agriculture respectueuse des sols et des cycles naturels. D’une agriculture mois agressive qui se passerait de produits chimiques comme de labours profonds ainsi que plus généralement de tout excès de machinisme. D’une agriculture complexe sachant tirer profit de la multiplicité et de la complémentarité des cultures comme de leur habile rotation. D’une agriculture s’organisant en unités peu ou prou autosuffisantes, qui viserait  une production locale et privilégierait les circuits courts. Bref, d’une agriculture écolo, efficace et susceptible de redonner dans le même temps sa richesse et sa fierté à la profession de paysan.

Les arguments en sa faveur semblent fort convaincants.

Tout d’abord, l’agrobiologie s’oppose à une évolution dont nous voyons bien qu’elle mène à l’impossible. L’agriculture industrielle, que l’on peut désormais, par un amusant retour des choses, qualifier de traditionnelle, se voit doublement mise en question :

D’une part les menaces qu’elle fait peser sur l’environnement sont maintenant clairement mises en évidence : la déforestation, l’arrachage des haies, la diffusion dans l’environnement en quantité et en variétés toujours croissantes de substances chimiques dont une partie, les pesticides et les herbicides, sont par nature des poisons, ne laisse pas d’inquiéter. Les effets potentiels sur notre santé ne sont guère moins effrayants. Beaucoup s’interrogent sur le futur état sanitaire de populations qui, leur vie durant, auront été nourries avec des aliments ainsi traités. Le débat sur les OGM  illustre à merveille ces inquiétudes.

D’autre part, la boulimie énergétique de l'agriculture industrielle la met en bien mauvaise posture dans un monde qui s’annonce sans pétrole à l’échéance de cinquante ans et même sans plus aucune énergie fossile moins d’un siècle plus tard.

Rappelons que le pétrole constitue l’un des facteurs déterminants de la productivité de l’agriculture « moderne ». Il est nécessaire pour la fabrication et la mise à disposition des engrais, il est évidemment essentiel au fonctionnement de toutes les machines agricoles et il s’avère indispensable pour la distribution des produits finis puisque désormais, les zones de production et de consommation sont largement distinctes. Il joue un rôle tout aussi important dans les processus de transformation et de conditionnement de la nourriture telle que nous l’achetons aujourd'hui.

Par ailleurs, en terme de productivité, l’agrobiologie semble maintenant faire jeu égal, ou presque, avec les méthodes industrielles, c’est du moins ce qu’affirment des agronomes comme Marc Dufumier (1),  Jacques Caplat (2) et beaucoup d’autres.

Plus écologique, plus respectueuse de la nature (3) plus économe en énergie et dans le même temps demandeuse de main d’œuvre, dans un monde qui connait un chômage endémique (4) l’agriculture biologique, couplée avec une alimentation moins carnée parait disposer de tous les atouts pour constituer la solution à l’alimentation des dix milliards d’hommes qui devraient peupler la Terre à l’horizon 2100 ! (5)

 Le succès auprès du public du récent documentaire de Marie-Monique Robin « Les moissons du futur » (6) illustre bien l’engouement que suscite une telle vision des choses.

Mais le monde est-il noir et blanc ? Cette avalanche de vertus supposées ne masque-t-elle pas quelques vices cachés ?

L’agrobiologie proprement dite, peut-être pas. Mais sa capacité à se substituer à l’agriculture industrielle pour nourrir dix milliards de personnes paraît douteuse et beaucoup de questions restent sans réponse.

 

La première remarque est d’ordre général. Quand ils en font la promotion, les partisans de ce nouveau type d’agriculture comparent un système réel (et donc avec toutes ses imperfections concrètes) à un système virtuel ou du moins si peu généralisé que beaucoup de ses inconvénients n’apparaissent pas ou pas encore. Cela ne condamne pas l’agriculture biologique mais incite à la prudence. Nul ne peut jurer qu’à grande échelle le système ne génèrera pas à son tour de graves problèmes. Plusieurs questions viennent à l’esprit : quelle sera la résistance de ces cultures à de nouvelles maladies ou à des successions de conditions climatiques difficiles ? Cette agriculture sera-t-elle adaptable à une grande variété de végétaux ? Comment réagiront les consommateurs à une relocalisation qui les privera d'une partie des produits auxquels ils sont habitués ?

En second lieu, constatons que l'agriculture bio ressemble pour une large part à l’agriculture du passé, disons à celle d’avant le 20ème siècle, et que curieusement cette agriculture-là n’a jamais été capable de nourrir plus d’un milliard et demi de personnes. Or, le défi de demain est d’en nourrir neuf ou dix. A ceci, les partisans de l’agrobiologie répondent par une connaissance plus fine des mécanismes biologiques et par une sélection mieux adaptée des plantes cultivées. Nous voulons bien les croire, mais néanmoins, ces progrès seront-ils suffisants pour se montrer plus efficace d’un facteur 6 par rapport à la productivité de nos grands-parents paysans ? Nous serons en effet dix milliards en 2100 quand nous n’étions que 1,6 milliards en 1900 soit 6 fois moins. Ajoutons à cette interrogation que depuis les années 1900, du fait de la croissance démographique, de l’étalement urbain et du développement du réseau routier, beaucoup de terres, souvent les meilleures, ont été perdues, notamment à proximité des villes. Dans ce contexte, de tels gains de production ne paraissent pas garantis.

La troisième réserve concerne les possibilités de généralisation. Les exemples cités sont souvent, au moins pour ceux permettant de satisfaire à l’alimentation de zones densément peuplées, des exemples pris dans des pays chauds et humides c’est-à-dire au climat favorisant à l’extrême la pousse de la végétation. Qu’en est-il dans les pays froids et dans les pays secs ? L’agriculture biologique y est également possible et intéressante, certes, mais sera-t-elle capable de répondre aux besoins liées aux densités de peuplement attendues demain ? Il se pose également le problème de la compétence des agriculteurs. Aujourd’hui les agriculteurs bio font partie d’une élite de gens décidés, compétents et fortement impliqués. Cette compétence, car c’est compliqué d’être agriculteur bio, sera-t-elle raisonnablement généralisable à la grande majorité de la population agricole du monde ? D’autant que probablement une partie de la population urbaine, aujourd’hui coupée des campagnes, devra y retourner au cours du 21ème siècle et donc se  réapproprier tout un savoir-faire. Cela ne sera pas une mince entreprise. Cette question des compétences n’est pas un argument contre l’agriculture biologique, mais elle constitue une difficulté génératrice de délais dont nous devons prendre conscience.

Plutôt qu'une critique, la quatrième remarque enfin est une mise en garde contre une interprétation selon laquelle l’agrobiologie offrirait une solution à tous nos problèmes.  Même en acceptant l’hypothèse que nous pourrions grâce à elle nourrir toute l’humanité,  nous serions loin, écologiquement parlant, d’être sortis d’affaire. Il ne s’agit pas en réalité de simplement nourrir les hommes, l’alimentation n’est qu’un des volets de nos problèmes futurs. Le vrai défi est évidemment de faire vivre durablement l’humanité en harmonie avec son environnement. Dans un monde surpeuplé ce serait impossible, car le reste du vivant en serait mécaniquement exclu. Cette ignorance de la de la problématique démographique est particulièrement bien illustrée dans un passage du film « les moissons du futur ». Un agriculteur dit avoir grâce à l’agrobiologie multiplié ses rendements par deux. Cet agriculteur a six enfants ! Les choses sont claires ! Même avec l’agrobiologie et ses rendements doubles, la situation sera pire demain qu’aujourd’hui (avoir six enfants revient à multiplier la population par trois en une génération). Curieusement, le reportage pourtant riche en réflexions, reste absolument muet sur cette évidence. En négligeant d’évoquer cet aspect de la question, on laisse espérer une fausse solution ou, pour le moins, une solution si incomplète qu’elle conduira à une impasse aussi grave que celle où nous mène l’agriculture industrielle.

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(1) Marc Dufumier : Famine au Sud, malbouffe au Nord : Nil Editions, 2012. Voir par exemple cet entretien.  

(2) Jacques Caplat : L’agriculture Biologique pour nourrir l’humanité : Editions Actes Sud, 2012.

(3) Sur ce point je ne puis que recommander les nombreuses interventions de l’agronome Claude Bourguignon qui dénonce avec autant de talent que de raison la dégradation des sols et la nécessité de les préserver par une agriculture plus respectueuse voir par exemple ce document.        

(4) Notons quand même que sur ce point, «agriculture demandeuse de main d’œuvre » signifie certainement des produits un peu plus chers. Si les prix de produits agricoles ont fortement diminué au point qu’en France, l’alimentation ne représente plus que 13 % du budget des ménages, c’est avant tout à cause de la formidable explosion de la productivité de ce domaine. Aujourd’hui 2 % de la population active suffit à nourrir le pays. Dans un contexte de retour des emplois à la Terre, le prix des produits alimentaires augmentera mécaniquement car ces emplois devront bien être rémunérés, on reviendra là pour une part à une structure d’allocation des dépenses plus proches de celles des décennies passées.

(5) Voir ici les prévisions de l’Onu pour 2050 et 2100 (à la fin de l’article).

(6) Les moissons du futur un film de Marie-Monique Robin, diffusé sur Arte en octobre 2012. Ce film est très intéressant, on peut toutefois lui reprocher l’absence de réels contradicteurs.  Marie-Monique Robin est également la réalisatrice des documentaires : « Le monde selon Monsanto »  et : « Notre poison quotidien ». 

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 15:52

La presse s’en est largement fait l’écho (1): Nous allons, nous devrons manger des insectes !  

Cela se pratique ici et là depuis fort longtemps, aussi n'est-ce pas la dernière idée à la mode,  non, il s’agit, hélas, de bien plus encore. C'est une des solutions, sinon la solution pour nourrir les probables neuf milliards d’humains qui peupleront la planète à la moitié de ce siècle.

C’est qu’ils présentent mille avantages les insectes :

Foisonnants, appartenant à des espèces variées, faciles à accommoder, ils seraient, dit-on, emplis de protéines qu’ils auraient la bonté de produire avec un rendement supérieur à la plupart des autres animaux.

Disons le tout net : cela ne me met guère en appétit. - Simple a priori culturel - me répondra-t-on, tant il est vrai qu’en matière gustative l’apprentissage est déterminant. Pourtant, deux petits inconvénients me semblent devoir être soulignés.

Une difficulté diététique en premier lieu, si les insectes sont riches en protéines, ils sont généralement  consommés frits dans l’huile (de mauvaises langues suggéreront qu’il s’agit-là de masquer une saveur qui n’égalerait pas celle de l’entrecôte). Est-il vraiment certain que manger de l’huile ou toute autre matière grasse grillée à longueur de repas constitue le fin du fin en matière d’équilibre alimentaire ?

Une étrangeté culturelle ensuite : Alors même qu’il est de bon ton de vanter et de considérer comme égales toutes les cultures, il est amusant de constater combien nous sommes prêts à piétiner la nôtre et à changer de mode d’alimentation (il ne s'agit que d'intentions, il est vrai).

Cependant, au-delà de ces deux remarques, et aussi, je le confesse, d’un certain dégoût personnel que j’ai la faiblesse de croire partagé, il existe quelque chose de beaucoup plus grave dans ce projet entomophage : Manger des insectes est une fuite en avant !

Nous serons bientôt neuf milliards ; c’est la panique alimentaire. Les sept milliards déja présents peuvent être nourris (pas toujours, d'ailleurs) parce que nous avons transformé la plus grande part de la planète en terres agricoles au mépris absolu de tous les espaces naturels mais aussi parce que nous utilisons largement (pour les engrais, la mécanisation et le transport) une énergie fossile dont nous savons pourtant qu’elle est amenée à disparaître à brève échéance.

Alors, tout est bon. Après avoir vidé les continents et les océans de leur faune sauvage, après avoir poussé l’élevage à ses limites, nous allons nous jeter sur la dernière fraction du monde animal encore disponible.

Quelle sera l’étape suivante ? Le steak de bactérie ? Allons-nous tous devenir végétariens, non par goût ou par compassion envers le monde animal, ce qui serait respectable, mais bien par contrainte ?

Pourquoi toujours cet aveuglement ? Pourquoi toujours cette fuite en avant ? Nous voulons à toute force adapter la Terre à notre nombre,  ne serait-il pas plus sage d’adapter notre nombre à la Terre ?

 "Le mode de vie américain n’est pas négociable" avait affirmé en 1992 Georges Bush (père). Le monde entier, écologistes en tête, l’avait fustigé pour cette prétention.

Hélas, ne voyons nous pas que nous faisons démographiquement preuve de la même arrogance ? Nos effectifs nous apparaîssent non négociables, il faudra bien qu’ils le soient pourtant, avant que la nature ne nous impose ses règles. Une fois encore, plus nous attendons plus le tribut sera lourd.

En Provence, à Serignan du Comtat, Jean-Henri Fabre doit se retourner dans sa tombe. En ses chers insectes, l’humanité ne sait plus voir qu’une ressource.

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(1) Voir en particulier les articles suivants et leurs commentaires, sur les sites :

  "Le Monde" et  "Développement Durable"

 

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