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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 19:12

Avec la même régularité que les rapports du Giec confirment l’un après l’autre la rapidité du réchauffement climatique et la responsabilité de l’Homme, les rapports  Planète Vivante (1) - probablement bientôt mal nommés - soulignent la dégradation croissante et à vitesse accélérée de presque tous les écosystèmes. Pour dire les choses de manière plus directe, ils décrivent et prédisent la mort à très brève échéance de la quasi-totalité des grands animaux vertébrés avec qui nous partageons ou devrions partager la planète.

La dernière version - le rapport 2016 - ne fait évidemment pas exception et chacun retiendra ce chiffre effrayant : En 42 ans, de 1970 à 2012, le nombre d’animaux vertébrés sauvages marins et terrestres a chuté de 58 %. La chute devrait atteindre 67 % d’ici 2020 (c'est à dire dans 4 ans !) et se poursuivre au rythme de 2 % par an. Nous serons donc bientôt seuls sur la Terre !

On est saisis d’effroi.

On est saisis d’effroi parce que 42 ans c’est un battement de cil. Depuis 400 ou 500 millions d’années la Terre est habitée par les grands animaux et ce sera fini dans quelques années, en réalité, c’est déjà fini. Pendant cette période la planète n’a connu que cinq extinctions majeures, toutes d’origine naturelle, et nous sommes en train de précipiter la sixième à l’échelle d’une simple vie humaine.

On est saisis d’effroi parce l’on peut encore ouvrir les médias et les voir parler d’autre chose, se déchirer pour savoir si le PIB l’an prochain progressera de 0,5 ou de 0,8 % ou si les sondages pour l’un ou l’autre des candidats au pouvoir ici ou là sont un peu meilleurs que ceux de la semaine dernière.

On est saisis d’effroi par l’ampleur de notre faute parce qu’il ne s’agit pas seulement d’une catastrophe, mais aussi d’un crime, nous tuons le monde.

On est saisis d’effroi enfin par l’ampleur de notre aveuglement et les rapports "Planète Vivante" eux-mêmes, s’ils sont nécessaires, n’y font pas exception, passant quasiment sous silence la cause essentielle de cet effondrement, à savoir l’explosion du nombre des hommes.

Les introductions de Johan Rockstöm et de Marco Lambertini (2) qui se terminent d’ailleurs par des propos d’un optimisme en contradiction absolue avec le contenu du rapport,  n’y font pas allusion, le sujet n’est que très rarement abordé dans l’ensemble du texte qui donne une priorité presque totale à la question du mode de vie. Le graphique p. 78 et 79 : « Cartographie de l’empreinte écologique de la consommation » donne par exemple l’impression que le Canada ou la Russie sont catastrophiques pour la planète à cause de leur consommation, alors qu’au contraire, grâce à leur faible densité démographique se sont presque désormais les seules surfaces d’importance (avec quelques régions d’Afrique et d’Amazonie, justement peu peuplées) où subsiste une grande faune sauvage digne de ce nom. On voit bien d’ailleurs (p. 52) que globalement les sols les moins dégradés sont les sols des pays peu densément peuplés, c’est assez logique, le béton faisant mauvais ménage avec l’humus.

Cette sous-estimation du facteur population, devrait d’ailleurs logiquement conduire à une conclusion sans doute non voulue par les auteurs, qui est que nous devrions maintenir une forte proportion de la population mondiale dans la pauvreté.

Ne serait-il pas plus humain, au contraire, de laisser les gens les plus pauvres consommer un peu plus tout en faisant un effort de réduction de la fécondité ?

Page 108, le graphique général : « Les meilleurs choix pour une seule planète » ne fait aucune allusion au problème alors que tout ce qui y est listé en dépend.

Ces rapports enfin qui acceptent et popularisent le terme d’anthropocène, font eux-mêmes preuve d’un anthropocentrisme inquiétant en insistant sur les services rendus par la nature à l’Homme, comme si c’était cela qui devait seul nous motiver. Cet utilitarisme doit être dénoncé, il laisse entendre que si la nature ne nous était pas utile nous aurions le droit de la massacrer, il laisse le respect de côté. Devrions-nous raser l’Amazonie si par hasard il était démontré que les nombreuses espèces végétales et animales qui la peuplent ne devaient nous être d’aucune utilité pour développer notre pharmacopée ?

Dernière critique enfin cette affirmation bien optimiste selon laquelle nous consommerions 1,6 planète (voir p.75 où il est évoqué une biocapacité nécessaire de 1,6 Terre en 2012). C’est un chiffre totalement arbitraire. Par exemple, nous consommons 80 millions de barils de pétrole par jour alors que la Terre n’en produit pratiquement plus, c’est donc dès le 1er janvier à 0 h que nous dépassons le renouvellement de la ressource. Selon le poids (forcément arbitraire) que nous donnons à ce facteur, le chiffre global peut-être totalement différent. Comment aussi intégrer la disparition d’une espèce à cette forme de comptabilité trompeuse, qui laisse d’ailleurs entendre que si nous étions à peine plus de la moitié de nos effectifs actuels nous pourrions durablement vivre sans problème sur ce que la planète peut renouveler ?

Rappelons que durant l’essentiel de son histoire, l’humanité a été mille fois moins nombreuse qu’aujourd’hui, moins encore dans ses temps les plus anciens !

_________________________________________________________

 (1) Ces rapports Planète Vivante sont réalisés par le WWF, la société Zoologique de Londres, le Global Footprint Network et le Stockholm Resilience Centre,  il est possible de les télécharger via les liens ci-après :

 2016 (complet) , 2016 (synthèse), 2015, 2014, 2013, 2012, 2010, 2008.

(2) Johan Rockström est directeur exécutif du Stockholm Resilience Centre et Marco Lambertini est directeur général  du WWF international.

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Published by Didier BARTHES - dans Biodiversité
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23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 12:04

Un texte de Gérard Charollois

Parmi les sujets tabous et les interdits médiatiques trône la pression démographique, superbement ornée d’anthropocentrisme béat.

Les villes deviennent tentaculaires, les infrastructures ravagent les sites, la croissance est célébrée en vertu première, souvent fardée de « développement durable ». Dans le moindre village, le plus petit canton, les élus locaux courent après une augmentation perpétuelle de population, gage de leur gestion dynamique et de leur refus de voir leur circonscription devenir « une réserve d’Indiens » !

La terre se couvre d’asphalte et de béton, pour le profit des oligarques vantant leur développement, au nom du « progrès », de « l’emploi », du « désenclavement ». Les populations, anesthésiées par la propagande des milieux d’affaires, ne comprennent pas l’ampleur d’un phénomène qui n’a aucune autre finalité que sa perpétuation.

Pendant ce temps, la biodiversité s’effondre. De 2007 à 2014, 30% des éléphants de savane d’Afrique ont disparu, passant de 457 000 à 352 000 individus. En France, les oiseaux communs, ceux des parcs et jardins, ceux des zones urbaines, sont menacés d’extinction, au même titre que les amphibiens, les reptiles et les insectes.

Les causes de cette mort du vivant sur l’ensemble de la planète sont bien connues : disparition des espaces naturels, prévarication des milliardaires en mal de spéculation face à tout espace non exploité, cupidité des uns, cruauté débile des autres. Entre le promoteur, ses grands ouvrages nocifs et l’idiot de village avec son gros fusil, la nature meurt.

Ainsi, les éléphants, illustration d’un phénomène global, sont victimes des riches Chinois, dépourvus de principes moraux, qui veulent des objets d’ivoire et des braconniers, insensibles à l’écologie et au respect dû à l’animal. D’autres ignorants stupides achètent, à grand prix, des cornes de rhinocéros, pour pallier des déficits d’érections, ce qui s’avère aussi efficace que s’ils consommaient leurs ongles ou leurs cheveux !

Décidément, l’humain a bien tort de s’enorgueillir car, entre sa cupidité, sa cruauté et sa sottise, il ne mérite guère son podium ! Trop nombreux, trop prédateurs, les hommes ne laissent plus de place aux autres espèces vivantes. Du sommet des montagnes aux plaines désertiques, des pôles aux forêts tropicales, l’espèce humaine submerge tous les milieux, les transforme, les exploite, les pollue. Dans un siècle, 75% de la biodiversité aura disparu. Réduire la pression démographique devient un impératif si l’on veut sauver la diversité des formes de vies sur terre.

Comment ? Pour faire gagner la vie, récusons la mort.

Tout être vivant, donc tout humain, possède un intérêt légitime à vivre. Il est donc souhaitable, au nom de cet intérêt, de prolonger la durée de la vie de chaque individu, en lui conférant la santé. Ne limitons pas la population par la mort, mais en utilisant deux autres facteurs.

C’est par la limitation des naissances et des migrations qu’il faut enrayer la cancérisation de la terre par une seule espèce. Bien sûr, ces préconisations n’ont pas le droit de citer, car elles heurtent autant les injonctions monothéistes, favorables au natalisme, que les catéchismes politico-sociologiques, pro-migratoires.

Me voici, une fois encore, iconoclaste choquant pour tous les esprits formatés, parfaitement incorrect au regard des préjugés.

Si certains pays ont vu s’abaisser leur taux de fécondité, à l’instar de la Russie, de l’Allemagne, du Japon, d’autres sociétés perdurent à croître, provoquant des déséquilibres sociaux et économiques dont elles sont les premières victimes.

Contrairement aux politiques natalistes promues par les politiciens archaïques, il y a lieu d’orienter les aides sociales vers la personne et non vers la famille.

La croissance démographique, outre le natalisme, repose désormais, en Europe, sur l’immigration. Que voilà un autre sujet tabou, propice au naufrage de la pensée, aux hallucinations idéologiques.

J’ose l’affirmer : la migration massive et forcée est une souffrance.

Premièrement, souffrance pour la nature, car l’augmentation de population appelle une urbanisation accrue. Deuxièmement, souffrance pour les personnes migrantes, arrachées à leurs terres, à leurs climats, à leurs ancêtres.Troisièmement, souffrance pour les populations locales, elles-mêmes confrontées à des difficultés sociales.

Le natalisme est, bien souvent, fruit de l’ignorance.

L’immigration est fruit de la misère, de la guerre, des obscurantismes qui jettent les peuples sur les routes d’un exil dangereux et douloureux, d’un déracinement frustrant.

Contre le natalisme, il convient d’émanciper la femme, de la libérer des conditionnements, des commandements prétendument divins ressassés par des sociétés archaïques, de lui permettre d’accéder à une sexualité choisie dégagée de la procréation subie.

Contre les migrations de masse, il convient de guérir la misère, la violence, les guerres tribales, les superstitions identitaires qui dressent les communautés les unes contre les autres.

Victor HUGO aurait pu dire : « c’est ici le combat du jour et de la nuit ». Si l’homme extermine l’éléphant d’Afrique, l’hirondelle de fenêtre, le loup, l’abeille et le hérisson, qu’il périsse, étouffé par sa pollution ou noyé dans le sang de ses guerres communautaristes dont nous avons les prémices.

Je veux encore l’inviter à un sursaut éthique, en se débarrassant des milliardaires qui assassinent la planète par leur exploitation frénétique, en éduquant au respect de la vie les idiots de village qui tuent parce qu’ils n’ont pas appris l’unité fondamentale du vivant.

L’humanité peut se perdre par ses tares. Elle peut se sauver en mutant de comportement. Nous, biocentristes, ayons la lucidité de dénoncer les vices majeurs de notre propre espèce pour que celle-ci se réconcilie avec elle-même et avec l’ensemble de ce qui vit.

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Ce texte a déjà été publié notamment sur le site de Gérard Charollois : Une force pour le vivant ainsi que sur le site Altermonde-sans frontières. Ancien magistrat, Gérard Charollois, est président de l’association écologiste Convention Vie et Nature. Il est également candidat à l’élection présidentielle de 2017.

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4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 07:44

Qui veut faire l'homme, fait la bête

Depuis que l'homme a appris à faire société, à se différencier des autres animaux, il a entretenu la haine de ses origines.

Quand il essartait au cœur des forêts profondes, le futur occidental, avait pour obsession de tenir les bois et leurs hôtes en respect, de mettre des lisières à l'ensauvagement menaçant son âme et sa clairière. La Grèce Antique voyait la nature indomptée comme le domaine des forces femelles sauvages et irrationnelles. Notre civilisation n'a pu se concevoir que hors de et contre la nature. Nature dont l'homme pensait que le dessein était de le rendre, lui, être orgueilleux mais faible, à son ancien état d'animalité. D'où la dichotomie apprise comme une bible entre l'être doué d'esprit et l'être au ''naturel''. 

Pour Florence Burgat philosophe et auteur d'ouvrages sur la condition animale, '' c'est en tant qu'elle indique le sauvage dans l'homme que son appartenance à la nature lui est insupportable ''. Effacer la trace, la tache originelle.

Le rapport de dépendance au monde vivant s'est donc réduit pour l'homme à sa domination. Pour ne pas sombrer dans  l'horreur du ré-ensauvagement, il a dû se rendre  maître de tout ce qui était hors-champ de l'humain. Le réduire, le soumettre. Et sa compétence technique l'a superbement aidé à se de désolidariser des autres vivants, à se délier de son biotope. Il s'est pensé hors-sol. Et il y a si parfaitement réussi que la plupart de nos congénères considèrent comme légitime l'élevage industriel ou l'artificialisation de 165 hectares de terre par jour, en France.

La nature s'est réduite à devenir notre supermarché d'où le sauvage est exclu bien sûr, qui ne produit ni fraises en hiver ni maïs en suffisance pour nourrir nos troupes qui se multiplient sans retenue. Notre imaginaire s'est  habitué à considérer comme animaux, nos seuls chiens et chats, ceux des zoos ou des safaris-photos n'étant que des images divertissantes. Quant au dernier cercle de l'enfer, il est peuplé de nos repas à pattes ou nageoires à qui nous infligeons de sauvages abominations (ne parlons pas des chasseurs ''gérants ''de la nature et maîtres tout puissants de la faune, ou de ce qu'il en reste).

Nous pleurons à présent sur ce qu'est devenue la planète sans pour autant remettre en cause la légitimité de notre mainmise. Et pourtant, tout en refusant le sauvage, nous avons établi une sauvagerie planétaire sur tout le reste du vivant. Frères humains compris (voir à ce sujet   '' L'ensauvagement, le retour à la barbarie '' de Thérèse Delpech).

Préserver la ''nature naturelle''

En réponse au  sentiment naissant de la perte de la biodiversité, est né au XIXème siècle, un courant de préservation des espaces naturels. La première réalisation a été la création du Parc Naturel Yosémite aux Etats-Unis en 1864. En France les débuts furent timides dans la première moitié du XXème siècle : parcs nationaux, puis parcs régionaux dans les années 60. Ceux-ci étaient dans l'esprit de De Gaule des lieux de divertissements et de ressourcements pour les urbains.

Face à tout cela François Terrasson (écrivain et naturaliste), demeure réservé : la nature ne se gère pas, elle s'auto-entretient. Sans nier leur utilité, il dénonce le fait que les parcs servent souvent de paravent à notre désir de soumettre la nature à nos besoins et qu'ils cautionnent une large destruction autour des zones protégées.  

Par ailleurs, ces parcs ont une réglementation plutôt - et de plus en plus - souple : l'exploitation forestière, l'agriculture, l'élevage, la pêche ou la chasse peuvent y être autorisés. « La chasse est autorisée dans 70 % des réserves naturelles d'Etat et dans 100 % des nouvelles réserves de France » (source ASPAS). Quand ce n'est pas, comme dans le parc de Calanques, le déversement de boues toxiques provenant de l'usine d'alumine de Gardanne ! On peut y organiser des battues d'effarouchement du loup comme dans le Parc des Ecrins. La réglementation compose souvent avec la pression des lobbies de la chasse, de l'élevage ou du tourisme. L'urbanisation galopante menace toujours plus de zones naturelles.

Si l'on ajoute à cela  que '' l'engagement de l'Etat de doubler la surface des aires protégées en passant de 1 % du territoire à 2 %, est en panne sèche '' (source ASPAS), on peut être inquiet sur une véritable protection des milieux naturels.

Les Réserves de Vie Sauvage du Conservatoire Espace

Face à cet état de fait, l'Association  pour la  Protection des Animaux Sauvages (ASPAS)  qui lutte depuis 30 ans pour le respect  de la nature, a déposé le label ''Réserves de Vie Sauvage'', ces réserves font partie  du Conservatoire Espace qui a pour but '' de rendre aux plantes et aux bêtes une part de la terre.''

L'ASPAS achète (grâce à des dons de particuliers, d'associations ou des legs) des terrains non-agricoles qui possèdent des caractéristiques intéressantes pour la flore ou la faune sauvage : vieilles forêts, éboulis, zones humides, gorges, falaises...  

Cette méthode de protection de sites naturels est encore peu développée en France, pourtant '' la maîtrise foncière constitue le moyen le plus sûr pour assurer une protection solide et pérenne des milieux naturels. Elle permet d'adapter au plus juste les modalités de gestion, dans le seul intérêt de la vie sauvage.''

D'ailleurs n'importe qui peut ainsi, en donnant 30 euros, permettre la création d'une parcelle de 200 m2 préservée, appelée '' part de vie sauvage'' et  participer activement à la protection du patrimoine naturel.

L'association a ainsi pu créer trois réserves :

Celle Grand Barry sur la commune de Véronne (26), 105 hectares de bois et landes avec des richesses en termes de flore (orchidées), invertébrés, reptiles, mammifères (cerfs, chamois, renards, blaireaux, etc. et la présence confirmée de loups et lynx à proximité).

Celle des Deux Lacs : 60 hectares de zones humides au confluent du Rhône et du vieux Rhône, à Châteauneuf du Rhône (26), correspondant à d'anciennes gravières où la vie reprend ses droits.

Celle du Trégor : 60 hectares de taillis et forêts dans les Côtes d'Armor, longés par un cours d'eau à saumons réputé.

Une autre réserve est en cours de création dans le Massif Central.

Ces espaces bénéficient d'une réglementation très restrictive: chasse, pêche, cueillette, exploitation agricole ou forestière... y sont interdites. La promenade à pieds y est permise dans les sentiers prévus, les chiens y sont tenus en laisse. Le Conservatoire veille à l'indépendance vis à vis  des contingences politiques ou économiques et ne  « transigera pas sur le respect de la faune, la flore et sur sa libre évolution (Naturalité) ».

La Réserve du Grand Barry a intégré le réseau européen Rewilding Europe qui espère bloquer la dégradation continue de la biodiversité et faire de l'Europe, un espace géographique plus favorable à la vie sauvage et aux processus naturels de la faune et de la flore.

Le comédien et réalisateur Jacques Perrin est le parrain de la réserve du Grand Barry, voici 2 extraits de son beau discours d'inauguration :

'' Nous puisons nos rêves dans la nature indomptée et rebelle. Elle éveille notre curiosité d'enfant et nous ressource en affichant une infinie diversité. Multiplier les réserves, c'est laisser aux hommes à venir des jardins secrets pour s'y perdre. ''

'' Chaque fois que nous avons su offrir à la nature un espace de liberté, elle s'est de nouveau épanouie dans toute son exubérance et sa diversité. La nature se débrouille très bien toute seule, elle n'a nul besoin que nous l'entretenions. ''

Ces réalisations uniques en France, témoignent de l'acceptation d'un nouveau rapport à la Terre, l'acceptation d'un hors-champ humain. La forêt n'a pas besoin de nous. Ceux qui la peuplent non plus. Nous ne sommes pas les jardiniers  de notre planète - tout au plus de notre potager - mais nous ne devons plus être ses prédateurs barbares.

Ceux qui ont eu la chance de passer leur enfance près des forêts, des ruisseaux, des près  savent quels trésors ils ont engrangés pour toute leur vie. Ils savent aussi quelles pertes terribles ils ont vécues et vivent encore, à cause des milliards d'humains avides et inconscients.

Que serait le monde sans jardin secret où se perdre, sans bois ou grève sauvage ?

La nature sauvage non seulement a nourri notre imaginaire mais elle a été la matrice de nos mythes fondateurs, de nos légendes humanisantes. F. Terrasson distinguait entre '' l'hominisation'' terminée depuis un demi-million d'années et l''humanisation '' encore en cours. Il s'agit d'échapper à la tyrannie de la violence, de la prédation, de trouver des règles de respect  et de coopération à l'intérieur de l’espèce, avec les autres espèces, la nature. Quel travail encore à faire !

Voilà pourquoi les Réserves de Vie Sauvage participent à notre humanisation, à l'écart de la sauvagerie de notre siècle !

'' L'homme est le fils de la forêt et le père du désert.'' R. Jeannel

'' L'homme, on dit qu'il est fait de cellules et de sang. Mais en réalité, il est comme un feuillage. Non pas serré en bloc mais composé d'images éparses comme les feuilles des arbres et à travers desquelles  il faut que le vent passe pour que ça chante.'' J. Giono

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Published by Anne-Marie Teysseire - dans Biodiversité
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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 13:04

Le président du Comité National des Pêches Maritimes et des Elevages Marins (CNPMEM), M. Gérard Romiti  vient de faire publier dans le Monde du 10 décembre dernier, sous la forme d'une lettre au Président de la République, une publicité surréaliste dans laquelle il prétend que les pêcheurs sont les vrais écologistes de la mer. C’est écrit en gras pour que nous en soyons bien convaincus. On tombe à la renverse devant une telle affirmation !      

Les pêcheurs sont là dans une défense syndicale de leurs intérêts de court terme, mais ils sont à mille lieues de l’écologie. Tous les grands cétacés ont failli disparaître et il a fallu les combats de beaucoup d'écologistes, contre les pêcheurs justement, pour sauver le peu qui a pu l’être. Au Japon, en Norvège et en Islande quelques-uns mènent encore ce combat d’arrière-garde pour maintenir le droit de chasser jusqu’au dernier ces extraordinaires animaux. En 50 ans nous avons exterminé selon les espèces entre 50 et 90 % des grands poissons. La morue dont la mer regorgeait est maintenant réduite à presque rien et les rares prises sont de plus en plus petites, ce phénomène touche d'ailleurs beaucoup d'autres espèces. La défense des systèmes écologiques des grands fonds dont une bataille vient d’être récemment perdue suite au rejet par le parlement européen de l’interdiction du chalutage (1) dans ces zones illustre une fois de plus notre impuissance et notre marche vers l’abîme. Le sabre, l’empereur et le grenadier, (2) habitants de ces lieux fragiles subiront le même sort que les autres malgré le combat mené par Claire Nouvian et quelques associations comme Bloom.    

Cette récupération corporatiste de l’écologie n’est pas propre aux marins pêcheurs. Les agriculteurs parfois et les forestiers aussi prétendre être les vrais acteurs de la protection de la nature (par opposition à l’urbain « bobo » dont la caricature est sous-jacente à ces affirmations). Pourtant nos sols sont détruits (voir par exemple les explications de Claude Bourguignon), nos forêts sont maintenant des lieux de monoculture où on privilégie le rendement, où les arbres morts (pourtant essentiels au cycle de la forêt) sont éliminés, où l’on plante au lieu de laisser la sélection naturelle faire son terrible, mais si nécessaire, rôle d’adaptation du vivant, bref ce sont des lieux de productions économiques et non plus des espaces naturels.

Que les marins ou les agriculteurs veuillent vivre et défendre leur métiers, on doit l'admettre, qu’ils affirment nourrir les hommes et qu’il faille bien en passer par là, on peut le comprendre. Ces professions ont de vrais arguments à faire valoir, comme les routiers d’ailleurs qui rappellent que pour que nous puissions consommer il faut bien qu’un camion ait amené les produits jusqu’à leurs distributeurs ; mais qu’ils prétendent agir au nom de l’écologie, voilà qui relève du mensonge.

Cela n’exonère pas le consommateur de sa responsabilité. Il va de soi que toutes ces activités (pêche, agriculture intensive, bétonisation générale du territoire au nom du transport…) n’existent que parce qu’en face se trouve une demande. In fine la responsabilité incombe à la terrible multiplication de notre nombre par notre appétit de consommer, à laquelle les différentes professions ne font que répondre. Il ne s’agit donc pas de les ostraciser, tout le tissu économique est responsable.

C’est un problème de fond que des écologistes comme James Lovelock avaient bien compris. Quel est le rôle de l’homme ? Voulons-nous nous substituer à la nature et devenir les gestionnaires de la planète ?  Cela serait un pari bien audacieux ! La nature a préservé la vie sur Terre pendant 3,8 milliards d’années et en quelques siècles nous avons mis à bas la plupart des grands équilibres tout en éliminant presque toute la mégafaune. Au vu de ce bilan nous réclamons le droit d’aller plus avant et d’êtres les écologistes de notre Terre ! Allons donc, quelle indécence !

Les véritables écologistes sont ceux du « non agir », ce sont ceux qui ont pour seul objectif de laisser de l’espace et du temps pour que la nature retrouve ses droits et ses règles de fonctionnement qui ont depuis tous temps à la fois fait leurs preuves et sculpté la magnificence de la planète. Le seul combat écologiste qui vaille est de redonner à la nature la maîtrise de ses équilibres, il n’est pas de nous y substituer, il n’est pas de nous en réclamer quand, au contraire, nous la détruisons.

Concernant la pêche, sans doute ne pourrons-nous nous passer d’une réflexion sur la pertinence d’une économie de prédation dans un monde de sept milliards d’humains. D’ailleurs sur la terre ferme depuis longtemps ce type d’économie s’est évidemment révélé intenable. Un prédateur de 50 kg comme l’Homme a besoin de plusieurs kilomètres carrés par individu. Nous sommes environ mille fois trop nombreux pour maintenir ce mode de fonctionnement. On ne parle plus de poissons d’ailleurs mais de réserves halieutiques. Ce choix des mots exprime au mieux notre chosification de la nature et le peu de considération que nous portons au vivant.

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(1) Voir aussi cet article du Figaro ainsi que celui-ci du site Biosphère.

(2) Sur ces trois poissons voir également ce site.

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Published by Didier Barthès - dans Biodiversité
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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 09:48

Foret--il-etait-une--film.jpgAbandonnons un instant l’écologie politique, l’écotaxe et les débats internes à nos « verts » pour revenir au fondamental : s’émerveiller devant la nature et découvrir quelques-uns de ses mystères.

C’est ce que nous propose Il était une forêt, le film de Luc Jacquet qui met en scène les étapes de la reconstitution d’une forêt primaire et certaines des extraordinaires interactions entre les arbres ou entre eux-mêmes et les animaux.

Si l’idée est excellente, l’impression reste mitigée sur le plan technique.  Les images n’ont rien d’exceptionnel et l’on ne saurait reprocher à ce film  un esthétisme envahissant. L’ensemble, malgré la fixité obligée des acteurs aurait pu être beaucoup plus impressionnant. On regrettera surtout l’introduction quasi permanente d’images de synthèse. Ainsi la levée des jeunes pousses, mais aussi l’émission des messages chimiques par les plantes sont-elles systématiquement représentées par des sortes de dessins animés dont on se demande ce qu’ils viennent faire là. Quand on aimerait se plonger dans la nature, ils nous ramènent toujours à l’artifice et détruisent toute magie. Pour la croissance de la végétation par exemple, l’utilisation, bien que classique, d’images en  accéléré aurait été largement préférable. Sans être désagréable, la musique omniprésente n’a guère sa place ici quand les bruits de la forêt nous auraient tellement mieux plongés dans ses envoûtements. Ce film construit autour de la tendresse évidente et touchante du botaniste Francis Hallé pour les arbres pose un problème : on ne se sent presque jamais au cœur de la forêt. Le message est sincère mais il est dit trop sobrement et ne dégage pas la poésie qu’on pouvait en espérer même si l’on ne peut qu’être fasciné par le terrible figuier étrangleur.

Le volet documentaire aussi est un peu léger. Quiconque a lu les ouvrages de Jean-Marie Pelt n’apprendra pas grand chose sur la question et l’on aurait aimé plus d’exemples de l’extraordinaire sophistication des communications inter végétales. Quoiqu’évoquées plus largement, les milles astuces de la dissémination des graines par les animaux auraient, elles-aussi, gagné à être multipliées et détaillées.

Pour les enfants ce film constitue par contre une excellente initiation d’autant, que le message principal, s’il pouvait être entendu, rattraperait à mes yeux toutes les petites imperfections du film. Protéger la nature ce n’est pas prendre des mesures compliquées, c’est juste lui laisser de l’espace et du temps. C’est apprendre à partager le monde avec le reste du vivant. Francis Hallé et son immense amour de la forêt nous dit là une chose très juste.

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Il était une forêt, un film de Luc Jacquet avec Francis Hallé. Jean Luc Jacquet est également le réalisateur de La marche de l’empereur.

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Published by Didier BARTHES - dans Biodiversité
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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 14:04

Science-et-vie-octobre-2012.jpgLe magazine Science & Vie revient dans son numéro d’octobre (1) sur un débat qui commence, hélas, à s’imposer au sein de la communauté scientifique : Quelles espèces allons-nous (tenter de) sauver ? Et son effroyable corollaire : Quelles espèces allons-nous délibérément sacrifier ?

Parce que oui, terrible constat d’échec, nous en sommes là ! Désormais, pour beaucoup de naturalistes, préserver la biodiversité est une tâche au-dessus de nos moyens : Nous n’y parviendrons pas !

Alors, plutôt que de se voiler la face et de tenter l’impossible, autant accepter la réalité et concentrer tous nos forces sur quelques espèces avec, espérons-le une chance raisonnable de succès.

Folie ? Cynisme ?  Réalisme ? Quoi qu’il en soit, le débat est lancé et il génère inévitablement une interrogation sur les règles de ce tri cornélien. Comment déterminer les animaux dignes d’être sauvés ? Selon quelles lois condamner les autres ?

Science & Vie recense quatre ensembles de critères.

- l’originalité des espèces (ex: Le cœlacanthe, l’ornithorynque).

- leur rôle déterminant dans un écosystème (ex : Le loup…)

- leur valeur symbolique (ex : Le tigre, l’éléphant…)

- leur utilité (au sens utilitariste pour l’humanité ?)

On s’en doute, chacun de ces critères laisse la place à l’arbitraire et ouvre la porte à mille débats indécidables. Ajoutons d’ailleurs des interrogations liées à la probabilité de succès. Science & Vie évoque ainsi le cas du Rhinocéros de Java. Passerait-il tous les examens d’entrée à cette « porte de Noé » cet animal, dont les effectifs, aujourd’hui réduits à 50 individus, et l’habitat quasi détruit est promis à une extinction presque certaine. Est-il alors raisonnable de tenter quelque chose avec des moyens qui pourraient être plus utiles ailleurs ? Le tigre non plus, n’est pas loin d’entrer dans cette catégorie.

Cette approche, et l'on aimerait pouvoir dire, heureusement,  ne fait pas l’unanimité (2).

Pour des raisons morales d’abord : C’est une façon d’acter l’échec et de reconnaître qu’en fin de compte la planète doit être réservée à l’Homme seul; point de vue sans doute aussi détestable qu'intenable, bien qu'encore largement partagé.

Mais on peut également lui opposer des raisons d’efficacité. Les équilibres écologiques sont tellement complexes et s’appuient sur tant d’interactions que l’idée d’un choix d’espèces à protéger n’a aucun sens. Ce qu’il faut protéger au contraire, ce sont de vastes espaces laissant à la nature toute liberté pour ces interactions.  Ce sont les écosystèmes qu’il faut protéger, les espèces qui les habitent le seront en conséquence. Cette approche est probablement plus raisonnable mais elle se heurte à un problème majeur : Comment dégager de l'espace dans un monde qui vient de doubler ses effectifs au cours des quarante dernières années et qui s’apprête encore à  rajouter 3 milliards d’habitants à la planète d'ici la fin de ce siècle ?

La protection du monde vivant heurte de front nos élans économiques et démographiques. Il faut avoir la lucidité et  courage de dire qu’il n’y aura pas d’échappatoire face à ces contraintes.

N’en déplaise à toute une branche de l’écologie bien-pensante et aux adeptes d’un miraculeux "développement durable", nous ne trouverons pas une façon intelligente de tout préserver. Il n’existe pas de comportement optimal pouvant biaiser avec les réalités quantitatives et qui permettrait de concilier les inconciliables. La nature se moque des idéologies et les règles du vivant supposent des espaces préservés. Si nous voulons sauver la nature, il nous faudra à la fois revenir à des effectifs plus modestes et accepter un mode de vie plus sobre. Bref, il nous faudra briser les tabous et pour une bonne part, aller à rebours de tout ce que nous avons fait. Vaste programme !

___________________________________________________________________________________________________

 

(1) Le dilemme de Noé : Quelles espèces menacées faut-il sauver ?  Article de Vincent Nouyrigat : Science & Vie, numéro 1141, octobre 2012, p. 102 à 108.

Parmi les autres sujets en rapport avec l’écologie traités dans ce numéro voir en particulier :

- La fonte record des glaces de l’Arctique cet été, p. 34-35.

- Les prévisions du temps à 10 ans. Article de Boris Bellanger, p. 86 à 95.

- La réhabilitation des nitrates qui ne se révèleraient  pas aussi néfastes pour la santé que l’on ne l’imaginait.  Article d’Odile Capronnier, p. 96 à 101.    

 (2) Il existe d’ailleurs une Alliance pour l’extinction zéro qui refuse cette approche sélective. Voir son site en anglais.

Le choix de Sophie est un livre de William Styron racontant, entre autres, la culpabilité ressentie par une femme ayant été conduite à faire le choix entre la vie de deux de ses enfants. Sous le même titre l’histoire a été  portée à l’écran en 1982 par Alan Paluka. L’expression « choix de Sophie » est, depuis, restée synonyme des choix impossibles.

 

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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 10:03

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" Quelque chose va mourir qui méritait d’être défendu " : 

                                                            Extrait de L'Adieu au Tigre d'Armand Farrachi (1)

 

 Comment dire en moins de mots notre échec et notre honte ?

 Ecologiquement, défendre le tigre est essentiel, c’est, avec le lion, le plus grand prédateur terrestre (2), il participe en ce sens à l’équilibre naturel et à la bonne santé des populations qui constituent ses proies. Le jeu de la sélection naturelle est cruel, mais il est redoutablement efficace. C’est à la puissance des grands félins que nous devons la course et l’élégance de l’antilope et de tant de grands herbivores. Certes, d’autres espèces, moins emblématiques, sont menacées, mais dans leur catégorie, lions et tigres sont les seuls et nul ne viendra les remplacer. De plus,  le tigre ne se trouve qu’en Asie où le lion est rarissime.

 Mais une raison plus importante encore justifie ce combat.

 La présence du tigre étant durablement impossible à proximité de l’homme et de sa civilisation, sa défense impose de lui accorder de vastes espaces et là est le cœur de la question.

Cette démarche, parce qu’elle suppose une limitation et même un recul de l’occupation humaine nous engage dans un nouveau rapport avec la nature : celui du partage et du respect.

 Cessons de nous considérer propriétaires de la planète. Cessons de voir en chaque territoire un espace à conquérir, en chaque espèce ou bien une ressource ou bien un adversaire.

 Notre actuelle domination est une double impasse : exécrable moralement, elle est physiquement intenable. Il n’a pas dans l’histoire de l’humanité de révolution plus fondamentale que ce changement de point de vue. Pas de révolution plus difficile, pas de révolution plus nécessaire, mais aussi, et c’est admirable, pas de révolution plus tendre et plus pacifique.

 J’ignore si par une suite de funestes enchaînements, la disparition du tigre conduira sous peu à celle de l’homme, mais je tiens pour certain que notre survie, dans un monde dont nous aurions éliminé le tigre, serait une indécence.

" La beauté sauvera le monde "

 

 

(1) Armand Farrachi, l'Adieu au Tigre, Editions IMHO, octobre 2008.

 

tigre2

4ème de couverture :

"Quelque chose va mourir, qui méritait d'être défendu"... La disparition du tigre, espèce condamnée, confirme que la nature est à l'agonie. Écrire encore des romans dans un monde qui meurt, n'est-ce pas "chanter tandis que Rome brûle" ? Entre colère et désespoir, L'Adieu au tigre n'est pas seulement une tentative de roman à la poursuite d'un animal déjà presque mythique, mais aussi un essai documenté sur une extinction, un récit de voyage dans une Inde qui perd ses vaches, ses tigres et son identité, une imprécation misanthropique, le souvenir d'une enfance entre les mots et les images, la chronique de la fin d'un monde. L'Adieu au tigre, est-ce la forme absolue de l'adieu ?

  (2) L'ours blanc est certes un peu plus massif, mais l'essentiel de ces proies sont maritimes, en cela ce n'est pas à proprement parler un prédateur terrestre.

 

 

Le wwf propose de participer à la défense du tigre, vous trouverez une pétition en ce sens à signer sur :

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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 13:22

 

    On accorde volontiers aux écologistes la vertu de se préoccuper des questions de long terme. Il s’agit en réalité moins d’une vertu que d’une nécessité. Agir en matière d’environnement présente peu d’intérêt pour le mois en cours, en offre modérément pour l’année qui vient mais se révèle déterminant pour préparer le siècle prochain.
    Cependant, la marche du temps ne s’arrêtera pas en 2100. Il faut souhaiter à notre planète et à ses habitants un avenir plus lointain. Que sera le monde dans 500, 1000, 10 000 ou 100 000 ans (1) ?


    Question oiseuse ?  Simple plaisir intellectuel ?  Non !


    Certes, le réel résulte d’une combinaison de trop de causes indépendantes pour qu’il soit raisonnable de parier sur le futur d’une société. A lointaine échéance, les meilleurs analystes peuvent prévoir des tendances lourdes, détecter des facteurs dominants mais il est délicat de prévoir leurs interactions mutuelles aussi bien que leurs imbrications avec des éléments factuels par nature imprévisibles. Souvent, les meilleurs analystes doivent au hasard le privilège de l’exactitude et la chance reste une qualité primordiale pour un futurologue.

    Malgré cette impuissance à la divination, envisager le long terme conserve tout son intérêt. C’est une démarche qui pousse à distinguer l’essentiel de l’accessoire. Elle conduit en cela à réfléchir à l’importance des enjeux et donc aux priorités temporelles et quantitatives de l’action.


Un exemple : Climat et biodiversité.


    Le risque de réchauffement climatique et le recul de la biodiversité font la une des débats. Quelle est la plus grave de ces deux menaces ? Où doivent d’abord porter nos efforts ? Une réflexion à longue échéance peut nous guider.

   Le gaz carbonique, principal responsable du risque de réchauffement, persiste dans l’atmosphère un peu plus d’un siècle (2). Compte tenu de ce délai et du montant des réserves d’énergies fossiles qu’il nous reste à consommer(3), compte tenu enfin de l’inertie des mécanismes climatiques (liée en particulier à la chaleur stockée dans les océans), il est raisonnable de considérer que dans mille ans, deux mille ans au plus, tout sera rentré dans l’ordre. L’atmosphère aura retrouvé sa composition initiale et le climat sera de nouveau soumis à ses déterminants naturels. Notons d’ailleurs qu’à ces échéances, (ou plus tard), nous pourrions nous trouver menacés par le retour d’une période glaciaire (4).
   Coté biodiversité, la perspective est différente. Si nous éliminons complètement la mégafaune, sa reconstitution équilibrée avec proies et prédateurs pourrait prendre des centaines de milliers voir des millions d’années. On ne " fabrique " pas tigres, lions, orques et ours polaires ou leurs équivalents du jour au lendemain (5). L’élaboration d’espèces nouvelles est longue ; elle réclame des délais sans commune mesure avec le rythme de nos sociétés ; elle suppose de laisser longtemps la sélection naturelle faire son travail, loin de l’action perturbatrice des hommes. Sur de telles durées, ce sont plusieurs enchaînements climatiques (périodes glaciaires / interglaciaires) qui auront eu le temps de se dérouler, soumettant, selon des cycles tout à fait naturels, les hommes et leurs civilisations à des écarts de températures comparables à ceux dont nous menace le fameux " réchauffement climatique d’origine anthropique ".

    Sous cet angle, alors la protection de la biodiversité constitue la priorité. Sa disparition engage la planète pour très longtemps.
    Si nous ne faisons rien pour le climat, dans un ou deux millénaires, nous reviendrons à la situation pré-industrielle, mais si nous ne faisons rien pour la faune, nous attendrons mille fois plus longtemps avant le retour à l’équilibre. Ce sont là des délais vertigineux sur lesquels l’humanité ne peut prendre aucun engagement, n’assurer aucune promesse. C’est une pente sur laquelle il serait imprudent de se laisser entraîner. Par définition, le " temps de réparation " est du même ordre de grandeur que celui de la vie des espèces, de la nôtre par exemple. Sous cet angle c’est donc à la protection de la biodiversité que nous devons donner la priorité (6).

 

La démographie


    C’est pour les même raisons, que nous militons ici pour une rapide maîtrise de nos effectifs, même si les durées en cause sont beaucoup plus courtes que celles évoquées précédemment.

    La pression démographique constitue une cause essentielle de la dégradation de l’environnement ! Pollution accrue et réduction drastique des espaces disponibles pour la faune et la flore menacent l’avenir et la beauté de notre planète.

    Il est important, bien entendu, de lutter contre ces fléaux en changeant aussi notre mode de vie, mais cela peut être fait en quelques décennies, la raréfaction progressive puis la fin des énergies fossiles devrait d’ailleurs involontairement participer à l’évolution de nos comportements.


   A l’inverse les mécanismes démographiques souffrent (ou bénéficient) d’une inertie beaucoup plus forte. Les hommes vivent longtemps et surtout, toute naissance ouvre elle-même la voie à une descendance.

   Les effectifs de l’humanité sont quasiment acquis pour les 40 ans à venir : Nous serons environ 9 milliards en 2050. Si nous voulons éviter que ce mouvement de croissance ne se poursuive au-delà, c’est dès maintenant qu’il faut agir. Tout conducteur sait qu’on freine d’autant mieux qu’on freine plus tôt.
    Si dans les années 2040 - 2050 nous n’avons pas stoppé la croissance de la population mondiale, alors nous préparons une fin de siècle difficile où la pression démographique viendra constamment contrecarrer et même anéantir les efforts écologiques consentis par ailleurs. Polluer deux fois moins par personne ne sert à rien si nous acceptons d’être deux fois plus nombreux.  Même frugaux, plus nombreux, nous consommerons plus d’espace.


    Là encore, c’est la prise en compte du temps, le recul et la réflexion sur le long terme qui constitueront nos meilleurs guides. Il ne sert à rien d’améliorer quelque peu demain si, de ce fait même, après demain doit être effroyable.

___________________________________________________________
 

(1) On pourrait aller au-delà et envisager des perspectives encore plus lointaines, mais ce serait là s’engager sur des inconnus toujours plus grand. N’oublions pas cependant que pour une planète, les millions d’années ne sont rien. Pour la Terre en tant que bloc rocheux, sur le plan matériel comme sur le plan temporel, l’existence de l’humanité n’est qu’un épiphénomène. " Le monde a commencé sans l’homme et il s’achèvera sans lui " rappelle Claude Lévi-Strauss dans les dernières pages de Tristes Tropiques.

 
(2) Contre 10 ans seulement pour une molécule de méthane. Après ce délai la moitié des molécules se sont combinées avec l’oxygène de l’air pour former du CO2.

 

(3) Car ne nous faisons pas d’illusions, nous allons tout brûler, même les importantes réserves de charbon (aujourd’hui estimées entre 150 et 250 fois le niveau des consommations annuelles). Il est probable que les différentes mesures de restrictions mises en œuvre ne joueront qu’à la marge, réduisant seulement la vitesse d’épuisement des gisements et non le résultat final.

 

(4)  Pour mémoire notre planète connaît depuis quatre cent mille ans au moins une succession de cycles d’environ 100 000 ans comprenant 80 000 ans de période glaciaire et 20 000 ans d’interglaciaire. La civilisation est née au cours de ce dernier âge interglaciaire qui se poursuit encore aujourd’hui et devrait durer quelques milliers d’années. Une période glaciaire " classique ", revient à ensevelir la plupart des pays aujourd’hui développés sous une couche de plusieurs centaine de mètres de glace. Donc si le réchauffement est à la mode, n’oublions pas qu’une glaciation représenterait pour notre civilisation une remise en cause encore plus radicale. Pour plus d’information voir  le lien suivant :

http://www.manicore.com/documentation/serre/passe.html

 

(5) Admettons cependant que, si nous ne l’éliminons pas complètement, la reconstitution de la mégafaune pourrait être beaucoup plus rapide; encore faut-il que les effectifs des principales espèces ne tombent pas sous un seuil qui les condamne irrémédiablement.

 

 

 

 


(6) Sauf si toutefois le changement climatique par effet de seuil ou suite à un autre problème environnemental apportait un changement tellement radical qu’il conduirait à l’extinction de toute vie (ou de la majorité de la vie) sur la planète. Auquel cas, bien entendu, conclusions de court ou de long terme se rejoindraient. Ceci n’est pas absolument exclu.

 


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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 13:24

 

 

     La reprise de la pêche à la baleine en Islande, mais aussi le maintien d’une hypocrite chasse scientifique au Japon ou la poursuite d’une activité commerciale même réduite en Norvège, paraissent aux yeux de beaucoup comme d’incompréhensibles anachronismes dans un monde qui voudrait afficher sa bonne volonté écologique.
     Ces captures, c’est à dire ces tueries, constituent en réalité beaucoup plus.

     C’est d’abord évidemment un scandale de tuer ces merveilleux animaux que sont les grands cétacés dont la survie est fortement menacée. Ces espèces au cerveau souvent plus lourd que le nôtre ont un niveau de conscience probablement très élevé et nous nous comportons en barbares.

  
     Mais ces massacres justifient également le plus profond des pessimismes.

      L’Islande, le Japon et la Norvège sont des pays riches pour qui cette chasse ne représente absolument rien de significatif (1). On sait que l’observation touristique des baleines constitue d'ores et déjà une activité économique largement plus importante (2).

     Mais surtout, les peuples de ces différentes nations bénéficient d’un haut niveau d’éducation et, on pourrait l’espérer, d’une forte conscience écologique, ils en ont d’ailleurs peu ou prou la réputation.

  
     Or, cela n’empêche rien !

  
     Si donc, les pays les plus riches et les plus éduqués ne sont pas capables de si petits sacrifices, s’ils ne peuvent comprendre l’absurdité de tels comportements, alors que peut-on attendre de l’humanité dans son ensemble ? 

     La plupart des hommes vivent dans des conditions plus précaires que les Islandais, les Norvégiens ou les Japonais, et ils n’ont pas toujours les moyens de placer l’écologie à la pointe de leurs préoccupations.

     On peut  imaginer sans difficultés qu’à la moindre crise c'est toute la mégafaune qui sera massacrée.
     Qui  pourra faire la leçon si les peuples privilégiés donnent d’aussi lamentables exemples ?

 

    Quant à la tradition évoquée par certains, elle prendra fin avec la dernière baleine et c’est trop tard que ceux là mesureront alors l’inanité de l’argument.

 


 

 (1) Certains avancent l’hypothèse qu’en réalité le Japon se moque bien de poursuivre la chasse à la baleine pour elle-même mais que ce pays redoute qu’en cédant sur ce point il n'ouvre la voie à d’autres compromis économiquement  plus significatifs, sur le thon rouge en particulier mais aussi sur toute la pêche en général. Par sa démographie le japon n’a pas les moyens physiques de se contenter de ses propres productions.

 

 (2) Je signale ce point, mais ne souhaite pas en faire un argument. Même si économiquement la chasse était plus importante que l’observation elle n’en serait pour autant ni écologiquement ni moralement justifiable.


Source de l'illustration : Wikipedia. 

 

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27 juin 2009 6 27 /06 /juin /2009 08:10


   Pour ceux qui voudraient approfondir la "leçon sur le Thon rouge",  le mensuel Pour la Science propose dans son édition de juillet 2009 (numéro 381 p. 32) une étude intitulée : Thon rouge : Comment le sauver ?

   Vous y apprendrez presque tout sur ce poisson géant (quelques spécimens peuvent atteindre 750 kg), sur son mode de vie, ses migrations et sur les graves menaces qui assombrissent  son devenir.

   L'article met en lumière, ce qui est rare,  le problème des mesures visant à protéger les juvéniles en fixant
une taile mimima aux prises. On concentre ainsi l'effort de pêche sur les individus reproducteurs et on obère l'avenir.

   Chez les poissons, ceux qui ont déja dépassé une certaine taille ont plus de chance de se reproduire que les plus petits encore fragiles et menacés.
  Ce serait peut-être tout une politique à revoir, car cette pratique s'étend à beaucoup d'espèces. D'ailleurs, une fois un poisson  pris, le rejeter à la mer parce qu'il est trop petit ne le sauve généralement pas. 

  Une politique d'espaces complètement interdits à la pèche serait sans doute plus appropriée pour préserver les différentes espèces.


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