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20 juin 2022 1 20 /06 /juin /2022 17:04

La France ainsi qu’une vaste partie de l’Europe viennent de connaître une canicule intense et précoce. Dans le sud-ouest de notre pays de nombreux records de températures ont été battus.

La réalité du réchauffement climatique comme son origine anthropique ne peuvent plus être niées. L’excellente corrélation entre la hausse des températures et les émissions de gaz à effet de serre ainsi que la très bonne connaissance des interactions entre ces mêmes gaz et le rayonnement infrarouge reflété par la surface de la planète ne laissent aucun doute: le climat se réchauffe rapidement et c’est de notre fait ! Les conséquences en termes d’aridité et de hausse du niveau marin mettant en péril de vastes zones côtières fortement urbanisées sont également bien documentées.

La responsabilité en incombe pour l’essentiel à une forte consommation énergétique dans les pays les plus riches ainsi qu’à celle des classes les plus aisées de toutes les nations du monde. De ce constat, d’aucuns déduisent que seul doit être mis en cause le niveau de vie des plus favorisés (comprenant de facto la quasi-totalité des habitants des pays développés) et que le nombre des hommes ne constitue qu’un facteur négligeable. C’est ainsi que raisonne par exemple le GIEC qui consacre très peu de ses travaux à la démographie et ne propose pas de mesures en la matière, nos effectifs étant considérés comme une donnée exogène sur laquelle on ne saurait agir.

Séduisant, le raisonnement est hélas doublement fallacieux.

- Il néglige le fait que si les plus pauvres polluent moins, c’est justement du fait de la pauvreté. Veut-on maintenir à un faible niveau de vie la grande majorité de la population mondiale ou veut-on aller vers une plus juste répartition des richesses ?

- Il fait bon marché de l’évolution comparée des émissions de CO2 et de la démographie. Ainsi par exemple entre 1960 et 2016 les émissions de CO2 ont été multipliées par 3,8 (passant de 9,4 à 36,2 milliards de tonnes ). Dans le même temps, la population a été multipliée par 2,5 passant de 3,0 à 7,4 milliards. Les émissions globales étant le produit des émissions individuelles par le nombre d’individus, on voit que les émissions par personne ont été multipliées par 1,5 (rapport  3,8/2,5). Le facteur « évolution de la population » (2,5) a donc été plus déterminant que le facteur « évolution du niveau de vie » (1,5) !  Aujourd’hui d’ailleurs les émissions mondiales de CO2 tendent à se stabiliser tandis que la croissance démographique est toujours de l’ordre de 1 % par an.

La reconnaissance de l’impact de la démographie dans l’évolution du réchauffement climatique devient donc urgente, le Giec mais aussi tous les mouvements écologistes doivent s’emparer du sujet. Cela est d’autant plus nécessaire qu’au-delà du climat, la croissance de nos effectifs a des conséquences négatives en de nombreux autres domaines, la biodiversité en premier lieu mais aussi la pollution, les paysages et de manière générale, l’empreinte sur la biosphère.

 

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20 janvier 2022 4 20 /01 /janvier /2022 15:04

Depuis quelques mois fleurissent dans la presse nombre d’articles retournant l’inquiétude démographique et nous mettant en garde contre un risque de dépopulation massive menaçant nos sociétés et même, à terme, l’existence de notre espèce (1).

Étrange inquiétude quand l’humanité vient encore, en 2021, de gagner plus de 80 millions de représentants, quand le seuil des 8 milliards devrait être franchi au début de l’an prochain, quand la population a été multipliée par 5 depuis 1900 et quand nous constatons que la Terre a gagné plus d’habitants au cours des seules 50 dernières années qu’au cours des 50 000 précédentes !

Plusieurs facteurs expliquent ce retournement médiatique.

Nous vivons depuis 50 ans dans un contexte de baisse du taux de croissance démographique et du taux de fécondité : 2,1 % de croissance annuelle au cours de la décennie 1960-1970, environ la moitié aujourd’hui, 5 enfants par femme en 1950 au niveau mondial, la moitié aussi, ou même un peu moins désormais. La poursuite anticipée (mais non certaine) de cette tendance fournit le cadre général de ces inquiétudes. Notons toutefois que si ces taux diminuent, comme ils s’appliquent à des populations beaucoup plus importantes, nos effectifs augmentent plus en nombre en 2022 que dans les années 1960 et que les naissances sont plus nombreuses.

Trois éléments conjoncturels renforcent ce sentiment de possible décrue démographique.

- D’une part, la publication récente de quelques études (celle de l’IHME est la plus connue) qui, si elles reprennent à peu près les mêmes anticipations que l’Onu et l’Ined pour 2050, envisagent une stabilisation plus rapide ensuite avec un pic à 9,7 milliards en 2064 suivi d’une redescente dans la seconde partie du siècle pour atteindre un peu moins de 8,8 milliards en 2100, échéance pour laquelle l’Onu prévoit 10,9 milliards d’habitants dans le cadre de son estimation moyenne. Curieusement cette projection de l'IHME correspond à peu près à la projection basse de l'ONU (voir ici l’infographie de l’IHME).

- D’autre part, l’épidémie de covid qui a légèrement augmenté la mortalité et surtout, semble avoir affecté à la baisse la fécondité dans les pays développés.

- Enfin, nous portons un regard prioritaire sur les pays les plus riches où la fécondité est généralement désormais inférieure au seuil de renouvellement, promesse à terme d’une certaine stabilisation démographique, voire d’une décrue si le processus se poursuivait (phénomènes migratoires mis à part). Ce regard n’est évidemment que très partiel, d’autres parties du monde, certains pays d’Asie et l’Afrique en premier lieu, sont toujours en pleine explosion, la baisse de la fécondité tardant à suivre l’écroulement de la mortalité infantile.

La convergence de ces facteurs conduit de nombreux éditorialistes à titrer sur ce retournement de perspective et à surfer sur des inquiétudes inverses : Qu’allons-nous devenir ?  Qui va payer les retraites ?  Quid d’une Terre dépeuplée ?

Ces analyses font bon marché d’éléments contraires qu’ils passent largement sous silence.

- Comme toutes les projections, celles qui envisagent une baisse de la population s’appuient sur des hypothèses plus ou moins arbitraires : ici une baisse continue de la fécondité dans la poursuite de la tendance connue ces dernières décennies. Or, rien n’est acquis en la matière. Plusieurs nations, les pays de l’Est européen, le Maghreb par exemple ont, au contraire, connu des hausses récentes de leur fécondité, montrant que la tendance n’était ni forcément durable, ni générale.

- L’épidémie de covid est évidemment trop récente pour que l’on puisse en tirer des conclusions solides en matière d’impact démographique. Rien n’indique que la baisse récente de fécondité qu’on lui attribue se prolonge. De plus, elle semble ne pas (ou peu) avoir affecté les pays où justement on a déjà le plus d’enfants par femme.  En ce sens le covid pourrait accentuer l’écart déjà important entre nations selon leur niveau de développement (voir cet article ).

- L’inquiétude sur l’équilibre des comptes publics et sociaux (les retraites notamment) est surfaite. Une population en croissance n’assure pas un meilleur équilibre : Les jeunes sont dans un premier temps des charges, et le restent d’ailleurs longtemps dans un contexte de chômage endémique comme c’est le cas dans de nombreux pays.  Surtout, ils sont aussi les personnes âgées de demain. Compter sur une forte natalité pour résoudre ce problème revient à entrer dans un mécanisme de pyramide de Ponzi.

- Enfin, il est très étonnant de voir des experts s’inquiéter d’une baisse de la population dans certains pays. Oui, il est fort possible que le Japon ou la Corée du Sud voient leur population diminuer, mais est-ce un mal ? Dans une nation comme le Japon, la densité de peuplement est de 330 habitants par kilomètre carré et une véritable conurbation recouvre l’essentiel de la partie non montagneuse de l’archipel, réduisant à rien le monde sauvage. Est-ce aussi un mal au niveau mondial, alors que nous connaissons un véritable effondrement de la biodiversité, au point que le concept de sixième extinction fait presque l’unanimité et que cette extinction est pour l’essentiel le fruit de l’extension continue de la présence humaine et donc de notre nombre ? Rappelons que presque toute l’histoire de l’humanité s’est déroulée dans un monde où le nombre d’habitants était de l’ordre du millième de ce qu’il est aujourd’hui et que ce nombre a assuré la durabilité de notre espèce puisqu’il lui permettait d’avoir un impact plus limité sur les écosystèmes, laissant de vastes zones à la nature.

Cette perspective d’une éventuelle stabilisation, puis peut-être d’une décrue, devrait être perçue non comme une menace, mais comme une des très rares raisons d’espérer. Souhaitons qu’elle se réalise.

(1) Ici sur Novethic, un article parmi beaucoup d’autres, mais presque tous les grands journaux ont repris les mêmes analyses.

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1 janvier 2022 6 01 /01 /janvier /2022 07:04

 Estimation de la population mondiale au 1er janvier 2022

Selon différents compteurs, en millions d'habitants et en début d'année

Sources                                          2021              2022            Progression

                                                                                                                    en nombre           en %

 

Countrymeters                                7851              7 948          +   96  soit  + 1,2 %

Earth Clock                                     7844            7 934          +   90  soit  + 1,3 %  

INED                                               7 835           7 816          +   81  soit  + 1,0 %

Overpopulation awareness             7 755           7 830          +   75  soit  + 1,0 %      

PopulationCity.world                         7 807           7 890          +   82   soit  + 1,1 %  

Population.io                                   7 798           7 876          +   78   soit  + 1,0 %      

Population mondiale.com               7 778           7 863          +   85   soit  + 1,1 %

Terriens.com                                   7 768           7 842          +   74   soit  + 1,0 %

US Census Bureau                         7 733           7 869          +  136  soit  + 1,8 %

Worldometers                                 7 836           7 917           +    81  soit  + 1,0 %

 

 

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Moyenne :                                      7 800            7 888       +  88   soit  + 1,1 % 

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A en croire les principaux compteurs disponibles sur internet, les effectifs de la population mondiale atteindraient en ce 1er janvier 2022 près de 7,9 milliards et il y aurait sur Terre 88 millions de personnes de plus qu’il y a un an, soit une augmentation légèrement supérieure à 1 %. Précisons toutefois que cette estimation est entachée d'une forte et récente réévaluation du compteur de l'US Census bureau, sans cette réévaluation, la moyenne de la croissance serait plutôt d'environ 83 millions (*).

Mais au-delà de ces estimations, ce qui marque l’année sur le plan démographique est évidemment l’impact potentiel de l’épidémie de covid.

Pour la première fois depuis le début des années 2000, l'ONU et l'INED n'ont pas publié les statistiques et projections qu'elles éditaient régulièrement tous les deux ans à la fin du printemps et au début de l'automne. La pandémie perturbe les travaux statistiques dans de nombreux pays mais aussi le choix des hypothèses de fécondité qui sont à la base des projections. Il est particulièrement difficile aujourd'hui d'anticiper les conséquences démographiques de cette maladie.

Le Covid est doublement impliqué dans la démographie.

Il l’est en tant que conséquence de la surpopulation, mais il l’est aussi en tant que facteur puisqu’il impacte la mortalité comme la fécondité. 

Sur le covid comme conséquence de la surpopulation voyez notamment la vidéo proposée par Denis Garnier, président de l’association Démographie Responsable. Il semble probable que l’empiétement croissant sur la nature du fait de notre nombre et donc le contact forcé avec des espèces animales éventuellement porteuses de germes pathogènes favorise les pandémies. Il en est sans doute plus encore de la promiscuité qu’impose l’actuelle densité de population. D’ailleurs, nombre de mesures de protection anti covid visent à limiter les regroupements, c’est hélas de plus en plus difficile dans un monde de 8 milliards de personnes où se multiplient les mégapoles.

Sur le covid en tant que déterminant démographique, il faut distinguer les effets sur la mortalité de ceux affectant la natalité.

Bien que l’on dispose d’une estimation du nombre de décès liés au covid dans le monde, - ils seraient entre 5 et 6 millions aujourd’hui - ses conséquences sur la mortalité ne sont pas évidentes. La maladie est-elle réellement la cause (ou la cause principale) de tous les décès qui lui sont attribués ? On sait en effet qu’elle touche majoritairement des personnes par ailleurs fragilisées, soit par l’âge, soit par d’autres pathologies. A l’inverse, a-t-elle tué des gens sans qu'on lui rattache leur décès ? L’impact du covid sur la mortalité ne saura être valablement estimé qu’après quelques années, quand pourra être mise en évidence une inflexion notable (ou pas) et durable (ou pas) des courbes de mortalité.

Deux éléments permettent toutefois de limiter la portée de cet « effet mortalité ».

Tout d'abord, la maladie, dans ses formes graves, touchant prioritairement des personnes âgées, retire moins « d’années-hommes » à la planète qu’une affection touchant  toutes les générations. En second lieu, l’âge des victimes fait que celles-ci n'auraient de toute façons plus eu d'enfants, donc, à terme, l’impact de la mortalité liée au covid sur le volume de la population est négligeable (dans l’état actuel de la maladie en tout cas). Cette pandémie diffère en cela de celle de la grippe espagnole qui frappa le monde à l’issue de la première guerre mondiale (même si l’impact de la grippe espagnole sur la natalité fut également limité du fait qu’elle affectait majoritairement les hommes).  Le covid n’a évidemment rien à voir non plus avec la peste noire de la fin des années 1340 du fait de la différence de létalité entre les deux maladies. En France, l’augmentation du nombre des décès en 2020 par rapport à 2019 serait d’environ 9%. C’est loin d’être négligeable même s’il faut défalquer de cette estimation l’augmentation mécanique de la mortalité liée au vieillissement de la population. Là aussi, tout dépendra de la durabilité du phénomène.

Concernant la fécondité, il est d’usage de considérer que les périodes difficiles, guerres et épidémies en particulier, angoissent la population qui tend alors à repousser les naissances. Le covid ayant été médiatisé début 2020, les premiers effets n’ont pu se faire sentir qu’à la fin de cette même année  et dans le courant de l’année 2021. Il est donc encore bien tôt pour en tirer des conséquences définitives. Les premiers résultats dans les pays développés semblent toutefois marquer une influence assez forte mais non durable.

Sur l'ensemble de l'année 2020 les naissances auraient baissé en France de 17 000 (soit - 2,2 % environ) et le nombre total de naissances serait de 736 000 soit le plus bas depuis 1945. Il faut toutefois avoir à l'esprit que cette variation s'inscrit dans une tendance générale à la baisse, donc là aussi, il faut pouvoir isoler la "cause covid". Y a-t-il eu juste une amplification ou un véritable saut ? Dans les deux cas les conséquences du phénomène dépendront de sa durée et d’un éventuel effet rebond comme beaucoup de pays en connaissent après les périodes de conflits : Y aura-t-il un baby-boom post-covid et si oui, de quelle ampleur et de quelle durée ? (voir cet article du Monde reprenant les analyse de l'INED)  En France, la baisse de la fécondité aurait également été plus forte dans les classes les plus pauvres (voir le graphique ci-dessous).

 

La Chine et les Etats-Unis paraissent avoir connu une évolution comparable. Il faudra avoir des statistiques sur l’ensemble du monde et sur plus de deux ans pour tenter une analyse globale

Le covid ayant semble-t-il  touché plus durement les pays les riches que les pays plus pauvres (pour la mortalité, sans doute en partie du fait que la population y est plus âgée et donc plus fragile), on peut penser que l’effet sur le moral des couples y a aussi été plus sensible. Une conséquence inquiétante, mais hélas plausible, est que le covid accentuerait encore l’écart de fécondité entre les différents pays du monde. Les pays pauvres faisant le plus d’enfants seraient ceux où la fécondité serait le moins affectée, tandis que les pays riches à la fécondité déjà en-dessous du seuil de renouvellement, verraient leur naissances s’effondrer plus encore. Bref ce fameux décalage qui inquiète tant les démographes serait en voie d’élargissement. Ce serait peut-être là la principale conséquence démographique du covid.

_________________________________________________________________________________

Tous les articles précédents intitulés : La population mondiale au 1er janvier :

2009 (6,759 milliards), 2010 (6,838 milliards), 2011 (6,914 milliards),

2012 (7,003 milliards), 2013 (7,082 milliards), 2014 (7,162 milliards),

2015 (7,260 milliards), 2016 (7,358 milliards), 2017 (7,440 milliards),

2018 (7,534 milliards), 2019 (7,637 milliards). 2020 (7,703 milliards)

2021 (7,800 milliards)

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Les noms des compteurs constituent des liens hypertextes et vous pouvez, en cliquant sur chacun d'eux, accéder directement au site en question.

(*) Depuis plusieurs années l'US Census Bureau propose des estimations des effectifs mondiaux sensiblement plus basses que celles des autres organismes. En attribuant (artificiellement de toute évidence), une forte croissance démographique ( + 136 millions !) à l'année 2021, ce compteur se rapproche ainsi de l'estimation moyenne pour nos effectifs en cours d'année. (7,869 milliards contre 7,888 pour la moyenne générale).

 

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14 décembre 2021 2 14 /12 /décembre /2021 13:04

Un article de Marc Gillet (*)

Depuis son premier rapport d’évaluation publié en 1990, le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) présente des descriptions de ce que pourraient être les changements climatiques, leurs causes et leurs conséquences, généralement jusqu’à l’année 2100, sous forme de scénarios, c’est-à-dire de courbes illustrant l’évolution de tel ou tel paramètre, comme les émissions de gaz carbonique ou la température moyenne à la surface du Globe.

A partir de quelques hypothèses qualitatives, décrivant les principales caractéristiques démographiques et socio-économiques possibles du monde futur, des modèles macroéconomiques, dits modèles d'évaluation intégrée (MEI) peuvent calculer divers scénarios d’évolution des émissions de gaz à effet de serre en fonction du temps, ainsi que d’autres paramètres influant sur le climat, comme l’utilisation des sols et la pollution atmosphérique(1). Les modèles globaux de simulation du climat, qui reproduisent le comportement de l’atmosphère et des océans, peuvent déduire de ces émissions le niveau de réchauffement global et un grand nombre de conséquences locales.

La première partie du sixième rapport d'évaluation du GIEC, sur les aspects scientifiques du changement climatique, a été présentée en août 2021. En mars 2022, le GIEC présentera la partie relative à l'atténuation de l'effet de serre, qui analyse l’efficacité de différentes politiques et mesures susceptibles de freiner le réchauffement climatique. Mais comme ce fut le cas pour les cycles d’évaluation précédents, on s'attend à ce qu’aucune évaluation ne soit faite de l’intérêt pour le climat des mesures susceptibles de ralentir la croissance démographique dans le monde.

En effet, les centaines de modèles socio-économiques de type MEI utilisés pour évaluer les politiques et mesures d'atténuation du changement climatique, qui ont été développés par la "communauté" d'économistes en lien avec le GIEC, et surtout avec le Groupe de travail 3 du GIEC qui est spécifiquement chargé de ces questions, sont basés sur cinq profils d'évolution démographique convenus à l'avance, associés aux cinq familles de scénarios socio-économiques qui décrivent des futurs possibles. Ces cinq scénarios démographiques ont été établis par le centre Wittgenstein situé en Autriche (2) en consultation avec plus de 550 experts en démographie. Ils sont identifiés par le nom de la famille de scénarios socio-économiques (dits Shared Socioeconomic Pathways) à laquelle ils correspondent, soit SSP1 à SSP5, dont les grandes caractéristiques apparaissent dans le Tableau 1. Ceux-ci vont d’un scénario « développement durable » SSP1 très respectueux de l’environnement et du progrès social, présentant un profil d’émissions très modéré, à deux scénarios présentant de forts profils d’émissions, le scénario SSP3 correspondant à un monde fragmenté et le scénario SSP5, avec un marché totalement mondialisé et faisant appel à une utilisation décomplexée des combustibles fossiles.

Tableau 1 :  Quelques caractéristiques générales des cinq canevas sous-tendant les scénarios SSP.

Canevas

Caractère principal

Prospérité générale

Développement des pays à faible revenu

SSP1

Durabilité

Elevée et convergente

Rapide

SSP2

Poursuite des tendances actuelles

Moyenne

Moyen

SSP3

Rivalités entre pays, régions et fragmentation

Faible

Faible

SSP4

Inégalités entre classes et entre régions

Faible

Moyen

SSP5

Développement basé sur les combustibles fossiles

Très forte

Rapide

 

Les scénarios démographiques à la base des scénarios SSP, représentés Figure 1, sont accessibles à tous les publics. Ils sont très détaillés, puisqu’ils sont produits quantitativement pour 195 pays, les populations étant classées selon l’âge, le sexe et le niveau d’éducation.

 

Fig 1 : Evolution de la population selon les cinq scénarii du GIEC


L’éventail des possibilités de croissance démographique couvert par les SSP est bien plus large que celui des projections publiées en 2019 par les Nations-Unies, qui se situent en 2100 entre 9,5 et 12,5 milliards d’habitants. Ce sont surtout les deux scénarios SSP1 et SSP5 qui sortent des estimations faites par l’ONU, avec une population très inférieure en 2100, se situant à peu près au niveau de 2010.  Ces deux scénarios apparaissent tout à fait en ligne avec les visions politiques généralement mises en avant respectivement par l’Union Européenne et certaines ONG, d’une part, et par les Etats-Unis, d’autre part.

La fécondité future et donc la croissance démographique sont déterminées principalement par le niveau d’éducation, qui influence à la fois la mortalité et la natalité. Les données empiriques disponibles indiquent en effet que pour pratiquement toutes les populations la fertilité féminine décroît quand le niveau d’éducation s’élève. De même, il a été établi empiriquement que la croissance économique est principalement déterminée par le niveau d’éducation des personnes en âge de travailler. Pour les auteurs des scénarios, l’éducation est censée progresser davantage dans les sociétés mondialisées (canevas SSP1 et SSP5) que dans les sociétés plus fragmentées (canevas SSP3 et SSP4), ce qui conduit aux résultats de la Figure 1. Les scénarios font aussi souvent l’hypothèse d’une convergence générale des revenus par habitant, mais ceci constituerait un autre sujet de réflexion.

Le GIEC émet par ailleurs des hypothèses sur le degré d’urbanisation et sur l’occupation des sols, qui peuvent varier fortement selon les scénarios. Par exemple, dans le cas du scénario SSP3, on arriverait en 2100 à une perte de surface forestière et d’autres milieux naturels de près de 1.100 millions d’hectares au total, avec une extension des terres cultivées de près de 800 millions d’hectares, la différence correspondant à l’augmentation des superficies pâturées. Cette particularité du SSP3 est attribuée principalement à l’accroissement de la population propre à ce scénario et à sa présence importante dans les campagnes, ainsi qu’à son faible niveau d’éducation. Dans le cas du scénario « durable » SSP1, au contraire, la surface forestière et naturelle s’accroîtrait d’environ 700 millions d’hectares, avec un maintien des surfaces cultivées au niveau actuel, grâce à une forte productivité agricole, et une diminution les surfaces pâturées de près de 800 millions d’hectares grâce à une population très inférieure (6,9 milliards d’habitants au lieu de 12,6), des régimes alimentaires « sains », un moindre gaspillage de la nourriture et une meilleure productivité agricole. Les autres scénarios, y compris le scénario hypermondialisé et technologique SSP5, conservent grosso modo la répartition actuelle des terres.

Les hypothèses sur la démographie ont été élaborées sur la base de consensus d’experts issus des milieux académiques, gouvernementaux et associatifs, qui se sont assurés de leur cohérence avec les publications relevant des sciences sociales et économiques. Les écoles de pensée dominantes dans ces milieux pourraient s’avérer surreprésentées dans ces consensus. On peut donc se poser légitimement des questions sur la possibilité de voir des évolutions non prévues se produire dans la réalité.

Les hypothèses conduisant à des croissances démographiques aussi différentes d’un scénario à l’autre peuvent poser question. Mais un autre point important, et rarement mis en avant, est que les données démographiques sont traitées par les modélisations socioéconomiques dites MEI comme des données « exogènes », c’est à dire immuables. Le GIEC n’a donc pas évalué les possibilités de réduction des émissions qui résulteraient d’une évolution démographique plus réduite due à de mesures comme l’encouragement au contrôle des naissances, la suppression des incitations à la procréation ou l’amélioration des régimes de pensions de retraite.

Au vu des projections (Figure 1) adoptées par les 550 experts en démographie mentionnés ci-dessus, il ne serait pas irréaliste de voir la population mondiale toucher à un maximum un peu en dessous de de 9 milliards d’habitants vers 2050-2060, ce qui représenterait près de 1 milliard d’habitants en moins que ce que prévoit l’ONU en moyenne. Considéré proportionnellement, cela pourrait signifier une réduction de 10 % des émissions de GES par an. En 2100, la différence entre le scénario SSP1 et la projection moyenne de l’ONU pourrait-être beaucoup plus importante, de l’ordre de 4 milliards d’habitants. Si les gains en émissions et en occupation des sols liés à une réduction du nombre de naissances seraient faibles au début, ils deviendraient significatifs dès 2040-2050, pour croître ensuite et devenir considérables avant la fin du siècle.

Des études récentes indiquent qu’une diminution du taux d’accroissement de la population pourrait en outre avoir un effet positif sur le PIB par habitant, tout en réduisant les émissions de GES, et suggèrent de prendre en compte les politiques de contrôle des naissances parmi les politiques d’atténuation. Il semble donc que la définition partagée des politiques et mesures d’atténuation SSP continue à faire l’objet d’un débat parmi les experts.

On pourra trouver des exemples de politiques et mesures susceptibles d’agir sur la population sur le site de l’ONG Démographie Responsable. Il s’agit notamment du développement de l’éducation des femmes, de la réduction des allocations familiales et des avantages aux familles nombreuses, de la prise en charge sociale de la contraception et des interruptions de grossesse, etc. D’autres possibilités pourraient aussi été considérées, comme le développement de régimes de retraite fiables. Si la natalité dépend beaucoup de l’éducation des femmes, elle dépend aussi de la vision de l’avenir qu’a tout individu ; quand une pension de retraite décente est garantie par la société, il n’est plus nécessaire de faire appel à ses enfants pour subvenir à ses besoins.

Certaines données présentées ici indiquent qu’une diminution rapide dès aujourd’hui du nombre de naissances pourrait avoir des effets très positifs sur l’évolution du climat à partir de la deuxième moitié du présent siècle, c’est-à-dire dans 20-30 ans. Or, dans les scénarios actuels du GIEC, les hypothèses démographiques sont définies par consensus d’experts. Ceux-ci s’appuient sur des relations statistiques entre mondialisation, augmentation du PIB par habitant, éducation des femmes et baisse de la natalité. Mais par la suite la courbe démographique est utilisée dans chaque scénario comme une donnée exogène fixée au départ. Il apparaît donc que les politiques et mesures susceptibles d’être appliquées dans le domaine de la démographie ne sont pas évaluées ni par les modèles MEI et ni par le GIEC. Comme l’indique son nom, le GIEC est un groupe intergouvernemental, et la plupart des gouvernements attendent tout naturellement qu’il réponde aux questions qu’ils posent, sans s’égarer sur d’autre sujets. Or la démographie est souvent considérée comme une question potentiellement explosive pour l’ordre intérieur comme pour l’ordre international. C’est sans aucun doute pour cette raison que de nombreux gouvernements sont susceptibles de ne pas souhaiter que la possibilité d’agir sur la démographie soit examinée par le GIEC.

Peut-être le Groupe III dans son 6ème rapport d’évaluation apportera-t-il des éléments nouveaux sur les questions que nous nous évoquons ici.

Pour plus d’informations et des références plus détaillées, le lecteur intéressé pourra se reporter au site Internet de l’Encyclopédie du développement durable

_________________________________________________________

(1) Riahi, K. et al., The Shared Socioeconomic Pathways and their energy, land use, and greenhouse gas emissions implications : an overview, Glob. Environ. Change 42 (2017) 153–168.

(2) KC, S., Lutz, W., 2017 : The human core of the Shared Socioeconomic Pathways : population scenarios by age, sex and level of education for all countries to 2100. Global Environ. Change, Volume 42, January 2017, Pages 181-192.

(*) Ingénieur général des Ponts, des Eaux et des Forêts, Marc Gillet a travaillé à Météo France sur l’utilisation de techniques de télédétection pour l’observation et la prévision météorologiques. Au sein de la mission Interministérielle de l’Effet de Serre, il a participé aux négociations de la convention cadre des Nations-Unies sur le changement climatique et a été point focal du GIEC pour la France.  Il a contribué à la création de l’ONERC (Observatoire National sur les Effets du Réchauffement Climatique) et dirigé cet observatoire. Marc Gillet a contribué récemment à la conception et au suivi de projets de développement de services météorologique pour EuropeAid et la pour la Banque Mondiale.

 

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12 mars 2021 5 12 /03 /mars /2021 19:04

Il est bien rare que la télévision consacre une heure entière à la démographie et plus rare encore qu'elle donne la parole à ceux qui s'inquiètent de l'explosion de nos effectifs. 

C'est pourtant ce qu'a fait TV Libertés en invitant le porte-parole de l'association Démographie Responsable - Didier Barthès - dans une émission intitulée :  Sommes-nous trop nombreux sur Terre ? Interview par Olivier Pichon et Pierre Bergerault.

Accès à l'émission via ce lien

Sur le même thème voir également ce débat organisé par France Culture avec Paul Ariès, théoricien de la décroissance, Francis Ronsin : historien du malthusianisme et Didier Barthès.

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10 mars 2021 3 10 /03 /mars /2021 19:04

Une nouvelle fois, la démographie se trouve mise au cœur de la protection de l’environnement et tout simplement… de notre avenir. Par ce long - 554 pages - et dense ouvrage, Jean-Michel Favrot nous propose l’un des panoramas les plus complets sur la question.

Après une revue de l’état général de la planète puis un approfondissement sur la démographie proprement dite et sur les niveaux de consommation, l’auteur s’attache à montrer l’articulation entre le nombre des hommes et tous les autres éléments qui structurent nos sociétés. Ainsi, sont analysés les liens entre revenus et fécondité, entre démographie et énergie et plus généralement entre démographie et ressources. La problématique du réchauffement climatique est également étudiée sous cet éclairage, de même que celle des atteintes à la biodiversité.

Intéressant par cette multiplicité des approches, «Démographie, l’impasse évolutive» constitue une mine de renseignement, une véritable base de données pour chacun des thèmes abordés. Tableaux et graphiques pourront servir de référence à tous ceux qui souhaitent approfondir le sujet. Le chapitre 12 «La paille dans le cocktail du voisin» donne un aperçu des débats et des arguments souvent échangés autour de ces questions. A ces données « techniques » s’ajoutent des considérations plus sociologiques sur les motivations à avoir (ou pas) des enfants : un sujet à l’ordre du jour en ces périodes d’angoisse sanitaire, le covid est d’ailleurs évoqué en fin d’ouvrage.

Chaque chapitre est encadré d’une introduction et d’un résumé ce qui rend la lecture particulièrement aisé pour un livre de cette ampleur.

Ci-dessous, extrait de la quatrième de couverture

Et si tous les maux actuels de la Terre, catastrophes naturelles, réchauffement climatique avaient une cause originelle ?

Et si ce dénominateur commun était l’un des seuls leviers sur lequel il est encore possible d’agir pour atténuer les conséquences graves des crises environnementales et humaines qui ne manqueront pas d’émailler ce 21ème siècle ?

Après avoir décrit l’impasse évolutive dans laquelle l’humanité s’est engagée depuis des siècles, l’auteur propose une nouvelle vision de l’humanité, de son rôle, de sa place.

Ce chemin sur lequel l’auteur propose de s’engager est fondé sur une nouvelle philosophie moins anthropocentrée qui redonne toute sa place au vivant…

Une démographie maîtrisée, un nouvel espoir pour l’humanité et la biodiversité.

Voir également ici une vidéo de l'auteur de cet ouvrage

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Jean Michel Favrot : Démographie, l’impasse évolutive. Des clefs pour de nouvelles relations hommes-nature.

554 pages, 19,00 € (papier), 8,99 € (Ebook),

Editions, Books on Demand (BoD), Paris 2020.

ISBN : 978-2-3222-6485-8

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19 janvier 2021 2 19 /01 /janvier /2021 07:04

 

John F May professeur à l’université George Mason d’Arligton (USA) et Jean-Pierre Guengant, nous proposent une analyse de la situation démographique de l’Afrique subsaharienne (ASS) ainsi qu’une réflexion sur la capacité de cette région à profiter du dividende démographique (1).

Dans un premier temps les auteurs rappellent la situation particulière de cette région qui, jusqu’aux années 1950, connut une croissance du nombre de ses habitants inférieure à celle du reste du monde et qui, depuis les années 1970, est au contraire devenue le symbole même de l’explosion démographique et du retard dans la fameuse « transition démographique » (2). Sur la période 2015-2020 le nombre d’enfants par femme s’y établit à 4,7 (contre 2,4 à 2,5 au niveau mondial). Si, dans nombre de pays en voie de développement d’Amérique ou d’Asie, la fécondité est passée de 6 ou 7 enfants par femme à 2 en une quarantaine d’années, l’Afrique Subsaharienne n’a connu dans le même temps qu’une diminution de 2 enfants par femme environ.

Selon les projections moyennes de l’ONU, l’ASS qui compte aujourd’hui 1,1 milliard d’habitants, devrait en compter 3,8 à la fin du siècle : soit une multiplication par  3,5 tandis que le monde dans son ensemble verrait sa population multipliée par 1,4. Bien entendu, ces projections dépendent essentiellement des hypothèses en matière de fécondité, mais le caractère très jeune de la population de l’ASS constitue mécaniquement une promesse de naissances nombreuses. 

La croissance économique relativement forte de l’ASS (+ 5 % par an entre 2000 et 2014) a depuis été divisée par deux, entre autre du fait  de l’évolution des cours du pétrole et des matières premières même si la situation est assez différentes selon les pays. Toutefois, cette hausse du PIB global ne se traduit pas par une hausse comparable du produit par personne justement du fait de la croissance démographique.

Le livre accorde ensuite une grande place à la notion de dividende démographique. Les auteurs rappellent que l’on peut attribuer près de la moitié de la croissance économique  connue entre 1960 et 1990 par l’Asie de l’Est et du Sud Est à ce mécanisme. L’ASS pourra-t-elle en profiter de même ? Ce ne fut guère le cas sur la période 1970 - 2000 Soulignons d’abord que pour que le mécanisme opère, les personnes en âge de travailler doivent effectivement avoir un emploi rémunéré, ce qui n’est pas toujours le cas (les chômeurs sont comptabilisés dans la population active). La question est complexe : il existe deux dividendes démographiques, et  la situation est également différente en début et en fin de période.

Autre question importante traitée dans cet ouvrage : l'impact des politique de planification familiale. Contrairement à une idée reçue, le développement économique n'est pas le seul déterminant de la  fécondité, des politiques volontaristes ont démontré leur efficacité, c'est également en France le point de vue d'un démographe comme  Michel Garenne

Ce livre fourmille de données statistiques précises et choisies, il ne laisse de côté aucun des aspects de la complexité du problème. Les auteurs n’hésitent pas à se démarquer de la position de nombre de démographes en France qui considèrent que la question de la surpopulation est derrière nous. Une conclusion de quelques pages résume particulièrement bien cette étude et précise les grandes lignes de ce que pourrait être le discours et l’action du planning familial en Afrique Subsaharienne. En un mot, un ouvrage à conseiller à tous ceux qu’intéresse la démographie mondiale.

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(1) Le dividende démographique est le fait que pendant un certain temps, la forme de la pyramide des âges d’un pays minimise la proportion de personnes dépendantes (jeunes et vieux) au profit de la proportion de personnes en âge de travailler, une situation susceptible de favoriser le développement économique.

(2) La transition démographique est le passage d'un régime de haute mortalité (surtout infantile) et haute fécondité à un nouvel équilibre où ces deux indices se trouvent beaucoup plus bas. La mortalité baissant avant la fécondité, ce passage se traduit par une forte expansion démographique, phase de laquelle l'Afrique subsaharienne semble avoir du mal à se dégager. On la représente souvent par un diagramme de ce style (source Wikipédia).

 

 

Ce livre comprends 6 chapitres

- La démographie de l'Afrique subsaharienne

- Projections  de population et perscpectives socio-économiques

- Dynamique de population et développement

- Déclin de la fécondité, panification familiale et droits reproductifs

- Capter un premier dividende démographique

- Les pays subsahariens peuvent-ils capter un premier dividende démographique et atteindre l'émergence économique ?

 

Démographie et émergence économique de l'Afrique subsaharienne

John F. May et Jean-Pierre Guengant, préface de Hervé Hasquin,  Éditeur: Académie Royale de Belgique, collection : L'académie en poche, 141 pages, ISBN 978-2-8031-0756-8. Paru en 2020. 

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1 janvier 2021 5 01 /01 /janvier /2021 07:24

 

 

Estimation de la population mondiale au 1er janvier 2021

Selon différents compteurs, en millions d'habitants et en début d'année

Sources                                          2020              2021            Progression

                                                                                                                    en nombre           en %

 

Countrymeters                                7 763              7 851          +   88  soit  + 1,1 %

Earth Clock                                         -                7 844                 -

INED                                               7 754            7 835          +  81   soit  + 1,0 %

Overpopulation awareness             7 679            7 755          +  76   soit  + 1,0 %      

PopulationCity.world                         7 723            7 807          +  83   soit  + 1,1 %  

Population.io                                   7 719            7 798          +  79   soit  + 1,0 %      

Population mondiale.com               7 693             7 778         +  85   soit  + 1,1 %

Terriens.com                                   7 694             7 768         +  74  soit   + 1,0 %

US Census Bureau                         7 621             7 733         + 112 soit   + 1,5 %

Worldometers                                 7 754             7 836          +  82  soit   + 1,1 %

 

 

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Moyenne :                                      7 711            7 800        +  89   soit  + 1,2 % 

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La Terre héberge désormais 7,8 milliards d'habitants, le seuil des 8 milliards sera donc probablement franchi au cours des premiers mois de 2023.

Les statistiques de l'ONU et de l'Ined étant publiées tous les deux ans, il n'y a pas eu cette année de nouvelles estimations détaillées. Toutefois, l'actualité démographique a été marquée par une étude de l'IHME (Institute for Health Metrics Evaluation). Cette étude relayée par The Lancet (en anglais) revoit sensiblement à la baisse les projections pour le siècle qui commence (voir aussi cet article du journal Les Echos).

Selon L'IHME, la population mondiale  culminerait à 9,7 milliards en 2064 puis, entamerait sa décroissance pour tomber à 8,8 milliards en 2100. A l'inverse, les projections de l'ONU, (qui restent proches au début, puisque l'ONU envisage 9,7 milliards de personnes en 2050) tablent ensuite sur un maintien de la progression jusqu'à la fin du siècle où nos effectifs plafonneraient à 10,9 milliards. L'écart - 2,1 milliards en 2100 - est donc important. Il s'appuie notamment sur des anticipations très différentes concernant l'évolution de la fécondité et en particulier de la fécondité africaine qui constitue un enjeu majeur (c'est en Afrique que se situe aujourd'hui le plus grand potentiel de croissance démographique avec un indice de fécondité de 4,4 enfants par femme contre 2,4 pour l'ensemble de la planète, Afrique comprise). Le développement, l'éducation et la généralisation de méthodes modernes de contraception justifieraient ces anticipations pour le moins optimistes. L'IHME prévoit également des baisses sensibles de population pour plusieurs pays développés (au Japon, en Espagne, en Italie par exemple), pariant là sur un maintien durable de taux de fécondité particulièrement bas.

Bien que l'IHME soit seul à retenir ces estimations, elles ont  été largement relayées dans la presse et notamment par tous les courants de pensée qui nient la nécessité de s'inquiéter de l'évolution de nos effectifs.

L'année 2020 a bien entendu été marquée par l'épidémie de Covid. Dans l'état actuel des choses, cette épidémie ne devrait pas avoir d'impact démographique significatif. En effet, les personnes décédées sont très majoritairement âgées et cela retire donc peu "d'années-hommes" à la planète. D'autre part, du fait de leur âge encore, ces personnes n'auraient pas eu d'enfant et cela n'influera donc en rien sur le nombre de naissances des prochaines années. Ajoutons que les hommes sont plus touchés que les femmes ce qui réduit encore (pour ce qui concerne les rares victimes jeunes) l'impact démographique de la maladie. De ce point de vue, la pandémie est heureusement très différente de ce que furent la Grande Peste du Moyen âge (30 % de décès dans la population européenne, avec des victimes de tous âges) ou même de la Grippe Espagnole qui suivit la première guerre mondiale et dont le nombre de victimes (souvent jeunes) a été réévalué ces dernières années pour atteindre, ou même parfois dépasser, 50 millions.

Ci-dessous, rappel des projections  de l'ONU et de Ined les plus récentes (2019) et courbe de l'évolution de nos effectifs depuis la Révolution Néolithique.  Cette révolution a vu l'homme passer du statut de simple prédateur à celui de producteur et d'organisateur des territoires à son profit via l'agriculture et la sédentarisation-urbanisation. Elle a initié une véritable explosion démographique qui devait encore largement accélérer par la suite (voir cette animation vidéo proposée par le Muséum Américain d'Histoire Naturelle).

 

              Evolution des projections mondiales pour 2050

                       INED 2009 : 9,4 milliards,  ONU : 9,1 milliards

                       INED 2011 : 9,6 milliards,  ONU : 9,3 milliards 

                       INED 2013 : 9,7 milliards,  ONU : 9,6 milliards

                       INED 2015 : 9,8 milliards,  ONU : 9,7 milliards

                       INED 2017 : 9,8 milliards,  ONU : 9,8 milliards

                               INED 2019 : 9,7 milliards,  ONU : 9,7 milliards

 

Evolution des projections mondiales pour 2100 (ONU)

                 en 2011 :  10,1 milliards,    en 2013 :  10,9 milliards

                 en 2015 :  11,2 milliards,    en 2017 :  11,2 milliards

                 en 2019 :  10,9 milliards

 

 

 

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Vous pouvez retrouver la série d'articles de ce site consacrés à nos effectifs en début d'année :  

La population mondiale au 1er janvier :

2009 (6,759 milliards), 2010 (6,838 milliards), 2011 (6,914 milliards),

2012 (7,003 milliards), 2013 (7,082 milliards), 2014 (7,162 milliards),

2015 (7,260 milliards), 2016 (7,358 milliards), 2017 (7,440 milliards),

2018 (7,534 milliards), 2019 (7,637 milliards). 2020 (7,703 milliards)

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Les noms des compteurs constituent des liens hypertextes et vous pouvez, en cliquant sur chacun d'eux, accéder directement au site en question.

Comme tous les ans, l’échantillon de compteurs ainsi que les bases de calcul retenues par chacun d’entre eux diffèrent de l’année précédente. Au 1er janvier 20201 nous enregistrons un compteur supplémentaire : Earth Clock et et constatons la disparition du compteur Poodwaddle présent depuis plusieurs années, le compteur World Population Balance a été exclu parce qu'il proposait des données trop significativement différentes des autres sources. 

La moyenne indiquée pour 2020 (7,711 milliards) est la moyenne pour les compteurs disponibles en 2020 et en 2021 .Elle diffère donc de celle qui avait été présentée l'année dernière pour cette même année 2020 soit 7,703 milliards).  La moyenne de la croissance (+ 89 millions, soit + 1,2 %)  est calculée sur la différence entre les moyennes 2020 (recalculée en 2021 à partir des compteurs présents les deux années)  et 2021 (comprenant donc pour cette dernière année Earth Clock mais ni Poodwaddle, ni World Population Balance).

Le compteur de l'US Census Bureau marque une croissance manifestement trop élevée ( +112 millions) nous l'avons toutefois conservé car il s'agit d'un rattrapage, ce compteur proposait auparavant une estimation de la population mondiale sensiblement inférieure à celle des autres.

Pour l'évolution de la population française ces dernières années vous pourrez  trouver ici  un ensemble de données récemment fournies par l'INED. La croissance liée au solde naturel (nombre de naissances- ombre décès mais phénomènes migratoires exclus) marque un certain tassement.

 

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13 octobre 2020 2 13 /10 /octobre /2020 16:44

Michel Sourrouille, bien connu des milieux antinatalistes, signe là un nouveau livre sur la démographie après l’ouvrage « Moins nombreux plus heureux » dont il avait assuré la coordination.

L’auteur décrit d’abord la façon dont le sujet s’est imposé à lui, puis nous propose un constat sur l’évolution de la population mondiale et sur les inquiétudes qui en résultent sur le plan sociétal, sur le plan des ressources et de la pollution ou sur celui de la préservation de la biodiversité. Il relie avec justesse nombre des maux qui touche l’Humanité : les guerres, les famines, les épidémies, le réchauffement climatique à la pression démographique, non pas bien entendu considérée comme leur seule cause, mais comme un facteur toujours sous-jacent et  souvent déterminant.

L’originalité du livre est aussi d’offrir une analyse sur le rejet dont a fait l’objet l’œuvre de Malthus, à qui Michel Sourrouille donne le titre de « lanceur d’alerte ».  Ce rejet touche des milieux aussi différents que la Gauche, l’Église Catholique ou même les décroissants (on lira avec intérêt les points de vue de Paul Ariès, François Jarrige ou Serge Latouche qui, tous, tendent à relativiser la richesse de l’analyse malthusienne et son caractère prémonitoire). Le tabou sur la question reste bien sûr la première des difficultés à vaincre, il est d’ailleurs particulièrement présent dans les milieux écologistes.

Michel Sourrouille insiste sur le fait que son engagement sur la question démographique est au cœur de son engagement sur l’écologie. Il présente enfin une vue sur les principaux efforts des associations ou des scientifiques pour mettre la problématique en lumière. Il ne cache pas non plus les échecs comme ceux des conférences sur la population, il n’existe d’ailleurs toujours pas de COP sur la démographie comme il y en a pour le climat.

On trouvera en fin d’ouvrage une bibliographie détaillée où sont assez longuement présentés une vingtaine de livres ainsi qu’un lexique très complet où sont développés les termes techniques (équation IPAT, modèle de Lotka Volterra, transition démographique….) mais aussi les sujets parfois polémiques pouvant être en rapport avec la démographie (la PMA, la GPA, l’euthanasie, l’eugénisme, la sexualité, les migrations…)  

En un mot, un livre nécessaire sur un sujet qui devrait avoir la  première place dans l’esprit de tous ceux qui se préoccupent de l’avenir de la planète et même de l’avenir de l’Humanité. Faire moins d’enfants aujourd’hui c’est préserver à la fois une Terre vivable et, sans qu’il y ait le moindre paradoxe, le droit de nos enfants.... d’avoir à leur tour des enfants.

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Michel Sourrouille : Arrêtons de faire des gosses, comment la surpopulation menace la planète, préface de Didier Barthès,  

Editions Kiwi, collection Lanceurs d’alerte, octobre 2020, 201 p. 20 €, ISBN 978-2-37883-092-2.

Vous pouvez commander ce livre auprès de votre libraire ou sur internet via ce lien ou bien même contacter pour cela l’association Démographie Responsable (contact@demographie-reponsable.fr)

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3 avril 2020 5 03 /04 /avril /2020 10:04

 

Un article de Daniel Martin

Après la crise sanitaire sans précédent du Covid-19, notre monde reprendra-t-il ses « bonnes  et vieilles habitudes » ou nous attarderons nous enfin sur la problématique démographique et l’économie amorcera-t-elle un changement radical ?

Cette crise sanitaire, incomparable à certaines autres nous permettra-t-elle de reconsidérer notre système économique, mais aussi la question démographique ?

Cette grave crise sanitaire aura permis à la majorité de nos concitoyens de mettre en évidence les incohérences, voire certaines absurdités de notre système économique et les limites de la mondialisation. Mais aussi des métiers invisibles qui paraissent soudain essentiels et d’autres plus visibles qui le sont moins ou ne le sont pas.

Par cette crise sanitaire sans précédent, le ralentissement de l’économie est des plus inquiétants d’un point de vue social, démocratique et humain. Toutefois, elle représente une opportunité à saisir pour repenser notre modèle économique. On peut néanmoins s’interroger, tant que la question démographique et ses effets ne sont pas abordés, si on est réellement en mesure de prévoir et anticiper des mesures pour éviter ce genre de choc, ou de mieux les absorber.

Cette crise sanitaire nous recentre également sur des essentiels : l’accès à l’alimentation qui impose les productions essentielles, leur acheminement et leur distribution, à la santé qui a mis en évidence les difficultés inhérent à des erreurs politique de gestion passées, à la relation avec les autres apparaissent ainsi comme des besoins les plus vitaux. Elle questionne également sur l’utilité de certaines activités et les besoins de mise en valeur pour d’autres.

Le Covid-19 sonne comme un rappel des limites démographiques.

Il a fallu un virus particulièrement violent pour nous rappeler le sens des limites et de la mesure, pour nous rappeler notre vulnérabilité, et mettre en évidence la fragilité des systèmes complexes que nous avons construits sans nous soucier de ses effets, notamment par une croissance démographique non régulée. Nous ne contrôlons pas la nature, nous en faisons partie. Quand on détruit annuellement plus de 100 000 km² de terres arables, que l’on déboise et déforeste de façon intensive en détruisant la biodiversité pour l’urbanisation ou des cultures intensives de soja et huile de palme on peut imaginer les effets.

Dans la nature l'animal a besoin d'espace et de vitesse pour survivre. Le prédateur doit disposer de beaucoup d'espace et de vitesse pour pouvoir attraper sa proie et la proie d'espace encore plus vaste et doit courir encore plus vite pour lui échapper. Si l'homme n'a plus besoin de la vitesse pour pouvoir survivre, il doit toutefois disposer d'espace. Avec une perte de 275 km2 par jour de terres arables (100 375 km² par an) sous le béton et l'asphalte, du aux effets de l'urbanisation, des voies de circulation de circulation routières, ferroviaires à grande vitesse, aéroportuaires et une population qui explose, on peut imaginer l'impact écologique ! Chaque jour, on compte 244.000 nouvelles personnes de plus dans le monde (équivalent à la totalité de la population de la ville de Montpellier), soit + 2,7 habitants de plus par seconde (compteur). Autrement dit, la population mondiale s'accroît chaque année de près de 90 millions d'habitants grâce à un nombre de naissances supérieur (environ 150 millions) à celui des décès (60 millions). Elle par ailleurs augmenté d’un milliard pour la décennie 2009-2019, (passant de 6,7 à 7,7 milliards) avec la probabilité d’atteindre les 8 milliards d’habitants en fin 2020... A lire également par ce lien :

A cet effet comme observe l’écologie science, aucune espèce ne peut indéfiniment proliférer au détriment des autres espèces comme le fait l’homme, sans se mettre elle-même en danger et disparaître. Le virus Covid-19 ne serait-il qu’un avertissent parmi d’autres ?

Certes, la médecine par la recherche peut stopper et éradiquer de plus en plus les effets des bactéries et des virus tueurs. Mais on peut s’interroger par rapport à la sélection naturelle inhérente à toutes les espèces animales à laquelle l’homme échappe ainsi de plus en plus, Est- ce que cela ne posera pas un problème majeur sur le plus long terme… Avec pour notre espèce les effets d’affaiblissement moral et physique que l’on peut imaginer et qui seraient tel que le moindre virus pourrait sur le plus long terme éliminer en quelques jours plusieurs milliards d’individus…L’homme, prédateur au sommet de la pyramide des espèces et seul animal culturel oublierait-il qu’il a une double responsabilité : l’une vis à vis des autres espèces et l’autre pour la sienne. Mais il faut prendre acte que cet oubli permanent produit des effets les dévastateurs pour la planète et qu’au fond, par un virus invisible, quand l’homme souffre, la planète souffle... En attendant, la vie continue et la dimension économique ne peut être occultée.

Le Covid-19 signe également un rappel des limites techniques et énergétiques

De même, nous avons à faire face à des limites techniques et énergétiques. Quand les frontières se ferment ou quand le pétrole se met à manquer, c’est toute la chaîne industrielle qui s’effondre. Si au niveau économique cela peut nous réapprendre l’humilité et le bon sens sur le besoin de services publics, de relocalisation d’activités en repensant le rapport au travail et des solidarités informelles, cette crise sanitaire, tout en payant le prix fort avec sa cohorte de victimes n’aura pas été totalement vaine. Mais est-ce cela qui émergera les « jours d’après » ?

Sans recours à un régime politique plus directif, notre démocratie peut-elle imposer les exigences d’un nouvel ordre économique plus conforme aux exigences écologiques?

Remettre en cause les incohérences actuelles du système économique, ne passe-il pas par cesser de concentrer toutes nos productions dans la zone Asiatique, alors que l’on peut produire en France ou en Europe ces importations, ce qui impose des coûts énergétiques considérables pour le transport des produits finis. Certes, cela suppose une reprise en main de l’économie et du système bancaire par le pouvoir politique, éventuellement par des nationalisations ou prise de participation de l’État avec minorité de blocage. Mais cela ne peut se faire que de façon « directive » et concertée au niveau Européen, et non en laissant la « main invisible » du marché libre d’agir au gré des fluctuations boursières…

Faire cesser également certaines absurdités actuelles du système économique

Remettre en cause également l’une des absurdités du système économique est une urgence écologique quand un produit parcours plusieurs itinéraires de longue distance, alors que l’on peut faire plus court par des relocalisations. Il s’agit aussi de mettre un terme aux aberrations d’une production locale qui va faire des milliers de kilomètres pour être transformé ou reconditionner et qui revient ensuite à son point de départ pour être consommée...

Par exemple, En 2017, la distance moyenne parcourue par un produit alimentaire entre son lieu de production et l’assiette du consommateur dépasse la plupart du temps les 2 000 km, et d’autres font jusqu’à 4 800 km ! C’est démentiel ! Il faut se souvenir, par exemple, que le semi-remorque qui a pris feu dans le tunnel du Mont-Blanc, en 1999, était chargé de farine et de margarine belges expédiées en Italie? La margarine devant y être simplement emballée, avant que les paquets ne repartent pour être vendus en… Belgique.

Quand on sait que dix millions de coquilles Saint-Jacques des Côtes d’Armor sont envoyées en Chine pour y être nettoyées avant de revenir en Bretagne se faire garnir… « C’est une question de coût, on ne peut guère faire autrement …» explique un responsable d’une usine bretonne. Sans oublier l’affaire des « lasagnes à la viande de cheval » qui a montré une complexité et une longueur des circuits alimentaires que le consommateur ne soupçonnait pas.

Face à cette folie énergivore et à une agriculture industrielle de plus en plus suspecte, la seule solution est de produire au plus près et de consommer local. Le circuit court peut avoir plusieurs définitions : Aux Etats-Unis c’est une distance de 250 km entre le producteur et le consommateur.  Au Canada, c’est 120 km.  En France un circuit de proximité est fixé à 150 km. Bien entendu, hors agriculture Bio, la seule notion de circuit de proximité ne garantit pas la qualité des produits alimentaires, mais les circuits longs, aux mains de l’agro-business sont toujours plus suspects.

Repenser l’économie doit induire de nouveaux rapports humains et un nouveau rapport au travail, c’est est une urgence sociale, écologique, culturelle. Ainsi avec la nouvelle révolution numérique par le développement du travail à distance, ce nouveau rapport au travail par la remise en cause du « présentéisme » doit surtout éviter l’isolement à domicile, de manière à garantit la sociabilité des individus assujettis à cette forme de travail.

Par rapport à la nouvelle révolution numérique des « intelligences artificielles » rendu inévitable pour l’économie, mais pas seulement

Une nouvelle mutation anthropologique avec un nouveau type de société produit un nouveau type d’individu qui est amené aujourd’hui à agir souvent dans un contexte de vie de plus en plus incertain.

Après la machine à vapeur, la production d’électricité et l’invention du moteur électrique, suivi du moteur à explosion avec une modification en profondeur du rapport au travail, des déplacements, des relations sociales et du rôle de la femme, notamment avec la première guerre mondiale, ces découvertes avaient provoqué une mutation anthropologique en totale rupture avec les précédentes. Avec la nouvelle révolution des « intelligences artificielles » nous assistons à une nouvelle mutation anthropologique totalement différente et sans lien avec les précédentes.

Les avantages ne doivent pas occulter les inconvénients

A cet effet, si la nouvelle révolution numérique offre des avantages concernant la réduction des mobilités avec mise en place souhaitée de s-hub d'accueil de télé travail, elle suscite des craintes justifiées, tant sur le plan économique et sociétal, voire culturel, ainsi que sur le plan environnemental et énergétique. N’oublions pas que les terres rares (qui ne le sont pas toutes) dont sont issus les métaux rares indispensables aux intelligences artificielles, mais aussi à l’éolien et au photovoltaïque, sans compter l’usage quotidien des ordinateurs, smartphone, télévision, appareils ménagers etc. sont une matière fossile qui n’est pas inépuisable. Quand on sait que la Chine détient plus de 90 % de la production mondiale, alors qu’elle possède un peu plus de 30 % des réserves mondiales (44 millions de tonnes métriques pour 120 millions de tonnes métriques dans le monde en 2019) peut imaginer le pire.

Les robots ont désormais « changé de statut » et cela ne cessera pas de progresser

Avec le changement de statut des robots par internet et l’interconnexion entre eux, où aujourd’hui on peut faire fonctionner des entreprises (dites entreprises 4.0) sans peu d’intervention humaine, ce qui va s’amplifier demain avec la 5 G, en particulier dans les entreprises de la grande distribution, compte tenu des nouvelles habitudes d’achat et de livraisons. Il n’y aura d’ailleurs pas que les entreprises de la grande distribution qui seront concernées par la nouvelle révolution numérique, dont nous n’en sommes qu’à la préhistoire, sauf fin brutale de l’humanité...

Dans tous les domaines : entreprises, services, santé, hôpitaux, enseignement, transports, militaires etc. désormais l’Intelligence artificielle s’installe partout avec des applications de substitution totale de l’intervention humaine aux robots par phases successives. Il est évident que l’intelligence artificielle va susciter des espoirs, parfois surréalistes, mais aussi des craintes apocalyptiques, dont certaines peuvent être justifiées, compte tenu de notre culture actuelle.

Aujourd’hui on est en mesure de confier des taches sélectives de décision, notamment, pour la justice, la médecine, l’enseignement, mais aussi faire déplacer des véhicules sans chauffeur ou des drones-taxis sans pilote, y compris faire fonctionner des usines sans aucune intervention humaine grâce aux interconnexions de l’intelligence numérique entre les machines, avec toutes les conséquences d’éthique que cela suppose. Par exemple, s’agissant de la justice pour désengorger les tribunaux, lorsque cela ne relève pas de décisions concernant des jugements dans des situations complexes, où elles doivent être prises en « son âme et conscience », les robots peuvent très bien suppléer les magistrats pour prononcer des sanctions en fonction de critères très précis.

Aller vers un développement généralisé de « l’entreprise 4.0 » qui semble inévitable ne doit pas se faire en détruisant les structures actuelles, ni en construisant de nouvelles installations flambant neuves… Il faut partir de l’existant pour effectuer progressivement des transformations. Une évolution sera beaucoup plus efficace si elle est effectuée par petites étapes, tout en ayant une vision à plus long terme. C’est indispensable si l’on veut éviter une fracture sociale brutale et gagner du temps, car nul doute que de nouvelles activités, aujourd’hui insoupçonnables, apparaîtrons beaucoup plus compatible avec cette nouvelle ère post-croissance dans laquelle nous sommes entrés. Au début des années 1990 nous ne pouvions imaginer l’existence des plateformes numériques et leur impact sur notre vie quotidienne actuelle, bien qu’elles puissent soulever d’autres problématiques, notamment sur le plan social.

Pour conclure

Le Covid-19, outre les contraintes de confinement, nous impose une économie de survie où seuls les produits de première nécessité (alimentaire, énergétiques, santé, déplacements) doivent faire l’objet d’une production, de son acheminement et de sa distribution. Toutes les autres activités sortant de ce cadre, hormis les liaisons téléphoniques et internet, sont suspendues. Mais au fond, faute d’une décroissance démographique choisie et équitable, cela ne préfigure-t-il pas une vie à venir dans le cadre d’un l’effondrement envisagé de la société thermo-industrielle ?

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