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1 janvier 2021 5 01 /01 /janvier /2021 07:24

 

 

Estimation de la population mondiale au 1er janvier 2021

Selon différents compteurs, en millions d'habitants et en début d'année

Sources                                          2020              2021            Progression

                                                                                                                    en nombre           en %

 

Countrymeters                                7 763              7 851          +   88  soit  + 1,1 %

Earth Clock                                         -                7 844                 -

INED                                               7 754            7 835          +  81   soit  + 1,0 %

Overpopulation awareness             7 679            7 755          +  76   soit  + 1,0 %      

PopulationCity.world                         7 723            7 807          +  83   soit  + 1,1 %  

Population.io                                   7 719            7 798          +  79   soit  + 1,0 %      

Population mondiale.com               7 693             7 778         +  85   soit  + 1,1 %

Terriens.com                                   7 694             7 768         +  74  soit   + 1,0 %

US Census Bureau                         7 621             7 733         + 112 soit   + 1,5 %

Worldometers                                 7 754             7 836          +  82  soit   + 1,1 %

 

 

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Moyenne :                                      7 711            7 800        +  89   soit  + 1,2 % 

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La Terre héberge désormais 7,8 milliards d'habitants, le seuil des 8 milliards sera donc probablement franchi au cours des premiers mois de 2023.

Les statistiques de l'ONU et de l'Ined étant publiées tous les deux ans, il n'y a pas eu cette année de nouvelles estimations détaillées. Toutefois, l'actualité démographique a été marquée par une étude de l'IHME (Institute for Health Metrics Evaluation). Cette étude relayée par The Lancet (en anglais) revoit sensiblement à la baisse les projections pour le siècle qui commence (voir aussi cet article du journal Les Echos).

Selon L'IHME, la population mondiale  culminerait à 9,7 milliards en 2064 puis, entamerait sa décroissance pour tomber à 8,8 milliards en 2100. A l'inverse, les projections de l'ONU, (qui restent proches au début, puisque l'ONU envisage 9,7 milliards de personnes en 2050) tablent ensuite sur un maintien de la progression jusqu'à la fin du siècle où nos effectifs plafonneraient à 10,9 milliards. L'écart - 2,1 milliards en 2100 - est donc important. Il s'appuie notamment sur des anticipations très différentes concernant l'évolution de la fécondité et en particulier de la fécondité africaine qui constitue un enjeu majeur (c'est en Afrique que se situe aujourd'hui le plus grand potentiel de croissance démographique avec un indice de fécondité de 4,4 enfants par femme contre 2,4 pour l'ensemble de la planète, Afrique comprise). Le développement, l'éducation et la généralisation de méthodes modernes de contraception justifieraient ces anticipations pour le moins optimistes. L'IHME prévoit également des baisses sensibles de population pour plusieurs pays développés (au Japon, en Espagne, en Italie par exemple), pariant là sur un maintien durable de taux de fécondité particulièrement bas.

Bien que l'IHME soit seul à retenir ces estimations, elles ont  été largement relayées dans la presse et notamment par tous les courants de pensée qui nient la nécessité de s'inquiéter de l'évolution de nos effectifs.

L'année 2020 a bien entendu été marquée par l'épidémie de Covid. Dans l'état actuel des choses, cette épidémie ne devrait pas avoir d'impact démographique significatif. En effet, les personnes décédées sont très majoritairement âgées et cela retire donc peu "d'années-hommes" à la planète. D'autre part, du fait de leur âge encore, ces personnes n'auraient pas eu d'enfant et cela n'influera donc en rien sur le nombre de naissances des prochaines années. Ajoutons que les hommes sont plus touchés que les femmes ce qui réduit encore (pour ce qui concerne les rares victimes jeunes) l'impact démographique de la maladie. De ce point de vue, la pandémie est heureusement très différente de ce que furent la Grande Peste du Moyen âge (30 % de décès dans la population européenne, avec des victimes de tous âges) ou même de la Grippe Espagnole qui suivit la première guerre mondiale et dont le nombre de victimes (souvent jeunes) a été réévalué ces dernières années pour atteindre, ou même parfois dépasser, 50 millions.

Ci-dessous, rappel des projections  de l'ONU et de Ined les plus récentes (2019) et courbe de l'évolution de nos effectifs depuis la Révolution Néolithique.  Cette révolution a vu l'homme passer du statut de simple prédateur à celui de producteur et d'organisateur des territoires à son profit via l'agriculture et la sédentarisation-urbanisation. Elle a initié une véritable explosion démographique qui devait encore largement accélérer par la suite (voir cette animation vidéo proposée par le Muséum Américain d'Histoire Naturelle).

 

              Evolution des projections mondiales pour 2050

                       INED 2009 : 9,4 milliards,  ONU : 9,1 milliards

                       INED 2011 : 9,6 milliards,  ONU : 9,3 milliards 

                       INED 2013 : 9,7 milliards,  ONU : 9,6 milliards

                       INED 2015 : 9,8 milliards,  ONU : 9,7 milliards

                       INED 2017 : 9,8 milliards,  ONU : 9,8 milliards

                               INED 2019 : 9,7 milliards,  ONU : 9,7 milliards

 

Evolution des projections mondiales pour 2100 (ONU)

                 en 2011 :  10,1 milliards,    en 2013 :  10,9 milliards

                 en 2015 :  11,2 milliards,    en 2017 :  11,2 milliards

                 en 2019 :  10,9 milliards

 

 

 

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Vous pouvez retrouver la série d'articles de ce site consacrés à nos effectifs en début d'année :  

La population mondiale au 1er janvier :

2009 (6,759 milliards), 2010 (6,838 milliards), 2011 (6,914 milliards),

2012 (7,003 milliards), 2013 (7,082 milliards), 2014 (7,162 milliards),

2015 (7,260 milliards), 2016 (7,358 milliards), 2017 (7,440 milliards),

2018 (7,534 milliards), 2019 (7,637 milliards). 2020 (7,703 milliards)

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Les noms des compteurs constituent des liens hypertextes et vous pouvez, en cliquant sur chacun d'eux, accéder directement au site en question.

Comme tous les ans, l’échantillon de compteurs ainsi que les bases de calcul retenues par chacun d’entre eux diffèrent de l’année précédente. Au 1er janvier 20201 nous enregistrons un compteur supplémentaire : Earth Clock et et constatons la disparition du compteur Poodwaddle présent depuis plusieurs années, le compteur World Population Balance a été exclu parce qu'il proposait des données trop significativement différentes des autres sources. 

La moyenne indiquée pour 2020 (7,711 milliards) est la moyenne pour les compteurs disponibles en 2020 et en 2021 .Elle diffère donc de celle qui avait été présentée l'année dernière pour cette même année 2020 soit 7,703 milliards).  La moyenne de la croissance (+ 89 millions, soit + 1,2 %)  est calculée sur la différence entre les moyennes 2020 (recalculée en 2021 à partir des compteurs présents les deux années)  et 2021 (comprenant donc pour cette dernière année Earth Clock mais ni Poodwaddle, ni World Population Balance).

Le compteur de l'US Census Bureau marque une croissance manifestement trop élevée ( +112 millions) nous l'avons toutefois conservé car il s'agit d'un rattrapage, ce compteur proposait auparavant une estimation de la population mondiale sensiblement inférieure à celle des autres.

Pour l'évolution de la population française ces dernières années vous pourrez  trouver ici  un ensemble de données récemment fournies par l'INED. La croissance liée au solde naturel (nombre de naissances- ombre décès mais phénomènes migratoires exclus) marque un certain tassement.

 

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13 octobre 2020 2 13 /10 /octobre /2020 16:44

Michel Sourrouille, bien connu des milieux antinatalistes, signe là un nouveau livre sur la démographie après l’ouvrage « Moins nombreux plus heureux » dont il avait assuré la coordination.

L’auteur décrit d’abord la façon dont le sujet s’est imposé à lui, puis nous propose un constat sur l’évolution de la population mondiale et sur les inquiétudes qui en résultent sur le plan sociétal, sur le plan des ressources et de la pollution ou sur celui de la préservation de la biodiversité. Il relie avec justesse nombre des maux qui touche l’Humanité : les guerres, les famines, les épidémies, le réchauffement climatique à la pression démographique, non pas bien entendu considérée comme leur seule cause, mais comme un facteur toujours sous-jacent et  souvent déterminant.

L’originalité du livre est aussi d’offrir une analyse sur le rejet dont a fait l’objet l’œuvre de Malthus, à qui Michel Sourrouille donne le titre de « lanceur d’alerte ».  Ce rejet touche des milieux aussi différents que la Gauche, l’Église Catholique ou même les décroissants (on lira avec intérêt les points de vue de Paul Ariès, François Jarrige ou Serge Latouche qui, tous, tendent à relativiser la richesse de l’analyse malthusienne et son caractère prémonitoire). Le tabou sur la question reste bien sûr la première des difficultés à vaincre, il est d’ailleurs particulièrement présent dans les milieux écologistes.

Michel Sourrouille insiste sur le fait que son engagement sur la question démographique est au cœur de son engagement sur l’écologie. Il présente enfin une vue sur les principaux efforts des associations ou des scientifiques pour mettre la problématique en lumière. Il ne cache pas non plus les échecs comme ceux des conférences sur la population, il n’existe d’ailleurs toujours pas de COP sur la démographie comme il y en a pour le climat.

On trouvera en fin d’ouvrage une bibliographie détaillée où sont assez longuement présentés une vingtaine de livres ainsi qu’un lexique très complet où sont développés les termes techniques (équation IPAT, modèle de Lotka Volterra, transition démographique….) mais aussi les sujets parfois polémiques pouvant être en rapport avec la démographie (la PMA, la GPA, l’euthanasie, l’eugénisme, la sexualité, les migrations…)  

En un mot, un livre nécessaire sur un sujet qui devrait avoir la  première place dans l’esprit de tous ceux qui se préoccupent de l’avenir de la planète et même de l’avenir de l’Humanité. Faire moins d’enfants aujourd’hui c’est préserver à la fois une Terre vivable et, sans qu’il y ait le moindre paradoxe, le droit de nos enfants.... d’avoir à leur tour des enfants.

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Michel Sourrouille : Arrêtons de faire des gosses, comment la surpopulation menace la planète, préface de Didier Barthès,  

Editions Kiwi, collection Lanceurs d’alerte, octobre 2020, 201 p. 20 €, ISBN 978-2-37883-092-2.

Vous pouvez commander ce livre auprès de votre libraire ou sur internet via ce lien ou bien même contacter pour cela l’association Démographie Responsable (contact@demographie-reponsable.fr)

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3 avril 2020 5 03 /04 /avril /2020 10:04

 

Un article de Daniel Martin

Après la crise sanitaire sans précédent du Covid-19, notre monde reprendra-t-il ses « bonnes  et vieilles habitudes » ou nous attarderons nous enfin sur la problématique démographique et l’économie amorcera-t-elle un changement radical ?

Cette crise sanitaire, incomparable à certaines autres nous permettra-t-elle de reconsidérer notre système économique, mais aussi la question démographique ?

Cette grave crise sanitaire aura permis à la majorité de nos concitoyens de mettre en évidence les incohérences, voire certaines absurdités de notre système économique et les limites de la mondialisation. Mais aussi des métiers invisibles qui paraissent soudain essentiels et d’autres plus visibles qui le sont moins ou ne le sont pas.

Par cette crise sanitaire sans précédent, le ralentissement de l’économie est des plus inquiétants d’un point de vue social, démocratique et humain. Toutefois, elle représente une opportunité à saisir pour repenser notre modèle économique. On peut néanmoins s’interroger, tant que la question démographique et ses effets ne sont pas abordés, si on est réellement en mesure de prévoir et anticiper des mesures pour éviter ce genre de choc, ou de mieux les absorber.

Cette crise sanitaire nous recentre également sur des essentiels : l’accès à l’alimentation qui impose les productions essentielles, leur acheminement et leur distribution, à la santé qui a mis en évidence les difficultés inhérent à des erreurs politique de gestion passées, à la relation avec les autres apparaissent ainsi comme des besoins les plus vitaux. Elle questionne également sur l’utilité de certaines activités et les besoins de mise en valeur pour d’autres.

Le Covid-19 sonne comme un rappel des limites démographiques.

Il a fallu un virus particulièrement violent pour nous rappeler le sens des limites et de la mesure, pour nous rappeler notre vulnérabilité, et mettre en évidence la fragilité des systèmes complexes que nous avons construits sans nous soucier de ses effets, notamment par une croissance démographique non régulée. Nous ne contrôlons pas la nature, nous en faisons partie. Quand on détruit annuellement plus de 100 000 km² de terres arables, que l’on déboise et déforeste de façon intensive en détruisant la biodiversité pour l’urbanisation ou des cultures intensives de soja et huile de palme on peut imaginer les effets.

Dans la nature l'animal a besoin d'espace et de vitesse pour survivre. Le prédateur doit disposer de beaucoup d'espace et de vitesse pour pouvoir attraper sa proie et la proie d'espace encore plus vaste et doit courir encore plus vite pour lui échapper. Si l'homme n'a plus besoin de la vitesse pour pouvoir survivre, il doit toutefois disposer d'espace. Avec une perte de 275 km2 par jour de terres arables (100 375 km² par an) sous le béton et l'asphalte, du aux effets de l'urbanisation, des voies de circulation de circulation routières, ferroviaires à grande vitesse, aéroportuaires et une population qui explose, on peut imaginer l'impact écologique ! Chaque jour, on compte 244.000 nouvelles personnes de plus dans le monde (équivalent à la totalité de la population de la ville de Montpellier), soit + 2,7 habitants de plus par seconde (compteur). Autrement dit, la population mondiale s'accroît chaque année de près de 90 millions d'habitants grâce à un nombre de naissances supérieur (environ 150 millions) à celui des décès (60 millions). Elle par ailleurs augmenté d’un milliard pour la décennie 2009-2019, (passant de 6,7 à 7,7 milliards) avec la probabilité d’atteindre les 8 milliards d’habitants en fin 2020... A lire également par ce lien :

A cet effet comme observe l’écologie science, aucune espèce ne peut indéfiniment proliférer au détriment des autres espèces comme le fait l’homme, sans se mettre elle-même en danger et disparaître. Le virus Covid-19 ne serait-il qu’un avertissent parmi d’autres ?

Certes, la médecine par la recherche peut stopper et éradiquer de plus en plus les effets des bactéries et des virus tueurs. Mais on peut s’interroger par rapport à la sélection naturelle inhérente à toutes les espèces animales à laquelle l’homme échappe ainsi de plus en plus, Est- ce que cela ne posera pas un problème majeur sur le plus long terme… Avec pour notre espèce les effets d’affaiblissement moral et physique que l’on peut imaginer et qui seraient tel que le moindre virus pourrait sur le plus long terme éliminer en quelques jours plusieurs milliards d’individus…L’homme, prédateur au sommet de la pyramide des espèces et seul animal culturel oublierait-il qu’il a une double responsabilité : l’une vis à vis des autres espèces et l’autre pour la sienne. Mais il faut prendre acte que cet oubli permanent produit des effets les dévastateurs pour la planète et qu’au fond, par un virus invisible, quand l’homme souffre, la planète souffle... En attendant, la vie continue et la dimension économique ne peut être occultée.

Le Covid-19 signe également un rappel des limites techniques et énergétiques

De même, nous avons à faire face à des limites techniques et énergétiques. Quand les frontières se ferment ou quand le pétrole se met à manquer, c’est toute la chaîne industrielle qui s’effondre. Si au niveau économique cela peut nous réapprendre l’humilité et le bon sens sur le besoin de services publics, de relocalisation d’activités en repensant le rapport au travail et des solidarités informelles, cette crise sanitaire, tout en payant le prix fort avec sa cohorte de victimes n’aura pas été totalement vaine. Mais est-ce cela qui émergera les « jours d’après » ?

Sans recours à un régime politique plus directif, notre démocratie peut-elle imposer les exigences d’un nouvel ordre économique plus conforme aux exigences écologiques?

Remettre en cause les incohérences actuelles du système économique, ne passe-il pas par cesser de concentrer toutes nos productions dans la zone Asiatique, alors que l’on peut produire en France ou en Europe ces importations, ce qui impose des coûts énergétiques considérables pour le transport des produits finis. Certes, cela suppose une reprise en main de l’économie et du système bancaire par le pouvoir politique, éventuellement par des nationalisations ou prise de participation de l’État avec minorité de blocage. Mais cela ne peut se faire que de façon « directive » et concertée au niveau Européen, et non en laissant la « main invisible » du marché libre d’agir au gré des fluctuations boursières…

Faire cesser également certaines absurdités actuelles du système économique

Remettre en cause également l’une des absurdités du système économique est une urgence écologique quand un produit parcours plusieurs itinéraires de longue distance, alors que l’on peut faire plus court par des relocalisations. Il s’agit aussi de mettre un terme aux aberrations d’une production locale qui va faire des milliers de kilomètres pour être transformé ou reconditionner et qui revient ensuite à son point de départ pour être consommée...

Par exemple, En 2017, la distance moyenne parcourue par un produit alimentaire entre son lieu de production et l’assiette du consommateur dépasse la plupart du temps les 2 000 km, et d’autres font jusqu’à 4 800 km ! C’est démentiel ! Il faut se souvenir, par exemple, que le semi-remorque qui a pris feu dans le tunnel du Mont-Blanc, en 1999, était chargé de farine et de margarine belges expédiées en Italie? La margarine devant y être simplement emballée, avant que les paquets ne repartent pour être vendus en… Belgique.

Quand on sait que dix millions de coquilles Saint-Jacques des Côtes d’Armor sont envoyées en Chine pour y être nettoyées avant de revenir en Bretagne se faire garnir… « C’est une question de coût, on ne peut guère faire autrement …» explique un responsable d’une usine bretonne. Sans oublier l’affaire des « lasagnes à la viande de cheval » qui a montré une complexité et une longueur des circuits alimentaires que le consommateur ne soupçonnait pas.

Face à cette folie énergivore et à une agriculture industrielle de plus en plus suspecte, la seule solution est de produire au plus près et de consommer local. Le circuit court peut avoir plusieurs définitions : Aux Etats-Unis c’est une distance de 250 km entre le producteur et le consommateur.  Au Canada, c’est 120 km.  En France un circuit de proximité est fixé à 150 km. Bien entendu, hors agriculture Bio, la seule notion de circuit de proximité ne garantit pas la qualité des produits alimentaires, mais les circuits longs, aux mains de l’agro-business sont toujours plus suspects.

Repenser l’économie doit induire de nouveaux rapports humains et un nouveau rapport au travail, c’est est une urgence sociale, écologique, culturelle. Ainsi avec la nouvelle révolution numérique par le développement du travail à distance, ce nouveau rapport au travail par la remise en cause du « présentéisme » doit surtout éviter l’isolement à domicile, de manière à garantit la sociabilité des individus assujettis à cette forme de travail.

Par rapport à la nouvelle révolution numérique des « intelligences artificielles » rendu inévitable pour l’économie, mais pas seulement

Une nouvelle mutation anthropologique avec un nouveau type de société produit un nouveau type d’individu qui est amené aujourd’hui à agir souvent dans un contexte de vie de plus en plus incertain.

Après la machine à vapeur, la production d’électricité et l’invention du moteur électrique, suivi du moteur à explosion avec une modification en profondeur du rapport au travail, des déplacements, des relations sociales et du rôle de la femme, notamment avec la première guerre mondiale, ces découvertes avaient provoqué une mutation anthropologique en totale rupture avec les précédentes. Avec la nouvelle révolution des « intelligences artificielles » nous assistons à une nouvelle mutation anthropologique totalement différente et sans lien avec les précédentes.

Les avantages ne doivent pas occulter les inconvénients

A cet effet, si la nouvelle révolution numérique offre des avantages concernant la réduction des mobilités avec mise en place souhaitée de s-hub d'accueil de télé travail, elle suscite des craintes justifiées, tant sur le plan économique et sociétal, voire culturel, ainsi que sur le plan environnemental et énergétique. N’oublions pas que les terres rares (qui ne le sont pas toutes) dont sont issus les métaux rares indispensables aux intelligences artificielles, mais aussi à l’éolien et au photovoltaïque, sans compter l’usage quotidien des ordinateurs, smartphone, télévision, appareils ménagers etc. sont une matière fossile qui n’est pas inépuisable. Quand on sait que la Chine détient plus de 90 % de la production mondiale, alors qu’elle possède un peu plus de 30 % des réserves mondiales (44 millions de tonnes métriques pour 120 millions de tonnes métriques dans le monde en 2019) peut imaginer le pire.

Les robots ont désormais « changé de statut » et cela ne cessera pas de progresser

Avec le changement de statut des robots par internet et l’interconnexion entre eux, où aujourd’hui on peut faire fonctionner des entreprises (dites entreprises 4.0) sans peu d’intervention humaine, ce qui va s’amplifier demain avec la 5 G, en particulier dans les entreprises de la grande distribution, compte tenu des nouvelles habitudes d’achat et de livraisons. Il n’y aura d’ailleurs pas que les entreprises de la grande distribution qui seront concernées par la nouvelle révolution numérique, dont nous n’en sommes qu’à la préhistoire, sauf fin brutale de l’humanité...

Dans tous les domaines : entreprises, services, santé, hôpitaux, enseignement, transports, militaires etc. désormais l’Intelligence artificielle s’installe partout avec des applications de substitution totale de l’intervention humaine aux robots par phases successives. Il est évident que l’intelligence artificielle va susciter des espoirs, parfois surréalistes, mais aussi des craintes apocalyptiques, dont certaines peuvent être justifiées, compte tenu de notre culture actuelle.

Aujourd’hui on est en mesure de confier des taches sélectives de décision, notamment, pour la justice, la médecine, l’enseignement, mais aussi faire déplacer des véhicules sans chauffeur ou des drones-taxis sans pilote, y compris faire fonctionner des usines sans aucune intervention humaine grâce aux interconnexions de l’intelligence numérique entre les machines, avec toutes les conséquences d’éthique que cela suppose. Par exemple, s’agissant de la justice pour désengorger les tribunaux, lorsque cela ne relève pas de décisions concernant des jugements dans des situations complexes, où elles doivent être prises en « son âme et conscience », les robots peuvent très bien suppléer les magistrats pour prononcer des sanctions en fonction de critères très précis.

Aller vers un développement généralisé de « l’entreprise 4.0 » qui semble inévitable ne doit pas se faire en détruisant les structures actuelles, ni en construisant de nouvelles installations flambant neuves… Il faut partir de l’existant pour effectuer progressivement des transformations. Une évolution sera beaucoup plus efficace si elle est effectuée par petites étapes, tout en ayant une vision à plus long terme. C’est indispensable si l’on veut éviter une fracture sociale brutale et gagner du temps, car nul doute que de nouvelles activités, aujourd’hui insoupçonnables, apparaîtrons beaucoup plus compatible avec cette nouvelle ère post-croissance dans laquelle nous sommes entrés. Au début des années 1990 nous ne pouvions imaginer l’existence des plateformes numériques et leur impact sur notre vie quotidienne actuelle, bien qu’elles puissent soulever d’autres problématiques, notamment sur le plan social.

Pour conclure

Le Covid-19, outre les contraintes de confinement, nous impose une économie de survie où seuls les produits de première nécessité (alimentaire, énergétiques, santé, déplacements) doivent faire l’objet d’une production, de son acheminement et de sa distribution. Toutes les autres activités sortant de ce cadre, hormis les liaisons téléphoniques et internet, sont suspendues. Mais au fond, faute d’une décroissance démographique choisie et équitable, cela ne préfigure-t-il pas une vie à venir dans le cadre d’un l’effondrement envisagé de la société thermo-industrielle ?

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25 mars 2020 3 25 /03 /mars /2020 15:04

La question démographique reste la grande absente des réflexions sur la crise du coronavirus. Pourtant, trois éléments au moins peuvent lier nos effectifs à l’épidémie présente.

- L’émergence de l’épidémie est susceptible d’être liée aux contacts obligés avec la faune sauvage que provoque notre expansion permanente sur les territoires du vivant.

- L’épidémie est de façon certaine favorisée par la promiscuité, et la promiscuité est largement fonction de la densité de peuplement, elle-même liée à l’importance de nos effectifs.  Dans un habitat dispersé, elle resterait un problème mineur, mais elle se répand comme une traînée de poudre  dans les grandes agglomérations ou dans les régions peuplées comme la métropole de Wuhan ou la Lombardie. D’ailleurs, la première des mesures que prennent tous les gouvernements est d’éviter les rassemblements, or, dans une grande agglomération, on est rassemblés par nature. Toute la politique actuelle valide cette corrélation entre densité et épidémie (sinon, aucune des mesures prises n’aurait de sens).

- La lutte contre l’épidémie dans une société urbaine et densément peuplée passe par des mesures très autoritaires, restreignant fortement les libertés. Ces mesures sont parfois efficaces (on le voit par exemple en Chine où l’épidémie semble sur la voie descendante, mais aussi à Hong Kong ou à Taiwan qui, malgré leur forte densité, ont peu ou prou réussi jusqu’à présent à contenir le phénomène au prix... de la fin des libertés: contrôle par caméra, confinement, suivi des personnes, peines très sévères…un monde digne de la science-fiction.

En ce sens, la démocratie risque d’être la principale victime de l’explosion démographique. Nous rejoignons là une conclusion proche de celle que tire Jean-Marc Jancovici des crises à venir de l’énergie. Plus généralement, face à toute contrainte, les États sont tentés de réagir ainsi, et, plus l’habitude se prend de restreindre les libertés face à un problème, plus cette possibilité s’ancrera et plus la démocratie sera mise à mal dans l’acceptation plus ou moins passive des populations. 

A ce facteur démographique on peut ajouter la question de la mondialisation qui favorise les échanges de personnes et de biens. Remarquons cependant que la démographie peut, là aussi, être considérée comme à l’origine du problème, car avec des effectifs de 8 milliards - presque 10 au milieu de ce siècle -  il n’existe guère de moyen de nourrir et approvisionner en biens divers l’ensemble de la population sans recourir à la spécialisation internationale et donc à la mondialisation de l’économie avec tous les échanges de biens et de personnes que cela suppose.

Chacun pourra sourire à l’extraordinaire retournement de nombre de personnages politiques, adeptes forcenés de la mondialisation et de la croissance, économique comme démographique, qui, sous l’urgence tournent casaque, et  prennent des mesures à terrasser l’économie et à interrompre les échanges. Urgence oblige dira-t-on ! Certes, mais l'urgence n’excuse pas les erreurs passées et si Paris vaut bien une messe, il ne faudra pas oublier.

Un mot enfin pour condamner l’irresponsabilité en France du principal parti écologiste (EELV) qui, depuis des années, nie systématiquement la question démographique et qui, face au grignotage constaté des territoires  lié à l’augmentation de population (chaque année la France gagne l’équivalent d’un demi département en nombre d'habitants) propose une seule chose : la densification des villes ! On savait déjà que ce mot de densification ne constituait que le terme présentable pour entassement, on voit désormais à quels impossibles conduit cette politique : des épidémies favorisées, une liberté toujours plus bafouée, un monde toujours plus laid. Est-ce cela l’écologie ?

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1 janvier 2020 3 01 /01 /janvier /2020 07:44

Estimation de la population mondiale au 1er janvier 2020 

selon différents compteurs, données en millions d'habitants et en début d'année

 

Sources                                          2019              2020               Progression

                                                                                                                    en nombre           en %

 

Countrymeters                                7 669             7 763          +   94   soit  + 1,2 %

INED                                               7 674             7 754          +   80   soit  + 1,0 %

Overpopulation awareness                 -                 7 679                -                 -

Poodwaddle                                    7 641             7 724          +   83   soit  + 1,1 %

PopulationCity.world                         7 640             7 723          +   83   soit  + 1,1 %  

Population.io                                       -                 7 719                -                 -

Population mondiale.com               7 608             7 693           +  85   soit  + 1,1 %

Terriens.com                                   7 620             7 694           +  74  soit   + 0,9 %

US Census Bureau                         7 543             7 621           +  78  soit   + 1,0 %

Worldometers                                  7 674             7 754          +  80   soit  + 1,1 %

World Population Balance               7 534             7 607          +  73   soit  + 0,9 %

 

________________________________________________________________________________

Total :       (*)                                   7 623            7 703        +  80    soit  + 1,1 % 

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La Terre héberge environ 7,7 milliards d'habitants en ce 1er janvier 2020. Cette estimation à partir de quelques compteurs de population confirme évidemment les chiffres fournis par l'INED en septembre (1) qui indiquaient pour la mi-année 2019 une population mondiale de 7,714 milliards.

L’événement démographique est que, pour la première fois depuis longtemps, nous connaissons une inflexion des projections. Ainsi, alors que depuis le début des années 2000 les prévisions, aussi bien pour 2050 que pour 2100 étaient régulièrement rehaussées, voici, qu'enfin, on observe une légère baisse. 

Le taux de croissance annuel (+,1,1 %) reste toutefois élevé au regard de l'Histoire et conduit à une augmentation de 80 millions de personnes chaque année (soit près de 220 000 personnes chaque jour). 

              Evolution des projections mondiales pour 2050

                       INED 2009 : 9,4 milliards,  ONU : 9,1 milliards

                       INED 2011 : 9,6 milliards,  ONU : 9,3 milliards 

                       INED 2013 : 9,7 milliards,  ONU : 9,6 milliards

                       INED 2015 : 9,8 milliards,  ONU : 9,7 milliards

                       INED 2017 : 9,8 milliards,  ONU : 9,8 milliards

                               INED 2019 : 9,7 milliards,  ONU : 9,7 milliards

 

Evolution des projections mondiale  pour 2100 (ONU)

                 en 2011 :  10,1 milliards,    en 2013 :  10,9 milliards

                 en 2015 :  11,2 milliards,    en 2017 :  11,2 milliards

                 en 2019 :  10,9 milliards

 

Signalons également quelques points encourageants :

- La signature, en novembre dernier, par 11 000 scientifiques d'un appel sur la crise climatique faisant clairement référence au facteur démographique. Rappelons qu' un précédent appel regroupant 15 000 chercheurs avait également été lancé il y a deux ans, qui faisait, lui aussi, référence à nos effectifs (nombre des signataires sont évidemment communs aux deux appels).

- Lors de la COP 25 à Madrid, plusieurs chercheurs se sont exprimés sur question démographique. D'abord M. Joᾶo Abegᾶo.  auteur d'un Atlas de la Surpopulation Humaine, mais également d'autres spécialistes comme M. Alon Tal ou Mme Karen Shraag. Enfin, le sujet démographique est abordé  lors d'une COP !  Signalons également l'appel renouvelé de l'ancien Président de la République  Nicolas Sarkozy à créer un organisme international en charge de ces questions.

- La conscience du problème démographique semble progresser puisque dans un récent sondage publié par le Huffington Post, sur l'effondrement. Les personnes interrogées plaçaient l'explosion démographique au second rang des facteurs susceptibles de provoquer un effondrement de nos sociétés et de notre civilisation (voir ici le détail du sondage).

Ces éléments plus heureux ne doivent toutefois pas nous faire oublier l'évolution globale de la démographie mondiale et le caractère, par définition éphémère, de la croissance explosive que nous connaissons. Le graphique ci-dessous remet les chiffres en perspective.

 

 

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Vous pouvez retrouver la série d'articles de ce site consacrés à nos effectifs en début d'année :  

La population mondiale au 1er janvier :

2009 (6,759 milliards), 2010 (6,838 milliards), 2011 (6,914 milliards),

2012 (7,003 milliards), 2013 (7,082 milliards), 2014 (7,162 milliards),

2015 (7,260 milliards), 2016 (7,358 milliards), 2017 (7,440 milliards),

2018 (7,534 milliards), 2019 (7,637 milliards). 2020 (7,703 milliards),

2021 (7,800 milliards).

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Nouveauté, cette année les noms des compteurs constituent des liens hypertextes et vous pouvez, en cliquant sur chacun d'eux, accéder directement au site en question.

(1) Population et Sociétés (INED) , Tous les pays du monde, coordonné par Gilles Pison, les chiffres internationaux de l'INED sont eux-mêmes repris d'un document des Nations Unies, World Population Propects (the 2019 revision)

(2) Comme tous les ans, l’échantillon de compteurs ainsi que les bases de calcul retenues par chacun d’entre eux diffèrent de l’année précédente. Au 1er janvier 2020 nous enregistrons deux compteurs supplémentaires : Overpopulation awareness et Population.io. et constatons la disparition du compteur Sputnick présent depuis plusieurs années. D'autre part, le compteur Compteur.net n'a pas été retenu en 2020, ses données étant complètement différentes de celle des autres.

La moyenne indiquée pour 2019 (7,623 milliards) est la moyenne pour les compteurs disponibles en 2019 et en 2020 (9 compteurs) la moyenne pour 2020 est celle pour les compteurs disponibles en 2020 (soit 11 compteurs avec prise  en compte de Overpopulation awareness et Population.io).  Cette non identité de l'échantillon avec celui du 1er janvier 2019 fait que la moyenne présentée pour 2020 diffère de celle proposée l'an dernier pour cette même année 2019 (7,637 milliards).

La moyenne de la croissance est calculée sur la différence entre les moyennes 2019 (sur 9 compteurs)  et 2020 (sur 11 compteurs).

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14 septembre 2019 6 14 /09 /septembre /2019 20:04

Comme tous les deux ans, après l’ONU qui a publié fin juin ses nouvelles estimations de l’évolution de la population mondiale, c’est au tour de l’INED, via la revue Population & Sociétés, de nous proposer un panorama de la démographie planétaire ainsi que ses projections pour 2050.

Sous la direction de Gilles Pison, cette étude (téléchargeable ici permet d’établir un suivi démographique régulier : effectifs, densité, fécondité, mortalité, espérance de vie, revenus...  L'ONU et l'INED parviennent évidemment à des résultats très semblables les bases étant largement communes. Voir également pour ces sujet la World Population Data Sheet, réalisée en 2018 par le Population Reference Bureau

Voici les principales données à retenir de cette étude. Les estimations sont fournies pour la mi-année 2019. Sources : document cité ci-dessus et versions précédentes

 

Evolution de la population mondiale par continent (en millions)

                         2005       2007      2009        2011      2013       2015     2017    2019

Afrique              906          944       999       1 051       1 101     1 171     1 250    1 308

Amérique         888          904        920          942          958        987     1 005    1 015

Asie               3 921      4 010     4 117       4 216       4 305     4 397      4 494    4 601

Europe             730         733        738          740         740        742         745       747 

Océanie             33           34          36            37           38          40           42         42

Total Monde   6 477     6 625     6 810      6 987     7 143      7 336     7 536     7 714

 

  Evolution de la population et taux de croissance annuel 

    De 2005 à 2007  + 148 millions hab.   soit par an  +  74 ou  + 1,1 %

    De 2007 à 2009  + 185 millions hab.   soit par an  +  92 ou  + 1,5 %

    De 2009 à 2011  + 177 millions hab.   soit par an  +  88 ou  + 1,3 %

    De 2011 à 2013  + 156 millions hab.   soit par an  +  78 ou  + 1,1 %

    De 2013 à 2015  + 193 millions hab.   soit par an  +  96 ou  + 1,3 % (*)

    De 2015 à 2017  + 200 millions hab.   soit par an + 100 ou  + 1,4 % (*)

    De 2017 à 2019  + 178 millions hab.   soit par an +  89  ou  + 1,2 %

                             

                              Evolution des taux de fécondité

 (Indice Synthétique de Fécondité, isf : nombre d'enfants par femme au cours de sa vie)

                             2005      2007      2009      2011     2013     2015     2017    2019

Afrique                    5,1          5,0         4,8        4,7         4,8        4,7       4,6       4,4

Amérique                2,4          2,2         2,2        2,1         2,1        2,0       2,0       1,9

Asie                        2,5           2,4         2,3        2,2         2,2        2,2       2,2       2,1

Europe                   1,4           1,5         1,5        1,6         1,6        1,6       1,6        1,6

Océanie                 2,1           2,1         2,5        2,5         2,4        2,5        2,3       2,3

Total monde         2,7           2,7         2,6        2,5         2,5        2,5        2,5       2,4

 

Evolution des projections mondiales pour 2050

                       INED 2009 : 9,4 milliards,  ONU : 9,1 milliards

                       INED 2011 : 9,6 milliards,  ONU : 9,3 milliards

                       INED 2013 : 9,7 milliards,  ONU : 9,6 milliards

                       INED 2015 : 9,8 milliards,  ONU : 9,7 milliards

                       INED 2017 : 9,8 milliards,  ONU : 9,8  milliards

                               INED 2019 : 9,7 milliards,  ONU : 9,7  milliards

 

 

Evolution des projections pour  2050 par continent

                                                                 (Source : Ined , en millions)

                                     2009         2011       2013        2015       2017     2019

Afrique                        1 994        2 300       2 435       2 471      2 574     2 489

Amérique                    1 205        1 216       1 228       1 221      1 227     1 188

Asie                             5 461        5 284       5 284       5 324      5 245     5 290

Europe                           702           725          726           728        736        712

Océanie                           58             62            58             59          63          58

Total Monde                9 421       9 587       9 731      9 804      9 846     9 738

 

_________________________________________________________________________________

 

L'étude de l'INED marque pour la première fois depuis une bonne dizaine d'années une certaine inflexion de l'évolution démographique. 

Certes, la croissance n'est ni stoppée ni même fortement ralentie (le passage de + 1,4 % à + 1,2 % par an entre les deux dernières publications est certainement lié à une surestimation des chiffres précédents *). Mais, pour la première fois, les projections pour 2050 sont  - très légèrement - revues à la baisse,  on passe de 9,8 à 9,7 milliards  pour le mitan du siècle. Or, depuis 2009, au  contraire, ces projections étaient presque systématiquement rehaussées d'une étude à l'autre à l'ONU comme à l'INED.

Principaux éléments par continent :

Afrique : L'Afrique poursuit son léger mouvement de baisse de la fécondité (4,4 enfants par femme en 2019 contre 4,6 en 2017, 4,7 en 2015 et 5,0 en 2009), cette tendance est  un bon signe mais reste  évidemment bien insuffisante pour assurer une rapide transition démographique (tendanciellement,  chaque couple donne encore naissance à plus de 4 personnes). Globalement, le taux de croissance démographique africain sur les deux dernières années s'établit à 2,3 % par an (gain de 58 millions d'habitants en deux ans), ce taux est toutefois peut-être entaché d'imprécision car il marquerait une diminution très sensible par rapport à l'étude précédente où il s'élevait à 3,2 %). La population reste très jeune (41 % a moins de 15 ans contre 26 % dans l'ensemble du Monde, Afrique comprise). Il y a donc un très grand nombre de personnes en âge ou s'apprêtant à atteindre l'âge d'avoir des enfants, promesse de nombreuses naissances dans les années futures, même en cas de tassement de la fécondité.

Avec 1,3 milliard d'habitants, le continent (qui en hébergeait à peine plus de 200 millions en 1950 et 800 millions en 2000) devrait frôler les 2,5 milliards  en 2050 (projections en légère baisse, en cohérence avec le tassement de la fécondité). Pour 2100, les projections de l'ONU,  l'Ined ne publiant pas à cette échéance - tablent sur presque 4,3 milliards d'habitants, 

L'Afrique continue de truster les records de fécondité mais marque là aussi un léger recul  (6,8 enfants par femme au Niger contre 7,3 en 2017 et  5,3 au Nigéria contre 5,5 précédemment). Ce pays, le géant démographique du continent, héberge 201 millions d'habitants et devrait doubler sa population d'ici 2050 ! Le Niger, lui, connait un taux d'accroissement record de 3,8 % par an (soit un rythme de doublement de la population en 19 ans et de décuplement en 62 ans !)  Toutefois, on ne compte désormais plus qu'une dizaine pays où l'indice synthétique de fécondité dépasse 5 enfants par femme, tous en Afrique intertropicale (20 étaient au-delà de ce seuil lors de l'étude précédente en 2017).

En Afrique du Nord, l'Egypte passe les 100 millions d'habitants (30 fois plus qu'il y a 200 ans !), elle est le troisième pays le plus peuplé du continent après le Nigéria (201 millions donc et l’Éthiopie 113 millions. Avec 3,3 enfants par femme, l'Afrique septentrionale tarde à s'aligner sur les modèles occidentaux et la relance de la fécondité constatée après les printemps arabes n'est pas encore effacée.

La jeunesse de la population (qui réduit mécaniquement la mortalité), et la forte fécondité sont les  composantes majeures de l'explosion démographique africaine, mais s'y ajoute également la progression  de l'espérance de vie.  Elle était, femmes et hommes confondus, de 53 ans en 2007, elle est passée à 62 ans pour les hommes et 65 ans pour les hommes en 2019 ! , l'espérance de vie mondiale (Afrique comprise)  est respectivement de 71 ans (h) et 75 ans (f). Néanmoins, la mortalité infantile en Afrique (45 pour 100) reste assez forte au regard de celle du reste du monde (28 pour 1000),

 

Asie : L'Asie est le continent le plus peuplé (4,6 milliards). Elle devrait encore gagner 690 millions d’habitants d’ici 2050. Notons que contrairement au reste du monde l'estimation pour 2050 a été revue à la hausse (5,290 milliards contre 5,245 prévus dans l'étude 2017) La fécondité y est toutefois en légère baisse : 2,1 enfants par femme contre 2,2 il  y a deux ans.

L'Inde a maintenant 1,366 milliards d'habitants et la Chine 1,434  (curieusement une révision des estimations a conduit à augmenter l'écart entre les deux pays alors que l'Inde était sur le point de rattraper la Chine). Ce n'est évidemment que partie remise, avec une fécondité de 2,2 (2,3 en 2017) contre 1,7 pour la Chine, l'Inde sera prochainement le pays le plus peuplé du monde

Quoique marginale sur le continent avec 275 millions d'habitants, l'Asie occidentale (essentiellement le Moyen Orient) connait encore une fécondité élevée : 2,6 enfants par femme.  Les pays d'Asie centrale sont également très féconds  (isf à 2,7) mais avec peu d'habitants (73 millions) au regard de l'ensemble du continent.

En Asie du Sud, notons les très fortes fécondités de l'Afghanistan (isf de 4,3 en baisse sensible toutefois, pour 38 millions d'habitants) et du Pakistan (isf de 3,5 pour 217 millions d'habitants). Le Bangladesh, malgré une densité record de 1 132 habitants au kilomètre carré (presque 10 fois la France, qui dans ces conditions hébergerait 630 millions d'habitants ), est maintenant au seuil de renouvellement des générations : 2 enfants par femme.  L'Indonésie dépasse désormais les 270 millions d'habitants et se situe à 2,3 enfants par femme.

Europe : Avec 747 millions d'habitants (+ 2 millions en 2 ans !) dont 513 pour l'Europe des 28, ce continent est le seul  qui  se trouve sur la voie de la stabilisation et même de la décroissance démographique. puisqu'on attend 712 millions d'habitants en 2050 soit une baisse de 35 millions dans les 31 ans à venir. Cette baisse attendue s'est même accentuée puisqu'en 2017 les mêmes  projections s'établissait à 736 millions.  Attention toutefois aux phénomènes migratoires beaucoup plus imprévisibles et  qui y sont importants du fait de la forte attractivité du continent notamment envers l'Afrique. Quelques nations connaissent déjà une évolution  négative du solde naturel (hors migrations donc) ce sont  notamment l'Allemagne et l'Italie,  d'autres même de leur population globale (Portugal, Pologne, Bulgarie Roumanie entre autres).

Globalement l'indice de fécondité s'y établit à 1,6 c'est curieusement le seul continent qui est stable de ce point de vue, mais c'est aussi là qu'il est le plus bas. : Les Europe septentrionale et occidentale restent un peu plus fertiles avec, en Europe septentrionale : 1,8 enfant par femme (1,7 en Europe occidentale) alors qu'en Europe méridionale  l'isf s'établit à 1,3  C'est dans cette région que l'on rencontre les taux les plus bas (Grèce, Espagne et Italie sont à 1,3). La fécondité ne semble pas forcément être preuve de bonne santé puisque, par ailleurs, l'Europe méridionale  (comme le Japon, également peu fécond) sont parmi les pays profitant de la plus longue espérance de vie : environ 85 ans pour les femmes et 80 ans pour les hommes ! 

Pour sa part, la France métropolitaine comptait à mi-juillet  65 millions d'habitants et devrait en héberger 68 en 2050. Cette projection pour notre pays vient donc d'être largement revue à la baisse (trop sans doute, car en 2017 on prévoyait 72 millions d'habitants à périmètre égal en 2050 ! c'est une évolution étonnante).

Amérique : Le continent américain compte désormais 1,015 milliards d'habitants et devrait en avoir un peu moins de 1,2 milliard en 2050 (projections à la baisse par rapport aux précédentes là aussi).

L'indice synthétique de fécondité globale s'y établit à 1,9 enfant par femme, toujours un peu plus faible au nord et un peu plus fort en Amérique Centrale (2,2). Soulignons encore une fois que l' Amérique du Sud a maintenant le même isf que l'Amérique du Nord ce qui constitue une bonne surprise au regard de ce que l'on pouvait imaginer il y a quelques décennies. Un pays comme le Chili a même une fécondité de 1,7 ! En Amérique du Sud la Guyane française reste le contre exemple avec 3,3 enfants par femme ! 

Si les Etats-Unis restent l'un des pays développés qui connaîtra la plus forte hausse de population d'ici la fin du siècle, cette hausse a été revue à la baisse (de + 71 millions en 2017 à  + 50 millions aujourd'hui (il est vrai que 2 ans se sont écoulés durant lesquels le pays a gagné presque 4 millions d'habitants, mais la tendance reste notable). 

Océanie : La faible population océanienne (42 millions d'habitants) impacte évidemment très peu la démographie mondiale. Les pays les plus développés ont une fécondité de type "occidental" 1,8 enfant par femme  en Australie, 1,9 en Nouvelle Zélande tandis que l'ensemble du continent est à 2,3.

_________________________________________________________________________________

(*) Ces estimations de croissance annuelle de + 1,4 % en 2017 et même de 1,3 % en 2015 peuvent paraître élevées. Ailleurs, dans le même document (tableau 13, p.8 de la publication 2017) on parle plutôt de 1,2 %, ce qui est plus conforme à l'estimation généralement retenue d'une augmentation de la population mondiale légèrement supérieure à 80 millions chaque année. Gilles Pison met d'ailleurs en garde contre les incertitudes et les problèmes liés à des révisions de données plutôt qu'à des changements réels.

Liens vers les articles  relatifs aux projections précédentes publiées en 2015 et en 2017 

Notons également que pour l'une des premières fois, un certains nombre d'universitaires de tous pays viennent de publier une tribune à l'ONU incitant à stabiliser la population.

 

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18 juillet 2019 4 18 /07 /juillet /2019 16:58

Un article de Daniel Martin

L'agroécologie est un terme regroupant les pratiques agricoles liées à l'agronomie, elle vise à utiliser au maximum la nature comme facteur de production en maintenant ses capacités de renouvellement. S’inscrire dans une démarche d’agroécologie signifie adopter des comportements et pratiques adaptés à la nature tout en respectant l’équilibre naturel, ce qui permet d’offrir une agriculture moins consommatrice de ressources extérieures, plus diversifiée, mieux adaptée aux territoires locaux, moins polluante et surtout moins destructrice de biodiversité.

Réalité de la situation anthropique et son impact écologique désastreux sur la planète

L'Homme, seul prédateur au sommet de la pyramide des espèces, ne peut survivre qu'en respectant la complexité des interactions entre son milieu et les autres espèces. Mais par son nombre sans cesse croissant et son économie, il est devenu une force géologique destructrice qui nous fait entrer dans une nouvelle ère que les scientifiques dénomment "anthropocène". Contrairement aux cinq précédentes extinctions des espèces, l'homme est le seul responsable de la sixième extinction des espèces qui est en cours et qui va se dérouler sur une période très courte, peut-être moins d'un siècle, contrairement aux précédentes, dont chacune s'est déroulée sur des millénaires (jusqu'à cinq cent mille ans et peut-être plus). Il est évident que si nous poursuivons l'actuelle trajectoire, nous ne pourrons éviter un effondrement tel que l'envisage l'Américain Jared DIAMOND géographe, biologiste évolutionniste et économiste dans son essai : "Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie", paru en 2005. L'ancien Ministre et ex député des Verts, Yves COCHET, rejoignant les collapsologues, prophétise que « l’effondrement » de la « société thermo-industrielle » entraînera inévitablement la disparition de la moitié du genre humain durant les années trente de ce siècle. Si on se réfère à l'écologie science il est évident qu'aucune espèce ne peut se développer indéfiniment au détriment des autres espèces, comme le fait l'Homme, sans se mettre en danger et disparaître à terme...

Dans le même ordre d'idée, alors que depuis quelques années, nous savons que la planète est affectée par de nombreuses crises écologiques mais, pour autant, aucune mesure politique sérieuse n’est prise pour les endiguer et ce n'est surtout pas sur l'américain Donald TRUMP et son alter ego brésilien Jair BOLSONARO qu'il faut compter. Comme le déclare Pablo SERVIGNE, ingénieur agronome français et docteur en sciences de l’ULB : «  nous ne croyons toujours pas ce que nous savons » Pour tenter de résoudre ce problème grave, ce dernier a écrit plusieurs ouvrages avec le chercheur indépendant en prospective Raphaël STEVENS un livre-manifeste, notamment le premier :"Comment tout peut s’effondrer" (Seuil, 2015), dans lequel ils ont introduit le mot « collapsologie ».

Devons-nous nous ranger pour autant derrière les thèses pessimistes des collapsologues ou partager le catastrophisme d'Yves COCHET, justifié par l'écologie science, c'est à dire considérer que « tout est foutu » et qu'il n'y aurait plus rien à faire de toute façon, ni maîtriser de façon équitable la démographie, ni envisager une nouvelle économie Humaine fondé sur la décroissance, ni s'opposer à certaines dérives politiques ou religieuses violentes dévastatrices, ni lutter pour le climat ou contre la perte de biodiversité, les gaz à effet de serre, l’industrie des combustibles fossiles et l’inaction des gouvernements, ni poursuivre les recherches de tous ordres ? Mais alors à quoi bon servirait la démocratie et ses organisations politiques, syndicales et associatives ?

Ne rien faire, car "tout serait foutu", sous réserve des prophéties d'Yves COCHET, c'est 7,7 milliards d'habitants aujourd'hui, 8,7 en 2030, 10,7 en 2050...15,7 milliards en 2100 ?...

La population mondiale est aujourd’hui estimée par l'ONU à 7,7 milliards d’individus (elle atteindra et dépassera probablement les 8 milliards en 2020). En 2009 elle était de 6,7 milliards. Sauf si les prévisions d'Yves COCHET se confirmaient, mais dans le cas contraire, si la croissance démographique se poursuivait au rythme de la dernière décennie, soit un milliard d'habitants en plus par décennie, il y en aurait 8,7 milliards en 2030, 10,7 milliards en 2050 et 15,7 milliards en 2050...

Pendant la même période, à l'échelle du globe, les pertes de surfaces arables sont estimées dans une fourchette comprise entre 70 000 et 150 000 km2 par an, selon différents calculs experts (soit à titre de comparaison entre 12 et 25 % du territoire français). Toutefois, on peut considérer que la perte annuelle moyenne, est d'environ 100 000 km2 par an. En 40 ans, avec une perte de 4 millions de km2, cela correspond presque à la superficie des 28 pays de l'Union Européenne...

Le vieillissement des populations, du aux progrès de la médecine, est un facteur de croissance démographique pour un très grand nombre d'êtres humains, notamment dans les pays riches, car il compense très largement la baisse du taux de fécondité d'un enfant par femme qui est nettement inférieur à ce qu'il pouvait être à certaines périodes du siècle précédent.

Bien que depuis 1900, en France, tout en évoluant en dent de scie avec une très forte hausse après la fin des deux guerres mondiales du 20ème siècle, le taux de fécondité d'un enfant par femme était , par exemple 2,69 en 1920 ou 2,95 en 1950 (un record) et tout en étant constamment excédentaire par rapport au taux de renouvellement de la population le taux de fécondité a baissé, mais est-on pour autant sur la bonne voie ?

Selon les statistiques de l'INSEE  si en Europe en 2017 la moyenne du taux de fécondité d'un enfant par femme était de 1,60, malgré une légère baisse en 2018, la France détient le plus fort taux de fécondité d'un enfant par femme devant la Suède. Les très Chrétiennes Catholiques Pologne 1,39 et Italie 1,34 ferment la marche. Ce qui peut signifier que les populations les plus imprégné de foi Chrétienne ne suivent pas forcément les préceptes religieux "croissez et multipliez"...

Si l'homme, contrairement à l'animal, n'a pas besoin de vitesse il a toutefois besoin d'espace et de terres arables pour survivre.

Dans la nature l'animal a besoin d'espace et de vitesse pour survivre. Le prédateur doit disposer de beaucoup d'espace et de vitesse pour pouvoir attraper sa proie et la proie d'espace encore plus vaste et doit courir encore plus vite pour lui échapper. Si l'homme n'a plus besoin de la vitesse pour pouvoir survivre, il doit toutefois disposer d'espace. Avec une perte de 275 km2 par jour de terres arables sous le béton et l'asphalte, du aux effets de l'urbanisation, des voies de circulation de circulation routières, ferroviaires à grande vitesse, aéroportuaires et une population qui explose, on peut imaginer l'impact écologique ! Chaque jour, on compte 244.000 nouvelles personnes de plus dans le monde (équivalent à la totalité de la population de la ville de Montpellier), soit + 2,7 par seconde (compteur). Autrement dit, la population mondiale s'accroît chaque année de près de 90 millions d'habitants grâce à un nombre de naissances supérieur (environ 150 millions) à celui des décès (60 millions). A lire également via ce lien :

Quelle est la surface habitable estimée par habitant de la planète ?

La surface totale de la Terre est de 510 000 000 km2, forêts, mer, désert compris. La surface des terres immergées est de 360 000 000 km2 (soit 70,7 %). Celle des terres émergées est de 149 000 000 km2 (soit 29,3 %). La surface des terres habitables (?) 134 000 000 km2 (soit 26,3%). La surface des forêts tropicales est de Un milliard 700 millions d’hectares dont 800 millions au Brésil. Celle des autres forêts de Un milliard 800 millions d’hectares. Les surfaces inhabitables sont officiellement de Un milliard 500 millions d’hectares avec 7,7 milliards humains aujourd'hui et demain ?

Sachant que la surface totale de la terre est de 510 millions de km2, soit 51 milliards d'hectares / 7,7 milliards d'habitants cela fait environ 7,4 hectares par humain, de terre, de mer et de désert. 29 % de terre émergée (pour le moment, avant la fonte des glaces !) donc, 149 millions de km carré, désert compris = 14 milliards 900 millions d’hectares / 7,7 milliards humains = 2,2 hectares par humain de terre et de désert.

134 millions de km carrés sont déclarés habitables, ce qui signifie que les forêts semblent être considérées comme des zones fertiles et habitables. (Un milliard 500 millions d'hectares seraient inhabitables et l’on dénombre 2 milliards 730 millions d’hectares de quasi-déserts).

Si l’on ôte les 2 milliards 730 millions d’hectares des quasi-déserts aux surfaces émergées de la planète on obtient : 12 milliards 170 millions d’hectares / 7,7 milliards d’humains = 1.75 hectare par humain de terre plus ou moins fertile, forêts autres et forêts tropicales comprises.

Sachant que l’effet de serre naturel remonte la température moyenne de la Planète, à chaque degré supplémentaire, les calottes glaciaires fondent, le niveau des mers monte et la surface habitable par habitant diminue.

Selon ces données, déjà, aujourd’hui, c’est 1,75 hectare par humain sans rien de prévu pour toutes les autres espèces terrestres : éléphants, rhinocéros, grands félins, chevaux, moutons, petits mammifères divers ... donc, il y a réellement bien moins de 1,75 hectare par humain si l’on réserve de la place aux animaux.

Avec la dilapidation des terres arables, serait-il possible nourrir 10 milliards d'habitants par une agriculture peu énergivore et respectueuse de l'environnement ?

"La planète souffre et sa guérison semble compromise. La pression exercée par l'humanité sur les écosystèmes est telle que nous consommons chaque année moitié plus de ressources que la Terre n'en fournit. A ce rythme, il nous faudra deux planètes pour répondre à nos besoins en 2030", s'alarmait déjà le WWF (Fonds mondial pour la nature) dans son rapport planète vivante 2012.

C'est ainsi que le professeur d’agronomie, ex-titulaire de la chaire d’agriculture comparée et de développement agricole à AgroParisTech, Marc DUFUMIER prône un changement de paradigme agricole en refusant le modèle imposé par les industriels et en considérant les milieux naturels cultivés dans leur globalité et leur complexité. "Il n’y a pas de recette unique : chaque écosystème est différent. Mais il existe des points communs, comme faire usage du plus intensif à l’hectare de ce qui est le moins coûteux économiquement : l’énergie solaire, le gaz carbonique et l’azote atmosphérique pour que les plantes fabriquent glucides, lipides et protéines. Il faut également limiter au maximum l’emploi d’énergies fossiles et de produits de synthèse". Mais, assez surprenant il rajoute une affirmation "Pas d’inquiétude, on peut largement nourrir 10 milliards de personnes avec une agriculture intelligente et durable". Il évoque même la possibilité de nourrir ainsi 200 millions de Français... Il est vrai que jusqu'à la fin du 19ème siècle l’agriculture traditionnelle, sans pétrole, sans engrais azotés et sans pesticides, est parvenue à nourrir de 1,5 milliard d’humains... Mais en mobilisant 90 % des humains dans cette activité.

Si l’agroécologie est certainement une formule adaptée au changement de paradigme qui s'impose, mais, elle reste toutefois une activité agraire complémentaire à d'autres le Bio, la permaculture et limitée à de petits nombres, car, comment pourrait-on nourrir demain 10 milliards, voire 15 milliards d'individus en mobilisant aujourd'hui 90 % des humains à cette activité, sans avoir recours à un minimum de mécanisation, donc du gaz ou du pétrole et sans réduire les zones d’habitat de la faune ? Avec le niveau de vie occidental, production - consommation - gaspillages... Pour avoir un équilibre naturel avec le nombre d’humains ce serait possible, mais à condition de ne pas dépasser les 300 à 400 millions d'habitants sur la terre. Les pollutions naturelles seraient naturellement absorbées et neutralisées. La diversité des espèces ne serait pas mise en danger. Les productions naturelles mettraient tout le monde à l’abri des famines. Mais voilà c'est mission totalement impossible, car nous avons dépassé de 20 fois ce seuil.

Comme le fait observer Didier BARTHÈS porte-parole de l'association Démographie Responsable: " Nul doute qu'à l'instar de Pierre RABHI, Marc DUFUMIER ne s'occupe que de nourrir et ne pas tenir compte de la nécessité de rendre des espaces au monde sauvage. Par une approche idéologique il refuse de prendre en compte l'immense besoin d'un nombre toujours plus grand d'individus demandant des produits toujours moins chers (on a jamais dépensé si peu pour se nourrir). Il pense que cette agriculture industrielle s'est imposée par les méfaits de quelques-uns et non par la nécessité du nombre. C'est l'approche assez classique dans le monde écolo que l'on peut qualifier d'approche par boucs émissaires. Il ne tient pas compte de l'histoire qui a décrit l'exact contraire de son propos, seule l'agriculture industrielle peut nourrir et a jamais nourri autant de gens. Certes Ce n'est pas durable, ce n'est pas sain, d'accord aussi et il faut changer, mais il faut avoir alors le courage d'évoquer les deux conséquences inévitables : nous nourrirons moins de gens et l'alimentation sera plus chère, c'est incontournable".

Pour conclure

Il ne faudrait pas oublier que l'empreinte écologique mesure la surface de terre et le volume d'eau nécessaire pour produire les ressources consommées par la population humaine chaque année, ainsi que sa capacité à absorber le dioxyde de carbone rejeté. Cette empreinte à l'échelle mondiale a plus que doublé depuis les années 1960 et excède donc plus de 50 % la biocapacité de la planète. S'il est évident que "l'agroécologie", même complétée par d'autres formes d'agriculture soucieuses de la protection des ressources et de la biodiversité ne pourra pas nourrir 10 ou 15 milliards d'humains au niveau de vie Occidental actuel, sans avoir recours à la chimie et au pétrole, dont les réserves s'épuisent, encore faudrait-il éviter les surproductions par l'agriculture intensive, dont la fluctuations des cours boursiers conduit souvent dans les pays riches à les déverser en décharge, ce qui est un comble !

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11 avril 2019 4 11 /04 /avril /2019 12:04

Il y a quelque chose de terrible dans les catastrophes, au-delà des dégâts et des morts … c’est qu’on les oublie. Bien qu’on ait inventé l’écriture, ce moyen de stocker la parole et l’expérience, de transmettre les faits marquants de génération en génération, notre culture est ainsi faite que les faits désagréables sont assez vite recouverts par la poussière de l’histoire. Ainsi la catastrophe de Vaison-la-Romaine en septembre 1992 fait écho à une crue similaire datée de 1616 inscrite dans les archives municipales de la ville où se trouve une délibération datée d’août 1616 indiquant que « le conseil de ville devait faire réparer le parapet du pont romain détruit par une inondation qui avait aussi emporté plusieurs maisons ». Or tout cela était bien oublié et les zones à risques avaient été bétonnées et occupées comme si de rien n’était.

De même nous enfouissons dans les plis profonds de notre mémoire commune l’éruption du Tambora qui s'est produite en 1815 sur l'île de Sumbawa, en Indonésie. Si les scientifiques ont commémoré les 200 ans de l’éruption la plus puissante, la plus meurtrière, la plus lourde en conséquences climatiques et économiques du dernier demi-millénaire (1), il faut bien reconnaître que celle-ci est peu prise en compte pour penser le monde d’aujourd’hui et de demain. Au-delà des impacts régionaux impressionnants qu’on peut chiffrer à environ 70 000 morts, l’impact climatique de l’éruption est important : en Europe, la température moyenne chute de 3 degrés et l’année 1816 sera surnommée l’«année sans été» avec de la pluie ou de la neige parfois qui ruinent les cultures. Ses effets ?  «Le prix des céréales a doublé entre 1815 et 1817 des deux côtés de l’Atlantique», souligne Clive Oppenheimer, géographe à l’Université de Cambridge, et concrètement la famine fait 100 000 victimes en Europe : la natalité chute, la mortalité augmente de 4 % en France, de 6 % en Prusse, de 20 % en Suisse et en Toscane. Et un peu partout, des émeutes de la faim éclatent. « On estime (2) que ce dérèglement climatique fut à l'origine d'une famine qui fit plus de 200 000 victimes sur la Terre. »

Et que dire alors de l'éruption du Samalas en 1257 ? Plus forte encore que celle du Tambora, avec un panache volcanique atteignant 43 kilomètres d'altitude, ses conséquences ont été mondiales avec entre autres 20 à 30 % de la population londonienne morte de famine en 1258-1259 (3). Cette éruption, bien qu’enregistrée dans la ‘chronique de Lombok’ (le Babad Lombok) conservée dans un musée à Jakarta, a été perdue de vue et il a fallu une recherche digne d’un roman policier pour que les scientifiques en retrouvent la trace et l’identifie.

Le Tambora, le Samalas, en fait ces deux volcans répondent à la définition du cygne noir selon Nicholas Taleb, à savoir « un certain événement imprévisible qui a une faible probabilité de se dérouler (appelé « événement rare » en théorie des probabilités) et qui, s'il se réalise, a des conséquences d'une portée considérable et exceptionnelle ».

Or que fait-on aujourd’hui ? Avec presque 8 milliards d’humains sur Terre, et bientôt dix dans 30 ans, nous calculons nos possibilités alimentaires comme si tout allait continuer sans surprises ni événements imprévisibles. Sans cygnes noirs, alors que l’histoire récente – 2 catastrophes volcaniques mondiales dans le dernier millénaire – nous indique le contraire. Mais si un cygne noir est par nature imprévisible, il n’est pas interdit d’essayer de prévoir et d’anticiper les crises (4), et au moins de ne pas oublier les catastrophes passées dont nos sociétés ont gardé traces et de s’en servir  pour déterminer nos limites. Ne pas tangenter un maxima de besoins et donc de ressources dont l’histoire nous enseigne la précarité, c’est le premier pas vers une société résiliente qui protège les hommes. On aimerait que les démographes qui ont un discours rassurant sur l’évolution de notre nombre et les écologistes qui nous indiquent que l’agroécologie pourrait nourrir jusqu’à 12 milliards d’humains soient un peu plus prudents et n’oublient pas que jamais tout se passe comme prévu.

_________________________________________________________________________________

1 : Voir notamment la revue Nature Géoscience.

2 : Voir ce lien.

3 : Voir « l’éruption du Samalas » (Wikipédia).  

4 : Il y aurait lieu de s’interroger sur notre capacité collective à mettre sous le tapis les informations dérangeantes, cette inquiétante volonté de ne pas voir. Est-ce un optimisme forcené qui irrigue nos choix ? Une paresse qui confine à la bêtise ? La peur de regarder les choses en face ? Ne faudrait-il pas aussi y voir la manifestation de ce sentiment de toute-puissance qui nous laisse croire que nous serons toujours plus forts que l’adversité ?

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1 janvier 2019 2 01 /01 /janvier /2019 07:44

Estimation de la population mondiale au 1er janvier 2019 

selon différents compteurs, données en millions d'habitants et en début d'année

Sources                                          2018              2019               Progression

                                                                                                                    en nombre          en %

Compteur.net                                       -                7 637          

Countrymeters                                7 577             7 669          +   92   soit  + 1,2 %

INED                                               7 558             7 674          +  116   soit  + 1,5 %

Poodwaddle                                    7 558             7 641          +   83   soit  + 1,1 %

PopulationCity.world                              -                7 640         

Population mondiale.com               7 524             7 608          +   84   soit  + 1,1 %

Ria Novosti - Sputnik                      7 656             7 762          + 106   soit  + 1,4 %

Terriens.com                                   7 437             7 620          + 183  soit   + 2,5 %

US Census Bureau                         7 444             7 543          +   99   soit  + 1,3 %

Worldometers                                  7 592             7 674          +  82   soit  + 1,1 %

World Population Balance               7 460             7 534          +  74   soit  + 1,0 %

 

________________________________________________________________________________

Total :                                             7 534             7 637        +  103 (a) soit  + 1,4 % 

________________________________________________________________________________

 

La Terre héberge en ce 1er janvier 2019 entre 7,6 et 7,7 milliards de personnes : 7,637 milliards précisément si l'on établit une moyenne des 11 compteurs de population répertoriés ci-dessus.

La croissance de nos effectifs a été d'environ 92 millions en 2018, soit une augmentation annuelle de  1,2 %, sensiblement la même que l’an dernier. Cela correspond à l'arrivée de 250 000 personnes supplémentaires chaque jour sur la Terre en données nettes, c'est à dire naissances moins décès (le tableau indique ici une augmentation de 103 millions et de + 1,4%  voir note a pour l’explication).

Si cette année l’ONU et l’INED n’ont pas publié de nouvelles projections pour la moitié et la fin de notre siècle (b), la question démographique semble cependant avoir été plus souvent présente dans les esprits. Certes, la récente  COP 24 (Conférence des Parties sur le climat) qui s’est tenue à Katowice a, comme toutes les précédentes, superbement ignoré le sujet, mais en France au moins, plusieurs voix se sont élevées pour mettre en cause le facteur démographique dans la dégradation des écosystèmes.

Témoin cet article du Figaro (le 9 octobre sous le titre : Faire moins d’enfants, itinéraire d’une thèse vivace) reprenant les conclusions d’une étude publiée en 2017 par l’Environmental Research Letters mettant en évidence le fait qu’avoir un enfant en moins a un impact sans commune mesure avec toutes les autres actions habituellement suggérées pour réduire son empreinte carbone. La reprise de cette infographie cet automne par l’AFP a toutefois fait polémique, ce qui souligne encore une fois le caractère toujours délicat de ces questions.

Ci-dessous graphique comparatif de l’efficacité des différentes actions individuelles possibles pour réduire l’empreinte carbone.

Témoin également cet appel publié par le journal le Monde (le 9 octobre) et signé par une vingtaine de scientifiques affirmant que freiner la croissance de la population est une nécessité absolue. Plusieurs autres médias ont également réalisé des dossiers sur la question comme Libération (le 29 novembre sous les titres : Moins d’enfants pour sauver la planète - Couche culotte ou couche d’ozone faut-il choisir ?), ou Le Drenche (le 23 octobre, article intitulé : Doit-on limiter les naissances pour lutter contre le réchauffement climatique ?) Si les avis sont loin d’être unanimes, le tabou au moins se fissure.

_________________________________________________________

(a) Comme tous les ans, l’échantillon de compteurs ainsi que les bases de calcul retenus par chacun d’entre eux diffèrent de l’année précédente. Au 1er janvier 2019 nous enregistrons deux compteurs supplémentaires (Compteur.net et PopulationCity.World). Ces deux nouveaux compteurs ne modifient ni l’évaluation du niveau de la population ni celle de sa croissance car l’un et l’autre se situent dans la moyenne.

Par contre, le compteur Terriens.com, s'il était bien présent dans nos estimations précédentes a très sensiblement rehaussé sa base de calcul (passant de 7,437 milliards en 2018 à 7,620 milliards en 2019) conduisant à une croissance de 183 millions (+ 2,5 %) ce qui évidemment n'est pas réaliste et influe quelque peu sur le résultat global de croissance. C’est ce qui explique principalement le niveau de l’évaluation globale (+ 103 millions et + 1,4 %)  proposée dans le tableau. En soustrayant ce compteur du calcul, ce qui semble plus raisonnable, la croissance peut être estimée comme indiqué dans le commentaire à 92 millions d'habitants, soit + 1,2 %. Notons que malgré cette réévaluation l'estimation de Terriens.com reste inférieure à la moyenne des autres compteurs. Le compteur de l'INSEE a vu aussi sa base modifiée courant 2018 ce qui explique qu'il propose également,  mais dans une moindre mesure, une croissance plus forte que la moyenne. Cette réévaluation était sans doute nécessaire pour être plus conforme à la réalité et d'une certaine façon, ce rehaussement des bases de calcul vient valider le fait que le ralentissement de la croissance démographique, si souvent évoqué, est désormais largement amoindri comme en atteste d'ailleurs la réévaluation régulière des projections de l'ONU et de l'INED  constatées ces dernières années.

(b) Les dernières projections globales de l'ONU et de l'INED datent de l'an dernier (2017) vous pouvez y accéder via les liens suivants : Projections 2017 de l'ONU et  Statistiques  mondiales et projections pour 2050 de  l'INED (extraits de la revue Population & Sociétés sous la direction de Gilles Pison ).

Vous pouvez également retrouver la série d'articles de ce site consacrés à nos effectifs en début d'année :  La population mondiale au 1er janvier :

2009 (6,759 milliards), 2010 (6,838 milliards), 2011 (6,914 milliards),

2012 (7,003 milliards), 2013 (7,082 milliards), 2014 (7,162 milliards),

2015 (7,260 milliards), 2016 (7,358 milliards), 2017 (7,440 milliards),

2018 (7,534 milliards), 2019 (7,637 milliards). 2020 (7,703 milliards),

2021 (7,800 milliards).

 

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19 octobre 2018 5 19 /10 /octobre /2018 16:04

Un entretien avec Fabien Niezgoda, préalablement publié sur le blog Eléments

Régulièrement, l’évocation dans la presse d’un lien entre démographie et environnement suscite polémiques et controverses. Retour sur la question avec notre collaborateur Fabien Niezgoda, qui a publié avec Antoine Waechter Le sens de l’écologie politique (Sang de la Terre, 2017). Nos lecteurs pourront se reporter également à l’article « Démographie : la bombe P n’est toujours pas désamorcée », paru dans le n°158 d’Éléments (janvier-février 2016).

Une infographie publiée par l’AFP lundi 8 octobre a fait parler d’elle, en plaçant parmi les gestes permettant de réduire son empreinte carbone le fait d’« avoir un enfant de moins », loin devant le renoncement à la voiture ou le changement des ampoules.

L’AFP n’a fait que reprendre l’évaluation effectuée l’an dernier par la revue scientifique Environmental Research Letters. Du reste, les calculs associant l’impact environnemental d’une société à la consommation individuelle multipliée par l’effectif des consommateurs (en tenant compte du type de technologie utilisée) sont présents de longue date dans la réflexion écologiste la plus sérieuse. Citons l’équation de Ehrlich-Holdren (« I = PAT »), au début des années 1970, ou encore l’équation de Kaya , utilisée par le GIEC. L’évidence mathématique provoque pourtant des cris d’orfraie, car la question démographique a cette particularité d’associer deux dimensions que l’on préférerait sans doute dissocier : d’une part la vaste échelle géographique où se mesure l’impact du nombre, et d’autre part l’échelle familiale et individuelle où toute perspective d’ingérence suscite méfiance ou scandale, comme une atteinte aux droits fondamentaux. Pourtant, ainsi que le souligne Didier Barthès, porte-parole de l’association Démographie Responsable, « il n’y a nulle raison d’opposer une action sur les modes de consommation et la lutte contre la surpopulation, les deux se conjuguent »[1].

Yannick Jadot, cité par le Figaro [2], affirme pourtant que « ces thèses ne pèsent plus rien dans l'écologie politique »…

On pourrait répliquer en demandant ce que pèse Jadot – quoiqu’il ne faille jamais sous-estimer le poids des boulets. Plus tristement, on pourrait s’interroger sur le poids de l’écologie politique elle-même. En réalité, ce qui nous ramène au sujet, les représentants les plus visibles de celle-ci se sont pour la plupart discrédités en évacuant progressivement de leur discours et de leur réflexion les données scientifiques les moins compatibles avec un programme politique qui se veut consensuel et progressiste. Jadot rejette ainsi « les grandes théories de l'effondrement global qui ne tiennent pas la route », alors que, ne lui en déplaise, de plus en plus d’écologistes convaincus, conjuguant expertise scientifique et engagement militant, se tournent vers ce que Pablo Servigne et Raphaël Stevens (Comment tout peut s’effondrer, Le Seuil, 2015) ont nommé la « collapsologie », cette démarche d’anticipation des crises à venir, présente en particulier au sein de l’Institut Momentum que préside Yves Cochet. Il en résulte certes des conclusions rarement optimistes, qui ne permettent guère de vendre du rêve – ce qui ne veut pas dire que les collapsologues négligeraient de dessiner des pistes d’action, bien au contraire. Mais le fait de ne pas chercher à séduire les foules ni à les caresser dans le sens du poil a un avantage : on peut dès lors ne pas tenir compte des tabous, en l’occurrence sur la question démographique, et donner à ce paramètre toute sa place dans la prospective, comme l’ont toujours fait les modélisateurs, à commencer par l’équipe réunie autour de Dennis Meadows, à l’origine du fameux rapport au Club de Rome sur les limites de la croissance. Tout récemment, les scientifiques signataires d’une tribune dans Le Monde[3] l’ont répété eux-mêmes clairement : « Freiner la croissance de la population est une nécessité absolue pour sauver l’habitabilité de notre planète d’un désastre annoncé. »

Interrogé par L’Express [4], Yves Cochet enfonce le clou du néo-malthusianisme, prônant par exemple une refonte radicale du système d’allocations familiales.

Il a raison ; ce système n’est rien d’autre qu’un outil politique, qu’il est donc légitime d’utiliser en fonction des objectifs que l’on se fixe. Yves Cochet avait d’ailleurs déjà évoqué une « grève du troisième ventre » en 2009, suscitant la gêne de ses collègues Verts. Notons qu’en tant que mathématicien, il n’est pas de ceux qui ignorent les équations citées plus haut, ou qui en négligent la portée ; il n’est pas pour rien devenu une figure de proue de la collapsologie. Cochet a raison également quand il souligne qu’agir sur ce paramètre n’est pas plus illusoire que prôner le sacrifice du confort matériel : renoncer à la voiture, au smartphone, à l’entrecôte… Toutefois, il me semble faire fausse route, ou du moins garder un angle mort dans son raisonnement, quand il dit que cette « limitation des naissances » devrait être menée « encore plus en Europe et aux États-Unis qu'ailleurs », du fait de l’empreinte écologique individuelle plus forte des habitants des pays les plus développés. « Contrairement à l'idée répandue que c'est en Afrique qu'ils font beaucoup d'enfants et que cela est un problème », affirme-t-il, « c'est évidemment chez nous qu'il faut avoir une politique de planification familiale anti-nataliste. »

Le problème, c’est que le « malthusianisme dans un seul pays », dans le cadre d’une « planète migratoire » (pour reprendre l’expression du géographe Gildas Simon), c’est un peu l’équivalent d’un désarmement unilatéral dans un contexte belliqueux : une capitulation, déguisée en démarche pacifiste. Se contenter d’inciter les Européens à réduire leur fécondité sans remettre en cause les flux migratoires en provenance des zones à forte pression démographique ne contribue guère à résoudre le problème global, bien au contraire. Au niveau individuel, et en laissant de côté les enjeux socio-culturels évidemment liés à la question, un Malien qui s’installe en France multiplie en quelques années son empreinte carbone par cent : ce déracinement n’est-il pas une aberration écologique ?

D’autre part, ce jeu de vases communicants a un double effet néfaste sur les pays ainsi connectés. Pour les pays récepteurs, l’apport migratoire réduit à néant les amorces de stabilisation voire de décrue démographique – et si l’on n’est pas convaincu de la surpopulation d’un pays comme la France, que l’on compare des cartes IGN récentes à celles antérieures aux « Trente Glorieuses » et à l’« aménagement du territoire », pour y constater d’un coup d’œil l’explosion de l’emprise foncière des zones urbaines au détriment des zones agricoles et naturelles. Quant aux pays émetteurs, la perspective migratoire leur offre comme un bassin déversoir qui a pour effet de retarder les mesures de régulation interne, alors même que des prises de conscience existent, comme le montre le Partenariat de Ouagadougou sur la planification familiale. Le bilan global en terme de pression démographique et écologique n’est donc en rien amélioré par l’ouverture migratoire. Pourtant celle-ci reste prônée contre vents et marées par ceux qui se veulent porteurs de solutions écologistes. Ainsi, selon le secrétaire national d’EELV David Cormand, l’annonce récente de la candidature européenne du maire de Grande-Synthe Damien Carême, actif dans l’accueil des migrants, « illustre en quoi la question écologique est intrinsèquement liée à la question migratoire et européenne ». Diagnostic exact, du moins pour ce qui concerne les réfugiés climatiques, mais prescription charlatanesque.


Un écologiste immigrationniste ne serait donc pas seulement coupable de « hors-sujet », comme on en accuse parfois les écologistes délaissant leur domaine pour des préoccupations sociétales, mais il commettrait même un contresens ?

Il en va ainsi sur d’autres sujets dits « sociétaux » : souvenons-nous de José Bové rappelant à ses collègues favorables à la généralisation de la PMA les critiques fondamentales de son maître Jacques Ellul sur la question de la technique… Mais en effet, sur le sujet démographique et migratoire qui nous intéresse ici, on peut également constater un contresens, qui a d’ailleurs déjà été relevé par d’autres : « Les écologistes devraient dire que l’immigration maintient ou accroît la pression humaine sur le milieu naturel dans des pays où, de par le recul de la natalité, cette pression pourrait s’y stabiliser sinon régresser. Ainsi il n’y aura pas de répit. L’homme va continuer à saturer l’espace planétaire à la fois par la croissance démographique et par les transferts de population. »[5]

Réaffirmons-le : la prise en compte de la démographie est une absolue nécessité écologique. S’aveugler à ce sujet revient à nier que deux fois trois fassent six. Mais les paramètres de la population et des ressources n’ont guère de sens si on les examine « hors-sol », en dehors des milieux (n’oublions pas le sens étymologique du mot « écologie », la science de l’habitat). La dimension géographique, territoriale, géopolitique ne doit pas être évacuée de l’analyse. « Alors que les humains ont atteint les limites de toutes les frontières, y compris celles de la planète, ils devraient dorénavant se contenter du territoire où peuvent s’exprimer leurs solidarités de proximité. Les problèmes économiques, sociaux et éthiques qu’entraînent les migrations devraient être une motivation supplémentaire pour agir au niveau de la maîtrise de la fécondité, pour élaborer collectivement une démographie responsable. »[6]

L’humanité prise dans sa globalité a déjà dépassé la capacité de charge de la planète, entraînant un déséquilibre accru de la biosphère (le climat et la biodiversité en étant les aspects les plus préoccupants, mais il y en a d’autres : changement d’affectation des sols, acidification des océans, cycles du phosphore et de l’azote, pollution chimique...). Mais si le système thermo-industriel peut et doit être observé et compris dans sa dimension mondiale, force est de constater que « l’humanité » en elle-même n’est pas un acteur politique, contrairement aux sociétés territorialisées ; elles seules peuvent être ces acteurs, à condition précisément de rester des communautés politiques ayant par définition la maîtrise de leur territoire, et donc de leurs frontières. Dans une planète saturée, il est indispensable d’envisager le compartimentage de l’écoumène.

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[1] « Pour une démographie responsable », entretien paru dans Éléments n°158.

[2] Le Figaro, "Faire moins d'enfants pour sauver la planète : itinéraire d'une thèse vivace" par Edouard de Mareschal

[3] Le Monde, "Climat : « Freiner la croissance de la population est une nécessité absolue »" Collectif

[4] L'Express, "Pour le climat, on n'est pas prêts à faire moins d'enfants" par Anna Benjamin

[5] René Monet, Environnement, l’hypothèque démographique, cité par Michel Sourrouille, « La problématique des migrations dans une planète close et saturée », in Moins nombreux, plus heureux. L’urgence écologique de repenser la démographie, Sang de la Terre, 2014.

[6] Michel Sourrouille, « La problématique des migrations dans une planète close et saturée », in Moins nombreux, plus heureux, op. cit.

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Fabien Niezgoda animera un dîner-débat sur le thème « Écologie et démographie : le défi de la décroissance » le jeudi 8 novembre au Port-Marly (Yvelines). Renseignements et réservations : cf. le n°174 d’Éléments (p. 4), actuellement disponible en kiosque.

 

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