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31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 07:44

Quel que soit l’avis intéressé des patrons de Disney, la fin de la politique de l’enfant unique en Chine constitue le plus mauvais signe que l’on pouvait recevoir en matière de protection de l’environnement.

A la veille même de la COP21, cette décision montre que le pays le plus peuplé au monde n’intègre absolument pas le facteur démographique comme élément de la destruction systématique de la planète par notre espèce. Ici en France, la quasi-absence de dénonciation de cette mesure ne fait que renforcer ce sentiment. Les hommes pensent qu’être toujours plus nombreux est une richesse et rien, ni la pollution, ni la disparition de la moitié des espèces sauvages en 50 ans, ni la multiplication des mégalopoles ne semble devoir leur ouvrir les yeux.

Certains arguent que cette décision ne changera pas grand-chose pour une double raison.

D’une part la politique de l’enfant unique n’était ni généralisée ni totalement respectée, la naissance d’une fille en tant que premier enfant donnait lieu à des exemptions, les campagnes bénéficiaient parfois d’une législation adoucie et de nombreuses minorités pouvaient avoir plus d’un enfant (la fécondité en Chine s'établit déjà à 1,7 enfant par femme). D’autre part et surtout, les chinois se sont désormais installés dans un modèle d’enfant unique, sur le plan culturel comme sur le plan économique. Même en l’absence de pénalité pour la seconde naissance, l’enfant unique restera intéressant économiquement (à cause du coût de l'éducation notamment) et restera valorisé du point de vue culturel, les mentalités évoluant lentement. La situation ne devrait donc pas changer du tout au tout. Peut-être, toutefois la décision n’a pas été prise au hasard et l’on peut compter sur un pays aussi dirigiste que la Chine pour influencer les évènements.

On estime parfois que les politiques natalistes ou antinatalistes ne servent à rien, comme si les dirigeants les prenaient pour faire plaisir.  Or, justement la politique inverse avait bien fonctionné, évitant selon les différentes estimations entre 400 et 500 millions de naissances au cours des dernières décennies. Aurait-elle donné de trop bons résultats au point que la Chine, effrayée, veuille aujourd’hui amortir le phénomène par peur d'une forme de déplétion humaine trop brutale ? En tout cas, qu’aurait fait la Chine de toutes ces bouches à nourrir ? Aurait-elle connu un développement économique aussi faramineux ? C’est bien improbable compte tenu des charges (éducation, logement…) que cela aurait engendré.

Mais il existe encore un autre motif d’inquiétude, ce sont les raisons qui sont avancées : Lutter contre le vieillissement de la population ! Or il n’y a pas pire raison que celle-ci, car elle marque une très mauvaise appréhension des phénomènes démographiques à long terme. Rappelons cette vérité toute simple : Le temps s’écoule et aucun régime politique n’y pourra rien. Aussi tous les jeunes d’aujourd’hui seront les vieux de demain (à moins que de modernes Lyssenko  ne veuillent soumettre les lois de la nature à la "bienpensance" politique). Ainsi, le nombre et la proportion importante de personnes âgées aujourd’hui, et plus encore dans les années à venir, en France comme en Europe, résultent et résulteront directement du baby-boom des années 1950 et 1960. Il en sera de même en Chine dans 60 ans, les naissances supplémentaires attendues demain  se transformeront après-demain en vieillards excédentaires.

Que ferons-nous ? Que ferons les chinois ? Quelle vie, quelles ressources auront à leur disposition ces personnes déjà fragilisées par la vieillesse ? Faudra-il alors imposer la famille de 4 enfants et faire des milliards de nourrissons pour maintenir à toute force l’âge moyen de la population en dessous d’un certain seuil ? On voit bien qu'il s'agit d'entrer là dans un cercle vicieux où la société ne semble devoir trouver son équilibre que si chaque génération est plus nombreuse que la précédente. Dans un monde fini (et il l’est !) c’est évidemment une folie. Dans le domaine de la finance cela s’appelle une pyramide de Ponzi et se termine toujours très mal.

A plus court terme même, un rehaussement de la natalité chinoise pourrait se traduire par une véritable catastrophe sociale. Peut-on raisonnablement faire le pari que, 50 ans durant, la Chine connaitra une croissance économique toujours aussi aussi forte. Si la natalité remonte, dans 20 ans ce sont des classes d’âges plus nombreuses qui se présenteront sur le marché du travail, si à ce moment-là, la Chine connait la moindre récession c’est par dizaines et sans doute par centaines de millions que se compteront les chômeurs ? L’ampleur du pays fera l’ampleur de la catastrophe. Or justement, il est fort probable que dans 20 ans le monde se heurte de plein fouet aux effets de la déplétion pétrolière. Le pari est pour le moins risqué et la nature bien peu prise en compte. Ces éventuelles naissances supplémentaires donneront des habitants qui devront être logés, qui devront consommer, circuler... bref, présenter une empreinte écologique pour une part proportionelle à leurs effectifs.

Le vieillissement de la population est inéluctable, c'est d'ailleurs un excellent signe, nous profitons de la vie plus longtemps, c'est une folie de vouloir le repousser par une fuite en avant. Il adviendra quoiqu'il arrive.  Plus nous le repoussons, plus il se produira sur des effectifs nombreux et plus difficiles à gérer.

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Published by Didier BARTHES - dans Démographie
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14 septembre 2015 1 14 /09 /septembre /2015 06:44

Après que l’ONU a publié fin juillet ses nouvelles estimations sur l’évolution de la population mondiale, c’est désormais au tour de l’INED, via la revue Populations & Sociétés, d’offrir un panorama de la démographie planétaire et de proposer ses propres projections pour 2050.

Cette étude, éditée tous les deux ans sous la plume de Gilles Pison (1), permet d’établir un comparatif régulier et de voir comment évoluent, non seulement la population, mais également nos anticipations sur celle-ci. Pas de surprise bien sûr, l'ONU et l'INED parviennent à des résultats très semblables.

Voici les principales données, les estimations sont fournies pour la mi-année. Sources : document cité ci-dessus et versions précédentes

 

Population globale (en millions)

 

                                 2005        2007      2009         2011      2013       2015

 

Afrique                      906            944       999       1 051       1 101     1 171 

Amérique                  888           904        920          942          958        987

Asie                        3 921        4 010     4 117       4 216      4 305     4 397

Europe                      730           733        738          740         740        742

Océanie                      33             34          36            37           38          40

Total Monde          6 477        6 625     6 810       6 987     7 143     7 336

 

On peut déduire de ces chiffres l’évolution du taux de croissance mondial :

De 2005 à 2007  + 148 millions d’habitants soit + 74 par an ou + 1,1 %

De 2007 à 2009  + 185 millions d’habitants soit + 92 par an ou + 1,5 %

De 2009 à 2011  + 177 millions d’habitants soit + 88 par an ou + 1,3 %  

De 2011 à 2013  + 156 millions d’habitants soit + 78 par an ou + 1,1 %

De 2013 à 2015  + 193 millions d’habitants soit + 96 par an ou + 1,4 %

 

  Evolution des taux de fécondité (indice synthétique de fécondité)

 

                              2005        2007       2009      2011     2013      2015

 

Afrique                     5,1           5,0         4,8        4,7         4,8        4,7

Amérique                 2,4           2,2         2,2        2,1         2,1        2,0

Asie                         2,5           2,4         2,3        2,2         2,2         2,2

Europe                    1,4           1,5         1,5        1,6         1,6         1,6

Océanie                  2,1           2,1         2,5        2,5         2,4         2,5

Total monde          2,7           2,7         2,6        2,5         2,5         2,5

 

Evolution des projections pour 2050

 

Etude INED 2009 : 9,4 milliards,  rappel projections de l’ONU : 9,1 milliards

Etude INED 2011 : 9,6 milliards,  rappel projections de l’ONU : 9,3 milliards

Etude INED 2013 : 9,7 milliards,  rappel projections de l’ONU : 9,6 milliards

Etude INED 2015 : 9,8 milliards,  rappel projections de l’ONU : 9,7 milliards

 

Sans surprise, se confirme donc la montée de l’Afrique comme futur géant démographique puisqu’avec un taux de fécondité de 4,7 (en baisse légère, il était de 4,8 en 2013), ce continent devrait, au cours de cette première moitié de siècle, passer d’à peine plus de 800 millions d’habitants à presque 2,5 milliards soit une multiplication par 3 en cinquante ans ! La transition démographique tarde à s’y établir. Les taux de fécondité en Afrique du Nord restent élevés alors qu’on attendait dans ces régions une convergence avec la situation de l’Occident développé. Ces taux augmentent même spectaculairement en Egypte atteignant 3,5 enfants par femme (3,0 en  2013 et 2,9 en 2011), il s’agit en outre du pays le plus peuplé de la région en nombre (89 millions) comme en densité si on la ramène à la surface habitable. Le Niger conserve son record de fécondité avec 7,6 enfants par femme !  Rare bonne nouvelle en Afrique, le Nigéria voit son estimation redescendre pour 2050 de 444 à 397 millions (il va de soi toutefois que ces chiffres doivent être pris avec prudence, les statistiques et moins encore les projections ne pouvant être considérées comme excessivement précises dans ce pays où des rectifications ont déja été nécessaires en la matière).

L’Asie, qui reste le continent le plus peuplé (4,4 milliards), ne parvient pas à faire baisser sa fécondité (2,2) et devrait encore gagner un milliard d’habitants d’ici 2050. Il se confirme que l’Inde (1,3 milliards d’habitants et 2,3 de fécondité) dépassera bientôt la Chine, - un peu moins de 1,4 milliard - qui, exemple remarquable, avec une fécondité de 1,7 devrait connaitre d’ici 2050 une stabilisation de sa population, et même peut-être une très légère régression.

En Europe, la France partage avec l’Irlande (mais sur une autre échelle évidemment) le record de fécondité (2,0). Les estimations pour 2050 donnent 72 millions d’habitants sur le territoire métropolitain. La fécondité globale du continent (1,6) reste inférieure au seuil de renouvellement des générations mais l’Europe, bien sûr, reste un territoire d’immigration.

De son côté, l’Amérique devrait encore gagner 230 millions d’habitants d’ici la moitié du siècle et atteindre 1,2 milliard. Notons que les Etats-Unis gardent un taux de fécondité élevé (1,9) pour un pays développé; c’est une constante qui les différencie de l’Europe. La projection globale pour l’ensemble du continent est en légère diminution par rapport à celle de 2013, sauf pour le Mexique pour qui l'estimation pour 2050 a été relevée de 150 à 164 millions, la fécondité y ayant d’ailleurs été revue à la hausse.

Sur le monde entier, il semble que la baisse de la fécondité marque une pause à  2,5 par femme maintenant depuis 4 ans . Pause qui pourrait expliquer la hausse des projections puisque, rappelons que ces projections anticipent une baisse sensible de la fécondité (si ce n’était pas le cas, la population exploserait littéralement).

Il est difficile de tirer des conclusions des chiffres de l'augmentation annuelle de nos effectifs mondiaux. La forte variabilité de la croissance sur ces périodes (de + 148 à + 193 millions d’habitants sur deux ans) s’explique sans doute par une relative incertitude sur les chiffres globaux de la population. Les démographes eux-mêmes ne prétendent pas à une précision meilleure que 1 % sur les données globales.

Concernant les projections, on note d’après l'INED comme d'après l'ONU une hausse sensible des effectifs attendus et le chiffre de 10 milliards de terriens qu'il y a 15 ans encore, on imaginait pour la fin du siècle ne semble pas devoir être loin d’être atteint dès 2050 (9,7 selon l’ONU, 9,8 selon l’Ined). Cette hausse conjointe et régulière du niveau des projections de la part de deux des sources démographiques parmi les plus sérieuses et les plus fiables devrait conduire à une certaine inquiétude de la part des démographes. Cela n'est que très moyennement le cas, et certainement pas suffisamment pour attirer l’attention des écologistes sur la question, puisque la prochaine conférence sur le climat - la COP21 - semble devoir quasiment faire silence sur le facteur démographique.

(1) Gilles Pison : Population & Sociétés,  Tous les pays du monde 2015 (INED)

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4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 10:44

Il est souvent admis que les migrations économiques ont en partie pour cause la croissance démographique excessive des régions d’origine. Certaines autorités politiques européennes s’en réjouissent d’ailleurs ouvertement pensant trouver là une solution aux problèmes économiques actuels et futurs. Par contre, en ce qui concerne la crise d’aujourd’hui, la plupart des observateurs estiment que sa seule cause est d’ordre politique ou militaire : les migrants fuient la guerre, l’insécurité, des régimes dictatoriaux, voire le tout à la fois.

Or, si l’on s’intéresse par exemple aux quatre pays les plus représentés actuellement, il faut savoir que depuis 1950, la Syrie a vu sa population passer de 3,4 à 20,7 millions soit une multiplication par 6,1… que durant la même période, l’Érythrée est passée de 1,1 à 5,2 millions et la Somalie de 2,3 à 10,8 millions (soit pour ces 2 pays une multiplication de la population par 4,7)… quant à l’Afghanistan, le passage de 7,8 à 32,5 millions correspond à une multiplication par 4,2.

Si les conflits perdurent, l’avenir est d’ailleurs encore assombri par des taux de fécondité importants (Syrie 3,1), voire records (Érythrée 4,9 - Afghanistan 5,4 - Somalie 6,8)… amenant ces populations à encore doubler d’ici quinze ou vingt ans.

Attention, cela ne signifie pas que c’est directement l’explosion démographique qui a causé les guerres actuelles (comme ce fut en partie le cas au Rwanda). En effet, d’autres pays connaissent le même processus démographique et restent relativement en paix. Il est cependant probable que ce facteur a joué, ne serait-ce que parce que les autorités n’ont pas pu subvenir correctement aux besoins d’une population en croissance continue et disproportionnée par rapport aux ressources disponibles.

Ce qui est donc avancé ici, c’est que si ces pays avaient connu une progression de leur population moindre, disons un "simple" doublement sur les 65 dernières années (ce qui est déjà conséquent), eh bien on peut supposer que les migrations se seraient déroulées en proportion, ce qui aurait conduit par exemple à trois fois moins de réfugiés syriens aux portes de l’Europe… ou trois fois moins de noyés en méditerranée.

On retrouve ici la même problématique que pour les catastrophes naturelles où il y a souvent trop de monde au mauvais endroit. Ce fut le cas en Haïti (371 habitants par km²), lors du séisme de 2010 qui frappa une ville (Port-au-Prince) placée dans une zone sismiquement active et qui ne se prêtait donc pas à une forte densité de population, sauf à mettre en œuvre des normes que seuls les japonais et leur niveau de développement permettent. Ce fut aussi le cas aux Philippines lors du passage du typhon Haiyan en 2013, s’abattant là encore sur un pays relativement pauvre et lui aussi surpeuplé (321 habitants par km²) et qui fit plusieurs milliers de morts. En remontant dans le temps, on trouverait de multiples autres exemples. La conclusion à en tirer est presque une lapalissade : moins les Hommes sont nombreux, moins il y a de victimes en cas de catastrophe, qu’elle soit d’origine naturelle ou humaine.

 Il n’est pas ici question de contester un accueil mesuré et en urgence des migrants, mais il ne faudrait surtout pas s’en contenter. Nous n’aurions en effet absolument rien résolu sur le long terme et l’on pourrait même s’attendre à ce que des générations futures d’européens subissent en grand ce que nous vivons aujourd’hui en petit, lorsque l’on sait par exemple que (selon les dernières projections onusiennes) l’Afrique est appelée à voir sa population multipliée par quatre d’ici à 2100 !... Si l’on veut minimiser, autant que faire se peut, les inéluctables crises humanitaires futures, il convient donc de s’investir résolument et massivement dans la baisse des taux de fécondité de tous les pays encore en proie à l’explosion démographique.

(Article préalablement publié sur le Plus du Nouvel Obs)

Denis Garnier, Président de Démographie Responsable

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30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 10:58

Plusieurs fois nous avons évoqué la hausse régulière des projections démographiques de l’ONU. Le phénomène continue. Pour la troisième fois en effet l’Onu vient de publier  une réévaluation qui confirme cette tendance . De nouveau, nous serons plus nombreux que nous ne le pensions et la stabilisation se fera plus tardivement et à un niveau plus élevé.

Voici les derniers chiffres publiés, il s’agit là de la projection moyenne, l’ONU proposant par ailleurs une fourchette encadrant ces données par une valeur plus basse et par une autre plus élevée.

 

Projections démographiques mondiales pour 2050 (ONU)

 

Révision 2008 : 9,1 milliards d’habitants

Révision 2010 : 9,3 milliards d’habitants

Révision 2012 : 9,6 milliards d’habitants

Révision 2014 : 9,7 milliards d’habitants

 

Projections démographiques mondiales pour 2100 (ONU)

 

Révision 2010 : 10,1 milliards d’habitants

Révision 2012 : 10,9 milliards d’habitants

Révision 2014 : 11,2 milliards d’habitants

 

Il est donc maintenant ouvertement envisagé que le seuil des 11 milliards d’habitants soit franchi à la fin du siècle. Dès 2030 nous serons 8,5 milliards. Nous étions 6 milliards en l’an 2000, nous aurons donc gagné 2,5 milliards en 30 ans, soit autant que toute l’humanité de ses débuts jusqu’à 1950 ! Depuis cette date, pourtant pas si lointaine, les hommes auront vu leurs effectifs multipliés par 3,4 !

Il va de soi aussi que plus le temps s'écoule, plus ces projections deviennent plausibles. La dernière estimation pour 2050 (9,7 milliards donc), est désormais sans doute très proche de ce que sera la réalité. Nous ne  sommes qu'à 35 ans de la moitié du siècle.

Ces réévaluations contredisent évidemment un discours ambiant selon lequel la transition démographique se généralise assez vite. L’importance de la population de l’Asie (4,4 milliards d’habitants) et le taux de croissance de l’Afrique où la fécondité est encore proche de 5 enfants par femme (4,8 dans les publications de l’Ined : Population et Sociétés 2013) viennent mettre à bas les discours par trop rassurants.

Dans ce monde-là, même si nous étions capables momentanément de nourrir tous les hommes, quelle place laisserions-nous à la nature ? Cette expansion générale, cette omniprésence aussi peu dénoncée n’est-elle pas aussi le signe d’un rapport au monde outrageusement dominateur, d’un état d’esprit global de l’humanité qui augure très mal de sa capacité à régler les problèmes de demain ?

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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 13:04

A tous ceux qui s’inquiètent de l’explosion démographique, en particulier sur le continent africain, on oppose souvent les bienfaits supposés d’un certain  dividende démographique. Que revêt ce concept ? Quelles en sont les promesses ? Peut-on sérieusement se rassurer à si bon compte ?  

De quoi s’agit-il ?

On appelle dividende démographique les avantages que les économies seraient susceptibles de tirer d’une phase particulière de la transition démographique durant laquelle l’évolution numérique des différentes classes d’âge conduit à maximiser la proportion d’actifs, source de richesses, et à minimiser corrélativement celle des inactifs source de dépenses.

                         Schéma de la transition démographique

 

 

 

Quand une société entre dans la première phase de la transition démographique (ici notée phase 1), elle commence par enregistrer une forte baisse de la mortalité tandis que la fécondité - car les comportements présentent une certaine inertie - reste stable ou ne diminue que faiblement. Ce décalage entre mortalité désormais basse et fécondité toujours élevée conduit évidemment à une hausse rapide des effectifs. Puis, peu à peu (phase 2), la natalité tend à son tour à baisser et à redescendre au niveau de la mortalité, conduisant ainsi les pays vers certaine stabilité démographique ou au moins vers une expansion mesurée.

C’est à l'entrée dans cette seconde période, quand la fécondité a commencé à baisser depuis quelques années, que se présente l’opportunité de ce fameux dividende démographique supposé bénéfique à l’économie.

A ce moment en effet, trois phénomènes se conjuguent pour réduire la part des inactifs et augmenter celle des actifs, favorisant ainsi la production de richesses tout en minimisant le poids des dépenses.

- les personnes âgées restent en nombre limité (1).

- le nombre de jeunes commence à diminuer (2).

- le nombre d’actifs est très important (3).

Les deux premiers éléments diminuent la proportion de personnes à charge limitant les dépenses de retraites, de soins et de frais d’éducation, le troisième maximise la part des personnes susceptibles de produire les richesses pour l’économie, permettant ainsi de générer de la croissance et de financer les dépenses afférentes aux deux premières catégories.

Ce schéma merveilleux semble réjouir nombre d’économistes comme de démographes et les conforter dans leur optimisme et leur sérénité face à la croissance de la population, finalement vue au moins provisoirement, comme un bienfait.

Le concept lui-même ne souffre guère de discussion, il s’agit d’une simple et incontestable réalité arithmétique. Par contre, arguer de ce dividende pour faire preuve d’un optimisme à toute épreuve et ignorer les difficultés de long terme pose problème.

Notons tout d’abord que les promoteurs du dividende démographique se font les chantres de la croissance, perçue comme une voie naturelle vers le progrès et une nécessité que personne de sérieux ne saurait remettre en cause. C’est un choix, il est bon toutefois de le remarquer car ses défenseurs prennent rarement la peine de l’expliciter et de le justifier, tant il leur parait relever de l’évidence (4) .

Ce choix assumé, ce fameux dividende reste-t-il une chose aussi favorable ? Rien n’est moins sûr. Que la croissance de la population active soit l’un des éléments nécessaires à la croissance économique, certes, car si personne ne produit, il est clair que le PIB ne progressera pas. Qu’il en soit une garantie est une toute autre affaire.  A l’inverse, on peut très bien redouter que cette croissance de la population active (croissance absolue comme croissance relative) ne soit qu’un des éléments favorisant un chômage de masse dans des sociétés en crise permanente (5) et (6).

Rappelons à ce propos que ce ne sont pas les personnes en âge de travailler, les actifs, qui financent les retraites et les frais d’éducation mais que c’est  leur production. Il ne suffit pas que ces personnes aient l’âge requis pour travailler, il faut encore qu’elles travaillent effectivement et soit fortement productives, c’est-à-dire que le pays s’approche du plein emploi et que son économie soit efficace, condition qui est loin d’être universelle. S’il existe un fort taux de chômage, l’importance de la population en âge de travailler n’est pas un atout mais un handicap, car beaucoup de personnes censées être actives se trouvent alors au contraire à la charge de la société, ajoutant des dépenses à celles déjà afférentes aux inactifs, jeunes et vieux.

Enfin et surtout ce dividende recèle un piège si l’on ne prend pas bien conscience de son caractère temporaire. Il est trop rarement souligné combien ce dividende est une opportunité de courte durée. Au fur et à mesure de la progression de la phase 2 et plus encore dès l'entrée dans la phase post-transition, les effets bénéfiques s’estompent. Le nombre de personnes âgées commence à augmenter car les premiers baby-boomers  (ceux du début de la phase 1) sont devenus vieux, - nul n’a encore su arrêter le cours du temps - et la croissance de la population active cesse, puisqu’arrivent à l’âge de travailler des générations par définition moins nombreuses puisque nées au cours de la phase de baisse de la fécondité. Le ratio actifs/inactifs autrefois favorable commence alors à se dégrader. Ronald Lee et Andrew Mason estiment la durée de la phase favorable où la population active augmente plus vite que le nombre de personnes qu'elle fait vivre, à environ 50 ans. Le risque est alors grand face à l’inévitable vieillissement de la population de relâcher les efforts en vue de la baisse de la fécondité afin de maintenir une proportion de population jeune très importante, supposée source de production pour demain. On entre alors dans le fameux mécanisme de Ponzi, ici appliqué à la démographie où le système ne fonctionne que par une fuite en avant perpétuelle et où l’on table abusivement sur le fait que toute génération d’ordre n + 1 devrait être numériquement supérieure à la génération d’ordre n pour assurer l’équilibre de la société. L'histoire de la finance et même le simple raisonnement démontrent l’absurdité d’une telle espérance dans un monde fini.

 ___________________________________________________________________

(1) Parce qu’elles sont nées en plus petit nombre à une période où la population était plus modeste et parce qu’ayant vécu à une époque de forte mortalité, beaucoup n’atteignent pas un âge avancé.  

(2) A cause de la baisse de la fécondité qui, à ce moment date alors de quelques années.

(3) Parce que la natalité il y a 20 a 30 ans a été très forte.

(4) A décharge de ces économistes optimistes il faut admettre que l'on peut plus difficilement se faire le défenseur de la décroissance lorsque l'on parle de pays au niveau de vie encore relativement faible.

(5) On peut remarquer qu’en Allemagne par exemple, l’arrivée de classe d’âges peu nombreuses favorise un chômage plus bas chez les jeunes.

(6) Une crise perpétuelle est évidemment un oxymore, par définition une crise est une période particulière, limitée dans le temps, mais force est de constater que depuis le premier choc pétrolier et la remise en cause d’une croissance élevée et du plein emploi, nos sociétés se vivent comme «  en crise  chronique » et laissent concrètement une bonne partie de leurs membres au bord du chemin. Le philosophe Dominique Bourg, qui insiste sur le « changement de planète », ou l’essayiste Olivier Rey (Une question de taille) qui évoque plutôt l’inaptitude du mot à décrire un phénomène durable ont très bien expliqué ce mésusage du terme crise qui reste hélas très utilisé.

Quelques autres présentations du concept de dividende démographique

Par le Population Reference Bureau

Par le Gates Institute

Par Ronald Lee et Andrew Mason dans Finances & Développement, septembre 2006. Il s’agit là d’une analyse plus sophistiquée avec prise en compte de  deux types de dividendes, le second, basé sur l’accumulation d’actifs économiques étant plus durable et pouvant prendre la relève du premier relativisant ainsi les inquiétudes évoquées dans notre article. Toutefois Ronald Lee et Andrew Mason présentent bien le dividende démographique comme une opportunité (si les politiques économiques sont bien conduites) et non comme une garantie.    

Source du graphique : Wikipédia

 

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1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 07:04

                                 Evaluation de nos effectifs au 1er janvier 2015  

                                                                       (population mondiale en millions d'habitants)

 

Sources       Effectifs au 1.1.2015          
     
     
INED                     7.285          
US Census Bureau                        7.215          
Population Reference Bureau                             7.282          
Poodwaddle                      7.183  
Population Matters                     7.322  
Population Mondiale.com                     7.269          
Ria Novosti                        7.337             
Terriens.com                         7.212             
Visio Météo / Géopopulation                              7.207              
Worldometers                               7.285             
     
Moyenne                     7 260  

 

La planète compterait désormais, en ce 1er janvier 2015,  environ 7 milliards et 260 millions d'habitants au regard d'une moyenne bâtie sur les principaux compteurs aujourd'hui disponibles (1). Le premier quart de notre huitième milliard est donc atteint.   

Au 1er janvier 2014, les estimations donnaient 7,162 milliards ce qui laisserait entendre pour l'ensemble de l'année 2014 une augmentation de 98 millions d'habitants (soit + 1,37 %). Une telle croissance est toutefois certainement surestimée, puisque depuis plusieurs années, l'évolution de la population mondiale tourne autour d'une augmentation annuelle d'environ 80 millions de personnes (soit  + 1,1 %). Il est évidemment bien improbable que le rythme de croissance ait évolué en ce sens et aussi rapidement. Le phénomène est donc lié à une réévaluation de la base des principaux compteurs. C'est d'ailleurs ce qu'a fait l'un des instituts les plus réputés, l'Ined, qui proposait l'an dernier une évaluation à 7,169 milliards et cette année à 7,285 milliards soit une augmentation encore plus improbable de 116 millions (+ 1,62 %).

On peut sans doute voir dans ces changements de bases une conséquence indirecte des deux dernières réestimations des Nations Unies qui, comme nous l'indiquions l'an dernier, ont par deux fois - en 2010 puis en 2012 - repoussé à plus tard la stabilisation de nos effectifs et ont revu à la hausse leurs projections pour la population mondiale aux horizons 2050 et 2100 (2)

Cette approche parait donc désormais validée par la communauté scientifique et vient, une fois de plus, démontrer que le problème de l'explosion démographique est loin d'être en voie de résolution aussi rapide que certains veulent bien le laisser entendre. La période de transition démographique semble se prolonger (3). Lors d'une récente émission sur France Culture (4), Gilles Pison,  tout en maintenant un certain optimisme sur la poursuite de la baisse de la fécondité, admettait que les démographes avaient réhaussé leurs prévisions ces dernières années. 

L'année 2014 a également été marquée par le franchissement du seuil des 100 millions d'habitants par les Philippines, 12ème pays le plus peuplé de la planète (après, par ordre : La Chine, l'Inde, les Etats-Unis, l'Indonésie, le Brésil, le Pakistan, le Nigéria, le Bangladesh, la Russie, le Japon et le Mexique).

Le Bangladesh, avec plus de 1 100 habitants par kilomètre carré gardant le record de densité parmi les grands pays et le Nigéria, avec environ 2,6 % d'habitants en plus chaque année, gardant lui, le record du taux de croissance parmi ce " top12". Parmi les grands pays développés notons l'exception que représentent les Etats-Unis pour lesquels l'US Census Bureau vient d'annoncer le franchissement du seuil des 320 millions d'habitants. Malgré leur haut niveau de richesse et de consommation, les Etats-Unis ont connu cette année une croissance de leur population de + 0,73 % (rythme correspondant à un doublement en 95 ans). Le développement ne constitue donc pas une garantie absolue de stabilisation rapide de nos effectifs, même si dans ce cas bien sûr, l'immigration constitue un facteur non négligeable de l'évolution démographique.

En ce qui concerne la France, l'Insee vient de valider le passage des 65 millions pour l'année 2012.     Compte tenu d'un accroissement d'environ 0,5 % par an, la population (Métropole + Dom) devrait en ce premier janvier 2015 s'approcher de 66 millions (5). 

______________________________________________________  (1) Cette moyenne a été calculée à partir des statistiques fournies par trois instituts démographiques (les trois premières lignes) et sept autres compteurs de population. De façon à ne pas surestimer une source plutôt qu'une autre les données de Géopopulation et de Visio-météo qui sont identiques à l'unité près et proviennent donc d'une source unique n'ont été comptées que pour une seule donnée, la moyenne a donc été établie sur les dix sources listées. L'élimination des deux valeurs extrêmes (Ria novosti avec 7,337 milliards et Poodwaddle.com avec seulement 7,183 milliards) ne modifie pas la valeur moyenne obtenue.   

(2) Rappel : Pour 2050 les estimations qui en 2008, s'établissaient à 9,1 milliards sont passée à 9,3 milliards (lors de la révision 2010) et à 9,6 milliards (pour la révision 2012). Pour 2100, les estimations qui en 2010 étaient de 10,1 milliards sont passées à 10,9 milliards en 2012. Dans le même temps, plusieurs pays d'Afrique ont connu une stabilisation, voire même dans certains cas, une augmentation de leur fécondité tandis que beaucoup d'analystes tablaient sur une diminution. 

(3) la période de transition démographique d'une population est celle où la mortalité a commencé à baisser fortement tandis que la natalité garde des niveaux encore beaucoup plus élevés. Elle se traduit naturellement par une véritable explosion des effectifs et seule la baisse de la natalité peut-y mettre fin. La plupart des démographes et des économistes tablent sur le développement économique pour conduire, via une baisse de la fécondité, à un état d'équilibre démographique qui a déjà été atteint par de nombreux pays développés (mais souvent avec des densités importantes, comme en Europe ou au Japon).  

(4) Culture Monde du 29 décembre 2014, présentée par Florian Delorme. Gilles Pison est l'auteur des études "Tous les pays du monde" publiée tous les deux ans par l'Ined dans la revue Population et Sociétés.

(5) Métropole + Dom   : 65.241.241 habitants exactement (c'est à dire officiellement) dont 63.375.971 pour la seule métropole, données publiées fin décembre 2014.

Comme chaque année, rappelons que les statistiques démographiques mondiales peuvent être considérées comme exactes à un ou deux pour cent près. Les effectifs ont été ici arrondis par nos soins au million le plus proche. 
Sur ce site, et sur le même sujet voir également : Les chiffres clefs de la population, ainsi que la série : La population mondiale au 1er janvier 2009, 2010, 2011, 2012, 2013, 2014.  

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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 20:16

Les Suisses ne veulent plus de la libre circulation des personnes avec l'Union européenne.     

Ce fût d'abord un cri de surprise, car personne, y compris les sondeurs, n'attendait vraiment une réponse positive au référendum sur l'immigration massive proposé par le parti suisse de la droite dite populiste. L'initiative UDC a obtenu la majorité des cantons et du peuple, acceptée à 19 516 voix de différence ; comme l'écrit la Tribune de Genève (1), « ce score constitue une gifle pour le Conseil fédéral, les autres partis et les grandes fédérations économiques qui s'étaient mobilisés en force contre le texte. »    

Ensuite des cris d'inquiétude et de protestation, notamment venus de France. C'est Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et ancien premier ministre qui parle « d'une mauvaise nouvelle à la fois pour l'Europe et pour la Suisse. Repliée sur elle-même, cela va la pénaliser. » (2). C'est Rama Yade qui estime que « les suisses se sont tirés une balle dans le pied et ont fait un bras d'honneur à l'Europe. » (3).

Cris de peur et d'effroi encore avec Thierry Billet, maire-adjoint d'Annecy, qui évoque dans son blog (4) « cette réaction xénophobe (qui) conduit le monde : chacun chez soi et tous dans la régression, en attendant de régler nos comptes sur les champs de bataille. » Faut-il aussi citer le quotidien Libération qui parle ce mardi 11 février 2014 dans son éditorial de « virus », voyant dans ce résultat une possible maladie contagieuse et dangereuse : «La majorité helvétique qui s'est exprimée dimanche illustre le risque de contagion du discours glauque mêlant le sentiment anti-européen, le rejet des étrangers et le refus d'un supposé système politique».

Face à une telle réprobation quasi-unanime quant à la décision des suisses de poser des limites au principe de la libre circulation des personnes, que faire sinon tenter de recadrer doucement le débat, de rappeler tranquillement les fondamentaux auxquelles la Confédération helvétique est soumise, de chuchoter qu'il s'agit d'abord de commenter le choix d'un pays aussi connu pour son exemplarité démocratique.  

La Suisse est de par sa géographie un petit pays alpin, où l'espace utile est limité par les montagnes, peuplé de 8 millions d'habitants. Avec une population étrangère représentant déjà 23,5 % des habitants, soit le taux le plus élevé en Europe, avec un solde migratoire de 80 000 personnes correspondant chaque année à 1 % de sa population, soit plus du quadruple de celui d'un pays comme la France, et sachant, comme l'avait déclaré en 2012 Philippe Roch, ancien Directeur de l'Office fédéral de l'environnement, que « la Suisse consomme trois fois ce que son territoire peut produire », était-il raisonnable que la Suisse prolonge cette tendance ? Doit-elle continuer d'accueillir tous les européens recalés de la croissance économique ? Autrement dit et au-delà des aspects politiciens, peut-on encore être étonné du choix des suisses ?  

Il faut avoir une volonté de cécité bien chevillée au corps pour pouvoir croire que le développement illimité d'un appareil économique mondialisé puisse se pratiquer hors sol et sans conséquences dommageables pour la vie d'un pays, pour imaginer sans méfiance et sans prudence que la Suisse pouvait ainsi continuer à accueillir toujours plus de monde pour nourrir son expansion économique. On retrouve ici « la question centrale des limites de la croissance, et de ses conséquences sur l’environnement et le cadre de vie. La croissance démesurée de la population est en train de détruire la campagne, la nature et les paysages, cet écrin de beauté si cher aux habitants de notre pays, et si important pour leur bien-être » comme le disait  Philippe Roch (5) pendant la campagne électorale.  

La question centrale des limites va cependant bien au-delà de la question de l'immigration posée par l'UDC. C'est pourquoi on ne peut qu'espérer que la future initiative ECOPOP (6) aux fins que l'ensemble de « la population résidant en Suisse ne dépasse pas un niveau qui soit compatible avec la préservation durable des ressources naturelles » soit prochainement validée par le peuple suisse.

Voilà ce qu'on a envie de chuchoter à l'oreille de tous ceux qui, obnubilés par l'extrême-droite, sont prêts à s'allier aux industriels les plus égoïstes pour défendre jusqu'à l'absurde le principe de libre circulation des personnes (7), et ne savent pas voir que la continuation de la politique actuelle de croissance à tous crins mène à une crise écologique majeure dont nous serons tous perdants. Bref, une autre lecture de ce référendum est possible ...  

_________________________________________________________________________ 

1 : Les Suisses veulent limiter la libre circulation in La tribune de Genève, le 09.02.2014  

2 : Sophie Huet, Les politiques français préoccupés par le vote suisse in Le Figaro, le 10.02.2014  

3 : Ibid.  

4 : Thierry Billet, F-haine et vote suisse, in blog : thierry-billet.org

5 : Ph. Roch, Ecopop est préférable à l’initiative de l’UDC sur l’immigration qui est trompeuse, in La Tribune de Genève, le 27.01.2014

6 : Initiative dénommée :« Halte à la surpopulation - Oui à la préservation durable des ressources naturelles ».

7 : Sur ce sujet, voir La problématique des migrations sur une planète close et saturée, article de Michel Sourrouille in Moins nombreux, plus heureux,l'urgence écologique de repenser la démographie, Alain Gras, Alain Hervé, Corinne Maier, et alii, préface d'Yves Cochet, Ed. Sang de la Terre, février 2014.

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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 13:24

Longtemps, parler de démographie c'était parler d'écologie sans le savoir, c'était s'interroger sur la capacité d'une société humaine à grandir et à se développer en fonction des ressources que son milieu pouvait offrir.

Hérodote, Thucidide, Epicure et bien d'autres ont abordé la question démographique, mais il faut reconnaître que c'est vers la fin du XVIIIe siècle que celle-ci a été posée dans des termes qui nous parlent encore aujourd'hui.

Giammaria Ortes dans ses Riflessioni (1) a été en 1790 « le premier à suggérer le concept d'une population optimale » (2) dans le cadre d'une « nation naturelle ». Un peu après, à l'autre bout de l'Eurasie, Hong Liang-Ki (3) s'interroge en 1793 dans son traité Yi-yen (Opinions) sur le déséquilibre entre l'accroissement de la population et celui des subsistances et des moyens : « L'habitation d'une personne est déjà trop étroite pour en loger dix, comment serait-il possible d'en loger cent ? De même, la nourriture d'une personne est déjà insuffisante pour en nourrir dix, comment serait-il possible d'en nourrir cent ? C'est pourquoi je suis inquiet pour le peuple pendant la paix (car) après une longue période de paix, la nature ne peut cesser de créer des hommes ; mais ce qu'elle possède pour les nourrir ne change pas.» (4). Au-delà de s'attaquer comme le constate Jean Chesneaux (5) « à un des principes les plus intangibles de l'ancienne Chine, à savoir le devoir d'assurer, par le plus grand nombre possible d'enfants mâles, la continuité du culte des ancêtres », le grand intérêt de la pensée de Hong, notamment par rapport à celle de Malthus, est de proposer une optimisation rationnelle des ressources (6), allant jusqu'à prendre position contre « toute monopolisation des richesses » (7) pour remédier à un pic de surpopulation.

Hélas Malthus vint ! Son Essai sur le Principe de Population, paru 5 ans après le traité d'Hong Liang-Ki, traite de la même distorsion entre la croissance du nombre d'hommes et les ressources disponibles, avec une même inquiétude quant aux conséquences. Toutefois sa crainte pour les intérêts de la classe possédante (8) a largement contribué à disqualifier son discours en Occident, jusqu'à le rendre inaudible, accréditant l'idée qu'être malthusien, c'est adopter une position marquée par une frilosité animée par l'égoïsme.

L'inquiétude quant à notre nombre, intellectuellement élaborée à la fin du XVIIIesiècle par Ortes, Hong Liang-Ki et Malthus, a été mise de côté pendant tout le XIXe et une grande partie du XXe siècle, période où l'on a pu sincèrement croire que c’est la pression démographique qui imposait l’évolution des techniques dans un monde où les ressources semblaient inépuisables. Ce qu'Ester Boserup (9) a pu traduire en énonçant que « la nécessité est la mère de l’invention ». Cette vision dynamique des ressources, écho du progressisme des Lumières, s'opposait bien évidemment à la perception beaucoup plus stable des ressources qui caractérisait tant Ortes que Malthus ou Hong. Et ce n'est qu'avec l'émergence de la question écologique dans la seconde partie du XXe siècle, remettant en cause la société urbano-industrielle dont l'équilibre est fondé sur une croissance continue, que la question démographique refit surface. Ainsi n'est-ce pas un hasard si c'est Alain Hervé, le fondateur français des Amis de la Terre, qui s'occupa de la publication de l'ouvrage, écrit en 1968, d'Anne et de Paul Ehrlich la bombe P (10).

Très vite pourtant, l'entrelacement entre écologie et démographie s'étiola. La question démographique, considérée comme trop dérangeante,  fut la grande oubliée des grands sommets internationaux sur l'environnement, de Rio à ceux d'aujourd'hui. De plus, le mode autoritaire de contrôle de la natalité organisé par le parti communiste chinois à partir de 1980 ne fit pas à la question démographique une publicité extraordinaire dans les démocraties occidentales.  D'autre part, les partis politiques se référant à l'écologie préférèrent chercher à gagner des voix - ce qui peut se comprendre dans le cadre d'une démocratie élective - plutôt qu'à soulever une question difficile et considérée comme trop intrusive par leurs électeurs. Bref il fut plus facile de considérer, pour parler comme Hervé Kempf, que c'était 'les riches qui détruisent la planète' (11) que de s'interroger aussi sur l'impact de notre nombre grandissant.

C'est ainsi que la population humaine a doublé ses effectifs, entre 1968 et 2013. Doublement accompagné d'un échec patent des concepts de développement durable, de croissance verte ou d'économie circulaire ; concepts qui n'ont qu'à peine infléchi le modèle de développement urbano-industriel alors qu'un virage réel était nécessaire pour être à la hauteur des enjeux écologiques auxquels toute la planète est confrontée. D'où l'impérieuse nécessité de jouer désormais sur tous les leviers possibles afin de limiter, sinon d'éviter, un probable effondrement. D'où le retour de la question démographique. Question souvent posée par des écologistes qui ne se laissent plus enfermer par l'image négative d'une dénatalité organisée au profit des nantis ; qui privilégient l'urgence d'agir vigoureusement à la fois sur notre nombre et sur notre mode de vie, pour aller vers un monde moins plein et une vita povera joyeuse (12) ; qui refusent de voir le futur à travers la simpliste et pauvre multiplication des objets et des hommes au-delà même de la saturation, préconisant plutôt un développement qualitatif dans le respect de toutes les espèces vivantes afin de ressentir cette puissance de vie que manifeste la sève montante, cette énergie interne par laquelle l'homme se développe, ce qu'Hildegarde de Bingen (13) nomme viriditas, la viridité, concept qu'il est urgent de redécouvrir pour introduire un peu de subtilité et d'intelligence dans l'aventure humaine, et s'affranchir de la logique multiplicatrice qui trop longtemps nous a servi d'horizon.

Deux ouvrages traduisent cette effervescence.  "Compte à rebours. Jusqu'où pourrons-nous être trop nombreux sur Terre ?" D'Alan Weisman, paru en France en janvier 2014 (14) ; et  "Moins nombreux, plus heureux. L'urgence écologique de repenser la démographie", paru en février 2014, écrit  par un collectif d'auteurs (15), avec notamment Alain Hervé dont la précieuse présence permet de faire le lien avec l'écologie des années 70, cette écologie qui n'oubliait pas la démographie.

_________________________________________________________________________ 

1 : Giammara Ortes, 1713-1790. Économiste et mathématicien, il vit à Venise et publie notamment  Della economia nazionale en 1774 et Riflessioni sulla Populazione dell Nazioni per Rapporte all'Economia Nazionale en 1790.

 2 : Hans Overbeek, Un démographe prémalthusien au XVIIIe siècle : Giammara Ortes  in Population, volume 25, numéro 3, pp. 563-572. Hans Overbeek estime, en conclusion dudit article, que pour Ortes il s'agissait d' »un optimum de bien-être général, qui comprenait des éléments sociaux et politiques ».    

3 : Hong Liang-Ki, 1746-1809. Lettré chinois à la carrière tumultueuse, il rédige en 1793, sous le règne de l'empereur Kien Long et à la suite d'une longue période d'expansion économique et de progrès démographique, son traité  Yi-yen (Opinions).  

: Hong Liang-Ki,  Hong Pei-kiang che wen-tsi, édition choisie des œuvres de H L-K en trois volumes, Changhai, 1936, 1er volume, pp. 48-50, paragraphe sur la paix. Traduction retrouvée sans mention d'auteur dans les papiers d'Henri Maspero. Ces éléments ont été trouvés dans le texte de Jean Chesneaux intitulé : Un prémalthusien chinois : Hong Liang-Ki in Population, 1960, volume 15, numéro 1, pp. 89-95.  

5 : Jean Chesneaux, Un prémalthusien chinois : Hong Liang-Ki in Population, 1960, volume 15, numéro 1, p. 90.  

6 : « Faire cultiver toutes les terres disponibles et utiliser les forces inemployées du peuple, …, interdire les dépenses extravagantes, réprimer toutes monopolisation des richesses et quand des fléaux surviennent, ouvrir les greniers et le trésor public pour donner des secours aux malheureux. ». ibid. p. 93  

7 : « Dans les familles opulentes, une personne occupe une maison qui pourrait fournir le logement de cent individus et une seule famille possède des terres aussi vastes que celles de cent autres familles. Il n'y a donc rien d'étonnant à voir des gens pauvres mourir partout de froid et de faim ». (Paragraphe sur la vie sociale). Ibid. p.92.

8 : « Mais entre Hong et Malthus, existe une différence importante : Malthus craint pour les intérêts de la classe possédante. La loi des pauvres impose à celle-ci une charge qui va s'accroître constamment si les pauvres continuent à se multiplier. Soucieux de maintenir l'ordre social, il arrive logiquement à souhaiter et à préconiser la limitation des naissances. … Hong songe au contraire à s'en prendre aux riches, en particulier en matière de logement. » Alfred Sauvy, Commentaire,  suite à au texte de Jean Chesneaux précité. Ibid. p. 95.

9 : Ester Boserup, née Børgesen, 1910-1999, économiste. Elle publia notamment Évolution agraire et pression démographique, trad. française de 1970, 224 p., coll. Nouvelle bibliothèque scientifique, Flammarion - Édition originale en anglais : The Conditions of Agricultural Growth. The Economics of Agriculture under Population Pressure. 124 p. London and New York 1965.

Elle réfuta la proposition de Thomas Malthus selon laquelle les méthodes agraires définissaient la taille de la population (fonction de la nourriture disponible). Elle démontra au contraire que c’est la pression démographique qui impose l’évolution des techniques agraires.   A son propos, voir aussi Hervé Le Bras, « Malthus ou Boserup : validité et continuité historique des modèles démo-économiques », Mathématiques et sciences humaines, n°164, Hiver 2003.  

10 : La bombe « P » 7 milliard d'hommes en l'an 2000, (The Population Bomb) Paul R. Ehrlich, ed. Fayard, 1969 ; en poche, coll. Documents, ed.  J'ai lu, 1973.

11 : Comment les riches détruisent la planète, Hervé Kempf, coll. L'histoire immédiate, Le Seuil, janvier 2007.

12 : Vita Povera, l’expression a été construite en parallèle à celle d’arte povera ; ainsi la pauvreté n’est pas incompatible avec la beauté, l’énergie, la joie de vivre. Ce concept de vita povera veut donner toute sa place à une vie moins matérialiste et plus harmonieuse, pleine de viridité, tournant le dos à l'exploitation de l'homme par l'homme, laissant libre des espaces sauvages où la vie des plantes et des animaux se régulerait sans nous et s'épanouirait. Ce concept est toutefois différent de celui de sobriété heureuse défendu notamment par Pierre Rabhi ; il insiste plus sur l’idée de pauvreté afin de marquer notre défiance vis-à-vis des nombreux discours écologisants qui tentent de masquer l’importance des changements et des sacrifices matériels à prévoir.

13 : Hildegarde de Bingen, 1098-1179. Bénédictine mystique, musicienne, femme de lettres franconnienne, linguiste, à la fois sainte et docteur de l’Église, elle écrit notamment en 1158 le livre des subtilités des créatures divines et le livre des œuvres divines en 1174.

14 : Première édition sous le titre Countdown. Our Last, Best Hope for a future on Earth ? Editions, Little, Brown and Compagny, 2013. Version française : Compte à rebours. Jusqu'où pourrons-nous être trop nombreux sur Terre ? Editions Flammarion, janvier 2014, 430 pages, 23,90 €.

15 : "Moins nombreux, plus heureux. L'urgence écologique de repenser la démographie", ouvrage collectif coordonné par Michel Sourrouille, préface d'Yves Cochet, ed. Sang de la Terre, février 2014, 176 pages, 16 €. En librairie le 17 février 2014.

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1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 07:04

                           Evaluation de nos effectifs au 1er janvier 2014

                                                                                                              (en millions d'habitants)

 

Sources    2013     2014 Progression Progression
      (en millions) (en %)
         
INED 7 091     7 169         + 78    + 1,1 %
Population Data.net 7 099     7 184         + 85    + 1,2 %
Terriens.com 7 060     7 136         + 76    + 1,1 %
US Census Bureau 7 062     7 138         + 76    + 1,1 %
Population Mondiale.com 7 099     7 184         + 85    + 1,2 %
         
Moyenne   7 082     7 162        + 80     + 1,1 %

 

 

La planète compte désormais un peu plus de 7 milliards et 150 millions d'habitants :  7,162 milliards précisément au regard d'une moyenne bâtie sur les principaux compteurs aujourd'hui disponbiles. Avec 80 millions de terriens en plus que l'an dernier, soit une progression de  + 1,1 %, la croissance de la population mondiale reste stable (1) et (2). 

L'Année 2013 a été marquée par la publication des nouvelles projections de l'ONU (dites révisions 2012). L'étude de l'ONU propose, pour la seconde fois consécutive, une hausse des projections à l'échéance 2050. L'hypothèse moyenne de fécondité     (3) conduit en effet à une population de 9,6 milliards  pour la moitié du siècle (l'Ined prévoit de son côté 9,731 milliards). Les deux études précédentes de l'ONU (révisions 2010 et 2008) ne prévoyaient respectivement dans le cadre de cette même hypothèse moyenne qu'une population de 9,3 et 9,1 milliards pour la même date. Nous sommes donc clairement dans une phase de rehaussement des projections démographiques.

En France, sous la plume de Gilles Pison, l'INED a publié dans sa revue Population et Société un dossier nommé « Tous les pays du monde ». Cette étude montre une stabilisation de la fécondité mondiale à 2,5 enfants par femme soit au même niveau que lors de la publication précédente en 2011, alors même que beaucoup de démographes tablaient sur une décrue régulière de cet indice. Il est bien sûr encore trop tôt pour savoir si cette pause dans la baisse tendancielle de la fécondité sera durable.

Quant à l’année qui commence, elle verra peut-être l’entrée d’un nouveau membre, le douzième, dans le « club des plus de 100 millions d’habitants » : Les Philippines.

______________________________________________________  (1) Les effectifs de la population mondiale indiqués pour le 1er janvier 2013 (7 082 millions) sont très légèrement différents de ceux qui avaient été retenus l’an dernier (7 083 millions). Ceci parce que la liste des compteurs présentés n’est plus exactement la même. Le site Worldometers a été exclu parce que sa base en avait manifestement été modifiée et que cela conduisait à retenir une élévation annuelle de la population de 114 millions d’habitants, hypothèse hautement improbable. De même d’autres sites n’ont pas été retenus parce qu’ils proposaient des données trop éloignées de la moyenne et en particulier de celles fournies par les instituts les plus réputés (Ined, US Census Bureau…)  

(2) Comme chaque année, rappelons que les statistiques démographiques mondiales peuvent être considérées comme exactes à un ou deux pour cent près, il serait illusoire de prétendre à l’exactitude totale. Cela justifie les arrondis au million pour les données absolues ou au dixième de pour cent pour les chiffres de la croissance que nous avons ici choisi de retenir.

(3) Cette hypothèse moyenne de fécondité est elle-même basée sur baisse de la fécondité dans les années à venir. Le maintien du taux actuel (2,5 donc) conduirait à une véritable explosion démographique.

Sur ce site, et sur le même sujet voir également : Les chiffres clefs de la population, ainsi que la série : La population mondiale au 1er janvier 2009, 2010, 2011, 2012, 2013, 2015

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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 17:04

Après l’ONU, l’Ined  confirme le retournement des prévisions démographiques mondiales. Depuis une soixantaine d’années, la baisse régulière des taux de croissance et de fécondité mondiaux constitue l’argument massue pour déconsidérer toutes les inquiétudes relatives à la surpopulation.

Ce raisonnement, très en usage dans le monde politique comme dans de nombreux milieux écologistes, se trouve pourtant désormais infirmé par les plus récentes études et l’optimisme béat n’est plus de mise. L’ONU puis l’Ined viennent de publier leurs dernières projections : Elles sont largement revues à la hausse. La stabilisation de nos effectifs se voit reportée à une date ultérieure et à  un niveau  plus élevé que ce que l’on pouvait espérer. Elle se situera sans doute aux alentours de 11 milliards en 2100, sauf bien entendu, effondrement civilisationnel avant cette échéance.

A deux reprises déjà, L’ONU avait tiré la sonnette d’alarme en révisant à la hausse ses prévisions , une première fois en 2011 puis une seconde fois en juin dernier. Ainsi, dans ses projections publiées en 2009, l’Onu estimait que le monde compterait 9,1 milliards d’habitants en 2050, prévisions remontées à 9,3 milliards en 2011, puis à 9,6 milliards en 2013 (il s’agit là des projections moyennes, l’Onu publiant en outre des fourchettes haute et basse).

Une même évolution avait logiquement touché les projections à échéance de 2100, passées de 10,1 milliards en 2011 à 10,9 milliards en 2013.

C’est désormais l’Ined qui vient confirmer la  tendance via le dernier numéro (1) de la revue Population et sociétés qui présente tous les deux ans, sous la direction de Gilles Pison, une étude baptisée « Tous les pays du monde ».  Ce document propose un vaste tableau statistique donnant les principaux éléments démographiques : population actuelle, population prévisionnelle pour 2050, taux de natalité, de fécondité… pour toutes les nations.   Ces données sont également agrégées par grandes zones géographiques ainsi qu’aux niveaux continental et mondial. Voici les principaux enseignements de cette publication. 

 

- Une stabilisation de la fécondité et de la croissance :

Alors que le taux de fécondité mondial (qui était d’environ 5 enfants par femme en 1950) baissait régulièrement, il semble désormais stabilisé à 2,5. Ce taux n’est pas négligeable, il signifie que d’une génération à l’autre les effectifs se voient multipliés par 1,25.   Chaque couple, deux personnes donc,  se trouvant en moyenne remplacé par 2,5 personnes, (un tout petit peu moins en réalité car il y subsiste encore un peu de mortalité infantile. Notons  que celle-ci est toutefois, et heureusement, tombée assez bas et que la grande majorité des enfants dans le monde atteignent désormais l’âge de la reproduction : la mortalité infantile mondiale est de 4 % en 2013 alors qu'elle se situait encore à 5,5 % en 2005).

Le taux de croissance de la population n’est curieusement pas indiqué dans le document de l’Ined, mais au niveau mondial le solde migratoire étant nul par définition, la différence entre le taux de natalité et le taux de mortalité peut nous permettre de l’estimer. Ce taux est stabilisé à + 1,2 % par an depuis 2005. (3) Cela conduit tous les ans la population à augmenter d’environ 80 millions de personnes soit l’équivalent d’une ville comme Paris tous les dix jours (4). Rappelons que si le taux de croissance est plus faible aujourd’hui que dans les décennies précédentes, il s’applique à une population plus importante et que de ce fait, la croissance effective de nos effectifs est plus forte en 2013 qu’elle ne l’était  dans les années 60 (+ 80 millions d’habitants par an contre + 70 millions environ), le record de croissance en nombre a toutefois été atteint dans les années 90 avec + 90 millions de terriens supplémentaires chaque année.

 

- L’évolution démographique de l'Afrique  constitue la composante principale de ce retournement.

C’est l’Afrique qui prend la plus grande part dans ce retournement puisque son taux de croissance ne diminue pas, au contraire.  Il s’établit en 2013 à + 2,5 % par an alors qu’il n’était que de + 2,3 % en 2005 (5) Les africains représentent aujourd’hui un peu plus de 15 % des terriens, ils devraient en représenter 25 % en 2050.

Ce mouvement touche principalement l’Afrique Subsaharienne mais aussi désormais, quoique dans une moindre mesure, l’Afrique du Nord. Seule l’Afrique Australe, qui croît de 1 % par an, présente une structure d'évolution démographique comparable à celle du reste du monde. Cette croissance est évidemment lourde de menaces dans un continent souvent frappé par les famines  et dont rappelons-le, les déserts constituent une proportion très importante.

Ce poids déterminant de l’évolution de la démographie africaine dans l’évolution globale du monde peut être mis en évidence dans le tableau suivant donnant, continent par continent, l’évolution attendue entre aujourd’hui (mi-2013) et 2050.

 

              Evolution démographique mondiale attendue d'ici 2050

  (en millions d'habitants, source Ined, extraits)

Zone   Population 2013    Population 2050     Evolution  Evolution
       (à mi année)   (estimation 2013)  (en nombre)    (en %)
           
Monde          7 141       9 731   +  2 590   +   36 %
           
Afrique          1 101       2 435   +  1 334   + 121 %
Amérique             958       1 228   +     270   +   28 %
Asie          4 305       5 284   +     979   +   23 %
Europe             740          726    -       14   -      2 %
Océanie               38            58    +      20   +   53 %

 

 

 

 

 

 

 

 

On voit que l’Afrique est le continent qui progressera le plus en nombre et surtout en valeur relative, passant de 1,101 milliard d’habitants à 2,435 milliards (+ 1,334 milliard) soit + 121 % tandis que dans le même temps, le monde entier passerait de 7,141 à 9,731milliards (+ 2,590 milliards), soit + 36 %. L’Europe serait le seul continent à voir sa population diminuer (très légèrement : - 2 %)

La réévaluation à la hausse des prévisions réalisées par l'Ined est très nette dans le tableau suivant comparant les projections pour 2050 publiées respectivement en 2011 et 2013. Ce tableau vient particulièrement conforter la réévaluation des estimations onusiennes.

 

       Réévaluation des projections pour 2050 entre 2011 et 2013

  (en millions d'habitants, source Ined, extraits)

Zone    Projections 2050  Projection 2050 Evolution Evolution
    (publiées en 2011) (publiées en 2013)  (en nombre)  (en %)
           
Monde         9 587     9 731   +  144   +  1,5 %
           
Afrique         2 300     2 435   +  135   +  5,9 %
Amérique         1 216     1 228   +    12   +  1,0 %
Asie         5 284     5 284   +      0       - 
Europe            725        726   +      1   +  0,1 %
Océanie              62          58    -      4    -   6,5 %

 

 

 

 

 

 

 

Le  retournement des prévisions concerne particulièrement l’Afrique puisque la réévaluation (à la hausse) des prévisions entre 2011 et 2013 est de + 1,5 % pour le monde (il y a donc bien une réévaluation globale) et de + 5,9 % pour l’Afrique. Notons qu'il n'y a pas eu d'évolution des projections publiées pour l'Asie et à peine pour l'Europe.  

L’Afrique reste d’autre part le continent de quelques cas extrêmes en terme de fécondité : 7,6 enfants par femme au Niger (7,0 en 2013 !),  6,8 en Somalie, 6,2 au Burundi et 6,1 au Mali. Le cas du Nigéria, quoiqu’il ne représente pas un record de fécondité (5,7 quand même) est également très inquiétant compte tenu de son poids démographique (175 millions d’habitants aujourd’hui). Ce pays devrait atteindre 444 millions d’habitants en 2050 soit plus que les États-Unis d’aujourd’hui (et même 11 % de plus que les Etats-Unis de 2050) pour une surface dix fois plus petite.  

 

L’Asie est et restera le géant démographique.

L’Asie reste bien entendu le continent le plus peuplé (4,305 milliards d’habitants soit 60 % des terriens) et le sera encore en 2050 (5,284 milliards sur 9,731 soit 54 %). L’Inde, avec un taux de fécondité encore estimé à 2,4 devrait doubler la Chine et voir ses effectifs passer de 1,276 à 1,652 milliard (respectivement de 1,361 à 1,314 milliard pour la Chine qui devrait donc connaître une légère baisse de sa population (- 3,5 %)). En terme de densité de peuplement (6), le Bangladesh qui devrait voir augmenter ses effectifs de 40 % est et restera le pays record avec 1 402 habitants par kilomètre carré en 2050. Ainsi densément peuplée, la France métropolitaine compterait près de 780 millions d’habitants ! En Asie, seul le Timor-Est (mais avec un million d'habitants seulement) et l'Afghanistan (31 millions) connaissent des taux de fécondité supérieurs à 5 et donc comparables aux records africains. 

De son côté l’Amérique du Nord constituera le grand ensemble de pays très développés voyant se poursuivre la croissance de ses effectifs (448 millions d’habitants en 2050 pour l’ensemble Canada – Etats-Unis contre 352 aujourd’hui soit + 27 % Notons que dans toute l'Amérique, nord et sud confondus, les records de fécondité sont détenus par Haïti (3,5) et par... la Guyane française (3,4) !

Avec la Chine (- 3,5 % donc),  l’Europe (- 2 %) et le Japon (- 24 % !) constitueront les principales zones de décroissance démographique. Le Japon devrait ainsi établir un record de diminution mais il est vrai qu’il part d’une densité très élevée (337 habitants par kilomètre carré en 2013). En Europe, la baisse devrait particulièrement toucher l’Europe Orientale (qui passerait de 295 à 260 millions d’habitants soit – 12  %) et dans une moindre mesure l'Europe Méridionale (qui évoluerait de 153 à 146 millions d'habitants). La France métropolitaine devrait atteindre 72 millions d’habitants soit 8 millions de plus qu’aujourd’hui (+ 12,5 %). L'Océanie connait également de forts taux de croissance mais ils portent sur des effectifs relativement faibles.

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(1) numéro 503, septembre 2013, sous la direction de Gilles Pison.C'est de ce document que sont extraites la quasi totalité des données évoquées ici tableaux compris, quelques-unes proviennent cependant des statistiques publiées par l'ONU. 

(2) Selon l’étude de l’Ined, l’indice synthétique de fécondité mondial était de 2,7 en 2005 et 2007, de 2,6 en 2009 et de 2,5 en 2011 et 2013.

(3) Cette croissance annuelle de la population de 1,2 % résulte des différences entre un taux de natalité de 2,1 % et d’un taux de mortalité de 0,9 % pour les années 2005 et 2007 et d’un taux de natalité de 2,0 % associé à un taux de mortalité de 0,8 % pour 2009, 2011 et 2013.

(4) Pour des statistiques globales voir sur ce site la page : Les chiffres clefs de la population.

(5) En 2013 ces + 2,5 % de croissance en Afrique résultent  d’une natalité de 3,6 % et d’une mortalité de 1,1 % tandis qu’en 2005, les + 2,3 % de croissance annuelle résultaient d’une natalité de 3,8 % et d’une mortalité de 1,5 %. Le mouvement de transition démographique (baisse des deux taux) s’est quand même légèrement poursuivi mais la baisse de la mortalité a été supérieure à  celle de la natalité d’où la hausse de la croissance.

(6) La densité de peuplement n’est malheureusement pas indiquée dans les statistiques publiées par l’Ined, elle a donc été calculée par nos soins pour le Bangladesh. Rappel : la densité moyenne sur l'ensemble du globe (Antarctique non pris en compte) est aujourd'hui d'environ 52 personnes par kilomètre carré et de 116 en France métropolitaine.

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Published by Didier Barthès - dans Démographie
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