Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
18 septembre 2018 2 18 /09 /septembre /2018 12:16

Second volet de l'article de Denis Garnier, président de Démographie Responsable

 

SITUATIONS D’ÉQUILIBRE & DIFFÉRENTS TYPES D’ÉVOLUTION DE POPULATION

 

A l’occasion de la dernière Conférence climat (COP23), 15.000 scientifiques originaires de plus de 180 pays ont lancé un cri d’alarme sur l’état de la planète. Dans leur appel figuraient treize mesures dont la suivante : « déterminer sur le long terme une taille de population humaine soutenable et scientifiquement défendable ». Ce qui suit se veut un début de réponse.

1) On pourrait tout d’abord parvenir à une situation d’équilibre global si chaque pays, quelle que soit sa biocapacité, amenait son empreinte au niveau de la biocapacité moyenne de la planète (1,7 ha). Graphiquement, il s’agit d’un déplacement vertical de tous les pays, non pas vers la courbe verte d’autosuffisance comme on l’a vu pour la France, l’Italie et le Bangladesh, mais vers la ligne horizontale en pointillés représentant l’empreinte de 1,7 hectare. Cela permettrait de répartir de façon totalement égalitaire les ressources de la planète.

Le problème est que, comme on le sait, ces ressources sont très inégalement réparties et cela obligerait donc, entre autres, à des transferts continus de ressources agricoles sur des distances plus ou moins longues, ce qui est énergivore et donc anti-écologique. Ces déplacements auraient même probablement pour conséquence de fausser les calculs en créant de nouvelles sources d’émissions de CO2

 

Visuellement, cela conduirait à laisser déficitaires tous les pays « à droite » de la Terre, soit en ne les faisant pas assez descendre, soit carrément en les « remontant », ce déficit écologique cumulé étant comblé par les pays situés « à gauche » de la Terre. Finalement, la planète serait effectivement en équilibre, mais aucun des pays ne le serait avec lui-même.

Évidemment, cette option n’aurait pas d’impact direct sur l’effectif de population. Cependant, avec la croissance démographique prévue par l’ONU, le seuil de 1,7 hectare diminuerait inexorablement et il faudrait à terme se contenter d’une biocapacité de 1,1 hectare par personne comme on l’a vu. Bien que cette solution soit celle privilégiée par un certain nombre d’organisations écologistes pour lesquelles la « répartition stricte » est un credo, et qui ne veulent surtout pas entendre parler de démographie, il est clair qu’elle est excessive et non écologique.

 

2) a) Le cas suivant étudié considère que les pays débiteurs peuvent conserver leur empreinte individuelle, mais doivent (à terme) avoir moins d’habitants jusqu’à revenir à l’équilibre, et ce alors que les pays créditeurs peuvent avoir plus d’habitants jusqu’à utiliser toute leur biocapacité.

 

Graphiquement, il s’agit d’une simple translation horizontale vers la gauche pour les premiers et vers la droite pour les seconds. L’évaluation de la population soutenable de chaque pays se fait alors en divisant sa biocapacité globale par son empreinte individuelle. La population soutenable de la planète étant alors la somme des populations de chaque pays.

Le calcul donne une « Population SOUTENABLE 2a » de 4,8 milliards d’habitants au lieu des 7,2 de 2013, date des dernières statistiques du Global Footprint Network (il faut plusieurs années pour collecter les données, les analyser et les rendre publiques).

 

b) On peut évidemment objecter que puisque la majorité des pays doit baisser sa population, il n’est peut-être pas judicieux d’en laisser d’autres croître sous prétexte qu’ils ont de fortes ressources renouvelables.

Cela nous amène à un deuxième calcul où les pays débiteurs décroissent démographiquement mais où les pays créditeurs restent au même niveau de population (et donc à la même place sur le graphique). Cette option permet de n’utiliser que 76% de la biocapacité de la planète et donc de constituer une sorte de réserve. Elle pourrait donc être nommée « Population OPTIMALE 2b » (8) et s’élèverait à 3,6 milliards d’habitants.

 

 

3) a) L’inconvénient du calcul précédent est qu’on aboutit à des possibilités de modes de vie très différentes, très inégalitaires. Par exemple, la France se retrouverait avec une biocapacité individuelle potentielle de 2,9 ha et le Bangladesh de 0,4 ha comme vu plus haut. L’idée serait alors la suivante : permettre à tous les pays d’avoir la même empreinte et biocapacité individuelle. Il y a évidemment énormément de possibilités. On a choisi ici de « se caler » sur l’empreinte de 2,9 hectares, c’est-à-dire celle qui correspond au niveau de vie moyen actuel d’un terrien (et par ailleurs à la biocapacité individuelle de notre pays).

 

 

 

Graphiquement, il s’agit d’un regroupement de tous les pays (et donc aussi de la Terre) en un même point. En agissant donc à la fois sur l’empreinte individuelle et la démographie, la population soutenable de chaque pays serait alors égale au rapport entre sa biocapacité globale et ce nombre de 2,9. Notons au passage que cette option induit une baisse de la consommation (ou du niveau de vie) assez drastique de la part des pays occidentaux qui pour beaucoup ont une empreinte nettement supérieure à 2,9. Finalement, la population soutenable de la planète serait encore égale à la somme des populations de tous les pays. Le calcul donne ainsi une « Population SOUTENABLE 3a » de 4,4 milliards d’habitants.

 

b) Cependant, comme précédemment, il peut sembler préférable que les pays ayant une biocapacité supérieure à 2,9 restent au même niveau de population. Graphiquement, pour ce qui les concerne, cela conduirait à un déplacement strictement vertical. Dans ce dernier cas, la « Population OPTIMALE 3b », avec une utilisation de seulement 79% de la biocapacité de la planète, se monterait à 3 milliards d’habitants. Cette évaluation qui est la plus basse des quatre s’explique par le fait que l’on a choisi un niveau de vie « assez élevé ». Notons comme précédemment que le gain annuel de biocapacité permettrait, à terme, de récupérer les déficits accumulés lors des décennies précédentes. Signalons aussi que c’est cette dernière option qui aurait la préférence de l’association Démographie Responsable.

 

 

A partir des données du Global Footprint Network, l’écologie-statistique peut permettre de modéliser de multiples autres solutions. L’idée est simplement ici de montrer des exemples de calcul basés essentiellement sur le fait que chaque pays doit se mettre en adéquation avec sa biocapacité, c’est-à-dire avec ses ressources renouvelables propres par l’intermédiaire de la baisse de son empreinte et de la baisse éventuelle de sa population.

 

Pour résumer les résultats obtenus : si l’on veut être en équilibre, et en partant d’une population de 7,2 milliards d’habitants, il faudrait se retrouver (à un horizon plus ou moins lointain) entre 3 et 4,8 milliards d’humains, c’est-à-dire (en arrondissant) entre 40% et 70% de la population de 2013.

 

On remarquera aussi que les efforts demandés le seraient pour tous les pays, qu’ils soient situés au nord comme au sud. Dans les scénarios 2, les efforts ne porteraient que sur les effectifs de population alors que dans les scénarios 3, ils demanderaient une baisse importante du niveau de vie des pays du nord et une baisse significative des effectifs de certains pays du sud déjà surpeuplés, comme on le voit sur les exemples choisis du tableau ci-dessous.

 

c) Le choix de ces 2,9 ha permet de travailler sur un cas concret, mais il est évidemment arbitraire. Plus généralement l'évolution conjointe des populations soutenables et optimales du scénario 3 (c'est-à-dire avec une empreinte choisie/imposée et commune à tous les pays) peut être représentée sur un même graphique comme ci-dessous, ou sous forme de tableau (9). Il est alors intéressant de regarder cette évolution dans un intervalle compris entre la biocapacité individuelle moyenne de la planète (1,7 hectare) et l'empreinte individuelle moyenne de la planète (2,9 hectares). En effet, comme on l'a vu, sous la barre des 1,7 ha le niveau de vie est trop bas et au-dessus de 2,9 ha l'effort demandé devient très important.

 

Pour une empreinte de 1,7 hectares, on retombe sur les 7,4 milliards de la population soutenable 1, par contre le cas associé d'une population optimale de 4,1 milliards n'a pas été étudié, car clairement disproportionné pour les pays fortement créditeurs. Pour une empreinte de 2,9 hectares, on retrouve bien les 4,4 milliards de la population soutenable 3a et les 3,0 milliards de la population optimale 3b.

 

On remarquera que la différence entre l'effectif de population soutenable et optimale a tendance à se réduire quand l'empreinte choisie augmente. Cela provient du fait que lorsqu'on augmente l'empreinte disponible, les pays qui sont au-dessus de celle-ci peuvent avoir de moins en moins de population et l'optimisation est donc moins marquée. D'ailleurs au-delà d'une certaine valeur, les deux courbes finiraient par se superposer.

Enfin, pour être en équilibre écologique avec la planète, il faudrait être situé à l'intérieur de la zone hachurée.

 

 

CONCLUSION

 

A partir des données du Global Footprint Network, l’écologie-statistique peut donc permettre de modéliser un très grand nombre de scénarios. L'idée a été simplement ici de montrer des exemples de calcul basés essentiellement sur le fait que chaque pays doit se mettre en adéquation avec sa biocapacité, c’est-à-dire avec ses ressources renouvelables propres par l'intermédiaire de la baisse de son empreinte et/ou de la baisse de sa population.

Il est évident que si le choix de la stabilisation, puis ensuite de la réduction, de la population mondiale était décidé par la communauté internationale et les pays respectifs, et ce dans le cadre de COP dédiées à ce sujet, sa mise en œuvre mettrait un certain temps à se concrétiser.

Et ce à la fois parce que les effets des mesures démographiques courent sur plusieurs générations, mais aussi parce qu'il ne faudrait pas brûler les étapes et commettre l’erreur inverse de celle qui a été faite dans le passé : à une explosion démographique catastrophique, il ne faudrait pas substituer une baisse démographique trop brutale, aux conséquences économiques et sociales difficilement gérables.

Les couples doivent absolument pouvoir continuer à avoir un ou deux enfants mais il serait bon qu'ils n’aillent pas au-delà, car l’aventure humaine, malgré toutes ses erreurs accumulées, doit pouvoir se poursuivre le plus longtemps possible.

Denis Garnier 

Président de l’association Démographie Responsable

denis.garnier@neuf.fr

_________________________________________________________

 (1) Précisons que l’empreinte écologique et la biocapacité sont des indicateurs partiels de notre influence sur la planète. Ils laissent en effet de côté non seulement les ressources fossiles disponibles (puisque non-renouvelables à notre échelle de temps), de nombreux éléments du domaine du renouvelable (solaire, éolien,…) mais aussi la richesse de la faune et de la flore (biodiversité). Pour évaluer l’état de cette dernière, il existe d’ailleurs un autre indicateur : l’Indice Planète Vivante.

 (2) En fait on utilise l’hectare global (hag). En effet, la productivité des surfaces peut être fort différente (par exemple celle de la forêt amazonienne est bien supérieure à celle d’un désert). Les productivités de ces surfaces sont donc comparées à une productivité moyenne mondiale. Un système de pondération permet alors d’évaluer chaque surface en hectare global.

 (3) Le GFN et le WWF ont décidé de considérer que « Le Jour du dépassement de la France pour 2018 » tombait le 5 mai dernier. Il s’agit, de notre point de vue, d’une erreur d’interprétation. Lire à ce sujet l’article intitulé Retour sur le « Jour du dépassement » de la France.  

 (4) Les statistiques du GFN sont disponibles ici  et sur demande.

 (5) Où l’on voit d’ailleurs que c’est notre empreinte carbone qui nous « plombe ».

 (6) Habituellement, la densité de population d’un pays est calculée en nombres d’habitants par km² (hab/km²). Dans la présentation choisie ici, le calcul se fait en nombre d’habitants par hectares de surface bioproductive (hab/ha). En fait, ce sont « les inverses » des biocapacités (qui s’expriment en ha/hab) qui apparaissent sur l’axe des abscisses. Il revient à Cyril Meynierr  d’avoir eu l’idée de cette présentation.

 (7) On peut d’ailleurs considérer qu’avec une biocapacité individuelle inférieure à 1 hectare, il est fort difficile de vivre correctement. Or un tiers des pays du monde est dans ce cas. C’est la raison pour laquelle la généralisation de la solution de l’équilibre des pays à partir de leur seule biocapacité et sans réduction de la population ne sera pas valorisée.

(8) Ce qualificatif d’optimal peut évidemment interroger, puisqu'il ne s’agit évidemment pas de « la meilleure solution possible ». Disons que l’idée est ici de trouver une dénomination qui sous-entend qu’il s’agit d’une solution meilleure que la solution soutenable. Cela étant, le niveau de population que notre planète pourrait durablement supporter en laissant de la place aux autres espèces se situe probablement encore en-deçà des évaluations ici proposées.

(9) En effet, il peut être utile de disposer des valeurs exactes suivant l'empreinte choisie :

 

Liens vers le téléchargement des fichiers Excel où figurent les calculs

Population Soutenable & Optimale 2

Population Soutenable & Optimale 3

 

Lien vers la première partie de cet article

Partager cet article
Repost0
18 septembre 2018 2 18 /09 /septembre /2018 12:04

Un article de Denis Garnier, président de Démographie Responsable

(premier volet de l'article)

A l’occasion du Jour du dépassement qui intervient tous les ans un peu plus tôt et qui est prévu en cette année 2018 pour le 1er août, il peut paraître intéressant d’en rappeler l’origine, mais surtout d’étudier différentes manières d’en stopper l’inexorable avancée.

 

L’EMPREINTE ECOLOGIQUE

Il existe aujourd'hui un indicateur qui a l'avantage de faire une sorte de synthèse d’un grand nombre des impacts écologiques dus aux activités humaines : il s’agit de l’empreinte écologique, initiée par le Global Footprint Network (GFN) et popularisé en France par le WWF (1).

L’empreinte écologique individuelle est la surface nécessaire pour produire les ressources qu'un individu consomme et pour absorber les déchets qu'il génère.

Actuellement, au niveau mondial, nous utilisons en moyenne 2,9 hectares par personne (2). Le problème est que nous ne disposons que de 1,7 hectare, qui correspond à ce que la planète produit de façon renouvelable chaque année, ce qu'on appelle la biocapacité moyenne individuelle.

La question qui vient immédiatement à l'esprit est évidemment la suivante : comment est-il possible de consommer plus que ce qui est produit ?

Eh bien nous puisons tout simplement dans le capital de la Terre : par exemple nous émettons plus de CO2 que les océans et les forêts ne peuvent en absorber (l’empreinte carbone compte d’ailleurs pour plus de la moitié de l’empreinte globale) et sa concentration dans l’atmosphère participe au réchauffement, ou encore nous vidons les océans de leurs poissons, où même nous stérilisons des terres arables en les bétonnant...

Précisons une chose importante : l'empreinte globale d'un pays correspond à tout ce qui est consommé à l’intérieur du pays. On tient donc aussi compte de l’empreinte des produits importés et on enlève celle de ceux qui sont exportés.

Notons aussi que la biocapacité d’un pays peut évoluer à la hausse via des mises en culture voire l’utilisation de fertilisants, mais aussi à la baisse via l’épuisement ou l’artificialisation des sols. Au final, il faut savoir que la biocapacité des pays (et donc de la planète) n’augmente que fort peu avec le temps. 

On peut tout d’abord comparer l’empreinte moyenne individuelle (et son alter ego la biocapacité) de notre pays et celle de la planète, ou plus précisément celle d’un français et celle d’un terrien.

 

On remarque tout de suite que la France est « au-dessus » pour les deux indicateurs : par tête, nous consommons plus que la moyenne, mais notre pays produit plus de ressources renouvelables par individu que la moyenne de la planète, et ce en partie grâce à notre situation géographique privilégiée. Notons aussi que le fait que la biocapacité de la France et l’empreinte de la planète soient toutes deux égales à 2,9 est un pur hasard.

 

LES RATIOS

Il se trouve que l’on peut tirer un grand parti de ces quatre nombres en les comparant entre eux de différentes manières et comprendre ainsi l’origine de toute une série d’informations qui sont souvent relayées par les médias.

Pour la France :

- La France a besoin de 1,8 fois sa superficie pour faire vivre ses habitants en effet  : E(F) / E(B)  = 1,8

- Si tout le monde vivait comme les français, il faudrait 3 planètes En effet : E(F) / B(P) = 3

- Le 27 juillet (208ème jour de l’année) sera le « Jour du dépassement » de la France (3) en 2018 en effet : ( B(F) / E(F) ) x 365 = 208

Pour la planète :

- L’humanité « utilise » 1,7 planète : en effet B(P) / E(P) = 1,7 

- Le 1er août (213ème jour de l’année) sera le Jour du dépassement de la planète en 2018 :

  ( B(P) / E(P) ) x 365 = 213

Plus généralement, grâce au Global Footprint Network, nous disposons (4) dans le détail des statistiques d’empreinte et de biocapacité pour tous les pays du monde et en particulier pour la France (5). Comme on va le voir, toutes ces données permettent de produire des analyses assez poussées.

 

QUELS SONT LES PAYS « LES PLUS POLLUEURS » ?

Il y a deux principales façons de s’intéresser à cette question, soit au niveau global, soit au niveau individuel.

Au niveau global, on peut regarder ce que chaque pays prélève dans le capital de la planète au-delà de ce qu’il génère lui-même de façon renouvelable.

Il se trouve que la différence entre les 4 pays les plus déficitaires et les autres est telle que, pour des raisons d’échelle, on est obligé de recourir à deux diagrammes.

 

Même si c’est pour des raisons différentes, on notera néanmoins que les trois pays les plus peuplés de la planète, Chine (1,4 milliard d’habitants), Inde (1,35 milliard) et USA (325 millions) sont en tête. Précisons que pour la Chine, il s’agit bien de son empreinte propre, déduction faite de l’impact écologique dû à la fabrication des nombreux produits qu’elle exporte.

 

Ensuite, on voit qu’avec sa douzième place, la France est assez mal placée, mais on remarquera que plusieurs pays européens la précèdent (Allemagne, Royaume-Uni et Italie) et on notera aussi que nous sommes encadrés d’assez près, en amont par 3 pays (Iran, Mexique et Arabie Saoudite) et en aval par deux autres (Turquie et Egypte) dont la responsabilité écologique est rarement évoquée...

Au niveau individuel, en divisant donc l’empreinte résiduelle globale des pays par le nombre de leurs habitants, on trouve en tête quelques micro-états économiquement très florissants (Luxembourg, Qatar, Koweït, Singapour et Bahreïn), suivis par notre voisine la Belgique avec sa forte densité de population (365 hab/km²). La France, quant à elle, se retrouve en 33ème position du fait de sa densité de population modérée (118 hab/km²) et donc de sa biocapacité par tête élevée, comme indiqué plus haut. En effet, comme nous le verrons plus loin, biocapacité individuelle et densité de population fonctionnement « en sens inverse ».

La différence entre cette 33ème place au niveau individuel et la 12ème place au niveau global provient du fait que la France est le vingtième pays le plus peuplé du monde : un déficit individuel « moyen » de 2,2 hectares finit par compter lorsqu’il est multiplié par un grand nombre d’individus (64 millions en 2013).

 

COMPARAISON ENTRE PAYS

Il est évidemment possible de comparer séparément chacun des pays avec la planète, mais il est encore plus intéressant de les comparer tous entre eux en les faisant apparaitre sur un même graphique. Sur celui qui suit, on a choisi de représenter sur l’axe vertical les empreintes individuelles et, sur l’axe horizontal, les densités de population par surface bioproductives (6). Sont tracées aussi la courbe correspondant à l’autosuffisance (ou équilibre écologique) et celles de l’utilisation de ressource équivalentes à plusieurs fois le pays (2, 3, 4 et plus).

 

Avec des empreintes supérieures à la moyenne mondiale (2,9 ha), on trouve par exemple la France (avec son ratio de 1,8 fois sa superficie) près de la courbe de l’utilisation de « deux pays », ainsi que l’Allemagne qui utilise deux fois et demi sa superficie, puis le Royaume-Uni et l’Italie qui utilisent quatre fois leur territoire.

Avec des empreintes inférieures à la moyenne mondiale, on remarque que le Nigeria a déjà presque besoin de deux fois sa superficie, que le Bangladesh, le Burundi et Haïti sont à deux, que l’Inde est un peu au-dessus, quant à l’Algérie et l’Egypte c’est carrément quatre fois leur superficie dont elles ont besoin.

A gauche et « sous » la courbe verte d’autosuffisance on remarque la présence du Canada, de la Russie et du Brésil qui ont donc une biocapacité supérieure à leur empreinte, ce qui est évidemment positif. Par contre, pour les deux premiers pays cités, l’empreinte est très largement supérieure à l’empreinte moyenne de la planète et ils doivent impérativement faire un gros effort pour la réduire.

Les seuls pays totalement « vertueux » sur le plan écologique, à la fois pour eux-mêmes et pour la planète, se situent dans la partie verte (on peut citer par exemple le Congo et Madagascar).

On remarque enfin la place assez « à droite » de l’Inde et du Bangladesh, avec des densités de population par surface bioproductive autour de 2,5 hab/ha, qui n’est qu’une conséquence de leurs très fortes densités de population réelles (respectivement 400 et 1.100 hab/km²). Idem pour le Burundi et Haïti.

 

LE RETOUR A L’ÉQUILIBRE

L’intérêt de ce graphique est qu’il permet aussi de voir comment chacun des pays pourrait revenir à l’équilibre, c’est-à-dire rejoindre la courbe verte.

1) Prenons l’exemple de la France.

 

Il y a trois grands types de solutions : à l’intérieur de la surface verte et dans la direction des flèches obliques rouges, vers le haut ou vers le bas.

a) On peut expliciter les deux solutions extrêmes de la surface :

Sans agir sur la population, la flèche verticale vers le bas fait passer l’empreinte individuelle de 5,1 à 2,9 hectares, ce qui semble possible à moyen terme en réduisant drastiquement l’empreinte carbone (5), mais correspondra inévitablement à une économie décroissante et donc à une baisse significative de notre niveau de vie,

Sans agir sur l’empreinte, la flèche horizontale vers la gauche fait baisser la densité de population et donc la population elle-même de 64 à 36 millions, ce qui serait aussi possible, mais sur un terme encore plus long.

Evidemment, toute solution intermédiaire comprise dans la surface verte, et incluant à la fois la baisse de l’empreinte et la baisse de la population est envisageable et sans doute préférable.

b) La flèche extérieure rouge inclinée vers le haut correspond à une baisse encore plus importante de la population pour permettre une biocapacité individuelle et un niveau de vie encore supérieur.

c) La flèche extérieure rouge inclinée vers le bas correspond à une densité de population encore plus forte et donc à une biocapacité par habitant encore plus faible. Notons qu’actuellement, c’est malheureusement ce dernier scénario qui est en cours…

2) On peut ensuite prendre l’exemple de deux autres pays, un en Europe (l’Italie) et l’autre en Asie (le Bangladesh).

 

Dans le cas de l’Italie, la seule baisse de l’empreinte serait très importante (de 4,5 à 1,1 ha) et d’un autre côté, du fait de sa position sur la quatrième trajectoire, la solution concernant la seule baisse de la population amènerait à une division par quatre de celle-ci (de 60 à 15 millions).

Pour le Bangladesh, verticalement on aboutirait à une empreinte de 0,37 ha c’est-à-dire à un « niveau de vie » potentiellement huit fois plus faible que celui d’une France en équilibre écologique (7). Horizontalement, la baisse de la population ferait passer le Bangladesh de 160 à 90 millions et même ainsi avec un « niveau de vie » finalement quatre fois plus faible que le nôtre (0,75 vs 2,9 ha). Ces résultats peu encourageants proviennent du fait que le Bangladesh a laissé filer sa démographie et atteint un tel niveau de surpopulation que toute solution sera très difficile à trouver. Ceci étant, au vu du caractère extrême de la situation de ce type de pays, il serait souhaitable de sortir de l’aire colorée avec une solution du type flèche vers le haut (comme on le verra plus loin).

 

LES PROJECTIONS DE L’ONU

Tous les deux ans, l’ONU publie ses projections de population pour le milieu et la fin du siècle. L’été dernier celles-ci indiquaient 9,8 milliards d’humains pour 2050 et 11,2 milliards pour 2100.

En tenant compte du fait que la biocapacité totale de la planète était de 12,2 milliards d’hectares en 2013 et qu’à cette date nous étions 7,2 milliards, la biocapacité moyenne disponible se situait donc (comme on l’a vu) aux alentours de 1,7 hectare par personne, ce qui correspond à l’empreinte individuelle du Viêt Nam. Pour être en équilibre à cette date et en imaginant une affectation égalitaire des ressources pour tous les individus de la planète, il aurait donc fallu que nous ayons un niveau de vie comparable à celui du Viêtnam.

Pour 2050, et en faisant l’hypothèse que la biocapacité de la planète n’évolue pas, avec les 9,8 milliards d’humains annoncés, il ne nous resterait qu’une biocapacité de 1,25 hectare par personne, soit la possibilité du niveau de vie de la Tanzanie actuelle.

Enfin pour 2100, le calcul donne une biocapacité disponible de 1,1 hectare correspondant au niveau de vie du Sénégal d’aujourd’hui.

Au vu de ces quelques éléments, on voit bien que la poursuite de la croissance démographique mondiale conduirait à une baisse continue et surtout drastique du niveau de vie des pays du nord et empêcherait aussi toute hausse du niveau de vie de nombreux pays du sud.

Lien vers la suite de l'article (volet 2)

 

Partager cet article
Repost0
10 avril 2018 2 10 /04 /avril /2018 18:44

Par Michel Garenne

La question de la limitation des naissances, indispensable pour conserver les équilibres écologiques, est sujette à débats depuis l’essor de la philosophie des Lumières (XVIIIème siècle) et les écrits de Thomas Malthus (1766-1834). Cette réflexion est une réponse à l’explosion de la population humaine depuis 1750, due aux innovations médicales, aux progrès techniques et au développement économique, qui a bouleversé tous les équilibres écologiques précédents. De nombreux ouvrages ont traité de ces questions. Cette note remet au goût du jour les principaux arguments avancés en faveur de la maîtrise de la fécondité, la fameuse ''transition démographique'' qui doit, à terme, permettre de rétablir les équilibres démographiques et écologiques au niveau mondial, suite aux déséquilibres créés par l’extraordinaire baisse de la mortalité qui perdure depuis deux ou trois siècles.

1) Droits de la femme et du couple (niveau individuel)

Hormis les femmes stériles, cas qui reste rare (2 % des femmes), pratiquement toutes les femmes ont besoin à un moment ou un autre de leur vie génésique de contrôler leur fécondité : pour éviter une naissance avant le premier mariage, pour éviter une naissance au cours des périodes hors mariage (veuvage, divorce, séparation), pour éviter une naissance lors de périodes difficiles (problèmes de santé, difficultés économiques, situations sociologiques ou psychologiques pénibles, etc.), pour espacer les naissances, et enfin pour limiter le nombre de naissances lorsqu’il excède le nombre désiré ou les capacités de la famille. Les femmes et les hommes souhaitent aussi profiter pleinement de leur sexualité sans craindre une grossesse non-désirée.

En conséquence, femmes et hommes ont droit à une information précise sur le sujet et à un accès sans restriction aux diverses méthodes de contraception et de contrôle des naissances. Et lorsque les couples ont accès à cette connaissance et à ces méthodes, l’expérience montre qu’ils les utilisent à bon escient, et que, à terme, ils adoptent une solution qui conduit à une stabilisation de la population, la norme étant la famille de deux enfants (avec de nombreuses variantes). Cette évolution s’est produite dans les pays européens au XIXème siècle, et dans la majorité des pays du Tiers Monde depuis 1950, à l’exception de certains pays africains encore en retard dans le processus en 2018.

2) Équilibres écologiques (niveau collectif)

De nombreux équilibres écologiques dépendent de la taille de la population du fait du caractère limité de tous les environnements physiques nécessaires à la vie sur terre (eau, air, terre habitable, terre arable, etc.), et des nombreuses interactions entre environnement physique et espèces végétales et animales.

 

- Équilibre population humaine / ressources hydriques : la première limitation à la vie sur terre (animale ou végétale) est l’eau douce. Lorsque la population explose, l’accès à l’eau devient un enjeu majeur, une source de conflits et de violence, et dans les cas extrêmes de disparition des populations (Sahara, Mésopotamie). Certes des innovations récentes, telles que le dessalage de l’eau de mer ou le recyclage des eaux usées, pourraient permettre d’alléger cette contrainte, mais là encore avec des limites physiques importantes et des coûts financiers considérables.

 

- Équilibres population humaine / terres arables : la seconde limitation est celle des terres arables, qui déterminent la production agricole (agriculture, élevage) et donc la nourriture (c’est l’argument central de Malthus). Notons que l’extension de l’agriculture s’est faite au détriment de la faune sauvage, que pratiquement toutes les terres arables sont déjà cultivées, et que plus les zones urbaines et industrielles s’étendent, plus les terres arables se réduisent. Jusqu’ici l’augmentation du ratio d’habitants par surface de terre arable a été compensée par l’augmentation des rendements agricoles, mais ceux-ci ont aussi leurs limites, ainsi que de nombreuses externalités négatives (appauvrissement des sols, pollution des sols, transformations des environnements nécessaires à certaines espèces sauvages, etc.).

 

- Équilibres populations humaines et populations animales : cet équilibre est en général bénéfique aux deux espèces. Lorsque les populations humaines sont trop denses, les populations animales disparaissent : d’abord les grands prédateurs (loups, ours, lions, etc.), puis les mammifères sauvages, et à terme de nombreuses autres espèces (insectes, oiseaux). En Afrique, cet équilibre avait été très bien préservé depuis quelques 100.000 ans que les êtres humains (homo sapiens) occupent le continent, mais il disparaît très rapidement depuis un siècle du fait de la pression démographique, et devrait être en grande partie détruit au cours du 21ème siècle si les tendances actuelles continuent. Notons que maintenant la présence de la faune sauvage est à nouveau considérée comme souhaitable, après avoir été honnie pendant des siècles en Europe.

- Équilibres populations humaines et environnement végétal : de nombreux environnements occupés par la flore, en particulier les forêts, sont fondamentaux pour la production d’oxygène et l’absorption du gaz carbonique, un des principaux gaz à effet de serre. De même les zones humides (marais, mangroves) sont nécessaires à de nombreuses espèces animales (oiseaux, batraciens, insectes, etc.).

 

- Populations humaines et émissions de gaz à effet de serre : de nombreuses activités humaines produisent des gaz à effet de serre, qui causent un réchauffement climatique susceptible de menacer la survie de nombreuses espèces et même de causer une augmentation du niveau des mers. Ces émissions proviennent des productions industrielles, de la production d’énergie (chauffage, électricité), des transports (air, route), etc. Toutes sont fonction de la taille de la population et du niveau de développement économique. Elles pourraient avoir pour conséquence la fonte du permafrost, qui produirait de gigantesques émissions de méthane, autre puissant gaz à effet de serre, ce qui renforcerait le phénomène.

 

- Populations humaines et pollutions : les divers progrès techniques qui ont révolutionné l’agriculture et la production de biens et services ont souvent des conséquences négatives : pollutions diverses, poisons de toute nature, qui peuvent affecter de nombreuses espèces animales (oiseaux, abeilles, insectes), et végétales, y compris l’espèce humaine. Ces pollutions sont d’autant plus importantes que la taille de la population humaine est grande et que le progrès technique est avancé (nucléaire, produits chimiques, insecticides, etc.). Certaines de ces pollutions, comme les perturbateurs endocriniens, affectent même directement le métabolisme du corps humain.

 

- Populations humaines et épuisement des ressources fossiles : l’augmentation de la population ainsi que la mise au point de nouvelles techniques d’exploitation conduisent à l’épuisement des ressources fossiles (non renouvelables): eaux fossiles en zone aride, hydrocarbures, métaux rares, etc.

 

- Populations humaines et surexploitation des ressources renouvelables : la surpopulation conduit aussi à la surexploitation de certaines ressources renouvelables, comme la surpêche dans les océans. Une synthèse récente de travaux scientifiques du monde entier a mis en évidences les énormes changements qui se sont produit entre 1960 et 2015, période au cours de laquelle la population mondiale est passée de 3,0 à 7,3 milliards d’habitants : augmentation considérable de la température du globe et de la concentration en dioxyde de carbone (CO2) ; apparition de zones mortes dans les océans et de gigantesques poubelles de plastique ; baisse de la quantité d’eaux fraîches disponibles, baisse des prises de poissons de mer, réduction drastique des forêts et de la biodiversité, et disparition de nombreuses espèces de vertébrés.

3) Conséquences sociales et épidémiologiques

La forte croissance démographique a toujours pour conséquence la surpopulation en terme de densité relative, par rapport à la surface habitable ou à la surface arable. En plus des conséquences sur l’environnement physique et sur les populations animales et végétales, les conséquences sont aussi sociales. Les sociétés en surpopulation deviennent agressives, et provoquent des conflits (pour l’eau, la terre, les ressources naturelles), voire des guerres et même des génocides (comme celui des amérindiens). Ces situations induisent aussi des migrations de détresse, aux nombreuses conséquences négatives.

Les fortes densités de population, les migrations et déplacements rapides (avion), et les contacts plus fréquents avec les populations animales favorisent aussi la diffusion de maladies infectieuses transmissibles (autrefois la peste, le choléra, la variole, la rougeole, la coqueluche, etc. maintenant la grippe, diverses formes d’entéro-pathogènes) et l’apparition de maladies émergentes (VIH/sida, Ebola, grippe aviaire, etc.). De plus, les transports rapides peuvent favoriser l’apparition d’espèces invasives qui peuvent détruire des équilibres écologiques antérieurs.

4) Interactions économiques

Rappelons au préalable qu’aucune société, aucun pays, n’a connu de développement économique important au cours des deux siècles précédents sans contrôler sa fécondité et la croissance de sa population. Et les seuls pays qui ne l’ont pas fait sont restés particulièrement en retard dans le processus du développement, essentiellement des pays africains.

Cependant, les relations entre économie et démographie sont plus complexes que celles qui lient population et environnement.

- Croissance économique vs croissance démographique : la première relation est simple : si le taux de croissance économique est « a » et le taux de croissance démographique est « b », le taux de croissance du revenu par tête est « r = a - b », et donc plus « b » est faible, plus « r » sera élevé.

- Pression de la population et salaires : lorsque la croissance démographique est forte, la main d’œuvre est abondante, et donc le taux de salaire est faible ; si au contraire la croissance démographique est faible (voire négative) on a l’effet inverse, c’est-à-dire une baisse de la demande d’emplois et une augmentation des salaires. On a observé ce phénomène au XIVème siècle en Europe suite à la baisse de population causée par la peste noire, et dans une certaine mesure on l’observe actuellement dans certains pays à croissance démographique négative (Japon).

- Pression de la population et coût de la vie : lorsque la population est importante, certains coûts incompressibles augmentent, en particulier le prix de la terre agricole, le prix des terrains à bâtir, le coût du logement, etc., grevant ainsi les budgets des ménages.

- Croissance démographique, emploi et promotion professionnelle : lorsque la population augmente vite, la pyramide des âges a une forte pente, ce qui limite les possibilités de première embauche, et par la suite de promotion professionnelle (trop de jeunes, pas assez d’emplois, pas assez de place au sommet de la hiérarchie).

Mais les économistes opposent souvent des contre-arguments, basés sur des observations ponctuelles ou plus générales :

- Les dynamiques démographiques peuvent avoir des effets positifs sur les dynamiques économiques, notamment en stimulant l’innovation, en incitant à adopter des techniques plus efficaces, en obligeant à améliorer la gestion, etc. Mais il faut tout de même remarquer que les nations qui ont le plus innové ces 50 dernières années sont celles qui ont le mieux contrôlé leur fécondité (Japon), alors que celles qui ne l’ont pas fait ont très peu innové (pays africains).

- Du point de vue des classes possédantes, des banquiers et des investisseurs, la croissance démographique permet d’abaisser le coût de la main d’œuvre, et donc d’augmenter le taux de profit et de stimuler les investissements. Dans ce cas, l’abondance de main d’œuvre peut même être vue comme une opportunité pour faire des profits (comme dans les pays asiatiques dans les années 1960 ou dans certains pays africains actuellement).

- Une forte croissance démographique, en changeant la structure par âge, peut avoir des effets favorables sur certains paramètres, comme par exemple sur les systèmes de retraite (plus de cotisants, moins de bénéficiaires). Ce défaut peut cependant être facilement corrigé en changeant l’âge à la retraite.

5) Dépenses publiques

Pour ce qui concerne le budget de l’Etat et les dépenses publiques, là encore les relations avec la croissance démographique sont complexes. De plus, il ne faut pas oublier que ces dépenses sont assurées par les impôts et taxes, et donc par la population elle-même. Plus la structure par âge est favorable à l’activité économique (plus d’adultes actifs, moins d’enfants et de personnes âgées) moins les charges pesant sur les travailleurs sont importantes, ce qu’on appelle souvent le ‘dividende démographique’.

En fait :

- Une forte croissance démographique oblige à une augmentation des dépenses publiques (investissements et fonctionnement) concernant les enfants : maternités, crèches, écoles, dispensaires, dépenses de santé. Cependant, une partie de ces dépenses est assurée par les familles.

Par contre :

- Une faible croissance démographique exige à terme plus de dépenses pour les personnes âgées (hôpitaux, maisons de retraite, dépenses de santé). Mais, à la différence des enfants, les personnes âgées ont des ressources financières propres (retraite, patrimoine, etc.).

Conclusions

En bref, la très grande majorité des arguments présentés ci-dessus vont dans le sens de la limitation des naissances : elle est au bénéfice de tous, espèce humaine comme espèces animales et végétales. Les rares contre-arguments économiques pèsent un poids bien faible en comparaison. Ainsi donc, toutes les politiques publiques et les efforts privés qui vont dans le sens de la maîtrise de la fécondité auront des conséquences positives sur les équilibres population et environnement, ainsi que sur les dimensions sociales et psychologiques: bonheur, prospérité, paix et sécurité. En corollaire, l’absence ou la faiblesse actuelle des politiques de planification des naissances dans certains pays africains, apparaît comme particulièrement irresponsable, car ignorant les nombreuses conséquences à long terme.

 

Michel GarenneDémographe

Institut de Recherche pour le Développement

Fondation FERDI ; Institut Pasteur ; Université du Witwatersrand 

Mise à jour le 31/03/2018

Ce texte a été préalablement publié sur le site de l'association Démographie Responsable.

_________________________________________________________________________________ 

Pour en savoir plus :

Ehrlich P. (1968). The Population Bomb. New York: Ballantine Books.

Ehrlich PR, Ehrlich AH. (2009). The Population Bomb Revisited. The Electronic Journal of Sustainable Development; 1(3).

Malthus TR. (1807). An Essay on the Principle of Population, or a View of Its Past and Present Effects on Human Happiness, with An Enquiry into Our Prospects Respecting the Future Removal or Mitigation of the Evils Which It Occasions. (Fourth edition), London: J. Johnson.

Union of Concerned Scientists. (1993). World Scientists’ Warning to Humanity. Cambridge, MA: Union of Concerned Scientists.

National Academy of Sciences USA. (1993). A Joint Statement by Fifty-eight of the World’s Scientific Academies. Population Summit of the World’s Scientific Academies. New Delhi, India: National Academy Press.

15,364 scientists signatories from 184 countries. (2017). World Scientists’ Warning to Humanity : A Second Notice. Bioscience

Partager cet article
Repost0
2 mars 2018 5 02 /03 /mars /2018 17:04

Par Anne-Marie Teysseire

Parmi les commentaires anti-malthusiens, il est une réaction récurrente qui étonne toujours par sa violence. Elle se présente sous deux formes, la première directe et épidermique « Vous voulez réduire la population mondiale ? Commencez donc par vous suicider ! » et se rencontre très souvent  dans les salons, sur les forums... La seconde plus subtilement agressive : « Surpopulation ? Alors on commence par (éliminer) qui ? » a été employée par des politiques ou des scientifiques comme Y. Jadot  ou J-L. Etienne par exemple...

L'idée de réduction nécessaire de notre natalité est donc ici associée à un fantasme de mort violente, de meurtre (comme aux plus beaux jours de la lutte contre la contraception et l'avortement), et ce n'est pas étonnant qu'il soit concomitant de celui d'un complot des élites pour une élimination massive des terriens, complot attribué à Bill Gates ou à un quelconque Nouvel Ordre Mondial.             .

Pourquoi ce thème réveille-t-il de telles terreurs, pourquoi semble-t-il attaquer à ce point  la légitimité de l'existence de nos interlocuteurs, pour qu'ils nous agressent aussi violemment ? Il est vrai que la seconde forme emprunte à la facile tactique de la condamnation à priori des questionneurs, comme D. Barthès l'a indiqué  très justement  dans un article et que le sujet de la natalité est sensible, intime...  Cependant tout cela  me semble s'apparenter aussi à une réaction désespérée de déni.

On peut en effet penser que l'humain a perdu au fil des siècles beaucoup d'illusions sur sa toute puissance : Dieu (quoique depuis deux décennies…) et les espérances du Grand Soir l'ont quitté, la «découverte» de l'Inconscient lui a ôté la certitude de  maîtriser son destin et enfin sa planète ne s'avère plus infinie ni sa corne d'abondance éternelle.

Pour refuser la régulation de sa descendance, dernier espace de liberté, de toute puissance imaginaire - et dernier espoir de se multiplier à l'infini pour éviter de se confronter individuellement à sa misérable finitude - il cherche des échappatoires: retournement des jumelles pour ne voir que des initiatives locales, transhumanisme, colonisation de Mars... voire certitude que la catastrophe qui arrivera à coup sûr, l'épargnera lui et les siens, lui permettant ainsi de retrouver l'infini de la planète, de ses ressources et la possibilité  de se reproduire à nouveau sans frein (cf. les mouvements survivalistes et collapsologues).

Notre Ubris (ou Hybris)  semble avoir trouvé un dernier refuge dans ce déni de la surpopulation. D'où peut-être ces réactions agressives et irrationnelles face à une réalité effrayante...

Avec cette ultime illusion perdue, le roi est vraiment nu et l’homme bien seul face à la mort. La sienne et celle, toujours possible de son espèce.

Anne-Marie Teysseire est militante de l'association Démographie Responsable

Cet article a été préalablement publié sur le site Biosphère

Partager cet article
Repost0
1 janvier 2018 1 01 /01 /janvier /2018 07:44

Estimation de la population mondiale au 1er janvier 2018 

selon différents compteurs, données en millions d'habitants et en début d'année

Sources                                          2017              2018               Progression

                                                                                                                    en nombre          en %

Countrymeters                                7 487             7 577          +   90   soit  + 1,2 %

INED                                               7 475             7 558          +   83   soit  + 1,1 %

US Census Bureau                         7 362             7 444          +   82   soit  + 1,1 %

Poodwaddle                                    7 474             7 558          +   84   soit  + 1,1 %

Population mondiale.com                7 439             7 524          +   85   soit  + 1,1 %

Ria Novosti - Sputnik                       7 549             7 656          + 107   soit  + 1,4 %

Terriens.com                                   7 362              7 437          +  75   soit   + 1,0 %

Worldometers                                  7 475             7 592          + 117   soit  + 1,6 %

World Population Balance               7 386             7 460          +   74   soit  + 1,0 %

_______________________________________________________________________________

Total :                                             7 445              7 534         +  89  soit   + 1,2 % 

_______________________________________________________________________________

Comme cela était attendu, l'année 2017 aura vu l'humanité franchir le seuil des 7,5 milliards de représentants. La croissance reste stable avec un rythme annuel de + 1,2 %

La planète gagne environ 89 millions d'habitants par an (150 millions de naissances moins 61 millions de décès) ce qui correspond  à 244 000 personnes de plus par jour, solde de 410 000 naissances moins 166 000 décès.

L'année a aussi été marquée en juin par la publication des nouvelles projections de l'ONU ainsi, comme tous les deux ans, que par la l'édition en septembre de  l'étude "Tous les pays du monde" reprenant les statistiques  mondiales et les projections pour 2050 de  l'INED via la revue Population & Sociétés sous la direction de Gilles Pison (1).

Ces deux institutions confirment évidemment les estimations proposées par les compteurs cités plus haut. Elles valident également les récentes tendances au rehaussement régulier des projections démographiques ainsi que l'arrêt de la baisse de la fécondité mondiale (stabilisée à 2,5 enfants par femme).   Nous serons environ 9,8 milliards en 2050 et 11,2 milliards en 2100 selon les projections moyennes (2).

L'Afrique est plus que jamais le continent où se produira l'essentiel de la croissance démographique de ce siècle. La transition démographique tarde à s'y manifester. L'Afrique subsaharienne concentre presque tous les records de fécondité et l'Afrique du Nord, elle-même, connait des hausses de fécondité (l'ensemble de l'Afrique septentrionale est à 3,3 enfants par femme selon l'INED).

Ci-dessous, graphique des projections de l'ONU pour 2100. Notez que les courbes des fourchettes hautes et basses sont établies respectivement à partir d'une élévation ou d'une diminution de la fécondité de 0,5 enfant par femme par rapport à la fécondité retenue pour la projection moyenne (elle-même basée sur une anticipation de fécondité sensiblement déclinante partant donc de 2,5 enfants par femme aujourd'hui pour atteindre deux enfants en moyenne mondiale en fin de période).

 

Concernant les deux géants démographiques asiatiques que sont l'Inde (1,352 milliards d'habitants) et la Chine (1,387 milliards), notons une stabilité de la fécondité en Inde (2,3 enfants par femme) et une légère remontée en Chine (passant de 1,7 à 1,8 par rapport à l'étude précédente). La Chine entame sa seconde année "post politique de l'enfant unique", il est encore un peu tôt pour tirer des conclusions durables quant à l'effet de la fin de cette politique. Quoi qu'il en soit, très bientôt les 35 millions d'habitants qui  séparent les deux pays seront "comblés" et l'Inde deviendra effectivement la nation la plus peuplée au monde.

Enfin, le 13 novembre dernier, dans la revue américaine BioScience  plus de 15 000 scientifiques du monde entier signaient une "Alerte solennelle sur l'Etat de la planète" et proposaient un ensemble de 13 mesures parmi lesquelles deux faisaient directement référence à la démographie. 

Ainsi la huitième (h) : "Réduire encore le taux de fécondité en faisant en sorte qu'hommes et femmes aient accès à l'éducation et à des services de planning familial, particulièrement dans les régions où ces services manquent encore."

Mais aussi la treizième (m) : "Déterminer à long terme une taille de population humaine soutenable et scientifiquement défendable tout en s'assurant le soutien des pays et des responsables mondiaux pour atteindre cet objectif vital."

Cet appel a été largement repris en France notamment par le journal Le Monde qui en faisait sa une le lendemain et, dans les jours suivants, plusieurs médias, papiers où audiovisuels, proposèrent des articles, des émissions ou organisèrent des débats sur ce thème.

En ce qui concerne la France, l'estimation de l'INSEE pour le 1er janvier 2017 était de 64 860 000 habitants sur le seul territoire métropolitain et de 66 991 000 habitants avec les DOM-TOM. Les estimations pour le 1er janvier 2018 seront prochainement publiées mais on peut sans doute tabler sur une évolution d'environ + 0,5 %  conduisant notre pays à dépasser les 65 millions en métropole et les 67 millions dans son ensemble.

________________________________________________________________________________

(1) Les  données de l'INED proviennent essentiellement de la World Population Data Sheet publiée par le Population Reference Bureau

(2) Les projections moyennes pour 2050 selon l'Onu se situaient à 9,1 milliards en 2009, à 9,3 milliards en 2011, à 9,6 milliards en 2013, à 9,7 milliards en 2015 et enfin donc à 9,8 milliards en 2017. Les estimations de l'INED étaient très proches et ont évolué dans le même sens. Pour 2100 l'ONU prévoyait 10,1 milliards d'habitants en 2011, elle en envisage  donc maintenant 11,2.

(3) Le compte établi en 2017 faisait état de 7,440 milliards, trois compteurs ayant disparu depuis, seuls sont retenus dans l'article ci-dessus ceux qui sont disponibles à la fois au 1er janvier 2017 et au 1er janvier 2018, ce qui explique le léger décalage pour l'année 2017, sur les compteurs encore existants, la moyenne pour le premier janvier 2017 est bien de 7,445 milliards.

Vous pouvez retrouver la série d'articles de ce site consacrés à nos effectifs en début d'année :  

La population mondiale au 1er janvier :

 

2009 (6,759 milliards), 2010 (6,838 milliards), 2011 (6,914 milliards),

2012 (7,003 milliards), 2013 (7,082 milliards), 2014 (7,162 milliards),

2015 (7,260 milliards), 2016 (7,358 milliards), 2017 (7,440 milliards),

2018 (7,534 milliards), 2019 (7,637 milliards). 2020 (7,703 milliards),

2021 (7,800 milliards).

 

 

 

Partager cet article
Repost0
22 septembre 2017 5 22 /09 /septembre /2017 16:44

Après l’ONU qui a publié fin juin ses nouvelles estimations de l’évolution de la population mondiale, c’est désormais au tour de l’INED, via la revue Population & Sociétés, de nous proposer un panorama de la démographie planétaire ainsi que ses projections pour 2050.

Editée tous les deux ans sous la direction de Gilles Pison (1), cette étude permet d’établir un suivi démographique régulier : effectifs, densité, fécondité, mortalité, espérance de vie, revenus...  L'ONU et l'INED parviennent évidemment à des résultats très semblables, les bases (notamment la World Population Data Sheet, réalisée par le Population Reference Bureau) étant largement communes.

Voici les principales données, les estimations sont fournies pour la mi-année 2017. Sources : document cité ci-dessus et versions précédentes

 

Evolution de la population mondiale par continent (en millions)

                                 2005        2007      2009         2011      2013       2015     2017

Afrique                      906            944       999       1 051       1 101     1 171     1 250

Amérique                  888           904        920          942          958        987     1 005

Asie                        3 921        4 010     4 117       4 216      4 305     4 397      4 494

Europe                      730           733        738          740         740        742         745

Océanie                      33             34          36            37           38          40           42

Total Monde          6 477        6 625     6 810       6 987     7 143     7 336      7 536

 

  Evolution de la population et taux de croissance annuel 

    De 2005 à 2007  + 148 millions hab.   soit par an  +  74 ou  + 1,1 %

    De 2007 à 2009  + 185 millions hab.   soit par an  +  92 ou  + 1,5 %

    De 2009 à 2011  + 177 millions hab.   soit par an  +  88 ou  + 1,3 %

    De 2011 à 2013  + 156 millions hab.   soit par an  +  78 ou  + 1,1 %

    De 2013 à 2015  + 193 millions hab.   soit par an  +  96 ou  + 1,4 % (2)

    De 2015 à 2017  + 200 millions hab.   soit par an + 100 ou  + 1,4 % (2)

 

                                Evolution des taux de fécondité

 (Indice Synthétique de Fécondité, isf : nombre d'enfants par femme au cours de sa vie)

                              2005        2007       2009      2011     2013      2015    2017

Afrique                     5,1           5,0         4,8        4,7         4,8        4,7       4,6

Amérique                 2,4           2,2         2,2        2,1         2,1        2,0       2,0

Asie                         2,5           2,4         2,3        2,2         2,2         2,2       2,2

Europe                    1,4           1,5         1,5        1,6         1,6         1,6       1,6

Océanie                  2,1           2,1         2,5        2,5         2,4         2,5        2,3

Total monde          2,7           2,7         2,6        2,5         2,5         2,5        2,5

 

Evolution des projections mondiales pour 2050

                       INED 2009 : 9,4 milliards,  ONU : 9,1 milliards

                       INED 2011 : 9,6 milliards,  ONU : 9,3 milliards

                       INED 2013 : 9,7 milliards,  ONU : 9,6 milliards

                       INED 2015 : 9,8 milliards,  ONU : 9,7 milliards

                       INED 2017 : 9,8 milliards,  ONU : 9,8  milliards

 

Evolution des projections pour  2050 par continent

                                                                 (Source : Ined , en millions)

                                         2009         2011       2013        2015       2017

Afrique                             1 994        2 300       2 435       2 471      2 574

Amérique                         1 205        1 216       1 228       1 221      1 227

Asie                                  5 461        5 284       5 284        5 324     5 245

Europe                                702           725          726           728        736

Océanie                                58             62            58             59          63

Total Monde                    9 421        9 587       9 731       9 804      9 846

 

Plus fortes évolutions attendues entre 2017 et 2050

                                 source : Word Population Data Sheet  (en  millions d'habitants) 

    Croissance :          Inde        : +  323     Tanzanie   :  +  95

                                  Nigéria   : +  220      Ethiopie    :  +  86

                                  RDC       : +  134      USA         :  +  71

                                  Pakistan : +  111      Egypte     :  +  70

    Décroissance        Chine     :  -    44      Japon       :  -   25

_________________________________________________________________________________

 

L'inertie des mécanismes démographiques confirme sans surprise, les tendances précédentes :

- La stabilité de la croissance démographique mondiale qui dépasse toujours assez largement 1 % (2).  Stabilité qui s'appuie sur un maintien depuis plusieurs années d'un taux de fécondité de 2,5 enfants par femme et sur une faible mortalité, partiellement expliquée, surtout en Afrique, par la jeunesse de la population mondiale. Malgré le cas de l'Europe et même malgré un commencement de vieillissement dans d'autres régions, la proportion de personnes de moins de 15 ans est stable à 26 % depuis 2013. En nombre, la croissance de la population mondiale a légèrement tendance à augmenter !

- La montée de l'Afrique comme futur géant et la lenteur de la transition démographique sur ce continent.

- L'émergence d'un "dividende démographique" (lié à la structure de la pyramide des âge maximisant la part active de la population et diminuant corrélativement celle des inactifs) dans certains pays du Sud. Cette phase,  forcément provisoire, est censée être favorable à l'économie. Nombreux sont les démographes et les économistes qui la voient avec optimisme et encouragent à saisir l'occasion pour favoriser le développement.

Principaux éléments par continent :

Afrique : Si l'Afrique poursuit son léger mouvement de baisse de la fécondité (4,6 enfants par femme en 2017, contre 4,7 en 2015 et 5 en 2009), cette tendance reste très faible et bien insuffisante pour assurer une rapide transition démographique. Globalement, le taux de croissance sur les deux dernières années est de 3,25 % par an (soit un rythme de doublement en 22 ans !). La  jeunesse de la population (41 % de la population y a moins de 15 ans) conduit à la présence d'un très grand nombre de personnes en âge ou s'apprêtant à atteindre l'âge d'avoir des enfants, promesse de nombreuses naissances dans les années futures, même en cas de tassement de la fécondité.

Avec 1,25 milliard d'habitants, le continent (qui en hébergeait à peine plus de 200 millions en 1950 et 800 millions en 2000) devrait dépasser 2,5 milliards  au milieu du siècle,  les estimations pour 2050 ayant même été revues à la hausse de plus de 100 millions en deux ans  (2,473 milliards étaient envisagées en 2015 et 2,574 milliards le sont en 2017). Pour 2100, les projections de l'Onu, - l'Ined ne publiant pas à cette échéance - prévoient 4,3 milliards d'habitants, soit à peu près la population actuelle de l'Asie pour une surface comparable.

L'Afrique continue de truster les records de fécondité avec 7,3 enfants par femme au Niger et  de 5,5 au Nigéria déjà fort de 191 millions d'habitants. Vingt pays, presque tous en Afrique intertropicale, atteignent ou dépassent 5 enfants par femme. Notons le poids démographique de plusieurs pays d'Afrique de l'Est comme la Tanzanie (57 millions d'habitants en 2017 mais 152 attendus pour 2050, alors qu'en 2015 on en attendait que 129 pour la même date). L'Ethiopie devrait également connaître une forte croissance. Sur les huit  pays dont on attend la plus forte  progression démographique (en nombre) d'ici 2050, cinq sont africains (Nigéria, RDC, Tanzanie, Ethiopie, Egypte). En taux de croissance ils sont évidemment largement en tête.

En Afrique du Nord depuis les "Révolutions Arabes", la tendance à "l'occidentalisation" des taux de fécondité s'est nettement interrompue. Globalement l'Afrique septentrionale qui connaissait une fécondité de 3,1 en 2007 se situe désormais  à 3,5. Avec 93 millions d'habitants - sur une surface utile proche de celle de la Belgique ! - L'Egypte est largement le pays africain le plus peuplé de la rive méditerranéenne, elle se situe au troisième rang du continent derrière le Nigéria et l'Ethiopie et devant la RDC.

Outre le maintien d'une forte fécondité et la jeunesse de la population (qui réduit mécaniquement la mortalité), l'une des des composantes majeures de la croissance démographique africaine est la forte progression  de l'espérance de vie.  Elle était, femmes et hommes confondus, de 53 ans en 2007, elle est passée à 62,5 ans en 2017. En 10 ans, et malgré les difficultés économiques ou politiques, l'espérance de vie y a donc pratiquement augmenté ... de 10 ans ! Dans le même temps, l'espérance de vie mondiale (Afrique comprise) s'est élevée de 4 ans (passant de 68 à 72 ans). Néanmoins la mortalité infantile reste assez forte au regard du reste du monde, elle atteint 92 pour mille en Sierra Léone (un record toutefois) contre 4 pour mille en Europe et 32 pour mille en moyenne mondiale.

L'Afrique est en fin le continent dont l'estimation de la population à la moitié du siècle a été le plus fortement relevée (elle avait donc été sous-estimée) depuis 2009 nous sommes passés d'une projection à moins de deux milliard à une projection à près de 2,6 milliards ! 

Asie : L'Asie reste le continent le plus peuplé (4,5 milliards). Elle devrait encore gagner 750 millions d’habitants d’ici 2050. Sa fécondité est stable à 2,2 enfants par femme.

L'Inde (1,353 milliards d’habitants et une fécondité à 2,3 enfants par femme) est maintenant presque au niveau de la Chine  (1,387 milliards). Elle est aussi le pays qui gagnera le plus d'habitants d'ici 2050 (323 millions). Pour sa part, la Chine par  avec une fécondité de 1,7 devrait connaître d’ici 2050 une stabilisation de sa population et même peut-être une très légère régression (- 44 millions attendus soit - 3 %). Le Japon devrait également voir une diminution sensible de ses effectifs perdant 25 millions d'habitants soit près de près de 20 % ! Mais ce pays supporte une très forte densité de peuplement : 335 habitants par kilomètre carré, la géographie montagneuse accentuant la concentration de l'habitat.

Quoique marginale sur le continent avec 269 millions d'habitants, l'Asie occidentale (essentiellement le Moyen Orient) connait encore une fécondité élevée : 2,8 enfants par femme, le Yémen atteint même 4,1 ! Les pays d'Asie centrale sont également très féconds  (isf à 2,8) mais avec peu d'habitants (71 millions) au regard de l'ensemble du continent.

En Asie du Sud, notons les très fortes fécondités de l'Afghanistan (isf de 5,3 pour 36 millions d'habitants) et du Pakistan (isf de 3,6 pour presque 200 millions d'habitants). Le Bangladesh malgré une densité record de 1 144 habitants au kilomètre carré (presque 10 fois la France, qui dans ces conditions hébergerait 630 millions d'habitants !), reste toujours au dessus du seuil de renouvellement avec 2,3 enfants par femme.  L'Indonésie qui compte déjà 264 millions d'habitants est à 2,4 enfants par femme.

Europe : Avec 745 millions d'habitants dont 511 pour l'Europe des 28, ce continent est le seul  qui  se trouve sur la voie de la stabilisation et même de la décroissance démographique. Il s'agit toutefois d'une estimation de l'évolution "naturelle" ne prenant pas en compte les phénomènes migratoires qui y sont importants du fait de sa forte attractivité et de sa proximité avec l'Afrique. 

Globalement l'indice de fécondité s'y établit à 1,6, : un peu plus en Europe septentrionale : 1,8 et  un peu moins Europe méridionale : 1,4 , là où l'on rencontre les taux les plus bas ( Grèce, Espagne et Italie sont à 1,3 et la Bosnie  à 1,2). La fécondité ne semble pas forcément être preuve de bonne santé puisque par ailleurs, l'Espagne et l'Italie (avec le Japon, également peu fécond d'ailleurs) sont parmi les pays profitant de la plus longue espérance de vie :  environ 83 ans !). Pour sa part, la France métropolitaine comptait à mi-juillet  65 millions d'habitants et devrait en héberger 7 de plus en 2050 (soit l'équivalent de la population moyenne actuelle de 10 départements qu'il faudra évidemment, loger, nourrir, employer et transporter !)

Amérique : Le continent américain qui franchit cette année le seuil du milliard d'habitants devrait encore gagner 220 millions de personnes d’ici 2050 pour atteindre atteindre 1,23 milliard.

Si l'indice de fécondité globale s'établit à 2,0 du fait des taux plus élevés de l'Amérique centrale (177 millions d'habitants et une fécondité à 2,3) et des Caraïbes (43 millions et 2,2), les Amériques Nord et Sud sont maintenant en dessous du seuil de renouvellement avec des taux de fécondité très proches, respectivement 1,8 et 1,9.

Quoiqu'encore en croissance du fait de la structure de la pyramide des âges, l'Amérique du Sud semble sur la voie de la maîtrise de ses effectifs. Des pays comme le Chili (indice de fécondité : 1,8 pour 18 millions d'habitants ) et le Brésil (1,6 pour 208 millions d'habitants) sont nettement en dessous du seuil de renouvellement des générations.  Exception notable dans ce paysage rassurant :  la Guyane française avec une fécondité record de tout le continent : 3,4 enfants par femme ! Les migrations et l'attractivité du territoire pour les naissances explique ce décalage.

Notons également que les Etats-Unis sont, et de loin, le grand pays développé qui connaitra la plus forte hausse de sa population d'ici 2050 : + 71 millions.

Océanie : La faible population océanienne (42 millions d'habitants) impacte évidemment très peu la démographie mondiale. L'Océanie connait de grandes disparités :une fécondité basse dans les pays occidentalisés :  1,8 en Australie, 1,9 en Nouvelle Zélande et avoisinant 4 aux îles Salomon, Marsahll ou aux Samoa occidentales (très peu peuplées toutefois). La variabilité des revenus (de 2 000 à plus de 45 000 € par an à parité de pouvoir d'achat)  est également très marquée et plus ou moins corrélée (négativement bien sûr) avec la fécondité.

_________________________________________________________________________________

(1) Gilles Pison : Population & Société: Tous les pays du monde 2017 . Ces documents peuvent être téléchargés depuis le site de l'INED.

(2) Ces estimations de croissance annuelle de + 1,4 % peuvent paraître élevées. Ailleurs, dans le même document (tableau 13, p.8) on parle plutôt de 1,2 %, ce qui est plus conforme à l'estimation généralement retenue d'une augmentation de la population mondiale légèrement supérieure à 80 millions chaque année. Gilles Pison met d'ailleurs en garde contre les incertitudes et les problèmes liés à des révisions de données plutôt qu'à des changements réels.

Ici, lien vers l'article concernant les précédentes projections de l'Ined (2015).

 

Partager cet article
Repost0
31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 10:04

Le 22 février dernier, c’est-à-dire à la veille de son ralliement à Benoît Hamon par lequel il confiait, pour la présidentielle, la problématique écologique au seul représentant du parti socialiste, Yannick Jadot, encore dans la course (au moins dans l'esprit des auditeurs), était l’invité d’une émission de la série Pandalive organisée par le WWF en vue d’interroger les candidats sur les questions d’environnement.

Isabelle Autissier qui assurait l’interview transmit une question posée par une internaute sur la démographie. (A écouter ici : passage sur la démographie à 9'08",  L'extrait de cet entretien consacré au sujet est par ailleurs retranscrit à la fin de l'article).

La réponse de Yannick Jadot est tout à fait intéressante car très représentative d’une dérive hélas courante. Plutôt que de s’interroger sur la réalité du problème, Le leader écologiste préfère tout d’abord, (c’est précisément le début de sa réponse) mettre en cause ceux qui s’en inquiètent : « Qu’est-ce qu’ils ont en tête ? » se demande M. Jadot. La réalité est ainsi soumise au diktat du politique. Avant de savoir si la démographie est un problème, interrogeons-nous pour savoir si ceux s’en préoccupent sont tout à fait fréquentables !

Cette dérive, ce procès d'intention pourraient prêter à sourire s'ils n’étaient pas, hélas, les prémices de ce que l'on connait dans toutes les sociétés sans liberté, à savoir la soumission du réel au politique, phénomène dont à juste titre, la science-fiction s’est fréquemment emparé. L’apogée du processus ayant été atteint (dans le monde réel) avec les théories abracadabrantesques de Lyssenko sur la génétique : Ne regardons pas comment fonctionnent les choses, établissons a priori qu’elles fonctionnent selon l’idéologie en vigueur. Condamnons les questionneurs avant d’interroger les faits !

Non, Monsieur Jadot, la surpopulation est un fait grave, quoi que vous vous pensiez par ailleurs de ceux qui s’en inquiètent et quels que soient vos désaccords, l’honnêteté impose d’étudier la question avant d’y répondre par un a priori idéologique. Quant à la terrible phrase que vous prononcez : « Donc on commence par éliminer qui ? » par laquelle vous souhaitez déconsidérer ceux qui mettent en cause la démographie, sachez qu’elle est aux antipodes de la position de ceux qui luttent en France contre l’explosion de nos effectifs et qui en cela veulent au contraire que nos enfants puissent disposer d’un monde vivable et à leur tour aussi avoir des enfants, ce qui sera de fait impossible sur une Terre surpeuplée. Notons hélas qu’une réponse aussi déplaisante avait été faite par l’explorateur Jean-Louis Etienne lors d’une conférence à Lyon où la même question avait été posée. On s’étonne que des personnalités connues puissent s’abaisser à tant de mauvaise foi ou bien fassent preuve d’une telle méconnaissance des points de vue de ceux qu’ils critiquent.

Pour le reste, la réponse de Yannick Jadot relève du missel de la bienpensance, selon lequel seuls les riches sont responsables des problèmes écologiques (Yannick Jadot n’évoque d’ailleurs que le volet très restrictif des émissions de CO2). Nous avons souvent sur ce site répondu à cette affirmation (lors de cet entretien par exemple). Rappelons encore une fois que si les habitants des pays les plus défavorisés polluent moins par personne, c’est justement du fait de la pauvreté, et qu’il est bien improbable que cet état satisfasse ceux qui en sont victimes. Ne vaudrait-il pas mieux être moins pour pouvoir donner plus à tous ?

Ensuite, sans doute pour souligner son humanisme et son féminisme, le futur ex-candidat écologiste rappelle que pour lutter contre l’explosion démographique il faut avant tout privilégier l’éducation des jeunes filles. Mais nul ne le conteste, et surtout pas les antinatalistes, d’ailleurs l’association Démographie Responsable est la première à militer en ce sens. Sauf qu’on se demande pourquoi Yannick Jadot insiste sur ce point puisque dans la première partie de ses propos il explique justement que le problème n’était pas la surpopulation, mais uniquement la consommation des plus riches ! Pourquoi alors vouloir s’occuper de la surpopulation ?

Dans la suite de l’entretien sera évoqué le fameux rapport « Planète vivante » signalant la disparition de plus de la moitié des vertébrés au cours des 40 dernières années, Yannick Jadot pointera du doigt la question du réchauffement climatique. Or, si la question du réchauffement climatique est inquiétante pour l’avenir, elle n’est quasiment pour rien dans la disparition actuelle des animaux presque entièrement due à l’occupation de leurs territoires par les hommes. Il se trouve justement qu’au cours de ces 40 dernières années tandis que le nombre d’animaux se voyait divisé par deux, celui des hommes se voyait lui, multiplié par deux. Libre à chacun de fermer les yeux.

___________________________________________________________________

Ci-dessous, retranscription des propos de Yannick Jadot.

Isabelle Autissier : « Une question un peu plus polémique… envoyée par Anne-Marie, c’est la question démographique… autour de laquelle on tourne parfois… »

Yannick Jadot : « La fameuse question démographique… Quand on pose cette question-là, je me dis toujours « qu’est-ce que souvent on a en tête ?.... Trop souvent finalement, l’imaginaire derrière, c’est le petit burkinabé ou le jeune indien qui, parce que la démographie est forte, constitue une menace pour la planète. Un burkinabè et surtout un jeune c’est 0,2 ou 0,3 tonnes de carbone par an. Ok ? Un européen ou un américain, on est à 100 fois plus, 50 ou 100 fois plus selon là où l’on vit. Donc, on commence par éliminer qui ? Quand on pose cette question-là ? …

Isabelle Autissier : « Je n’ai pas dit cela… »

Yannick Jadot : « Est-ce qu’on a en imaginaire l’explosion démographique des pays du Sud ou est-ce qu’on a dans notre imaginaire l’empreinte écologique très lourde que le monde dit développé a aujourd’hui sur la planète. Ce que je crois sur cette question démographique, moi, pour avoir vécu au Burkina Faso, j’y ai travaillé, pour avoir vécu au Bangladesh, j’y ai travaillé, il y a un seul levier de la révolution démographique, c’est l’éducation des jeunes filles ».

Isabelle Autissier : « On ne peut pas revenir là-dessus »

Yannick Jadot : « On peut prendre le truc dans tous les sens, quand on reconnait dans la société le statut des femmes, quand on leur offre la perspective d’exister économiquement donc socialement, quand on reconnait aux femmes leurs droits, toujours ça signifie derrière que les enfants vont aller à l’école et que les petites filles vont aller à l’école. Et quand on a les femmes qui sont des acteurs, des actrices de la société et des filles qui vont à l’école, la révolution démographique elle est toujours active (acquise ?) C’est la clef du développement »

Isabelle Autissier : « Merci pour les femmes, du monde entier »

Partager cet article
Repost0
30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 08:39

Estimation de la population mondiale au 1er janvier 2017                                    

  (données en millions d'habitants et en début d'année)          

Sources                                          2016           2017                Progression

                                                                                                                    en nombre            en %

Countrymeters                                  -                7 487                  -        -             -

INED                                             7 367            7 475             + 108   soit     + 1,5 % 

US Census Bureau                       7 296            7 362             +  66    soit     + 0,9 %

Planétoscope                               (7 350 )          7 430             +  80    soit     + 1,1 %

Population Ref. Bureau                 7 368                 -                    -          -          -

Poodwaddle                                   7 366            7 474            + 106    soit     + 1,4 %

Population Matters                        7 424            7 484            +   60    soit     + 0,8 %

Population mondiale.com             7 354            7 439            +   85    soit     + 1,2 %

Ria Novosti - Sputnik                     7 443            7 549            + 106    soit     + 1,4 %

Terriens.com                                 7 287            7 362             +  75    soit     + 1,0 %

Visio Météo                                   7 283            7 359             +  76    soit     + 1,0 %

Worldometers                               7 392            7 475             +   81   soit     + 1,1 %

World Population Balance                 -               7 386                -           -           -

_________________________________________________________________________________

Moyenne (1)                                 7 358             7 440           + 82      soit   + 1,1 %

Moyenne à périmètre égal (2)     7 357            7 442           + 85      soit   + 1,2 %

_________________________________________________________________________________

Avec une population de 7,44 milliards en début d'année, la Terre atteindra donc 7,5 milliards d' habitants  dans le courant de cet été 2017 soit un peu moins de 6 ans après avoir hébergé le sept milliardième humain fin octobre 2011.

Le rythme de croissance d'un milliard tous les 12 ans est donc maintenu, ce que confirment les statistiques établies à partir des compteurs ci-dessus qui, une nouvelle fois, mettent en évidence une croissance un peu supérieure à 80 millions de personnes, soit entre 1,1 et 1,2 % d'augmentation annuelle. Le huit milliardième terrien, qu'il y a peu encore nous attendions pour 2025, arrivera sans doute un peu avant. 

Cette poursuite d'un rythme élevé de progression de nos effectifs contredit toujours certaines déclarations "optimistes" de nombre de démographes assurant la prochaine stabilisation de nos effectifs. Elle valide par contre les réajustements à la hausse régulièrement réalisés depuis quelques années par des organismes dignes de confiance tels l'INED ou l'ONU (voir ici article sur l'évolution récente des projections) . 

Bien entendu l'exercice consistant à estimer la population à un instant précis présente aussi des limites. Sur le fond, nos effectifs ne sont sans doute pas connus  avec une précision meilleure que 1 %. Les compteurs sont eux-mêmes plus ou moins fiables; certains sont établis par des organismes renommés comme l'Ined, d'autres non, sans pour autant être forcément plus inexacts. 

Deux autres difficultés surgissent pour ces comparaisons. Certains compteurs apparaissent et d'autres disparaissent (c'est pourquoi nous proposons ici deux estimations moyennes, voir note 1 et 2) et certains, comme c'est le cas de l'INED changent manifestement leur base puisque la comparaison avec les données de l'an dernier conduit pour cette estimation à une augmentation de plus de 108 millions, très supérieure à ce qui est raisonnablement envisageable. La moyenne calculée doit aussi tenir compte du fait que parfois deux compteurs peuvent en réalité se servir de la même base, ce n'était pas le cas jusqu'à présent, mais cette année, après le réajustement de l'INED, il semble que l'INED et Worldometers se servent des mêmes chiffres. D'autres réajustements sont aussi à remarquer, ainsi l'association anglaise Population Matters qui présentait traditionnellement une estimation élevée a, cette année, proposée une augmentation de seulement 60 millions d'habitants (valeur improbable) ce qui conduit son estimation de la population au 1 janvier 2017 à être moins surestimée que les années précédentes par rapport aux autres compteurs. Malgré ces difficultés, il évident que la question de la surpopulation mondiale reste, hélas, largement d'actualité.

Sur ce site, et sur le même sujet voir également : Les chiffres clefs de la population,  ainsi que la série d'articles de ce site consacrés à nos effectifs en début d'année :  

La population mondiale au 1er janvier :

 

2009 (6,759 milliards), 2010 (6,838 milliards), 2011 (6,914 milliards),

2012 (7,003 milliards), 2013 (7,082 milliards), 2014 (7,162 milliards),

2015 (7,260 milliards), 2016 (7,358 milliards), 2017 (7,440 milliards),

2018 (7,534 milliards), 2019 (7,637 milliards). 2020 (7,703 milliards),

2021 (7,800 milliards).

(1) Comparaison entre notre estimation de l'an dernier et celle de cette année, tous compteurs confondus (10 compteurs en 2016, 12 en 2017)

(2) Comparaison entre l'estimation de cette année et celle de l'an dernier en ne retenant que les compteurs présents au 1er janvier 2016 et au premier janvier 2017 c'est à dire en excluant Countrymeters (absent en 2016), Planetoscope (absent en 2016 même si une estimation (entre parenthèses) pour 2016 a été retrouvée en 2017), Population Reference Bureau (présent en 2016 mais pas en 2017), et World Population Balance (absent en 2016). Neuf compteurs seulement sont donc concernés  ici  (Planetoscope est exclu puisque nous en l'avions pas pris en compte l'an dernier.  Pour ce site précisons également qu'il propose une estimation arrondie à 10 millions près plutôt que, comme les autres, un compteur en temps réel).  

 

Partager cet article
Repost0
24 novembre 2016 4 24 /11 /novembre /2016 12:13

La radio RCF par la voix de Pierre Blanc a proposé récemment au porte-parole de Démographie Responsable d’exposer toutes les raisons pour lesquelles, la démographie était au cœur de la problématique écologique. Vous trouverez ici un lien vers cette interview et ci-dessous  sa retranscription.

Interview RCF Isère : 14 novembre 2016

Pierre Blanc - Didier Barthès

Pierre Blanc : Bonjour à tous, dans ce magazine Nature et Environnement qu’est la Maison Commune, nous allons aborder une question un peu difficile, la démographie mondiale. Question souvent mal traitée parce que rarement posée d’abord, voire très  mal posée parfois notamment en période électorale, voire totalement taboue donc assez souvent impossible à ouvrir.

Nous allons le faire car notre émission en charge de la vie sur la planète et de sa protection se doit d’ouvrir le micro.

A ce micro j’ai invité aujourd’hui le porte-parole de l’association Démographie Responsable : Didier Barthès. Monsieur Barthès, je vous laisse l’occasion de vous présenter

Didier Barthès : Bonjour, Merci de votre accueil et de votre invitation. Je suis en effet le porte-parole de l’association Démographie Responsable. Je suis économiste de formation. J’ai longtemps travaillé dans l’édition et dans le domaine de la télématique qui est l’ancêtre d’internet. Depuis quelques années, je partage ma vie entre des cours d’astronomie que je donne et le militantisme écologique.

J’anime un blog : Economie Durable sur le sujet, je milite au Mouvement Ecologiste Indépendant mais surtout je suis donc le porte-parole de cette association Démographie Responsable qui essaye de faire partager cette idée que la démographie est un facteur clef pour la protection l’environnement, que c’est peut-être le facteur central et vous l’avez déjà dit que c’est également  malheureusement  le facteur négligé.

PB : Démographie Responsable, les deux mots donnent tout de suite le ton. Nous allons avec vous et grâce à vous développer ce sujet qui n’est pas facile. D’abord je souhaiterais volontiers un état des lieux. Si la question se pose c’est qu’elle mérite de se poser selon vous et pourquoi ?

DB : Elle mérite de se poser pour une question d’ordre de grandeur. Comme en beaucoup d’autres domaines, il est important de connaître les ordres de grandeurs et de comprendre que l’on vit une époque tout à fait particulière en matière de démographie dans l’histoire de l’humanité.

Aujourd’hui nous sommes entre 7,4 et 7,5 milliards d’habitants sur la planète, c’est une situation extrêmement récente. L’essentiel de son histoire, l’humanité a été, comme les autres prédateurs, présente en très petit nombre.  Il y a 100 000 ans les effectifs de l’humanité  se situaient probablement entre 50 000 personnes et un million de personnes, probablement moins d’ailleurs.

Jusqu’à il y a 10 000 ans on estime que les effectifs de l’humanité étaient entre 5 et 10 millions d’habitants soit un sur mille par rapport à ce qu’ils sont aujourd’hui.

PB : Un sur mille par rapport à aujourd’hui ! 

DB : C’est un autre monde, cela n’a rien à voir. Avec ce qu’on appelle la révolution néolithique, c’est-à-dire l’apparition des grandes cités et l’organisation de l’agriculture, la croissance démographique a commencé à décoller et il y a 2 000  ans à peu près, à l’époque de Jésus-Christ nous étions entre 150 et 250 millions d’habitants disons 200 millions d’habitants.

PB : C’est loin des 7 milliards aujourd’hui.

DB : C’est très loin des 7 milliards, c’est 35 à 40 fois moins, prenez une salle de classe, c’est comme si il n’y avait qu’un seul élève au lieu d’une salle complète.

La démographie a crû relativement doucement jusqu’à l’an 900 et puis à partir de là et de l’an 1000 ça a commencé à monter, il a eu l’épisode brutal de la grande peste qui a marqué une petite pause. Ça a monté doucement et puis avec la révolution industrielle on a commencé à connaître une croissance plus importante. A partir de 1800 ou un peu après on a atteint le fameux seuil du premier milliard. Puis en 1930 : 2 milliards, 1960 : 3 milliards,  1974 : 4 milliards,  5 milliards un peu après. On est maintenant entre 7,4 et 7,5 milliards. Nous sommes aujourd’hui sur un rythme de un milliard de plus tous les 12 – 13 ans.

PB : Un milliard de plus  tous les 12 – 13 ans, ça fait des proportions gigantesques. J’ai lu que l’on rajoute à la population mondiale tous les 10 mois l’équivalent de la population française.

DB : C’est ça, c’est 80 millions de plus par an, donc ça fait à peu près ça. Une autre façon de le dire, c’est Paris tous les 10 jours, c’est 218-220 000 personnes tous les jours donc un peu plus de 2 millions tous les 10 jours, une ville comme Paris.

PB : Ce qui est intéressant c’est d’avoir à l’esprit ces données, on en parle pas souvent, très peu.

Donc là c’est un état des lieux, on voit qu’il y a du monde sur la planète, on peut s’en réjouir aussi bien sûr, mais il y a un lien très fort entre le monde sur la planète et la progression rapide, de plus en plus rapide. Il y a une progression de plus en plus rapide, c’est ça qu’il faut retenir.

DB : Oui, cette progression a été en terme de pourcentage de plus en plus rapide jusqu’aux années 1970. A cette époque-là entre 1965 et 1970 on a connu un taux de croissance de 2,1 % par an. Aujourd’hui le taux de croissance heureusement a diminué, il est un peu supérieur à 1% par an. Mais comme il s’applique à une population beaucoup plus importante, en réalité la croissance en nombre absolu est plus importante aujourd’hui. Entre 1960 et 1970 on gagnait environ 70 millions d’habitants par an, aujourd’hui on en gagne 80 comme nous l’avons dit. Donc en termes relatifs la croissance a légèrement diminué, heureusement car nous arriverions à des impossibles, mais en termes absolus elle n’a pratiquement pas diminué, elle a connu une  pointe autour des années 1995.

PB : Alors deux mots sur cette association Démographie Responsable, vous êtes nombreux ?  Elle se situe au niveau national ?

DB : C’est une association qui regroupe entre 150 et 200 personnes qui est au niveau national et qui regroupe des gens de toutes obédiences que ce soit au niveau politique ou religieux. Ce qui relie ces gens c’est un intérêt pour l’écologie, vous avez notamment des défenseurs des animaux, des végétariens…Il y a un respect de la nature qui regroupe tout le monde mais par ailleurs une grande diversité d’opinion.

PB : Alors j’ai une question : Est-ce qu’il existe un lien entre la croissance très forte de de la population mondiale dont nous sommes témoins et la dégradation de l’environnement ? C’est la grosse question me semble-t-il. Je vais le formuler autrement : Est-ce que ce sont les gens qui sont le problème ou est-ce que ce n’est pas plutôt le système de l’économie mondiale ?  Je vous laisse sur ces questions assez conséquentes.

DB : Il existe de nombreux problèmes et ni moi, ni personne, ne dispose d’une balance pour peser l’importance d’un problème par rapport à un autre. Ce qu’il y a avec la démographie, c’est que c’est un facteur qui agit sur tous les autres. Lorsque vous entendez parler d’environnement, vous entendez parler de pollution d’abord, vous entendez parler de consommation d’espace avec ce que cela suppose de pertes de variétés animales, de variétés végétales, de biodiversité comme on dit maintenant…

PB : D’énergie…

DB : Evidement vous avez la consommation d’énergie. Donc interviennent là, à la fois le nombre des hommes et leur façon de vivre. Alors, vous l’avez surement remarqué, pour l’instant, l’essentiel du militantisme écologique porte sur la façon de vivre. On nous demande demandant de consommer moins, d’être plus prudents, plus frugaux etc. Bien entendu Démographie Responsable soutient tout à fait cette démarche. Mais cette démarche n’est pas la seule nécessaire car une partie de la planète est encore relativement pauvre, c’est même la majorité. Et à cette partie-là nous ne pourrons dire « Consommez moins », ou alors il faudrait faire preuve d’un cynisme absolu.

Donc, si nous voulons donner un peu plus à consommer, un meilleur niveau de vie, un accès à l’éducation etc. Il est certain qu’on ne peut attendre de ce côté-là une baisse de la consommation mais plutôt, pour la majorité de la population, une augmentation de la consommation avec toute la cohorte d’inconvénients que cela peut avoir pour l’environnement. Donc nous disons : « Si nous voulons avoir un peu plus pour chacun, faisons un effort pour ne pas être trop nombreux ». En un mot : Nous ne serons pas à la fois riches et nombreux, donc si nous ne voulons pas être trop pauvres, peut-être faut-il faire un effort et être modestes en matière de Démographie.

PB : Alors ça c’est quel que soit le lieu sur la planète ? Il n’y a pas des façons différentes d’aborder la question de la démographie responsable ? Est-ce que cela se fait sur mesure en fonction des continents ? Les riches les pauvres, le Nord, le Sud ?

DB : Il existe des situations extrêmement variées. Il y a les pays en voie de développement qui consomment peu et qui, soit sont nombreux soit ont un potentiel de croissance démographique très important, c’est le cas en Afrique. Et vous avez les pays plus développés comme l’Europe, l’Amérique du Nord et le Japon où la démographie est quand même relativement importante, notamment en Europe, mais pour autant semble sur une voie de stabilisation mais où par contre le niveau de consommation est extrêmement élevé. Les mesures que l’on pourrait proposer ne sont évidemment pas les mêmes chez les uns et les autres.

Mais il y a dans les deux cas une chose qui est absolument essentielle et qui est souvent négligée dans l’ensemble des discours écologiques  que l’on peut entendre.  C’est que, quel que soit le niveau de développement, même dans les pays pauvres, et pardon si là je choque un peu, la présence des hommes, même frugaux, même pauvres, même, pardonnez-moi d’être un peu provocateur, même s’ils étaient tous des Pierre Rabhi, exclut de fait la présence d’un certain nombre d’animaux, les grands prédateurs notamment. Vous avez reçu récemment Yves Paccalet qui parle avec amour de ces prédateurs, mais on ne peut pas vivre au milieu de ces grands prédateurs. Donc à un moment donné, l’humain quel que soit son niveau de développement, doit partager la planète, ça c’est un message difficile à faire comprendre, car il ne donne pas seulement des boucs émissaires, il fait appel au partage.

PB : En fait la consommation d’espace par l’humanité, c’est quand même aujourd’hui pour vous notamment et vous n’êtes pas le seul, une source de destruction des différents biotopes sur la planète.

DB : Principalement, je vais vous donner d’ailleurs un exemple contraire d’ailleurs pour tous ceux qui nous disent c’est uniquement le mode de vie. Vous avez dans le monde un pays extrêmement consommateur où les gens ont probablement un  mode de vie qui devrait être un peu modéré. C’est le Canada, le Canada c’est comme les Etats-Unis, c’est comme nous, ce sont des gens riches qui consomment pas mal. Ils sont trois par kilomètre carré au Canada. Résultat : vous avez au Canada une couverture forestière absolument gigantesque, vous avez des élans, vous avez des ours, vous avez ce qu’on appelle une mégafaune, pour utiliser le terme technique. Et cela c’est donc tout à fait compatible avec un niveau de vie qui n’appauvrit pas les gens, qui leur permet quand même de bien vivre tout simplement parce qu’ils ne sont pas très  nombreux.

Essayez de trouver des élans en liberté en Hollande… Eh bien non, vous n’en trouverez pas.

PB : Et vous pensez que si l’on ne s’occupe pas de la démographie responsable, vous ne pensez pas que la planète a de quoi  nourrir tout le monde même si l’on sait que la faim existe et comment sur certains secteurs de notre Terre. La question de la nourriture des hommes, est ce que c’est la seule qui se pose.

DB : Il y a deux questions.  Est-ce qu’on pourra nourrir tout le monde ? Pour l’instant, si l’on répartissait mieux les choses, si l’on mangeait de façon moins carnée, sans doute pourrait-on nourrir tout le monde. Je suis plus prudent sur la question des gaspillages car je crois qu’il est très difficile de les éviter complètement. Mais l’on pourrait sans doute nourrir tout le monde, mais l’idée d’une planète absolument parfaite où il n’y ait jamais de gaspillage, où tout le monde soit gentil, tout le monde soit partageur, je ne sais pas si cela arrivera.

D’autre part, si l’on peut aujourd’hui nourrir tout le monde, c’est en particulier parce qu’on a une agriculture extrêmement productive qui fait appel aux énergies fossiles. Ces énergies fossiles, dans le siècle qui vient, elles vont commencer à manquer. C’est-à-dire qu’un facteur essentiel de la productivité agricole, parce que cela joue au niveau des engrais, ça joue au niveau de la mécanisation, ça joue au niveau du transport des produits, aujourd’hui les produits ne sont majoritairement plus produits où ils sont consommés. Eh bien le jour où il n’y aura plus de pétrole, pour dire les choses de manière directe, il risque d’y  avoir une très forte baisse de la productivité agricole. Donc oui, on peut probablement, dans des conditions optimales, nourrir tout le monde aujourd’hui, non demain on ne pourra pas nourrir tout le monde quand nous connaîtrons un manque d’énergie.

Ça c’était la première partie, pour la  deuxième partie : Est-ce que c’est la seule question qui se pose ? Bien sûr que non, parce  que même si l’on pouvait nourrir tout le monde, est-ce que moralement on a le droit d’éliminer tout ce qui vit sur la planète ?  Pour moi la réponse est non, tout simplement.

PB : La réponse est non, tout simplement. Nous allons dans une seconde partie aborder la question du tabou, le pourquoi de ce tabou c’est important aussi d’avoir le courage de l’aborder et notre radio le fait aujourd’hui. Nous le faisons après que Jean Ferrat nous ait dit : C’est beau la vie.

(Extrait de « C’est beau la vie », chanson de Jean Ferrat)

PB : Pouvoir encore chanter longtemps comme vient de le dire Jean Ferrat : Que c’est beau la vie !

Une démographie responsable, gros sujet  très important parce qu’il s’agit de l’avenir de la planète.

Il est vrai aussi que ce sujet a un côté très tabou, on en parle peu, très souvent on en parle mal. Et quand on en parle on se fait vite coincer,  attaquer,  pourquoi ce tabou ?

DB : Ce tabou est essentiel, vous venez de dire « on se fait vite attaquer », on est traité par exemple de malthusiens, vous savez combien cet adjectif a pris un côté péjoratif dans la bouche de beaucoup de gens.

Je voudrais illustrer ce tabou par un exemple récent. Vous l’avez peut-être vu, il vient de paraître un rapport qui s’appelle Planète vivante qui est publié par un certain nombre d’organismes de protection de la nature et qui montre encore une fois la catastrophe qui s’annonce.

Les derniers chiffres indiquent 58 % de vertébrés en moins en à peine plus de 40 ans, donc c’est une catastrophe. Eh bien, dans le même temps où la planète perdait la moitié de ses animaux, dans les 40 dernières années, elle multipliait par deux le nombre d’humains. Cette constatation qui est quand même assez simple à faire, je peux vous dire qu’elle n’est pas faite dans le rapport, elle n’est pas faite non plus dans les commentaires. Et, pardon d’être un peu dur là-dessus, elle n’est pas faite par la plupart des  écologistes.

Si vous prenez aujourd’hui le monde politique, presque personne n’évoque la question, presque tout le monde est nataliste. Il y a de rares exceptions, en France j’en connais trois. Il y a le leader du Mouvement Ecologiste Indépendant : Antoine Waechter, il y a l’ancien ministre de l’environnement : Yves Cochet et il y a eu récemment l’ancien Président de la République : Nicolas Sarkozy qui a dit que la question de la démographie devait être évoquée et qu’il souhaitait l’organisation de conférences sur ce sujet.

Pour le reste, tous les discours politiques de l’extrême gauche à l’extrême droite avec une unanimité parfaite sur ce point-là, touchante même, sont natalistes. Donc le tabou dans le discours est extrêmement fort. Il est moins fort chez les gens. Si vous discutez avec les gens dans la rue, une partie très importante d’entre eux vous disent : « Oui la question se pose ».

PB : Elle se pose, oui au moins elle se pose.

DB : Donc on pourrait en parler en choquant moins qu’on ne le croit, mais globalement les institutions sont extrêmement réticentes sur la question.

PB : Donc d’après vous, le public, l’homme ordinaire, comme vous et moi, se pose inconsciemment la question quand même, parce qu’il voit bien les chiffres qui progressent et ce n’est pas parce qu’il se pose la question qu’il devient un méchant.

DB : Bien sûr, au contraire.

PB : C’est ça le problème du tabou.

DB : Je ne vous ai pas répondu sur la question du pourquoi, il y a tout simplement un lien à l’enfant. L’enfant est sacré et si l’on dit aux gens qu’il faudrait peut-être faire un peu moins d’enfants, certains entendent que l’on est contre les enfants. Je veux tout de suite vous rassurer la quasi-totalité des membres de Démographie Responsable ont des enfants, ils les aiment largement autant que les autres. Je peux vous le promettre.

Donc le problème n’est pas cela, c’est même le contraire, parce qu’outre un respect pour la nature auquel nous tenons bien évidemment, il faut aussi que nos enfants demain puissent vivre dans un monde vivable et je vais peut-être vous surprendre en allant plus loin, mais il faut qu’eux aussi, demain, aient le droit d’avoir des enfants.

Vous savez parfois on nous dit : « Vous êtes comme en Chine, vous voulez faire la politique de l’enfant unique ». Mais il faut regarder ce qui s’est passé Chine. On y a fait cette politique de l’enfant unique quand, après des années on avait mené au contraire une politique de laisser aller et où la Chine allait à une catastrophe, elle n’aurait pas pu nourrir sa population, elle n’aurait pas pu se développer.

Donc, bien souvent les politiques autoritaires, qu’on ne soutient pas, je suis bien clair là-dessus, naissent d’une situation qui devient impossible. Donc si on veut éviter que demain nous ayons dans le monde un certain nombre de pays qui nous disent : « Ce sera zéro enfant ou au mieux ce sera un enfant », essayons d’être raisonnables aujourd’hui pour éviter les catastrophes demain.

PB : Vous êtes en train de nous dire que si rien n’est fait, on risque d’arriver à des solutions impossibles et terribles.

DB : Oui parce que les projections sont actuellement dramatiques. Depuis quelques années et contrairement à ce que nous ont dit  longtemps les démographes, la baisse du taux de croissance de la population c’est fini. Le taux de croissance de la population ne baisse plus. Dans un certain nombre de pays cela a même remonté et la fécondité même a remonté.

En Afrique du Nord par exemple elle a remonté, dans beaucoup de pays d’Afrique Sub-Saharienne c’est tout à fait catastrophique. On a le Niger avec plus de 7,5 enfants par femme. On a le Nigéria qui a presque 200 millions d’habitants. Le Nigéria ça fait le dixième de la surface des Etats Unis. Il est prévu qu’il ait entre 800 millions et un milliard d’habitants (en 2100) en entamant déjà une baisse de la fécondité, donc on voit bien que ce n’est pas possible, on voit bien que cela va conduire à des catastrophes. Donc, il faut tout faire aujourd’hui pour adoucir les choses pour éviter que demain on soit dans des situations impossibles qui nécessairement nous imposeront des contraintes.

PB : Alors puisque nous sommes dans le franc-parler, et dans le fait de poser des questions telles qu’elles sont ce que font souvent les gens mais ce que ne font pas forcément les gens qui sont responsables de la planète eux-mêmes. On est tous d’ailleurs responsables. Quelles sont les solutions ? Qu’est-ce que vous amenez comme idées. Comment faire ? Comment s’y prendre pour éviter qu’il y ait une cassure tout d’un coup ?

DB : D’abord il faut-être conscient que la démographie c’est une affaire longue, c’est une affaire qui présente beaucoup inertie. D’ailleurs c’est un problème car bien souvent,  les gens disent « de toute façon si on fait quelque chose ça ne donnera des résultats que dans 30 ou 40 ans » et comme cela on ne fait rien. Résultat des choses, comme les 30 ou 40 ans finissent par s’écouler, on arrive dans des situations catastrophiques. Il faut en avoir conscience. C’est-à-dire que quoiqu’on fasse pour la démographie, on aura les 9 milliards et demi à 10 milliards et demi en 2050, c’est quasiment acquis, c’est pour après, mais après viendra.

On a dit tout à l’heure que les situations étaient contrastées. Donc on ne va pas faire les mêmes choses dans des pays riches et dans des pays pauvres. Dans des pays où la baisse de la fécondité est déjà sensiblement entamée comme les pays européens pour la plupart d’entre eux et dans des pays comme le Niger où vous avez 7,6 enfants par femme.

Dans nos pays, même au sein pays européens la situation n’est pas la même. En France par exemple, nous avons un fort système d’incitation à la fécondité, avec un système d’allocations familiales très important, avec un système d’aides fiscales également important.

Nous, nous souhaitons adoucir ces transferts, pas les supprimer bien évidemment. Par exemple Démographie Responsable, a proposé que les allocations familiales ne soient plus progressives avec le nombre d’enfants. Et qu’on aille, pas tout de suite, et jamais de manière rétroactive, mais qu’on aille vers un système où l’on aide les gens à avoir un enfant, qu’on les aide aussi à en avoir deux et qu’après, en les ayant prévenus avant, on leur dise : « Au-delà de deux vous n’aurez pas plus que pour deux » Voilà, les allocations familiales s’arrêteraient au montant prévu pour deux enfants. Qu’un certain nombre d’aides aussi soient revues. Il ne faut jamais oublier que les aides, avant d’être des aides, sont des prélèvements sur les autres.

Il y a une aide qui est essentielle et qui est souvent oubliée c’est l’éducation. Il y a une chose qui est importante avant tout c’est que l’éducation soit maintenue, c’est-à-dire que même si vous avez six enfants il faut qu’ils aient le droit à l’éducation. Donc si on veut maintenir cette aide là, et bien sûr il ne faut surtout pas y toucher, il faut faire attention et il ne faut pas en donner tous azimuts.

Donc ça se serait pour les pays développés, éviter qu’un certain nombre de mesures politiques ou économiques  soient incitatives.

PB : Et pour les autres pays dits en voie de développement

DB : Pour les pays en voie de développement, l’idée serait que l’aide au développement soit majoritairement ou au moins de manière importante consacrée à l’aide à la contraception. Il y a encore une vraie difficulté d’accès à la contraception dans un certain nombre de pays, dans beaucoup même. Donc nous pourrions imaginer que par exemple 25 % de l’aide au développement soient consacrés à ce que l’on appelle de manière générale le planning familial.

PB : En quoi cette démarche et ces propositions étalées sur le temps, mais qu’il faut prendre tout de suite selon vous, en quoi ces démarches  sont respectueuses de l’Homme, de la vie, d’une démarche humaniste ? Ce n’est pas contradictoire selon vous ces propositions ? Peut-être même au contraire ? Je vous laisse le dire.

DB : C’est même exactement le contraire. Parce qu’il y aurait de plus humaniste, c’est de prévoir pour nous enfant un monde dans lequel on ne puisse pas vivre. Ça ce serait l’anti-humanise par excellence. C’est ce dont il faut convaincre, c’est de montre que ce combat là c’est un combat pour que le futur soit plus heureux.      

PB : Je viens de remettre à mon invité la petite phrase classique qu’il va lire en direct et ensuite il fera sa conclusion.

DB : « Le bonheur ne dépend pas de ce qui nous manque mais de la façon dont nous nous servons de ce que nous avons» C’est de Arnaud Desjardins.

PB : Je vous laisse faire votre conclusion.

DB : Tout à l’heure, quand vous m’avez demandé de me présenter, j’ai dit que parmi mes autres activités, se trouvait l’enseignement de l’astronomie. Vous savez que certains proposent que l’on aille voir les autres planètes et que l’on s’installe dessus.

Eh bien non, ce n’est pas ça qui nous manque, ce qui nous manque, c’est plutôt de nous servir de la Terre, et même plutôt que nous en servir, respectons là tout simplement. Il n’est pas nécessaire d’avoir une vision utilitariste. C’est sur  terre que  les problèmes vont se poser, c’est là que nous devrons trouver des solutions.

Ce n’est pas en inventant des choses sciencefictionnesques c’est tout simplement par un respect, par un respect de la beauté de la nature, c’est ça qui doit nous motiver et par une certaine modération, par un comportement responsable.

Nous avons la Terre, il faut la respecter, la protéger, inutile d’inventer des choses impossibles.

(Suite de la chanson de Jean Ferrat, C’est beau la vie)

Partager cet article
Repost0
26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 14:24

Le réchauffement climatique et la réduction des émissions de gaz à effets de serre qui en sont la cause figurent parmi les quelques questions écologiques qui ont réussi à mobiliser le monde politique. Au point que tous les ans, depuis un peu plus de 20 ans, sont organisées des COP (conférences des parties) censées coordonner l’action des États en la matière. La dernière, la COP 21 en France, avait d’ailleurs bénéficié d’une forte médiatisation.

Chaque fois, les différentes sources d’émissions et les moyens de les réduire sont étudiés. Toutes les sources ou presque, sauf une : l’augmentation continue du nombre des hommes ! Depuis 1970 l’humanité a doublé ses effectifs et bien sûr, à comportement égal a de ce fait, doublé les sources potentielles d’émissions.

Pourtant le sujet reste tabou et rares sont aujourd’hui les responsables politiques osant l'évoquer.

C’est contre cette aberration, prétendre s’occuper d’un problème tout en refusant d’aborder l’un de ses déterminants principaux, qu’a décidé de lutter l’association Démographie Responsable en lançant le 20 septembre dernier une pétition destinée aux organisateurs et participants à la COP 22 qui aura lieu prochainement à Marrakech et en leur demandant de mettre la démographie à l’ordre du jour de leur discussions.

Vous trouverez ci-dessous le texte de cette pétition vous que pouvez par ailleurs soutenir via le lien suivant :

Pour que la démographie soit évoquée à la COP 22

Cette pétition est également disponible en langue anglaise

 

Pour que la démographie soit évoquée à la COP 22

Du 7 au 18  novembre 2016 se tiendra à Marrakech la 22ème Conférence des parties (COP 22) consacrée aux questions climatiques.

Depuis 1995 et la première réunion à Berlin, chaque année de telles conférences analysent les données scientifiques, proposent des mesures et engagent les Etats à les mettre en œuvre afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Toutefois, un facteur déterminant de ces émissions - et plus généralement de la pression anthropique - a été le plus souvent passé sous silence lors des COP précédentes : la démographie.

Depuis 1995 la population mondiale a augmenté de 1,7 milliard  (+ 30 %). Selon les projections de l’ONU  nos effectifs devraient encore progresser de 3,8 milliards d’ici la fin du siècle, soit une nouvelle augmentation de 50 %. En deux siècles, de 1900 à 2100, la population humaine aura été multipliée par 7. A comportement égal, c’est donc aussi par 7 qu’aura, été multiplié notre potentiel d’émissions de CO2. Ce facteur ne peut être éternellement ignoré.

La majeure partie de cette croissance démographique devrait avoir lieu dans les pays les plus défavorisés, là où les accès à la contraception comme à l’éducation restent les plus difficiles. Là aussi où, compte tenu du faible niveau de vie, il serait aussi irréaliste que  moralement injuste d’imposer des efforts importants en matière de réduction de la consommation énergétique.

Cette pétition a donc pour objet de demander à toutes les parties prenantes à la COP 22 d’inscrire la démographie à l’ordre du jour de cette conférence  afin de proposer des mesures susceptibles de freiner la croissance continue de nos effectifs. Mesures  telles que l’extension des moyens alloués à la planification familiale et à l’éducation dont on sait qu’ils constituent un élément fondamental en faveur de la baisse de la fécondité.

De telles mesures auraient d’ailleurs d’autres conséquences favorables, sur le plan du développement, sur le plan de la justice sociale et sur le plan environnemental en réduisant l’ensemble de nos rejets comme notre pression sur les territoires. 

Association Démographie Responsable

Partager cet article
Repost0