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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 10:04

Essai sur le principe de populationEvoqué plus souvent qu'il n'est lu, mal compris, Malthus a mauvaise presse. C’est probablement l’une des plus grandes injustices de l’histoire de la pensée économique, incompréhension que nous avions d’ailleurs déja dénoncée (voir sur ce site l'article : L'injustice faite à Malthus).   

Alors que l’écologie devrait être notre première préoccupation, l’économiste Jean-Paul Maréchal a très bien résumé la question dans une introduction qu’il fait au célèbre livre de Malthus : « Essai sur le principe de population » (1).

Au fond Malthus n’est-il pas le premier écologiste, lui qui n’hésite pas à évoquer la question des limites ? Voici ce qu’écrit en 1992 Jean-Paul Maréchal  à la dernière page de son introduction.

 

« Avant un retour sur le texte qui se révèle indispensable, il nous a paru utile, pour finir, d’examiner une question récurrente qui poursuit l’auteur de l’Essai et dont contre toute apparence le sens est finalement ambigu : Malthus a-t-il eu raison ? A-t-il été « confirmé » ou « démenti » par les faits ? quelle est en d’autres termes son « actualité » ?  

Pour certains, la cause est entendue. Malthus n’a pas vu la révolution industrielle et ses extraordinaires potentialités tandis que les catastrophes annoncées ne sont pas survenues. Avec  lui l’économie politique est irrémédiablement la « science du lugubre » comme la désignait Carlyle après avoir lu l’Essai. A considérer cet ouvrage sous l’angle exclusivement prévisionniste ou de manière superficielle, un tel raisonnement est recevable. Malthus est alors à ranger dans la grande réserve de la bibliothèque des idées comme représentant d’une espèce à jamais étrangère aux préoccupations du monde d’aujourd’hui.  

Mais si l’on pense au contraire que la substance de l’Essai réside dans l’avertissement que la Terre constitue un espace clos et un fonds borné, alors Malthus précède d’un siècle et demi le Club de Rome et ses courbes exponentielles (2) . La catastrophe démographique n’est pas survenue, non parce que la Terre pourrait nourrir n’importe quelle population, mais parce que jusqu’à présent, le développement économique a pu suivre la croissance des besoins. Or, il apparait depuis quelques années que cette expansion que l’on croyait indéfiniment perpétuable butte sur la double limite de l’épuisement des ressources naturelles et des capacités de régénération du milieu. Et l’on découvre, surexploitation pétrolière, micropollution, pollution globale et déforestation à l’appui, que la sphère des activités économiques est dépendante de la reproduction de la biosphère.  

Le principe de population ressurgit là où on l’attendait le moins : dans l’air, dans l’eau, et dans les sols. Malthus « l’empiriste » contre Riccardo  « le théorique » prend une revanche qu’il n’aurait sans doute jamais imaginée. Au moment où l’homme met en péril les conditions de sa propre survie, Malthus rappelle la nécessité d’une pensée des limites, d’une interrogation de la finitude face à l’extension du royaume de la marchandise et à l’hybris technoscientifique de cette fin de millénaire. »  

 __________________________________________________________________________________________________

(1) Robert Thomas Malthus : Essai sur le principe de population, deux volumes : 480 et 436 pages, introduction de Jean-Paul Maréchal, Editions GF Flammarion, Paris, 1992 (première édition de l’ouvrage original : 1798). Extrait des pages 54 et 55 de cette édition, publié avec l’aimable autorisation des éditions Flammarion.

(2) Voir le Club de Rome, Halte à la croissance, Fayard Paris, 314 pages

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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 14:04

Le 2 juillet dernier a eu lieu à Gaillard (74)  une conférence sur la surpopulation. Ce fut l'occasion de rappeler les ordres de grandeur de nos effectifs comme de leur évolution, de dénoncer le tabou qui règne sur la question, mais aussi d'évoquer les solutions.

La soirée s'articula autour de mon intervention axée sur l'aspect démographique proprement dit et autour de celle de Monsieur Guyla Simonyi, président de l'association hongroise, Bocs qui développa plus particulièrement les questions d'empreinte écologique et de bio-capacité des territoires.

 

Vous pouvez visualiser cette conférence via les liens suivants :

Démographie : Les ordres de grandeur, (Didier Barthès, porte parole de Démographie Responsable),  puis  Réponses aux questions sur ce sujet (id).  

Empreinte Ecologique et bio capacité (en anglais par Gyula Simonyi, président de Bocs). 

Tous nos remerciements vont à Monsieur Patrick Royer à l'origine de ces rencontres ainsi que de l'intégralité de leur organisation.

 

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 19:08

L'actualité de ces derniers jours, voire de ces dernières années, porte souvent sur le monde arabe et en particulier sur l'Égypte. En ce qui concerne ce pays, au-delà de la juste opposition à l'islamisme plus ou moins autoritaire qui s'y est installé, il faut savoir que l'instauration d'un régime laïque et démocratique ne changerait pas fondamentalement la donne.

En effet, la population égyptienne (84 millions d'habitants en 2013) vit sur un territoire de 1 million de km² : cela conduit à une densité de population de 84 habitants par km², ce qui semble faible a priori. Mais, du fait que 94,5 % du territoire est constitué de déserts, la densité de population égyptienne ramenée aux terrains ''vivables'' et/ou cultivables est en fait déjà supérieure à 1 500 hab. / km². Pour mémoire, le pays ''digne de ce nom'' (c'est-à-dire qui n'est pas une petite île – type Maurice – ou une cité-état – type Singapour) le plus densément peuplé du monde est le Bangladesh dont la densité de population n'est ''que'' de 1 100 habitants par km², avec pourtant les conséquences que l'on connaît (montée de l'islamisme et catastrophes naturelles ou industrielles récurrentes, dernière en date l'effondrement d'un immeuble-usine).

Selon les dernières projections de l'ONU (13/06/2013), la population égyptienne pourrait ainsi être de 135 millions d'âmes en 2100, ce qui conduirait à une densité de 2 450 hab. /km² (plus de deux fois la densité actuelle du Bangladesh) ! On voit ici la gravité de la situation actuelle et plus encore future.  

Il y a deux ans, au début de la ''révolution égyptienne'', plusieurs personnalités se sont exprimées sur le sujet. Parmi elles on peut citer le géopolitologue François Thual : "il y a une pression démographique qui a généré la misère", Youssef Courbage chercheur à l'INED : "Quand la population croît trop vite, ce sont les ressources qui diminuent proportionnellement par habitant", Boutros Boutros Ghali, de nationalité égyptienne et ancien secrétaire général de l'ONU de 1992 à 1996 : "Je dirais que les problèmes seront beaucoup plus importants parce que vous aurez dans les prochaines années 100 millions d'habitants sur 5 % du territoire égyptien" et Alexandre Adler "L'Égypte a d'abord un problème épouvantable : elle est aujourd'hui le pays le plus densément peuplé de la planète".  

Mais de quoi vit donc l'Égypte ? Selon un article de l'Express, antérieur à la révolution égyptienne, du canal de Suez qui rapporte 2 milliards de dollars chaque année, du pétrole de la mer Rouge et du gaz constitue une source de financement non négligeable, du tourisme (11 % du PIB) mis à mal par l'insécurité actuelle, mais aussi d'une aide au développement qui est considérable : plus de 2 milliards de dollars par an sont accordés par les États-Unis (en échange de la bienveillance du pays envers son voisin Israël) et au total, c'est 3 milliards que reçoit annuellement le pays, dont la moitié va directement au budget militaire... Au niveau alimentaire, il faut se souvenir qu'en 2008, le pays avait été frappé par les émeutes de la faim, entre autres du fait que l'Égypte doit importer 50 % de ses céréales et qu'elle en est d'ailleurs le plus grand importateur au monde (8 millions de tonnes)...  

Ce qui caractérise une crise malthusienne (c'est-à-dire une inadéquation population-ressource) au vingt-et-unième siècle est que l'on ne peut plus réellement s'en échapper, c'est une crise que les personnes concernées vont devoir subir pendant des décennies, seulement atténuées par l'aide internationale. La seule façon d'en sortir n'est envisageable que sur le long terme en mettant en place des programmes permettant de stabiliser la population sur une génération et ensuite de la faire décroître en douceur sur un terme encore plus long.  

Pour cela, il faudrait oser avouer à la population égyptienne l'origine fondamentale de son mal, à savoir son effectif, et lui demander de se contenter dès maintenant de 2 enfants par couple. Mais qui osera tenir un tel discours ? Le pouvoir en place ? Dans un article du Figaro daté du 21 juin dernier et intitulé "Égypte : les Frères musulmans prennent le risque de l'explosion démographique", la journaliste Delphine Minoui se demande si la surpopulation n'est pas "la onzième plaie de l'Égypte" et rapporte que les autorités risquent d'abandonner la politique de planification familiale pourtant mise ne place par Nasser et poursuivie par Sadate et Moubarak.  

La crise égyptienne en annonce d'autres, car les projections de l'ONU, régulièrement revues à la hausse, prévoient entre autres une multiplication par quatre de la population africaine. En particulier, parmi les onze pays les plus peuplés de la planète en 2100, en voici six suivis de leur population (en millions d'habitants) : Nigeria (914), Tanzanie (276), RDC (262), Éthiopie (243), Ouganda (205), Niger (200). On peut, malheureusement sans grand risque de se tromper, prévoir que ces pays ne manqueront pas, eux aussi, de faire l'objet de crises malthusiennes d'ici la fin de ce siècle...  

 

Denis Garnier, président de Démographie Responsable 

____________________________________________________________________________________________________

Cet article a été préablement présenté sur le site internet du Cercle des Echos. 

Voir également sur "Economie Durable" deux articles publiés à ce même sujet début 2011, au moment de la révolution égyptienne. 

Egypte : Quand le nombre fait le vent de la révolte  

Tunisie, Egypte, Algérie : Printemps des peuples ou début des crises ?   

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 06:24

Nombre de dirigeants économiques ou politiques comme nombre de journalistes  et bien sûr de démographes balaient toute inquiétude relative à la croissance de la population mondiale. Ils appuient cette confiance en l'avenir sur un double constat :

-  La population planétaire serait en voie de stabilisation.  

-  Cette stabilisation serait encore plus proche que prévu du fait de la généralisation et de la vélocité inattendue du mécanisme de transition démographique (1). Une transition qui serait beaucoup rapide dans le reste du monde qu’elle ne l’a été dans les pays occidentaux.

Cette analyse, aussi optimiste que partagée, est hélas battue en brèche par l’ONU qui, pour la seconde fois en trois ans, vient de revoir à la hausse ses projections démographiques mondiales pour le milieu et la fin de ce siècle.  

Au cours des dernières années l’ONU a en effet publié trois études prospectives sur le niveau que pourrait atteindre la population de notre Terre en 2050 et en 2100 (études publiées en 2009, 2011 et 2013 sur des travaux menés les années précédentes)

Voici l’évolution de ces projections. J’ai retenu ici l’hypothèse moyenne, considérée comme la plus probable.  

 

Prévisions pour l’année 2050 :  

 

En 2009, l’ONU estimait que l’humanité atteindrait à cette échéance 9,15 milliards de représentants.

En 2011, revues à la hausse les prévisions s'élevaient à 9,3 milliards soit 150 millions de plus.

En 2013, nouvelle révision,  l’ONU envisage désormais 9,6 Milliards de terriens, soit 300 millions de plus que la révision précédente (2).

 

Notez que non seulement  les deux révisions vont dans le même sens, mais que de plus,  leur ampleur a doublé. La direction générale ne peut être plus clairement exprimée.

 

Prévisions pour l’année 2100

 

Pour la fin de ce siècle l’évolution des projections est évidemment cohérente avec les précédentes et confirme la tendance.

En 2011 l’ONU envisageait 10,1 milliards d’habitants.

En 2013 la projection onusienne s’élève  à 10,9  milliards.

 

Pour 2100, le réajustement porte donc sur 800 millions de personnes, soit plus du double du réajustement concernant les prévisions pour 2050.  Là aussi, même s’il faut regarder avec prudence toute prospective à long terme, le signal est  inquiétant, l’évolution va dans le mauvais sens et l’on voit mal dans ces chiffres ce qui pourrait valider l’hypothèse d’une accélération vers la stabilisation de nos effectifs.

Notez que l’essentiel du relèvement  viendrait de la zone sub-saharienne où la fertilité se maintiendrait à des niveaux plus élevés qu’on ne le pensait. On trouve également dans cette étude des prévisions aussi étonnantes que celle qui envisage qu’en 2100 la population du Nigéria soit « en passe de commencer à rivaliser avec celle de la Chine »  (la population chinoise devrait avoir baissé, il est vrai).  

L’expansion de nos effectifs n’est donc pas un problème réglé, ni même en voie sérieuse de règlement. Puissent peu à peu nos sociétés en prendre conscience.  

 

Voici le tableau synthétique de ces révisions (incluant ici les autres hypothèses de fécondité, haute et basse en plus de l'hypothèse moyenne).

 

 

    Evolution des prévisions démographiques mondiales de l'ONU 

                                                                                                                      (En millions d'habitants)

Années \ Hypothèses de fécondité

Basse Moyenne Haute
       
2050     (revision 2008)        8 000    9 100   10 500  
2050     (révision 2010)                  8 100            9 300      10 600     
2050     (révision 2012)        8 300   9 600  10 900 
       
2100     (révision 2010)        6 200  10 100  15 800 
2100     (révision 2012)  6 800  10 900  16 600 
       

Les prévisions de l'ONU ont été revues deux fois à la hausse en seulement deux ans. Les données ont été ici arrondies par nos soins à la centaine de millions la plus proche.

       

Source : site (très complet) de la Division Population du Département des Affaires Sociales et Economiques de l'ONU.

 

________________________________________________________________

(1) La transition démographique est le phénomène par lequel une société passe de taux élevés de fécondité et de mortalité à des taux beaucoup plus bas. Pendant cette phase, comme c’est le taux de mortalité qui est le premier à baisser, la population connait une période de forte expansion. Bien sûr, plus cette phase est courte, plus cette croissance peut être limitée.

(2) Un résumé (en anglais) des trois projections évoquées ci-dessus est disponble via les liens suivants :

Révision 2008, publiée en 2009

Révision 2010, publiée en 2011

Révision 2012, publiée en 2013

Vous trouverez également quelques éléments sur cette question dans cet article du Monde publié le 13/06/2013. Sur ce site même, voir : Les chiffres clefs de la population et La population mondiale au 1er janvier 2013.       

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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 18:04

Quelle serait la population mondiale optimale ? Voilà une interrogation qui surgit inévitablement si l’on considère la maîtrise de notre démographie comme l’une des conditions sine qua non de la sauvegarde des équilibres écologiques. Quel est le meilleur niveau pour la population mondiale ?

Un tel optimum ne peut être défini qu’en relation avec un certain nombre d’objectifs et de modalités préalablement reconnus : Un optimum pour quoi faire ? Un optimum pour qui ? Un optimum à quelle échéance ? Un optimum à quel stade de développement technologique ? Faute de réflexion sur ces points, l’interrogation comme la réponse resteront vaines.     

Un optimum pour quoi faire et pour qui ?    

La durabilité  des équilibres écologiques comme de l’humanité peut être considérée comme le but ultime. Pour l’Homme il s’agit d’un objectif plus ou moins conscient et en tout cas sous-jacent à toutes nos activités. L’humanité peut en effet difficilement envisager un objectif qui aille à l'encontre de sa durabilité.  En ce sens, tous ses autres buts sont soumis à cette contrainte de maximisation de la durée. Toute autre règle viserait en réalité à organiser notre propre disparition. Notons qu'une difficulté particulière surgit pour l'humanité : l’évolution, d'ailleurs bien mal engagée pour notre espèce qui ne se soumet pratiquement plus à aucune forme de sélection naturelle, conduira à modifier l'espèce elle-même. Pourra-t-on encore parler d'humanité si nos formes et nos capacités deviennent très différentes de ce qu'elles sont aujourd'hui ?

La nature, de son côté, ne vise aucune réalisation particulière, ce sont les mécanismes d’adaptation permanente qui permettront de repousser aussi loin qu’il se pourra la fin de la vie sur Terre. Pour elle, d’une certaine façon, l’objectif est et sera atteint sans avoir été pensé. Stricto sensu, c’est un résultat obligé plutôt qu’un but. Admettre le contraire viendrait à donner dans le finalisme ou en tout cas supposer une intentionnalité au monde naturel, ce à quoi d’ailleurs conduisent certaines interprétations, à mon sens discutables, de la célèbre hypothèse Gaïa développée par James Lovelock (*).

Nous pouvons donc définir les conditions de l’optimum de la façon suivante : Permettre à la nature et à l’homme de vivre en harmonie aussi longtemps que les conditions astronomiques, climatiques et géologiques l’autoriseront. Il s’agit d’un cadre un peu vaste, mais les points suivants le préciseront.

Un optimum à quelle échéance ?  

Il est raisonnable de considérer qu'à très long terme : 20, 50, 100 millions d'années, tout est égal. Pas égal au sens où nos actes d'aujourd'hui n'auraient aucune conséquence sur le futur très lointain (la disparition des espèces que nous provoquons fera que la faune sera à jamais différente de ce qu'elle aurait été sans nous), mais égal au sens où il est impossible de dire à de telles échéances si la situation sera meilleure ou pire qu'elle n'aurait été sans notre présence alors passée.

L'exemple de l’astéroïde qui, il y a 65 millions d'années,  élimina les dinosaures est instructif. Ce fut presque la pire catastrophe écologique que l'on puisse  envisager puisque, suite au choc, toute la grande faune fut éliminée du fait du changement climatique et de ses conséquences notamment sur la végétation.  Et pourtant, quelques dizaines de millions d'années plus tard, tout allait pour le mieux, la faune et la flore étaient sans doute notablement différentes de ce qu'elles auraient été sans cet accident, mais elles n'étaient pas moins développées et pas moins riches de diversité.

Même si nous savons que nous souffrons dramatiquement de "court termisme", il n’y a, de façon générale, aucun sens à faire des prévisions à trop longue échéance. Pour les hommes, les tourments de l’Histoire excluent même une prospective sérieuse sur quelques milliers d’années. Proposons donc un moyen terme et envisageons un optimum pour dans 500 ans, cela est suffisamment éloigné pour permettre des évolutions démographiques raisonnables ne supposant pas d’effondrement (ce que la Nature ou l’Histoire hélas, ne nous épargneront sans doute pas).

Un optimum à quel niveau de technologie ?  

Si, compte tenu de notre impact actuel, certains pourraient être tentés de dire que seule une Terre sans hommes est susceptible de préserver ses équilibres écologiques, il faut reconnaître qu’avec un bas niveau de technologie, certaines sociétés pré-néolithiques pouvaient être considérées comme parfaitement intégrées et les hommes comme des prédateurs comme les autres. Attention toutefois, il faut remonter pour cela assez loin et avec des effectifs beaucoup plus faibles qu'aujourd'hui car il parait bien que l'humanité puisse être tenue pour responsable de la disparition de la mégafaune qui peuplait encore la planète il y a 30 ou 50 000 ans. Cela semble très net en Amérique du Nord et en Eurasie. Nos célèbres mammouths et autres ours ou lions des cavernes firent probablement les frais de notre présence sur ces deux continents.

Il semble toutefois exclu de retourner à l’âge de pierre tout autant qu’il l’est de parier sur une éternelle fuite en avant technologique qui supposerait une disponibilité en énergie tout à fait considérable et qui éloignerait toujours plus l’homme de ses origines. Aussi, comptons sur des technologiques comparables à celles qu’aura  connue l’humanité disons entre l’an 1950 et l’an 2050. Cette situation permet tout à la fois d’englober une situation où l’homme était encore proche de la nature (une fraction importante de l’humanité vivait à la campagne et dépendait très directement du travail agricole en 1950) et de prendre en compte la disponibilité de certaines technologies, l’informatique notamment Attention toutefois sur ce point l’informatique est très dépendante d’une industrie lourde (métaux, énergie…) dont rien ne prouve qu’elle sera durable.  

L’interrogation étant précisée, les critères étant retenus et leurs valeurs plus ou moins cadrées : quelle population retenir pour dans 500 ans, pour une humanité vivant sur des conditions technologiques comparables à celles d’aujourd’hui et se donnant pour objectif de ne pas obérer son avenir et de durer aussi longtemps que faire se peut ?  

Le débat est ouvert, je propose pour ma part, avec je l’admets, une large part d’arbitraire, une population d’environ 200 millions d’habitants sur la planète.  

A beaucoup, ce chiffre apparaîtra excessivement faible. C’est pourtant grosso modo le niveau de peuplement mondial entre l’époque de Jésus-Christ et l’an 1000 ce qui montre la durabilité d’un tel  état démographique. C’est également un effectif très supérieur à ce qu’à connu notre espèce tout au long de son histoire. Rappelons qu’il y a 10 000 ans nous étions seulement de 5 à 10 millions sur l’ensemble de la planète. De tels effectifs permettraient de laisser de vastes espaces à la nature où les processus de sélection et d’adaptation pourraient alors librement se dérouler. Cela permettrait également dans les zones habitées de disposer de densités de peuplement suffisamment faibles pour ne pas couper les humains de leur milieu. Notons également que techniquement, atteindre de tels niveaux de population suppose en cas d’évolution régulière une baisse annuelle de la population de 0,7 %  à comparer à la croissance d’environ 1,2 %  que nous connaissons actuellement. Une telle vitesse d’évolution semble raisonnable et ne conduit ni à un dépeuplement trop rapide ni à une pression trop forte sur les couples pour leur imposer une fécondité très basse. Ces résultats pourraient être obtenus en maintenant une fécondité comprise entre 1,5 et 1,8 enfant par femme en moyenne (pendant la période de transition, ensuite, la fécondité pourrait évidemment remonter à 2).

Dans le même temps  200 millions constituent un « volume d’hommes » suffisamment important pour bâtir des civilisations et connaître une évolution notable. Les égyptiens de l’antiquité, les grecs, les romains, mais aussi plusieurs grandes civilisations asiatiques et amérindiennes ou africaines ont vécu sur une Terre présentant un peuplement comparable.

Bien entendu, il ne s’agit là que d’un petit exercice intellectuel qui simplifie outrageusement les choses en tablant sur une évolution régulière, ce que l’Histoire a bien rarement connu sur de telles périodes. D’ailleurs, hélas, nombreux sont aujourd’hui les chercheurs qui tablent sur un effondrement écologique et civilisationnel à l’horizon 2050. La question, pourtant non négligeable, des moyens d’une telle politique n’est pas non plus évoquée ici. Mais comme dans tout exercice, la réflexion sur l’énoncé et sur le pourquoi des critères à retenir importe plus que le résultat.  

Alors, quel est votre avis ? Quels effectifs suggéreriez-vous pour l’humanité ? Et pour quelles raisons ? N’hésitez pas à enrichir le débat via les commentaires.

_______________________________________________________________________________________________   

(*) La Terre est un être vivant : L’hypothèse Gaïa, James Lovelock, 1979 (traduction française 1993, éditions Flammarion).

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 07:44

conf 24 oct

Le 24 octobre dernier, l'association Démographie Responsable organisait à Paris une conférence intitulée : Environnement et Démographie. Nous disposons désormais d'une vidéo qui en reprend les moments principaux. 

Articulée autour des interventions de Michel Sourrouille et de Hugues Stoekel, cette conférence fut l'occasion de lier enfin problèmes démographiques et problèmes environnementaux.

Michel Sourrouille est professeur de Sciences Economiques. Il est le fondateur des sites Biosphère Info et Biosphère Ouvaton. Le premier est un lieu d'information et de discussion sur l'environnement et la société, le second constitue une base de documentation sur l'écologie.

Mathématicien, Hugues Stoeckel est écologiste et ancien conseiller régional il est l'auteur de "La Faim du monde" un ouvrage  que nous avions commenté sur ce blog.

J'ai animé cette conférence avec M. Denis Garnier, président de Démographie Responsable. Le débat qui a suivi montre qu'à l'inverse des partis politiques ou même de certains partis écologistes, une fraction importante de la population est  consciente de l'enjeu et tout à fait d'accord pour briser le tabou. La question démographique doit avoir toute sa place et il sera bien difficile d'imaginer un monde à la fois surpeuplé et écologiquement vertueux.     

Visualisation de la conférence.

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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 07:24

Evaluation de nos effectifs au 1er janvier 2013    

                                                                                                                            (en millions d'habitants) 

 

Sources      2013     2012 Progression Progression
      (en millions)   (en %)
  INED    7 091    7 013      +      78      +  1,11 %
  Population Data.net    7 099    7 014      +      85              +  1,21 %       
  Worldometers    7 089     7 013      +      76      +  1,08 % 
  Terriens.com     7 060     6 984      +      76      +  1,09 % 
  US Census Bureau    7 062     6 985      +      77      +  1,10 % 
   Population Mondiale.org    7 099     7 015      +      84      +  1,20 % 
         
  Moyenne    7 083    7 004    +      79   +     1,13 % 

 

     

Selon cette moyenne réalisée à partir d'un panel de compteurs de population nous serions donc aujourd'hui 7 milliards et 83 millions d'habitants sur la Terre. Avec 79 millions de personnes de plus en un an, la croissance de nos effectifs reste très élevée. Cela contredit quelque peu les affirmations rassurantes selon lesquelles l'explosion démographique serait une affaire du passé et une menace à oublier. Deux éléments militent envers plus de prudence :

Tout d'abord, le taux de croissance en 2012, estimé entre + 1,1 et + 1,2 % (a), s'il est effectivement plus bas que les maxima atteints entre 1960 et 1970 (+ 2,1 % certaines de ces années) reste très supérieur à ceux que l'humanité a connu tout au long de son Histoire et même de son Histoire récente (b). Ce taux est ainsi beaucoup plus élévé que celui qui prévalait lors des premières années du 20ème siècle où la population augmentait au rythme de + 0,4 % par an soit trois fois moins rapidement qu'aujourd'hui !

D'autre part, c'est évidemment le nombre absolu des hommes qui pèse sur la planète et sur ses équilibres écologiques. Or, nul ne doit être grand mathématicien pour comprendre qu'un taux plus faible, s'il s'applique à une base plus large, peut conduire à une évolution absolue plus importante. Ainsi, entre 1960 et 1970, décennie symbole de l'explosion démographique, les effectifs de l'humanité sont passés de 3 à 3,7 milliards ce qui suppose une croissance annuelle moyenne de 70 millions de personnes. Aujourd'hui, alors même que l'on tend à minimiser l'expansion du nombre des hommes, ce sont pourtant environ 80 millions d'habitants qui viennnent tous les ans s'ajouter à la surface de la Terre. Habitants qui auront des modes de consommation plus exigeants que ceux des générations précédentes et qui se présentent sur une  planète plus dégradée et déjà deux fois plus peuplée.

A terme toutefois, convenons-en, le taux est déterminant. Avec 0 % de croissance, par définition la population sera stabilisée. Mais  quand ? Et à quel niveau ?

En France et dans certains pays d'Europe, la fécondité qui avait baissé a connu des remontés ces dernières années.  Il en a été de même dans des pays de structures démographiques et économiques très différentes comme ceux du Maghreb dont pourtant on avait vanté la rapidité de la transition démographique.

Il faut donc considérer que la baisse tendancielle des taux de croissance de la population sur laquelle tablent de nombreux  analystes constitue une hypothèse mais non une certitude. Nous rappelions d'ailleurs l'an dernier que l'ONU avait revu à la hausse ses projections démographiques pour le siècle qui commence.

 

 

  Rappel des prévisions de l'ONU pour l'évolution au cours de ce siècle.

                                                                              (prévisions de 2011 en millions d'habitants)

 

  Prévisions        en 2050       en 2100
       
  Basse          8 500          6 200
  Moyenne          9 300        10 100
  Haute        10 600        15 800

 

________________________________________________________________________________________________ 

Les effectifs de la population mondiale moyenne indiqués pour 2012 (7 004 millions) sont très légèrement différents de ceux qui avait été retenus l'an dernier (7 003 millions). Ceci parce que la liste  des compteurs n'est plus exactement la même. Deux d'entre eux ont été exclus : Terre sacré.org ne publie plus de compteur et celui de Population Matters a trop largement changé de base pour être significatif.

(a) Il est illusoire de raisonner sur des chiffres trop précis compte tenu de la connaissance que nous pouvons avoir de nos effectifs et de leur évolution. Les données sur la population peuvent etre considérées comme exactes à 1 ou 2 %  près. Le taux de croissance annuel de   + 1,13 %  que nous indiquons fixe un ordre de grandeur. Ce serait une erreur de le prendre au pied de la lettre (ou plutôt du chiffre). Il en va évidemment de même pour toutes les autres statistiques démographiques ici présentées.

(b) Ajoutons qu'il est bien peu recommandable, comme on le fait parfois de prendre   systématiquement comme référence des années record par rapport auxquelles, par définition tout autre chiffre apparaitra plus raisonnable.  Comparer tous les chiffres de la croissance démographique au taux maximum jamais connu introduit un biais statistique évident et donc une comparaison faussée par nature. 

 

Sur ce site et sur le même sujet voir également :

Les chiffres clefs de la population.  

La population mondiale au 1er janvier : 2009, 2010, 2011, 2012, 2014, 2015 .

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Published by Didier BARTHES - dans Démographie
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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 17:04

Il y a eu, il y a et il y aura encore une démographie de la misère. C’est-à-dire un trop grand nombre d’hommes pour un biotope, un territoire donné, et les ressources que nous pouvons en exploiter en fonction de notre organisation sociale et politique et de nos capacités techniques.

Cela, nous l’avons connu maintes fois.   Au quatorzième siècle en Europe pour prendre un exemple dans le passé occidental.

Nous la voyons aujourd’hui, cette démographie de la misère, dans des pays comme Haïti ou dans d’autres pays pauvres qui sont l’objet d’une croissance démographique bien supérieure à l’augmentation de leurs ressources.

Nous la pressentons dans ce siècle en prolongeant les courbes de la démographie qui nous promettent d’être environ neuf milliards d’hommes au mitan du siècle, alors même que les ressources d’énergies faciles touchent à leur fin (nous avons passé le pic pétrolier probablement un peu avant 2010) et que les promesses alimentaires de la Révolution Verte, à base d’intrants chimiques, de mécanisation et d’optimisation simpliste des espèces travaillées, animales comme végétales, montrent plus que des signes de faiblesse. Comme si nous allions être pris à revers entre un monde d’hommes et de femmes toujours plus nombreux et dont l’idéal de vie se construit sur la généralisation du mode de consommation occidental, et une Terre qui ne pourra pas nous assurer durablement les ressources agricoles, minières, énergétiques, dont nous avons nécessairement besoin pour continuer à vivre ainsi.

Que se passera-t-il alors dans une Afrique habitée par deux milliards d’hommes, et que vantent aujourd’hui tant d’économistes ? Dans le sous-continent indien en route lui aussi vers les deux milliards ? Avec dans le même temps une planète mise à mal par l’acidification des océans, un réchauffement climatique moyen supérieur à 4 C° (cf. les prévisions du Giec pour 2060), et des ressources plus coûteuses à obtenir et à transporter ? Sans compter les effets de la crise sociale que vivront sans doute les anciens pays dominants des XIX et XXème siècles désormais contraints de partager plus équitablement les ressources de la planète avec les autres puissances et ainsi amener à diminuer le niveau de vie de leurs populations. Pouvons-nous croire sincèrement que tout cela se déroulera sans trop de heurts et de conflits, à l’image d’une retraite militaire bien ordonnée ? Ou dans une pagaille où les crises humaines ajouteront aux crises écologiques et aux batailles pour contrôler les ressources, désorganisant un peu plus un monde en manque ?

Notre avenir proche ne s’annonce pas comme une promenade de santé et nous pouvons bien comprendre que des démographes sérieux soucieux d’écologie lancent une alerte forte pour que, non seulement nous fassions évoluer nos modes de vie, mais aussi que nous commencions à entrer dans une période de décroissance démographique le plus rapidement possible afin d’éviter à l’humanité qui vient cette démographie de la misère.

Encore faut-il que leur message soit entendu. Et c’est là que les difficultés commencent. Comment faire passer une telle orientation dans des sociétés elles-mêmes héritières de civilisations multimillénaires construites avec l’idée qu’il était bon que nous soyons toujours plus nombreux ? Comment faire comprendre que nous avons passé un seuil et atteint les limites de la planète ? Et donc qu’il nous faut changer radicalement notre façon de voir. Que ce qui était vrai sous Ramsès II, Confucius ou Alexandre, et a fortiori au néolithique, ne l’est plus aujourd’hui ?

La tâche est rude, urgente, mais aussi délicate, comme toujours lorsqu’on touche à la fois à un fonds culturel partagé par des centaines de générations et à l’envie inscrite dans nos cellules de nous reproduire.

Et c’est là que les démographes responsables doivent faire preuve de prudence et savoir se dissocier le plus nettement possible de ceux qui vont jusqu’à considérer la disparition de l’humanité comme une bonne chose, de ceux qui n’hésitent pas à proclamer (1) avec Yves Paccalet ‘L’humanité disparaîtra … bon débarras !’. Sans compter aussi les dé-natalistes radicaux qui envisagent des divisions par dix du nombre d’hommes et de femmes sur Terre en dix décennies.

Ceux-là sont des individus dont la pensée politique peut se révéler dangereuse et doit être dénoncée et combattue comme telle.

D’une part parce que leur programme radical suppose concrètement, et même s’ils s’en défendent, soit des éliminations massives d’humains, soit des interdictions de procréer systématiques et généralisées impossibles à supporter pacifiquement par nos sociétés humaines, tant sur un plan individuel qu’économique et social. Ils ressemblent pour tout dire à ces militants acteurs ou complices de tous les totalitarismes du siècle dernier (2), qui n’hésitaient pas à sacrifier les hommes bien vivants à leur utopie meurtrière.

D’autre part parce que leurs positions antihumaines polluent et discréditent l’approche raisonnée des démographes responsables dont l’objectif, faut-il le rappeler, est d’éviter à la communauté des hommes les malheurs qui s’annoncent si nous croyons pouvoir impunément continuer à nous multiplier sans voir que nous avons atteint les limites écologiques de notre planète.

Pour éviter demain une démographie de la misère, il est aussi nécessaire de combattre sans faiblesse ces excités du contrôle extrême de la population, nouvelle misère de la démographie.

___________________________________________________________________________

1 : A noter toutefois que le contenu du livre d’Yves Paccalet ne reflète pas complètement ce que sous-entend son titre, qu’il faudrait plutôt comprendre comme un cri de désespoir au sujet d’une écologie qui ne réussit pas à imposer ses thèmes. Je persiste néanmoins à penser que toute allusion ‘homicide’ contribue à obscurcir un débat qui doit être guidé par la prudence et la rigueur intellectuelles, évitant toute provocation inutile.

2 : Un parallèle peut d’ailleurs être fait entre la volonté affichée de ces militants d’une décroissance démographique ultrarapide dans les faits mais insoutenable socialement sans dégâts considérables, et la volonté léniniste de ‘brûler les étapes’ sans se préoccuper des inévitables pesanteurs sociales pour établir au plus vite ‘un paradis socialiste’ qui s’est illustré par le goulag. Ou quand la radicalité rejoint ou n’exprime que le mépris de l’humain et de la vie… D’où aussi le choix du titre de cet article, en référence au débat entre Marx et Proudhon, qui a accompagné bien des questionnements et des réflexions sur les racines du totalitarisme. 

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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 13:54

La Conférence-débat  "Environnement et Démographie", organisée par l’association Démographie responsable s'est tenue à Paris le 24 octobre dernier. Après un "Power Point" présenté par Hugues Stoeckel, auteur de La faim du monde, Michel Sourrouille a énoncé les termes du débat. (Ce compte rendu a été préalablement publié sur le site Biosphère

 Vidéo de la conférence 

 

Introduction :

Un sondage préalable auprès de l’assistance montre que personne ne voudrait d’une population de plus de 9 milliards d’habitants après 2050. A peine 10 % souhaiterait une stabilisation à ce chiffre, les autres désirant une baisse de la population mondiale. L’état d’esprit malthusien, en faveur d’une limitation des naissances, est donc un état d’esprit fréquent que ne reflète pas le comportement nataliste des politiques et des intellectuels. Alors qu’au cours des années 1970 la surpopulation mondiale était un thème qui se retrouvait dans des livres comme la Bombe P de Paul Ehrlich, avec la problématique Malthus/ Marx dans les cours de Sciences économiques et sociales et lors des conférences mondiales sur la population (1974 au Caire, 1984 à Mexico), le « politiquement correct » est sorti vainqueur de la conférence du Caire en 1994 sur la population. Le résultat principal a été l’exclusion systématique de toute considération numérique dans les discours autorisés. L’attention à la taille de la population était devenue à tort associée à une approche coercitive, souvenir des politiques de stérilisations forcées en Inde et de la politique de l’enfant unique en Chine.

Démographie et environnement ? Il y a ceux qui gardent une option anthropocentrée : l’environnement est ce qui est tout autour de l’homme, la nature est donc au service de l’homme, peu importe l’évolution de sa population. Significatif était ce sous-titre du MONDE (14-15 octobre 2012) : « Face à l’explosion démographique, seule une réorientation de l’agriculture permettra de lutter contre la faim. » Soyons plus productif et la faim disparaîtra ! Mais il y a aussi ceux qui préfèrent parler de nature ou de biosphère plutôt que d’environnement : l’homme n’est pas au centre, il dépend des écosystèmes. On peut parler à cet égard d’écocentrisme. La fécondité humaine redevient alors une variable sur laquelle il faut agir. Car en fait la question de fond est bien celle-là : l’espèce humaine est-elle compatible avec le milieu naturel ? D’où les deux parties de l’exposé de Michel Sourrouille.

(1/2) OUI, l’espèce humaine peut se multiplier

Notons d’abord que le terme « démographie » empêche toute vision idéologique. Il s’agit d’une simple description de la population, les statistiques sont reines : taux de fécondité, taux d’accroissement, niveau de population dans chaque pays, dans chaque secteur d’activité, etc. Le jugement de valeur est exclu. Depuis cinquante ans la population mondiale augmente en moyenne d’un milliard tous les douze ans : rien à craindre pour les démographes, c’est une évolution normale, attendons la transition démographique (passage à la baisse conjointe de la natalité et de la mortalité grâce au développement économique).

On considère que la notion d’optimum démographique est inopérante. Personne ne peut définir le niveau de population qui serait le meilleur en soi. Pour un débat, on peut avoir un certain nombre de personnes assises dans une salle, un plus grand nombre en les laissant debout, un nombre plus grand encore en diffusant sur écran la séance. Culturellement, l’être humain est malléable, il peut aussi bien s’épanouir dans les grands espaces naturels que s’entasser dans des tours à plusieurs étage et des villes tentaculaires. Techniquement il croit qu’il peut pourvoir à tout problème. Actuellement Barry Commoner a gagné contre Paul Ehrlich. Il s'appuie sur la possibilité d'une transformation technique radicale « pour satisfaire aux exigences indéniables de l'écosystème ». Les techniques agricoles ont en effet dopé la production alimentaire depuis plus d’un siècle.

Puisque tout est possible, l’intelligentsia est devenue anti-malthusienne. Les religions du « croissez et multipliez votre nombre pour dominer la planète » luttent contre l’avortement et même le préservatif. La droite, conservatrice en matière de mœurs, a combattu ardemment Simone Veil en 1974 lors du débat sur l’interruption volontaire de grossesse. Comme cette droite est aussi nationaliste, productiviste et expansionniste, fi de la maîtrise de la fécondité ! La gauche, dans le droit fil du marxisme pour lequel il faut changer les structures productives sans se soucier du nombre d’hommes, tient le même langage que la droite en soutenant les incitations publiques à la procréation. Paradoxalement le mensuel La décroissance garde une optique anti-malthusienne : « Il y a trop de voitures, le nombre d’hommes ne compte pas. » Ils rejoignent le courant humaniste qui sacralise la personne humaine et le libre choix des gens en matière de procréation.

Tout cela est une alliance au sens propre « contre nature », de ceux qui gardent une optique anthropocentrique en ignorant les contraintes naturelles.

(2/2) NON, l’espèce humaine a dépassé la capacité durable de la Terre

Contrairement aux approches subjectives de la culture humaine, une démographie responsable se penche sur les réalités objectives. Les lois de la nature conditionnent les activités humaines, que ce soit le circuit économique ou le cycle reproductif. L’économie devrait être encastrée dans le social, lui-même conscient de la détermination ultime que constitue l’écologie : l’homme n’est qu’un animal au milieu des autres animaux.

Tout n’est pas possible, il y a une population limite ou capacité de charge ainsi définie par l’ONU : « nombre d’hommes qui peuvent être entretenus sans réduire irréversiblement la capacité à les entretenir dans le futur. » Sans rentrer dans les détails, il suffit de rappeler que l’empreinte écologique de l’homme dépasse de 30 % les capacités de régénération de la planète, ce qui veut dire que nous détruisons une partie du capital naturel au détriment des générations futures. Cette année, le jour du dépassement a eu lieu le 22 août.

Robert Malthus a été le premier, à la fin du XVIIIe siècle, à porter un regard d’écologiste sur la condition humaine. Il a mis en relation l’évolution de la population et des ressources alimentaires pour en tirer une loi : alors que la population augmente très vite (de façon exponentielle dite géométrique), la production agricole, à cause des rendements décroissants, n’augmente que de façon linéaire, arithmétique. Si la révolution de Liebig a permis artificiellement une hausse des rendements agricoles au XXème siècle, cette parenthèse enchanté se termine pour en revenir à des rendements en souffrance sur des terres épuisées.

C’est l’énergie fossile qui a permis les engrais, l’irrigation et la mécanisation : nous mangeons du pétrole, même si c’est indirectement. Or le passage actuel du pic pétrolier nous annonce une descente énergétique inéluctable. Il nous faudra un jour revenir à une population compatible avec l’agriculture biologique d’avant la « révolution » agricole, soit un milliard de personnes… comme en 1804. Comme l’homme a entre-temps fortement dégradé les terres arables de multiples façons, on ne peut même pas dire que le milliard pourra être nourri convenablement.

Enfin nous avons oublié que nous sommes au bout de la chaîne trophique, ce qui permet notre survie par l’alimentation.. Beaucoup de végétaux font vivre moins d’herbivores qui nourrissent beaucoup moins de carnivores. L’espèce humaine devrait donc être peu nombreuse, sauf que pour son avantage est bientôt son malheur, elle est omnivore. Il y a des végétaliens, des végétariens et une fraction croissante de la population qui mange de plus en plus de viande. Selon le régime alimentaire, on peut nourrir plus ou moins de personnes.

Notre analyse devrait aller encore plus en profondeur. Contrairement à ce que pensent beaucoup de personnes, l’homme est un animal parmi d’autres, ce qui veut dire que la Terre héberge à la fois les humains et les non-humains. L’expansion humaine empiète sur l’habitat et la nourriture des autres espèces, ce qui entraîne une perte de biodiversité rapide et généralisée : on peut parler d’une 6ème extinction des espèces. La conférence de Nagoya sur la biodiversité en 2010 comme celle qui vient de se terminer en Inde ne peuvent résoudre le problème tant que la croissance démographique de l’espèce humaine n’est pas maîtrisée. Arne Naess nous invite à adopter la position philosophique de l'écologie profonde : « L’épanouissement de la vie non-humaine requiert une diminution de la population humaine. »

Conclusion

Il ne faut pas avoir peur de le dire, l’homme est le cancer de la terre. Cette expression est utilisée aussi bien par Cioran, par Yves Paccalet ou par Paul Ehrlich. Notre expansion démographique est semblable à une cellule du corps (terrestre) qui se développe anarchiquement au détriment de la santé de l’ensemble. En conséquence, quoi qu’en pensent certains, la décroissance est forcément malthusienne : on a à la fois trop de voitures et trop d’êtres humains. Nous devons agir à la fois sur la quantité de biens et sur la quantité de personnes.

Si nous avions à exprimer un idéal de population, ce serait 6 à 8 millions de terriens, un chiffre qui nous ramène aux débuts du néolithique, où il fallait vivre de chasse et de cueillette sans empiéter sur son écosystème… condition qui n’a d’ailleurs pas toujours été respectée, même à l’époque ! A titre de comparaison, les grands carnivores comme les lions et les tigres, ne sont plus au total que 20 000 à 40 000 seulement sur la planète. Contre plus de 7 milliards pour la seule espèce humaine, le super-prédateur.

Il faut retrouver le sens des limites alors que notre système croissanciste a complètement occulté cette réalité, la finitude de la biosphère : le temps du monde fin commence, l’enjeu du XXIe siècle sera l’écologie (la science de l’environnement) aux prises avec plusieurs milliards d’habitants. Comme l’écrivait Yves Cochet dans sa préface au livre de Stoeckel, « l’ère industrielle va se contracter et disparaître bientôt… Faute de pouvoir éviter cela, nous avons désormais la responsabilité politique de minimiser le nombre de morts ». Une des actions possibles est d’adhérer à Démographie responsable

 

conf-24-oct.jpg

Une photo de la conférence pendant les questions.

                                                                 Texte proposé par Michel Sourrouille

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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 12:04

La croissance, qu’elle soit économique ou démographique a tant marqué les deux derniers siècles qu’elle nous apparaît aujourd’hui comme le cadre naturel de l’évolution de nos sociétés. Pourtant, immanquablement, la finitude de notre monde imposera l’arrêt de tout mécanisme d’expansion.

Ici et là, trop timidement encore, la conscience se fait que notre avenir passe par une stabilisation et même par une diminution de nos effectifs comme du niveau de nos productions (au sens des flux matériels manipulés par les hommes). Stabilisation et diminution qu’il serait sans doute préférable d’organiser peu ou prou plutôt que de subir. Une confrontation brutale aux limites de la planète constituera toujours la pire des perspectives.

Cela serait un vaste chantier de l’économie politique, de la sociologie, de la philosophie même que de définir les conditions d’équilibre d’une société en décroissance. Les équilibres passés s’étant eux-mêmes, pour une part appuyés sur une fuite en avant, le retournement de situation n’est pas anodin et sans doute y sommes-nous mal préparés.  

Pourtant, si l’on place le long terme au cœur de nos préoccupations (et le vrai ressort du retournement se situe dans un tel changement de perspective), nous pouvons réduire dans des délais raisonnables notre empreinte sur la planète par une décrue douce et à priori supportable.

De même qu’en 200 ans seulement, nous avons multiplié nos effectifs par 7 et nos productions par plus encore ; en quelques siècles nous pouvons avec des taux de décroissance très modérés, excluant tout effondrement apocalyptique, sensiblement réduire et notre nombre et le niveau de notre activité économique.

Attachons-nous à la question démographique (plus facile à quantifier que le niveau d’activité). Le tableau ci-dessous indique le nombre d’années nécessaires au retour à une population mondiale donnée selon huit hypothèses: de 6 milliards à 200 millions d’habitants (en colonnes) et en fonction de différents taux de décroissance de 2 % à 0,05 % par an (en lignes).

                                               

Effectifs visés     6 Mds   5 Mds   4 Mds    3 Mds     2 Mds   1 Md  0,5  Md  0,2 Md  
tx annuel en %      (1999)   (1987)   (1974)   (1960)    (1930)    (1810)    (1500)       (0)
                   

   2,00 %

         8      17      28       42       62      96      131     176 
   1,50 %        10      22      37       56       83    129      175     235 
   1,20 %        13      28      46       70     104    161      219     294
   1,10 %        14      30      51       77     113    176      239     321

   1,00 %

       15      33      56       84     125          194      263     354 
   0,80 %        19      42      70     105     156    242      329     443
   0,60 %        26      56      93     141     208    323      439     591 
   0,50 %        31      67    112     169     250    388      526     709
   0,40 %        38      84    140     211     313    486      658     887 
   0,30 %        51    112    186     282     417    648      878  1 183
   0,20 %        77    168    280     423     626    972   1 318  1 776
   0,10 %      154    336    559     847  1 252 1 945   2 638  3 554
   0,05 %      308    673  1119  1 694  2 505 3 891   5 277  7 109

     

 

On notera que si l’on retient le taux de croissance actuel de l’humanité (+ 1,2 % par an) taux dangereux à long terme, mais qui d’une année sur l’autre ne modifie pas sensiblement les conditions de vie, et que pour cette raison de modération nous acceptions de (ou nous pouvions) le transformer en taux de décroissance il ne nous faudrait que :   13 ans pour retourner aux effectifs de l’an 2000, 70 ans pour revenir à la population de 1960, 160 ans pour atteindre un milliard d’habitants et moins de 300 ans pour retrouver les effectifs de l’humanité à l’époque du Christ.

Ainsi, dès que l’on se place sur une perspective de long terme (oubliez ce que vous entendez dans une campagne électorale) alors des objectifs ambitieux permettant le retour aux équilibres écologiques de la planète et par là même, à la durabilité de l’Homme sont à notre portée. Je laisse les philosophes déterminer s’il s’agit là d’une simple conséquence ou d’un objectif en soi.

Même un taux de décroissance aussi faible que 0,5 % permettrait en à peine plus d’un siècle de revenir à 4 milliards (population de la planète en 1974) et d’alléger ainsi fortement la pression anthropique.

Ce sont des ordres de grandeurs qu’il faut avoir en tête. Le passage par le long terme, c’est-à-dire le maintien de tels efforts sur longue durée est la seule voie qui rende possible notre durabilité. L’alternative est un écroulement dont notre confort, notre démocratie, la nature et notre vie même ont la certitude de faire les frais.  

__________________________________________________________________________________________________

Attention, ce tableau n'indique pas précisément le nombre d'enfants par femme (ce qu'on appelle couramment la fécondité) nécessaire pour atteindre les taux de décroissance retenus. Sur longue période et en l'absence de mortalité infantile une population équilibrée (c'est à dire au rapport homme/ femme en âge de procréer à peu près égal à un) est stable si chaque couple  (ou chaque femme) a deux enfants. La mortalité infantile n'étant pas nulle, ce taux est en pratique  légèrement supérieur.

Toutefois la structure de la pyramide des âges vient compliquer les choses, les pays qui ont une population très jeune et donc en âge de se reproduire, maintenant ou dans les années à venir, peuvent provisoirement maintenir leur croissance alors même qu'ils seraient sous le seuil de fécondité suceptible d'assurer le remplacement des générations. Cette contradiction apparente n'a toutefois qu'un temps, bien sûr.   

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