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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 07:44

Le 17 janvier dernier, le magazine Usbek et Rica organisait à la Gaité Lyrique, dans le cadre de la série  « Tribunal pour les générations futures », une conférence sur la surpopulation intitulée: Sommes-nous trop nombreux sur Terre ?   La présentation générale étant assurée par M. Mao (Usbek et Rica) quatre intervenants se partagèrent la tribune.   

Gilles Pison, démographe à l’INED qui a dressé le panorama démographique mondial et a décrit précisément le mécanisme de transition démographique.  

Didier Barthès, porte-parole de l’association Démographie Responsable (également  corédacteur de ce site et auteur de cet article) qui a défendu la thèse selon laquelle, le niveau et la croissance de nos effectifs constituant une menace incontournable, les questions de surpopulation devaient avoir toutes leur place dans la réflexion sur la protection de l’environnement.  

Théophile de Giraud, écrivain et  organisateur de la fête des « non parents »  auteur notamment de « L’art de guillotiner les procréateurs » qui a présenté une vision antinataliste forte  

Thierry Keller, rédacteur en chef d’Usbek et Rica, qui, revenant à une vision plus conventionnelle, a insisté sur le rôle prédominant du mode de vie plutôt que sur celui des effectifs.  

Dans une mise en scène sous forme de procès, Le démographe était l’expert chargé de présenter le contexte général, Didier Barthès et Théophile de Giraud, les accusés pour leurs propos antinatalistes et Thierry Keller le procureur.  

La conférence a été suivie du vote d’un jury tiré au sort qui à l’issu d’un bref échange avec les intervenants a répondu non à la question qui constituait l’intitulé de la conférence.  

Vous trouverez ci-dessous le script de ma propre intervention reprenant plusieurs des thèses déjà présentées sur Economie Durable. La vidéo en est également disponible via ce lien.

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Bonsoir,  

Les différentes simulations que Monsieur Pison nous a présentées l’ont bien montré : L’avenir est incertain : On s’en doutait ! Selon les différents scénarii, on peut avoir une explosion, on peut avoir une diminution, on peut avoir une stabilité.  

Malgré ces incertitudes, il y a un point sur lequel je suis prêt à prendre un pari. Ce pari c’est que, de façon obligée, au cours de ce siècle, l’humanité devra mettre la question écologique au cœur de ses préoccupations.

Nous n’avons pas le choix, parce que l’alternative c’est tout simplement l’impossible :

C’est un monde invivable, c’est un monde pollué, c’est une absence de forêts, ce sont des sols dégradés, pour une bonne part d’ailleurs, tout simplement asphaltés, ce sont des animaux qui ont disparus, ce sont des poissons qui ont disparus. Pour les poissons, d’une certaine façon, c’est déjà fini : les stocks de poissons sont aujourd’hui de 80 à 90 % plus faibles que dans les conditions naturelles.

Donc, nous n’avons pas le choix.

 

1, La démographie : Un facteur négligé.  

Cette inquiétude elle se voit déjà : Elle se voit  dans les discours au moins.

Elle se voit dans la création d’un certain nombre de partis écologistes.

Elle se voit également dans les partis traditionnels à travers l’élaboration d’un certain nombre de volets écologiques à leur programme.

Elle se voit enfin dans le monde commercial où pratiquement tous les produits, aujourd’hui, nous vantent leur innocuité environnementale.   

Ces discours, ces mesures  sont une façon de reconnaitre les pressions que l’homme fait peser sur l’environnement. Les contraintes que l’on nous impose, par exemple: économisez l’énergie, recycler les matériaux etc. Tout cela constitue une façon de répondre aux facteurs de pression, de lister ces facteurs et de les acter.

Dans toutes les discussions sur l’écologie il existe un débat sur chacun de ses points : Sur la pollution, sur la pêche, sur la protection animale etc. Et puis curieusement, il existe un facteur, un facteur de pression à mon avis absolument évident, c’est le nombre des hommes.

Ce facteur-là, il est tabou, ce facteur-là, il est interdit, ce facteur-là, il est ignoré et il est ignoré même de mouvements écologistes dont on pourrait pourtant penser qu’ils devraient le mettre en tête de leurs préoccupations.  

Je reviendrai sur le « pourquoi » il faut mettre en avant ce facteur ainsi que sur les raisons et les conséquences de cette négligence.  

Je veux m’arrêter sur les chiffres, et vous présenter quelques données.

 

2, Les chiffres, les ordres de grandeurs. (L’intervention est ici en partie constituée de commentaires de graphiques projetés sur un écran).  

Ce graphique représente l’évolution de la population mondiale depuis 10 000 ans, depuis ce que l’on a appelé la révolution néolithique, c’est-à-dire depuis que l’Homme est passé d’une économie de prédation à une économie de production.

Ce n’est pas pour vous montrer l’extraordinaire taux de croissance, celui-là, vous le connaissez déjà, c’est pour m’arrêter sur deux points.  

- Nous sommes en haut de la pyramide, juste à l’extrémité, cela veut dire, et c’est souvent négligé dans les débats sur la démographie, et là je suis d’accord avec M. Pison, il faut prendre du recul, cela veut dire que l’on vit une époque absolument exceptionnelle. C’est un point spécial de l’Histoire de l’Humanité.

Je veux dès à présent désamorcer certaines critiques, je sais que cela ne va pas continuer comme cela, ce n’est pas possible. Nous sommes dans un moment absolument particulier, nous vivons sur une pointe, nous n’avons jamais connu cela et nous ne le connaitrons jamais plus.  

- L’autre point que je veux évoquer, c’est l’ordre de grandeur. A l’époque, il y a 10 000 ans, l’INED était encore balbutiante, nous ne savons pas exactement combien nous étions, mais l’on estime  généralement qu’il vivait sur la Terre entre 5 et 10 millions d’hommes. Nous sommes 7 milliards aujourd’hui, c’est-à-dire très précisément 1 000 fois plus nombreux !  

Ce n’est rien de le dire comme ça, mais je vous demande de vous y arrêter. Imaginez un monde ou pour 1 000 hommes qui vivent aujourd’hui il y  en avait un seul ! Nous étions dans un autre monde. En 10 000 ans, ce qui n’est pas grand-chose dans l’Histoire de la vie sur Terre mais ce qui n’est même pas énorme à l’échelle de l’Histoire de l’Humanité nous avons multiplié notre nombre par 1 000 !  

Je vous montre maintenant  le même graphique que M. Pison mais sous une présentation différente. C’est M. Garnier, président de Démographie Responsable qui a établi cette courbe. Voilà ce qui s’est passé sur les 2 000 dernières années.  

Ce recul de 2 000 ans est intéressant parce, lorsque l’on analyse les évènements à cette échelle il y  a des propos qui nous sont toujours opposés, c’est la célèbre phrase de la Genèse : Croissez et multipliez.  

Elle est remarquable cette phrase, parce qu’elle nous est opposée par beaucoup de gens et par des gens de natures très différentes.  

- Elle nous est opposée par des croyants assez traditionalistes qui s’attachent au texte.

- Elle nous est opposée par des gens qui ne sont pas forcément croyants mais qui partagent ces valeurs : L’Homme est sacré, le nombre d’hommes est sacré on ne doit pas chercher à le limiter.

- Elle nous est opposée enfin, par une catégorie tout à fait différente, faite de non-croyants militants qui nous disent : « Voyez : C’est cette phrase qui est responsable ! Au lieu de nous présenter vos chiffres : Attaquez-vous aux religions, ce sont elles les coupables. »  

Ce n’est pas notre affaire, évidemment !  La question de la foi est une question intime, propre à l’âme de chacun, nous n’avons pas à aborder cela au sein de Démographie Responsable. Par contre, il est intéressant de montrer qu’à chacun d’entre eux, et malgré leurs différences, quelles que soient leur positions, on peut faire exactement la même réponse.  

Nous disons : « Voyez cette phrase a été écrite il y a 2 000 ans. C’est à dire  dans un monde où il y avait (là encore, l’INED était bébé) entre 150 et 250, disons 200 millions d’habitants ! Nous sommes 7 milliards, c’est-à-dire qu’il y avait 35 fois moins d’hommes qu’aujourd’hui ».

Là aussi c’est un autre monde, cela n’a rien à voir.

Les gens savent que nous étions moins nombreux auparavant, mais beaucoup ne connaissent pas par cœur ces chiffres ou en tout cas, n’ont pas intégré ces ordres de grandeur.  

Le phénomène ne s’est pas  arrêté là. Récemment, au cours du seul 20ème siècle, nous avons multiplié nos effectifs par quatre. Nous étions 1,6 milliard en 1900, nous étions 6 milliards en l’an  2 000 et depuis nous avons encore gagné un milliard de plus.

J’ai un souvenir particulier. C’est le jour où l’homme a posé le pied sur la Lune. Depuis ce jour, le 21 juillet 1969 où Neil Armstrong a marché sur notre satellite, ce n’est pas si lointain, nous avons multiplié nos effectifs par deux !

Cela a nourri ma réflexion, je trouve que c’est impressionnant et qu’il faut l’avoir à l’esprit.

 

3, Surpopulation : Une menace pour la durabilité.

Je reviens maintenant sur le fond de l’affaire c’est-à-dire sur ce pourquoi la surpopulation pose problème pour notre avenir.  

C’est d’abord pour une question d’ordre de grandeur.  

Ce n’est pas par dogmatisme que Démographie Responsable milite pour une démographie plus douce, c’est d’abord par réalisme, par prise de conscience de ces ordres de grandeur.  

On peut faire quelque chose pour la consommation de matière, on peut faire quelque chose pour la consommation d’énergie, on peut essayer de prélever moins de ressources, on peut avoir des voitures qui consomment moins, on peut recycler les matériaux. Tout cela, les écologistes en parlent, les règlementations, comme je vous l’ai dit, commencent à le prendre en compte. Mais il y a une chose que l’on ne peut pas faire : C’est jouer sur la consommation d’espace.  

Quoi que l’on fasse, sauf à  entasser les hommes et encore faudra-t-il disposer de zones réservées production, quoi que l’on fasse nous sommes en train de grignoter la planète.  

Cela se constate physiquement sur les photos satellites ou l’on voit les villes qui grandissent, cela se voit sur les images de l’Amazonie toujours plus grignotée.

Cette pression se traduit concrètement par une élimination du reste vivant.

Je prends souvent l’exemple du tigre parce que c’est un bel animal, le prédateur par excellence, un symbole : Nous n’avons pas seulement abaissé ces effectifs. Au cours du 20ème siècle, nous avons éliminé 93 % de ces animaux et   nous avons encore éliminé 3 des 7 % restant au cours des seules dix dernières années. En 110 ans nous avons donc tué 97 % des tigres !

Il est inutile de faire un dessin : On ne peut pas continuer comme cela. Le tigre c’est une chose, il y a hélas tant d’autres animaux pour lesquels c’est pareil.  

C’est-à-dire que, quoi que l’on fasse, aussi écolo soit-on aussi bien-pensant soit-on, de toute façon, notre croissance démographique, notre omniprésence élimineront le reste du vivant.  

Veut-on d’un monde composé seulement de villes, d’usines, de champs traités de manière industrielle ? Moi : Non !

C’est cela qui motive notre point de vue à Démographie Responsable, je pense que cela n’est pas un monde qui est beau, je pense qu’un autre monde est possible et que nous devons aller vers une démographie plus douce.  

Je ne dis pas, notez-le bien, que le problème démographique est le seul  problème ou  le plus important. Je dis une chose un peu différente, je dis que c’est le problème clef. J’entends par là que si nous échouons sur la question démographique, alors nous échouerons aussi à régler tous les autres problèmes environnementaux. On peut toujours consommer deux fois moins par personnes, si nous sommes deux fois plus nombreux vous comprenez bien que nous restons sur un statu quo. S’ajoute à cela la question de la préservation des espaces naturels que je viens d’évoquer.  

A l’inverse, si l’on redescend à des niveaux de population plus bas, alors, nous pourrons sauvegarder des espaces naturels où vivront d’autres espèces, nous pourrons également nous contenter d’énergies renouvelables.  Le débat sur le nucléaire, sur la fin des énergies fossiles aura alors beaucoup moins de pertinence le jour où nous pourrons de fait et sans difficultés particulière nous contenter d’énergies renouvelables. Etre moins nombreux constituera pour cela une condition importante.

 

4, Pourquoi ce silence ? La réalité et les raisons du tabou.  

Je voudrais dire un mot des raisons pour lesquelles on néglige la question de la surpopulation dans les débats autour de l’écologie.  

Sur le tabou d’abord. M. Pison et M. Mao l’ont évoqué : Il est bien réel. Je peux vous dire que pour militer à Démographie Responsable nous le rencontrons fréquemment. On nous traite à peu près de tous les noms.  

C’est un véritable florilège :

Fascistes …. Je ne sais pas pourquoi, je ne vois pas le rapport !

Eugénistes….Jamais, jamais j’insiste bien nous n’avons prôné une sélection ou une sélection artificielle. Nos positions n’ont rien à voir avec cela.

Antihumains…. J’y reviendrai.

Ou aussi, j’ignore si j’ai le droit de prononcer des gros mots… Bon, alors je le dis doucement… Malthusiens. Là, c’est la corde au cou avant d’avoir fini de prononcer le mot.

Les plus extrémistes aussi nous proposent de nous suicider afin de mettre en accord nos actes et nos propos. Ça fait toujours plaisir…

Bon enfin, je résume, il existe un rejet très fort.  

Pourquoi tout cela ?  

D’abord il y a les préceptes sacrés que j’ai évoqués tout à l’heure.  

Il y a aussi une conception facile de l’humanisme : Plus d’hommes c’est mieux…. Il n’y a de richesses que d’hommes…. Enfin, vous connaissez ces phrases que, pardonnez-moi, je trouve assez stupides. Parce que, s’il n’y a de richesses que d’hommes alors : Allons-y, soyons 100 milliards, soyons 200 milliards, il n’y a plus de limites,  soyons le plus riche possible.  

Il y a une méconnaissance des chiffres, ces ratios, un sur mille et sur trente-cinq, tout le monde ne les a pas en tête. 

Et puis, il y  a aussi cette perspective de la stabilisation et là c’est un débat intéressant que nous aimons avoir avec les démographes. Cette stabilisation qui nous est annoncée pour le courant de ce siècle.  Nous serons 9… 10 milliards.

Je ne remets évidemment pas en causes les chiffres ou les hypothèses qui vous ont été présentées tout à l’heure, je les crois au contraire très sérieuses mais elles posent un certain nombre de problèmes.    

Le premier de ces problèmes c’est le niveau de cette stabilisation. Si nous nous stabilisons à neuf milliards, qu’allons-nous faire du monde naturel ? Vous avez bien vu ce que l’on a fait à sept milliards. Je ne vois pas en quoi en en ajoutant deux ou trois c’est le minimum que l’on puisse envisager, on va améliorer les choses.  Cela me semble extrêmement improbable.  

Le second point sur lequel je veux insister c’est l’évolution du taux de croissance : Oui, c’est vrai, ce taux de croissance diminue.  

Le maximum a été atteint vers 1970 et autour avec + 2,1 % par an, il est aujourd’hui de + 1,2 % par an environ. Mais bien évidemment, un taux de croissance plus faible mais qui s’applique à une base plus large conduit à une croissance absolue identique.  

(De nouveau maintenant quelques commentaires de graphiques)  

Vous voyez sur ce graphique qui présente la croissance annuelle mondiale de la population (en nombre d’hommes et non en pourcentage) depuis 1950),  qu’aujourd’hui, en 2010, nous « gagnons » environ  80 millions d’hommes par an. Or dans la décennie 1960 qui constitue la décennie symbole de l’explosion démographique, on avait un taux plus fort mais une base plus faible et  finalement l’on « gagnait » plutôt 70 millions d’hommes par an. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, on « gagne » plus d’hommes chaque année que l’on en gagnait dans ces périodes-là. Et c’est bien le nombre absolu d’hommes qui est déterminant pour la pression exercée sur l’environnement.

Je profite de ce graphique pour vous signaler  cette pointe vers le bas autour de l’année 1960. Ça c’est l’effet du « Grand bond en avant » de Mao Tsé Toung. C’est assez catastrophique car cela a fait de très nombreuses victimes et il y a eu beaucoup moins de naissances du fait de cet épisode dramatique. C’est justement ce que nous voulons éviter à Démographie Responsable. Nous voulons faire baisser la population mais pas avec ce genre d’accident.  J’insiste là-dessus car je sais combien nous sommes assez facilement caricaturés, notre combat, c’est justement pour éviter cela, essayer de contribuer à éviter ce genre de crise.    

Deuxième point sur lequel je veux m’arrêter, vous voyez qu’en 2050, on envisage toujours une croissance de la population de 40 millions d’habitants par an : Ce n’est pas rien !  

Dernier point que je souhaitais évoquer : On ne connait pas bien l’avenir.  

En 2050, nous sommes d’accords nous serons environ 9 milliards, un peu plus… un  peu moins.  

En 2100 par contre, les prévisions de l’ONU naviguent entre une hypothèse basse à 6,2 milliards d’habitants et une hypothèse haute à 15,8 milliards d’habitants. C’est une autre façon de dire : On n’en sait rien ! C’est assez normal parce que le niveau de la population en 2100 dépend du nombre de naissances qui auront lieu au cours de ce siècle c’est-à-dire du comportement reproductif de gens qui sont ou très jeunes ou qui ne sont même pas encore nés.

Donc il y a pour l’avenir une grande incertitude, mais il n’y a pas symétrie des conséquences. D’un côté il y a un monde peut-être vivable à 6 milliards et de l’autre côté un monde à 15,8 milliard qui, j’en fais le pari, un pari triste, mais que je fais quand même, est un monde invivable.

 

5, Oui, on peut Agir.  

Alors : Peut-on agir ou faut-il simplement déplorer l’inertie de ces phénomènes ?  

On peut agir sur la contraception dans les pays les plus pauvres où il existe une demande insatisfaite de contraception    

Dans les pays les plus développés on peut également agir. Nous militons dans un pays comme la France en faveur de politiques fiscales et sociales qui soient réorientées de façon plus favorable vers les familles moins nombreuses (et moins favorable vers les familles plus nombreuses).

 

6, Conclusion : La Modestie Démographique la nouvelle forme de l’humanisme.  

Je tiens aussi à dire un mot sur la question de l’humanisme. Trop souvent notre combat est compris comme un combat anti humaniste parce que nous sommes contre le nombre. Nous ne sommes pas contre l’humain pour autant.  

Pour moi l’humanisme c’est deux choses.  

D’une part, c’est une obligation morale. Celle de ne pas détruire le monde.  Cela : je le pose, Je crois que l’Homme n’a pas le droit de détruire le reste du vivant à son profit (profit illusoire d’ailleurs).  

D’autre part c’est d’assurer la durabilité des sociétés.  

Pour ces deux raisons, pour satisfaire à ces deux conditions, je crois qu’il est important que l’on s’oriente vers une démographie plus modeste. C’est ce que  j’appelle la modestie démographique. Cela permettra plus longtemps à des hommes de profiter de la vie sur Terre. Si l’humanité disparait, il est certain que les hommes ne jouiront pas de la vie sur notre planète. Cette voie-là, ce n’est pas l’humanisme.  

Je vous remercie.  

didier-conference.jpg

                                                                                                    L'intervention de Didier Barthès

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Signalons par ailleurs la tenue à Dijon le mardi 31 janvier dernier d’un café Ecolo où des sujets très proches ont été évoqués. Compte rendu de cette réunion organisée par l'association Dijon Ecolo: ici    

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Published by Didier BARTHES - dans Démographie
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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 11:04

Politique familiale - Fiscalité - Quotient familial - Opposition Droite/Gauche - Accord sur l’enjeu démographique - Volonté de puissance - Adéquation territoire/population - Espace vital - Economie durable - De la place pour tous - Optimum démographique - Décroissance nécessaire ?

Un débat vif vient de s’ouvrir sur le quotient familial. Gauche contre Droite (1). Avec une gauche qui veut le remettre en question et limiter son impact sur les revenus des personnes aisés pour mieux aider les familles pauvres, et une droite qui se veut fidèle à l’esprit du Conseil National de la Résistance en voulant éviter que l’enfant ne soit source d’une baisse de niveau de vie pour sa famille. Mais la vivacité de ce débat ne peut masquer la profonde convergence qui anime ces deux familles dominantes de la vie politique française. Droite comme Gauche font leur une vision positive de la croissance démographique pour notre pays. Il y a là, dans cette sensible attention portée à l’augmentation du nombre de citoyens, sinon une volonté impérialiste ou guerrière qui s’est pourtant clairement affichée à plusieurs reprises de notre Histoire, au moins une volonté de puissance : qui en Europe aura la plus grosse population ? La France et ses dirigeants politiques ne se sont pas réellement remis de la perte de la prééminence démographique qui fut la nôtre jusqu’au XIXème siècle …

Et la volonté de puissance n’est pas la seule raison. Nos hommes politiques, de gauche comme de droite, défendent la poursuite du développement économique tel que nous le connaissons depuis la Libération et en appellent clairement à une relance de la croissance pour résoudre les problèmes auxquels le pays et les français sont confrontés. Dans ce cadre, plus de bébés c’est plus de consommation, plus de travailleurs ensuite, plus de moyens pour payer les retraites, plus de richesses pour tous. Comment alors ne pas être nataliste, comment ne pas défendre des mécanismes d’ingénierie sociale pour encourager les familles à avoir des enfants ?

Mais qui ne voit l’extrême simplisme de ce raisonnement qui constitue le fondement de leur politique en ce domaine ? C’est ici que la géographie, ou parlons moderne, l’écologie, s’invite au débat. Car un pays c’est d’abord une population et un territoire, une population qui vit sur un territoire, l’exploite et l’aménage. Et qui ne peut vivre bien, pour elle-même comme pour ses voisins, que si ce territoire et ses ressources lui permettent d’habiter sans s’entasser et de produire les biens nécessaires sans détruire le biotope qui la fait vivre (2). Il y a donc une limite au nombre d’hommes que notre territoire peut supporter, une limite d’autant plus forte que nous souhaitons vivre dans des conditions matérielles bien plus confortables que nos arrières grands-parents. Une limite à respecter si nous ne voulons pas devoir vivre aux dépens d’autres pays, si nous nous interdisons tout comportement économique semblable à l’exploitation coloniale et que nous préconisons des échanges équitables.  

Une population française de 65 millions d’habitants en 2012.

Au moment où la France atteint le seuil de 65 millions d’habitants, il est peut-être nécessaire, avant de décider de continuer à encourager sans retenue les naissances au prix d’une redistribution coûteuse en période de crise économique, que ce soit avec un quotient familial maintenu, rénové ou annulé (3), de s’interroger sur la capacité de notre territoire à accueillir toujours plus d’hommes et de femmes.

Quand l’écologie s’invite au débat, la question des limites est posée. Il est vrai que nous n’en avons pas l’habitude, et que ceci remet en cause la dynamique qui caractérise la façon dont nous avons de nous gérer. Car penser que nous avons besoin d’être toujours plus nombreux pour assurer l’équilibre économique et social de notre société, c’est nous inscrire dans une logique de fuite en avant qui ne peut que se révéler insoutenable à terme. Il est alors tentant de ratiociner sur le terme à venir et croire qu’il est loin. Mais est-il si loin (4) si nous voulons instaurer une économie durable dans le cadre de nos connaissances scientifiques et techniques actuelles ? L’agriculture soucieuse de la terre, l’élevage respectueux des animaux, l’agrochimie, les hectares nécessaires à la production de biomasse, les zones sanctuarisées pour laisser vivre la vie sauvage, les terrains dédiés à la captation des énergies renouvelables, la place de nos villes, de nos routes et de nos usines, les zones de loisirs, tout ceci prend de l’espace. Sans compter qu’il serait raisonnable de prévoir l’accueil trop prévisible de réfugiés climatiques dans ce siècle.

Il est plus que temps de s’interroger sur l’adéquation entre notre nombre, la façon dont nous voulons vivre et le territoire que nous avons à disposition. Quitte à déterminer que le moment où la population ne pourra plus croître est pour bientôt. Quitte, même, à s’apercevoir que nous sommes peut-être déjà trop nombreux en France et qu’une décroissance démographique est à envisager d’urgence. Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, cet adage tant prisé des banquiers réalistes vaut aussi pour nous, et peut-être dans notre enthousiasme très prométhéen avons-nous même un peu dépassé le ciel.

Il ne faudrait pas alors, dans cette campagne présidentielle où la voix de l’écologie politique est si absente, que le débat de détail sur le quotient familial masque la nécessaire interrogation sur notre démographie et son adéquation à nous permettre de vivre de façon durable sur le territoire que l’histoire nous a imparti. Et donc sur l’intérêt que la collectivité pourrait trouver à maintenir une politique nataliste. En matière de démographie, oublier l’enjeu écologique, ça peut signer la mort d’un pays.

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1. Deux articles significatifs. Celui de Natacha Polony Quotient familial : oublier l’enjeu démographique, c’est signer la mort d’un pays, in son blog/Le Figaro 10.01.2012 ; et Politique familiale : le double jeu dangereux de la droite, in LeMonde.fr, 19.01.2012, par Dominique Gillot, ancienne secrétaire d’Etat chargée de la santé et de l’action sociale.    

2. Sur ce thème du ‘vivre bien’ relié à la question démographique, voir Les babas béats de Taddéï, in Le Sauvage, 02.11.2011 par Alain Hervé.

3. Il serait juste de rappeler que la politique fiscale basée sur le quotient familial n’est qu’un élément parmi d’autre de la politique nataliste de la France. C’est en fait toute la puissance publique, de l’Etat aux communes, qui aide les familles nombreuses : allocations familiales, crèches subventionnées, cantines scolaires facturées à prix d’ami, gratuité de l’école, mise à disposition d’équipements sportifs non-facturée au juste coût, tarifs spéciaux divers (SNCF), retraite majorée pour les mères ayant plusieurs enfants, etc.

4. Soyons franc, il n’y a pas aujourd’hui d’étude sérieuse qui mesurerait la capacité de notre territoire à accueillir 65 millions d’homme de façon durable, et cette absence est ô combien significative. Tout juste y a-t-il quelques études sur notre capacité à produire l’alimentation pour x millions d’habitants, et encore ! Il y a donc urgence à réfléchir à la question et à évaluer combien de millions d’hommes le territoire de la France peut abriter, nourrir, loger, habiller, soigner, transporter, distraire, le tout de façon confortable et pérenne, et dans une logique de commerce équitable avec le reste du monde. En tout état de cause, et dans le doute, un principe de précaution devrait s’appliquer : si ne nous sommes pas certains de pouvoir vivre aussi nombreux que nous le sommes sans dégrader notre biotope, alors il nous faut envisager de diminuer notre nombre. Pour raisonner en juriste, nous pourrions dire que la charge de la preuve, la viabilité à vivre à 65 millions d’habitants en France, à environ 120 personnes au km2, incombe aux natalistes.

 

Title : The false quarrel of the family quotient

Family Policy – Tax system – Family Quotient - Right / Left Opposition - Agreement on the demographic issue - Will to Power - Territory / Population Adequacy - Living Space - Sustainable Economy - Space for all - Optimum Population – Decrease needed ?  

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Published by Jean-Christophe VIGNAL - dans Démographie
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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 07:04

Evaluation de nos effectifs au 1er janvier 2012  

 

Sources                                   Effectifs (en millions)
   
   INED 7 013
   Population Data.net 7 014
   Worldometers 7 013
   Terriens.com (1) 6 984
   Population Matters 7 017
   US Census Bureau 6 985
   Population mondiale.com 7 015
   Terre Sacrée.org 6 984
   
   Moyenne 7 003

 

Nous étions donc 7 milliards et 3 millions d'habitants sur notre Terre au 1er janvier 2012 à 0 heures.   Du moins, telle est l'estimation que l'on peut admettre au regard des données publiées par les différents "compteurs de population".

De telles évaluations doivent cependant être prises avec prudence. Récemment, le démographe Gilles Pison considérait que la marge d'erreur pouvait atteindre 1 à 2 %.

Cette année s'ajoute un biais particulier. Plusieurs compteurs ont manifestement recadré leurs estimations sur la décision de l'ONU de fixer au 31 octobre 2011 le jour du franchissement des 7 milliards. Ceci a globalement conduit à une réestimation à la hausse de nos effectifs. Les tendances antérieures menaient en effet à un franchissement de ce seuil symbolique un peu plus tard, au cours du premier trimestre 2012.

Cette réévaluation "administrative" rend délicate l'estimation de la croissance de la population mondiale au cours de l'année passée. Si nous nous référons à la même étude réalisée l'an dernier,  alors la progression aurait été de  87 millions en 2011 (l'estimation moyenne au premier janvier 2011 étant de 6,916 milliards). Il s'agit là d'une valeur assez improbable, car depuis plusieurs années l'évolution absolue se situe autour de  + 80 millions d'habitants par an et se trouve plutôt en en voie de stabilisation. Ces 7 millions supplémentaires résultent donc très probablement de ce recadrement formel (2).

 

Quant à l'avenir, s'il est par nature incertain, notons que cette année l'ONU a revu ses prévisions à long terme à la hausse et a publié en juin trois scénarii  en fonction de trois hypothèses de fécondité : basse, moyenne et haute. Compte tenu de l'inertie des phénomènes démographiques, les données pour 2050 sont assez fiables,  tandis que celles concernant 2100, qui dépendent du comportement reproductif de personnes qui ne sont pas encore nées, sont entachées d'une large marge d'incertitude. Ainsi, l'hypothèse haute conduit à une population 2,5 fois plus importante que l'hypothèse basse (15,8 milliards contre 6,2).   

 

  Prévisions démographiques mondiales de l'ONU  

                                                                                                                         (En millions d'habitants)  

 Années  \   Hypothèses de fécondité Basse Moyenne  Haute
    2050 8 100 9 300 10 600
     2100 6 200 10 100    15 800
        

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(1) L'estimation de Terriens.com est reprise notamment par l'association Démographie Responsable.  

(2) Un autre élément milite en ce sens. Beaucoup de compteurs tournent autour de la valeur : 7,013 milliard : Cela se conçoit aisément pour un décompte recadré à 7 milliards le 31 octobre. Comme la croissance journalière nette de la population est de 215 à 220 000 personnes, en deux mois (novembre et décembre 2011) le gain total est d'environ 13 millions. Les petites divergences  s'expliquent ensuite par le choix du niveau de croissance journalier.

Rappelons aussi qu'en ce 1er janvier 2012  la France "officialise" son passage à 65 millions d'habitants  (en réalité le seuil a sans douté été franchi courant 2011).

 

Sur la population mondiale, voir également :

Les chiffres clefs de la population

 

La population mondiale au 1er janvier 2014

La population mondiale au 1er janvier 2013   

La population mondiale au 1er janvier 2011

La population mondiale au 1er janvier 2010

 

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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 09:44

L’émission  "C dans l’air"  intitulée "huit milliards dans vingt ans" que France 5 a diffusé le 25 novembre dernier m'a laissé un goût de discours univoque et convenu. En effet, aucun des invités ne semblait sérieusement inquiet de l’augmentation de nos effectifs (à l'inverse de nombre de nos compatriotes) et tous ont insisté sur un problème d’organisation plus que de données quantitatives.

Ces points de vue mille fois répétés s’appuyaient cependant sur une argumentation imprécise et incomplète sur beaucoup de points.

Le démographe Hervé Le Bras d’abord a annoncé un taux de croissance de la population mondiale de 0,8 à 0,9 % par an. Or, avec 80 millions d’habitants supplémentaires pour une population de 7 milliards, le taux de croissance annuel est en réalité de 1,14 %...

M. Le Bras a également beaucoup insisté sur la baisse de ce taux de croissance en omettant deux phénomènes importants : D’abord, il se réfère pour dire que ce taux n’est pas inquiétant, aux taux records que l’humanité a connus dans les années 60 et 70. Il n’est jamais très honnête pour juger une donnée de la comparer à la donnée record, on pourrait dire aussi que le taux actuel est très fortement supérieur à ce que l’humanité a connu l’essentiel de son histoire et même au cours d'une partie de la première moitié du 20ème siècle.

En second lieu, bien sûr, il faut rappeler que ce taux de croissance s’applique à une population de plus en plus importante et qu’il conduit en pratique à une croissance en nombre absolu (et c’est bien cette dernière qui pèse sur les ressources et sur les équilibres écologiques) proche des niveaux records:  nous gagnons depuis le début de ce siècle environ 80 millions d’habitants par an et cela ne diminue pratiquement pas. Hervé Le Bras a également beaucoup insisté sur la baisse des taux de fécondité sans toujours la comparer (au moins dans la même intervention) à la baisse de la mortalité infantile. Or, dans les faits, ce qui compte c’est le nombre de femmes qui arrive à l’âge de la reproduction (de ce nombre viendra la croissance future), la baisse très forte de la mortalité infantile rend incomparables les taux de fécondité passés et présents, comparaison sur laquelle s’appuie son optimisme. D’ailleurs le monde gagne preque toujours autant d’habitants chaque année.

 

Analyse assez incomplète également de l’agriculture par Mme Marion Guillou qui, lorsqu’elle a évoqué l’avenir, a tout simplement oublié de dire que la productivité agricole était fortement dépendante du pétrole (via les engrais, la mécanisation et le transport des denrées) or ce pétrole va manquer au cours de notre siècle  Cela va très sensiblement peser sur la productivité et donc sur notre capacité à nourrir des effectifs croissants (d'autant que de fortes inquiétudes pèsent également sur les phosphates).  

 

Propos tout aussi incomplets de Gérard-François Dumont qui évoqua plusieurs pays en décroissance démographique en oubliant tout simplement de rappeler leur poids absolument négligeable dans la démographie mondiale.

 

Discours également très étonnant de Jean-Christophe Rufin qui laisse entendre le caractère criminel de toute analyse malthusienne. Mais quel est donc ce principe par lequel on juge une idéologie à partir d’exemples caricaturaux tirés de la frange la plus extrémiste au sein de ce qu’on appelle la Deep Ecology ? Que Jean-Christophe Rufin regarde les études et les réflexions de Population Institute aux États-Unis, de Population Matters en Angleterre, de Démographie Responsable en France ou de Rientrodolce en Italie, et il verra que ceux qui s’inquiètent de la surpopulation sont loin de tous ces excès. Laisser entendre, comme il le fait, que souhaiter un monde moins peuplé revient à ne pas se préoccuper des milliards d'occupants actuels de la planète relève de la méconnaissance. C’est au contraire pour assurer un avenir à tous, que beaucoup de mouvements militent pour une démographie plus modeste.

 

Enfin et cela concerne l’ensemble des invités deux lacunes très profondes sont apparues dans leurs discours.

D’abord personne n’a mis le problème en perspective et n’a fait comprendre aux auditeurs combien les décennies qui nous entourent constituent une exception sur le plan démographique tant en ce qui concerne les effectifs atteints qu’en ce qui concerne leur évolution. Quand un problème est grave il est bon de prendre un peu de recul et de situer les choses. Regardons une courbe de la démographie humaine sur longue période (2000 ans par exemple) et nous comprendrons immédiatement le caractère absolument exceptionnel de la période présente. Ceci ne ressortait en rien des analyses présentées et l’on avait l’impression d’un réel manque de hauteur.

Second reproche plus grave encore, l’absence totale de réflexion écologique. Tout le débat a été concentré sur l’alimentation. Que l’explosion démographique exclue de fait la présence de la quasi-totalité de la vie sauvage sur Terre ne semble pas avoir effleuré un seul instant l’esprit des participants. C’est qu’il ne s’agit pas que de nourrir les hommes, il s’agit aussi de les faire vivre durablement et en harmonie sur leur planète avec le reste du vivant. C’est là peut-être la conception la plus profonde de l’humanisme, mais de cela, il n’a pas été question une seule seconde. Manque de recul encore et manque de tendresse évident pour le monde.

 

Hélas ces explications convenues ne constituent pas une exception. Le même travers était apparu le 1er novembre au cours de l'émission Ce soir ou Jamais où les invités de Dominique Taddéï avaient, malgré la présence de Paul Ariès, représentant de la décroissance, tenus des propos tout aussi conventionnels.  

D'ailleurs, la très importante Conférence de Dakar  consacrée à la planification familiale qui se tiendra du 29 novembre au 2 décembre 2011 semble devoir s'ouvrir dans l'indifférence générale, l'implication de l'UNPFA ou de la Fondation Bill et Melinda Gate ne change rien à l'affaire.

Sur  l'ensemble de ces sujets, mais pour un regard différent, voir sur ce site  le texte  de Jean Bruguier : "Une place pour tous et pour nos rêves aussi"  ainsi que celui de   Denis Garnier, président de Démographie Responsable :  Populationnisme versus Planification Familiale, publié sur le site : Le Cercle des Echos.  

 

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 15:04

 

 

Sept milliards d’hommes aujourd’hui – Dix milliards demain – Amélioration de l’efficience du secteur alimentaire – Limiter les écarts de revenus – Agriculture biologique – Rêve progressiste – Planète saturée – Monde trop plein – Pluie de cygnes noirs – Démographie, variable d’ajustement – Vita Povera – Respect de la vie

Paul Aries - Nassim Nicholas Taleb - Jean Ziegler

  Ourse et ses oursons

                                                                                           La valse des oursons (1)

Sept milliards d’hommes aujourd’hui, neuf ou dix demain. Même les intellectuels engagés, critiques et irrévérencieux, de Paul Aries à Jean Ziegler, ne s’en émeuvent pas et vont jusqu’à considérer que « c’est bien que la planète se peuple » (2), généralisant ainsi la joie d’ordre privé qui accueille tout enfant dans une famille heureuse à un bonheur collectif fondé sur la poursuite de l’accroissement du nombre d’hommes sur terre. Pour prendre cette marche vers les dix milliards en 2050 comme un évènement positif, ils s’appuient sur un raisonnement qui a sa logique alors que de plus en plus de personnes s’interrogent sur la capacité de notre planète à supporter un nombre toujours plus grand d’humains.

D’abord notre organisation de production et de distribution alimentaires est peu efficiente, avec des pertes pouvant être évaluées entre 30 et 40%, entre les récoltes qui pourrissent sur pied faute d’un stockage fait à temps par manque d’engins ou de silos disponibles, les points de vente qui détruisent les aliments dont la date de péremption est dépassée, ou encore les pertes dans nos frigos au niveau du consommateur final. N’oublions pas non plus l’agriculteur qui, du fait d’un effondrement des cours, a un intérêt économique évident à ne pas récolter quand le seul coût de la cueillette est supérieur à son prix de vente.

Ensuite il y a les écarts de revenus au niveau mondial qui font qu’un milliard d’entre nous consomme de la nourriture plus que de raison tandis qu’un autre milliard ne mange pas à sa faim. Comment alors ne pas penser que moins de calories, moins de régimes carnés dans les pays riches et une meilleure distribution des richesses ne suffiraient pas à éradiquer la faim dans le monde, aujourd’hui comme demain ?

Ajoutons à ces deux arguments l’idée d’augmenter les rendements agricoles en s’appuyant sur la recherche d’une part et sur des investissements plus conséquents. Et pour soulager la conscience écologique de tout un chacun qui s’inquiéterait des conséquences d’une poursuite d’une agriculture agro-chimique, un rapport de la FAO de mai 2007 (3) énonce que l’agriculture biologique pourrait nourrir 9 milliards d’hommes en 2050, aux conditions d’utiliser de bonnes pratiques et de refonder les mécanismes d’échanges internationaux de produits agricoles.

En résumé, si l’humanité, ce beau mot cher à Jaurès, combat suffisamment bien les inégalités de richesses dans les décennies qui viennent et améliore sensiblement son organisation en matière de production agricole, alors rien n’est impossible et dix milliards d’hommes pourront demain manger à leur faim.

L’affaire est donc une question de volonté politique. Et il est alors aisé de comprendre l’enthousiasme d’intellectuels comme Aries ou Ziegler, qui espèrent que nécessité fera loi et que nous les hommes tenons ici un levier puissant pour faire bouger le monde dans le sens du combat pour la justice qu’ils mènent passionnément depuis des années.

Et si tout cela ne suffisait pas pour nous rassurer, les démographes dans leur ensemble nous disent que nous allons vraisemblablement assister à une stabilisation de nos effectifs dans la seconde partie de ce siècle. En quelque sorte dix milliards, au maximum douze, seraient bien un optimum pour notre espèce, grosso modo compatible avec les capacités de notre planète.

Il est difficile de troubler cette vision des choses qui s’enracine dans le rêve progressiste qui anime tant d’entre nous.

Bien sûr un monde de dix et même douze milliards d’humains est possible. Mais sachons-le, le monde qui se dessine ainsi, un monde couvert de fermes pour manger, d’usines pour nos outils et nos objets, et de villes pour nous abriter, est un monde nouveau, complètement centré sur un homme dépendant de réseaux de toutes sortes, un monde plus égalitaire sans doute, plus contrôlé sûrement. Et peut-être pas durable ?

Car tout ce raisonnement, qui contribue à exclure la question démographique des variables d’ajustement sur lesquelles nous pouvons jouer, s’appuie sur l’ignorance de faits avérés et sur des tendances dont les effets se contredisent.

Le fait avéré majeur, c’est que notre planète est saturée. Déjà et vraiment. Il suffit d’écouter pendant une semaine des émissions de télévision grand-public pour apprendre là l’acidification des océans, ici la crise dans les deltas générée par les pollutions industrielles en amont et par la présence des barrages qui retiennent les sédiments, ailleurs le désert qui avance, ou encore la salinisation des sols qui progresse, sans oublier la croissance des gaz à effet de serre qui s’accentue malgré nos beaux discours. Ce ne sont plus des faits isolés que l’on peut combattre ponctuellement en agissant pour sauver une espèce en danger, c’est une pluie de cygnes noirs pour parler comme les spécialistes des théories des catastrophes (4) .

Le raisonnement qui consiste à ne pas s’inquiéter de notre évolution démographique, outre qu’il oublie quelque peu la saturation du monde, appuie aussi son optimisme intrinsèque sur des tendances qu’il suppose rassurantes, comme la volonté des femmes de mettre moins d’enfants au monde lorsqu’elles sont instruites. Ce lien entre instruction des filles, travail des femmes hors du cercle familial et baisse de la natalité est corroboré par tous les démographes et économistes. Mais comment ne pas voir que cette évolution va aussi de pair avec l’urbanisation du monde et la disparition des cultures rurales parcimonieuses, forcément parcimonieuses. Et que cette urbanisation décuple les besoins : les hommes et les femmes qui vivent en ville ont par exemple des consommations d’eau qui se rapprochent du modèle occidental, sans commune mesure avec l’utilisation parcimonieuse qui était la leur dans leur village. Autrement dit, on ne peut sérieusement se réjouir d’une tendance à voir les femmes du tiers monde ou des pays émergents scolarisées, intégrées par leur travail dans l’économie-monde et maitrisant leur fécondité, sans aussi prendre en compte le fait que leur nouveau mode de vie, souvent plus urbain, va les précipiter dans un modèle de consommation bien plus conséquent. Dans ce siècle, au vu de l’inertie liée aux pyramides des âges, il y aura peut-être un peu moins d’enfants en nombre absolu mais une demande en consommation décuplée du fait du passage accéléré à un mode de vie urbain de plusieurs milliards d’humains. Comment ferons-nous avec 50% d’hommes en plus alors que notre planète touche déjà ses limites avec sept milliards ?

Cette question est souvent abordée sous l’angle de la faim, certains allant jusqu’à prédire que le XXIème siècle sera le siècle de la faim. Après tout, il est normal que la question de la faim, au vu d’un passé de disettes et de famines qui a marqué douloureusement dans leur histoire tous les pays du globe, soit la question que l’on se pose quand la population humaine fait plus que tripler en un siècle (1950-2050). Mais est-ce ainsi que la question se pose ?

On aurait envie de dire oui pour croire à un avenir facile, pour échapper à la qualification de frileux et de malthusien. Se focaliser seulement sur la nourriture peut laisser croire que bien organisés et plus justes au sens où l’entendent Paul Aries ou Jean Ziegler, il nous est possible de vivre à dix ou douze milliards sur Terre. C’est d’abord oublier que les gains que nous pourrions faire en efficience risquent d’être largement contrebalancés par les conséquences de la dégradation écologique à laquelle nous assistons déjà, avec une détérioration constatée des rendements agricoles. C’est ensuite oublier que la non-autosuffisance alimentaire de territoires entiers supposera à la fois des transferts économiques gigantesques n’allant pas sans poser problèmes (5), et très matériellement des transports physiques de marchandises eux-mêmes fortement consommateurs de ressources. C’est encore oublier que les hommes ne font pas que manger, qu’ils ont d’autres besoins, d’autres envies, et que leur réalisation consomme aussi des ressources. C’est surtout oublier que le monde ne peut se contenter durablement de n’être qu’un grand champ tourné vers l’alimentation des hommes avec une usine à son bout pour fabriquer les objets dont nous aurions besoin pour nous distraire pauvrement et pourquoi pas égalitairement, enfermés que nous serons dans un coin de nos métropoles. Et il n’y a pas que l’homme sur Terre. Inutile ici, aux fins de disqualification de la remarque, de parler d’écologie punitive qui oublierait l’homme pour lui préférer la nature : ce que l’écologie nous a appris, c’est que l’homme est un élément dans un système, dans un écosystème, et que l’homme ne se portera bien que si cet écosystème fonctionne durablement avec un minimum d’équilibre.

A sept milliards nous quadrillons déjà notre Terre et nous l’avons mise en coupe réglée, obsédés que nous sommes par la satisfaction de nos besoins et les équilibres sociaux de nos sociétés. Et pourtant, malgré des prélèvements massifs sur notre biotope et la consommation de ressources absolument non-renouvelables à l’échelle humaine, nos sociétés connaissent la forte injustice, la détresse, et encore la faim ; elles s’appuient continument sur des logiques de fuites en avant et ainsi ajoutent aux précédents maux une inquiétude fondamentale sur notre avenir. Alors il est aujourd’hui possible de penser que jouer aussi sur notre nombre en essayant d’enrayer une croissance à venir de 50 % d’hommes n’est pas frileux ou réactionnaire ou anti-humain. C’est simplement ne plus confondre la beauté de la vie qui naît et la multiplication exagérée d’une espèce au détriment de tout l’écosystème qui l’abrite depuis la nuit des temps. C’est tout simplement ne pas instrumentaliser un surnombre d’hommes pour tenter de faire advenir une société moins inégalitaire que les luttes sociales ont jusqu’ici échouée à réaliser, en croyant à une logique de la nécessité bien incertaine : rien ne nous dit que le chaos ne l’emporterait pas. C’est tout simplement ne pas s’interdire de jouer sur un levier longtemps tabou pour préserver – ou plutôt reconquérir - un monde viable et agréable pour tous (6).

Et ce n’est évidemment pas le seul levier, le seul combat à mener, la solution qui nous exonérerait d’autres batailles, d’autres efforts : même moins nombreux nous devons nous diriger impérativement et à marche forcée vers un mode de vie sobre et techniquement efficient, une ‘vita povera’ qui donne toute sa place à une vie moins matérialiste et plus harmonieuse, tournant le dos à l’exploitation de l’homme par l’homme, délaissant des espaces sauvages où nous ne ferons que passer avec des semelles de vent, où notre empreinte sera légère, où la vie des plantes et des animaux se régulera sans nous et s’épanouira. Pour que tous sur Terre aient leur place et nos rêves aussi.

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(1) : Cliché, source :  Le Figaro. ‘La valse des oursons’. Ce très beau cliché animalier a été pris dans l’un des derniers paradis pour ours bruns, le Parc national de Katmai, à l’ouest de l’Alaska. Thomasd.Mangelsen/Abacapress.

(2) : Cette phrase ô combien significative a été prononcée ‘à la volée’ dans une ambiance d’une unanimité assez marquée, pendant l’émission de Frédéric Taddéi Ce soir ou jamais le mardi premier novembre 2011, où étaient invités notamment Paul Aries et Jean Ziegler. Les participants ont été jusqu’à évoquer le risque d’une implosion démographique dès la seconde partie de ce siècle tant toute décroissance en la matière les terrifie.  

(3) : FAO, Rapport de la Conférence internationale sur l’agriculture biologique et la sécurité alimentaire, Rome, 3-5 mai 2007.   

(4) : Cf. Le Cygne noir, la puissance de l’imprévisible, Nassim Nicholas Taleb, éd. Les Belles Lettres. Septembre 2008.  

(5) : Un pays comme le Nigeria devrait tendre selon les projections des démographes vers le demi-milliard d’habitants à la fin de ce siècle. Comment croire que ce pays pourra alors répondre aux besoins, même limités à l’essentiel, de ses concitoyens sans des échanges massifs avec l’extérieur. Et qu’exporteront-ils pour équilibrer leur balance commerciale ? Avec tout l’optimisme de la volonté possible, on est toutefois pris de vertige devant l’immensité des difficultés entrevues. Et le Nigeria n’est qu’un exemple parmi d’autres.

(6) : Après tout, est-il si indécent de considérer notre nombre sur Terre comme une variable d’ajustement possible pour faire face à la crise écologique que nous connaissons ? On peut le dire autrement : à l’ère de l’anthropocène, la maitrise de l’homme par l’homme est-elle impensable ? La violence des réactions à la question démographique, son étouffement aux prétextes d’anti-humanisme et d’extrême-droitisme est quelque peu hallucinante. Rappelons simplement que le mouvement écologique abordait frontalement et ouvertement la question dès la fin des années soixante. Que cache donc cette aversion ? Une soumission consciente ou non à des exhortations religieuses ? Une croyance aveugle et naïve dans le Progrès, ce qui nous permettrait de transgresser hardiment les limites connues de notre biotope ? Le refus de poser des limites à l’homme ? Ce qui dans ce cas ne pourrait être alors qu’une négation des principes même de l’écologie. Ce débat n’est pas que théorique : ne perdons pas de vue que nous sommes collectivement engagés dans une nécessaire transition écologique et que nous aurons besoin de toutes nos forces et de toute notre intelligence pour la réussir ; dans ce cadre tous les leviers humainement acceptables sont à considérer. Il n’est plus temps d’avoir des tabous.

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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 08:04

 

Voilà, c’est officiel, le 31 octobre prochain, selon l’ONU,  nous serons sept milliards sur la Terre. Sept milliards d’hommes et de femmes en charge de survivre et de protéger leur planète (1).

Vaste programme pour une population qui se promet de monter jusqu’à neuf milliards à l’horizon 2050 et probablement jusqu’à dix milliards au cours de ce siècle tout en rêvant de consommer encore et toujours plus.

Vaste programme au vu des dégâts déjà occasionnés à la biodiversité, aux sols, aux paysages, aux rivières ou même aux océans.

Vaste programme enfin si l’on se remémore le calendrier de notre progression passée. Rappelons encore l’histoire de cette accélération que tout écologiste devrait avoir à l’esprit.

Il y a 10 000 ans c’est-à-dire aux débuts de la révolution néolithique, les hommes étaient environ 5 millions. II y a 2 000 ans, nos effectifs s’établissaient autour de 200 millions. Puis, tout doucement, peu avant l’an mille, la courbe s’est redressée et quelques siècles plus tard, la litanie des milliards pu commencer.

 

1 milliard vers 1800

2 milliards en 1930

3 milliards en 1960

4 milliards en 1974

5 milliards en 1986

6 milliards en 1999

7 milliards en 2011

 

Oui, il nous faut désormais seulement 12 ans pour gagner un milliard d’habitants quand l’humanité a mis tant de millénaires pour atteindre le premier.

Les démographes font régulièrement part de leur optimisme (2)  en insistant sur la décélération du taux de croissance : Nos effectifs augmentent de + 1,2 % par an quand nous avons parfois  légèrement dépassé les + 2 % au cours de la décennie 1960.

Toutefois, ce taux plus faible s’appliquant à une population plus importante, en pratique la croissance absolue de la population reste presque stable et nous gagnons environ 80 millions d’habitants tous les ans soit donc un milliard tous les 12 ans et ce, depuis la fin des années 1960.

Ce phénomène est propre à l’espèce humaine. Ainsi au cours du 20ème siècle, tandis que nous multipliions nos effectifs par presque 4 (passant de 1,6 à 6 milliards), les tigres divisaient (3) les leurs par 30 réduisant leur population de 97 % ! Beaucoup d’autres animaux ont tout simplement vu leur nombre  diminuer de 100 % et ont donc disparu de la surface de la planète. Nul besoin d’être mathématicien ou biologiste pour saisir le caractère dramatique et non durable de la situation.

 

Pour marquer l’évènement et  faire comprendre les menaces que font peser sur la planète une telle croissance de nos effectifs, pour faire en sorte que le sujet fasse enfin parti du débat écologique, en un mot, pour faire cesser le tabou, l’association Démographie Responsable  organisera un rassemblement à Paris le 30 octobre prochain (de 10 à 17 h, place Igor Stravinsky, à proximité du centre Georges Pompidou). S’il vous dit de venir évoquer le sujet…  Elle vous invite également à signer la pétition suivante .

Voyez aussi sur le sujet la chronique  publiée par M. Denis Garnier président de cette association  sur le site du Monde.

 

___________________________________________________________________________________________________ 

(1) Date purement symbolique, bien sûr personne ne sait à une centaine de millions près combien nous sommes exactement. Notez que si l’on veut bien suivre les évaluations de la plupart des instituts démographiques ou même des compteurs qui pullulent sur internet (mais qui ne font que recopier) le fameux seuil devrait plutôt être franchi dans la première moitié de 2012.

(2) Que les démographes utilisent eux-mêmes le terme d’optimisme pour qualifier leur analyse de la décélération de la croissance  montre bien que cette croissance est en soi un phénomène qu’ils jugent dangereux.

(3) Il serait plus juste de préciser que c’est nous qui avons fait la division et pas les tigres de leur plein gré. Globalement leur population est passée de 100 000 à 3 000 individus entre le début du 20ème siècle  et 2010.   

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21 juin 2011 2 21 /06 /juin /2011 06:04

Voir son patronyme ou ses déclinaisons entrer dans le dictionnaire des noms communs pourrait passer pour la consécration suprême. Pourtant, Thomas Robert Malthus, auteur en 1798 (1) du célèbre « Essai sur le principe de population » en ferait l’amère expérience s’il était encore de ce monde.

C’est que, grands dictateurs mis à part, le nom de Malthus est celui dont les substantifs dérivés, malthusien(ne) ou malthusianisme, se sont hissés au premier rang des outils de déconsidération, non seulement en démographie et en économie politique, mais aussi dans l’ensemble des sciences sociales. Qui veut noyer la théorie de son adversaire l'accuse de malthusianisme ! C’est là certainement une grande injustice et celle-ci prend plusieurs formes.

 

- La première, si commune qu’il est à peine nécessaire de s’y arrêter, est que 90 % des personnes qui manient l’adjectif malthusien n’ont évidemment jamais lu une ligne du Révérend (2). La banalité du fait ne doit pas faire oublier que la pensée d’un homme ne saurait se réduire à un seul concept, et surtout que celui-ci, fut-il percutant, est toujours plus complexe que sa caricature.

 

- La seconde, plus profonde, concerne la validité de la théorie malthusienne. Celle-ci prétend qu’à terme, la croissance de la population l’emportera inéluctablement (3) sur celle des ressources, conduisant le monde aux famines et aux désordres afférents.

Il est de bon ton de rappeler avec condescendance que Malthus se serait toujours trompé et qu’avec une rare obstination l’Histoire serait systématiquement venue contredire ses sombres prédictions. Malthus n'aurait pas pris la juste mesure du progrès technique et en aurait largement sous estimé les conséquences.

En effet depuis les années 1800, si la population mondiale n’a cessé d’augmenter (4), la production et même la production agricole a progressé plus fortement encore et si le nombre de personnes souffrant de faim n’a pas diminué, leur proportion a plutôt décru (en particulier dans les pays occidentaux principaux lieux d’étude de Malthus).

Le fait est incontestable, mais suffit-il à déconsidérer notre pasteur ? Certainement pas, car ce regard sur le progrès technique est un regard superficiel qui en discerne fort mal les imbrications dans l’économie.

L’extraordinaire croissance qui a suivi la révolution industrielle et a, bon an mal an, accompagné tout le 20ème siècle en dépit de deux guerres mondiales et de génocides particulièrement ravageurs doit tout à la mise à disposition d’une énergie, fossile pour l’essentielle, toujours moins chère et toujours plus abondante.

L’agriculture en a été la première bénéficiaire (5) puisque l’énergie (via les engrais, la mécanisation et le transport) lui a permis de multiplier ses rendements. Cette évolution a dans un premier temps repoussé les menaces évoquées par Malthus.

Pourtant, il faut être conscient que le progrès technique n’a pas « inventé » d’énergie (mettons pour l’instant le nucléaire à part). Il nous a permis d’accéder plus vite aux ressources fossiles que la nature avait mis plusieurs dizaines de millions d’années à constituer. Il nous a permis de consommer (de gaspiller ?) plus rapidement le capital de la planète. A l'épuisement (prochain) de ces réserves, la prédiction malthusienne retrouvera toute sa force. Les « émeutes de la faim » qui émaillent régulièrement l’actualité sont d’ailleurs les prémisses de notre confrontation à la finitude du monde.

C’est cela l’apport de Malthus et c’est en cela que sa pensée est d’actualité, il a compris avant les autres, la finitude de notre Terre qui est à la base de la crise écologique et économique qui nous menace. L’Histoire n’a pas donné tort à Malthus, c’est Malthus qui a eu raison trop tôt.

Les économistes, à force de ne comptabiliser la richesse que dans les produits du travail et de ne valoriser les ressources naturelles qu’au prorata des efforts réalisés pour les obtenir ont commis une grande erreur. Ils ont tout simplement négligé le monde réel (6).

 

- La troisième injustice dont Malthus est victime est plus subtile, il s’agit en vérité d’une malhonnêteté intellectuelle particulièrement répandue. Quoique progressiste par certains côtés, notamment en matière d'éducation, Malthus était sur d’autres points ce qu’avec les termes d’aujourd’hui on appellerait « un homme de droite ». Il avait assez peu confiance dans les aides sociales, non par une sorte de cruauté ou d’indifférence naturelle (bien au contraire, l’homme était plutôt considéré comme bon) mais parce qu’il les jugeaient inaptes à résoudre le problème de la pauvreté. Ce point de vue l’a conduit à s’opposer assez fermement à un ensemble de lois anglaises communément regroupées sous le terme de "poor laws"  visant à lutter contre l’extrême pauvreté.

Cette conception des choses qui existe encore de nos jours, peut être discutée et il est bien entendu parfaitement concevable de s’opposer à la vision de Malthus en la matière.

Mais ce qui n’est pas honnête, c’est d’utiliser ce désaccord ou la mauvaise image que véhicule l'opinion de Malthus sur ce point pour déconsidérer sa pensée sur le problème de la divergence entre taux de croissance de la population et taux de croissance des ressources. Malthus peut parfaitement avoir tort dans sa conception de la protection sociale sans que cela ne nuise en rien à la qualité et à la justesse de sa réflexion sur la démographie.

Or, cette confusion, encore une fois peu rigoureuse sur le plan de la pensée, est un grand classique des opposants à Malthus. On l’a vue souvent évoquée, notamment par les partisans de la décroissance, qui refusent d’élargir à la question de nos effectifs leur conception en faveur d’une modération de nos activités. Pour eux la question du nombre reste taboue comme elle l’est d’ailleurs pour d’autres tendances politiques qui leurs sont pourtant radicalement opposées.

 

- Il est un quatrième point sur lequel la pensée de Malthus est largement sous-estimée. Aujourd’hui, la notion de solution ou de politique malthusienne, expression là encore employée dans un sens déconsidérant, a vu son champ d’utilisation s’élargir et l’on qualifie ainsi toute pratique  ou toute méthode qui consiste non à s’attaquer à la racine causale d’un mal mais bien à son ampleur.

Ainsi, par exemple, résoudre les problèmes de circulation en interdisant à une voiture sur deux de circuler pourrait être qualifié de solution malthusienne (par opposition à des méthodes visant à optimiser les conditions du trafic par une meilleure information ou des réseaux conçus différemment).

La démarche malthusienne (au sens général du terme et pas seulement pour l’exemple cité) est mal perçue. Elle paraît peu subtile et semble éviter le cœur des problèmes.  Pourtant la nature même d’une difficulté n’est pas indépendante de son ordre de grandeur. Paracelse l’avait depuis longtemps compris, lui qui professait dès le 16ème siècle : « c’est la dose qui fait le poison ». Sur ce point aussi, les concepts que l'on rattache aujourd’hui à l’adjectif malthusien pourraient être utilement revalorisés.

Dans un sens plus général encore, la notion de malthusianisme évoque tout simplement la prudence. Le fameux principe de précaution dont l’essence est finalement malthusienne se trouve d’ailleurs souvent porté aux nues par ceux-là même qui vilipendent son véritable inspirateur.

 

Enfin, au-delà de la réfutation de ces différentes injustices, il est une réflexion générale qui devrait nous inciter à réhabiliter les analyses de Malthus. Selon une méthode assez féconde, poussons les choses sinon à leurs extrêmes, du moins en deux voies opposées.

Imaginons d’un coté un monde significativement moins peuplé, disons moins de un milliard d’habitants et de l’autre un monde significativement plus peuplé, disons 12 ou 15 milliards d’habitants (ce n’est pas absolument exclu).

Et maintenant, en toute bonne foi, demandons-nous dans lequel de ces deux mondes avons-nous le plus de chances de résoudre les grands problèmes que sont : la pollution, la déforestation, le changement climatique, la paix, la disparition des espèces, l’emprise urbaine sur les espaces vierges et la promiscuité permanente dans laquelle nous nous installons ?

Une pensée convenue, et finalement bien peu critique, transforme en repoussoir les inquiétudes de Malthus. Au vu de la réponse, que je crois simple, à l'interrogation précédente, il serait peut-être plus sage d'y prendre garde.

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(1) Il s’agit de la date de la première édition. D’autres suivront, généralement enrichies et avec quelques variantes.

(2) Bien que ses idées soient généralement combattues par une large majorité des autorités chrétiennes, Malthus était pasteur. C’est un phénomène courant. Copernic dont les vues mirent tant d’années à être admises par l’ Eglise était lui-même chanoine. Rien de plus normal, le clergé concentrait en ces temps une bonne part de l’humanité cultivée.

(3) Précisément Malthus estime que la croissance de la population suit une évolution géométrique : Cela signifie qu’elle est multipliée par un coefficient donné à chaque période de référence, par exemple si le coefficient est égal à 2, la population suit une croissance de type 4, 8, 16, 32, 64 … A l’inverse la croissance des ressources ne suivrait qu’une progression dite arithmétique. C’est à dire qu’à chaque période, les quantités en cause se trouvent augmentées d’une valeur fixe menant à une évolution de la forme : 100, 110, 120, 130….

Dés lors que le coefficient du premier type de progression est supérieur à un, celui-ci l’emporte à terme  inéluctablement sur le second et cela, quelle que soit la valeur de la quantité fixe ajoutée.

Il va de soi qu’il s’agit là d’un principe schématique que la réalité ne saurait reproduire à la lettre. La véritable pensée de Malthus est bien de dire que tendanciellement la croissance de la population l’emporte sur celle de la production. Discuter de l’exactitude mathématique du processus serait faire à Malthus un procès sur la forme plus que sur le fond.

(4) Il y avait moins d’un milliard de personnes en 1800, il y en a sept aujourd’hui et tout indique qu'il y en aura neuf  en 2050 et probablement dix à la fin du siècle comme viennent encore de le montrer de récentes prospectives de l'ONU. 

(5) Si l’agriculture (et indirectement les consommateurs et toute l'économie) en bénéficia, la situation des agriculteurs est plus ambiguë puisque ces gains de productivité ont conduit à réduire fortement leur nombre et leur proportion dans la population. Dans les pays développés, moins de 5 % de nos effectifs suffisent aujourd'hui à nourrir le reste.

(6) De même, l’économie a toujours négligé la biodiversité et le monde animal. Mais sur le fond les choses sont de même nature. N’est comptabilisé que le produit du travail, les « gratuités naturelles » sont exclues du champ de l’économique. Chacun sait que si l’air devenait payant le PIB ferait un bond malgré l’absurdité du concept et l’appauvrissement concret et général qui en résulterait.

Ps : Une très bonne analyse de la pensée Malthusienne et des débats qu'elle suscita et suscite encore est disponible dans l’ouvrage de Georges Minois : Le poids du nombre que nous avions commenté ici même.

 

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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 06:04

Cet article de M. Denis Garnier, Président de l'association Démographie Responsable constitue un commentaire du "dossier démographie" présenté dans le Monde Diplomatique daté de  juin 2011. Il a été préalablement publié sur le site de l'association.

 

Ce dossier  du Monde Diplomatique est introduit par un article de Georges Minois intitulé «Une planète trop peuplée ? » qui reprend en partie les idées déclinées dans son excellent ouvrage : Le poids du nombre dont nous avons parlé ici-même il y a quelque temps. Hormis cet article, qu’il faut marquer d’une pierre blanche, tous les autres s’évertuent à démontrer que la planète n'est pas surpeuplée.

Si nous sommes évidemment satisfaits qu’un grand journal aborde ces questions, nous ne pouvons qu’être déçus par les réponses apportées. Ce d’autant plus que s’il est normal de s’intéresser à la Chine, aux pays arabes et à la Russie, il semble très étonnant de faire l’impasse sur l’Afrique subsaharienne, car c’est en partie là que la croissance démographique future de l’humanité va avoir lieu. Le continent africain qui compte aujourd’hui 1 milliard d’habitants va voir doubler sa population durant les 40 prochaines années et devrait atteindre les 3,5 milliards en 2100, sans pour autant d'ailleurs se stabiliser à ce moment-là. Et s’il est normal de s’intéresser à la récession démographique de la Russie, cette croissance annoncée de 2,5 milliards d’africains valait bien une étude qui aurait pu être confiée à Jean-Pierre Guengant, démographe et spécialiste du continent.

Pour son article intitulé « Fausses évidences sur la population mondiale », Gérard-François Dumont, professeur d’université, a choisi un angle d’attaque pour le moins contestable qui consiste à citer ce qu’il appelle des "poncifs", à savoir : « L’humanité connaît une natalité débridée », « Il faut craindre une véritable explosion démographique » , « Nous allons vivre sur une Terre écrasée par la surpopulation », « Les vagues migratoires Sud-Nord vont nous submerger », qui ont tous en commun de pousser à l’extrême certaines des interrogations actuelles. Il lui est alors ensuite facile d’en montrer l’exagération et donc de discréditer tout questionnement.

Sa phrase « En somme, la "population mondiale" n’existe pas, elle est un agrégat sans signification, addition de réalités si différentes que l’évoquer revient à mélanger pommes et cerises » est à encadrer !

Rappelons tout de même qu’il s’agit bien d’êtres humains d’une seule et même race (homo sapiens), qu’une certaine solidarité les unit, et qu’il est logique de s’intéresser à leur nombre global, ne serait-ce que pour savoir si la planète peut les alimenter, leur fournir suffisamment d’eau et d’énergie et finalement assurer leur bien-être. Sauf à vouloir raisonner pays par pays, coupés les uns des autres comme il semble vouloir le faire, ce qui n’est évidemment plus possible aujourd’hui à l’heure d’une économie (excessivement ?) mondialisée. N’oublions pas au passage l’existence de famines redondantes qui nécessitent que certaines régions produisent pour d’autres.

Il est cependant évident que ne faut pas uniquement s’intéresser à la population globale de la planète et qu’il faut bien entendu ensuite pousser l'analyse, régions par régions et bien sûr pays par pays. Il n’empêche que du fait des communications instantanées et de la légitime aspiration des êtres humains à une certaine égalité, le standard de vie occidental exerce une attractivité telle qu’il oblige (à terme) à considérer que justement, pomme et cerise sont bel et bien toutes deux des fruits…

« La baisse sans précédent de la fécondité provoque une nette décélération démographique : le taux annuel moyen d’accroissement est passé du maximum historique de plus de 2% à la fin des années 60 à 1,2% en 2010 ».

La question de la décélération des taux de natalité, servant à prouver que tout s’arrange, est un raccourci pour le moins très osé. En effet les 2% de croissance de 1960 s’appliquaient à une population mondiale de 3 milliards et donc provoquaient une hausse de 60 millions d’habitants par an. Or les 1,2% de 2010 s’appliquent à une population de 6,9 milliards ce qui conduit à une hausse de 82,8 millions ! On voit clairement ici que l’on peut faire dire aux chiffres le contraire de la réalité : en effet, ce dont souffre la planète, c’est bien d’un chiffre brut d’êtres humains…

De plus l’ONU a, tout dernièrement, revu à la hausse ses projections et les 9 milliards cités par l’auteur pour 2050 ne seront qu’une étape vers les 10 milliards prévus en 2100.

« Si ces 9 milliards migraient en totalité aux États-Unis, laissant tout le reste de la Terre désert, la densité des États-Unis serait encore inférieure à celle de la région Ile-de-France ».

Pour que ses habitants de l'Ile de France puissent vivre correctement, au sens où on l'entend aujourd'hui, il faut qu’une grande partie du territoire français produise leur nourriture et stocke ou recycle leurs déchets. Il faut aussi que d’autres territoires plus éloignés extraient l’énergie qui permet aux franciliens de se chauffer, de s’éclairer et de se déplacer. Et donc si la totalité de la population mondiale était concentrée aux États-Unis, il y aurait besoin du reste de la planète pour subvenir à ses besoins, ce qui reviendrait peu ou prou la situation actuelle. Ce genre de constatation : « on pourrait entasser les individus dans un endroit (relativement) petit par rapport au reste de la planète » est tout à fait trompeuse, car dans ce "réduit", ils ne sauraient en rien être autonomes…

L’auteur s’inquiète ensuite du vieillissement de la population. Or, dans les pays émergents comme la Chine (où cette question donne ensuite lieu à un article entier « Quand la Chine grisonnera »), ce vieillissement est en grande partie lié aux excès de natalité des périodes antérieures : tout baby boom délimité dans le temps provoque un papy boom 70 ans après… Et sauf à vivre en baby boom permanent, il y a bien un moment où il faut solder cette situation. Maintenant, concernant les pays occidentaux la qualification « d’hiver démographique » ne se justifie pas car si tout le monde s’accorde sur le fait que c’est une bonne chose de vivre plus longtemps, il est alors normal d’accepter en retour que l’âge moyen augmente en permanence… De plus, la solution de relance de la natalité préconisée au Nord serait une aberration sur le plan environnemental du fait de l’empreinte écologique déjà excessive de cette partie du monde.

C’est d’ailleurs la non-évocation de l’aspect écologique de la question démographique qui est le grand point faible de ce dossier. En effet, comment peut-on, en 2011, éluder le problème de la perte de la biodiversité en général et celle de la faune sauvage en particulier ? Les 97% de tigres éliminés depuis le début du XXème siècle, notamment du fait de notre expansion, doivent-ils être simplement passés par "pertes et profits" sans plus nous émouvoir ?

Enfin, la question des ressources énergétiques n’est pas non plus abordée. Et pourtant, l’humanité est en passe d’avoir épuisé le capital de ressources fossiles que la planète avait mis des millions d’années à constituer et nous vivons même à crédit sur le dos des générations futures puisque nous leur laisserons le soin de gérer nos déchets nucléaires.

Au final, ce que l’on retiendra de ce dossier c’est sa vision anthropocentrée, non-écologiste et court-termiste…

 

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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 14:04

De nombreux médias dont Le Monde (*), ont récemment fait état de la publication par l’ONU d’un rapport révisant les perspectives démographiques mondiales à la hausse.

Alors qu’il semblait très largement acquis que l’humanité allait plafonner entre 9 et 9,5 milliards de représentants à l’aube des années 2050, ces nouvelles études jettent un doute sur ce scénario. Selon l’ONU la croissance pourrait se poursuivre et la planète héberger un peu plus de 10 milliards d’hommes au tournant du prochain siècle.

Sur le fond, rien de bien étonnant. Nul ne connaît demain et fixer nos effectifs futurs consiste à faire un pari sur la fécondité et la mortalité des décennies à venir. Ce pari s’appuie sur la prolongation des tendances présentes et dans le cas particulier sur la poursuite de la baisse de la fécondité dans les pays les moins développés. Cette poursuite est possible, elle n’est pas certaine. Il est salutaire de voir ce rapport remettre en cause ce qui n’était qu’une hypothèse et en proposer une autre, hélas plus probable.

Cette révision jette un pavé dans la mare du débat écologique. On sait que la quasi-totalité des mouvements politiques ou même écologistes refusent d’aborder la question démographique définitivement (?) considérée comme taboue. Ils s'appuient pour cela sur deux arguments principaux.

D’une part, le mode et le volume de consommation des individus seraient infiniment plus déterminants pour les dégâts faits à la planète que le nombre des hommes et d’autre part, la question de nos effectifs serait réglée puisque la fin de la croissance démographique est (était, devrions-nous dire) programmée pour dans 40 ans.

Le premier argument est extrêmement discutable notamment parce qu’il fait bon marché de la consommation d’espace au détriment des forêts et des espèces sauvages que suppose l’extension des effectifs de l’humanité. On peut également ajouter  que la consommation moyenne des individus aura globalement bien du mal à baisser dans un monde où la plupart des hommes ne sont pas très riches et ont justement comme objectif principal  d’accroître leur consommation pour la situer au niveau de celles des pays occidentaux devenus de fait le modèle mondial.

Le second argument, très répandu dans la communauté des démographes avait notamment été utilisé par Nicolas Hulot dans une conférence téléphonique pour justifier de ne pas placer la question démographique en tête de ses préoccupations.

Ces nouvelles estimations provoqueront-elles une évolution des points de vues ? Les craintes de la  surpopulation qui avaient connu leur heure de médiatisation dans les années 1960 referont-elles surface ? J’en suis partisan tant la politique de l’autruche n’a jamais fait avancer les choses et tant je suis persuadé qu’un monde durable ne peut être un monde surpeuplé. Les hommes ont besoin à coté d’eux du reste du vivant. La Terre ne peut se réduire à quadrillage ininterrompu de villes et de champs.

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(*) Notez quand même une petite incohérence dans le texte proposé par Le Monde, puisque l’Onu envisagerait le passage aux 6,9 milliards en juillet 2011 et le franchissement des 7 milliards pour le 31 octobre de la même année. Il s'agit là d'un rythme évidemment (et heureusement) impossible puisque l’humanité « gagne » environ 80 millions de représentants chaque année (solde d’un peu moins de 135 millions de naissances et de 55 millions de décès), il est improbable qu’elle progresse soudain de  100 millions en trois ou quatre mois. De façon générale ces données constituent des estimations; il est impossible de connaître les effectifs de notre espèce à 100 millions près et, bien entendu, le jour des sept milliards sera une date administrative ou symbolique mais en aucun cas réelle (sauf hasard extraordinaire, mais  nous ne le saurons pas).

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 13:24

Dans le cadre de sa série, le Champ des possibles, animée par M. Joseph Confavreux, France Culture a diffusé vendredi 18 Mars une émission consacrée à la Démographie sous le titre :

 

Faut-il restreindre notre fécondité pour sauver la planète ?

 

Etaient invités pour débattre :

 

-  Paul Ariès : Directeur du "Sarkophage"

-  Francis Ronsin  : Historien

- Didier Barthès : Co-rédacteur d'Economie Durable et porte-parole de l'association Démographie Responsable.

 

                 Ecouter  l'émission  

                 Lire la transcription de l'émission.

 

 

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