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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 13:04

A tous ceux qui s’inquiètent de l’explosion démographique, en particulier sur le continent africain, on oppose souvent les bienfaits supposés d’un certain  dividende démographique. Que revêt ce concept ? Quelles en sont les promesses ? Peut-on sérieusement se rassurer à si bon compte ?  

De quoi s’agit-il ?

On appelle dividende démographique les avantages que les économies seraient susceptibles de tirer d’une phase particulière de la transition démographique durant laquelle l’évolution numérique des différentes classes d’âge conduit à maximiser la proportion d’actifs, source de richesses, et à minimiser corrélativement celle des inactifs source de dépenses.

                         Schéma de la transition démographique

 

 

 

Quand une société entre dans la première phase de la transition démographique (ici notée phase 1), elle commence par enregistrer une forte baisse de la mortalité tandis que la fécondité - car les comportements présentent une certaine inertie - reste stable ou ne diminue que faiblement. Ce décalage entre mortalité désormais basse et fécondité toujours élevée conduit évidemment à une hausse rapide des effectifs. Puis, peu à peu (phase 2), la natalité tend à son tour à baisser et à redescendre au niveau de la mortalité, conduisant ainsi les pays vers certaine stabilité démographique ou au moins vers une expansion mesurée.

C’est à l'entrée dans cette seconde période, quand la fécondité a commencé à baisser depuis quelques années, que se présente l’opportunité de ce fameux dividende démographique supposé bénéfique à l’économie.

A ce moment en effet, trois phénomènes se conjuguent pour réduire la part des inactifs et augmenter celle des actifs, favorisant ainsi la production de richesses tout en minimisant le poids des dépenses.

- les personnes âgées restent en nombre limité (1).

- le nombre de jeunes commence à diminuer (2).

- le nombre d’actifs est très important (3).

Les deux premiers éléments diminuent la proportion de personnes à charge limitant les dépenses de retraites, de soins et de frais d’éducation, le troisième maximise la part des personnes susceptibles de produire les richesses pour l’économie, permettant ainsi de générer de la croissance et de financer les dépenses afférentes aux deux premières catégories.

Ce schéma merveilleux semble réjouir nombre d’économistes comme de démographes et les conforter dans leur optimisme et leur sérénité face à la croissance de la population, finalement vue au moins provisoirement, comme un bienfait.

Le concept lui-même ne souffre guère de discussion, il s’agit d’une simple et incontestable réalité arithmétique. Par contre, arguer de ce dividende pour faire preuve d’un optimisme à toute épreuve et ignorer les difficultés de long terme pose problème.

Notons tout d’abord que les promoteurs du dividende démographique se font les chantres de la croissance, perçue comme une voie naturelle vers le progrès et une nécessité que personne de sérieux ne saurait remettre en cause. C’est un choix, il est bon toutefois de le remarquer car ses défenseurs prennent rarement la peine de l’expliciter et de le justifier, tant il leur parait relever de l’évidence (4) .

Ce choix assumé, ce fameux dividende reste-t-il une chose aussi favorable ? Rien n’est moins sûr. Que la croissance de la population active soit l’un des éléments nécessaires à la croissance économique, certes, car si personne ne produit, il est clair que le PIB ne progressera pas. Qu’il en soit une garantie est une toute autre affaire.  A l’inverse, on peut très bien redouter que cette croissance de la population active (croissance absolue comme croissance relative) ne soit qu’un des éléments favorisant un chômage de masse dans des sociétés en crise permanente (5) et (6).

Rappelons à ce propos que ce ne sont pas les personnes en âge de travailler, les actifs, qui financent les retraites et les frais d’éducation mais que c’est  leur production. Il ne suffit pas que ces personnes aient l’âge requis pour travailler, il faut encore qu’elles travaillent effectivement et soit fortement productives, c’est-à-dire que le pays s’approche du plein emploi et que son économie soit efficace, condition qui est loin d’être universelle. S’il existe un fort taux de chômage, l’importance de la population en âge de travailler n’est pas un atout mais un handicap, car beaucoup de personnes censées être actives se trouvent alors au contraire à la charge de la société, ajoutant des dépenses à celles déjà afférentes aux inactifs, jeunes et vieux.

Enfin et surtout ce dividende recèle un piège si l’on ne prend pas bien conscience de son caractère temporaire. Il est trop rarement souligné combien ce dividende est une opportunité de courte durée. Au fur et à mesure de la progression de la phase 2 et plus encore dès l'entrée dans la phase post-transition, les effets bénéfiques s’estompent. Le nombre de personnes âgées commence à augmenter car les premiers baby-boomers  (ceux du début de la phase 1) sont devenus vieux, - nul n’a encore su arrêter le cours du temps - et la croissance de la population active cesse, puisqu’arrivent à l’âge de travailler des générations par définition moins nombreuses puisque nées au cours de la phase de baisse de la fécondité. Le ratio actifs/inactifs autrefois favorable commence alors à se dégrader. Ronald Lee et Andrew Mason estiment la durée de la phase favorable où la population active augmente plus vite que le nombre de personnes qu'elle fait vivre, à environ 50 ans. Le risque est alors grand face à l’inévitable vieillissement de la population de relâcher les efforts en vue de la baisse de la fécondité afin de maintenir une proportion de population jeune très importante, supposée source de production pour demain. On entre alors dans le fameux mécanisme de Ponzi, ici appliqué à la démographie où le système ne fonctionne que par une fuite en avant perpétuelle et où l’on table abusivement sur le fait que toute génération d’ordre n + 1 devrait être numériquement supérieure à la génération d’ordre n pour assurer l’équilibre de la société. L'histoire de la finance et même le simple raisonnement démontrent l’absurdité d’une telle espérance dans un monde fini.

 ___________________________________________________________________

(1) Parce qu’elles sont nées en plus petit nombre à une période où la population était plus modeste et parce qu’ayant vécu à une époque de forte mortalité, beaucoup n’atteignent pas un âge avancé.  

(2) A cause de la baisse de la fécondité qui, à ce moment date alors de quelques années.

(3) Parce que la natalité il y a 20 a 30 ans a été très forte.

(4) A décharge de ces économistes optimistes il faut admettre que l'on peut plus difficilement se faire le défenseur de la décroissance lorsque l'on parle de pays au niveau de vie encore relativement faible.

(5) On peut remarquer qu’en Allemagne par exemple, l’arrivée de classe d’âges peu nombreuses favorise un chômage plus bas chez les jeunes.

(6) Une crise perpétuelle est évidemment un oxymore, par définition une crise est une période particulière, limitée dans le temps, mais force est de constater que depuis le premier choc pétrolier et la remise en cause d’une croissance élevée et du plein emploi, nos sociétés se vivent comme «  en crise  chronique » et laissent concrètement une bonne partie de leurs membres au bord du chemin. Le philosophe Dominique Bourg, qui insiste sur le « changement de planète », ou l’essayiste Olivier Rey (Une question de taille) qui évoque plutôt l’inaptitude du mot à décrire un phénomène durable ont très bien expliqué ce mésusage du terme crise qui reste hélas très utilisé.

Quelques autres présentations du concept de dividende démographique

Par le Population Reference Bureau

Par le Gates Institute

Par Ronald Lee et Andrew Mason dans Finances & Développement, septembre 2006. Il s’agit là d’une analyse plus sophistiquée avec prise en compte de  deux types de dividendes, le second, basé sur l’accumulation d’actifs économiques étant plus durable et pouvant prendre la relève du premier relativisant ainsi les inquiétudes évoquées dans notre article. Toutefois Ronald Lee et Andrew Mason présentent bien le dividende démographique comme une opportunité (si les politiques économiques sont bien conduites) et non comme une garantie.    

Source du graphique : Wikipédia

 

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1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 07:04

                                 Evaluation de nos effectifs au 1er janvier 2015  

                                                                       (population mondiale en millions d'habitants)

 

Sources       Effectifs au 1.1.2015          
     
     
INED                     7.285          
US Census Bureau                        7.215          
Population Reference Bureau                             7.282          
Poodwaddle                      7.183  
Population Matters                     7.322  
Population Mondiale.com                     7.269          
Ria Novosti                        7.337             
Terriens.com                         7.212             
Visio Météo / Géopopulation                              7.207              
Worldometers                               7.285             
     
Moyenne                     7 260  

 

La planète compterait désormais, en ce 1er janvier 2015,  environ 7 milliards et 260 millions d'habitants au regard d'une moyenne bâtie sur les principaux compteurs aujourd'hui disponibles (1). Le premier quart de notre huitième milliard est donc atteint.   

Au 1er janvier 2014, les estimations donnaient 7,162 milliards ce qui laisserait entendre pour l'ensemble de l'année 2014 une augmentation de 98 millions d'habitants (soit + 1,37 %). Une telle croissance est toutefois certainement surestimée, puisque depuis plusieurs années, l'évolution de la population mondiale tourne autour d'une augmentation annuelle d'environ 80 millions de personnes (soit  + 1,1 %). Il est évidemment bien improbable que le rythme de croissance ait évolué en ce sens et aussi rapidement. Le phénomène est donc lié à une réévaluation de la base des principaux compteurs. C'est d'ailleurs ce qu'a fait l'un des instituts les plus réputés, l'Ined, qui proposait l'an dernier une évaluation à 7,169 milliards et cette année à 7,285 milliards soit une augmentation encore plus improbable de 116 millions (+ 1,62 %).

On peut sans doute voir dans ces changements de bases une conséquence indirecte des deux dernières réestimations des Nations Unies qui, comme nous l'indiquions l'an dernier, ont par deux fois - en 2010 puis en 2012 - repoussé à plus tard la stabilisation de nos effectifs et ont revu à la hausse leurs projections pour la population mondiale aux horizons 2050 et 2100 (2)

Cette approche parait donc désormais validée par la communauté scientifique et vient, une fois de plus, démontrer que le problème de l'explosion démographique est loin d'être en voie de résolution aussi rapide que certains veulent bien le laisser entendre. La période de transition démographique semble se prolonger (3). Lors d'une récente émission sur France Culture (4), Gilles Pison,  tout en maintenant un certain optimisme sur la poursuite de la baisse de la fécondité, admettait que les démographes avaient réhaussé leurs prévisions ces dernières années. 

L'année 2014 a également été marquée par le franchissement du seuil des 100 millions d'habitants par les Philippines, 12ème pays le plus peuplé de la planète (après, par ordre : La Chine, l'Inde, les Etats-Unis, l'Indonésie, le Brésil, le Pakistan, le Nigéria, le Bangladesh, la Russie, le Japon et le Mexique).

Le Bangladesh, avec plus de 1 100 habitants par kilomètre carré gardant le record de densité parmi les grands pays et le Nigéria, avec environ 2,6 % d'habitants en plus chaque année, gardant lui, le record du taux de croissance parmi ce " top12". Parmi les grands pays développés notons l'exception que représentent les Etats-Unis pour lesquels l'US Census Bureau vient d'annoncer le franchissement du seuil des 320 millions d'habitants. Malgré leur haut niveau de richesse et de consommation, les Etats-Unis ont connu cette année une croissance de leur population de + 0,73 % (rythme correspondant à un doublement en 95 ans). Le développement ne constitue donc pas une garantie absolue de stabilisation rapide de nos effectifs, même si dans ce cas bien sûr, l'immigration constitue un facteur non négligeable de l'évolution démographique.

En ce qui concerne la France, l'Insee vient de valider le passage des 65 millions pour l'année 2012.     Compte tenu d'un accroissement d'environ 0,5 % par an, la population (Métropole + Dom) devrait en ce premier janvier 2015 s'approcher de 66 millions (5). 

______________________________________________________  (1) Cette moyenne a été calculée à partir des statistiques fournies par trois instituts démographiques (les trois premières lignes) et sept autres compteurs de population. De façon à ne pas surestimer une source plutôt qu'une autre les données de Géopopulation et de Visio-météo qui sont identiques à l'unité près et proviennent donc d'une source unique n'ont été comptées que pour une seule donnée, la moyenne a donc été établie sur les dix sources listées. L'élimination des deux valeurs extrêmes (Ria novosti avec 7,337 milliards et Poodwaddle.com avec seulement 7,183 milliards) ne modifie pas la valeur moyenne obtenue.   

(2) Rappel : Pour 2050 les estimations qui en 2008, s'établissaient à 9,1 milliards sont passée à 9,3 milliards (lors de la révision 2010) et à 9,6 milliards (pour la révision 2012). Pour 2100, les estimations qui en 2010 étaient de 10,1 milliards sont passées à 10,9 milliards en 2012. Dans le même temps, plusieurs pays d'Afrique ont connu une stabilisation, voire même dans certains cas, une augmentation de leur fécondité tandis que beaucoup d'analystes tablaient sur une diminution. 

(3) la période de transition démographique d'une population est celle où la mortalité a commencé à baisser fortement tandis que la natalité garde des niveaux encore beaucoup plus élevés. Elle se traduit naturellement par une véritable explosion des effectifs et seule la baisse de la natalité peut-y mettre fin. La plupart des démographes et des économistes tablent sur le développement économique pour conduire, via une baisse de la fécondité, à un état d'équilibre démographique qui a déjà été atteint par de nombreux pays développés (mais souvent avec des densités importantes, comme en Europe ou au Japon).  

(4) Culture Monde du 29 décembre 2014, présentée par Florian Delorme. Gilles Pison est l'auteur des études "Tous les pays du monde" publiée tous les deux ans par l'Ined dans la revue Population et Sociétés.

(5) Métropole + Dom   : 65.241.241 habitants exactement (c'est à dire officiellement) dont 63.375.971 pour la seule métropole, données publiées fin décembre 2014.

Comme chaque année, rappelons que les statistiques démographiques mondiales peuvent être considérées comme exactes à un ou deux pour cent près. Les effectifs ont été ici arrondis par nos soins au million le plus proche. 
Sur ce site, et sur le même sujet voir également : Les chiffres clefs de la population, ainsi que la série :

La population mondiale au 1er janvier

 

2009 (6,759 milliards), 2010 (6,838 milliards), 2011 (6,914 milliards),

2012 (7,003 milliards), 2013 (7,082 milliards), 2014 (7,162 milliards),

2015 (7,260 milliards), 2016 (7,358 milliards), 2017 (7,440 milliards),

2018 (7,534 milliards), 2019 (7,637 milliards). 2020 (7,703 milliards),

2021 (7,800 milliards).

 

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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 20:16

Les Suisses ne veulent plus de la libre circulation des personnes avec l'Union européenne.     

Ce fût d'abord un cri de surprise, car personne, y compris les sondeurs, n'attendait vraiment une réponse positive au référendum sur l'immigration massive proposé par le parti suisse de la droite dite populiste. L'initiative UDC a obtenu la majorité des cantons et du peuple, acceptée à 19 516 voix de différence ; comme l'écrit la Tribune de Genève (1), « ce score constitue une gifle pour le Conseil fédéral, les autres partis et les grandes fédérations économiques qui s'étaient mobilisés en force contre le texte. »    

Ensuite des cris d'inquiétude et de protestation, notamment venus de France. C'est Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et ancien premier ministre qui parle « d'une mauvaise nouvelle à la fois pour l'Europe et pour la Suisse. Repliée sur elle-même, cela va la pénaliser. » (2). C'est Rama Yade qui estime que « les suisses se sont tirés une balle dans le pied et ont fait un bras d'honneur à l'Europe. » (3).

Cris de peur et d'effroi encore avec Thierry Billet, maire-adjoint d'Annecy, qui évoque dans son blog (4) « cette réaction xénophobe (qui) conduit le monde : chacun chez soi et tous dans la régression, en attendant de régler nos comptes sur les champs de bataille. » Faut-il aussi citer le quotidien Libération qui parle ce mardi 11 février 2014 dans son éditorial de « virus », voyant dans ce résultat une possible maladie contagieuse et dangereuse : «La majorité helvétique qui s'est exprimée dimanche illustre le risque de contagion du discours glauque mêlant le sentiment anti-européen, le rejet des étrangers et le refus d'un supposé système politique».

Face à une telle réprobation quasi-unanime quant à la décision des suisses de poser des limites au principe de la libre circulation des personnes, que faire sinon tenter de recadrer doucement le débat, de rappeler tranquillement les fondamentaux auxquelles la Confédération helvétique est soumise, de chuchoter qu'il s'agit d'abord de commenter le choix d'un pays aussi connu pour son exemplarité démocratique.  

La Suisse est de par sa géographie un petit pays alpin, où l'espace utile est limité par les montagnes, peuplé de 8 millions d'habitants. Avec une population étrangère représentant déjà 23,5 % des habitants, soit le taux le plus élevé en Europe, avec un solde migratoire de 80 000 personnes correspondant chaque année à 1 % de sa population, soit plus du quadruple de celui d'un pays comme la France, et sachant, comme l'avait déclaré en 2012 Philippe Roch, ancien Directeur de l'Office fédéral de l'environnement, que « la Suisse consomme trois fois ce que son territoire peut produire », était-il raisonnable que la Suisse prolonge cette tendance ? Doit-elle continuer d'accueillir tous les européens recalés de la croissance économique ? Autrement dit et au-delà des aspects politiciens, peut-on encore être étonné du choix des suisses ?  

Il faut avoir une volonté de cécité bien chevillée au corps pour pouvoir croire que le développement illimité d'un appareil économique mondialisé puisse se pratiquer hors sol et sans conséquences dommageables pour la vie d'un pays, pour imaginer sans méfiance et sans prudence que la Suisse pouvait ainsi continuer à accueillir toujours plus de monde pour nourrir son expansion économique. On retrouve ici « la question centrale des limites de la croissance, et de ses conséquences sur l’environnement et le cadre de vie. La croissance démesurée de la population est en train de détruire la campagne, la nature et les paysages, cet écrin de beauté si cher aux habitants de notre pays, et si important pour leur bien-être » comme le disait  Philippe Roch (5) pendant la campagne électorale.  

La question centrale des limites va cependant bien au-delà de la question de l'immigration posée par l'UDC. C'est pourquoi on ne peut qu'espérer que la future initiative ECOPOP (6) aux fins que l'ensemble de « la population résidant en Suisse ne dépasse pas un niveau qui soit compatible avec la préservation durable des ressources naturelles » soit prochainement validée par le peuple suisse.

Voilà ce qu'on a envie de chuchoter à l'oreille de tous ceux qui, obnubilés par l'extrême-droite, sont prêts à s'allier aux industriels les plus égoïstes pour défendre jusqu'à l'absurde le principe de libre circulation des personnes (7), et ne savent pas voir que la continuation de la politique actuelle de croissance à tous crins mène à une crise écologique majeure dont nous serons tous perdants. Bref, une autre lecture de ce référendum est possible ...  

_________________________________________________________________________ 

1 : Les Suisses veulent limiter la libre circulation in La tribune de Genève, le 09.02.2014  

2 : Sophie Huet, Les politiques français préoccupés par le vote suisse in Le Figaro, le 10.02.2014  

3 : Ibid.  

4 : Thierry Billet, F-haine et vote suisse, in blog : thierry-billet.org

5 : Ph. Roch, Ecopop est préférable à l’initiative de l’UDC sur l’immigration qui est trompeuse, in La Tribune de Genève, le 27.01.2014

6 : Initiative dénommée :« Halte à la surpopulation - Oui à la préservation durable des ressources naturelles ».

7 : Sur ce sujet, voir La problématique des migrations sur une planète close et saturée, article de Michel Sourrouille in Moins nombreux, plus heureux,l'urgence écologique de repenser la démographie, Alain Gras, Alain Hervé, Corinne Maier, et alii, préface d'Yves Cochet, Ed. Sang de la Terre, février 2014.

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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 13:24

Longtemps, parler de démographie c'était parler d'écologie sans le savoir, c'était s'interroger sur la capacité d'une société humaine à grandir et à se développer en fonction des ressources que son milieu pouvait offrir.

Hérodote, Thucidide, Epicure et bien d'autres ont abordé la question démographique, mais il faut reconnaître que c'est vers la fin du XVIIIe siècle que celle-ci a été posée dans des termes qui nous parlent encore aujourd'hui.

Giammaria Ortes dans ses Riflessioni (1) a été en 1790 « le premier à suggérer le concept d'une population optimale » (2) dans le cadre d'une « nation naturelle ». Un peu après, à l'autre bout de l'Eurasie, Hong Liang-Ki (3) s'interroge en 1793 dans son traité Yi-yen (Opinions) sur le déséquilibre entre l'accroissement de la population et celui des subsistances et des moyens : « L'habitation d'une personne est déjà trop étroite pour en loger dix, comment serait-il possible d'en loger cent ? De même, la nourriture d'une personne est déjà insuffisante pour en nourrir dix, comment serait-il possible d'en nourrir cent ? C'est pourquoi je suis inquiet pour le peuple pendant la paix (car) après une longue période de paix, la nature ne peut cesser de créer des hommes ; mais ce qu'elle possède pour les nourrir ne change pas.» (4). Au-delà de s'attaquer comme le constate Jean Chesneaux (5) « à un des principes les plus intangibles de l'ancienne Chine, à savoir le devoir d'assurer, par le plus grand nombre possible d'enfants mâles, la continuité du culte des ancêtres », le grand intérêt de la pensée de Hong, notamment par rapport à celle de Malthus, est de proposer une optimisation rationnelle des ressources (6), allant jusqu'à prendre position contre « toute monopolisation des richesses » (7) pour remédier à un pic de surpopulation.

Hélas Malthus vint ! Son Essai sur le Principe de Population, paru 5 ans après le traité d'Hong Liang-Ki, traite de la même distorsion entre la croissance du nombre d'hommes et les ressources disponibles, avec une même inquiétude quant aux conséquences. Toutefois sa crainte pour les intérêts de la classe possédante (8) a largement contribué à disqualifier son discours en Occident, jusqu'à le rendre inaudible, accréditant l'idée qu'être malthusien, c'est adopter une position marquée par une frilosité animée par l'égoïsme.

L'inquiétude quant à notre nombre, intellectuellement élaborée à la fin du XVIIIesiècle par Ortes, Hong Liang-Ki et Malthus, a été mise de côté pendant tout le XIXe et une grande partie du XXe siècle, période où l'on a pu sincèrement croire que c’est la pression démographique qui imposait l’évolution des techniques dans un monde où les ressources semblaient inépuisables. Ce qu'Ester Boserup (9) a pu traduire en énonçant que « la nécessité est la mère de l’invention ». Cette vision dynamique des ressources, écho du progressisme des Lumières, s'opposait bien évidemment à la perception beaucoup plus stable des ressources qui caractérisait tant Ortes que Malthus ou Hong. Et ce n'est qu'avec l'émergence de la question écologique dans la seconde partie du XXe siècle, remettant en cause la société urbano-industrielle dont l'équilibre est fondé sur une croissance continue, que la question démographique refit surface. Ainsi n'est-ce pas un hasard si c'est Alain Hervé, le fondateur français des Amis de la Terre, qui s'occupa de la publication de l'ouvrage, écrit en 1968, d'Anne et de Paul Ehrlich la bombe P (10).

Très vite pourtant, l'entrelacement entre écologie et démographie s'étiola. La question démographique, considérée comme trop dérangeante,  fut la grande oubliée des grands sommets internationaux sur l'environnement, de Rio à ceux d'aujourd'hui. De plus, le mode autoritaire de contrôle de la natalité organisé par le parti communiste chinois à partir de 1980 ne fit pas à la question démographique une publicité extraordinaire dans les démocraties occidentales.  D'autre part, les partis politiques se référant à l'écologie préférèrent chercher à gagner des voix - ce qui peut se comprendre dans le cadre d'une démocratie élective - plutôt qu'à soulever une question difficile et considérée comme trop intrusive par leurs électeurs. Bref il fut plus facile de considérer, pour parler comme Hervé Kempf, que c'était 'les riches qui détruisent la planète' (11) que de s'interroger aussi sur l'impact de notre nombre grandissant.

C'est ainsi que la population humaine a doublé ses effectifs, entre 1968 et 2013. Doublement accompagné d'un échec patent des concepts de développement durable, de croissance verte ou d'économie circulaire ; concepts qui n'ont qu'à peine infléchi le modèle de développement urbano-industriel alors qu'un virage réel était nécessaire pour être à la hauteur des enjeux écologiques auxquels toute la planète est confrontée. D'où l'impérieuse nécessité de jouer désormais sur tous les leviers possibles afin de limiter, sinon d'éviter, un probable effondrement. D'où le retour de la question démographique. Question souvent posée par des écologistes qui ne se laissent plus enfermer par l'image négative d'une dénatalité organisée au profit des nantis ; qui privilégient l'urgence d'agir vigoureusement à la fois sur notre nombre et sur notre mode de vie, pour aller vers un monde moins plein et une vita povera joyeuse (12) ; qui refusent de voir le futur à travers la simpliste et pauvre multiplication des objets et des hommes au-delà même de la saturation, préconisant plutôt un développement qualitatif dans le respect de toutes les espèces vivantes afin de ressentir cette puissance de vie que manifeste la sève montante, cette énergie interne par laquelle l'homme se développe, ce qu'Hildegarde de Bingen (13) nomme viriditas, la viridité, concept qu'il est urgent de redécouvrir pour introduire un peu de subtilité et d'intelligence dans l'aventure humaine, et s'affranchir de la logique multiplicatrice qui trop longtemps nous a servi d'horizon.

Deux ouvrages traduisent cette effervescence.  "Compte à rebours. Jusqu'où pourrons-nous être trop nombreux sur Terre ?" D'Alan Weisman, paru en France en janvier 2014 (14) ; et  "Moins nombreux, plus heureux. L'urgence écologique de repenser la démographie", paru en février 2014, écrit  par un collectif d'auteurs (15), avec notamment Alain Hervé dont la précieuse présence permet de faire le lien avec l'écologie des années 70, cette écologie qui n'oubliait pas la démographie.

_________________________________________________________________________ 

1 : Giammara Ortes, 1713-1790. Économiste et mathématicien, il vit à Venise et publie notamment  Della economia nazionale en 1774 et Riflessioni sulla Populazione dell Nazioni per Rapporte all'Economia Nazionale en 1790.

 2 : Hans Overbeek, Un démographe prémalthusien au XVIIIe siècle : Giammara Ortes  in Population, volume 25, numéro 3, pp. 563-572. Hans Overbeek estime, en conclusion dudit article, que pour Ortes il s'agissait d' »un optimum de bien-être général, qui comprenait des éléments sociaux et politiques ».    

3 : Hong Liang-Ki, 1746-1809. Lettré chinois à la carrière tumultueuse, il rédige en 1793, sous le règne de l'empereur Kien Long et à la suite d'une longue période d'expansion économique et de progrès démographique, son traité  Yi-yen (Opinions).  

: Hong Liang-Ki,  Hong Pei-kiang che wen-tsi, édition choisie des œuvres de H L-K en trois volumes, Changhai, 1936, 1er volume, pp. 48-50, paragraphe sur la paix. Traduction retrouvée sans mention d'auteur dans les papiers d'Henri Maspero. Ces éléments ont été trouvés dans le texte de Jean Chesneaux intitulé : Un prémalthusien chinois : Hong Liang-Ki in Population, 1960, volume 15, numéro 1, pp. 89-95.  

5 : Jean Chesneaux, Un prémalthusien chinois : Hong Liang-Ki in Population, 1960, volume 15, numéro 1, p. 90.  

6 : « Faire cultiver toutes les terres disponibles et utiliser les forces inemployées du peuple, …, interdire les dépenses extravagantes, réprimer toutes monopolisation des richesses et quand des fléaux surviennent, ouvrir les greniers et le trésor public pour donner des secours aux malheureux. ». ibid. p. 93  

7 : « Dans les familles opulentes, une personne occupe une maison qui pourrait fournir le logement de cent individus et une seule famille possède des terres aussi vastes que celles de cent autres familles. Il n'y a donc rien d'étonnant à voir des gens pauvres mourir partout de froid et de faim ». (Paragraphe sur la vie sociale). Ibid. p.92.

8 : « Mais entre Hong et Malthus, existe une différence importante : Malthus craint pour les intérêts de la classe possédante. La loi des pauvres impose à celle-ci une charge qui va s'accroître constamment si les pauvres continuent à se multiplier. Soucieux de maintenir l'ordre social, il arrive logiquement à souhaiter et à préconiser la limitation des naissances. … Hong songe au contraire à s'en prendre aux riches, en particulier en matière de logement. » Alfred Sauvy, Commentaire,  suite à au texte de Jean Chesneaux précité. Ibid. p. 95.

9 : Ester Boserup, née Børgesen, 1910-1999, économiste. Elle publia notamment Évolution agraire et pression démographique, trad. française de 1970, 224 p., coll. Nouvelle bibliothèque scientifique, Flammarion - Édition originale en anglais : The Conditions of Agricultural Growth. The Economics of Agriculture under Population Pressure. 124 p. London and New York 1965.

Elle réfuta la proposition de Thomas Malthus selon laquelle les méthodes agraires définissaient la taille de la population (fonction de la nourriture disponible). Elle démontra au contraire que c’est la pression démographique qui impose l’évolution des techniques agraires.   A son propos, voir aussi Hervé Le Bras, « Malthus ou Boserup : validité et continuité historique des modèles démo-économiques », Mathématiques et sciences humaines, n°164, Hiver 2003.  

10 : La bombe « P » 7 milliard d'hommes en l'an 2000, (The Population Bomb) Paul R. Ehrlich, ed. Fayard, 1969 ; en poche, coll. Documents, ed.  J'ai lu, 1973.

11 : Comment les riches détruisent la planète, Hervé Kempf, coll. L'histoire immédiate, Le Seuil, janvier 2007.

12 : Vita Povera, l’expression a été construite en parallèle à celle d’arte povera ; ainsi la pauvreté n’est pas incompatible avec la beauté, l’énergie, la joie de vivre. Ce concept de vita povera veut donner toute sa place à une vie moins matérialiste et plus harmonieuse, pleine de viridité, tournant le dos à l'exploitation de l'homme par l'homme, laissant libre des espaces sauvages où la vie des plantes et des animaux se régulerait sans nous et s'épanouirait. Ce concept est toutefois différent de celui de sobriété heureuse défendu notamment par Pierre Rabhi ; il insiste plus sur l’idée de pauvreté afin de marquer notre défiance vis-à-vis des nombreux discours écologisants qui tentent de masquer l’importance des changements et des sacrifices matériels à prévoir.

13 : Hildegarde de Bingen, 1098-1179. Bénédictine mystique, musicienne, femme de lettres franconnienne, linguiste, à la fois sainte et docteur de l’Église, elle écrit notamment en 1158 le livre des subtilités des créatures divines et le livre des œuvres divines en 1174.

14 : Première édition sous le titre Countdown. Our Last, Best Hope for a future on Earth ? Editions, Little, Brown and Compagny, 2013. Version française : Compte à rebours. Jusqu'où pourrons-nous être trop nombreux sur Terre ? Editions Flammarion, janvier 2014, 430 pages, 23,90 €.

15 : "Moins nombreux, plus heureux. L'urgence écologique de repenser la démographie", ouvrage collectif coordonné par Michel Sourrouille, préface d'Yves Cochet, ed. Sang de la Terre, février 2014, 176 pages, 16 €. En librairie le 17 février 2014.

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1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 07:04

                           Evaluation de nos effectifs au 1er janvier 2014

                                                                                                              (en millions d'habitants)

 

Sources    2013     2014 Progression Progression
      (en millions) (en %)
         
INED 7 091     7 169         + 78    + 1,1 %
Population Data.net 7 099     7 184         + 85    + 1,2 %
Terriens.com 7 060     7 136         + 76    + 1,1 %
US Census Bureau 7 062     7 138         + 76    + 1,1 %
Population Mondiale.com 7 099     7 184         + 85    + 1,2 %
         
Moyenne   7 082     7 162        + 80     + 1,1 %

 

 

La planète compte désormais un peu plus de 7 milliards et 150 millions d'habitants :  7,162 milliards précisément au regard d'une moyenne bâtie sur les principaux compteurs aujourd'hui disponbiles. Avec 80 millions de terriens en plus que l'an dernier, soit une progression de  + 1,1 %, la croissance de la population mondiale reste stable (1) et (2). 

L'Année 2013 a été marquée par la publication des nouvelles projections de l'ONU (dites révisions 2012). L'étude de l'ONU propose, pour la seconde fois consécutive, une hausse des projections à l'échéance 2050. L'hypothèse moyenne de fécondité     (3) conduit en effet à une population de 9,6 milliards  pour la moitié du siècle (l'Ined prévoit de son côté 9,731 milliards). Les deux études précédentes de l'ONU (révisions 2010 et 2008) ne prévoyaient respectivement dans le cadre de cette même hypothèse moyenne qu'une population de 9,3 et 9,1 milliards pour la même date. Nous sommes donc clairement dans une phase de rehaussement des projections démographiques.

En France, sous la plume de Gilles Pison, l'INED a publié dans sa revue Population et Société un dossier nommé « Tous les pays du monde ». Cette étude montre une stabilisation de la fécondité mondiale à 2,5 enfants par femme soit au même niveau que lors de la publication précédente en 2011, alors même que beaucoup de démographes tablaient sur une décrue régulière de cet indice. Il est bien sûr encore trop tôt pour savoir si cette pause dans la baisse tendancielle de la fécondité sera durable.

Quant à l’année qui commence, elle verra peut-être l’entrée d’un nouveau membre, le douzième, dans le « club des plus de 100 millions d’habitants » : Les Philippines.

______________________________________________________  (1) Les effectifs de la population mondiale indiqués pour le 1er janvier 2013 (7 082 millions) sont très légèrement différents de ceux qui avaient été retenus l’an dernier (7 083 millions). Ceci parce que la liste des compteurs présentés n’est plus exactement la même. Le site Worldometers a été exclu parce que sa base en avait manifestement été modifiée et que cela conduisait à retenir une élévation annuelle de la population de 114 millions d’habitants, hypothèse hautement improbable. De même d’autres sites n’ont pas été retenus parce qu’ils proposaient des données trop éloignées de la moyenne et en particulier de celles fournies par les instituts les plus réputés (Ined, US Census Bureau…)  

(2) Comme chaque année, rappelons que les statistiques démographiques mondiales peuvent être considérées comme exactes à un ou deux pour cent près, il serait illusoire de prétendre à l’exactitude totale. Cela justifie les arrondis au million pour les données absolues ou au dixième de pour cent pour les chiffres de la croissance que nous avons ici choisi de retenir.

(3) Cette hypothèse moyenne de fécondité est elle-même basée sur baisse de la fécondité dans les années à venir. Le maintien du taux actuel (2,5 donc) conduirait à une véritable explosion démographique.

Sur ce site, et sur le même sujet voir également : Les chiffres clefs de la population, ainsi que la série :

La population mondiale au 1er janvier :

 

2009 (6,759 milliards), 2010 (6,838 milliards), 2011 (6,914 milliards),

2012 (7,003 milliards), 2013 (7,082 milliards), 2014 (7,162 milliards),

2015 (7,260 milliards), 2016 (7,358 milliards), 2017 (7,440 milliards),

2018 (7,534 milliards), 2019 (7,637 milliards). 2020 (7,703 milliards),

2021 (7,800 milliards).

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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 17:04

Après l’ONU, l’Ined  confirme le retournement des prévisions démographiques mondiales. Depuis une soixantaine d’années, la baisse régulière des taux de croissance et de fécondité mondiaux constitue l’argument massue pour déconsidérer toutes les inquiétudes relatives à la surpopulation.

Ce raisonnement, très en usage dans le monde politique comme dans de nombreux milieux écologistes, se trouve pourtant désormais infirmé par les plus récentes études et l’optimisme béat n’est plus de mise. L’ONU puis l’Ined viennent de publier leurs dernières projections : Elles sont largement revues à la hausse. La stabilisation de nos effectifs se voit reportée à une date ultérieure et à  un niveau  plus élevé que ce que l’on pouvait espérer. Elle se situera sans doute aux alentours de 11 milliards en 2100, sauf bien entendu, effondrement civilisationnel avant cette échéance.

A deux reprises déjà, L’ONU avait tiré la sonnette d’alarme en révisant à la hausse ses prévisions , une première fois en 2011 puis une seconde fois en juin dernier. Ainsi, dans ses projections publiées en 2009, l’Onu estimait que le monde compterait 9,1 milliards d’habitants en 2050, prévisions remontées à 9,3 milliards en 2011, puis à 9,6 milliards en 2013 (il s’agit là des projections moyennes, l’Onu publiant en outre des fourchettes haute et basse).

Une même évolution avait logiquement touché les projections à échéance de 2100, passées de 10,1 milliards en 2011 à 10,9 milliards en 2013.

C’est désormais l’Ined qui vient confirmer la  tendance via le dernier numéro (1) de la revue Population et sociétés qui présente tous les deux ans, sous la direction de Gilles Pison, une étude baptisée « Tous les pays du monde ».  Ce document propose un vaste tableau statistique donnant les principaux éléments démographiques : population actuelle, population prévisionnelle pour 2050, taux de natalité, de fécondité… pour toutes les nations.   Ces données sont également agrégées par grandes zones géographiques ainsi qu’aux niveaux continental et mondial. Voici les principaux enseignements de cette publication. 

 

- Une stabilisation de la fécondité et de la croissance :

Alors que le taux de fécondité mondial (qui était d’environ 5 enfants par femme en 1950) baissait régulièrement, il semble désormais stabilisé à 2,5. Ce taux n’est pas négligeable, il signifie que d’une génération à l’autre les effectifs se voient multipliés par 1,25.   Chaque couple, deux personnes donc,  se trouvant en moyenne remplacé par 2,5 personnes, (un tout petit peu moins en réalité car il y subsiste encore un peu de mortalité infantile. Notons  que celle-ci est toutefois, et heureusement, tombée assez bas et que la grande majorité des enfants dans le monde atteignent désormais l’âge de la reproduction : la mortalité infantile mondiale est de 4 % en 2013 alors qu'elle se situait encore à 5,5 % en 2005).

Le taux de croissance de la population n’est curieusement pas indiqué dans le document de l’Ined, mais au niveau mondial le solde migratoire étant nul par définition, la différence entre le taux de natalité et le taux de mortalité peut nous permettre de l’estimer. Ce taux est stabilisé à + 1,2 % par an depuis 2005. (3) Cela conduit tous les ans la population à augmenter d’environ 80 millions de personnes soit l’équivalent d’une ville comme Paris tous les dix jours (4). Rappelons que si le taux de croissance est plus faible aujourd’hui que dans les décennies précédentes, il s’applique à une population plus importante et que de ce fait, la croissance effective de nos effectifs est plus forte en 2013 qu’elle ne l’était  dans les années 60 (+ 80 millions d’habitants par an contre + 70 millions environ), le record de croissance en nombre a toutefois été atteint dans les années 90 avec + 90 millions de terriens supplémentaires chaque année.

 

- L’évolution démographique de l'Afrique  constitue la composante principale de ce retournement.

C’est l’Afrique qui prend la plus grande part dans ce retournement puisque son taux de croissance ne diminue pas, au contraire.  Il s’établit en 2013 à + 2,5 % par an alors qu’il n’était que de + 2,3 % en 2005 (5) Les africains représentent aujourd’hui un peu plus de 15 % des terriens, ils devraient en représenter 25 % en 2050.

Ce mouvement touche principalement l’Afrique Subsaharienne mais aussi désormais, quoique dans une moindre mesure, l’Afrique du Nord. Seule l’Afrique Australe, qui croît de 1 % par an, présente une structure d'évolution démographique comparable à celle du reste du monde. Cette croissance est évidemment lourde de menaces dans un continent souvent frappé par les famines  et dont rappelons-le, les déserts constituent une proportion très importante.

Ce poids déterminant de l’évolution de la démographie africaine dans l’évolution globale du monde peut être mis en évidence dans le tableau suivant donnant, continent par continent, l’évolution attendue entre aujourd’hui (mi-2013) et 2050.

 

              Evolution démographique mondiale attendue d'ici 2050

  (en millions d'habitants, source Ined, extraits)

Zone   Population 2013    Population 2050     Evolution  Evolution
       (à mi année)   (estimation 2013)  (en nombre)    (en %)
           
Monde          7 141       9 731   +  2 590   +   36 %
           
Afrique          1 101       2 435   +  1 334   + 121 %
Amérique             958       1 228   +     270   +   28 %
Asie          4 305       5 284   +     979   +   23 %
Europe             740          726    -       14   -      2 %
Océanie               38            58    +      20   +   53 %

 

 

 

 

 

 

 

 

On voit que l’Afrique est le continent qui progressera le plus en nombre et surtout en valeur relative, passant de 1,101 milliard d’habitants à 2,435 milliards (+ 1,334 milliard) soit + 121 % tandis que dans le même temps, le monde entier passerait de 7,141 à 9,731milliards (+ 2,590 milliards), soit + 36 %. L’Europe serait le seul continent à voir sa population diminuer (très légèrement : - 2 %)

La réévaluation à la hausse des prévisions réalisées par l'Ined est très nette dans le tableau suivant comparant les projections pour 2050 publiées respectivement en 2011 et 2013. Ce tableau vient particulièrement conforter la réévaluation des estimations onusiennes.

 

       Réévaluation des projections pour 2050 entre 2011 et 2013

  (en millions d'habitants, source Ined, extraits)

Zone    Projections 2050  Projection 2050 Evolution Evolution
    (publiées en 2011) (publiées en 2013)  (en nombre)  (en %)
           
Monde         9 587     9 731   +  144   +  1,5 %
           
Afrique         2 300     2 435   +  135   +  5,9 %
Amérique         1 216     1 228   +    12   +  1,0 %
Asie         5 284     5 284   +      0       - 
Europe            725        726   +      1   +  0,1 %
Océanie              62          58    -      4    -   6,5 %

 

 

 

 

 

 

 

Le  retournement des prévisions concerne particulièrement l’Afrique puisque la réévaluation (à la hausse) des prévisions entre 2011 et 2013 est de + 1,5 % pour le monde (il y a donc bien une réévaluation globale) et de + 5,9 % pour l’Afrique. Notons qu'il n'y a pas eu d'évolution des projections publiées pour l'Asie et à peine pour l'Europe.  

L’Afrique reste d’autre part le continent de quelques cas extrêmes en terme de fécondité : 7,6 enfants par femme au Niger (7,0 en 2013 !),  6,8 en Somalie, 6,2 au Burundi et 6,1 au Mali. Le cas du Nigéria, quoiqu’il ne représente pas un record de fécondité (5,7 quand même) est également très inquiétant compte tenu de son poids démographique (175 millions d’habitants aujourd’hui). Ce pays devrait atteindre 444 millions d’habitants en 2050 soit plus que les États-Unis d’aujourd’hui (et même 11 % de plus que les Etats-Unis de 2050) pour une surface dix fois plus petite.  

 

L’Asie est et restera le géant démographique.

L’Asie reste bien entendu le continent le plus peuplé (4,305 milliards d’habitants soit 60 % des terriens) et le sera encore en 2050 (5,284 milliards sur 9,731 soit 54 %). L’Inde, avec un taux de fécondité encore estimé à 2,4 devrait doubler la Chine et voir ses effectifs passer de 1,276 à 1,652 milliard (respectivement de 1,361 à 1,314 milliard pour la Chine qui devrait donc connaître une légère baisse de sa population (- 3,5 %)). En terme de densité de peuplement (6), le Bangladesh qui devrait voir augmenter ses effectifs de 40 % est et restera le pays record avec 1 402 habitants par kilomètre carré en 2050. Ainsi densément peuplée, la France métropolitaine compterait près de 780 millions d’habitants ! En Asie, seul le Timor-Est (mais avec un million d'habitants seulement) et l'Afghanistan (31 millions) connaissent des taux de fécondité supérieurs à 5 et donc comparables aux records africains. 

De son côté l’Amérique du Nord constituera le grand ensemble de pays très développés voyant se poursuivre la croissance de ses effectifs (448 millions d’habitants en 2050 pour l’ensemble Canada – Etats-Unis contre 352 aujourd’hui soit + 27 % Notons que dans toute l'Amérique, nord et sud confondus, les records de fécondité sont détenus par Haïti (3,5) et par... la Guyane française (3,4) !

Avec la Chine (- 3,5 % donc),  l’Europe (- 2 %) et le Japon (- 24 % !) constitueront les principales zones de décroissance démographique. Le Japon devrait ainsi établir un record de diminution mais il est vrai qu’il part d’une densité très élevée (337 habitants par kilomètre carré en 2013). En Europe, la baisse devrait particulièrement toucher l’Europe Orientale (qui passerait de 295 à 260 millions d’habitants soit – 12  %) et dans une moindre mesure l'Europe Méridionale (qui évoluerait de 153 à 146 millions d'habitants). La France métropolitaine devrait atteindre 72 millions d’habitants soit 8 millions de plus qu’aujourd’hui (+ 12,5 %). L'Océanie connait également de forts taux de croissance mais ils portent sur des effectifs relativement faibles.

________________________________________________________________________________________________

(1) numéro 503, septembre 2013, sous la direction de Gilles Pison.C'est de ce document que sont extraites la quasi totalité des données évoquées ici tableaux compris, quelques-unes proviennent cependant des statistiques publiées par l'ONU. 

(2) Selon l’étude de l’Ined, l’indice synthétique de fécondité mondial était de 2,7 en 2005 et 2007, de 2,6 en 2009 et de 2,5 en 2011 et 2013.

(3) Cette croissance annuelle de la population de 1,2 % résulte des différences entre un taux de natalité de 2,1 % et d’un taux de mortalité de 0,9 % pour les années 2005 et 2007 et d’un taux de natalité de 2,0 % associé à un taux de mortalité de 0,8 % pour 2009, 2011 et 2013.

(4) Pour des statistiques globales voir sur ce site la page : Les chiffres clefs de la population.

(5) En 2013 ces + 2,5 % de croissance en Afrique résultent  d’une natalité de 3,6 % et d’une mortalité de 1,1 % tandis qu’en 2005, les + 2,3 % de croissance annuelle résultaient d’une natalité de 3,8 % et d’une mortalité de 1,5 %. Le mouvement de transition démographique (baisse des deux taux) s’est quand même légèrement poursuivi mais la baisse de la mortalité a été supérieure à  celle de la natalité d’où la hausse de la croissance.

(6) La densité de peuplement n’est malheureusement pas indiquée dans les statistiques publiées par l’Ined, elle a donc été calculée par nos soins pour le Bangladesh. Rappel : la densité moyenne sur l'ensemble du globe (Antarctique non pris en compte) est aujourd'hui d'environ 52 personnes par kilomètre carré et de 116 en France métropolitaine.

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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 10:04

Essai sur le principe de populationEvoqué plus souvent qu'il n'est lu, mal compris, Malthus a mauvaise presse. C’est probablement l’une des plus grandes injustices de l’histoire de la pensée économique, incompréhension que nous avions d’ailleurs déja dénoncée (voir sur ce site l'article : L'injustice faite à Malthus).   

Alors que l’écologie devrait être notre première préoccupation, l’économiste Jean-Paul Maréchal a très bien résumé la question dans une introduction qu’il fait au célèbre livre de Malthus : « Essai sur le principe de population » (1).

Au fond Malthus n’est-il pas le premier écologiste, lui qui n’hésite pas à évoquer la question des limites ? Voici ce qu’écrit en 1992 Jean-Paul Maréchal  à la dernière page de son introduction.

 

« Avant un retour sur le texte qui se révèle indispensable, il nous a paru utile, pour finir, d’examiner une question récurrente qui poursuit l’auteur de l’Essai et dont contre toute apparence le sens est finalement ambigu : Malthus a-t-il eu raison ? A-t-il été « confirmé » ou « démenti » par les faits ? quelle est en d’autres termes son « actualité » ?  

Pour certains, la cause est entendue. Malthus n’a pas vu la révolution industrielle et ses extraordinaires potentialités tandis que les catastrophes annoncées ne sont pas survenues. Avec  lui l’économie politique est irrémédiablement la « science du lugubre » comme la désignait Carlyle après avoir lu l’Essai. A considérer cet ouvrage sous l’angle exclusivement prévisionniste ou de manière superficielle, un tel raisonnement est recevable. Malthus est alors à ranger dans la grande réserve de la bibliothèque des idées comme représentant d’une espèce à jamais étrangère aux préoccupations du monde d’aujourd’hui.  

Mais si l’on pense au contraire que la substance de l’Essai réside dans l’avertissement que la Terre constitue un espace clos et un fonds borné, alors Malthus précède d’un siècle et demi le Club de Rome et ses courbes exponentielles (2) . La catastrophe démographique n’est pas survenue, non parce que la Terre pourrait nourrir n’importe quelle population, mais parce que jusqu’à présent, le développement économique a pu suivre la croissance des besoins. Or, il apparait depuis quelques années que cette expansion que l’on croyait indéfiniment perpétuable butte sur la double limite de l’épuisement des ressources naturelles et des capacités de régénération du milieu. Et l’on découvre, surexploitation pétrolière, micropollution, pollution globale et déforestation à l’appui, que la sphère des activités économiques est dépendante de la reproduction de la biosphère.  

Le principe de population ressurgit là où on l’attendait le moins : dans l’air, dans l’eau, et dans les sols. Malthus « l’empiriste » contre Riccardo  « le théorique » prend une revanche qu’il n’aurait sans doute jamais imaginée. Au moment où l’homme met en péril les conditions de sa propre survie, Malthus rappelle la nécessité d’une pensée des limites, d’une interrogation de la finitude face à l’extension du royaume de la marchandise et à l’hybris technoscientifique de cette fin de millénaire. »  

 __________________________________________________________________________________________________

(1) Robert Thomas Malthus : Essai sur le principe de population, deux volumes : 480 et 436 pages, introduction de Jean-Paul Maréchal, Editions GF Flammarion, Paris, 1992 (première édition de l’ouvrage original : 1798). Extrait des pages 54 et 55 de cette édition, publié avec l’aimable autorisation des éditions Flammarion.

(2) Voir le Club de Rome, Halte à la croissance, Fayard Paris, 314 pages

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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 14:04

Le 2 juillet dernier a eu lieu à Gaillard (74)  une conférence sur la surpopulation. Ce fut l'occasion de rappeler les ordres de grandeur de nos effectifs comme de leur évolution, de dénoncer le tabou qui règne sur la question, mais aussi d'évoquer les solutions.

La soirée s'articula autour de mon intervention axée sur l'aspect démographique proprement dit et autour de celle de Monsieur Guyla Simonyi, président de l'association hongroise, Bocs qui développa plus particulièrement les questions d'empreinte écologique et de bio-capacité des territoires.

 

Vous pouvez visualiser cette conférence via les liens suivants :

Démographie : Les ordres de grandeur, (Didier Barthès, porte parole de Démographie Responsable),  puis  Réponses aux questions sur ce sujet (id).  

Empreinte Ecologique et bio capacité (en anglais par Gyula Simonyi, président de Bocs). 

Tous nos remerciements vont à Monsieur Patrick Royer à l'origine de ces rencontres ainsi que de l'intégralité de leur organisation.

 

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 19:08

L'actualité de ces derniers jours, voire de ces dernières années, porte souvent sur le monde arabe et en particulier sur l'Égypte. En ce qui concerne ce pays, au-delà de la juste opposition à l'islamisme plus ou moins autoritaire qui s'y est installé, il faut savoir que l'instauration d'un régime laïque et démocratique ne changerait pas fondamentalement la donne.

En effet, la population égyptienne (84 millions d'habitants en 2013) vit sur un territoire de 1 million de km² : cela conduit à une densité de population de 84 habitants par km², ce qui semble faible a priori. Mais, du fait que 94,5 % du territoire est constitué de déserts, la densité de population égyptienne ramenée aux terrains ''vivables'' et/ou cultivables est en fait déjà supérieure à 1 500 hab. / km². Pour mémoire, le pays ''digne de ce nom'' (c'est-à-dire qui n'est pas une petite île – type Maurice – ou une cité-état – type Singapour) le plus densément peuplé du monde est le Bangladesh dont la densité de population n'est ''que'' de 1 100 habitants par km², avec pourtant les conséquences que l'on connaît (montée de l'islamisme et catastrophes naturelles ou industrielles récurrentes, dernière en date l'effondrement d'un immeuble-usine).

Selon les dernières projections de l'ONU (13/06/2013), la population égyptienne pourrait ainsi être de 135 millions d'âmes en 2100, ce qui conduirait à une densité de 2 450 hab. /km² (plus de deux fois la densité actuelle du Bangladesh) ! On voit ici la gravité de la situation actuelle et plus encore future.  

Il y a deux ans, au début de la ''révolution égyptienne'', plusieurs personnalités se sont exprimées sur le sujet. Parmi elles on peut citer le géopolitologue François Thual : "il y a une pression démographique qui a généré la misère", Youssef Courbage chercheur à l'INED : "Quand la population croît trop vite, ce sont les ressources qui diminuent proportionnellement par habitant", Boutros Boutros Ghali, de nationalité égyptienne et ancien secrétaire général de l'ONU de 1992 à 1996 : "Je dirais que les problèmes seront beaucoup plus importants parce que vous aurez dans les prochaines années 100 millions d'habitants sur 5 % du territoire égyptien" et Alexandre Adler "L'Égypte a d'abord un problème épouvantable : elle est aujourd'hui le pays le plus densément peuplé de la planète".  

Mais de quoi vit donc l'Égypte ? Selon un article de l'Express, antérieur à la révolution égyptienne, du canal de Suez qui rapporte 2 milliards de dollars chaque année, du pétrole de la mer Rouge et du gaz constitue une source de financement non négligeable, du tourisme (11 % du PIB) mis à mal par l'insécurité actuelle, mais aussi d'une aide au développement qui est considérable : plus de 2 milliards de dollars par an sont accordés par les États-Unis (en échange de la bienveillance du pays envers son voisin Israël) et au total, c'est 3 milliards que reçoit annuellement le pays, dont la moitié va directement au budget militaire... Au niveau alimentaire, il faut se souvenir qu'en 2008, le pays avait été frappé par les émeutes de la faim, entre autres du fait que l'Égypte doit importer 50 % de ses céréales et qu'elle en est d'ailleurs le plus grand importateur au monde (8 millions de tonnes)...  

Ce qui caractérise une crise malthusienne (c'est-à-dire une inadéquation population-ressource) au vingt-et-unième siècle est que l'on ne peut plus réellement s'en échapper, c'est une crise que les personnes concernées vont devoir subir pendant des décennies, seulement atténuées par l'aide internationale. La seule façon d'en sortir n'est envisageable que sur le long terme en mettant en place des programmes permettant de stabiliser la population sur une génération et ensuite de la faire décroître en douceur sur un terme encore plus long.  

Pour cela, il faudrait oser avouer à la population égyptienne l'origine fondamentale de son mal, à savoir son effectif, et lui demander de se contenter dès maintenant de 2 enfants par couple. Mais qui osera tenir un tel discours ? Le pouvoir en place ? Dans un article du Figaro daté du 21 juin dernier et intitulé "Égypte : les Frères musulmans prennent le risque de l'explosion démographique", la journaliste Delphine Minoui se demande si la surpopulation n'est pas "la onzième plaie de l'Égypte" et rapporte que les autorités risquent d'abandonner la politique de planification familiale pourtant mise ne place par Nasser et poursuivie par Sadate et Moubarak.  

La crise égyptienne en annonce d'autres, car les projections de l'ONU, régulièrement revues à la hausse, prévoient entre autres une multiplication par quatre de la population africaine. En particulier, parmi les onze pays les plus peuplés de la planète en 2100, en voici six suivis de leur population (en millions d'habitants) : Nigeria (914), Tanzanie (276), RDC (262), Éthiopie (243), Ouganda (205), Niger (200). On peut, malheureusement sans grand risque de se tromper, prévoir que ces pays ne manqueront pas, eux aussi, de faire l'objet de crises malthusiennes d'ici la fin de ce siècle...  

 

Denis Garnier, président de Démographie Responsable 

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Cet article a été préablement présenté sur le site internet du Cercle des Echos. 

Voir également sur "Economie Durable" deux articles publiés à ce même sujet début 2011, au moment de la révolution égyptienne. 

Egypte : Quand le nombre fait le vent de la révolte  

Tunisie, Egypte, Algérie : Printemps des peuples ou début des crises ?   

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 06:24

Nombre de dirigeants économiques ou politiques comme nombre de journalistes  et bien sûr de démographes balaient toute inquiétude relative à la croissance de la population mondiale. Ils appuient cette confiance en l'avenir sur un double constat :

-  La population planétaire serait en voie de stabilisation.  

-  Cette stabilisation serait encore plus proche que prévu du fait de la généralisation et de la vélocité inattendue du mécanisme de transition démographique (1). Une transition qui serait beaucoup rapide dans le reste du monde qu’elle ne l’a été dans les pays occidentaux.

Cette analyse, aussi optimiste que partagée, est hélas battue en brèche par l’ONU qui, pour la seconde fois en trois ans, vient de revoir à la hausse ses projections démographiques mondiales pour le milieu et la fin de ce siècle.  

Au cours des dernières années l’ONU a en effet publié trois études prospectives sur le niveau que pourrait atteindre la population de notre Terre en 2050 et en 2100 (études publiées en 2009, 2011 et 2013 sur des travaux menés les années précédentes)

Voici l’évolution de ces projections. J’ai retenu ici l’hypothèse moyenne, considérée comme la plus probable.  

 

Prévisions pour l’année 2050 :  

 

En 2009, l’ONU estimait que l’humanité atteindrait à cette échéance 9,15 milliards de représentants.

En 2011, revues à la hausse les prévisions s'élevaient à 9,3 milliards soit 150 millions de plus.

En 2013, nouvelle révision,  l’ONU envisage désormais 9,6 Milliards de terriens, soit 300 millions de plus que la révision précédente (2).

 

Notez que non seulement  les deux révisions vont dans le même sens, mais que de plus,  leur ampleur a doublé. La direction générale ne peut être plus clairement exprimée.

 

Prévisions pour l’année 2100

 

Pour la fin de ce siècle l’évolution des projections est évidemment cohérente avec les précédentes et confirme la tendance.

En 2011 l’ONU envisageait 10,1 milliards d’habitants.

En 2013 la projection onusienne s’élève  à 10,9  milliards.

 

Pour 2100, le réajustement porte donc sur 800 millions de personnes, soit plus du double du réajustement concernant les prévisions pour 2050.  Là aussi, même s’il faut regarder avec prudence toute prospective à long terme, le signal est  inquiétant, l’évolution va dans le mauvais sens et l’on voit mal dans ces chiffres ce qui pourrait valider l’hypothèse d’une accélération vers la stabilisation de nos effectifs.

Notez que l’essentiel du relèvement  viendrait de la zone sub-saharienne où la fertilité se maintiendrait à des niveaux plus élevés qu’on ne le pensait. On trouve également dans cette étude des prévisions aussi étonnantes que celle qui envisage qu’en 2100 la population du Nigéria soit « en passe de commencer à rivaliser avec celle de la Chine »  (la population chinoise devrait avoir baissé, il est vrai).  

L’expansion de nos effectifs n’est donc pas un problème réglé, ni même en voie sérieuse de règlement. Puissent peu à peu nos sociétés en prendre conscience.  

 

Voici le tableau synthétique de ces révisions (incluant ici les autres hypothèses de fécondité, haute et basse en plus de l'hypothèse moyenne).

 

 

    Evolution des prévisions démographiques mondiales de l'ONU 

                                                                                                                      (En millions d'habitants)

Années \ Hypothèses de fécondité

Basse Moyenne Haute
       
2050     (revision 2008)        8 000    9 100   10 500  
2050     (révision 2010)                  8 100            9 300      10 600     
2050     (révision 2012)        8 300   9 600  10 900 
       
2100     (révision 2010)        6 200  10 100  15 800 
2100     (révision 2012)  6 800  10 900  16 600 
       

Les prévisions de l'ONU ont été revues deux fois à la hausse en seulement deux ans. Les données ont été ici arrondies par nos soins à la centaine de millions la plus proche.

       

Source : site (très complet) de la Division Population du Département des Affaires Sociales et Economiques de l'ONU.

 

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(1) La transition démographique est le phénomène par lequel une société passe de taux élevés de fécondité et de mortalité à des taux beaucoup plus bas. Pendant cette phase, comme c’est le taux de mortalité qui est le premier à baisser, la population connait une période de forte expansion. Bien sûr, plus cette phase est courte, plus cette croissance peut être limitée.

(2) Un résumé (en anglais) des trois projections évoquées ci-dessus est disponble via les liens suivants :

Révision 2008, publiée en 2009

Révision 2010, publiée en 2011

Révision 2012, publiée en 2013

Vous trouverez également quelques éléments sur cette question dans cet article du Monde publié le 13/06/2013. Sur ce site même, voir : Les chiffres clefs de la population et La population mondiale au 1er janvier 2013.       

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