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29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 18:24

Nombreux sont ceux qui imaginent bien des difficultés au sujet du pilotage de la transition énergétique que devraient conduire ensemble Nicolas Hulot et Edouard Philippe, ancien salarié d'Areva et nouveau premier ministre. Pour ceux-là, un pro-nucléaire et un écolo ne pourraient pas s'entendre, et il est vrai que les relations exécrables qu'ont entretenues le lobby EDF et un courant écologiste qui s'est largement construit autour de la question nucléaire laissent a priori peu de place à une démarche constructive.

Ce raisonnement a pour lui l'évidence des apparences mais il fait fi d'une situation qui n'a jamais autant été ouverte à une évolution négociée de part et d'autre.

Quel est l'objectif ? Réduire la part du nucléaire de 75 à 50 % en 7 ou 8 ans.

Pour les écologistes réalistes, une réduction plus forte, même si elle était souhaitable, n'est matériellement pas possible dans ce laps de temps. Et il sera toujours temps dans quelques années de rediscuter les objectifs pour l'après 2025.

Du côté des tenants du nucléaire, ils ne peuvent pas nier les difficultés rencontrées dans la mise au point des EPR, ni ne pas voir l'envolée des coûts de production du kWh avec des centrales nucléaires rendues plus fiables et plus sûres mais plus chères à construire et à faire fonctionner. Ce point est d'autant plus sensible que dans le même temps, d'une part les coûts des ENR ont baissé sensiblement, et que d'autre part le grand public est désormais averti que les coûts de déconstruction des centrales nucléaires ont été longtemps minorés par les acteurs de la filière.

Et puis il y a aussi tous ces pays qui décident de sortir du nucléaire comme l'Allemagne ou la Suisse, et qui font un peu douter de la pertinence d'un modèle privilégiant massivement l'énergie nucléaire.

Dans ce cadre, ne dépendre du nucléaire à moyen terme que pour un kWh sur deux devient une solution raisonnable pour toutes les parties, même si la liquidation d'une partie de cet outil industriel est socialement problématique comme l'ont montrée les réactions autour de la fermeture de Fessenheim.

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Published by Jean-Christophe VIGNAL - dans Energie
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24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 15:04

 

Par Daniel Martin

 

Ramener la part du nucléaire de 75 à 50 % dans la production d'électricité en France d'ici 2025, comme l'avait promis François Hollande, ainsi que la réduction de 40 % des émissions de gaz à effet de serre en 2030 avec l'atteinte de de 32 % d'énergies renouvelable dans la consommation énergétique finale à cette même date et la division par deux de celle-ci à l'horizon 2050. Mais au delà des intentions, quelle réalité ?

Il est évident que passé les effets d’annonce cela n’impliquera pas automatiquement des fermetures de centrales nucléaires, notamment pour ne pas braquer EDF. Selon les auteurs de la loi 2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte, la consommation ayant, selon EDF, tendance à se stabiliser, mais que ne confirme pas les statistiques, un développement important des autres sources d’énergie, surtout renouvelables, ferait mécaniquement baisser la part du nucléaire…Mais qu’en est-il réellement ?

Qu’en est-il de la production et de la consommation actuelle d’électricité en France ? (extrait des bilans publiés par RTE).

Production en hausse

D’après RTE, la production d’électricité en France métropolitaine a atteint 546 TWh en 2015, soit 1,1 % de plus qu’en 2014 (pour les unités utilisées ici voir, note a).

Plus des trois quarts de cette production proviennent toujours du parc nucléaire de 58 réacteurs (416,8 TWh, 76,3 % du mix). L'hydroélectricité (via les barrages) reste la deuxième source d’électricité (58,7 TWh, 10,8 % du mix) malgré une forte baisse de sa production par rapport à 2014 (- 13,7 %) en raison d’un niveau de pluviométrie bien plus faible.

La part des énergies dites « renouvelables » dans la production nette d'électricité atteint 16,2 % en 2015 (hydroélectricité : 9,9 %, éolien : 3,9 %, solaire : 1,4 %, bioénergies : 0,9 %).

La production photovoltaïque a connu en 2015 une croissance légèrement supérieure à celle de l’éolien (+ 25,1 %) mais sa part dans le mix électrique français reste limitée avec 1,4 % de la production totale. Signalons la mise en service en septembre dernier du plus puissant parc photovoltaïque d’Europe (300 MWc) à Cestas en Gironde.

C’est la production électrique des centrales à gaz qui a connu la plus forte croissance en 2015 (+ 54,8 %). Elle s’est élevée à 22,1 TWh, soit à près de 4 % du mix national et à un niveau légèrement plus élevé que la production éolienne. Les centrales à gaz ont en effet a davantage sollicitées comme moyens d’appoint lors des périodes de forte demande. Malgré la fermeture des 6 dernières centrales à charbon de plus de 250 MW en France, la production des centrales à charbon et à fioul a quant à elle légèrement augmenté comptant au total pour 2,2 % de la production électrique nationale. Une aberration, quand on se fixe pour objectif une réduction des rejets des gaz à effet de serre (GES)… 

Lorsque RTE affirme que les émissions de CO2 du secteur de la production électrique française restent stables, il y a toutefois de quoi s’interroger quand on sait que pour 1 kWh, la combustion du fioul rejette 300 g de CO2, celle du gaz naturel 234 g et celle du charbon 384 g.

Consommation en hausse

D'après EDF, en 40 ans la consommation d'électricité a augmenté de 280 % . La consommation mondiale d'électricité en 2013 est de 21 538 TWh. Elle a augmenté de façon continue de 350 % (voir ici les statistiques EDF).

Une hausse de la consommation d’électricité de 2,2 % en 2015.

La consommation d’électricité en France métropolitaine s’est élevée à 475,4 TWh en 2015, soit 2,2 % de plus qu’en 2014, (le double de l’augmentation de la production : 1,1 %). Cette hausse est principalement liée aux températures en moyenne plus fraîches en début d’année (entraînant un recours accru au chauffage) et plus chaudes en été (augmentant les besoins de froid). En « corrigeant » cette consommation de l’aléa climatique, RTE indique que la consommation française a seulement augmenté de 0,5 % en 2015 (475,4 TWh, niveau similaire à celui de 2013)… Selon EDF, la croissance de la demande d’électricité s’est fortement ralentie depuis plusieurs décennies, notamment en raison de la tertiarisation de l’activité économique, sans oublier les nombreuses fermetures d’entreprises et de l’impact des actions de maîtrise de la demande d’énergie. Elle reste toutefois très « thermosensible » : chaque degré Celsius en moins en hiver entraîne, selon RTE, un appel de puissance supplémentaire sur le réseau de 2 400 MW (soit l’équivalent de la capacité installée de 2 réacteurs nucléaires. Cette sensibilité est pourtant amenée à se réduire suite à l’entrée en vigueur de la RT 2012 , une réglementation thermique qui a déjà entraîné une chute du chauffage électrique dans les logements neufs. Précisons que le secteur résidentiel compte en 2015 pour environ 35 % de la consommation électrique en France métropolitaine.

Selon la formule de certains candidat(e)s aux Présidentielles « Cent pour cent d’énergie dite renouvelable » à l’horizon 2050 est-ce possible ?

Lors des primaires d’EELV « cent pour cent d’énergie renouvelable en 2030 » était une formule souvent reprise par Mme. DUFLOT et depuis par M. JADOT leur candidat à l’élection présidentielle de 2017. A l’évidence ils ne font que reprendre les propositions dun rapport prospectif baptisé RE-thinking 2050 publié par le Conseil Européen, afin d’obtenir une énergie 100 % renouvelable en 2050. Ses propositions nécessitent toutefois que la demande en énergie soit fortement revue à la baisse. Le rapport détaille ainsi les mesures qu’il serait nécessaire d’adopter pour atteindre cet objectif, ainsi que les bénéfices économiques, environnementaux et sociaux espérés d’une telle mesure. Même en envisageant une très forte baisse de la consommation d’électricité, encore faut-il que cela soit possible, compte tenu de la croissance démographique, des besoins légitimes des pays pauvres et ceux de la quatrième révolution industrielle, dans laquelle nous entrons à marche forcée avec l’explosion des nouvelles technologies du numérique …

Eolien et Photovoltaïque peuvent-ils constituer une alternative au nucléaire dans la perspective «cent pour cent d’énergie renouvelable» ?

Un réacteur nucléaire possède en moyenne une puissance électrique d’environ 1 100 MW et peut donc délivrer entre 7 et 8 000 000 MWh par an. Les éoliennes les plus puissantes d’aujourd’hui sont capables de développer une puissance de 5 MWh, dont les meilleures (off-shore) délivrent en moyenne 17 000 MWh par an. Le chiffre retenu pour l’éolien européen installé est de 2 000 MWh de production annuelle par MW de puissance installé par éolienne.

Combien d’éoliennes pour remplacer un réacteur ?

Moyenne annuelle de la production d’électricité par un réacteur nucléaire: (7 000 0000 + 8 000 000 MWh) / 2 = 7 500 000 MWh / an

Moyenne annuelle de la production d’électricité avec l’énergie éolienne de très grande capacité (5 MWh) : 2 000 MWh X 5 MWh = 10 000 MWh an et par éolienne

7 500 000 MWh / 10 000 MWh = 750 éoliennes pour remplacer un réacteur nucléaire (source : site Ethicologique)

Sachant qu’il y a 58 réacteurs nucléaires (le 59ème à Marcoule étant réservé à la recherche) il faudrait : 750 x 58 = 43 500 éoliennes d’une puissance unitaire de 5 MWh. Sachant que la puissance moyenne des futures éoliennes construite en France étant de 3 MW, avec une moyenne annuelle de production de 2000 MWh, il faudrait : 2 000 x 3 = 6 000 MWh soit : 7 500 000 MWh / 6 000 = 1250 éoliennes pour remplacer un seul réacteur Nucléaire x 58 = 72 500 éoliennes pour remplacer le parc Nucléaire Français.

Si on considère que la production d’une éolienne moyenne se situe plutôt actuellement aux environ de 1,8 à 2 MWh on peut estimer à plus de 100 000 le nombre d’éoliennes qui seraient nécessaires au remplacement du parc nucléaire et ceci en supposant que l'on sache stocker l'énergie pour les heures de pointes... Ce qui est, actuellement, loin d'être le cas.

Le photovoltaïque, qu’en est-il ?

En 2015, l’Europe totalise une puissance cumulée de 94,6 GW soit deux fois le résultat obtenu par la Chine. Notons que, même si l’Allemagne réalise une bonne partie du boulot, l’Italie prend la deuxième place avec une puissance cumulée de 18,9 GW. Le troisième n’est autre que le Royaume-Uni avec 8,9 GW. La France se positionne juste en-dessous avec 6,6 GW soit deux places devant la Belgique (3,2 GW), voir ce lien pour plus de détails. Comparé à 10,32 GWh par jour en 2012, c’est une croissance annuelle de 17,8 %.

Par rapport à ses voisins, la France est un nain photovoltaïque : un parc installé d'un peu moins de 4,5 GW contre 37,5 GW pour l'Allemagne pourtant moins ensoleillée. 4,5 GW c'est à peu près ce que l'Allemagne a installé pendant la seule année 2013 alors que les installations se sont sérieusement ralenties outre-Rhin (plus de 7 GW en 2011, idem en 2012). En puissance installée par habitant, la France dispose de 64 watts de solaire photovoltaïque, contre 400 pour l'Allemagne, 280 pour l'Italie, 250 pour la Belgique, et 110 pour l'Espagne où tout est fait pour décourager l'investissement dans le secteur malgré un ensoleillement très favorable.

A titre d’exemple : A Dunkerque, 1 kWc de photovoltaïque plein sud produit 1 000 kWh, à Toulon 1 430 kWh, soit 1 215 kWh en moyenne pour la France. Il faut 6,64 m² de panneaux photovoltaïques pour 1 kWc. Donc 3 000 km², cela nous donne 450 millions de KWc et 548 TWh produits. Soit à peu près que ce que produit réellement le parc nucléaire français. En fait, 3 000 km², ça fait un carré de 55 km de côté, où la superficie d’un département comme le Rhône. Est-ce vraiment si énorme ? En France, la surface bâtie représente plus de 20 000 km². Il suffirait donc d’équiper 15% des toitures pour produire autant d’énergie que l’ensemble des réacteurs nucléaires français... N'a-t-on pas au moins 15 % des toitures qui sont bien orientées ? Mais au-delà des capacités de production, éolien-photovoltaïque qui peuvent théoriquement compenser en équivalence la production nucléaire actuelle se pose le problème et pas des moindres, celui du stockage. Malgré les efforts de la recherche et les résultats obtenus par exemple concernant les supers condensateurs, il ne peut y avoir de transition énergétique qui réponde aux impératifs de baisse du Nucléaire et des réductions des gaz à effet de serre (GES) sans décroissance drastique de la consommation d’énergie...

L’éolien et le solaire sont, par ailleurs très dépendants de métaux rares dont l’accès pourrait devenir de plus en plus incertain, a fortiori si ces formes d’énergie doivent être massivement développées. Exemple : le dysprosium et le néodyme, deux terres rares produites presque exclusivement par la Chine, laquelle a d’ores et déjà fait savoir que ses gisements actuels étaient en déclin. Il faut savoir qu’une voiture hybride contient un kilogramme de néodyme et Selon les études réalisées à ce jour, une éolienne utiliserait de 600 à 700 kg d’aimants par MW de capacité, dont 25 à 29 % de néodyme et 4 % de dysprosium dans l’aimant permanent de la génératrice (voir ce lien pour plus d’informations). Il faudrait multiplier par 26 d’ici à 2035 les extractions de dysprosium pour faire face aux enjeux du changement climatique…

Je rappelle que les terres rares désignent 17 métaux : le scandium, l'yttrium, et les quinze lanthanides. (Lanthane, Cérium, Praséodyme, Néodyme, Prométhium, Samarium, Europium, Gadolinium, Terbium, Dysprosium, Holmium, Erbium, Thulium, Ytterbium, et Lutécium) Ces matières minérales aux propriétés exceptionnelles sont utilisées dans la fabrication de produits de haute technologie. Avec le boom du numérique et des nouvelles technologies "vertes", aujourd'hui, à l'échelle de l'économie mondiale, les terres rares sont considérées comme des métaux stratégiques. On retrouve ainsi des terres rares, non seulement dans l’éolien ou le photovoltaïque, mais aussi dans les batteries de voitures électriques et hybrides, dans les LED, les puces de Smartphone, les écrans d'ordinateurs portables…L'industrie de la défense a elle aussi recourt aux terres rares dans la fabrication de capteurs de radars et sonars ou de systèmes d'armes et de ciblage.

Selon les experts, pour sortir du nucléaire et du fossile, il faut accepter une décroissance minimum de 2 % à 3 % par an du PIB, pendant 20 ans. L'autre alternative serait de continuer avec les énergies fossiles, comme outre-Rhin. Ce qui est inacceptable et à terme impossible, comme le recours croissant et démesuré aux terres rares, dont les réserves ne sont pas inépuisables.

Démographie - besoins - consommation, l’impossible équation

On ne peut faire également l’impasse sur la question de la bombe Démographique, dont les effets des explosions successives sur la planète, notamment par la dernière croissance décennale de près d’un milliard d’habitants, ont un impact particulièrement néfaste pour le climat. Phénomène auquel la France n’échappe pas et qui impose d’urgence une décroissance du PIB. Un effort titanesque doit être fait pour économiser l'énergie et les ressources conduisant à la baisse du PIB, indicateur qui doit être dénoncé et repensé.

Quelques exemples de l’impact démographique sur la croissance de la consommation d’électricité pour des pays à population à peu près comparable : La France, 65,6 millions d’habitants, dont la consommation par habitant est passée de 2 746 kWh en 1971 (50 millions d’habitants) à 7 374 kWh en 2013, ou la Thaïlande, (66 millions d’habitants aujourd’hui contre 38 en 1971) qui passe dans la même période de 120 kWh par habitant à 2 471 kWh. Et que dire de la République Démocratique du Congo, 74 millions habitants, (20 millions d’habitants en 1971) avec 56 kWh par habitant en 1971 et 234 kWh en 2013. Les exemples de ce type sont légion (voir ici les données de la banque mondiale)

Certes, il existe de grandes disparités dans l’accès à l’électricité selon les régions du monde. Si certains pays souffrent encore de graves pénuries électriques, la consommation électrique globale connaît pourtant une croissance constante depuis 1971 qui a été multipliée par 3,2 alors que la population mondiale a été multipliée par un peu moins de 2, ce qui est considérable et ne semble pas prêt de s’arrêter. Pas un pays n’a connu une stagnation de la consommation entre 1971 et 2013. Tous, sans exception, ont eu une consommation annuelle en progression constante par habitant, qui va s’amplifier à cause des besoins légitimes des populations du tiers monde, de la croissance démographique et les exigences des nouvelles applications de l’intelligence artificielle inhérent à la quatrième révolution industrielle. Il faut savoir qu’entre 2001 et 2010, la consommation de certains pays en développement a considérablement augmenté : elle a été multipliée par 2,8 pour la Chine, par 1,8 pour l’Inde et par 1,5 pour le Brésil. En France, la consommation totale d’électricité a presque été multipliée par 1,5 en 20 ans.

Pour conclure

La démonstration est faite qu’au rythme actuel de notre consommation d’électricité qui suit l’accroissement de la population, la sortie du Nucléaire ne peut se faire en équivalence de production et consommation par l’éolien et photovoltaïque, essentiellement à cause des problèmes actuellement non résolus du stockage. La seule façon d’y parvenir consiste à ce que la fermeture d’un réacteur nucléaire soit compensée par une énergie dite renouvelable (éolien, photovoltaïque, etc.) et dans une proportion plus importante par des économies d’énergie évaluées et chiffrées, au premier rang desquels le domestique par un changement radical de nos habitudes de consommation et du gaspillage qui en découle dans les pays riches, ainsi que l’abandon du chauffage électrique, mais également sur le plan professionnel. Il faut aussi éliminer tous les gaspillages de type urbain la nuit par un éclairage totalement repensé. Mais aussi sortir de la stupide politique de promotion de la voiture électrique. C’est une escroquerie intellectuelle, quand on connait le coût énergétique et polluant, sans compter le même espace qu’elle occupe qu’une voiture thermique... Aujourd’hui on sait produire des véhicules thermiques qui consomment deux litres de carburant au 100 kilomètres. Le leurre de la voiture électrique justifie des voitures de plus en plus énormes (4X4) à 10 ou 15 litres de consommation d’essence ou pire encore de gasoil aux cent kilomètres...
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(a) Rappel sur les unités utilisées dans cet article

La puissance (produite ou consommée) s’exprime en watts (W), un watt correspond à la puissance d’un système énergétique dans lequel est transférée uniformément une énergie de un joule pendant une seconde

L’énergie s’exprime en joules (J), elle correspond à l’application d’une puissance pendant un temps donné. Ainsi une puissance de un watt appliquée pendant une seconde donne un joule, appliquée pendant une heure (3 600 secondes donc) elle donne un watt-heure (Wh) qui est bien une unité d’énergie ainsi que ses multiples :

Le kilowatt-heure (kWh) :      103  Wh soit 1 000 watts-heures  (3,6 x106 joules)
Le mégawatt-heure (MWh) : 106  Wh soit un million de watts-heures
Le gigawatt-heure (GWh) :   109  Wh soit un milliard de watts-heures
Le térawatt-heure (TWh) :    1012 Wh soit un billion de watts-heures

Les réacteurs nucléaires ont typiquement une puissance (électrique) d’un peu plus de 1 GW, les grandes éoliennes atteignent parfois 5 ou 6 MW. Toutefois, pour les sources d’énergies intermittentes comme le solaire et surtout l’éolien, il est particulièrement important de distinguer la « puissance crête » (notée Wc) qui ne s’obtient qu’une très faible partie du temps quand les conditions (ensoleillement et vent) sont optimales de la production moyenne sur une heure ou effective sur une année. L’article rappelle ainsi qu’un mégawatt de puissance installée dans l’éolien ne fournit environ que 2 000 MWh sur un an (alors qu’une année comprend 8 766 heures).

Cet article a préalablement été publié sur Agoravox et l'Express.

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Published by Daniel Martin - dans Energie
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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 21:24

L'écologie politique a beaucoup de défauts mais on s'accorde souvent à reconnaître le mérite aux écologistes d'avoir eu raison trop tôt, que ce soit quant aux dangers de l'industrie nucléaire ou à propos des risques pour notre santé d'un environnement dégradé. Il y a pourtant un sujet où les prédictions écolos semblent avoir tout faux : le coût de l'énergie et notamment du pétrole.

Depuis des années en effet les écologistes nous annoncent un coût de plus en plus élevé du pétrole en se basant sur son utilisation croissante et sa raréfaction programmée dans un monde forcément fini. Ce qui est rare devient cher … le dicton bien connu des économistes a vite été adopté par des écologistes pourtant souvent opposés à la logique de l'économie de marché. Il est vrai que cette annonce était « pain béni » pour tous ceux qui préconisaient une sobriété énergétique autant basée sur l’efficience que sur la définition d'un nouveau mode de développement toujours revendiqué mais rarement détaillé.

Nul besoin d'imaginer un pouvoir politique fortement contraignant pour motiver les citoyens-consommateurs comme les producteurs de s'adapter à cette nouvelle donne, le signal-prix allait se charger de faire rentrer les plus récalcitrants dans le rang du développement durable. Avec un baril de pétrole à 200 dollars avant la fin de la décennie, et qui allait encore monter par la suite, il était assez facile d'expliquer aux bons citoyens que leur intérêt consistait à diviser par trois dans leur habitat leur consommation de fuel ou de gaz ou d'électricité (a priori indexé sur le prix du baril) en engageant au plus vite des travaux même lourds d'amélioration. Idem pour les industriels ou les agriculteurs. En fait, la future hausse du pétrole finançait les travaux à prévoir pour améliorer les process industriels et l'habitat : il suffisait de gager les travaux à faire sur les économies que ceux-ci allaient générer en nous permettant d'échapper au coût croissant de l'énergie. Ainsi allions-nous sans beaucoup d'effort, et grâce à des tiers-financeurs, aller vers une sobriété heureuse en échappant par là-même, au moins partiellement, à l'augmentation tant honnie des gaz à effet de serre. Patatras, en six mois le prix du baril d'or noir a été divisé par plus de deux et les meilleurs spécialistes nous annoncent que le prix baril risque de se situer pour plusieurs années autour de 50 dollars le baril, rendant économiquement injustifiées les investissements massifs nécessaires dans les énergies renouvelables comme dans la sobriété énergétique de nos habitats.

Comment en est-on arrivé là ? C'est juste que les écologistes ont oublié deux choses.

D'une part, que le pétrole et son prix sont d'abord les produits d'une géopolitique qui ne laisse que peu de place à la pure logique du marché (ce que les années Reagan nous avaient déjà montré, avec des cours manipulés pour atteindre de plein fouet les revenus de l'URSS).

D'autre part, que les moyens mis en œuvre pour exploiter massivement des produits pétroliers dits non-conventionnels (gaz de schiste, etc.) ainsi que les progrès techniques effectués pour forer toujours plus loin allaient permettre de mettre sur la place toujours plus de barils à coût raisonnable, au moins pour quelque temps. Bien évidemment, rien ne dit que dans quinze ou vingt ans l'économie pétrolière ne ressemblera pas à celle prédite par les écologistes, avec une énergie rare et chère … mais c'est maintenant qu'il faut que nous nous orientions vers une sobriété sans mesure connue dans le monde économiquement développé, si nous voulons éviter les catastrophes écologiques majeures qui déjà se dessinent.

En 2030, avec des courbes qui se prolongent, plusieurs seuils d'irréversibilité seront franchis pour le pire sur la planète. Puisque nous ne pouvons plus compter sur le signal-prix du pétrole pour arguer du changement nécessaire, il revient donc à notre communauté de faire le choix politique d'imposer des mesures draconiennes. La baisse du prix du pétrole ne nous laisse pas le choix, c'est vers un monde autoritairement régulé que l'écologie politique doit nous amener.

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Published by Jean-Christophe VIGNAL - dans Energie
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14 novembre 2014 5 14 /11 /novembre /2014 15:50

Le pays est en risque terroriste et des drones survolent nos centrales nucléaires sans qu'on puisse identifier ni les raisons d'un tel acte ni ses auteurs, même si certains incriminent volontiers des écologistes radicaux.

Arrêtons-nous un instant sur la situation, bien loin de celle qui prévalait dans les années 70 au moment où la France a fait le pari du nucléaire civil. A l'époque le risque principal identifié était situé à l'Est, en Union Soviétique, dans une logique d'affrontement militaire qu'on aurait tendance aujourd'hui à qualifier de classique ; avec par ailleurs, ne l'oublions pas, déjà des terroristes, mais ceux-ci se contentaient la plupart du temps de détourner momentanément un avion de ligne en sifflotant l'Internationale. Même s'il ne faut pas oublier les victimes de ces attentats, ce monde était assez simple et la sécurité, y compris celle du nucléaire civil, pas trop compliquée à assurer.

Entre-temps la France est devenu un des pays les plus nucléarisé du monde et ressemble désormais à un nid de centrales. Et le monde a changé. Les dictatures communistes qui nous menaçaient se sont effondrées, la guerre froide a pris fin, et les menaces ont changé de nature : le risque ne vient plus d'autres états mais d'organisations non-gouvernementales terroristes capables d'organiser des actions commandos en dehors de tout respect du droit de la guerre. Et depuis le 11 septembre nous savons qu'il n'y a plus de zone protégée, le risque pays est potentiellement partout.

Dans ce cadre nos centrales sont des cibles.

Elles représentent une telle concentration d'énergie que tout incident les affectant peut avoir des conséquences lourdes. Bien sûr les réacteurs sont protégés, mais une centrale, c'est tout un ensemble de fonctions autour de la pièce principale qu'est le réacteur, du système de refroidissement (dont l'accident de Fukushima a montré l'importance) au système de distribution de l'électricité produite. Dans cet ensemble, et sans même être obnubilé par la théorie du cygne noir développée par Nicholas Taleb, il y a toujours un maillon faible plus accessible à une action terroriste de petite ampleur et de grandes conséquences. C'est pourquoi notre choix d'avoir recours à un système de production d'énergie extrêmement concentré et ce à partir d'un carburant dangereux, constitue aujourd'hui dans le monde tel qu'il est un problème pour la sécurité du pays.

Au-delà du risque technologique, au-delà du risque sismique d'ailleurs déjà réévalué, le nucléaire civil par son essence même accentue le risque terroriste dans un monde de plus en plus ouvert aux conflits de toute nature.

A cette heure nous ne connaissons pas le danger que représentent ces drôles de survol. Simple facétie militante réactivant la logique de guignol face à notre État-gendarme, ou prélude à des actions dangereuses ? Puissent au moins ces drones non identifiés volant au-dessus de nos centrales permettre d'ouvrir le débat quant à l'impact du nucléaire civil sur notre sécurité collective.

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Published by Jean Bruguier - dans Energie
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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 16:44

Depuis 1973 et la première crise du pétrole (1), l’énergie ne coule plus de source. Nous savons qu’elle a un prix, que ce prix peut augmenter et qu’un jour même, nous en manquerons (2). De cette prise de conscience naquirent et naissent encore toute une série d’exhortations à l’économiser. De la campagne de chasse au Gaspi qui fit entrer nos sociétés dans l’ère de l’infantilisation (3), jusqu’au récent programme de transition énergétique proposé en France par Ségolène Royal, les pouvoirs publics n’ont cessé de nous pousser à réduire nos dépenses en énergie tout  en nous incitant à consommer toujours plus. Cette prétention à concilier l’inconciliable : la croissance et la préservation des ressources, trouvera son oxymore parangon dans le concept de développement durable, médaille d’or des quêtes impossibles.  

Les incitations ont été multipliées, les aménagements fiscaux ont été nombreux, compliqués et contradictoires ; les primes elles-mêmes furent contre productives. La plus choquante fut sans doute  la prime à la casse qui conduisit, contre toutes  les règles de bon sens écologique, à réduire la durée de vie des automobiles, dont la construction nécessite pourtant beaucoup de matières premières et d’énergie. Bref une fois encore, le médiatique prit le pas sur l'intelligence et l'efficacité.  

Et si nous faisions fausse route ?  

Si au lieu de ces règles compliquées et par là coûteuses et parfois difficilement applicables, nous nous fixions comme axe, sinon unique, du moins largement prioritaire, une seule ligne de conduite: Augmenter le prix de l’énergie jusqu’à ce que l’économiser devienne effectivement rentable pour le particulier, pour l’entreprise et pour le pays dans son ensemble ? Souvent, aujourd’hui encore, les travaux d’économie ne sont jamais amortis, n’en déplaise à la propagande.  

Une telle orientation soulève quelques réticences : Mais comment vont faire  les gens si l’on augmente encore le prix de l’essence, du fioul, du gaz, de l’électricité ?  

Remarquons d’abord que cette question se posera de toute façon : Comment ferons-nous quand il n’y aura plus de pétrole ? Or, au cours de ce siècle, sans doute avant 2050, le pétrole manquera tout à fait ou du moins, ne sera plus disponible qu’en si faibles quantités qu’il deviendra négligeable dans le bilan économique global (peut-être pas sur le plan géopolitique). Quelques décennies plus tard, c’est le gaz qui, à son tour, fera défaut et seul le charbon offrira encore un peu de (polluante) résistance. Donc, augmenter le prix de l’énergie n’est pas créer pour les gens une nouvelle et insurmontable difficulté, il s’agit seulement de donner un peu plus tôt et partiellement - car l’augmentation du prix ne signifiera pas l’interdiction absolue d'en consommer - une image atténuée de ce qui, inéluctablement, surviendra un peu plus tard.  

D’autre part, on doit évidemment faire remarquer que les incitations fiscales ou les aides directes ne consistent qu’à donner d’une main ce que l’on reprend de l’autre, il faut bien financer ces mesures. « Comment feront les gens ? » dit-on, mais que je sache, il est encore plus impossible d’’échapper à l’impôt qu’à l’augmentation de l’essence, du fioul ou de l’électricité (l’on peut souvent rouler un peu moins, se chauffer un degré plus bas ou… mettre un pull).  

 Cette orientation unique : augmenter le prix de l’énergie, présenterait de nombreux avantages.

- Elle donnerait un cap et ferait comprendre la réalité du monde de demain : un monde de pénurie énergétique obligée. Tous n’en sont pas encore intimement persuadés. En ce sens, elle préparerait l’avenir et favoriserait un autre état d’esprit et donc une meilleure résilience face aux difficultés prévisibles de ce 21ème siècle.

- Plus simple, elle entrainerait de substantielles économies administratives et les inévitables injustices liées aux situations toujours particulières.

- Elle donnerait aux gens la possibilité de faire des arbitrages entre par exemple : le chauffage et le transport, le confort et la mobilité, un nouvel achat et des travaux d’isolation... Bref, elle rendrait à chaque foyer la main sur son mode de vie et développerait la responsabilité. 

- Elle règlerait assez facilement la question des résidences rarement occupées qui ne se trouveraient pas ainsi pris dans un carcan administratif tout à fait inutile.

- Elle inciterait évidemment lourdement à l’économie d'énergie et développerait les travaux d’isolation qui sont presque toujours d’origine locale, développant ainsi l’emploi partout en France.

Bien sûr, il est difficile de promouvoir un tel message, d’autant que le prix de l’essence, par exemple, est à la fois symbolique et souvent mal perçu (voir cet article). Pourtant cela me semble la seule direction raisonnable et pérenne. Peu à peu, quelques voix s’élèvent pour le réclamer. « Si l’on n’augmente pas le prix de l’énergie, on se dirige droit vers une dictature. » disait Marcel Boiteux ancien président d’EDF et en effet, les troubles qui pourraient naitre d’une mauvaise anticipation de la déplétion énergétique sont imprévisibles, nul ne peut exclure que des régimes autoritaires ne naissent des dégâts d’une telle impréparation.

________________________________________________________________________________________________

 

(1) En réalité la crise de 1973 ne fut pas réellement une crise de manque. Des raisons politiques et des ambitions de rééquilibrages économiques ont été déterminantes, néanmoins c’est en gros depuis cette période que le monde  occidental vit dans une crise larvée en ne réussissant pas à se débarrasser ni du chômage, ni des déséquilibres structurels des comptes publique et de l’endettement concomitant. Seule l’inflation semble pour l’instant avoir été contenue.  

(2) Une visite sur le site Manicore permet de faire un point sur la question.  

(3) Cette chasse au Gaspi fut en effet un modèle d’infantilisation Pourquoi Diable,  fallait-il inventer ce genre de choses - un personnage avec un entonnoir sur la tête - pour parler d’un problème sérieux ? Excellente illustration du recul de l’argumentation écrite et raisonnée au profit d’un audiovisuel simple à base de pictogrammes que l’on croirait destinés aux enfants de 5 ans. 

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Published by Didier BARTHES - dans Energie
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31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 18:24

Selon une étude menée à l’université de Brunswick, il suffirait de recouvrir de panneaux solaires un carré de 254 kilomètres de côté pour satisfaire à l’ensemble des besoins mondiaux en électricité.  

La perspective est attrayante : une telle surface : 64 500 kilomètres carrés, un peu moins que l’Irlande, ne représente guère plus de quatre dix millièmes (0,04 %) des terres émergées, un bien petit sacrifice au regard de ce que nous infligeons à la planète pour assurer notre production d’énergie électrique. Adieu controversées centrales nucléaires, adieu polluantes centrales à charbon et disgracieuses éoliennes ?

Voyons en détail cette surprenante estimation.

La consommation mondiale d’électricité s’élève aujourd’hui à 23 000 térawattheures (TWh) par an soit 2,3 x 1016 Wh (1).

La production d’un panneau solaire dépend :

- de la quantité d’énergie reçue du soleil sous forme de lumière.

- de son rendement, c'est à dire de sa capacité à transformer cette lumière en courant électrique.

Le rayonnement maximum reçu par un panneau solaire de un mètre de côté est limité par la constante solaire qui est la puissance de rayonnement reçue, toutes longueurs d’ondes confondues, en provenance du soleil (à la distance de la Terre) sur une surface d'un mètre carré orientée perpendiculairement à ce rayonnement. Hors atmosphère terrestre, elle vaut environ 1 360 watts.

Si les panneaux sont posés sur le sol (2), la Terre étant sphérique, cette puissance doit être divisée par quatre (3). Le rayonnement solaire incident moyen par mètre carré est donc de 340 watts. Pour un rendement de 100 % et si l’atmosphère et les nébulosités n’en diminuait pas la capacité tel est le maximum que pourrait produire de telles installations : 340 wattheures par heure et par mètre carré soit un peu plus de 8 kilowattheures par jour.

Bien évidemment, les rendements des panneaux solaires sont loin d’atteindre 100 %. En retenant une valeur moyenne de 10 % (4), la production d’un panneau d’un mètre de côté peut donc être estimée à 34 wattheures  (340 Wh x 0,1) pour une période d’une heure, soit un peu moins de 816 wattheures par jour et donc environ 300 kWh (816 Wh x 365) pour un an.

Il suffit alors de diviser la consommation électrique mondiale par cette valeur pour trouver le nombre de mètres carrés de panneaux solaires nécessaires :

2,3 x1016 / 3 x105 = 7,7 x 1010 mètres carrés soit 77 000 kilomètres carrés, ce qui correspond à un carré de 277 kilomètres de côté. Nous sommes bien dans le même ordre de grandeur.

Un ordre de grandeur est d’ailleurs la seule chose à laquelle puisse prétendre ce genre de calcul. Trop d’éléments font appel à l’arbitraire ou pour le moins à une estimation globale.

- Le rendement des panneaux solaires (4).

- Leur taux de disponibilité.

- La prise en compte de l’énergie consommée pour la fabrication, la mise en place, l’entretien et le recyclage des installations. Le coût de cet ensemble souvent dénommé « énergie grise » ne peut être justement estimé sans une connaissance précise de la durée de vie de ces équipement, point qui se trouve justement discuté : 25, 30, 40 ans ?

- Le lieu d’implantation, pour des raisons de latitude et de météo.

- Les conditions de transfert de cette énergie vers les zones de consommation. Au niveau mondial, cette question est loin d’être négligeable.

Dans l’étude de l’université de Brunswick on envisageait une installation au cœur du Sahara pour bénéficier à la fois d’une latitude relativement basse, d’un climat sec et ensoleillé et d’une quasi absence de végétation ce qui limiterait l’atteinte écologique.

A ces sources d’interrogation s’ajoutent évidemment deux éléments essentiels

- La question du coût : à 432 € le panneau de 2 m2, l’étude évoque une facture globale d’investissement de 14 000 milliards d’euros ! Cela correspond à une dépense de 2 000 € par terrien ce qui est absolument rédhibitoire compte tenu du niveau de vie moyen de la majorité des habitants de la planète. Le coût d’un panneau fabriqué en telles quantités reste toutefois soumis à caution.

- Les problèmes géostratégiques que poserait une telle concentration des sources d’approvisionnement énergétique. On ne connaît que déjà trop bien l’effet conflictuel de l’inégale répartition des réserves pétrolières et gazières.

La dernière remarque peut toutefois être contournée si l’on considère, et c’est probable, qu’une telle étude vise moins à promouvoir le projet en l’état, qu’à fixer les ordres de grandeurs et à montrer que pour une surface utilisée minime, l’énergie photovoltaïque serait en mesure de répondre à nos besoins. Le « solaire » est d’ailleurs par nature une énergie décentralisée qu’il serait peut-être stupide de vouloir concentrer pour la diffuser ensuite partout sur la planète avec les difficultés et les coûts afférents. On pourrait plutôt imaginer de répartir une surface équivalente de panneaux sur les bâtiments existants de façon à réduire à néant toute nouvelle emprise humaine sur le milieu. Cela résoudrait également en partie la question des pertes liées à la distribution du courant électrique à longue distance, même si la multiplication des producteurs constitue une source importante de complexité pour le réseau. La question du recyclage des panneaux reste ouverte, toutefois les filières se mettent en place.

Savoir si le photovoltaïque est une bonne solution (hors des lieux isolés de tout réseau où son utilisation est facile à justifier) dépend donc de la bonne appréciation des facteurs suivants.

- Les quantités d’énergie grise déjà évoquées sont-elles correctement évaluées ? Les opposants avancent des chiffres très différents quant à l’intérêt des panneaux solaires, certains prétendent que globalement, un panneau coûte énergétiquement une fraction importante de ce qu’il rapporte, point de vue contesté par les acteurs du système qui annoncent une rentabilité énergétique à partir de 3 ou 4 ans pour une durée de vie prévisible de 25 ans au minimum !

- Les filières de recyclages sont-elles réellement efficaces et sont-elles généralisables à la quasi-totalité des produits effectivement mis en service ? Dans l’estimation proposée les quantités en cause sont énormes, environ 10 mètres carré de panneaux par personne.

- Les coûts écologiques des autres énergies sont-ils réellement supérieurs ?

- La fabrication, l’installation, l’entretien et le recyclage de tels panneaux sont-ils concevables sur de telles échelles dans un monde où le pétrole serait (sera ?) devenu rare et cher ? L’or noir reste la source d’énergie ultra dominante pour les transports (toute activité nécessite du transport) et la chimie du pétrole intervient dans la fabrication de nombreux composants des panneaux. Notons que cette remarque, qui est aussi une inquiétude, doit s’appliquer à toutes les autres formes d’énergie, nucléaire compris.

Cette approche globale permet donc de fixer les ordres de grandeur. Pour l’instant, en France, le solaire est largement subventionné auprès des particuliers notamment à partir d’une politique très favorable de rachat du courant produit, politique qui ne pourra être maintenue dès lors que ce type d’énergie se développera. Il faudra que le photovoltaïque assure sa propre rentabilité. N’oublions pas non plus que cette étude ne concerne que l’énergie électrique soit environ 18 % de la consommation finale d’énergie mondiale (voir ici les statistiques fournies par EDF). Il reste donc à trouver des solutions pour les 82 % restant. Toutefois, si une forme de production électrique s’avérait particulièrement satisfaisante, on peut imaginer que la part de l’électricité dans la consommation d’énergie finale augmenterait.

Ajoutons que la consommation d’électricité est de toute façon probablement amenée à augmenter fortement du fait de la croissance conjointe de nos effectifs - nous devrions passer de 7,2 milliards d’habitants aujourd’hui à 10,9 milliards en 2100  (+ 51 %) selon le scénario moyen de l’ONU - et de la consommation électrique par habitant qui globalement augmente avec l’élévation du niveau de vie, malgré les efforts effectués, notamment en Europe pour maîtriser la dite consommation. Notre  « grand carré bleu » verrait alors sa surface augmenter en proportion.

Un autre élément doit enfin être pris en compte : la nécessaire diversité des sources d’approvisionnement. Un mode unique de production fragiliserait nos sociétés, de façon générale la résilience suppose la diversité.

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(1) EDF indique sur son site une production  de 20 407 TWh en 2011. Le site Saga Science du CNRS propose 21 964 TWh pour 2011. Le site Enerdata indique pour 2013 la valeur de 22 600 TWh (au vu du graphique). Comme la production est plutôt sur une pente croissante nous retiendrons la valeur de 23 000 TWh  2,3 x 1016 Wh pour l’année en cours (2014). Un térawatt (mille milliards ou un billion de watts) vaut 1012 watts. 23 000 térawatts valent donc 2,3 x 1016 watts).

Rappel : l’unité d’énergie est le joule (J) qui correspond à une puissance de un watt appliquée (ou produite) pendant une seconde, un wattheure correspond donc à une puissance de un watt appliquée (ou produite) pendant une heure soit 3 600 joules, le kilowattheure de nos factures électriques vaut 1 000 wattheures ou 3,6 millions de joules. Le watt (W) est une unité de puissance, le wattheure (Wh) ou le joule (J) sont des unités d’énergie c’est-à-dire d’une puissance multipliée par un temps. Vous trouverez parfois l’orthographe wattheure, watt.heure ou watt-heure qui sont équivalentes, ainsi bien sûr que pour leurs multiples.

(2) Il est plus simple en effet d’imaginer des panneaux sinon posés sur le sol ou du moins parallèle à celui-ci. Toute autre configuration serait particulièrement complexe et coûteuse pour un projet de cette envergure. De plus, des panneaux installés sur des surfaces orientables se feraient de l’ombre les uns les autres dès lors que le soleil serait assez bas sur l’horizon.

(3) On divise une première fois par deux pour tenir compte de l’hémisphère dans la nuit et une seconde fois par deux parce que l’hémisphère éclairé présente lui-même une surface égale au double du disque de même diamètre interceptant la lumière solaire, la surface d’une sphère est d’ailleurs égale à 4 x Pi x R2 (R étant le rayon) soit 4 fois celle du disque correspondant. La surface d’un disque étant donnée par la formule : Pi x R2

(4) Dans cette estimation se situe évidemment la plus grande part d’arbitraire du calcul, EDF indique un rendement de 14,5 % pour des panneaux solaires cristallins du marché. Si l’on prend en compte l’obligation pour de grandes surfaces de réserver des espaces aux voies de communication, le fait qu’une partie du parc sera toujours indisponible et qu’une partie verra ses rendements baisser pour différentes raisons (vieillissement, ensablement, problèmes électroniques dans la chaîne de transmission…) l’évaluation d’un rendement à 10 % est peut-être même assez optimiste.

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12 avril 2013 5 12 /04 /avril /2013 16:44

Le Conseil constitutionnel vient de censurer la loi créant des tarifs progressifs de l'énergie. Ce texte porté par le député PS François Brottes, qui prévoyait un «bonus-malus» pour le gaz et l'électricité et devait constituer un premier pilier de la transition énergétique, avait été voté le 11 mars dernier par l'assemblée nationale.  

Le Conseil a relevé notamment que les dispositions relatives au « bonus-malus » dans les immeubles collectifs pourvus d'installations communes de chauffage étaient contraires au principe d'égalité. « Ces dispositions n'assuraient pas que les conditions de répartition du « bonus-malus » soient en rapport avec l'objectif de responsabiliser chaque consommateur domestique au regard de sa consommation d'énergie », indique le communiqué du Conseil constitutionnel diffusé le 11 avril.      

Malgré la déception de Delphine Batho, ministre de l'Écologie, disons-le tout net, cette censure est une bonne chose.      

D'abord cette loi produirait de l'injustice.

En se basant sur l'adresse (pour le climat), le mode de chauffage et le nombre de personnes par logement, elle oublie la complexité de la vie (1) .

Il y a les personnes âgées ou malades qui ont souvent besoin d'avoir un peu plus chaud et qui, trop pauvres pour partir en vacances, occupent leur logement 100 % du temps contrairement aux bourgeois-bohèmes qui profitent au maximum de leurs week-ends, de leurs congés et de leurs RTT pour s'aérer loin de leur domicile. Mettre sur le même plan un jeune couple déjeunant au restaurant de leur entreprise, dînant souvent en ville et absent plus de 100 jours par an, et un couple âgé vivant en permanence dans son logement, est-ce cela la justice ?

Il y a le locataire prisonnier d'un mode de chauffage collectif qui serait 'responsabilisé' par un malus bien qu'il se trouve dans l'impossibilité de maîtriser quoi que ce soit, comme l'a bien vu le Conseil constitutionnel.

Il y a la vieille dame qui a perdu son mari et qui souhaite continuer à habiter dans le logement où elle a ses habitudes. Devrait-elle déménager pour éviter d'être stigmatisée comme mauvaise citoyenne consommant désormais plus que son dû ?

Il y a les parents qui ont vu partir leurs enfants mais continuent à les recevoir régulièrement, s'occupent de leurs petits enfants pendant les vacances scolaires, et hébergent pendant l'hiver leurs vieux parents en augmentant un peu le chauffage car ils sont devenus frileux. Peu importe, la loi ne considérera que leurs 2 personnes et les pénalisera.

Il y a ces retraités qui vivent à temps à peu près égal en ville et à la campagne et reçoivent de la famille ou des amis pendant les vacances. Eux aussi seront donc des français malussés car les résidences secondaires seront concernées avec un volume de base fixé à la moitié de la consommation annuelle d'une personne seule.

Il y a cet occupant qui, trop âgé ou malade, ne peut physiquement plus alimenter son poêle à bois enregistré comme mode de chauffage et a recours à des radiateurs électriques qui auparavant ne servaient qu'en appoint. Doit-il lui aussi être montré du doigt et financièrement sanctionné, avec un volume de consommation devenu tout à coup non-vertueux ?

Il y a aussi ces propriétaires qui louent en meublé une partie de leur domicile pour augmenter un peu leurs revenus ; cela non plus n’est pas prévu, les occupants occasionnels n'étant pas pris en compte, les propriétaires seront considérés comme devant être taxés.  

Ensuite cette loi  pénaliserait les comportements écologiques.

Ceux qui refuseront pour toute leur famille les aliments prêts à consommer et feront le choix d'utiliser leur cuisine comme un lieu de transformation d'éléments nutritifs de base verront forcément leur consommation énergétique augmenter. Cuire son pain, faire ses yaourts et son fromage, laisser mijoter un pot au feu pendant 4 heures, autoproduire ses confitures, tout cela représente une dépense d'énergie dont s'exonère le consommateur de produits tout faits proposés par l'industrie agro-alimentaire. Peu importe que cette production relocalisée au plus près des besoins évite le gaspillage et favorise une alimentation saine, ce sont ceux qui feront ce choix de faire eux-mêmes la cuisine qui seront considérés comme devant être « accompagnés » (2) , étant ainsi placés dans une logique de tutorat dont on ne sait pas où elle finira.

Ceux-ci aggraveront leur cas s'ils choisissent de passer leurs vacances dans leur petit biotope à eux en recevant des amis. Tout ceci augmentera leur consommation alors qu'un ou deux beaux voyages en avion pendant quelques semaines au bout du monde  impacteraient à la baisse les dépenses énergétiques visées par la loi. Et n'imaginons même pas que cette famille ait acquis une voiture électrique rechargeable, ce cas n'a pas été prévu non plus.

Si l'idée de faire payer plus chère l'énergie à ceux qui en consomment trop n'est a priori pas stupide, elle se révèle vite impraticable (3) et contre-productive dans le cadre actuel. Ne tenir compte que de l'électricité et du gaz, en oubliant les autres sources d’énergie comme le fuel, induit un contrôle social sur certains citoyens et en exonère d'autres. Pourquoi stigmatiser celui qui consommera officiellement un peu trop de gaz et laisser le voisin brûler du fuel autant qu'il en veut pour chauffer une piscine ouverte ?    

Plus grave, en refusant de tenir compte de l'ensemble de l'énergie consommée, de façon directe au domicile comme indirecte à travers l'énergie incorporée dans les biens et les services utilisés, le système mis en place favorise tous les comportements de « passager clandestin » bien connus des économistes, et renforce les externalités négatives, comme on a pu le voir à travers les exemples précités.  

Il faudrait alors poursuivre dans la logique qui anime cette loi et perfectionner celle-ci en imaginant un système global enregistrant tous nos actes de consommateur et leur attribuer un poids énergétique pour être plus juste et plus efficace. Un tel Big Brother est-il possible ? Est-il seulement souhaitable ? Transformer l'écologie en jeu de flicage permanent et en moyen de culpabilisation des citoyens est peut-être une tentation, elle n'est en tout cas pas un projet de société, sauf à dessiner en creux le monde dont nous ne voulons pas.  

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1: Au rebours de ce qu'énonce François Brottes, auteur du texte de loi : « Le système simplifié de bonus-malus prend en compte la réalité particulière de chaque ménage (situation climatique, nombre de personnes et mode de chauffage) » in le Figaro, Le bonus-malus sur les tarifs de l'énergie appliqué en 2015, Fabrice Nodé-Langlois, le 17.01.2013. Derrière cette affirmation que démentent les exemples avancés plus loin, que se cache-t-il ? Un mensonge pour mieux faire passer son texte ? Une vision simpliste et unidimensionnelle de la société et de la façon dont nous vivons ? Ou bien le mépris d'un politique pour la vie réelle des gens ? En tout cas, cette façon de faire ne peut qu'éloigner de l'écologie des personnes au départ bien disposées, qui seront amenées à ne voir à travers celle-ci qu'un moyen en apparence un peu plus légitime pour leur chercher 'des poux dans la tête'. Mais il y a dans tout cela une logique de contrôle, de bureaucratisation et de croyance en la transparence de la société qui ne peut qu'inquiéter tous ceux qui n'ont pas oublié les dérives totalitaires que la pensée socialiste a accompagnées.    

2: « Les consommateurs concernés par le malus seront rapidement identifiés pour qu’on puisse les accompagner » comme le déclare François Brottes, le député socialiste à l'origine de la loi sur les tarifs de l'énergie. Cf. Adrien Gaboulaud, Ce que va changer la loi sur les tarifs de l'énergie, in Parismatch.com,  mardi 12 mars 2013.    

3: Il est toujours facile de dénoncer … mais rappelons que d'autres solutions avaient été explorées, comme la taxe carbone ou plus simplement une augmentation annoncée et régulière du coût des énergies mises à disposition des particuliers, à charge pour ceux-ci de s'organiser en gérant au mieux le signal prix (avec une aide pour les plus précaires).  

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Published by Jean Bruguier - dans Energie
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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 07:44

 

Après la session de Paris, l'IFP Energies Nouvelles (*) organisait le jeudi 2 février 2012  la session lyonnaise de son colloque PANORAMA 2012. Le thème en était : Mer et énergies : Quelle place pour les ressources marines dans le mix énergétique ?

Quatre intervenants se sont partagé la tribune.

M. Olivier Appert : IFP Energies Nouvelles

M. Michel Ollier : Pôle Mer Provence Alpes Côte d’Azur

M. Alain Marion : Technip

M. Philippe Gilson : Alstom

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Marché de l’énergie 2012 : Risques de tension persistants        

Comme à l’accoutumée la réunion s’est ouverte sur un survol général de la situation énergétique mondiale dressé par M. Olivier Appert, président d'IFP Energies Nouvelles.

M. Appert considère que l’année 2011 a connu un véritable choc pétrolier rampant, le troisième de l’Histoire. Choc caractérisé, non par une pointe brutale mais par une évolution forte et continue vers la hausse des prix. En 2010 le prix moyen du baril de pétrole était de 60 $, en 2011, il s’est établit en moyenne à 80 $ soit 20 $  (33 %) de plus en une année. Notons d’ailleurs que cette évolution se poursuit en 2012 avec un prix moyen de 90 $. Les prix sont désormais supérieurs à ceux de l’année 2008 en monnaie courante et même à ceux de 1980 (second choc pétrolier)  en monnaie constante. Sur les marchés spot, les prix ont atteint en moyenne 111 $ / baril pour le Brent et 95 $/ baril pour le WTI).

Plusieurs facteurs se sont conjugués pour favoriser cette évolution : Parmi eux, l’accident nucléaire de Fukushima qui a augmenté la demande en énergie fossile et les inquiétudes autour de la situation géopolitique au Moyen Orient (notamment en Iran).

Il est important de souligner que cette hausse du pétrole est d’autant plus fortement ressentie en Europe que dans la même période l’Euro a perdu de sa valeur face au dollar.

M. Appert envisage une poursuite du mouvement favorisé par le maintien d’une demande d’énergie croissante de la part des pays dits émergents, même si des découvertes importantes et des perspectives intéressantes, notamment dans l’offshore profond viennent plus moins tempérer le phénomène. Selon le scénario moyen présenté par l’IFPEN, les prix du pétrole (cours moyens, pas spot) devraient fluctuer en 2012 entre 100 et 120 $ le baril.

M. Appert estime également que nous devons nous attendre à  une baisse des capacités de raffinage américaines et européennes sous la triple pression de la baisse de la demande de carburant dans ces pays, de l’inadaptation de la production aux types de carburants demandés  (pas assez de gaz oil) et de la concurrence de nouveaux pays désormais capables de raffiner eux-mêmes et qui investissent en ce sens.

 

Pour le gaz  nous devrions faire face à deux tendances antagoniques :

- Une tendance haussière du fait de l’augmentation de la demande mondiale de gaz (Fukushima est un des éléments qui participe à cette propension)

- Une tendance à la baisse des prix du fait de l’arrivée des shales gaz qui commencent à représenter des quantités significatives et offrent de larges perspectives.  

Globalement toutefois la tendance haussière devrait l’emporter et nous aurons du mal à contenir la hausse des tarifs surtout en Europe. Les prix pour les industriels sont déjà plus élevés en Europe qu’aux Etats-Unis et cette tendance devrait en effet  se poursuivre, les USA étant en pointe sur ces gaz dits non conventionnels. La production des Etats-Unis en ce domaine devrait être multipliée par plus de deux d’ici 2030 passant de 150 à plus de 360 milliards de mètres cubes.   La Chine devrait également connaitre une forte augmentation de sa production.

En ce qui concerne les énergies renouvelables, M. Appert souligne que les investissements, sans atteindre encore ceux du monde pétrolier commencent à être très significatifs. On a investi 210 milliards en 2011 (+ 32 % par rapport à l’année précédente)  dans le renouvelable (dont une large partie toutefois sera subventionnée) contre 600 milliards de dollars pour l’énergie pétrolière.  

M. Appert rappelle enfin que l’IFPEN participe activement aux recherches sur les modes de stockage du CO2 ainsi que sur les biocarburants qui devraient représenter 20 à 25 % du mix énergétique des années 2050. Cette évolution allant de pair avec la généralisation d’un mode de traction hybride électrique.

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Energie Marines renouvelables – Gestion de l’espace marin.

Par M. Michel  Ollier,  chef de projet Energies Marines du Pôle Mer Provence-Alpes-Côte d'Azur .  

M. Ollier estime que Globalement le potentiel énergétique que l’humanité pourrait tirer de la mer serait de 3 600 Térawattheures par an en 2030 dont 600 TWh  pour la France. Il rappelle ensuite la grande variété des dispositifs permettant d’extraire de l’énergie des océans.

 

- L’éolien offshore.

- L’hydrolien (extraction de l’énergie des courants marins qu’ils relèvent des grands courants océaniques ou des courants de marées).

- Les mécanismes houlomoteurs par lesquels on transforme en électricité l’énergie des vagues (les mouvements des vagues servent généralement à compresser de l’air dont la détente est utilisée pour produire de l’électricité).

- Les dispositifs visant à tirer parti des différences de salinité (par utilisation du mécanisme d’osmose).

- Les dispositifs extrayant l’énergie des différences de températures.

 

Derrière cette variété se cache des ordres de grandeurs et des potentialités très différents. Aujourd’hui l’éolien offshore est ultra dominant, l’hydrolien est débutant (exception faite de la fameuse centrale marémotrice de la Rance qui ne semble pas pouvoir faire école pour des raisons d’opposition écologique). Alstom a toutefois dans ce domaine quelques projets en cours même si l’on peut, pour l’instant encore, les qualifier de « niches énergétiques »

Les mécanismes houlomoteurs en sont également à leurs débuts. Quelques exemples nous seront présentés par les intervenants, il s’agit là aussi de niches encore infinitésimale en terme de marché.

Les deux autres principes sont encore plus minoritaires et ne sont quasiment qu’au stade des recherches. Ils ne semblent pas pouvoir présenter demain des solutions alternatives significatives. La différence de salinité dégage très peu d'énergie  et la différence de température n’est intéressante que dans de rares régions du globe;  car  il faut pouvoir mettre en relation des couches d’eau présentant une différence de température d'au moins 20 C°, c'est à dire mettre en contact les couches profondes avec de l'eau de surface là où elle est particulièrement chaude.

M. Ollier  a également évoqué une difficulté inhérente à tous ces projets et qui se trouve liée à la nécessité de réunir et de mettre d'accord tous les travailleurs ou utilisateurs de la mer. Marins, pêcheurs, plaisanciers, et maintenant producteurs d'énergie doivent se partager un même domaine et trouver des solutions de compromis, ce n'est pas toujours le moindre des problèmes.

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Les nouvelles frontières de l’offshore,

Présenté par Alain Marion, Senior Vice-président Subsea Assets & Technologies, Technip

 M. Marion nous propose un survol des progrès réalisé en exploitation pétrolière et offshore et rappelle combien ces progrès ont été rapides. Il y a 50 ans encore, exploiter des réserves pétrolières sous quelques dizaines de mètres était un exploit. Aujourd’hui on exploite des gisements sous 3 000 mètres et des recherches se font pour analyser des gisements à plus de 5 000 mètres en zones pré-salifère notamment  (sous 2 500 m d’eau + 2 500 m de couches de sel) et bientôt peut-être, sous 7 000 mètres.

En la matière, une bonne partie des réserves mondiales se situe dans une sorte de « triangle d’or » dans l’Atlantique dont les trois pointes seraient le Golfe du Mexique au Nord, les côtes brésilienne plus au Sud et à l’extrême Est, les côtes africaines.

Au large du Brésil, les réserves sont évaluées à 100 milliards de barils ce qui est loin d’être négligeable (A titre de comparaison, l’ensemble des réserves estimées pour l’Arabie Saoudite est de 260 milliards de barils). Globalement M. Marion considère que l’offshore profond (parfois même dit ultra-profond, au-delà de 5 000 m) offre d’énormes potentialités pour l’avenir. Ces potentialités sont-elles susceptibles de modifier significativement la date du pic pétrolier ou prolongeront-elles sensiblement une éventuelle phase de plateau de production ? Le débat n’a pas vraiment eu lieu au cours de cette intervention.  

M. Marion a également présenté quelques-uns des très impressionnants outils des l’industries pétrolières et gazières modernes (spécialité de Tecnip) que ce soit les barges d’exploitation  ou les bateaux et les appareils de forages pour l’exploration. Ces outils sont en taille tout à fait comparables et même supérieurs aux plus grands navires, l’un des bateaux, le  FLNG de Shell pour le gaz naturel, fait 488 m  de long ! Les coûts sont à l’avenant.  

Il est intéressant aussi de noter cette remarque faite au cours des discussions ayant suivi cette intervention. Un participant a expliqué que les énergies renouvelables n’avaient pas toujours les avantages qu’une vision simpliste des choses voudrait leur accorder. Ainsi selon cette personne (manifestement approuvée par l’ensemble des spécialistes ici présents), le Danemark champion du monde de l’éolien est pour la production d’électricité le pays qui émet le plus de CO2 (pour une quantité d’électricité donnée). Le caractère intermittent de l’éolien impose en effet de prévoir des moyens alternatifs de production qui reposent essentiellement sur les énergies fossiles. Les bonnes intentions ne sont pas toujours récompensées !

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Les enjeux des énergies marines renouvelables

Présenté par Philippe Gilson, Directeur des énergies marines, Alstom

Après une présentation des activités d’Alstom dans le domaine de l’énergie et en particulier dans les énergies renouvelables, M. Gilson, comme M. Ollier rappelle la grande variété des sources d’énergie que nous pourrions trouver dans la mer. Pour lui aussi l’éolien offshore est le secteur le plus important dans un avenir proche.

M. Gilson  a présenté avec quelques détails l’éolienne géante Haliade 150 (le rotor a un diamètre de 150 mètres !) d'une puissance 6 MW. Cette éolienne est dite à « alternateur direct », le mouvement des pales est transmis à l’alternateur sans passage par une boîte de vitesse. Cette simplification mécanique augmente la fiabilité de l’ensemble.

Concernant les différentes machines « houlomotrices », M Gilson tient à souligner que les concepts foisonnent, même s'il y existe encore peu de réalisations concrètes. Il rappelle que la houle arrivant souvent en retard par rapport aux pointes de vent, l’existence sur un même lieu des deux sources d’énergies, pourrait permettre d’envisager un certain « lissage de la production ». Ce lissage est intéressant puisque le caractère erratique  et intermitent de ces deux sources constitue l’un de leurs principaux handicaps. Il subsiste toutefois une difficulté:  Pour l’instant, l’éolien est beaucoup plus développé que le  « houlomoteur ».  

L’intervention de M. Gilson a aussi donné lieu à quelques remarques sur le concept d’externalités négatives, bien connu de tous les théoriciens de l’écologie. A l’inverse il a été évoqué un avantage non négligeable des champs d’éoliennes offshore et que l’on pourrait qualifier d’externalité positive : autour d'un tel champ, la circulation maritime étant empêchée, la pêche est généralement impossible. Il en résulte que ces zones deviennent de riches réserves de biodiversité.

Enfin pour l'ensemble des énergies renouvelables (et cela ne concerne donc pas seulement celles qui proviennent de la mer), tous les intervenants ont fait part de l’extraordinaire « puissance de frappe » de la Chine qui a, par exemple, cassé les prix et fait main basse sur la production de panneaux photovoltaïques. S’il en était de même pour l’éolien, l’industrie européenne pourrait connaître bien des diffucultés malgré la  forte croissance du marché.

Accord également des intervenants sur le très (trop) bas prix des droits d’émission de la tonne de CO2. Nous en sommes à quelques euros alors que des prix de 32 euros avaient été envisagés pour 2010 par la commission dirigée par Michel Rocard qui avait été chargé de réfléchir à la taxe carbone . Une telle évolution si elle s'explique dans un contexte de crise économique est néanmoins surprenante quand on analyse la progression permante du taux de CO2 dans l'atmosphère. (voir, sur ce site,  les chiffres clefs du CO2). Elle  ne consitue évidemment pas une incitation en faveur des économies d’énergies fossiles. 

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(*) Parfois nommé  IFPEN, il s'agit de l'ex Institut Français du Pétrole.

Cette année le colloque se tenait dans la salle du conseil du Grand Lyon, l’animation était assurée par M. Francis Papillon. Les notes de synthèses des interventions de ce colloque sont disponibles ici. Vous trouverez aussi d'autres documents sur le lien suivant. Les précédents compte rendus des colloques "Panorama" de l'IFP réalisés par Economie Durable sont  disponibles pour les années 2011, 2010 et 2008

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recherche hs 2012 l'energie de demain Sur ces sujets, signalons également la publication d’un numéro hors série des « Dossier de La Recherche »  intitulé « Les énergies de demain » : Dossier La Recherche, HS n° 47, février 2012.  Ce numéro fait notamment le point sur les réserves de pétrole et sur le problème  très importante du stockage de l’électricité. La question du futur de l'énergie nucléaire est par contre assez peu développée.

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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 18:24

Pic de consommation – Energie nucléaire – Confort magique – Risque d’accident – Prix minoré du kWh – Retard sur les énergies renouvelables – Compétitivité des entreprises – Immobilier ‘passoire thermique’ – Fin du rêve nucléaire – Renouvellement du modèle de consommation –


Après le conte des 1001 nuits, nous vivons le conte des 101 000 mégawatts (1) : en effet quoi de plus miraculeux que d’avoir chaud dans une France entre – 10° C et – 20° C sans avoir à faire plus d’effort que de régler le thermostat et sans aggraver outre mesure les rejets en CO2 ; sans non plus avoir pris la peine d’isoler correctement nos maisons et appartements. Il y a bien là quelque chose de magique.

L’auteur de ce conte a un nom, c’est le nucléaire (2) et on a envie de lui dire merci.

Et puis on se rappelle Fukushima, 10 mois à peine, là où le conte japonais s’est mué en cauchemar. Et puis on doute à la vue de la glace qui commence à prendre nos rivières en se rappelant d’un coup que nos chères centrales fonctionnent aussi à l’eau qui court … L’accident n’est pas certain, il faudrait juste quelque chose de plus fort que ce qui a été prévu dans les longues séries statistiques qui ont présidées à l’élaboration des critères de sûreté de ces nœuds de dépendance qui ne supportent pas l’aléa imprévu, et le rêve peut basculer. Le rêve nucléaire a sa rançon, ce risque infime et permanent d’une catastrophe possible. Une épée de Damoclès sur un rêve prométhéen en somme (3). S’expliquer sur ce risque, c’est le premier compte qu’on peut lui demander.

Le nucléaire en France a eu un effet. Par la grâce d’une comptabilité qui a joué pleinement son rôle, à savoir qu’elle a produit un prix du kWh largement déterminé par des contraintes politiques en oubliant les coûts cachés (4), les Français, particuliers comme entreprises, ont bénéficié de tarifs forts avantageux par rapport à leurs voisins non-biberonnés à l’énergie nucléaire d’Etat. Et ce prix minoré a lui-même provoqué des effets en cascade.

Une moindre appétence pour les énergies renouvelables, toujours susceptibles de provoquer au moins à court terme une hausse des coûts énergétiques, et qui nous laisse fort dépourvu quand le monde développé, Allemagne et Japon en tête, met la filière nucléaire à l’index. Le retard en matière d’énergies nouvelles, c’est encore un compte qu’on peut demander à l’énergie nucléaire.

L’électricité bon marché a aussi contribué, pour les industriels consommateurs d’icelle, à compenser et donc à masquer un coût du travail excessif vis-à-vis de nos voisins. Maintenant qu’il nous faut prévoir une hausse à court terme d’au moins 30 % pour tenir compte des coûts d’une sécurité renforcée après le traumatisme fukushimien, quelle politique adoptée pour maintenir la compétitivité des industries énergivores sans une remise en cause difficile ? Avoir facilité la dérive des coûts sociaux, c’est un autre compte qu’on peut demander au nucléaire.

La facilité d’installation et de maintenance du chauffage électrique comme son coût de fonctionnement ont convaincu depuis 40 ans un nombre de particuliers sans équivalent en Europe, et c’est ainsi que nous nous sommes habitués à un mode de chauffage simple sans nous soucier de faire des efforts significatifs pour faire passer notre habitat en mode très basse consommation (5), en isolant sérieusement les constructions comme en développant la captation de l’énergie solaire (6). Hériter aujourd’hui d’un parc immobilier construit comme une passoire thermique, c’est aussi un effet de la politique nucléaire suivie (qui a longtemps préféré jouer la carte de la croissance de la consommation plutôt que celle des économies d’énergie) et un compte à lui demander.

On ne récrit pas l’histoire, mais comment oublier que les écologistes des années 70 criaient casse-cou quand EDF promouvait le chauffage électrique (7) et annonçait avec gourmandise des courbes de croissance impressionnantes ? Pour 40 ans après demander aux Français d’éteindre les lumières et mettre en avant une impossibilité à démanteler les vieilles centrales, prisonniers que nous sommes d’un besoin immaîtrisé.

Il y a une bonne nouvelle dans tout ça. En ces temps d’une mondialisation qui semble nous priver du contrôle de notre avenir, nous pouvons constater que le pic de consommation se fait le soir à 19 h 00 et ne dépend que de nous-mêmes.

Après avoir demandé des comptes au conte que le nucléaire a cru nous faire vivre, nous pouvons rentrer dans la réalité, adapter à marche forcée nos maisons nos bureaux nos appartements, promouvoir une économie drastique de l’énergie sous toutes ses formes et jouer la carte des énergies renouvelables comme nous interroger sur notre nombre de consommateurs (8).

Toutefois, s’adapter vite, c’est s’adapter avec d’autant plus d’efforts à fournir. Transformer nos constructions va supposer des investissements lourds et se traduira par un coût croissant du logement, s’exonérer des énergies fossiles (9) et du nucléaire à terme commande là aussi des investissements qui se reflèteront dans les prix comme dans les usages de l’énergie. En fait, et il faut le dire et le répéter, changer de modèle énergétique suppose une rétraction du niveau de vie, avec une part croissante du budget des ménages affectée au logement et à la dépense énergétique qui y est associée. Sans compter une remise en cause à la hausse du coût des déplacements des hommes et des choses, qui impactera nos modes de vie et notre urbanisme au premier chef. Si l’on ajoute à ces changements la modification de notre mode d’alimentation vers une agriculture biologique plus saine mais plus coûteuse elle aussi, c’est tout le modèle occidental de consommation qui doit se renouveler.  

Un conte est passé et le réveil est difficile, mais il fait si bon vivre ! alors à nous de jouer.

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1. Le pic de consommation électrique instantanée en France a passé pour la première fois le cap des 100 500 mégawatts mardi 07 février 2012.

2. L’électricité d’origine nucléaire représente grosso modo 75 % de l’électricité consommée en France.

3. C’est ce rêve que des scientifiques comme Louis Leprince-Ringuet mettaient en avant à l’époque où la France du Président Pompidou sous le ministère de Pierre Messmer fit le choix du tout-nucléaire.  

4. Au premier chef de ces coûts, la surveillance des déchets à long terme et le démantèlement des centrales.

5. Sur ce sujet d’un habitat faiblement consommateur, rappelons simplement que les Suisses ou les Allemands ont été les premiers à émettre des normes sévères type Passivhaus et à imaginer la construction de maisons passives quasi non-consommatrices d’énergie extérieure. Toutefois, si la politique pro-nucléaire a eu un rôle dans cette absence de politique sur l’habitat, il faut reconnaître que le coût relativement bas du gaz ou du fioul domestique a aussi encouragé les Français à ne rien faire.

6. On pense d’abord aux capteurs solaires et ceux-ci peuvent être assez aisément ajoutés ; mais il y a aussi la conception de la maison, avec des baies plein sud notamment et une inertie calculée, qui permet un chauffage solaire dit passif très économe. Bien évidemment ce mode de construction doit être prévu au départ ou se révèle coûteux ensuite, d’où l’intérêt d’anticiper. Quand on pense à l’importance du parc immobilier construit depuis 40 ans, on ne peut que déplorer l’absence d’une politique prévoyante.

7. A quelque 40 ans de distance, il n'est pas forcément illégitime de se demander si le lobby nucléaire français ne tente pas une opération similaire en présentant la voiture électrique comme l'avenir de l'automobile. Avec la complicité de bobos écologisants pour qui l'important est de déplacer la pollution hors de leur sphère d'évolution, comme ils l'ont déjà fait à moult reprises, en s'opposant par exemple à la centrale nucléaire de Plogoff ou plus récemment aux recherches de gaz de schiste au Larzac sans pour autant promouvoir une vita povera seule à même de ne pas déporter vers des voisins moins adroits et moins introduits les conséquences d'un mode de vie gaspilleur et destructeur. Sur ce sujet,cf. Le coup de Plogoff, in le blog Economie durable

8. La question du nombre de consommateurs a aussi été mise en avant par les experts énergétiques pour expliquer la tendance à la croissance de notre consommation énergétique. On ne peut donc exclure qu’il faudra se poser la question aujourd’hui taboue du nombre acceptable de consommateurs sur notre territoire si nous voulons préserver à la fois une cohérence sociale et un équilibre écologique.

9. Il ne s'agit évidemment pas d'avoir à choisir entre la peste et le choléra, comme nous y mène si volontiers la société de croissance. Le pétrole le charbon ou le gaz ne doivent pas être des substituts au nucléaire. D'une part parce que la raréfaction de la ressource oblige à aller chercher toujours plus loin avec toujours plus de risques (voir les forages pétroliers à 5000 m de profondeur) ou toujours plus difficile avec la pollution y afférente (voir les gaz de schiste ou assimilés). D'autre part parce que la planète commence à plus que saturer en matière de rejets de CO2. In fine la solution écologiquement viable consiste à miser dans un même mouvement vers les économies d'énergie et les renouvelables.


Sur ce sujet du pic de consommation voir également l'article : 100 500 Mégawatts : Record de consommation électrique.

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Published by Jean-Christophe VIGNAL - dans Energie
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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 09:44

On l’attendait lundi soir, quelques mesures avaient d’ailleurs été prises, et largement médiatisées ici et là, pour l’éviter, ou au moins en limiter l’ampleur, mais c’est finalement ce mardi à 19 heures que la France a battu son record de puissance électrique avec une production instantanée de 100 500 mégawatts. Record non négligeable puisqu’il dépasse de 4 % le pic précédent : 97 500 MW le 15 décembre 2010 (1).

Avons-nous relâché nos efforts suite à la réussite des mesures de la veille ou est-ce le froid qui s’est fait plus mordant ou plus généralisé à l’ensemble du territoire ? Peu importe, le seuil symbolique des 100 000 MW est franchi. RTE l’attendait plutôt pour 2013 et prévoit d’atteindre des pointes de 110 000 MW en 2020.  

100 Gigawatts ! Une telle puissance a de quoi donner le tournis. Elle correspond à la production (électrique) instantanée de plus de 70 réacteurs nucléaires de dernière génération (2). Elle correspond aussi, puisque l’électricité ne se stocke pas, à la consommation instantanée de 1,5 kW par français, bébés compris, c’est un peu comme si toute la France était en train de repasser au même instant.

Ce qui donne aussi le tournis c’est le regard sur le passé. La consommation électrique dans notre pays a fortement augmenté au cours des quatre dernières décennies. Entre 1973 et 2005 la production  électrique française a été multipliée par plus de trois, passant de 182 à 570 Térawattheures/an. Depuis 2005, il est vrai nous la consommation tend à stagner, ce qui n’exclut pas, nous le voyons, les problèmes de pointe.

La généralisation du si pratique chauffage électrique, allié à la puissance et à l’efficacité de la production nucléaire, ainsi que le faible prix de vente de l’électricité (si si !) ont favorisé cette dérive, tous ces facteurs d’ailleurs se renforçant et se justifiant l’un l’autre.

Dans d’autres pays, les pointes de froid génèrent plutôt une surconsommation d’autres sources d’énergie : chauffages d’appoint au gaz, au fioul au bois… En France c’est prioritairement l’électrique qui assure l’ajustement marginal, pour le chauffage au moins.

En pleine campagne électorale et donc en plein débat latent sur le nucléaire, cette année revitalisé par le souvenir des évènements de Fukushima, un tel record suscite bien des interrogations.

Comment ferons-nous face à une telle demande, si demain nous devons fermer une part significative de notre parc électronucléaire comme le demandent instamment les écologistes d’EELV et comme le promet, beaucoup plus mollement il est vrai, le parti socialiste ?

Lors d’un récent colloque organisé par l’IFP (Panorama 2012), un intervenant fit malicieusement remarquer que le Danemark, pays connu pour sa sensibilité écologique et ses nombreuses éoliennes géantes, était le pays qui, pour sa production électrique produisait le plus de CO2 par habitant. Les éoliennes ne fournissant pas de courant en continu, elles doivent être doublées par des centrales fonctionnant majoritairement aux énergies fossiles qui se trouvent largement sollicitées en périodes de pointe et/ou de calme plat. Oui, cette question doit aussi être abordée, rien n’est simple.

C’est en réalité tout notre modèle qui est en cause ; notre modèle de croissance permanente et conjuguée de nos consommations individuelles et de nos effectifs. Modèle hélas plébiscité par la quasi-totalité des partis politiques qui réclame toujours plus de croissance et se félicite dans une touchante unanimité (pour une fois !) des réguliers records de la fécondité français.

Quelle que soit la position de chacun sur le nucléaire, nous n’éviterons pas, si nous voulons assurer quelque durabilité à nos sociétés une politique d’économie d’énergie qui passera par une remise en cause de quelques habitudes modernes. Les « négawatts » selon l’expression en vogue, font partie des options les plus prometteuses.

Nous pouvons (devons ?) accepter un ou deux degrés en moins dans les maisons, nous pouvons refuser la climatisation généralisée, baisser sensiblement les éclairages publics et les publicités inutilement lumineuses.

Plus fondamentalement, nous devons entrer dans l’ère où nous acceptons de supporter certaines contraintes de la nature liées au caractère fini de notre monde. La fuite en avant productive et démographique que nous connaissons est une perspective impossible. Cela ne serait pas le moindre mérite de ce record que de nous aider à en prendre conscience.

 

Ci-dessous, une illustration de l'extraordinaire croissance des pointes de consommation électrique en France au cours des dix dernières années. Source : RTE

   pic de consommation

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 (1) A peine cet article écrit, que l'actualité le rendait caduque. Le lendemain soir même,  mercredi 8 février, le record de consommation électrique tombait à nouveau  avec une consommation instantanée de 101 700  MW  (dont 7 800 importés), soit encore 1 % de plus que la veille. Dans le même temps, la consommation de gaz atteignait aussi son plus haut niveau. La vague de froid illustre à merveille notre dépendance à l'énergie et ne laisse pas d'inquiéter si celle-ci venait un jour à manquer.

 (2) La France héberge 58 réacteurs nucléaires dont 55 étaient en fonctionnement au moment du pic. La dernière génération, à laquelle tous n’appartiennent pas, offre une puissance d’environ 1 400 MW électrique, le futur EPR devrait atteindre environ 1 600 MW.

Sur le même sujet voir aussi, sur ce site, l'article : Le Pic et le Nucléaire, et sur le site de Libération l'excellente analyse de Sylvestre Huet.                                  

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