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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 10:44

   

Quand la baignoire déborde, le fou passe la serpillière, le sage ferme le robinet.        (Proverbe Chinois)

La ville européenne a connu depuis toujours deux expressions urbaines : compacité et étalement. Bien que limitée à des territoires très restreints et très densément occupés, la ville s’est étendue par agrégation de territoires nouveaux aux périmètres anciens. Jusqu’au 19ème siècle, il est encore relativement aisé et univoque de tracer les limites de la ville. A partir du début du 20ème siècle (voire de la fin du 19ème ), la conjugaison des effets de la révolution industrielle et de l’exode rural modifie profondément la donne. Accroissement démographique, développement des moyens de transports de plus en plus performants, notamment la voiture, et très souvent aujourd’hui chaque foyer en possède plusieurs, changement de modes d’habiter et de travailler font que les villes étendent, dans un laps de temps relativement court, leur superficie et grignotent toujours plus loin dans les espaces environnants les terres arables. Cela se traduit par une dilution de leurs limites.

Dès 1950, les rapports entre la ville et la campagne environnante n’en finissent pas de connaître des bouleversements de plus en plus radicaux. A partir des années 50/60, en France avec les problématiques de la destruction de la guerre, l’habitat insalubre, la fin du drame Algérien et l’accueil d’un million de rapatriés on a dû accélérer la construction de logements dans des ZUP. Les couronnes périurbaines d’une grande majorité de villes enregistrent ainsi des accroissements plus importants que ceux de leurs centres.

Aujourd’hui, en ce début de 21ème siècle, nous observons un mouvement de retour aux centres. Reconquête de centres-villes, reconstruction d’images et d’influences, les nombreux projets urbains témoignent de la volonté de valorisation et requalification des villes. La notion de densité urbaine est de retour pour faire le contrepoids à l’étalement urbain, avec, in fine, l’argument selon lequel on défend de nouvelles idées environnementales liées à la sauvegarde des terres agricoles et aux contraintes énergétiques. La densité n’est toujours pas pour autant un concept avec une connotation forcement positive et constructive, issue d’une politique globale pensée à long terme. Pour un bon nombre d’élus, de citoyens et d’opérateurs, une forte densité de logements est encore uniquement synonyme de promiscuité, d’affrontements, de conflits de voisinage. Pour d’autres c’est tout juste un bon instrument économique pour augmenter la valeur foncière des terrains déjà très convoités des centres urbain.

Madame Duflot, actuelle ministre du logement, est urbaniste de formation et convaincue de la nécessité de densifier nos villes, persuadée de réduire ainsi le poids des deux plaies de l'urbanisme à la française que nous payons tous les jours à cause d’un étalement urbain et des distances, notamment, Domicile-Travail qui ne cessent de croître. Par cet étalement urbain qui confine souvent à l'absurde, ne sommes-nous pas, par ailleurs obligés de prendre nos voitures pour aller acheter une baguette de pain ou faire les courses dans des magasins qui ont déserté les centres-villes au profit de "galeries marchandes" dans des zones commerciales péri-urbaines ?... Pire encore, quand on a concentré des populations à l’intérieur de ZUP rejetées de plusieurs kilomètres à l’extérieur des centres-villes, alors que dans le même temps on aménageait des zones d’activités avec des grandes surfaces commerciales encore plus loin et très souvent à l’opposé de ces nouvelles zones d’habitat…Le tout aggravé parfois par une déficience chronique des transports en commun… 

Selon la ministre, cette situation est intenable à terme et Madame Duflot d’afficher des objectifs qui passent par la construction de 500 000 logements par an et la rénovation de 500 000 autres logements, car selon elle, nous arriverions péniblement à en construire entre 300 000 et 400 000. Or, il faut loger 300 000 nouveaux ménages chaque année, conséquence de la politique ultra nataliste, où la France se distingue en faisant davantage d'enfants que  les autres pays Européens. Et on estime le déficit de logements à près d'un million. La pression immobilière qui fait monter les prix, le manque de terrains et les surcoûts liés à des normes très contraignantes expliquent ces problèmes.

Densification urbaine et croissance démographique

Excepté les adhérents de ‘’Démographie Responsable’’ quelques personnalités écologistes, tels le député Européen Vert Yves Cochet, des militants de courants minoritaires d’EELV et le Mouvement Ecologiste Indépendant (MEI), la croissance démographique, que nul à Gauche comme à Droite ne souhaite remettre en cause et l’éclatement des foyers imposeront toujours plus de construction de logements. Ce phénomène consomme beaucoup d’espace, d’autant que nombreux sont nos concitoyens qui souhaitent habiter un pavillon individuel. La multiplication des lotissements dans les communes péri-urbaines traduit cette tendance. En outre, les communes multiplient souvent, en concurrence les unes des autres et de façon parfois anarchique, des zones d’activités qui nécessitent des infrastructures. Le tout dévoreur de terres arables. Cet étalement urbain qui se fait au détriment des espaces naturels ou agricoles entraîne la disparition d’environ 60 000 hectares de terres naturelles ou agricoles chaque année en France. Les surfaces artificielles (routes, bâtiments, parkings, etc.) augmentent trois fois plus vite que la population. Selon les estimations du Ministère de l’agriculture, Si les sols agricoles représentent toujours plus de la moitié du territoire, les espaces artificialisés progressent et atteignent 9 % du territoire métropolitain. L’artificialisation entraîne, tous les 10 ans, la perte de l’équivalent d’un département français, soit 200 hectares par jour. Entre 2006 et 2010, les surfaces artificialisées ont gagné 339 000 hectares.

Face à ce constat alarmant, et depuis de nombreuses années déjà, les urbanistes préconisent de densifier les espaces urbains existants. En concentrant une population plus importante sur un même espace, on limite le grignotage des espaces agricoles ou naturels, on optimise les investissements publics, en particulier, les transports publics et les réseaux divers (assainissement et autres), on limite les déplacements…

Si à priori, on ne peut qu’être favorable à la préservation des espaces naturels ou agricoles. Tant qu’il s’agit de combler les dents creuses ou de reconquérir les friches urbaines, la population approuve la densification, mais lorsqu’il s’agit de densifier leur environnement en construisant plus haut ou plus serré, nos concitoyens se montrent généralement hostiles. La réaction est légitime car on ne peut nier que la densification comporte des conséquences tangibles pour les populations qui redoutent une dégradation de leur qualité de vie, liée notamment à la promiscuité et à l’augmentation des nuisances qui en découlent. D’ailleurs pour s’opposer désormais à des réactions d’opposition à son option politique de densification urbaine, le gouvernement vient de prendre une ordonnance le 17 juillet qui limite les recours contre les permis de construire (décret Duflot). Sauf que ce décret, dès lors qu’il introduit dans la procédure de saisine une inégalité de droit entre les citoyens par l’intermédiaire de leurs associations pose un problème de constitutionnalité en regard de l’article premier. (La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine…). A noter que lors de l'audition de la ministre Duflot au parlement un député avait évoqué cette distorsion de traitement, mais n'avait guère insisté. Le lobby des bétonneurs devait ''veillait au grain''... Au nom de la politique de densification urbaine et de la construction de logements il s’agit en fait d’une ordonnance liberticide de Madame Duflot pour le service exclusif des bétonneurs et des maires affairistes des grandes villes qui n’en attendaient pas tant d’une ministre issue d’EELV. Ce décret aura à terme des conséquences désastreuses, en particulier pour les lois paysage, montagne et littoral qui pourront être transgressées en toute légalité ou presque, et encouragera certains maires à passer outre les interdictions des Plans de Prévention aux Risques d’Inondations (PPRI). Voir une précédente publication.

Inversion de tendance.

Les dernières grandes lois en matière d’urbanisme et notamment la loi Grenelle 2 de l’environnement ont fixé des règles toujours plus exigeantes, au point que le Code de l’urbanisme prévoit désormais, à tous niveaux, de nombreuses règles visant à rendre obligatoire la densification.

Ainsi, le droit de l’urbanisme connaît probablement, depuis quelques années, un véritable changement de cap. En effet, depuis plusieurs décennies, une des principales préoccupations des règlements d’urbanisme consistait à limiter la densification des espaces urbains en y imposant un « Coefficient d’Occupation des Sols » (COS) qui limitait les surfaces constructibles en fonction de la superficie du terrain.

Remise en cause des coefficients d'occupation des sols (COS)

Les communes contrôlent l’urbanisme sur leur territoire au moyen du coefficient d’occupation des sols (COS) qui permet de maîtriser la densité des constructions. Le COS est fixé dans le Plan Local d’Urbanisme (PLU) qui a remplacé le plan d’occupation des sols (POS). Le COS varie selon le classement de la zone où se situe la propriété. La commune est partagée en différents secteurs : les zones urbaines constructibles, et les zones naturelles limitant voire interdisant les constructions. Suivant les zones, le COS permet de bâtir une surface plus ou moins grande proportionnellement à la superficie du terrain. Ainsi pour un COS de 0,6 il est permis d’édifier 420 m2 sur une parcelle de 700 m2. Dans une zone urbaine pavillonnaire, le coefficient est souvent faible, 0,1 (100 m2 construits sur une superficie de 1 000 m2) par exemple, mais peut atteindre 3 (3 000 m2 d’immeuble sur le même terrain de 1 000 m2) dans un quartier de bureaux. Dans une zone naturelle, la possibilité de construire peut être limitée par un COS de 0,005 (soit 100 m2 construits sur une propriété de 2 hectares - 20 000 m2). Remarque : La surface construite à considérer est la superficie nette de plancher hors œuvre, c’est-à-dire la somme des différents niveaux : rez-de-chaussée, étages, combles, vérandas. Ne sont pas pris en compte les sous-sols et combles non aménageables (moins de 1,80 m de hauteur), les locaux techniques (ascenseur, chaufferie, local à ordure, caves), les surfaces non closes (balcon, loggia, toit terrasse) ou de stationnement (parking, boxe, rampe d’accès), ainsi qu’un forfait de 5 % de la superficie pour tenir compte des éléments d’isolation acoustique et thermique.

Désormais, la tendance est plutôt à la suppression des coefficients d’occupation des sols en secteurs urbains voire même, dans certains cas particuliers, à imposer un COS minimum à proximité des principaux axes de transports en commun. On assiste donc à un véritable retournement de tendance dans la philosophie du droit de l’urbanisme. Et le processus n’est probablement pas encore fini…

La mesure la plus emblématique de ce bouleversement de la pensée de l’urbanisme réside probablement dans la possibilité, pour les communes qui le souhaitent, d’imposer, depuis 2010, un COS minimal à proximité des principaux axes de transports en commun.

De même, le versement pour dépassement du plafond légal de densité prévu dans le Code de l’urbanisme a été supprimé. Désormais, au contraire, les communes qui le décident peuvent pénaliser financièrement les constructions qui ne satisfont pas aux objectifs de densité en les soumettant à un « versement pour sous-densité ». Dans le prolongement de cette tendance, en ville l’espace pourrait donc devenir un luxe.

Les communes ont également perdu une part de leur souveraineté dans l’élaboration de leurs choix urbanistiques, ce qui n’est pas en soit une mauvaise chose, car cela limite des dérives clientélistes. Mais, qu’elles le veuillent ou non, elles sont obligées d’intégrer la densification dans leur plan local d’urbanisme (PLU). Les Schémas de Cohérence Territoriale (Scot) élaborés au niveau intercommunal ont l’obligation légale de lutter contre l’étalement urbain et peuvent, par exemple, interdire aux communes de prévoir des COS ou des hauteurs trop faibles.

Dans le même sens, mais de manière facultative cette fois, les communes peuvent autoriser des dépassements de la densité fixée par le COS jusqu’à 50 %, pour certains projets de logements notamment s’il s’agit de HLM ou de logements performants énergétiquement. Une récente loi, déjà abrogée avait même tenté d’imposer aux communes un dépassement du COS (et d’autres règles) dans la limite de 30 %. De nombreuses autres règles encore visent à faciliter la densification et dérégulent l’urbanisme, comme par exemple la possibilité de régénérer les droits à construire d’un terrain à chaque division de parcelle.

Naturellement, la densification ne s’applique évidemment pas de la même manière dans un bourg rural ou en centre-ville. Néanmoins, si l’on veut bien s’affranchir de la vision angélique du dogme de la densité, il faut alors reconnaître que la densification ne résout en aucun cas les problèmes de surpopulation et d’étalement de l’habitat par transfert de population dans les communes en périphérie des grandes villes, notamment pour les opérations d’accession à la propriété. 

Complexité de la densification et risque d'atteindre des résultats très différents de ceux visés (1).

Depuis l’antiquité, les pouvoirs publics ont toujours lutté contre la tendance naturelle des constructions à s’entasser, notamment pour lutter contre les incendies, faciliter la circulation ou améliorer les conditions d’hygiène. A partir de la fin du 19ème et surtout au 20ème siècle, la dynamique s’est inversée. Les villes se sont étalées rapidement, quand les infrastructures l’ont permis et que les habitants ont pu accéder à l’automobile. De sorte qu’aujourd’hui les politiques publiques essayent de lutter contre les excès de cette "dé-densification".

Considérant que l’étalement des zones périurbaines provoque de nombreux déplacements en voitures individuelles, le mitage des terres agricoles …. Le Grenelle de l’Environnement a conclu en matière d’urbanisme à la nécessité de densifier les zones urbaines, mais une ville densifiée n’assure pas pour autant que les objectifs du Grenelle seront atteints : les différences de besoins et contraintes au sein de la population (familles avec enfants, jeunes adultes, retraités…), en particulier en matière de déplacements des actifs vers leur lieu de travail et les éléments économiques pour les choix … créent un contexte très complexe, où une décision peut facilement aboutir à l’effet inverse à celui recherché. 

Quelques illustrations :

La densification conduit-elle automatiquement à la réduction du trafic ?
La conclusion de SIMMOND AND COOMBE (2000) est que la densification n'est pas suffisante en soi  » la stratégie de "densification", pour Bristol par exemple, n'a pas eu les effets escomptés sur le trafic. Le lien dépend peut-être d'autres paramètres, la localisation de l'habitat en relation avec les opportunités de travail étant plus importante » (géo confluences / ENS - Lyon)  

Le bilan carbone d’habitants en centre urbain est-il meilleur ?... :
Jean-Pierre ORFEUIL, professeur à l’institut d’urbanisme de la ville de Paris, pointe ainsi "l’effet barbecue", ou "mobilité de compensation", qui pousse les habitants à quitter les centres-villes lorsque arrive le week-end. "A revenus égaux, ils auraient plus tendance que ceux de la périphérie à partir loin, en utilisant des modes de transport gourmands en énergie… (CNRS - idées reçues sur la densité).
Par ailleurs, habiter la ville pour se rapprocher de son lieu de travail n’est pas la motivation première dès lors que la disjonction entre le lieu d’habitat et le lieu d’emploi s’accentue. Les changements d’emploi sont deux fois supérieurs aux changements de logements. 90% des déménagements au sein d’une région ne sont pas motivés par la volonté de se rapprocher d’un emploi, mais pour des raisons familiales ou liées à l’environnement ou au logement lui-même.

Conséquence financière de la densification sur de l’augmentation des droits à construire
Henry BUZY-CAZAUX, Président de l’Ecole Supérieure des Professions Immobilières (Les Echos) : » 30% de droits à construire en plus, c’est 30% de plus sur le prix du terrain, en gros. A ce compte-là, on saisit mal par quel miracle le prix des logements produits baisserait ».
La Fédération des Promoteurs Immobiliers n'exclut pas des effets pervers. Elle craint que la possibilité de construire plus ne renchérisse encore le prix des terrains à la vente, ce qui aurait l'effet inverse de celui recherché... (Le Point)

Les métropoles se concentrent…et s’étalent

Paradoxalement, plus les centres des grandes villes se densifient, plus les villes s’étalent à cause d’un accroissement des populations dans les communes périurbaines. 

A cause de la croissance démographique, plus on assiste à une densification croissante des populations dans les grandes villes, plus, paradoxalement, on constate également un étalement des habitants vers la périphérie.

Entre 1990 et 1999, seize aires urbaines de plus de 150 000 habitants ont contribué pour plus de 30 % à la croissance démographique de la France métropolitaine, alors qu'elles représentaient seulement 9,5 % de sa population en 1990 (voir ce lien). 

Le pays comptait 64.612.939 habitants au 1er janvier 2010 selon les derniers chiffres de l'Institut national de la statistique. En quatre ans, la France qui a gagné 1,4 million d'habitants « connaît une croissance démographique deux fois plus élevée que la moyenne en Europe ».

La croissance démographique est essentiellement portée par les petites communes périurbaines. Si les communes de moins de 5 000 habitants n'abritent que 40 % de la population, elles représentent 70 % de la croissance démographique. « Quelle que soit la taille de la commune, être situé hors de l'espace urbain ou dans une petite agglomération est plus favorable que d'appartenir à une agglomération moyenne », observe l'Insee.

Les communes rurales et les petites villes de moins de 10.000 habitants sont souvent situées sous l'influence d'une grande ville : une partie importante des personnes qui y résident travaillent dans la grande agglomération proche. Elles bénéficient de l'activité économique, des services de cette agglomération et d'une offre de logements moins chers et plus spacieux. D’une part, cette situation traduit ainsi une nouvelle forme de ségrégation sociale assez curieuse et contradictoire, d’une part le cadre de vie plus agréable des petites communes rurales de la périphérie devrait conduire à des logements plus chers car plus spacieux que ceux des centres des grandes villes, or c’est l’inverse qui se produit. D’autre part, du fait des prix des logements élevés à cause de la spéculation immobilière due à la rareté des terrains disponibles, ce sont les populations les plus aisées qui peuvent plus facilement se loger dans le centre des grandes villes, rejetant ainsi les plus modestes aux communes de périphéries, généralement dans des ZUP qui concentrent misère sociale, chômage élevé, délinquance diverses… C’est bien le problème de surpopulation et de déséquilibre social qui explique que la densification urbaine n’interrompt pas pour autant l’étalement et l’accroissement des populations en périphérie.

Cesser de passer la serpillière, fermer le robinet…

En stabilisant la croissance démographique en France au rythme actuel de son évolution (environ 1,5 million d’habitants tous les 4 ans), selon les estimations de l’INSEE, en 2040 la France compterait 75 millions d’habitants. Si on considère les lobbys ultra natalistes, notamment les religions monothéistes dont l’influence ne cesse de croître et qui encouragent la politique nataliste des Gouvernements tant ceux de Droite que ceux de Gauche, ces chiffres risquent fort d’être très supérieurs et malgré toutes les politiques de densification urbaine, y compris les plus autoritaire, elles ne pourront empêcher un étalement toujours plus important et toujours plus dévoreur d’espace et de terres arables...

Il est urgent de stopper la croissance démographique en prenant des mesures qui, dans l’immédiat, ramènerait la France dans la moyenne Européenne des taux de natalité, pour ensuite, en réhabilitant et réactualisant Malthus, amorcer l’indispensable décroissance démographique.

Localement, excepté quelques très rares maires écologistes, tous n’ont qu’une ambition : développer leurs communes en augmentant la population, ce qui est compréhensible quand on sait que la dotation globale de fonctionnement (DGF) attribuée par l’Etat aux communes varie du simple au double suivant le nombre d’habitants. Il ne pourra donc y avoir de régulation et d’arrêt de la croissance démographique des communes s’il n’y a pas de mesures prises au niveau National concernant une réforme totale de la fiscalité locale et des règles d’attribution des dotations financières de l’Etat (DGF, DGE…) qui inverse la tendance. Naturellement tous vont se retrancher derrière l’argument du ‘’développement durable’’ pour justifier leurs choix. Lorsqu’il s’agit de communes périphériques qui ont un profil de logements déséquilibrés par un mitage trop important de maisons individuelles, les maires vont s’efforcer de requalifier en densifiant leur centre de manière à ce que l’urbanisme n’oblige pas les habitants à prendre leur voiture pour le moindre déplacement et en favorisant la desserte par les transports en commun, attirer les commerces et diversifier l’offre de logements, pour prendre en compte les besoins des jeunes, des personnes âgées et des familles monoparentales, quoi de plus normal, mais tout cela se traduira, non par un rééquilibrage social de la population existante, mais par un afflux de nouvelle population qui aggravera les déséquilibres sociaux de la commune.

Le « Développement Durable » est évidemment impossible car tout développement se heurte à des limites  : « les arbres ne montent pas jusqu’au ciel ». Son sens ne peut être que de retarder dans une mesure difficile à prévoir, le choc en retour de la croissance humaine et des besoins liés, il interviendra inéluctablement, même en réduisant nos prélèvements de ressources et les pollutions que nous produisons.

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Ce texte de Monsieur Daniel Martin a été préalablement publié sur Agoravox et dans une version un peu plus courte sur le Plus du Nouvel Obs

(1) Cet intertitre reprend l'intitulé d'un texte publié par Monsieur Jean-Gilbert Aincy sur le blog CREO consacré à la réflexion sur l'urbanisme à Orléans. Ce site présente des articles très intéressants sur le sujet.

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Published by Daniel Martin - dans Habitat
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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 11:04

Opérer une rénovation thermique de l’habitat existant, à côté de la construction de logements neufs à très faible consommation énergétique, semble une évidence.

Evidence car le coût écologique et financier d’un habitat ‘passoire énergétique’ est de plus en plus perçu comme un gaspillage insupportable, et d’autant plus préjudiciable que l’immense majorité d’entre nous va être confrontée à une baisse de notre pouvoir d’achat du fait de la crise économique en Occident et de la hausse des matières premières, de la nourriture et de l’énergie. Faut-il rappeler qu’une hausse du prix de l’électricité pour les ménages d’au moins 30 % dans les cinq ans à venir  est quasiment actée ? Et que l’évolution prévisible du prix du gaz ou du fuel n’est pas plus encourageante.

Evidence encore car la rénovation thermique suppose d’y affecter des dizaines de milliers d’emplois largement non-délocalisables, donc bienvenus en période de chômage de masse.

L’idée de jouer cette carte, portée depuis longtemps par les écologistes, a été bien reçue et comprise comme un bel exemple de croissance verte réconciliant comme par miracle les écologistes et les professionnels du bâtiment qui ne pouvaient y voir qu’un accroissement sensible de leur marché.

On a pu y croire dès 2007, dans la foulée du Grenelle de l’Environnement où il a été question d’orienter les investissements en ce sens, avec entre autres une politique de crédit d’impôt. On a pu encore y croire au printemps 2012 avec l’entrée des écolos dans la nouvelle majorité présidentielle et la nomination de l’une d’entre eux au Ministère du Logement.

Et pourtant !

Les résultats en matière de rénovation thermique de l’habitat n’ont clairement pas été à la hauteur des espérances et des promesses du Grenelle de 2007, avec notamment une politique d’encouragement fiscal qui s’est largement amoindrie au fil de l’eau et des contraintes budgétaires d’un Etat impécunieux. Au moins peut-on mettre au crédit du précédent quinquennat la compréhension par tous les acteurs du secteur, qu’ils soient propriétaires locataires ou constructeurs, que l’immobilier devait impérativement faire sa mue pour prendre sa part dans une transition énergétique devenue inévitable.

Le nouveau quinquennat fait-il mieux ? S’il a été question pendant la campagne présidentielle de rénover 600 000 logements par an pour améliorer leur efficacité énergétique, chiffre revu à 500 000 au moment de la Conférence environnementale à la rentrée (1), plus de 6 mois après l’installation de l’Administration Hollande avec Cécile Duflot aux manettes de la politique de l’habitat, rien de clair n’est sorti en ce domaine et les particuliers comme les investisseurs et les bailleurs sont en attente.

Y aurait-il un os dans la noce de l’écologie et du bâtiment ?

Apparemment non si l’on entend ce qui se dit dans les coulisses gouvernementales (2), et notamment l’idée de financer ces investissements sur des décennies d’économies d’énergie avec un emprunt national envisagé auprès de la Banque Européenne d'Investissement. Idée basée sur le raisonnement déjà défendu par François Fillon qui rappelait dans une déclaration le 05.4.2011 à l’Assemblée Nationale que l’investissement dans la rénovation du parc bâti a ceci de particulier qu’il va rapporter de l’argent grâce aux économies d’énergie faites, et cette économie financière sera chaque année plus importante eu égard à l’augmentation mécaniquement inéluctable du prix de l’énergie due au passage en 2009 par le pic pétrolier de Hubbert. Idée qui s’appuie aussi sur les données de l’association NegaWatt qui estime que le solde dépenses/économies d’une rénovation peut devenir positif au bout de 11 ans sans même aucune intervention de l’Etat (3) et peut ainsi conclure que le financement d’un grand programme de rénovation ne poserait pas de problème particulier dès lors que la volonté politique de le mener à bien existerait. L’effort à consentir par l’État serait probablement plus élevé que celui consenti actuellement, mais cet effort ne serait que de deux ou 3 milliards de plus par an. Ce faisant, tout propriétaire, quel que soit son revenu, aurait accès à des travaux de rénovation qui lui rapporterait de l’argent pratiquement dès la première année.

Le retard à l’allumage de ce programme ne viendrait donc que de difficultés passagères et des inévitables problèmes budgétaires, administratifs ou politiques à résoudre à l’occasion du lancement d’un tel projet. Mais est-ce si sûr ? N’y aurait-il pas des oublis ou des questions plus structurelles qui empêcheraient ou freineraient le lancement de ce programme si nécessaire pour que notre pays puisse espérer tenir ses engagements de diminuer par 4 ses émissions de CO2 à l’horizon 2050 ?

Prenons l’exemple d’une famille propriétaire de sa maison déjà un peu isolée de 110 m2 (surface habitable moyenne d’une maison individuelle en 2010) qui dépense 1 650 euros par an (soit 250 kWh/m2Shab/an) et passerait à 330 euros/an (soit 50 kWh/m2Shab/an). Soit une division par 5 de sa consommation énergétique et un gain de 1 320 euros/an (base 0,06 euros le kWh). Ce qui suppose une rénovation remarquable et importante obligeant à revoir la maison de fond en comble, et donc des travaux que l’on peut estimer autour de 50 000 euros (soit 450 euros/m2). Et qui peut se traduire par un amortissement de l’investissement en 38 ans. Autrement dit le gain de 1 320 euros/an ne couvrirait les intérêts d’un emprunt que si celui-ci ne dépassait pas 2,65 % assurance comprise. Quelle banque peut prêter à ce taux sur une durée aussi longue ? En fait il faut intégrer une hausse immédiate de 50 % du prix de l’énergie pour réussir à couvrir les intérêts d’un emprunt qui ne dépasserait pas 4 % assurance comprise ! On est loin de l’affirmation de NegaWatt (4) pour qui : Le financement dans la rénovation thermique ne pourra être vu par les banquiers comme comportant un risque. Il n’y aura aucun risque dans ces financements, et il ne serait pas compréhensible que les prêts octroyés soient assis sur des garanties de revenus. Au contraire, grâce à ces prêts, le client verra très rapidement sa solvabilité s’améliorerA fortiori, les classes sociales les plus défavorisées ne pourront pas être l’objet d’un ostracisme déplacé puisque la rénovation améliorera leur solvabilité. Tous ceux qui rénoveront « s’enrichiront ». 

Comment expliquer cet écart ?

NegaWatt part du principe que les maisons sont très peu isolées (base : 300 kWh/m2Shab/an) et que la rénovation permettra d’atteindre un très bon résultat avec 50 kWh/m2Shab/an. Or je tiens compte du fait que les particuliers ont fait depuis une trentaine d’année un certain nombre de travaux améliorant l’isolation de leur habitation (pose de laine de verre dans les greniers, double vitrage, …) et/ou qu’un nombre important de maisons ou villas ont été construites depuis 30 ans avec des éléments d’isolation intégrés ; bref ma base de calcul de l’existant est de 250 kWh/m2Shab/an et le gain apporté par les travaux serait donc ramené de 250 à 200 kWh/m2Shab/an.

L’autre différence majeure tient à l’appréciation du coût des travaux. Pour NegaWatt le calcul se fait sur une base de 250 euros TTC le m2, soit 200 euros de moins que mon évaluation. Mais il faut noter que pour NegaWatt ne sont donc pris en compte que les coûts relatifs à l’isolation des murs, des planchers haut et bas, au changement des menuiseries (fenêtres et portes-fenêtres), à la réalisation d’une étanchéité à l’air de l’enveloppe, à la pose d’une ventilation double flux, au changement de chaudière, à la pose d’une régulation terminale de qualité. En clair si vous faites une isolation thermique par l’extérieur (ITE), les coûts pour les enduits ou les reprises des gouttières ne sont apparemment pas pris en compte ; de même la réfection des papiers ou des peintures après une isolation par l’intérieur ou après l’intégration d’une ventilation double flux. Et si vous êtes obligé de déposer la toiture pour reprendre l’isolation des plafonds (toutes les maisons n’ont pas de combles), cela non plus n’est pas intégré. Ni la terrasse que vous devrez reprendre pour pouvoir prolonger votre ITE jusqu’au niveau des fondations comme il est recommandé. Ni le carrelage du salon qu’il faudra refaire pour placer l’isolation de votre plancher. Comme le dit bien NegaWatt il convient en premier lieu de définir ce qu’englobe ce coût. Il n’inclut que des travaux propres à la rénovation thermique. Concrètement l’estimation du coût des travaux est tellement calculée juste qu’elle en devient non réaliste dans la vie réelle.  

Une dernière remarque. Pour aboutir à un coût de 250 euros TTC le m2, les matériaux sont choisis parmi les moins chers et n’intègrent pas le surcoût des biomatériaux comme la laine de bois ou le liège, évitant des risques de pollution de l’air intérieur et incorporant beaucoup moins d’énergie grise (c.-à-d. l’énergie incorporée dans le matériau lors de sa fabrication et de son transport).

La démarche de NégaWatt est fondée sur un calcul au plus juste du prix des travaux en oubliant les coûts générés par une rénovation forcément sur-mesure d’autant plus importants que l’objectif de 50kwh/m2Shab/an suppose une rénovation poussée faisant peu d’impasses techniques, et s’appuie pour prouver la rentabilité de l’opération sur un gain de consommation qui ne pourra pas systématiquement se vérifier (5).

La prise en compte de coût de travaux plus réalistes, notamment dans l’habitat diffus, et d’un gain énergétique moins systématiquement favorable fait exploser l’idée d’un investissement rentable qui pourrait s’autofinancer par les gains de consommation énergétique. Et l’intégration d’une hausse du coût de l’énergie n’est pas suffisante pour rentabiliser l’opération, sauf si celle-ci augmentait brusquement et immédiatement d’au moins 50 %.

Et la situation n’est pas plus brillante pour un propriétaire bailleur. Prenons le cas d’un bailleur propriétaire d’un appartement à Brive la Gaillarde, chef-lieu économique du département de la Corrèze bien connu du Président François Hollande. Valeur au m2 : 1 500 euros environ. Avec des travaux de rénovation thermique calculés au plus juste sur une base de 300 euros TTC/m2 (6), le prix de son investissement sera accru de 20 %. En bonne logique il devrait donc augmenter le loyer de son locataire de 20 % pour simplement maintenir la rentabilité de son bien et laisser son locataire se rembourser sur la minoration des charges … seul problème, le locataire fera au mieux une économie égale à la moitié de son augmentation de loyer. Concrètement, et sans même tenir compte des contraintes légales liées à l’encadrement des loyers, le propriétaire bailleur n’a aujourd’hui pas d’intérêt financier strict à investir tant que le coût élevé des charges locatives ne rendent pas son bien inlouable.

Ces quelques calculs posent problème en battant en brèche le financement sans douleur promu par une association comme NegaWatt et par les gouvernements successifs. Non, les économies d’énergie ne financeront pas à elles seules les investissements nécessaires dans l’habitat (7). Non, les prix actuels de l’énergie, en l’absence d’une taxe carbone significative, ne sont pas assez élevés pour justifier économiquement ladite rénovation thermique. Ce qui est en cause, ce n’est pas la nécessité écologique et économique de transformer nos maisons passoires en maisons BBC ou passives, c’est le financement de cette opération.

Des logements plus coûteux à construire ou à rénover, plus complexes à entretenir (8), c’est forcément une allocation de ressources plus grande à prévoir pour ce secteur et donc un coût du logement qui pèsera plus dans le budget des ménages, que ceux-ci soient locataires ou propriétaires. Est-ce impossible à penser ?

__________________________________________________________________________________________________ 

1 : Voir Coralie Schaub in Le défi de la rénovation thermique des logements, Libération, 08.10.2012

2 : Cf. Un plan de rénovation thermique très social sur 500.000 logements par an, Matthieu Quiret, in Les Echos, 11.09.2012

3 : Supposons que le prix de la rénovation est de 250 € TTC/m² et que l’économie d’énergie générée soit de 250 kWh/m²Shab/an, et que le particulier finance la totalité au moyen d’un emprunt sur 20 ans à 4,5 %, avec un coût actuel du kWh de 0,06 € et une hausse annuelle de 5 % en euros constants. Il faudra attendre la 11ème année pour que le solde dépenses/économies devienne positif, et c’est la sixième année que le déficit cumulé sera le plus important avec 960 € (ce qui reste modeste !)   Source : NegaWatt/FAQ/Le Bâtiment.  

 4 : Source : NegaWatt/FAQ/Le Bâtiment. Combien coûtera le grand programme de rénovation thermique des logements, et comment pensez-vous qu’il soit possible de le financer ?

5 : Une villa de 1974 construite avec les normes d’isolation conçues par EDF pour promouvoir le chauffage électrique et intelligemment positionnée avec des baies vitrées au sud, une véranda et peu de fenêtres au nord peut ne consommer que 180 ou 200 kWh/m2Shab/an. Cependant sa rénovation coûtera aussi cher qu’une autre (par exemple ses doubles vitrages n’étant pas aux normes actuelles, il faut tout de même changer les menuiseries), mais le gain final de consommation ne pourra être supérieur à 150 kWh/m2Shab/an. Ce qui fait nettement augmenter le temps d’amortissement de la rénovation thermique (28 ans avec des travaux calculés à 250 euros TTC/m2 et 50 ans si ceux-ci sont calculés à 450 euros ; amortissement calculé à coût constant de l’énergie mais sans prise en compte du coût financier du capital investi). Encore pourrait-on se demander si une partie des investissements consentis auront une durée de vie au moins égale à leur temps d’amortissement : les menuiseries par exemple seront-elles toujours aussi étanches que nécessaire dans 28 ans ?

6 : N’oublions pas que le Gouvernement vient de décider pour financer la compétitivité des entreprises d’augmenter le taux de tva de 43 % en le faisant passer en janvier 2014 de 7 à 10 %, ce qui augmentera d’autant les travaux de rénovation thermique.  

7 : C’est d’ailleurs devenu une caractéristique assez française de croire qu’un montage intelligent nous exonérerait de l’effort à réaliser ; elle est à l’œuvre ici pour le grand chantier de la rénovation thermique de l’habitat, mais on l’a vu aussi à l’œuvre dans la politique de soutien à la consommation suivie par plusieurs gouvernement, qui devait entraîner notre appareil productif et dans un second temps nous permettre alors de rembourser aisément les emprunts contractés. L’état de notre dette nous a finalement ramené vers plus de prudence et de bon sens et vers un peu moins de keynésianisme mal compris.   Si nous souhaitons disposer d’un parc immobilier qui ne soit plus une passoire énergétique, il y a des choix à faire qui impliquent tout simplement des arbitrages dans nos dépenses.

8 : Les maisons rénovées incorporeront une ventilation double flux : cela suppose un entretien particulier et rigoureux. De même les nouvelles chaudières sont bien plus complexes que les anciennes et supposent une maintenance adéquate. Tout ceci a un coût.

 
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Published by Jean Bruguier - dans Habitat
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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 12:24

Paris – Projet de tour – Développement vertical – Eco-conception – Densité urbaine exacerbée - Etalement urbain – Mobilité énergivore – Techno-sciences de l’habitat - Dépossession citoyenne – Nœud de dépendances – Irrésilience – Société écologique avancée – Dilemme désastreux

 

C’est un joli tour que nous jouent là le développement durable et tous les thuriféraires de la société écologique avancée. Ou plutôt une tour, une vraie (1), avec ses 180 mètres de haut et 88 000 mètres carrés de bureaux, éco-conçue si l’on écoute son architecte Jacques Herzog avec "sa forme en triangle afin de limiter l’ombre portée sur les voisins, et qui utilisera des capteurs solaires".

Trônant au beau milieu du Parc des Expositions, cette pyramide change l’échelle avec laquelle on voit nos rues nos immeubles nos monuments ; elle les rend petits et dérisoires, comme des miettes pas clean d’un temps qui a fait son temps ; et sans doute est-elle aussi un cheval de Troie qui annonce d’autres immeubles de grande hauteur (2), un arbre qui annonce une forêt de tours ? Car il y aura bien des raisons, pour la justice sociale, pour l’économie, pour la modernité de la France, de faire d’autres tours. En attendant, même toute seule en tête à tête avec la Tour Montparnasse et Jussieu au loin, cette tour choque les amoureux un peu nostalgiques de Paris, et les élus "verts" s’y opposent.

 

Tour-Triangle.png

Une vision de la future "Tour Triangle" de l'architecte Jacques Herzog

Mais il faut être sérieux et assumer les conséquences de ses choix. Avec un pays qui préfère jouer la carte des techno-sciences avec Airbus ou les voitures électriques plutôt que de s’appuyer sur une agriculture biologique et un scénario de production localisé centré sur la satisfaction des besoins essentiels ; avec un pays qui refuse de mettre sur la table sauf à la marge le mode de vie consumériste de la plupart de ses habitants et qui croit que les défis écologiques du siècle se résoudront en triant ses déchets, en prenant des douches plutôt que des bains et le TGV plutôt que sa voiture ; avec un pays qui se dirige doucement vers 70 millions d’habitants et refuse d’envisager de diminuer sa population, qui a fait le choix d’un mode de vie urbanisé au sein de grandes agglomérations et d’une métropole hypertrophiée plutôt que d’encourager la vie rurale et les petites ou moyennes villes ; avec un tel pays qui refuse de remettre en cause le développement tentaculaire de l’Ile de France, il ne faut pas s’étonner qu’une agglomération de plus de 12 millions d’habitants exerce une pression telle que son centre soit l’objet d’une immense convoitise se traduisant par une volonté d’occupation à tout prix : le développement vertical devient la solution et les tours finissent par être nécessaires.

Le discours des politiciens écologistes et des partisans du développement durable devient alors pleinement opérant, et bien des architectes et urbanistes l’ont compris et intégré dans leur démarche. Ces tours seront écologiquement conçues, bardées de capteurs solaires, et surtout elles contribueront à limiter l’étalement urbain en accroissant la densité urbaine (3). S’y opposer, c’est s’opposer aux économies d’énergies permises dans le secteur de la mobilité et du transport par la concentration humaine.

Mais qui veut encore voir que ces immenses bâtiments supposent pour les construire des entreprises importantes, cotées en bourse (4), loin de la logique de petites et moyennes entreprises bien plus aisées à contrôler socialement ? Qui veut voir qu’habiter ou travailler dans ces tours, c’est être logé dans une case d’un grand cube, sans aucune maîtrise de son local ou de son appartement ? On est loin de la capacité du petit propriétaire à gérer lui-même l’entretien de son habitat quand même le nettoyage des vitres doit être assuré par des spécialistes plus ou moins alpinistes? Impossible aussi d’agrandir son logement pour y loger un parent malade, zéro maîtrise de son espace et dépendance complète vis-à-vis du syndic et autre structure anonyme: vivre dans une tour ou un IGH, ce n’est pas seulement vivre dans une grande construction, c’est vivre dépendant de structures entrepreneuriales ou syndicales à taille pas humaine, c’est ne pas pouvoir faire les choses soi-même ou avec l’aide de ses voisins, c’est être dépossédé de toute maîtrise, c’est être absolument intégré dans une économie où tout est marchandisé (5). De plus, si une grande tour n’est pas une centrale nucléaire - elle n’en a pas la dangerosité intrinsèque -,  elle en partage bien des caractéristiques. La grande tour suppose non seulement des grandes entreprises avec des savoirs spécifiques tant pour sa mise en œuvre que pour sa maintenance, mais elle suppose surtout, comme la centrale nucléaire, une techno-science basée sur des systèmes complexes que ce soit pour réguler les contraintes naturelles, gérer la mobilité interne des utilisateurs ou piloter avec intelligence l’ensemble des flux qui l’affecte et l’irrigue à la fois.

La tour suppose un afflux permanent et régulé d’énergie de matières et de services, et si elle impose une réelle dépendance à ses usagers, elle est elle-même un objet éminemment dépendant ; bref elle est un nœud de dépendances qui suppose un fonctionnement quasi parfait de la société autour d’elle, elle est ici à l’opposé d’un modèle résilient capable d’encaisser des chocs le concernant lui ou son environnement proche ; en un mot la tour aggrave la fragilité de nos sociétés et sa sensibilité au risque et aux crises.

Dans ce cadre, les oppositions et autres larmes de crocodile versées sur ce projet viennent en écho des manifestations anti-nucléaires ou contre l’exploitation des gaz de schistes : souvent juste des positions pour se mettre à distance d’un monde qui conchie et la nature et les équilibres patiemment tissés par nos arrières grands-parents. Mais il faut savoir aller plus loin, dépasser les sentiments esthétisants et remettre en question ce qui nous amène à trouver rationnel et écologiquement défendable un tel projet. C’est dire que la cohérence, si l’objet est bien d’éviter la construction de méga-tours dans nos paysages urbains, amène à remettre en cause non seulement la continuation de la société industrielle telle qu’elle se présente aujourd’hui mais aussi le projet d’une société écologique avancée qui se dessine au travers des propositions des partisans de la croissance verte.

Car vouloir développer une société française plus efficiente énergiquement et moins dommageable à l’environnement sans annoncer la décroissance des grandes métropoles et un rééquilibrage de l’occupation du territoire au profit des petites et moyennes villes ou des campagnes, sans prévoir une réduction progressive et maîtrisée du nombre d’habitants sur notre territoire, sans penser une rupture avec la culture urbaine dominante et complètement coupée de la nature qui est notre lot actuel, sans promouvoir une vita povera opposée à notre si prégnant modèle de consommation, c’est s’enfermer dans le dilemme entre un étalement urbain ingérable sans une mobilité énergivore et une densification urbaine exacerbée, appuyée sur les techno-sciences de l’habitat et oublieuse de l’échelle de l’homme (6). Adapter notre société aux tensions environnementalistes et à la crise prochaine de l’énergie et des matières premières sans rompre avec les tendances profondes qui nous animent depuis le milieu du siècle dernier, c’est in fine se condamner à un développement vertical de nos cités, avec une logique intrinsèque de dépossession citoyenne que nulle démocratie participative ne pourra contrarier.

Bien sûr, il y a une flamboyance des tours et il faut le reconnaître : s’occuper d’une tour, l’éco-concevoir, la construire, la faire vivre sont une aventure et un défi. On comprend la passion et l’engouement. Et c’est là que les choses deviennent difficiles. Car il nous faut abandonner cette aventure, se replier, j’emploie le mot à dessein, vers des solutions plus simples moins audacieuses moins grandioses moins visibles, et nous n’aimons pas cela. Mais quand comprendrons-nous que le seul défi qui vaille aujourd’hui consiste à nous sortir du piège dans lequel nous nous sommes mis, enivrés que nous étions par une énergie fossile facile et formidable ? Quand comprendrons-nous que la seule aventure passionnante qui nous reste, c’est de convaincre toute une société de sortir de la civilisation de croissance, d’oublier les illusions de la green economy et d’abandonner aussi vite que possible nos facilités consuméristes ? Voilà ce que nous dit cette tour, portée aujourd’hui par des politiques qui voulaient hier (7) dans un élan rimbaldien "changer la vie".

_____________________________________________________________________________________________

(1) Le Conseil de la capitale a voté fin mars 2011 pour la construction d'un immeuble d'affaires, au cœur du Parc des expositions dans le XVe, mais cela fait trois ans que Bertrand Delanoë, a annoncé ce projet d'acier et de verre, signé des architectes bâlois Jacques Herzog et Pierre de Meuron, Prix Pritzker 2001 (un équivalent du Nobel en architecture). Ainsi la ville prend de la hauteur, très nettement au-delà du plafond de 37 mètres fixé par le PLU de 1977. Ce projet est la première concrétisation d’un mouvement urbanistique sensibilisé aux enjeux du développement durable et prenant clairement position en faveur d’une réhabilitation des immeubles de grande hauteur. Même s’il s’agit ici d’une tour de bureaux, les urbanistes adeptes du développement vertical préconisent souvent des tours multifonctionnelles abritant à la fois des services publics comme des crèches ou des écoles, de l’habitat résidentiel, et des commerces et des bureaux.

(2) En jargon urbanistique, des I.G.H.

(3) Le discours environnementaliste ou écologisant insiste beaucoup sur les méfaits de l’étalement urbain et est utilisé sinon instrumentalisé par les promoteurs des IGH. Cela n’est pas contradictoire avec le refus d’élus verts de s’opposer concrètement à des projets de tours dans certains quartiers, notamment dans les zones historiques des grandes villes. Il est toujours possible de mettre à l’abri des nécessités de la société moderne des pans entiers du territoire : pas de centrale nucléaire à Plogoff, pas d’extraction de gaz de schiste au Larzac ou en Ardèche, et pas de tours dans Paris. Mais on reste dans l’exception au profit de populations favorisées assez fortes économiquement ou politiquement pour imposer la logique dite du not in my garden, et le seul problème est alors celui de la cohérence et de la justice si l’on ne s’attaque pas aux causes profondes ayant justifiées ces bouleversements, et que l’on se contente de repousser les risques et dégradations écologiques vers d’autres populations.

(4) Pour ladite tour, le Conseil de la capitale vient de voter un protocole d'accord avec Viparis, filiale d'Unibail-Rodamco et de la chambre de commerce de Paris ; le coût selon Unibail se situerait aux alentours de 500 millions d'euros hors taxes.

(5) Tout cela se traduit par des charges locatives et de maintenance importantes, qui peuvent peser fortement sur le budget des ménages et ne peuvent être réglées que par des flux financiers. Difficile d’organiser des sortes de travaux d’intérêt général pour les habitants prêts à consacrer du temps et moins d’argent à leur immeuble. A l’inverse l’habitant d’une construction individuelle peut décider de faire des travaux lui-même ou avec des voisins, ou choisir de différer des investissements en fonction de sa situation personnelle. Plus de souplesse, moins de complexité, une forte capacité d’adaptation, un lien fort entre ce que l’on fait et le résultat obtenu, ne cherchons pas, la résilience est bien plus du côté du petit habitat … le slogan Small is beautiful ! frapperait-il encore ?

(6) L’enfermement dans des dilemmes désastreux est en train de devenir courant dans notre société de croissance qui se trouve en porte-à-faux avec un environnement dont elle considère qu’il lui fait défaut. Devoir arbitrer entre une énergie provenant des centrales nucléaires, dont on a vu à Fukushima les risques intrinsèques dans un pays pourtant reconnu pour sa rigueur, et une énergie carbonée dont les effets sur le climat via les gaz à effet de serre sont désastreux, n’est pas judicieux. Tant que la société de croissance ne sera pas abandonnée jusqu’à ses fondements, de tels choix entre la peste et le choléra nous seront de plus en plus fréquemment proposés et ne font qu’illustrer l’impasse dans laquelle nous continuons à nous diriger. Ce n’est pas notre environnement qui nous fait défaut, c’est à nous de nous adapter à l’écologie de notre planète.

(7) C’était il y a 30 ans le slogan à consonance rimbaldienne du Parti Socialiste d’où est issu Bertrand Delanoë, Maire de Paris, et aujourd’hui acteur pugnace du développement des tours dans la capitale. C’était aussi il y a presque 30 ans, en 1973, que Schumacher popularise (a) le thème du small is beautiful construit par Leopold Kohr et qui a tant marqué la culture écologique. Que certains puissent aujourd’hui défendre au nom de l’environnement et de l’efficience énergétique, et au travers des tours, la logique du big is beautiful ne peut que nous interpeller.

(a) Via son livre Small Is Beautiful: A Study Of Economics As If People Mattered publié en français sous le titre Small Is Beautiful - une société à la mesure de l'homme, Le Seuil, 1973.

 

 

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Published by Jean-Christophe VIGNAL - dans Habitat
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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 11:45

     Pour une vie plus écolo au quotidien !

 

    Cet article s’adresse à ceux qui logent en appartement ou en habitat collectif.

 

    Ce que vous pouvez faire, de façon simple avec les 12 propositions suivantes, pour améliorer votre vie quotidienne et augmenter votre autonomie.

 

Ce qui dépend directement de vous et seulement de vous :

 

    Supprimez au maximum les sources de pollution intérieure liées à votre façon de vivre et aux matériaux d’ameublement et de décoration :

 

  • Evitez de polluer votre habitation en fumant à l’intérieur. Si vous ou vos amis fumez, faites comme au café ou au bureau, allez dehors.  
  • Remplacez vos moquettes et linos synthétiques par du parquet en bois ou des linos naturels. De même, évitez les meubles à base d’aggloméré dont les colles dégagent du formaldéhyde. Préférez des peintures bio et des enduits à la chaux ou à l’argile. Plus globalement donnez dans la mesure du possible la priorité aux matériaux naturels.  
  • Dans votre cuisine, renouvelez attentivement l’air ambiant, notamment si vous cuisinez au gaz. Utilisez plutôt des casseroles en inox ou en fonte (éviter par précaution celles en aluminium ou avec du téflon). Soyez attentifs aux produits de nettoyage utilisés et favorisez les produits ‘verts’.



Soyez économes et aussi un peu réactif :

 

  • Economisez l’eau en installant sur les robinets des mousseurs qui réduisent le débit d’eau jusqu’à 40%. Ayez une chasse d’eau à double débit. Mais d’abord, traquez les fuites.
  • Economisez l’électricité en supprimant vos vieux lampadaires ou appliques halogènes et en favorisant l’éclairage par LED. Surveillez la présence de givre dans vos frigos et congélateurs. Limitez l’emploi du lave-linge en ne lavant pas sans cesse vos habits et évitez dans la mesure du possible l’emploi d’un sèche-linge toujours gros consommateur d’électricité.
  • Le soir en hiver, fermez vos volets s’il y en a, et tirez vos rideaux en tissu assez épais : vous éviterez ainsi le phénomène dit de ‘paroi froide’ qui abaisse votre bien-être. A l’inverse, n’hésitez pas l’été aux heures les plus chaudes à occulter vos fenêtres sud et ouest pour vous protéger des chaleurs estivales.

 

Ce qui dépend de la copropriété :

 

    Que vous soyez propriétaire occupant ou locataire, vous pouvez agir.
    Si vous êtes propriétaire, vous pouvez intervenir lors des assemblées de gestion de la copropriété ; si vous êtes locataire, n’hésitez pas à demander à votre propriétaire d’intervenir, ou mieux encore, groupez vous avec d’autres locataires pour demander une gestion plus écologique de la copropriété.

 

  • Demandez un entretien des parties communes (paliers, escaliers, ascenseur, etc.) à base de nettoyants bio.  
  • S’il y a un jardin, demandez l’installation d’un système de récupération d’eau de pluie, qui servira pour les arrosages et diminuera la facture d’eau. Intervenez pour supprimer les désherbants chimiques et pour favoriser un jardinage bio. Défendez l’installation d’un bac à compost qui limitera le volume des déchets et enrichira les sols des espaces verts. Essayer de convaincre les autres habitants de réserver 10% de la surface du jardin pour créer une ‘zone sauvage’ qui sera par ses herbes folles et ses graines un territoire d’observation pour les enfants et un havre pour les oiseaux.  
  • S’il n’y a pas de jardin, proposez l’installation d’un système collectif de lombric-compostage afin de diminuer les déchets.  
  • Si un ravalement est envisagé, proposez de réaliser lors de cette opération une amélioration sensible de votre immeuble, comme une isolation par l’extérieur par exemple ou le remplacement des ouvrants par des fenêtres haute isolation.  
  • Si le chauffage est collectif, demandez au conseil syndical d’étudier quelles améliorations sont possibles, du renouvellement pour une chaudière à haut rendement à l’installation d’un chauffage mixte avec des panneaux solaires sur les toits ou les murs orientés sud. 
  • Si existe un garage à voitures souterrain, demandez à ce que soient effectués des travaux d’étanchéité (similaires à ceux réalisés pour combattre le radon) pour éviter que les polluants dégagés par les voitures ne pénètrent dans les zones d’habitation. S’il n’y a pas de local à vélos sécurisé, défendez-en l’idée pour favoriser ce mode de déplacement doux.

 

       Avec ces gestes, vous aurez pour vous-même et pour vos proches une vie plus saine, plus confortable et plus respectueuse de notre écosystème.

 

       A vous de jouer !

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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 15:22

   

         Pour une vie plus écolo au quotidien !

       Cet article s’adresse à ceux qui logent dans une habitation individuelle.

          Ce que vous pouvez faire, de façon simple avec les 10 propositions suivantes, pour améliorer votre vie quotidienne et augmenter votre autonomie.

 


Dans votre jardin :

 

  • Eviter d’effectuer des traitements chimiques (désherbants, ….) et employer des méthodes naturelles pour éloigner les indésirables (coccinelles contre pucerons, papier collant sur les troncs des arbres fruitiers, ….).
  • Installer un bac à compost pour traiter vos déchets végétaux et vos  déchets ménagers (épluchures etc.)
  • Réserver 10% de la surface de votre jardin pour créer une zone sauvage, où vous n’interviendrez pas ou si peu.
  • Rendre votre jardin productif en plantant quelques arbres fruitiers dans la mesure du possible et selon vos goûts des haies de cassissiers ou de framboisiers ; éventuellement prévoyez un carré pour un potager (salades, pommes de terre, poireaux, radis, tomates, etc.).
  • Installer un récupérateur d’eau de pluie, qui vous servira pour vos arrosages.

 

 

Dans votre maison :

 

 

  • Eviter de polluer votre habitation en fumant à l’intérieur. Faites comme au café ou au bureau, allez dehors.

  • Eviter de garer votre voiture dans un espace situé sous la maison ou qui communique avec elle ; même à l’arrêt, votre voiture est source de pollution qui contaminera peu à peu votre habitation.

  • Dans votre cuisine, renouvelez attentivement l’air ambiant, notamment si vous cuisinez au gaz. Utilisez plutôt des casseroles en inox ou en fonte (éviter par précaution celles en aluminium ou avec du téflon).

  • Le soir, en hiver, fermez vos volets et tirez vos rideaux en tissu assez épais : vous éviterez ainsi le phénomène dit de ‘paroi froide’ qui abaisse votre bien-être. Dans la journée, en hiver, laissez entrer le soleil, il vous chauffera. N’hésitez pas à baisser de 2 ou 3° la température de vos chambres, on peut bien dormir à 16°C.

  • Pensez à effectuer quelques travaux d’aménagement peu coûteux ou dont l’amortissement se fait rapidement, en privilégiant d’abord l’isolation de votre maison avant d’envisager de changer de chauffage :

 

-    D’abord, pensez à isoler votre grenier avec un matériau naturel comme la laine de bois ou de chanvre ou éventuellement la ouate de cellulose, en n’hésitant pas à prévoir une épaisseur importante (si possible 30 cm). Vous aurez en prime une maison qui sera moins chaude pendant les pics de chaleur. Si vous n’avez pas de volets, installez-en.

 

-   Dans un second temps, valider la bonne qualité de vos ouvrants et n’hésitez pas à les changer pour des fenêtres très isolantes double ou triple vitrage.

 

-   Les autres travaux comme l’isolation par l’extérieur, l’installation de serres pour faciliter du solaire passif ou d’espaces tampons, ou de nouveaux modes de chauffage à partir d’énergie renouvelable, supposent des travaux importants et donc une vraie réflexion pour repenser votre habitation.

 

 

Par ces gestes, 

Vous augmenterez votre autonomie et votre résilience

 

  • en faisant du compost vous diminuez vos ordures, vous dépendrez moins du système de collecte des ordures ménagères, et vous éviterez d’avoir à acheter des sacs de compost à votre fournisseur pour améliorer la terre de votre jardin,

 

  • en utilisant l’eau de pluie, vous diminuez la consommation d’eau qui vous est facturée et êtes un peu moins dépendant des réseaux d’eau,

 

  • en rendant votre jardin productif, vous aurez des fruits et légumes à disposition ; toujours ça de moins à acheter et une bonne raison pour faire des confitures,

 

  • en limitant vos besoins de chauffage sans amputer votre confort et même en l’améliorant, vous diminuez un peu votre consommation d’énergie, et donc vos factures.

 

Et vous aurez une vie plus saine et plus naturelle:

 

  • sans tabac et sans voiture dans l’espace de la maison, vous respirerez un air moins pollué,

 

  • avec des fruits et légumes de votre jardin non traités chimiquement, vous aurez une nourriture saine à disposition, et vous aurez aussi fait un peu d’exercice physique,

 

  • par ses herbes folles et ses graines, la zone sauvage de votre jardin sera un territoire d’observation pour vos enfants et un havre pour quelques oiseaux.

     


    A vous de jouer !


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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 11:31

 

   Il y a eu à la fin 2008 l’annonce de la hausse de la CSG de 10 % pour financer le RSA qui produira ses premiers effets à l’automne prochain ; il y a maintenant la hausse des impôts fonciers, et notamment la taxe foncière, qui ne concerne que les propriétaires, plus facile donc politiquement à augmenter que la taxe d’habitation.

   A chaque fois de bonnes raisons. Sociales pour le financement du RSA. Nécessaires pour financer les dépenses des collectivités territoriales et éviter un endettement catastrophique à long terme, à un moment où celles-ci voient, entre autres, la part de leurs recettes assises sur les droits de mutation diminuer.

   L’augmentation de ces deux impôts va très clairement peser sur les propriétaires bailleurs qui assurent une part non négligeable de l’offre locative de logement dans notre pays. Et pas ponctuellement mais durablement, car le taux de la CSG est toujours allé croissant depuis sa création, et on n’a que très exceptionnellement vu des impôts locaux baisser.  

   Or dans le même moment les obligations que doivent assumer ces propriétaires bailleurs s’accroissent : diagnostic thermique, présence de plomb, bientôt détecteurs de fumée.

   Et ceci n’est qu’un début : le parc immobilier est une passoire thermique chauffée selon des modes inadéquats, et les investissements à réaliser pour atteindre les normes évoquées lors du Grenelle de l’environnement pour le bâtiment ancien sont colossaux. Il faut revoir de fonds en comble à la fois l’isolation des logements et leur mode de chauffage en intégrant nouvelles chaudières, panneaux solaires, vérandas et autres techniques de solaire passif. Cela suppose souvent des changements importants à apporter : création de cheminée pour tous ces logements à chaleur électrique où aucun conduit n’a été prévu, installation de réseau de chauffage basse température, changement de l’ensemble des menuiseries, création parfois de nouvelles ouvertures pour s’ouvrir au soleil, réhabilitation externe de l’immeuble pour une isolation par l’extérieur mieux à même d’éviter les fameux ponts thermiques.

   Il y a plus encore : nos maisons et appartements sont des lieux où l’on s’empoisonne. Peintures toxiques ayant pollué jusqu’au plâtre, fibres en tout genre potentiellement cancérigènes, humidité mal gérée dans des immeubles par trop étanches et mal aérés, tuyaux en plomb d’arrivée d’eau, colles et autres produits dégageant du formaldéhyde, etc. Nous avons commencé par traquer le plomb dans les peintures, et ce n’est qu’un début ; le mouvement pour un habitat sain correspond à une tendance profonde qui deviendra, et c’est normal, une exigence.

   Ce qui signifie des travaux importants à prévoir pour éliminer la pollution, comme remplacer les moquettes ou dalles plastiques par du plancher véritable ou du carrelage, changer les isolants artificiels par des isolants naturels comme le liège ou la laine de bois, installer des bio-rupteurs pour limiter la pollution électromagnétique ou mieux, refaire les réseaux électriques avec des câbles blindés notamment dans les maisons en bois, retirer les enduits en ciment pour les remplacer par des enduits à la chaux pour que les murs anciens respirent à nouveau, etc.

   Cela signifie aussi que les travaux de transformation de nos habitations dans le domaine thermique vont là encore être plus coûteux qu’initialement envisagé si l’on respecte des normes sanitaires strictes : Par exemple isoler un plancher chauffant par de grandes plaques de polystyrène extrudé ne coûte pas cher, le faire avec une matière renouvelable, naturelle, et non-polluante comme le liège revient non pas 20 % plus cher mais 5 fois plus cher.

   Tous ces travaux sont des travaux lourds et vont incomber aux propriétaires, pas aux locataires.

   Dans ces conditions, si l’on veut respecter les engagements pris lors du Grenelle de l’environnement et développer un habitat sain en France, les investissements que les propriétaires bailleurs vont sans doute devoir consentir à faire dans la prochaine décennie représenteront environ entre 3 et 6 années de loyers bruts. 
  Cela ne pourra se faire qu’à trois conditions :

  • Emettre des normes contraignantes assorties de délais raisonnables mais stricts de mise en œuvre,  
  • Préparer les locataires, dans une logique de responsabilité partagée, à une sensible augmentation de la part du logement dans leurs dépenses, 
  • Préserver une rentabilité locative réelle après impôts en évitant de surtaxer un secteur d’activité au moment où celui-ci doit investir massivement pour le bien de tous.

   Est-il alors écologiquement raisonnable de faire supporter à ce secteur, confronté à un défi imminent d’autant plus difficile à relever que ses acteurs sont dispersés, peu structurés, assez souvent âgés, des hausses significatives d’impôts qui vont grever durablement sa capacité d’action ? Avec la double crise écologique et économique que nous vivons, le temps de la rareté est de retour. Des choix s’imposent à nos élus. Aujourd’hui la nouvelle médiathèque, le futur centre sportif, l’embauche d’animateurs supplémentaires, c’est autant de moins pour construire dans les dix années  qui viennent un habitat locatif sain, durable et écologique.

 

 

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Published by Jean-Christophe VIGNAL - dans Habitat
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  • : Site de réflexion sur l'écologie pour une société durable. Auteurs : Didier Barthès et Jean-Christophe Vignal.
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