Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
10 mars 2021 3 10 /03 /mars /2021 19:04

Une nouvelle fois, la démographie se trouve mise au cœur de la protection de l’environnement et tout simplement… de notre avenir. Par ce long - 554 pages - et dense ouvrage, Jean-Michel Favrot nous propose l’un des panoramas les plus complets sur la question.

Après une revue de l’état général de la planète puis un approfondissement sur la démographie proprement dite et sur les niveaux de consommation, l’auteur s’attache à montrer l’articulation entre le nombre des hommes et tous les autres éléments qui structurent nos sociétés. Ainsi, sont analysés les liens entre revenus et fécondité, entre démographie et énergie et plus généralement entre démographie et ressources. La problématique du réchauffement climatique est également étudiée sous cet éclairage, de même que celle des atteintes à la biodiversité.

Intéressant par cette multiplicité des approches, «Démographie, l’impasse évolutive» constitue une mine de renseignement, une véritable base de données pour chacun des thèmes abordés. Tableaux et graphiques pourront servir de référence à tous ceux qui souhaitent approfondir le sujet. Le chapitre 12 «La paille dans le cocktail du voisin» donne un aperçu des débats et des arguments souvent échangés autour de ces questions. A ces données « techniques » s’ajoutent des considérations plus sociologiques sur les motivations à avoir (ou pas) des enfants : un sujet à l’ordre du jour en ces périodes d’angoisse sanitaire, le covid est d’ailleurs évoqué en fin d’ouvrage.

Chaque chapitre est encadré d’une introduction et d’un résumé ce qui rend la lecture particulièrement aisé pour un livre de cette ampleur.

Ci-dessous, extrait de la quatrième de couverture

Et si tous les maux actuels de la Terre, catastrophes naturelles, réchauffement climatique avaient une cause originelle ?

Et si ce dénominateur commun était l’un des seuls leviers sur lequel il est encore possible d’agir pour atténuer les conséquences graves des crises environnementales et humaines qui ne manqueront pas d’émailler ce 21ème siècle ?

Après avoir décrit l’impasse évolutive dans laquelle l’humanité s’est engagée depuis des siècles, l’auteur propose une nouvelle vision de l’humanité, de son rôle, de sa place.

Ce chemin sur lequel l’auteur propose de s’engager est fondé sur une nouvelle philosophie moins anthropocentrée qui redonne toute sa place au vivant…

Une démographie maîtrisée, un nouvel espoir pour l’humanité et la biodiversité.

Voir également ici une vidéo de l'auteur de cet ouvrage

_________________________________________________________

Jean Michel Favrot : Démographie, l’impasse évolutive. Des clefs pour de nouvelles relations hommes-nature.

554 pages, 19,00 € (papier), 8,99 € (Ebook),

Editions, Books on Demand (BoD), Paris 2020.

ISBN : 978-2-3222-6485-8

Partager cet article
Repost0
13 octobre 2020 2 13 /10 /octobre /2020 16:44

Michel Sourrouille, bien connu des milieux antinatalistes, signe là un nouveau livre sur la démographie après l’ouvrage « Moins nombreux plus heureux » dont il avait assuré la coordination.

L’auteur décrit d’abord la façon dont le sujet s’est imposé à lui, puis nous propose un constat sur l’évolution de la population mondiale et sur les inquiétudes qui en résultent sur le plan sociétal, sur le plan des ressources et de la pollution ou sur celui de la préservation de la biodiversité. Il relie avec justesse nombre des maux qui touche l’Humanité : les guerres, les famines, les épidémies, le réchauffement climatique à la pression démographique, non pas bien entendu considérée comme leur seule cause, mais comme un facteur toujours sous-jacent et  souvent déterminant.

L’originalité du livre est aussi d’offrir une analyse sur le rejet dont a fait l’objet l’œuvre de Malthus, à qui Michel Sourrouille donne le titre de « lanceur d’alerte ».  Ce rejet touche des milieux aussi différents que la Gauche, l’Église Catholique ou même les décroissants (on lira avec intérêt les points de vue de Paul Ariès, François Jarrige ou Serge Latouche qui, tous, tendent à relativiser la richesse de l’analyse malthusienne et son caractère prémonitoire). Le tabou sur la question reste bien sûr la première des difficultés à vaincre, il est d’ailleurs particulièrement présent dans les milieux écologistes.

Michel Sourrouille insiste sur le fait que son engagement sur la question démographique est au cœur de son engagement sur l’écologie. Il présente enfin une vue sur les principaux efforts des associations ou des scientifiques pour mettre la problématique en lumière. Il ne cache pas non plus les échecs comme ceux des conférences sur la population, il n’existe d’ailleurs toujours pas de COP sur la démographie comme il y en a pour le climat.

On trouvera en fin d’ouvrage une bibliographie détaillée où sont assez longuement présentés une vingtaine de livres ainsi qu’un lexique très complet où sont développés les termes techniques (équation IPAT, modèle de Lotka Volterra, transition démographique….) mais aussi les sujets parfois polémiques pouvant être en rapport avec la démographie (la PMA, la GPA, l’euthanasie, l’eugénisme, la sexualité, les migrations…)  

En un mot, un livre nécessaire sur un sujet qui devrait avoir la  première place dans l’esprit de tous ceux qui se préoccupent de l’avenir de la planète et même de l’avenir de l’Humanité. Faire moins d’enfants aujourd’hui c’est préserver à la fois une Terre vivable et, sans qu’il y ait le moindre paradoxe, le droit de nos enfants.... d’avoir à leur tour des enfants.

_________________________________________________________

Michel Sourrouille : Arrêtons de faire des gosses, comment la surpopulation menace la planète, préface de Didier Barthès,  

Editions Kiwi, collection Lanceurs d’alerte, octobre 2020, 201 p. 20 €, ISBN 978-2-37883-092-2.

Vous pouvez commander ce livre auprès de votre libraire ou sur internet via ce lien ou bien même contacter pour cela l’association Démographie Responsable (contact@demographie-reponsable.fr)

Partager cet article
Repost0
4 décembre 2018 2 04 /12 /décembre /2018 11:49

Alors que s’ouvre la COP 24 à Katowice et que la question du réchauffement climatique s’impose au premier rang de nos inquiétudes en matière d’environnement, il peut être bon d’aller au-delà des inévitables simplifications médiatiques et de mieux comprendre l’extraordinaire richesse de l’évolution climatique de notre planète

C’est ce que nous propose Gilles Ramstein avec ce Voyage à travers les climats de la Terre.

Sans faire un ouvrage technique pour seuls scientifiques Gilles Ramstein nous offre là une étude très dense et ne nous cache rien de la complexité du problème et des multiples interactions astronomiques, géologiques, chimiques et biologiques qui concourent parfois de concert, parfois en opposition, à faire évoluer le climat de notre planète. Il revient notamment sur les trois grands facteurs astronomiques à l’origine des cycles de Milankovitch (précession des équinoxes, variation de l’obliquité et variation de l’excentricité de l’orbite) qui sont maintenant reconnus comme des éléments moteurs de certaines évolutions climatiques et qui expliquent bien, notamment depuis le quaternaire, l’alternance des épisodes glaciaires et interglaciaires avec une périodicité qui tourne désormais autour de 100 000 ans. Gilles Ramstein nous explique  ensuite comment les autres éléments (érosion, salinité et courants océaniques, taux de gaz à effet de serre, végétation, volcanisme… viennent amplifier, ou au contraire atténuer, les effets induits par ces variations astronomiques). Le moteur principal du climat, le rayonnement solaire, n’est pas oublié même si ses variations sont minimes, pour autant, à terme, c’est lui qui aura le dernier mot, notre étoile étant amenée à voir son rayonnement inéluctablement augmenter jusqu’à, probablement dans un milliard d’années, provoquer  l’évaporation des océans et l’assèchement de notre planète (nous avons un répit, on pensait auparavant que cette catastrophe nous attendait dans 500 millions d’années seulement !)

Et c’est là l’autre grand mérite du livre, outre les explications, Gilles Ramstein nous dresse une véritable histoire du climat, depuis les débuts, Par exemple à l’Archéen, quand le soleil était pourtant 30 % moins « puissant » qu’aujourd’hui, la composition atmosphérique permettait néanmoins des climats plus chauds. D’ailleurs bien que l’on parle aujourd’hui de réchauffement climatique et bien que nous soyons en ce moment dans une période relativement douce (interglaciaire) par rapport à celles qui nous entourent à moyen terme, le climat terrestre est aujourd’hui plus froid qu’il ne le fut durant la majorité de l’histoire de la planète.

Passionnant rappel aussi des grands épisodes de l’histoire de la Terre, l’évolution des gaz à effets de serre, l’apparition de l’oxygène (en deux étapes) et le rôle de la vie dans ces évolutions (le livre de Gilles Ramstein est en cela à rapprocher des travaux de James Lovelock qui avec l’hypothèse Gaïa évoque aussi les multiples interactions entre la planète et le vivant qui ont permis à la vie de maintenir  sur Terre les conditions de sa propre existence). Passionnant chapitre également sur les fameux épisodes de la Terre « Boule de Glace » où la surface de la planète était presque entièrement gelée, avec à chaque fois des explications complètes sur les raisons de cet englacement et les mécanismes par lesquels nous en sommes sortis (pas facile, car quand la terre est couverte de glace l’albédo très important renvoie fortement  la lumière du soleil ce qui ne fait que favoriser le froid par un mécanisme ainsi auto-entretenu). Gilles Ramstein nous rappelle aussi que malgré toutes ces évolutions le climat de la Terre et la pression atmosphérique, sont toujours restés au cours des 4 derniers milliards d’années dans une fourchette relativement étroite permettant donc à la vie de s’épanouir et de se maintenir. La Lune n’y est pas pour rien et cette stabilité est sans doute l’une des caractéristiques les plus extraordinaires de notre planète.

Un excellent cadeau pour Noël pour tous ceux qui sont avides de culture et souhaitent comprendre les grands enjeux de notre temps car bien sûr, l’actuel débat sur le réchauffement climatique n’est pas oublié. Bref, de quoi être plus savant.

_________________________________________________________

Voyage à travers les climats de la Terre, Gilles Ramstein, préface de Michel Brunet, Editions Odile Jacob, collection Sciences, Paris 2015,  351 p. 24,90 €, ISBN 978-2-7381-2853-9

Partager cet article
Repost0
6 décembre 2017 3 06 /12 /décembre /2017 17:04

 

 

Brillamment préfacé par François Ramade, « L’homme, cet animal raté » raconte l’histoire d’un échec, le nôtre ; celui d’une espèce à l’intelligence incomparable dont pourtant le comportement collectif conduit à une catastrophe pour elle-même comme pour presque tout ce qui vit sur la planète.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

 

 

Pierre Jouventin rappelle et développe cette analyse d’Adriaan Kortland

« C’est la combinaison de caractères typiques des primates et de quelques caractères typiques des carnivores qui a donné un résultat sans autre exemple que l’homme »

Plus précisément, par la coopération, nous nous comportons comme un animal de meute,  mais tandis que le loup appuie ce comportement sur l’inné, nous l’appuyons sur la culture et la réflexion. Cette attitude, combinée au caractère plus individualiste des primates a fait notre spécificité, notre force et notre malheur.

Notre force, parce qu’incontestablement, dans un premier temps, notre espèce est une réussite, non seulement par ses réalisations mais tout simplement par sa démographie. Aucune espèce de prédateur de cette taille n’a jamais été présente sur la planète à plus de quelques millions d’exemplaires (moins encore sans doute). Si nous sommes aujourd'hui mille fois plus nombreux, c’est parce que notre « intelligence » (P. Jouventin développe évidemment ce concept ainsi que celui de supériorité) nous a provisoirement permis d’exploiter l’environnement selon des modes très différents de ceux que pratiquent les autres animaux.  

Notre malheur et celui des autres, parce que cette spécificité présente une limite que nous sommes en train d’atteindre, limite par épuisement des ressources - nous consommons le « capital » de la planète - limite par ignorance ou par viol des lois de l’écologie bâties sur l’équilibre des forces. Nous déséquilibrons le monde alors même qu’il est aussi notre support.

Avec raison, Pierre Jouventin insiste largement sur le facteur démographique. Il se désole que des mouvements, pourtant aussi prometteurs que la décroissance, laissent le plus souvent la question de côté. Il rappelle notamment cette phrase de Guy Jacques  dans Osez la décroissance ; « La démographie constitue le point aveugle de la philosophie politique de la décroissance, évoquer seulement la question démographique c’est déjà vouloir exterminer les pauvres ». Puissent quelques écologistes s’inspirer de cette réflexion et s’engager peu à peu à briser le tabou.

Cet échec doit-il nous laisser penser que c’est par nature l’intelligence (au sens où nous la concevons pour l’homme) qui est condamnée partout dans l’Univers ? Que toute suprématie d’une espèce sur une autre rompt les équilibres qui permettent à la vie de perdurer et donc se condamne elle-même. Peut-être est-ce là la porte ouverte vers un pessimisme plus large encore.

Dans cette vidéo, Pierre Jouventin présente lui-même son ouvrage et le fil de son raisonnement.

_________________________________________________________

Pierre Jouventin ; L’homme cet animal raté, Histoire naturelle de notre espèce, préface de François Ramade, 2016, 21 €, Éditions Libre et solidaire, ISBN 9782372630238

Partager cet article
Repost0
5 septembre 2017 2 05 /09 /septembre /2017 08:04

A tous ceux qui ne voient plus dans l'écologie qu’une caricature ou qu’un modernisme de façade, la lecture des Entretiens sur l’écologie que nous propose Ivo Rens montrera au contraire que l’écologie est ancienne et qu’elle trouve ses sources tout à la fois dans une démarche scientifique rigoureuse et dans une attitude philosophique profonde prônant le respect, bien loin d’un utilitarisme de court terme.

Le livre est organisé en 21 chapitres présentant, sous forme de questions-réponses et dans l’ordre chronologique des parutions, un auteur et l’une de ses œuvres, les raisons de ce choix et les débats suscités par les questions traitées.

Il est aussi difficile de résumer un ouvrage ainsi composé de chapitres indépendants que de choisir une de ses parties  pour l’illustrer. Toutes présentent un grand intérêt, que ce soit les textes fondateurs ou ceux plus récents touchant un problème précis comme celui consacré à l’œuvre de Bella et Roger Belbéoch sur Tchernobyl.

Pour ma part, peut-être est-ce le premier chapitre, consacré à Lamarck, qui m’a le plus touché. Dès la préface Philippe Lebreton, nous rappelle d’ailleurs  cette citation également reprise sur ce site, et qui me semble fonder l’essentiel : « L’homme par son égoïsme trop peu clairvoyant…

Mais plus loin aussi, Ivo Rens revient sur quelques phrases qui montrent à quel point le célèbre savant, l’un de ceux ayant le plus contribué à imposer l’idée d’évolution, avait su anticiper les problèmes futurs (et en fait très concrètement ceux de notre début de 21ème siècle). Voici (p. 31) ce que conjecturais Jean Baptiste de Lamarck au sujet de l’espèce humaine dans « Philosophie zoologique » (p. 299 et 300).

1) Que cette race plus perfectionnée dans ses facultés étant venue par-là à bout de maîtriser les autres se sera emparé à la surface du globe de tous les lieux qui lui conviennent.

2) Qu’elle en aura chassé les autres races éminentes et dans le cas de leur disputer les biens de la Terre, et qu’elle les aura contraintes de se réfugier dans les lieux qu’elle n’occupe pas ;

3) Que nuisant à la grande multiplication des races qui l'avoisinent par leurs rapports et les tenant reléguées dans les bois ou autres lieux déserts, elle aura arrêté les progrès du perfectionnement de leurs facultés, tandis qu’elle-même, maîtresse de se répandre partout, de se multiplier sans obstacle de la part des autres, et d’y vivre par troupes nombreuses se sera successivement créé des besoins nouveaux qui auront excité son industrie et graduellement ses moyens et ses facultés ;

4) Qu’enfin cette race prééminente ayant acquis une suprématie absolue sur toutes les autres, elle sera parvenue à mettre entre elle et les animaux les plus perfectionnés une différence, et, en quelque sorte une distance considérable. Ainsi, la race de quadrumanes la plus perfectionnée aura pu devenir dominante ; changer ses habitudes par l’empire absolu qu’elle aura pris sur les autres… et borner les plus perfectionnées des autres races à l’état où elles sont parvenues; et amener entre elles et ces dernières des distinctions très remarquables.

Les questions proprement scientifiques, celles relevant de l’organisation de la société ou de nos rapports avec la nature y sont traitées à parts égales. Les plus habitués aux lectures écologistes seront heureux d’y trouver les grands classiques que sont Georgescu-Roegen, Osborn, Jonas, Ramade ou Meadows (j’aurais volontiers ajouté James Lovelock ou Arne Næss), les plus savants d’y trouver Humboldt ou Vernardsky et bien sûr Darwin. Tous loueront Ivo Rens de s’ouvrir aux travaux plus récents et à la frontière de la philosophie comme ceux de Corine Pelluchon où se trouvent notamment évoquée la question de notre rapport aux animaux.

Bref, un ouvrage de culture qui va au cœur du plus important des sujets, celui dont dépend l’avenir de ce qui vit sur notre planète. Puisse ne jamais se réaliser ce qu’exprime si terriblement le titre de l’un des chapitres : Printemps silencieux.

Auteurs et leurs ouvrages présentés dans ce livre :

Jean Baptiste de Lamarck (Philosophie zoologique, 1809), Alexander Von Humboldt (Cosmos, 1845-1862), Charles Darwin (De l’origine des espèces, 1859), François Alphonse Fore (Le Léman, Monographie limnologique, 1892-1902) Vladimir Ivanovitch Vernardsky (La Biosphère, 1926), Robert Hainard (Et la nature ? Réflexion d’un peintre, 1943), Fairfield Osborn (La planète au pillage, 1948), Bertrand de Jouvenel (De l’économie politique à l’écologie politique, 1957), Rachel Carson (Printemps silencieux, 1962), Barry Commoner (Quelle science laisserons-nous à nos enfants ? 1966), Donnella et Denis Meadows (Rapport sur les limites à la croissances, 1972), Nicholas Georgescu-Roegen (La décroissance, 1971-1979), François Meyer (La surchauffe de la croissance, essai sur la dynamique de l’évolution, 1974), Philippe Lebreton (L’énergie c’est vous, 1974), Hans Jonas (Le principe de responsabilité, 1979), François Ramade (Les catastrophes écologistes, 1987), Bella et Roger Belbéoch (Tchernobyl, une catastrophe, 1993), Jean-Pierre Dupuy (Pour un catastrophisme éclairé, quand l’impossible est certain, 2002), Jacques Grinevald (La Biosphère de l’anthropocène, 2007), Patrick Blandin (La biodiversité, l’avenir du vivant, 2010), Corinne Pelluchon (Les nourritures, philosophie du corps politique, 2015).

Merci à Philippe Lebreton, le fameux professeur Molo molo et auteur du très riche ouvrage  Le futur a-t-il un avenir ? de m’avoir offert et fait connaître ce livre.

_________________________________________________________

Ivo Rens: Entretiens sur l’écologie, de la science au politique, Georg éditeur. Collection Stratégies Energétiques, Biosphère et Société. ISBN 978-2-8257-1055-5. Préface de Philippe Lebreton

Partager cet article
Repost0
25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 10:20

Conçu comme un dialogue entre les deux auteurs, Le sens de l’écologie politique nous rappelle utilement et adroitement les origines de la pensée écologiste. Antoine Waechter et Fabien Niezgoda démontrent qu’elle se nourrit, et cela très anciennement, à la fois d’une démarche esthétique et respectueuse du monde et d’une approche intellectuelle comprenant parfaitement l’interdépendance de tout le vivant (et même sans doute du vivant et du non vivant).

Tous les familiers de la littérature écologiste y retrouveront les grands auteurs, Aristote, Minois, Illich, Malthus, François d’Assise, Rousseau, Ellul, Michéa, Gorz, Meadows, Charbonneau, Terrasson, (dont je ne peux m’empêcher de reprendre cette citation : « Regardez nos villes, laissez-vous imprégner de leur dureté émotionnelle, et pensez à ce que serait le ciel, si nous avions le pouvoir de modeler la forme des nuages »). Mais on y côtoie aussi les naturalistes Linné, de Bougainville, Humboldt, Pelt et bien d’autres. Le sens de l’écologie politique offre en cela un bel équilibre entre la réflexion sociétale et historique et la science. Écologistes et écologues, trop souvent séparés, y ont leur juste place. 

Le livre est organisé autour de quelques  grands thèmes : la beauté de la nature, la finitude du monde, le progrès… On y trouve aussi une intéressante critique des Lumières dont les auteurs prétendent, et je partage leur point de vue, qu’elles ne fondent pas la pensée écologiste. Fabien Niezgoda et Antoine Waechter affirment dans ce chapitre la distinction entre ce qui relève de la connaissance et ce qui relève de la volonté de dominer et nous disent que le passage de la première à la seconde relève, non de la science, mais d’un choix de société, en cela, « c’est une question éminemment politique » déclarent-ils. La démographie est ici utilement abordée, quand elle est ailleurs si souvent ignorée. Intéressante réflexion également sur l’enracinement, quand la mode est au mondialisme et à la remise en cause de toute attache et de tout amour d’un territoire. Je ne puis également qu'adhérer à l'affirmation de l'écologisme en tant qu'humanisme. Peut-être aurait-on pu y trouver une référence plus large aux réflexions sur la démesure (l’hubris) et sur les questions d’échelle telles qu’elles furent évoquées par exemple dans l’excellente étude d’Olivier Rey « Une question de taille ». 

L’un des messages de l’ouvrage est que l’écologie est à la fois conservatrice et innovante. Conservatrice par le respect dû aux lois de la nature et à sa beauté, innovante par l’affirmation nette de la nécessité de changer nos comportements, bien loin de la vision simpliste d’un combat politique binaire axé sur la seule communication et sur une modernité de façade. Bref, une lecture salutaire à un moment où, pour la première fois depuis 40 ans, l'écologie s'est trouvée absente d'une élection présidentielle.

L'auteur a présenté son ouvrage et différentes réflexions sur la démographie à l'occasion d'un entretien sur TV Libertés

_________________________________________________________

Le sens de l’écologie politique, une vision par-delà droite et gauche, par Antoine Waechter et Fabien Niezgoda, Editions Sang de la Terre, Paris, février 2017, 99 pages, ISBN 978-2-86985-339-3, 15 €.

Fondateur et président du Mouvement Ecologiste Indépendant, Antoine Waechter fut candidat à la Présidence de la République. Enseignant l’Histoire et la Géographie, Fabien Niezgoda est également l’auteur de l’ouvrage : Les partisans de Charles le Téméraire en Lorraine (Editions Le Polémarque).

Partager cet article
Repost0
7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 06:44

Alors que la campagne présidentielle s’ouvre sur la défection du candidat potentiel le plus emblématique, Nicolas Hulot, le livre de Michel Sourrouille : l’Ecologie à l’épreuve du pouvoir apparaît comme particulièrement bienvenu.

La présidentielle fait justement l’objet des deux premiers chapitres, l’auteur y retrace les enjeux écologiques de cette élection ainsi que son histoire du point de vue écologiste : positionnement et résultats des candidats « écolos » mais aussi engagements et réalisations écologiques (ou pas) des présidents effectivement élus. L’occasion de comprendre que l’histoire de l’écologie en politique commence à être assez longue - la candidature de René Dumont a désormais plus de 40 ans - mais aussi hélas que, dans le discours comme dans l’action, les progrès sont plutôt minces (à titre personnel je considère même que la compréhension des enjeux écologiques était très supérieure chez René Dumont que chez nombre de ses successeurs).

Le chapitre 3 analyse les positionnements écologistes des différents partis. Le moins que l’on puisse dire est que le constat est bien peu encourageant, Michel Sourrouille d’ailleurs n’hésite pas à qualifier les mouvements politiques de balbutiants en matière d’écologie. Il est vrai, et l’auteur le souligne avec raison, que la plupart des partis, de la gauche à la droite, sont largement croissancistes et productivistes, de quoi bien mal engager le combat nécessaire pour la planète.

A tous ceux qu’intéresse l’Histoire, le quatrième chapitre apportera un rappel exact de ce que furent les différents programmes des partis écologistes ou d’obédience proche depuis 1971;  de « La socialisation de la nature » de Philippe Saint Marc jusqu’à 2016. On y retrouvera par exemple les 8 points clefs défendus par Arne Næss qui constituent encore aujourd’hui une référence de l’écologie profonde.

L’une des originalités de l’ouvrage (cinquième chapitre) est de proposer l’organigramme d’un gouvernement écolo avec ses douze ministères, leurs attributions et la politique à mener par chacun. Notons que l’auteur considère que l’écologie étant un point essentiel et transversal, le premier ministre devrait lui-même être investi de la fonction de ministre de l’écologie et devrait arbitrer toutes les décisions au regard de cette responsabilité. Remarquons également que le Ministère du Travail s’appellerait Ministère du Travail et du Temps Partagé. Comment mieux souligner la priorité que l’auteur donne aux conditions du bonheur ?  Il est vrai qu’en tant qu’ancien professeur de sciences économiques et sociales, Michel Sourrouille n’oublie jamais ce second volet et met l’économie au service du bien être de chacun, un objectif bien souvent négligé. Autre exemple, le Ministère de l’Energie (appelé ici Ministère de l’Energie Durable en Adéquation avec les Besoins), aurait pour fonction non de fournir toujours plus d’énergie mais d’en assurer la pérennité tout en en faisant décroitre le besoin, voilà qui est aussi audacieux que nécessaire.

Après ce volet programmatique Michel Sourrouille laisse libre cours à sa réflexion personnelle dans un sixième chapitre intitulé : Perspectives pour le 21ème siècle, donner vie à l’utopie. Il revient ici sur de grands thèmes, tels la liberté, la solidarité et bien sûr la démographie, question qui lui est chère et sur laquelle il a le courage de défendre des positions en désaccord même avec la plupart des écologistes. Qui en France à aujourd’hui l’audace de défendre Malthus ? Hélas, bien peu.

Le livre se termine par une bibliothèque et un lexique très complets. Dans la bibliothèque  on mélangera avec plaisir les oeuvres d’auteurs familiers à tous ceux  qui s’intéressent à la question comme Ellul, Jonas, Lévi-Strauss, Malthus, Illich ou Thoreau mais aussi celles de personnages connus pour d’autres raisons comme Gandhi ou La Boétie.

Bref un ouvrage très exhaustif qui satisfera tous les partisans de l’écologie tant par la justesse de la réflexion que par la sincérité de l’auteur : Un livre à lire avant d’aller voter en 2017.

___________________________________________________________

Michel Sourrouille : L’écologie à l’épreuve du pouvoir, un avenir peint en vert pour la France. Editions Sang de la Terre, Paris, juin 2016, 366 pages, 19 €, ISBN 978-2-86985-330-0

Michel Sourrouille est également le coordonnateur de l’ouvrage « Moins nombreux plus heureux » (éditions Sang de la Terre).

L'écologie à l'épreuve du pouvoir, un livre de Michel Sourrouille
Partager cet article
Repost0
22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 08:48

« L’effondrement prochain de nos sociétés est désormais une certitude, il serait temps d’étudier la question », tel est le message que nous laissent  Pablo Servigne et Raphaël Stevens dans leur dernier ouvrage : Comment tout peut s’effondrer où ils appellent au développement d’un nouveau domaine de recherche: La collapsologie. Leur livre se trouve d’ailleurs malicieusement sous-titré : Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes.

Bien entendu les auteurs prennent longuement soin de montrer une fois encore toutes les impasses de nos sociétés. Ils rappellent par exemple le « tableau de bord de l’anthropocène »  (1) qui regroupe, en une vingtaine de graphiques, les évolutions quasi exponentielles d’un certain nombre de facteurs, évolutions dont on voit clairement qu’elles nous conduisent à l’impossible. Ils insistent à juste titre sur les effets de seuils qui mènent, sous couvert de trajectoires apparemment tranquilles, à d’irréversibles points de basculement. Ils nous remémorent combien, sous leurs dehors puissants, nos sociétés sont fragiles, dépendantes d’innombrables structures et  réseaux, supposant chacune et chacun le fonctionnement optimal de tous les autres. Qu’une difficulté surgisse et dépasse une certaine ampleur et tout peut s’écrouler sans espoir d’être réactivé. La stabilité de nos sociétés dépend de trop de rouages, la formation des ingénieurs par exemple, pour être durablement garantie.

Pablo Servigne et Raphaël Stevens admettent que l’on ne peut dire aujourd’hui d’où viendra l’étincelle, pas plus que l’on ne peut détailler l’enchaînement des évènements qui mèneront à l’effondrement. La multiplicité des facteurs en jeu rend la prévision aussi difficile que celle d’un lancer de dés ; et sans doute est-ce plus au hasard qu’au talent qu’une prédiction précise devrait aujourd’hui sa justesse.

On ne les prendra pas à ce piège grossier des prévisions ponctuelles dont les démentis réitérés font les choux gras des optimistes invétérés. Des analystes comme Paul Ehrlich (la bombe P), ou Dennis Meadows (rapport Meadows en relation avec les travaux du club de Rome) en sont d’ailleurs les victimes habituelles et se font régulièrement critiquer pour la non-survenue de telle ou telle catastrophe (2). Toutefois, comme le rappelle une citation de Ken Rogoff en début d’ouvrage « Les systèmes tiennent souvent plus longtemps qu’on ne le pense mais finissent par s’effondrer beaucoup  plus vite qu’on ne l’imagine ».

La collapsologie ce n’est pas la prévision du détail, c’est plutôt comprendre et accepter l’inévitable conclusion et essayer de voir comment réduire les souffrances qui en découleront et en particulier essayer d’imaginer l’attitude des hommes dans ce contexte.

Signalons aussi l’excellente postface d’Yves Cochet qui affirme qu’il s’agit là du plus important des sujets et discute de notre attitude face à cette perspective, à cet « évènement extraordinaire » qu’est « l’effondrement du monde ». Comment ne pas sombrer dans le déni et une fois actée l’acceptation de cet écroulement, comment se le représenter ? Comment agir aussi et, plus subtil, qu’est ce qui peut déclencher l’action ? Yves Cochet précise avec raison  les conditions de ce qui pourrait déterminer nos comportements face à la survenue de l’effondrement « Chacun étant placé dans la même situation que les autres, l’effondrement sera réduit non pas en fonction de la volonté de tous mais de leur représentations croisées, c’est-à-dire en fonction des anticipations que chacun effectuera sur la capacité effective de ceux qui l’entourent à changer leur vie ».  Il propose également un regard plus général sur cette nouvelle science « La collapsologie est une école de responsabilité, Elle conduit directement à une morale qui nous dépasse individuellement comme nous dépasse l’effondrement que nous explorons ».

Voici un bref extrait de l’ouvrage

" « Une surpopulation mondiale, une surconsommation par les riches, et de piètres choix technologiques » ont mis notre civilisation industrielle sur une trajectoire d’effondrement. Des chocs systémiques majeurs et irréversibles peuvent très bien avoir lieu demain, et l’échéance d’un effondrement de grande ampleur apparait bien plus proche qu’on ne l’imagine habituellement, vers 2050 ou 2100. Personne ne peut connaitre exactement le calendrier exact des enchaînements qui transformeront (aux yeux des futurs archéologues) un ensemble de catastrophes en effondrement, mais il est plausible que cet enchaînement soit réservé aux générations présentes ."

Extrait de la conclusion titrée : « La faim n’est que le début ». les auteurs reprennent là un jeu de mot déjà présent dans le titre de l’excellent livre d’Hugues Stoeckel : La faim du monde.

_________________________________________________________________________________

Comment tout peut s’effondrer, petit manuel de collasposlogie à l’usage des générations présentes.  Pablo Servigne et Raphaël Stevens : Editions du Seuil, collection Anthropocène, 296 pages, avril 2015. Pablo Servigne est également le co-auteur du livre : Moins nombreux plus heureux préfacé par Yves Cochet.

Vous trouverez ici un lien vers une conférence donnée par les deux auteurs sur ce thème de l’effondrement.

(1) Graphiques tirés de l’article de W Stevens et al.  The trajectory of the anthropocène : The Great Acceleration, dans The Antropocene Review, 2015 p 1-18.

(2) Critiques d’autant plus injustes que le rapport de Dennis Meadows n’a jamais eu d’intentions prédictives.

Partager cet article
Repost0
10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 07:44

Question-de-Taille.jpgArticle préalablement publié sur le site Biosphère Ouvaton

 

 

Olivier Rey connaît tous les intellectuels qui comptent, il les analyse tout au cours de son livre : Ernest Schumacher (Small is beautiful), Ivan Illich, Leopold Kohr, etc.

Tout est question de taille, ce livre le démontre abondamment. Par exemple en matière démographique. Dans son introduction, Olivier Rey cite Claude Lévi-Strauss : « Quand je suis né (en 1908), il y avait sur la terre un milliard et demi d’habitants. Après mes études, quand je suis entré dans la vie professionnelle, 2 milliards. Il y en a 6 aujourd’hui (en 2002), 8 ou 9 demain. Ce n’est plus le monde que j’ai connu, aimé, ou que je peux concevoir. C’est pour moi un monde inconcevable. On nous dit qu’il y aura un palier, suivi d’une redescente, vers 2050. Je veux bien. Mais les dégâts causés dans l’intervalle ne seront jamais rattrapés. » Voici quelques extraits de ce livre pour mieux en comprendre l’intérêt :

1 L’enseignement de Leopold Kohr

La thèse centrale de l’ouvrage de Leopold Kohr, The Breakdown of Nations (1957) est remarquablement simple : « Il semble qu’il n’y ait qu’une seule cause derrière toutes les formes de misère sociale : la taille excessive. Partout où quelque chose ne va pas, quelque chose est trop gros. » La mise en cause de la taille excessive s’applique en premier lieu à la taille des sociétés humaines. « Pour paraphraser le principe de population de Malthus, les problèmes sociaux ont la tendance malheureuse à croître exponentiellement avec la taille de l’organisme qui les porte, tandis que la capacité des hommes à y faire face, si tant est qu’elle puisse augmenter, croit seulement linéairement. Ce qui veut dire que si une société dépasse la taille optimale, les problèmes qu’elle rencontre doivent croître plus vite que les moyens humains qui seraient nécessaires pour les traiter. 

En même temps que la taille sociale augmente, décroît le sens de l’interdépendance, de l’appartenance et d’un intérêt commun qui est la meilleure garantie contre la criminalité. De sorte que « pour faire face au danger toujours présent d’une explosion de violence, les forces de police d’une communauté doivent croître en nombre plus vite que la population – non parce que les grandes villes comprennent proportionnellement plus de gens méchants que les petites, mais parce que, passé un certain seuil, la taille de la société devient elle-même la principale source de criminalité ». L’anonymat et le gigantisme, le gigantisme qui contraint à l’anonymat, mettent en échec une morale fondée sur l’attention à porter à autrui. Les habitants des grandes villes ne se souviennent plus qu’il y a quelques décennies, les gens pouvaient suffisamment se faire confiance pour que les immeubles d’habitation ne fussent protégés par aucun digicode ou interphone et que chacun pût y pénétrer librement. Mais plus on s’adapte à une situation dégradée, plus on permet la poursuite de la dégradation. « Pour en finir avec le taux de criminalité de Chicago, la solution n’est pas un grand programme d’éducation, ou le remplacement de la population par des membres de l’Armée du Salut. La solution est d’en finir avec les agglomérations de la taille de Chicago. » Lorsque les nations sont trop grandes, chacune d’elles est obsédée par son rang et son principal, voire unique objectif, est de préserver ses positions. « Par l’union ou l’unification qui augmente la masse, la taille et la puissance, rien ne peut être résolu… Pourtant tous nos efforts collectivisés semblent précisément dirigés vers ce but, l’unification. » L’Union Européenne est un bon exemple d’une pareille situation.

A quoi bon ces discussions à l’infini sur le bon gouvernement et les mesures à prendre pour sortir nos sociétés de leur marasme, si l’on évite soigneusement de poser la question préalable : quelle taille doivent avoir les sociétés pour être bien gouvernées ? Comme Bergson l’avait remarqué, à l’échelle des temps géologiques l’être humain a été façonné par et pour une vie en très petites sociétés. Une population n’a guère besoin de dépasser le nombre de 10 000 ou 20 000 à en juger par les cités-Etats de Grèce, d’Italie ou d’Allemagne. Platon prit grand soin de limiter le nombre de citoyens de sa cité idéale à 5 040. Aristote accordait aussi une grande attention à la question du nombre : « Si dix hommes ne sauraient constituer une cité, cent mille hommes ne sauraient non plus en former une. » A l’époque les cités prenaient des mesures concrètes afin de contrôler la taille de leur population, en fondant des colonies à même de les décharger de leurs excédents. Montesquieu a particulièrement insisté sur l’importance de la taille d’une société quant à la façon dont elle est susceptible de se gouverner. Il considération que la démocratie n’est viable que pour de petites populations.

2 L’enseignement d’Ivan Illich

L’essentiel des travaux d’Illich peut être regardé comme un affinement de la pensée de Kohr sur la notion d’échelle pertinente. : « En chacune de ses dimensions, l’équilibre de la vie humaine correspond à une certaine échelle naturelle. Lorsqu’une activité outillée dépasse un certain seuil, elle se retourne d’abord contre sa fin, puis menace de destruction le corps social tout entier… Il nous faut reconnaître que l’esclavage humain n’a pas été aboli par la machine, mais en a reçu une figure nouvelle. La société devient une école, un hôpital, une prison… alors commence le grand enfermement. » Evoquant Kohr, Illich prend soin d’insister sur un point : ce qui importe n’est pas le plus petit, mais le proportionné. Schumacher prenait aussi soin de souligner qu’il n’existe pas de réponse univoque à la question de la taille, car la taille adéquate est chaque fois déterminée par le type d’activité qu’elle concerne, et déplorait la propension des hommes à vouloir faire appliquer les mêmes schémas de pensée en toutes circonstances. La frénésie médicale actuelle est une manifestation caractérisée de ce que les Grecs appelaient hubris : non pas seulement une transgression de la limite – ce qui serait encore, malgré tout, une façon de reconnaître l’existence de celle-ci -, mais une récusation de l’idée même de limite. Illich estimait que les citoyens d’un pays n’avaient pas besoin d’une politique nationale de « santé » organisée à leur intention, mais plutôt de faire face avec courage à certaines vérités, « nous ne guérirons pas toutes les maladies », « nous mourrons »... « Tout est affaire de services et l’adolescent, au lieu d’apprendre à s’occuper de sa grand-mère, apprend par contre à manifester devant l’asile de vieillards où il n’y a plus de lits disponibles. » (Illich)

3 La démesure technologique

Pour la science et la technique à l’heure actuelle, toute borne est un défi à relever. Une limite n’est jamais rien d’autre que ce que l’on ne peut pas actuellement réaliser du point de vue technique. « La technique est en soi suppression des limites », remarquait Jacques Ellul. Orwell l’avait noté : « Tout effort visant à contrôler le développement de la machine nous apparaît comme une atteinte à la science, un blasphème. » Dans l’ancienne morale, la limite désignait ce que l’on ne doit pas faire ; selon la nouvelle, elle représente ce que l’on ne peut pas encore faire, et que l’on doit parvenir à faire. Les « comités d’éthique » sont surtout des comités de bienveillance à l’égard de l’essor technoscientifique. Mais il existe un seuil au-delà duquel le développement technologique devient contre-productif et nuit à la situation qu’il était censé améliorer. Tel est le constat d’Illich : « Dès qu’une voiture dépasse la vitesse de 25 kilomètres à l’heure, elle provoque un manque de temps croissant. » Le temps dévolu au transport automobile s’allonge démesurément lorsqu’on lui ajoute celui consacré à acquérir l’automobile en question. Autre citation d’Illich : « Dès que le rapport entre force mécanique et énergie métabolique dépasse un seuil fixe déterminable, le règne de la technocratie s’instaure… Entre des hommes libres, des rapports sociaux productifs vont à l’allure d’une bicyclette, et pas plus vite. » Les capacités de survie en dehors du système techno-industriel étant réduites à rien, les populations doivent vaille que vaille travailler à la perpétuation dudit système. La pensée économique réalise cette prouesse de tirer parti de l’impasse dans laquelle elle contribue à précipiter les sociétés pour renforcer son emprise, imposer ses vues et faire passer toute remise en cause pour des propos fantaisistes et irresponsables.

Le sophisme habituel des technophiles consiste à poser une alternative : on bien une technique sans limites, ou bien l’âge des cavernes. Le progrès technique a toujours été ambivalent, comportant bénéfices et inconvénients. Que, globalement, les avantages l’aient longtemps emporté sur les nuisances ne signifie pas que tel soit le cas indéfiniment. Avec le transhumanisme, il s’agit de s’amalgamer à la machine, voire de lui laisser la place entière et de disparaître. A ce stade la notion de contre-productivité, qui suppose qu’on pût encore détacher la personne de l’instrument prétendument à son service, se dissout.

4 Une division du travail démesurée

Georg Simmel a souligné que plus une société est nombreuse, plus la division du travail doit y être poussée, parce qu’elle seule est à même de maintenir une certaine unité au sein d’une population qui, sans cela se fragmenterait à la première occasion. Il faut, dans les termes de Durkheim, que la « solidarité organique », fondée sur l’interdépendance des individus spécialisés chacun dans une tâche, se substitue à la « solidarité mécanique », de proximité, qui lie les individus au sein de petites communautés. Autrement dit, une extrême division du travail n’est pas seulement permise par une société nombreuse, elle est aussi une condition d’existence de cette société d’une manière qui n’est pas sans rappeler la complexité croissante des organismes lorsque leur taille augmente.

Les individus « politiquement égaux » se sont trouvés, dans des nations comptant des dizaines, voire des centaines de millions de ressortissants, trop nombreux pour être gouvernés autrement que selon des données statistiques. Les administrateurs peuvent se souvenir parfois qu’ils ont affaire à des êtres humains ; le reste du temps ils gèrent des masses, des flux, des stocks. C’est dans cette mentalité propagée par les grands nombres que Hannah Arendt a trouvé les conditions de possibilité de ce qu’elle a appelé la « banalité du mal » : non par l’effet d’une malice particulière, mais d’une atrophie de la sensibilité à l’intérieur d’un fonctionnement qui s’autonomise.

5 La question du genre et des valeurs

Pour le petit enfant, la rencontre de la différence sexuelle est une étape cruciale dans la reconnaissance du principe de réalité. Réciproquement, on perçoit l’enjeu sous-jacent à la marginalisation de la différence entre homme et femme : pouvoir continuer à bercer un fantasme de toute-puissance et de complétude personnelle... Plus les adultes refusent d’authentifier la différence entre garçons et filles, plus nombreux sont les adolescents qui ont tendance à outrer cette différence pour se fabriquer une identité… Aujourd’hui, à fin d’égalité, on s’emploie à féminiser des mots français qui jusque-là n’existaient qu’au masculin-neutre (d’où écrivaine, défenseuse, etc.). Mais ce procédé, en fin de compte, ne fait que renforcer la sexuation de la langue là où, par ailleurs, on voudrait que la différence des sexes ne compte pour rien dans l’organisation sociale.

Il y a ceux qui refusent l’idée même de limite posée a priori : pour eux, l’être humain est infiniment transgressif ou n’est pas. Il y a ceux qui admettent que certains seuils ne doivent pas être franchis mais, quand il s’agit de savoir où situer ces seuils, impossible de s’entendre. On croit beaucoup, de nos jours, aux vertus du débat d’où pourrait émerger un consensus. Bien à tort. Les débats exacerbent les antagonismes et font progresser l’incompréhension mutuelle. La hiérarchie s’est inversée. L’individu autrefois valait en tant qu’il se conformait au bien, tandis que l’individu moderne pose les valeurs. Les débats tendent alors à se réduire à un affrontement des subjectivités, chacun essayant d’imposer ses valeurs. Cela n’a rien d’un hasard si le mot « valeur » en est venu à désigner à la fois ce à quoi l’on tient et qu’on juge digne d’estime, et ce qui se négoce sur les marchés. A l’incapacité de s’accorder sur les valeurs morales répond la commensurabilité par la monnaie de toutes les valeurs en économie.

Telle est la force de l’idéologie libérale que, une fois implantée, elle anéantit radicalement la faculté psychique et sociale à admettre une limite et à la respecter, qu’elle ne peut que continuer à régner jusqu’à ce qu’intervienne la main invisible de la catastrophe.

Conclusion

Curieusement, plus il y a d’hommes sur la terre, moins la réflexion semble tenir compte de l’influence exercée par le nombre sur les comportements. A partir du XIXeme siècle, on a l’impression qu’il n’y eut plus guère que les utopistes pour comprendre qu’une organisation est solidaire d’une échelle. Cette négligence envers le caractère essentiel du nombre est stupéfiante, y compris chez les sociologues, qui auraient pourtant dû s’estimer concernés au premier chef.

Quand Jacques Derrida s’interroge sur l’hospitalité, l’Etranger ou l’Hôte sont invoqués au singulier. On le comprend : il est hautement désagréable, en ces matières, de se mettre à compter. Mais dans ce cas, il faudrait veiller à organiser le monde de telle sorte que la nécessité de compter nous soit épargné. Illich ne goûtait guère les maniaques de l’humanité, qui voudraient qu’une société dans laquelle l’hospitalité est devenue presque impossible aille nourrir l’Ethiopie. Quand les efforts pour maîtriser les processus en cours ne font qu’aggraver leur caractère incontrôlable, quand la démesure est générale, la seule voie sensée est la décroissance. Mais, étant donné notre incapacité à rebrousser chemin quand il en était encore temps, nous ne ferons pas l’économie d’une catastrophe de grande ampleur.

_________________________________________________________________________________

« Une question de Taille » par Oliver Rey, Editions Stock, oct 2014, 280 p. 20 €

Biosphère Ouvaton est un réseau de documentation des écologistes voir aussi, du même auteur, le site Biosphère Info

Vous pourrez trouver via ce lien plusieurs entretiens vidéo avec Claude Lévi Strauss et Jacques Ellul, tous deux cités dans cet article.

Olivier Rey a été interrogé sur ces questions le 23 avril 2016 lors de l’émission de France Culture : Terre à Terre, vous pouvez réécouter ici cet entretien .

 

 

 

Partager cet article
Repost0
17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 15:24

couverture_moins-nombreux.jpgLes mouvements en faveur d’une démographie plus raisonnable ont peut-être enfin le vent en poupe. Après le livre d’Alan Weisman, Compte à rebours,  c’est maintenant Michel Sourrouille qui coordonne chez Sang de la Terre un ouvrage collectif intitulé :  Moins nombreux plus heureux. L’urgence écologique de repenser la démographie.

Cet évangile de la dénatalité a ses douze apôtres, puisqu’à la suite d’une préface dans laquelle Yves Cochet situe clairement le débat dans la problématique écologique et décrit toutes les difficultés d’une telle mise en cause, ce sont douze auteurs qui nous proposent chacun un éclairage particulier mais partagent cette même conviction : la solution aux problèmes environnementaux et sociétaux passera inéluctablement par une diminution de nos effectifs. Il est temps que le tabou cesse sur ce sujet et que les écologistes s’emparent du débat.  Plus nous nous y prendrons tôt, mieux iront les choses, plus douce et plus démocratique sera la transition vers une humanité plus économe en ressources et surtout plus respectueuse de la planète et de ses autres habitants, en trois mots, plus durable, selon moi plus morale et certainement plus heureuse.

Approche écologique d’abord. Michel Tarrier, à qui l'on doit déja plusieurs livres sur la question, montre que l’expansion continue de nos effectifs conduit à l’occupation de l’ensemble des territoires au détriment de ceux de toutes les espèces non humaines. Même approche avec l’analyse scientifique d’Alain Gras, auteur entre autres, du Choix du feu qui fait un parallèle entre ce qui nous menace et le modèle de Lotka Volterra décrivant l’évolution des populations en fonction de celle des ressources.

Théophile de Giraud, auteur du pamphlet L’art de guillotiner les procréateurs, décrit pour sa part, l’impossibilité pour nos sociétés de faire vivre décemment les hommes et de produire tout ce qu’ils réclament sur le petit rectangle de 100 x 150 mètres dont doit désormais se contenter chaque humain sur la Terre. Rappel : le même humain disposait d’une surface mille fois plus grande il y a 10 000 ans, quand en outre, il consommait très peu de biens, d’ailleurs tous recyclables et recyclés.

Philippe Annaba, auteur de Bienheureux les stériles, met l’accent sur la pensée de Malthus et sur l’incapacité des mouvements de la décroissance à la prendre en compte.

Corinne Maier, auteur de No Kid, évoque à la fois l’ampleur des politiques natalistes françaises et dénonce l’ostracisme dont sont victimes ceux d’entre nous qui assument leur choix de ne pas avoir d’enfants.

Alain Hervé, fondateur de la branche française des Amis de la Terre et rédacteur en chef du Sauvage, l’une des premières revues écologistes françaises, décrit l’aberration qui consiste pour les humains à vouloir toujours plus se reproduire dans le monde d’aujourd’hui

Approche internationale pour un sujet sensible avec Michel Sourrouille qui analyse le changement de nature des migrations dès lors que celles-ci ont lieu sur une planète saturée. L’émigration qui était une solution devient un problème.

Puisque les religions sont souvent mises en cause dans le natalisme ambiant, Jean-Claude Noyé propose un récapitulatif de la position des différentes églises en matière de contraception. L’acceptation d’une politique de maîtrise des naissances est plus ou moins grande, même si dans les faits, les pays ne suivent pas tous les choix préconisés par la religion dominante. Le phénomène est particulièrement marqué en Europe où beaucoup de nations d’obédience catholique ont de très faibles taux de fécondité.

Reprenant certains éléments de son ouvrage, Le naufrage paysan,  Jacques Maret évoque l’interrogation qui vient en premier lieu à l’esprit lorsque l’on évoque la surpopulation : Pourrons nous nourrir les 9,6 milliards d’habitants que l’Onu nous promet pour la moitié du siècle ? Ce n’est pas gagné, il conclut par ces propos : « Malthus avait mis le doigt là où ça fait mal ». Pablo Servigne de son côté évoquant justement ces prévisions démographiques, s’inquiète de la possibilité même d’atteindre de tels effectifs, tant les ressources de la planète sont proches de l’épuisement. Il rejoint en cela un courant de pensée que l’on voit grandir (on pense à Franck Fenner ou à Jared Diamond qui a décrit certains exemples), selon lequel, un effondrement tant économique que démographique est de plus en plus probable pour ce siècle même.

Approche sociétale enfin, avec les deux auteurs de ce site.  Didier Barthès, porte-parole de Démographie Responsable  évoque l’impossible conciliation entre le droit au nombre et tous les autres droits des hommes. Comment ne pas voir que la pensée écologiste dominante, à force de nier la composante démographique nous conduit inéluctablement à l’abandon de tous nos autres droits et plus généralement du plaisir de vivre sur une planète dont nous devrions avoir comme principal souci de sauvegarder la beauté ?   Jean-Christophe Vignal s’interroge lui, sur la difficulté à penser une société en décroissance démographique, vision contraire à l’expansionnisme sous-jacent à presque toutes les représentations que l’humanité aime à se faire de son destin. Il y a là matière à une révolution mentale qui ne constitue pas la moindre des difficultés.

N'hésitant pas à prendre à contre-courant la « bien-pensance nataliste », puisse cet ouvrage apporter sa pierre à l’édifice et les hommes commencer à prendre en compte cette remarque d’Alain Gras, l’un des auteurs, « l’avenir de l’humanité passe par l’établissement d’un rapport plus humble avec la planète ». La question de nos effectifs constitue l’un des éléments primordiaux de cette humilité nécessaire.  

___________________________________________________________________ 

Moins nombreux plus heureux. L’urgence écologique de repenser la démographie, un livre coordonné par Michel Sourrouille, préface d’Yves Cochet, éditions Sang de la Terre, Paris 2014, 176 pages, 16 €, ISBN 978-2-86985-312-6.  En librairie à compter du 17 février 2014. Egalement disponible chez les distributeurs suivants : Decitre, Fnac, Amazon.

Au sujet de ce livre, voir également le site Biosphère Ouvaton, l’article publié sur le Sauvage celui sur Libération,  et sur le même sujet l’article suivant 

Cet article en italien.

 

En Anglais

 

Fewer and Happier

 

It seems that organizations that advocate population control are finally gaining traction. Following the success of Alan Weisman’s book, Compte à rebours (Countdown), Michel Sourrouille has compiled Moins nombreux plus heureux. L’urgence écologique de repenser la démographie (Fewer and Happier. The Ecological Urgency of Rethinking Demographics). This compendium, published by Sang de la Terre, has a preface by Yves Cochet and pieces by 12 authors. It provides a variety of viewpoints on the ecological imperatives facing us. These 12 apostles of family planning deliver what amounts to an ecological gospel with an unflinching unanimous verdict: the solution to social and environmental problems requires a reduction of the human population. It is time we lift the taboo and invite ecologists to join the conversation. The earlier we get started the easier and more democratic the transition will be towards a more equitable apportioning of the Earth’s resources and a more sustainable planet. Towards a happier, and probably more virtuous, human race.

The first contributor, Michel Tarrier, deals with ecology. Tarrier, who has written several books on the subject, demonstrates that our continued expansion takes place to the detriment of Earth’s other occupants.

Alain Gras, the author of Choix du feu (The Choice of Fire) and other books on the subject, offers a scientific explanation of the dangers facing us, citing the Lotka Volterra model of increasing population and decreasing resources.

Théophile de Giraud, author of the paper L’art de guillotiner les procréateurs (The Art of Guillotining Procreators), describes the impossibility of a decent standard of living, given that the average human being only disposes of a 100 x 150 meter plot’s worth of resources. By comparison, 10,000 years ago, a human disposed of 1,000 times that area’s worth of personal resources. Moreover, the entirety of the few resources he consumed were recycled.

Philippe Annaba, who penned Bienheureux les stériles (Blessed are the Sterile), focuses attention on Malthus’s ideas and the failure of population control advocacy groups to take them into consideration.

Corinne Maier, author of No Kid, exposes the political and structural support that promote natality, and conversely, the stigmatization of those who choose not to have kids.

Alain Hervé, founder of the French branch of Amis de la Terre and editor-in-chief of Sauvage, one of the first French ecological revues, explains the aberration of unchecked human reproduction, given the current ecological situation.

Approaching this sensitive subject from an international point of view, Michel Sourrouille focuses on the changing nature of migrations on a planet that is bursting at the seams. Emigration, historically a solution to all kinds of social problems, has itself become a social problem.

Religions are often cited as forces that promote natality. Jean-Claude Noyé recaps the stances of the main religions on contraception. Most religions officially accept some extent of family planning (natural means or medical contraception), though not all countries’ birth rates reflect the dominant religion’s reproductive policy. The phenomenon is particularly obvious in Europe, where low birth rates hold in majority Catholic countries.

Distilling some of the central tenets of his book Le naufrage paysan (The Agricultural Calamity), Jacques Maret poses the question overpopulation begs: How could we possibly feed the 9.6 billion people the United Nations predicts for 2050? He sums up by citing Malthus’s inconvenient truth.

Pablo Servigne rightly evokes demographic realities and predictions, wondering aloud how human population could even reach the 9.6 billion the UN forecasts for 2050, given how depleted Earth’s resources already are. He echoes a line of thinking with more and more purchase (expounded by the likes of Franck Fenner and Jared Diamond, who elaborates specific examples) according to which, economic and demographic implosion in the 21st century looks more and more likely.

Two writers from the website Démographie Responsable offer a societal approach.  Didier Barthès, the site’s spokesperson, explains the irreconcilable opposition of the right to unlimited procreation and humans’ other rights. How can mainstream ecology continue to sidestep the central issue: the fact that overpopulation is eroding all of our human rights and even the pleasure of living on a beautiful planet we should be doing everything possible to protect? Jean-Christophe Vignal explores the difficulty humans have with the idea of shrinking societies, a vision that runs counter to the human race’s expansionist instincts. This sea change will require a massive shift in our collective mindset.

Unflinching in its opposition to society’s complacent attitudes toward birth, this book will hopefully sway public opinion and bring people around to the idea advanced by Alain Gras, one of the contributing authors: “The future of humanity depends on accepting a humbler role on this planet.” Population control constitutes a vital step toward this crucial new role.   

_________________________________________________________ 

Moins nombreux plus heureux. L’urgence écologique de repenser la démographie, edited and compiled by Michel Sourrouille, preface by Yves Cochet, published by Sang de la Terre, Paris 2014, 176 pages, €16, ISBN 978-2-86985-312-6. Goes on sale February 17, 2014. Also carried by: DecitreFnacAmazon.

Interested readers are encouraged to visit the website Biosphère Ouvaton, articles published by Le Sauvage and Libération, this related article, and for our Italian-language readers, the Italian version.

 

__________________________________________________________________

En Italien

 

I movimenti in favore di una demografia più ragionevole sono finalmente in probabile crescita. Dopo il libro di Alan Weisman, Conto alla rovescia, adesso è Michel Sourrouille che coordina, per i tipi "di Sang de la Terre", un'opera collettiva intitolata: "Meno numerosi, più felici. L'urgenza ecologica di ripensare la demografia".


Questo vangelo della denatalità ha i suoi dodici apostoli, poiché dopo una prefazione in cui Yves Cochet mette chiaramente il dibattito all'interno della problematica ecologica e descrive tutte le difficoltà di una tale sfida, ci sono dodici autori che ci propongono ciascuno una particolare illuminazione ma  condividendo la stessa convinzione: la soluzione ai problemi ambientali e sociali passerà ineluttabilmente per una diminuzione dei nostri effettivi. E' il momento che cada il tabù su questo tema e che gli ecologisti si facciano carico del dibattito. Prima lo facciamo, meglio andranno le cose, più dolce e democratica sarà la transizione verso un'umanità più sobria in fatto di risorse e soprattutto più rispettosa del pianeta e degli altri suoi abitanti, in tre parole, più duratura, secondo me più morale e certamente più felice.

Per cominciare un approccio ecologico con Michel Tarrier, a cui si devono già diversi libri sull'argomento, mostra che l'espansione continua del nostro numero conduce all'occupazione dell'insieme dei territori a scapito di tutte le specie non umane. Stesso approccio tiene l'analisi scientifica di Alain Gras, autore fra le altre cose di La scelta del Fuoco, che fa un parallelo fra ciò che minaccia noi e il modello di Lotka e Volterra che descrive l'evoluzione delle popolazioni in funzione di quella delle risorse. Théophile de Giraud, autore del pamphlet L’arte di ghigliottinare i procreatori, descrive da parte sua l'impossibilità delle nostre società di far vivere decentemente gli esseri umani e produrre tutto ciò che essi pretendono in un piccolo rettangolo di 100x150 metri dei quali ormai si deve accontentare ogni essere umano sulla Terra. Ricordiamo che gli stessi esseri umani disponevano di uno spazio mille volte più grande 10.000 anni fa quando oltretutto consumavano pochissimi beni e tutto era riciclabile e veniva riciclato.

Philippe Annaba, autore di "Beati gli Sterili", pone l'accento sul pensiero di Malthus e sull'incapacità dei movimenti della decrescita di tenerne conto. Corinne Maier, autrice di No Kid, allo stesso tempo evoca la scala delle politiche nataliste francesi e denuncia l'ostracismo di cui sono vittime coloro fra noi che fanno la scelta di non avere figli. Alain Hervé, fondatore del ramo francese di Amici della Terra e redattore capo di Sauvage, una delle prime riviste ecologiste francesi, descrive l'aberrazione costituita dal volere, da parte degli esseri umani, di volersi riprodurre sempre di più nel mondo di oggi.


Approccio internazionale per un tema sensibile con Michel Sourrouille, che analizza il cambiamento della natura delle migrazioni nel momento in cui hanno luogo in un pianeta saturo. L'emigrazione, che è stata una soluzione, diventa un problema. Dal momento che le religioni sono spesso implicate nel natalismo dell'ambiente, Jean-Claude Noyé propone un riassunto della posizione delle diverse chiese in materia di contraccezione. L'accettazione di una politica di controllo delle nascite è più o meno grande, anche se nei fatti i paesi non seguono tutte le scelte raccomandate dalla religione dominante. Il fenomeno è particolarmente marcato in Europa, dove molte nazioni di fede cattolica hanno tassi di fecondità molto bassi. Riprendendo alcuni elementi dalla sua opera, Il naufragio contadino, Jacques Maret evoca l'interrogativo che per primo viene in mente quando si evoca la sovrappopolazione: riusciremo a nutrire i 9,6 miliardi di abitanti che l'ONU prevede per la metà del secolo? Non è scontato, conclude con queste parole: “Malthus aveva messo il dito dove fa male”.


Pablo Servigne dal canto suo, evocando giustamente queste previsioni demografiche, s'inquieta alla possibilità stessa di raggiungere tali numeri, visto che le risorse del pianeta sono vicine all'esaurimento. In questo si unisce ad una scuola di pensiero che vediamo crescere (si pensi a Franck Fenner o a Jared Diamond, che ha descritto alcuni esempi), secondo la quale un crollo tanto economico quanto demografico è sempre più probabile in questo stesso secolo. Approccio sociale infine, con i due autori di questo sito. Didier Barthès, portavoce di Demografie Responsable evoca l'impossibile conciliazione fra diritto ad essere numerosi e tutti gli altri diritti umani. Come non vedere che il pensiero ecologista dominante, a forza di negare la componente demografica, ci conduce inevitabilmente all'abbandono di tutti i nostri diritti e più in generale del piacere di vivere su un pianeta la cui bellezza dovrebbe essere la cosa che dovremmo salvaguardare come preoccupazione principale? Jean-Christophe Vignal s'interroga sulla difficoltà di pensare una società in decrescita demografica, visione contraria all'espansionismo soggiacente a quasi tutte le rappresentazione che l'umanità ama farsi del proprio destino.


C'è materiale per una rivoluzione mentale che non costituisce la minima delle difficoltà. Non esitando a prendere contro corrente il “moralismo natalista”, possa quest'opera apportare un contributo e gli uomini cominciare a tenere conto di questa osservazione di Alain Gras, uno degli autori: “l'avvenire dell'umanità passa per la creazione di un rapporto più umile col pianeta”. La questione del nostro numero costituisce uno degli elementi primari di questa necessaria umiltà.

 

 

Partager cet article
Repost0