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2 mai 2021 7 02 /05 /mai /2021 14:04

 

Alors que depuis plus d’un an, la France n’a connu que de brèves périodes de liberté, François Busnel, dans un récent épisode de son émission « La p’tite librairie » revient sur l’essentiel du message, qu’il y a 73 ans déjà, Georges Orwell a tenté de faire passer à travers son célèbre ouvrage : 1984. Si le livre a eu du succès, la leçon ne semble guère avoir été entendue.

Voici la retranscription de l’émission :

« Vous n’avez pas le sentiment d’être surveillé, quand vous vous connectez à internet ou à un réseau social et que vos données personnelles sont enregistrées par exemple ?

C’est le moment de se replonger dans le grand roman de la surveillance totalitaire. 1984, de Georges Orwell est plus que jamais d’actualité… Ce chef d’œuvre, qui date 1948 anticipe de façon saisissante les pires traits de notre époque.

Orwell met en garde contre la société de surveillance. Il montre qu’il n’y a de totalitarisme que parce qu’il existe une sourde demande de servitude volontaire, la liberté ayant un coût que tout le monde n’est pas prêt à payer.

C’est ce que comprend le personnage principal Winston Smith dès les premières pages. Winston, c’est un fonctionnaire du ministère de la vérité, qui fait consciencieusement son travail. Winston n’a aucun de souvenir d’enfance et dès qu’il entre dans le champ du « télécran » qui le surveille en permanence, eh bien il doit feindre une expression d’optimisme.

Un jour, il décide de braver le regard du grand frère Big Brother, en commençant son journal intime. Et là, en écrivant, c’est comme s’il  découvrait celui qu’il aurait pu être, celui qu’il pourrait devenir. Il tombe amoureux, brave l’interdiction qui pèse sur toute manifestation d’affection et il se soulève contre le parti.

Mais il ne se doute pas que le mouvement d’opposition auquel il songe n’est en réalité qu’une fiction destinée à piéger les vrais résistants.

Orwell montre dans ce roman terrible et génial à quel point combien préserver son intimité, tout comme penser en dehors des clous constitue un trouble à l’ordre public, nous sommes prévenus, à nous de faire en sorte que 1984 reste une fiction… »

Dans ce brillant résumé de François Busnel, la phrase la plus porteuse de pessimisme est sans doute celle-ci : « Il n’y a de totalitarisme que parce qu’il existe une sourde demande de servitude volontaire, la liberté ayant un coût que tout le monde n’est pas prêt à payer ». Oui, les autocrates, les gouvernements, les régimes même, sont de passage, mais cette faiblesse des hommes pour la servitude constitue le véritable terreau de toutes les dictatures, c’est elle qu’il faut combattre encore et toujours comme le dit François Busnel « pour que 1984 reste une fiction ».

Sur ce thème voir également cet article : Coronavirus, le plus court chemin de 2020 à 1984.

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7 avril 2021 3 07 /04 /avril /2021 18:04

« Dans le cocktail Molotov, il faut mettre du Martini, mon petit ! »

Léo Ferré, Il n’y a plus rien

 

L’écologie n’est pas une idée neuve.

« Avant que nature meure » est un ouvrage de Jean Dorst publié en 1965. L’association « Les Amis de la Terre » est fondée en  1970 par Alain Hervé, sous le parrainage de Jean Rostand, Théodore Monod, Konrad Lorenz et Pierre Fournier. Et bien auparavant le mouvement naturiste, né en France au XIXème siècle avec les réflexions d’Elisée Reclus, prône déjà une conception plus conviviale de la vie en société et une incitation à respecter la planète. Et, dès 1974, l’écologie politique présente un candidat à l’élection présidentielle.

Or que voit-on ?

Depuis cinquante ans, toujours plus de voitures et de plus en plus grosses, lourdes et rapides ; une explosion du transport aérien ; toujours plus de camions sur nos routes ;  une croissance exponentielle des échanges mondiaux ; une consommation per capita de plus en plus forte, tant en matière d’habillement que d’objets en tous genres ; des habitudes alimentaires désormais basées sur la consommation massive de produits industriels transformés ; des choix de production agricole de plus en plus artificiels ; et une augmentation de notre population supérieure à 25 % en 50 ans.

Bref, nous parlons sans cesse d’environnement et d’écologie mais presque tous nos choix sont à l’opposé de ce qu’il faudrait faire. Partout ou presque la paresse et la facilité l’emportent sur la sobriété ; il suffit de regarder comment nous prenons notre café : du café en grain d’autrefois à la généralisation récente de la capsule Nespresso.

Résultat de tout cela, les alertes se multiplient, acidification des océans, augmentation des températures, pollution des sols, en fait la liste est interminable.

Et face à cette triste évolution, il faudrait continuer à participer vaille que vaille à cette société qui va dans le mur des limites de notre petite planète, en espérant la voir infléchir progressivement sa trajectoire mortifère ? Les choix faits depuis un demi-siècle ne plaident pas en ce sens.

Alors que nous reste-t-il sinon de faire un pas de côté, de se séparer d’une société dont nous ne partageons ni les valeurs ni la finalité ?

Bien sûr nous partageons un même territoire mais rien ne peut nous obliger à faire partie d’un équipage qui mène le bateau droit sur les récifs.

Aux véritables écolos de faire naître, en marge d’une société productiviste et consommatrice, en inventant les accommodements raisonnables nécessaires avec cette société emballée (comme on dit d’un cheval), un mode de vie tranquille, pauvre, respectueux de la nature, capable de faire émerger les îles d’un nouveau monde sur les futures ruines de ce monde actuel.

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16 janvier 2021 6 16 /01 /janvier /2021 07:24

Un article d'Antoine Solomiac

En ce début d’année 2021, huit ans et demi après Merah, six ans après Charlie, et alors qu’un professeur de l’enseignement public vient de se faire décapiter pour blasphème, la France se penche officiellement sur son rapport avec l’islam et avec l’islamisme.

C’est un fait nouveau. Depuis Charlie et l’abandon du concept de « loup solitaire » qu’on s’était empressé d’accoler à Merah, le mot d’ordre des pouvoirs publics a été constant : pas d’amalgame, au point qu’on a fini par qualifier de « pas-d’amalgamistes » ses auteurs et ses relais. Mais ce mot d’ordre du pouvoir hollandiste correspondait alors au vœu d’une majorité de l’opinion et était repris à l’unisson par la droite et les médias : il n’y avait pas de problème avec l’islam en France mais seulement des terroristes, des radicaux, des radicalisés, quand ce n’était pas tout simplement des déséquilibrés, pouvant avoir agi pour des motifs « religieux », ignorant eux-mêmes qu’ils étaient mus, en réalité, par une logique d’exclusion sociale.

Le chef d’œuvre de ce discours orwellien était donné au mois d’octobre par le New York Times qui titrait, après l’assassinat de Samuel Paty : « Un homme abattu par balles par la police française après une attaque meurtrière au couteau dans la rue » (French Police Shoot and Kill Man After a Fatal Knife Attack on the Street). Un fait divers en quelque sorte.

Il aura fallu que le président de la République donne de sa personne en parlant de séparatisme islamiste pour que ce mot réintègre le débat politique officiel, les gens de cour se sentant autorisés à mettre le nom sur la chose, non sans réticence d’ailleurs, presque sur la pointe des pieds. La droite a déposé une proposition de loi constitutionnelle visant à garantir la prééminence des lois de la République, le gouvernement riposte avec un projet de loi confortant les principes républicains, ces textes étant l’un comme l’autre expurgés de quelque référence que ce soit à l’islam ou à l’islamisme.

De surcroît, le socle de la pensée officielle est qu’il n’existe aucune continuité ni aucune corrélation entre islam et islamisme. Cette différenciation radicale entre les deux termes, qui se présente comme une constatation de fait, ne résulte pas de l’observation sociale mais est déduite de l’opinion, au demeurant respectable, que la stigmatisation de la communauté musulmane consécutive au terrorisme serait à la fois injuste à son égard et préjudiciable à la cohésion nationale. Les représentants de la classe politique française n’hésitent pas à se transformer, pour les besoins de la démonstration, en exégètes du Coran : une religion de tolérance et de paix.

Le problème est que cette vision irénique est contredite par les études d’opinion réalisées par l’IFOP pour le compte de l’Institut Montaigne en mai 2016, puis de Charlie Hebdo et de la Fondation Jean-Jaurès en août 2020, qui montrent au contraire qu’il y a bien continuité entre islam et islamisme. La population musulmane se distingue nettement du reste de la population française – composée de deux grandes masses, les chrétiens et les personnes sans affiliation religieuse – lorsqu’elle est interrogée, notamment, sur la hiérarchie entre les lois religieuses et les lois profanes, sur la liberté de critique de la religion ou sur le degré de compréhension du terrorisme.

Cette continuité entre islam et islamisme n’est pas propre à notre pays : la montée du fondamentalisme, depuis un demi-siècle au moins, concerne l’ensemble des populations musulmanes dans le monde. Pour la France, les études citées plus haut tendent à prouver, d’une part, que les distorsions évoquées entre communauté musulmane et communauté nationale se creusent avec le temps, d’autre part, qu’au sein de la communauté musulmane, les jeunes et les très jeunes (de 15 à 24 ans) sont les plus sensibles à l’islamisme : ils sont ainsi 74 % à répondre qu’ils « font passer leurs convictions religieuses avant les valeurs de la République ».

Autant dire que malgré les discours officiels et les politiques publiques mises en œuvre depuis des années, souvent coûteuses, la situation ne s’est pas améliorée et ne risque pas de le faire dans un avenir prévisible. Les faits sont têtus. Comme le constatait sobrement un ancien Premier ministre, « la sécularisation de la religion musulmane recule ».

Que faire donc ? D’abord nommer les choses, ce qui ne veut pas dire nommer « l’ennemi » : personne ne songe en France à rééditer la bataille de Poitiers. Parler de l’islam, ce n’est pas occulter qu’une grande partie de nos compatriotes musulmans, notamment les aînés, placent encore les lois de la République au-dessus de celles de la religion et n’aspirent qu’à vivre paisiblement en conservant leur foi. Ils ne revendiquent, comme d’autres minorités, que le droit à l’indifférence, ni plus, ni moins non plus.

Mais c’est aussi regarder comment change la composition religieuse de la société française, avec le recul du catholicisme et la progression de l’irreligion, depuis un siècle, et avec la montée de l’islam, depuis un demi-siècle, principalement due à l’immigration et à la résilience culturelle et religieuse des populations concernées une fois installées dans notre pays.

Il y a environ six millions de musulmans en France, soit 9 % de la population, ce qui n’est pas en soi considérable mais qui en fait quand même le second foyer de peuplement musulman en Europe après la Russie et le premier de l’UE devant l’Allemagne.

Si l’on se penche maintenant sur les statistiques de l’état civil, c’est plus de 18 % des prénoms donnés en France à la naissance au cours de ces dernières années qui sont arabo-musulmans, soit le double de proportion des musulmans dans le pays. Cela fait ressortir tant le dynamisme démographique de la communauté musulmane au sein de la population française, que le caractère très relatif de son assimilation : ces prénoms sont encore donnés à la troisième génération en comptant celle de l’installation en France. Sans doute, au niveau d’une famille, le choix du prénom relève-t-il de la liberté individuelle, mais au niveau statistique il est le marqueur culturel et social de la place qu’occupe une communauté dans un pays et de son niveau d’intégration.

On compare souvent la situation des musulmans avec celle des immigrés européens en France du début du siècle dernier. Ces situations présentent pourtant deux différences : d’une part, les immigrés européens ne constituaient que 3,5 % de la population française de l’époque, soit deux et demi fois moins que la proportion des musulmans aujourd’hui, d’autre part, l’appartenance à une communauté religieuse est un facteur d’identification et de différenciation plus pérenne que la pratique d’une langue d’origine, qui s’oublie en une génération.

Continuité effective entre islam et islamisme, recul de la sécularisation de la religion musulmane, assimilation inaboutie de la communauté d’hommes et de femmes qu’elle rassemble, voire irrédentisme d’une partie de sa jeunesse, ces faits dérangent nos habitudes de penser. Ils remettent en cause nos idées sur les relations entre religion et société civile, jusques et y compris la notion de laïcité.

On peut, en effet, se demander si celle-ci a vocation à régler, de tout temps et en tous lieux, les rapports entre la religion et le pouvoir séculier, ou si elle ne constitue pas plutôt le compromis historique passé en France, au début du siècle dernier et après plus d’un siècle de luttes, entre une République conquérante et une église catholique connaissant les premiers signes de la déchristianisation du pays.

Nous avons longtemps, par ethnocentrisme, identifié notre représentation de la religion au catholicisme, ce qui nous amène désormais à trouver des « particularités » à l’islam. Mais l’islam ne se définit pas par rapport à une norme implicite, qui serait le catholicisme ou plus généralement le christianisme, « religion de la sortie de la religion ».

Il faut aujourd’hui nous garder de deux illusions, qui ont inspiré nos politiques publiques. La première est la possibilité d’éradiquer l’islamisme sans porter atteinte à l’islam, la seconde est l’idée de faire entrer celui-ci dans le paradigme de la laïcité. Ce sont des vœux pieux.

Nous devons changer notre manière de voir et poser la question de notre rapport à l’islam en termes quantitatifs, c’est-à-dire dans la perspective des relations entre la communauté nationale tout entière et la communauté musulmane, et non plus sur la base des rapports de droit entre l’Etat et chacun des individus qui composent cette dernière.

C’est une remise en cause sinon de l’approche laïque, du moins de la fameuse phrase de Clermont-Tonnerre en 1789 : « Tout refuser aux Juifs comme nation, tout accorder aux Juifs comme individus ». Car si l’islam n’est pas un Etat dans l’Etat, comme a pu l’être la Réforme sous Richelieu, il est en passe de devenir une petite nation dans la nation française. On peut fermer les yeux pour ne pas le voir, on peut faire des lois pour dire que cela n’existe pas, on finit toujours par se cogner sur la réalité.

Abandonner l’objectif de laïciser l’islam pour se fixer celui de le stabiliser, du moins en France, à son niveau actuel ou à un niveau qui ne soit pas trop supérieur, apparaît dès lors comme une réponse plus réaliste.

Il faut, en priorité, réduire le volume de l’immigration non européenne. Celle-ci est en effet musulmane dans la proportion de 80 % au moins de ses effectifs, compte tenu des pays d’origine des migrants. Elle représente un solde migratoire - nombre des nouveaux arrivants diminué de celui des immigrés quittant la France - d’environ 200 000 à 250 000 personnes de confession musulmane chaque année, soit de 0,3 % à 0,4 % de la population française vivant en France.

Réduire l’immigration se heurte toutefois à trois obstacles. Le premier est celui des ONG et syndicats qui réclament «la liberté de circulation et d’installation des femmes et des hommes sur l’ensemble de la planète » ; si ce courant reste minoritaire, il n’en bénéficie pas moins de relais solides dans les médias. Le deuxième obstacle est représenté par différents secteurs économiques (BTP, restauration, agriculture saisonnière), qui fonctionnent grâce à une main d’œuvre bon marché et précarisée ; c’est un obstacle plus sérieux, les forces économiques concernées disposant de lobbys au sein des institutions politiques et de l’administration. Le troisième obstacle, le plus important, tient à la difficulté juridique et pratique de réduire l’immigration, quand bien même la volonté politique existerait de le faire, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. 

Les trois flux majeurs de l’immigration non européenne sont le regroupement familial, l’accueil des étudiants étrangers et l’immigration clandestine. La réduction du regroupement familial est déjà limitée par le fait qu’une partie de celui-ci consiste en l’accueil sur notre territoire des conjoints de ressortissants français. Elle est, pour le surplus, rendue difficile par la reconnaissance d’un « droit à mener une vie familiale normale » qui résulte des jurisprudences du Conseil d’Etat, du Conseil constitutionnel et des cours européennes (CEDH et CJUE), ayant toutes, à l’exception de celle du Conseil d’Etat, valeur supra-législative.

La limitation du nombre des étudiants étrangers n’est apparemment pas dans les projets de l’actuel gouvernement, qui veut au contraire en porter le nombre de 350 000 à 500 000 (étudiants européens inclus) dans les six ans qui viennent. Or, selon des statistiques officieuses, un tiers des étudiants étrangers, hors doctorants, resteraient en France sans titre de séjour après leurs études. 

Enfin, la réduction de l’immigration clandestine repose sur la surveillance physique de nos frontières terrestres et maritimes, ainsi que sur le contrôle des arrivants dans nos aéroports. Ces frontières ne peuvent être que celles de la France, y compris celles internes à l’Europe, en l’état de la porosité des frontières extérieures de l’UE et de la volonté assumée des instances européennes de favoriser la venue de migrants. Il nous faudrait donc, pour lutter efficacement contre cette forme d’immigration, conduire une politique de circulation des personnes en contradiction ouverte avec les accords de Schengen de 1985.

Au-delà des formules obligées sur le nécessaire contrôle des flux migratoires, la réalité est que notre pays accueille chaque année, avec persévérance, un contingent supplémentaire d’immigrés musulmans équivalent à 0,35 % de sa propre population et que les pouvoirs publics ne sont nullement disposés, dans les faits, à y changer quoi que ce soit.

A l’occasion de l’examen du projet de loi sur le séparatisme, dont le mot lui-même a été retiré, et du titre et du texte, le gouvernement a fait savoir qu’il ne saurait être question d’aborder le problème de l’immigration, sans du reste s’expliquer autrement sur ce point. Tout est dit.

Pour surmonter ces entraves qui semblent déposséder la France de sa propre souveraineté, comme dans un mauvais rêve où l’esprit ne parvient plus à commander au corps, il faut une volonté politique. Aucun homme, aucune femme, dans aucune fonction de la République, ne dispose aujourd’hui de l’autorité nécessaire pour imposer cette volonté, pour trancher le nœud gordien. Seul le peuple, s’exprimant par voie de référendum, est en mesure de le faire.

Antoine Solomiac.

 

 

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10 juillet 2020 5 10 /07 /juillet /2020 18:04

Un article de Daniel Martin

Grâce à ses alliances avec les partis de gauche, FI, PC, PS, autres divers, EELV a raflé la mise lors des élections municipales marquées par un tsunami abstentionniste. Et voilà que suit un profond remaniement ministériel. Probablement justifié, plus par la défaite de LREM que la victoire des Verts.

Et si les votants, plutôt que d’exprimer une adhésion « écologiste » aux élections municipales, avaient plutôt choisi de dépoussiérer la gauche ?

Il est évident que seul, EELV, y compris en rassemblant toutes les organisations écologistes politiques non Verts, n’aurait pu faire tomber les grandes villes conquises le 28 Juin 2020. L’exemple le plus frappant est celui de Marseille. Michèle Rubirola, aujourd’hui Maire, avait été exclue d’EELV pour s’être associée au premier tour des municipales au mouvement d’union de la gauche le « Printemps marseillais », dont elle prit la tête de liste. Dès lors, EELV avait soutenu un candidat qui n’a pas pu se qualifier pour le second tour (8,94 % des suffrages) et s’est résolu au second tour à faire reporter ses voix sur Michèle Rubirola, laquelle avait fait le plein des voix de gauche.

Ceux, qui à EELV, penchaient encore pour une écologie comme force politique indépendante se situant au-delà de la gauche et de la droite, tel que, parfois Yannick Jadot (ex candidat aux présidentielles de 2017), probablement plus par ambition personnelle que réelle conviction écologique, ont été laminés par ceux qui ne juraient que par une alliance toute à gauche, tel Julien Bayou désormais numéro un des Verts.

Dans des communes de moindre importance démographique, les candidats Verts se sont souvent associés dès le premier tour à divers mouvements citoyens de gauche, voire très à gauche comme le parti de Benoît Hamon : Génération/s, le Parti communiste, la France insoumise. Après leur victoire, nul doute que ces professionnels de la politique exigeront leur tribu, alors qu’idéologiquement, très généralement ils sont productivistes, pro- natalistes, pro-croissance, pro- nucléaire qui sont les antithèses de l’écologie… Mais il est vrai que les « Verts » se sont rendus compatibles avec l’idéologie de ces organisations politiques depuis longtemps, notamment sur la croissance qu’ils veulent "sélective", mais croissance quand même, et la question démographique.

Mais peut-on faire toutefois abstraction du fait qu’EELV a souvent devancé ses partenaires de gauche au premier tour ?

On ne peut contester le fait que très souvent c’est EELV qui est arrivé en tête dès le premier tour des élections, devançant parfois très largement leurs partenaires de gauche, comme à Lyon. Ceci s’explique avant tout par la mobilisation de l’électorat « Verts » qui est un électorat plus militant, du moins beaucoup plus sensible aux questions d’environnement avec l’impact de certaines activités humaines et qui se déplace plus facilement au bureau de vote, contrairement aux autres électorats de partis souvent divisés qui y sont moins sensibles et se sont donc moins mobilisés. Au premier et au second tour de cette élection municipale c’est plus un électorat populaire qui vote traditionnellement à gauche ou à droite qui a fait défaut, soit par crainte de l’épidémie de Covid-19, ou considérant qu’il y aurait forcément un second tour, et au second tour parce que ceux qui restaient ou les fusions ne leur convenaient pas, voire pour d’autres raisons … Mais à cette élection municipale on ne peut nier que pour l’électorat qui s’est déplacé vers les urnes, la question environnementale a bien été l’une des préoccupation dominante.

Concernant le vote lui-même, l’équation est simple : pour un potentiel électoral constant, ce qui est le cas généralement pour EELV, par exemple : avec 1 000 électrices et électeurs inscrits, un parti politique qui a un électorat constant de 100 voix cela représentera 10 %. S’il n’y a que 45 % de votants soit 450 électrices, électeurs, si toujours 100 voix cela fera 22 % des inscrits… Ainsi un parti ou mouvement politique qui un électorat de base constant qui se mobilise, plus il y a d’abstention, plus cela le favorise en pourcentage des voix.

La "vague verte" toutefois submergée par le tsunami abstentionniste

Jamais dans l’histoire de la 5ème République, lors d’une élection municipale, un tel taux d’abstention ne fut atteint. Il faut constater que depuis 1983, où le taux de participation était de 78,42 % au premier tour et 79,68 % au second, les Français se sont très progressivement désintéressés de cette élection jugée cependant comme « l'élection des élus préférés des Français ». Toutefois, jusqu’en 2014 où le taux de participation était de 62,13 % au premier tour et 63,55 % au second, c’était une large majorité de l’électorat qui se déplaçait, alors qu’en 2020, du jamais vu, à peine plus du tiers de l’électorat s’est déplacé au premier tour : 36,67 % et avec 44,66 % au second tour on est encore assez éloigné de la majorité. Il est vrai que l’épidémie du Covid-19 a sa part de responsabilité dans ces défections, avec un premier tour de tous les risques sanitaires et un second tour trois mois après le premier, ce qui pouvait poser un problème de Droit.

Une légitimité des nouveaux élu(e)s du second tour des élections municipales pour le moins controversée.

Après un premier tour effectué en de telles circonstances, de nouvelles élections avec abrogation des résultats du premier tour pour les communes n’ayant pas élu leur Conseil municipaux reportées à l’automne eu été plus réaliste. Aujourd’hui si la légalité de l’élection des nouveaux Maires, n’est pas contestable, car la loi ne prévoit pas de « quorum » pour valider une élection municipale, c’est-à-dire un nombre minimum de votants en rapport avec le nombre d’inscrits, on ne peut pas en dire autant concernant leur légitimité, pour le moins très controversée... Dans les faits, la question de la légitimité par rapport au taux de participation ne se pose pas dans notre Droit, même si on peut considérer que c’est un vide juridique qu’il faudrait combler. Mais jusqu’à présent cette question ne s’est jamais véritablement posée depuis que le vote, pour les modes de scrutin universel, est considéré comme un droit (l’on en use ou pas) et non d’une obligation comme dans certains pays voisins.

Hors la «  vague verte », un certain immobilisme caractérise cette élection municipale

Si la « vague verte» à l'issue des élections municipales a été beaucoup remarquée, le scrutin 2020 se caractérise surtout par un fort immobilisme. Dans les villes de plus de 3500 habitants, les deux tiers des maires élu(e)s sont des sortants.

La crise de vocation, un temps évoquée à l’approche de la campagne électorale, n’a pas eu lieu. Les trois quarts des maires (villes de plus de 3 500 habitants) se sont représentés lors du dernier scrutin municipal. Globalement c’est 8 maires sortants sur 10 réélus, dont la moitié dès le premier tour.

Le conservatisme est particulièrement marqué dans les « villes moyennes », celles comptant entre 20 000 et 100 000 habitants. Près des trois quarts des maires élu(e)s sont des maires sortants, contre seulement 60% dans les villes de moins de 10 000 habitants. Le contexte d'inquiétude du premier tour, tenu en pleine pandémie et à la veille du confinement, n’explique pas à lui seul cette «prime au sortant» puisque la moitié de ces villes moyennes a connu un second tour dimanche. Les électeurs ont pu à cette occasion récompenser leur maire, dont ils estimaient sa bonne gestion de la crise sanitaire.

La prime au sortant fonctionne, que le maire soit de droite ou de gauche. Les deux bords politiques affichent peu ou prou les mêmes statistiques de réélection. 82,5% des maires de droite qui se représentaient en 2020 ont retrouvé leur siège pour 84,1% des élus de gauche. Fort de quelques bastions encore tenaces, la gauche radicale (PC, FI) affiche le score le plus élevé, avec 22 de ses 24 maires sortants réélu(e)s.

Par contre, l’électorat a fait preuve d’une certaine défiance envers l’exécutif gouvernemental, il a toutefois été beaucoup moins tendres avec les maires sortants étiquetés au centre sous couvert LREM. Seuls deux tiers d’entre eux peuvent se targuer d’une réélection.

Qu’est-ce qui pourrait toutefois caractériser la gestion municipale d’un maire « Verts »

Si en règle générale, au-delà des compétences d’un maire qui sont définies par la loi, tous les maires affirment que leur politique permettra à leur commune d’être économe, accueillante, mêlant harmonieusement activités économiques, agricoles, logements, commerces, circulation douce, espaces verts et une commune plus arborée, des services avec en priorité sports, culture etc. Mais dans la réalité, les décisions qu’ils prennent sont parfois contradictoires avec ces projections et souvent incompatible avec l’urgence écologique et climatique… Et quand même leurs politiques municipales s’inscriraient dans ces perspectives, elles peuvent apparaître bien insuffisantes, voire gadget en regard de la gravité de la situation écologique planétaire.

Toutefois, faute de pouvoir inverser une situation qui a bien des égards est irréversible, à minima pour retarder des échéances, il y a quelques principe de gestion au niveau communal qu’un maire « Verts » devrait avoir à l’esprit, bien qu’aujourd’hui les maires aient perdu une part de leur autonomie de gestion au profit de l’intercommunalité (communauté de commune, d’agglomérations, métropoles).

- Tout développement économique local doit privilégier une économie durable et circulaire qui soit peu énergivore et la moins polluante possible en rejet de gaz à effet de serre. Il faut s’efforcer d’encourager les circuits courts et tendre vers une certaine autosuffisance alimentaire sans intrants chimiques. Cela passe aussi par le développement de jardin partagés, en particulier dans les communes urbaines.

- Il ne faut pas cesser d’innover, d’être à l’avant-garde sans que cela coûte plus cher à la planète et aux contribuables. S’il n’existe pas, il faut élaborer un plan local climat avec tous les acteurs économiques et associatifs, notamment pour mettre en place des dispositifs de réduction des mobilités domicile-travail, mais aussi mieux partager la chaussée pour des déplacements doux.

S’il convient de développer toujours plus les modes de déplacements doux et de les sécuriser, ainsi que privilégier les transports en commun, par contre il faut éviter de tomber dans le piège de la voiture électrique et des dépenses très élevées de mise en place de bornes de rechargement. Contrairement à ce que croient la plupart des gens, soumis à une propagande continuelle des politiques et des industriels, la voiture électrique n’est pas plus vertueuse pour le climat que la voiture thermique, essence ou diesel.

- Réduire les mobilités domicile-travail, c’est aussi adapter les avantages qu’offre la nouvelle révolution numérique des « intelligences artificielles » par le travail à distance (télé-travail). Mais encore faut-il encourager et aider à mettre en place des locaux avec des hubs-s de télétravail. Chaque bassin de vie économique devrait créer un pôle coworking permettant de regrouper dans le confort tous les salariés d’un secteur géographique donné qui exercent cette activité à distance. Outre le fait de leur éviter des trajets quotidiens contraignants, cela permet de préserver un espace de socialisation pour ces personne, contrairement lorsqu’ils travailleraient isolés à leurs domicile.

- La question démographique par le nombre et le minimum d’espace indispensable, permettant un vécu quotidien agréable pour chacun et un meilleur vivre ensemble est essentielle. Cela signifie qu’il faut rechercher une maîtrise et répartition équitable des populations en évitant des densifications d’habitat dans certains quartiers urbains qui vont conduire à un étalement péri – urbain. Rejetant ainsi des populations les plus modestes loin des centres de vie et d’activités économiques, ce qui va les obliger à des déplacements coûteux, avec les effets que l’on sait : impact énergétique et rejet de GES... Lorsqu’un seuil du nombre d’habitants compatible avec le nombre et l’espace disponible est sur le point d’être atteint, il faut stopper toute nouvelle construction sur la commune.

- En terme d’occupation de l’espace territorial, la notion de « ménagement» du territoire doit se substituer à celle « d’aménagement du territoire » trop souvent anarchique et synonyme de développement d’urbanisation commerciale, industrielle ou de zone d’habitats au détriment de la préservation des terres arables ou des zones boisées. Dans les faits, outre que cela doit servir à la philosophie des PLU (plans locaux d’urbanisme) dans leur élaboration, il convient donc de privilégier les rénovations de bâtiments. Concernant ceux à caractère économique, industriel ou commercial qui sont désaffectés, suite à une cessation d’activités professionnelles, une préemption éventuelle pour une réaffectation doit être étudiée en priorité.

Pour une urbanisation maîtrisée et valorisée. Si l’on ne doit pas abandonner le logement social, au contraire. Ceux existants peuvent être mieux réhabilités et rénovés avec agrandissement des espaces de vie, en particulier pour les HLM plus anciens. Il faut exiger des propriétaires que sont les bailleurs sociaux d’être à l’écoute de leurs locataires et dans certains cas, par des conditions attractives leur permettre de devenir propriétaire du logement.

Eprouver de l’empathie à l’égard des animaux est indissociable de celle que l’on peut avoir à l’égard des êtres humains, toute politique municipale doit l’intégrer.

Penser également aux effets de la nouvelle révolution numérique

Nous sommes entrés dans une ère post-croissance avec une nouvelle révolution numérique, où les nouvelles « intelligences artificielles » mégas données ou « Big data » font que les robots changent de statut, contribuant ainsi à nouvelle mutation anthropologique...

La nouvelle révolution numérique qui se traduit par un système interconnecté reliant machines et méthode de gestion par des robots avec une nouvelle forme «  d’intelligence artificielle » qui leur permet de fonctionner sans très peu de personnel. Certaines entreprises de la grande distribution ont déjà inauguré (à titre expérimental) ce type d’organisation « 4.0 ». D’ailleurs, il n’y a pas que les entreprises de la grande distribution qui peuvent adopter la formule de « gestion et de production 4.0 »… Demain avec la 5 G qui sera imposée, nous passerons à un autre niveau d’interconnexion et de fonctionnement sans intervention humaine, tant pour la production, la distribution que la gestion.

Faute d’avoir préalablement anticipé une réflexion et pris de mesures adaptées, dans les communes on peut se trouver avec un taux très élevé de chômage à terme et qui ne pourra être adouci par les dispositions du « chômage partiel ». Les experts du forum économique de Davos ne prévoient-ils pas 5 millions de chômeurs à l’horizon 2005 ? Certes, de nouvelles activités que l’on ne peut imaginer aujourd’hui verront le jour, comme, par exemple les plateformes numériques d’aujourd’hui que l’on ne pouvait imaginer dans l’année 80 début 90. Il va de soi qu’il va falloir que les maires et les présidents d’intercommunalités s’attellent à la tâche et là encore mobiliser toutes les énergies pour s’orienter vers les activités indispensables et conformes aux défis à relever par rapport à la transition écologique.

Si les nouvelles intelligences artificielles peuvent intervenir pour remplacer certaines tâches, par exemple dans la médecine, la justice ou permettre de réduire les mobilités par le travail à distance dans les secteurs de bureautique, il faut penser aux conséquences. Les métaux rares indispensables, issues des terres rares (toutes ne le sont pas) sont une ressource fossile et à ce titre elle n’est pas inépuisable. Leur extraction a par ailleurs un coût très élevé sur le plan environnemental et énergétique, mais aussi pour la santé des travailleurs et des populations riveraines. Cela signifie qu'il faut amplifier considérablement le traitement et la valorisation des déchets du numérique, c'est une activité économique créatrice d'emploi.

Pour conclure

Cette élection municipale qui s’est déroulée dans une situation inédite pour des raisons sanitaires liées à l’épidémie du Covid-19 a été marquée par un taux d’abstention jamais atteint dans l’histoire de la 5ème République. Les conseils municipaux et les maires sont légalement élu(e)s, même si leur légitimité est quelque peu écornée et bien que l’on puisse relativiser la prise de conscience écologique de la population, avec l’abstention, la conquête de nombreuses communes, dont des grandes villes par les « Verts » est aussi l’autre particularité de ce scrutin.

Sur ce thème voir aussi le récent entretien d'Antoine Waechter président du Mouvement Écologiste  indépendant sur Le Point

 Cet article a été préalablement publié sur le blog Médiapart de Daniel Martin

 

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23 octobre 2018 2 23 /10 /octobre /2018 16:04

                                                          Il pleut, il pleut bergère      

Rentre tes blancs moutons

Fabre d'Eglantine, 1780

 

Deux courants majeurs traversent l’écologie politique : les réalistes, qui tentent de corriger à la marge, parfois avec succès, le système économique dominant, et les fondamentalistes, qui veulent des changements plus radicaux mais qui, éloignés des lieux de décision, privilégient le débat idéologique.

Les uns comme les autres ont toutefois en commun de ne pas intégrer la contrainte du temps. Les premiers veulent accumuler les réformes pour aboutir par gradualisme à la transformation du système, les seconds préparent le moment politique où ils seront en situation d’appliquer leurs idées. Tous anticipent des lendemains nécessairement meilleurs.

Ce faisant, ils se situent dans la continuité des luttes politiques et sociales des deux siècles derniers, période historique baignée d’idéologie progressiste, où le seul enjeu était de changer les relations des hommes entre eux pour un meilleur partage du pouvoir et des richesses. Ce qui n’avait pas été obtenu aujourd’hui pouvait l’être demain, le futur était synonyme d’effacement des échecs et d’aboutissement des promesses.

Mais sur ce point, les choses ont changé.

Les dommages que l’homme a d’ores et déjà causés à la planète, depuis la fin du XIXe siècle, sont irréparables à l’échelle de l’histoire humaine. Nous ne sommes plus dans un cadre donné, à l’intérieur duquel il serait seulement question de changer les règles du jeu. C’est ce cadre lui-même que nous avons changé et qui risque désormais de nous engloutir. Il n’est plus possible, même au prix d’une conduite soudain vertueuse, dont au demeurant nous ne prenons pas le chemin, d’empêcher les transformations que nous avons provoquées de continuer à produire durant des siècles leurs effets destructeurs.

Nous sommes entrés dans une période inédite de notre histoire, parfois qualifiée d’anthropocène, où le temps est compté et où il joue contre nous. Plutôt que de tenter d’empêcher l’effondrement inéluctable d’un certain nombre d’écosystèmes, notre tâche est désormais de nous y adapter pour assurer du mieux possible notre propre sauvegarde avec ce que nous pourrons sauver du vivant.

L’autre exigence de la période, qui procède des mêmes causes, est d’inscrire le projet écologiste dans un espace territorial déterminé.

Certes, le réchauffement climatique est par nature planétaire, les gaz à effet de serre émis en Chine participent à la disparition de la banquise arctique, le nuage radioactif de Tchernobyl ne s’est pas arrêté aux frontières de l’Hexagone et nous sommes tous directement affectés par la disparition de la forêt amazonienne comme par l’acidification des océans.

Mais le caractère planétaire de la dégradation des écosystèmes qui, passé un seuil critique, peut prendre la forme d’un basculement brutal échappant à tout contrôle, ne signifie pas que, par une sorte de parallélisme des formes, les mesures de sauvegarde ne puissent être prises qu’à un niveau mondial. Deux raisons militent pour une action à une échelle plus modeste.

La première est qu’il n’existe pas au plan international, qu’il s’agisse de l’ONU ou des différentes conférences qui en sont l’émanation, d’autorité capable d’imposer ses décisions aux Etats et aux acteurs économiques, et que les chances d’en voir émerger une dans les années à venir sont à peu près nulles.

La seconde raison est que l’échelle pertinente d’intervention n’est plus la même selon que l’on se fixe comme objectif d’empêcher la survenance du changement climatique ou, plus simplement, celui de s’y adapter. Au traitement préventif des causes, qui s’est révélé jusqu’à présent plus incantatoire qu’effectif, se substitue alors le traitement symptomatique des effets, concrètement la protection des populations et de leur environnement naturel, comme la préservation de leurs cultures.

Ces exigences, qui semblent élémentaires aujourd’hui, doivent être réévaluées à l’aune des évolutions prédictibles des prochaines décennies sur fond de dérèglement climatique : rétractation des échanges internationaux, pénurie des ressources naturelles, en particulier de l’eau, disparition d’une partie des activités tertiaires et des services publics, exode urbain.

Un tel scénario n’est pas catastrophiste. Le ravitaillement de la population, son hébergement, sa santé, sa sécurité, tant collective qu’individuelle, pourraient bien devenir les principales missions de la puissance publique. C’est aujourd’hui dans un cadre national, siège de ce qui reste de souveraineté démocratique, de solidarité institutionnelle et de désir commun de vivre ensemble, qu’il est le plus utile et le plus sage de s’y préparer… tout en sachant que nous ne sortirons de cette période qu’appauvris et moins nombreux.

                                                                                     Gilles Lacan

écologiste décroissant

                                                                                    

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30 mars 2018 5 30 /03 /mars /2018 14:04

Par Gilles Lacan

 

L’écologie peine en France à disposer d’une représentation politique. Ce n’est pas le succès des partis traditionnels qui l’empêche de s’imposer mais plutôt l’idée largement répandue selon laquelle les questions liées à l’environnement ne constituent pas un critère majeur de choix politique.

Le principal parti écologiste, les Verts, devenu EELV, partage lui-même cette vision restrictive. Il se positionne de manière récurrente comme un parti de gauche et a obtenu son meilleur résultat en 2009, lors des élections européennes, en axant sa campagne sur une problématique plus européiste qu’écologiste. Ayant renoncé à faire de la défense de l’environnement le déterminant en dernière instance de leur projet, les Verts qualifient d’environnementalistes ceux qui continuent à le faire.

D’autres facteurs contribuent au manque de visibilité politique de l’écologie : le jacobinisme, d’abord, qui tend à occulter tout ce qui n’a pas un caractère national, au détriment pour celle-ci des nombreuses expériences menées sur le terrain, mais aussi le scrutin majoritaire, qui incite les petites formations à conclure des alliances inégalitaires avec les partis traditionnels.

Certes, la prise de conscience des idées écologistes progresse dans l’opinion. Mais il serait illusoire d’en déduire que « l’histoire nous donnera raison ». La pensée politique n’est pas indexée sur l’état physique de la planète : les dérèglements environnementaux et démographiques qui s’accumulent n’assigneront pas nécessairement à l’écologie le rôle de référence incontournable. Il est plus raisonnable de penser que les problèmes liés à la survie matérielle, à la sécurité physique ou aux conflits identitaires vont prendre le dessus.

En réalité, même s’il s’agit d’une conclusion contre-intuitive, difficile à admettre, le temps travaille contre nous. Cela ne veut pas dire qu’il faille baisser les bras, mais cela impose de repenser notre agenda aussi bien que les formes de notre intervention en fonction de cette contrainte.

S’agissant du réchauffement climatique, par exemple, les stratégies d’adaptation à la hausse des températures et à ses effets, devenus inéluctables, doivent occuper une place de plus en plus grande à côté de celles ayant pour objet d’en retarder l’échéance et d’en limiter l’ampleur.

Plus généralement, il est sans intérêt de bâtir le projet d’une société qui n’existe pas encore dans un monde qui n’existe déjà plus, de se réfugier dans l’utopie du « buen vivir » ou de sa déclinaison française du « vivre ensemble », pour remplacer l’utopie communiste qui a fait faillite au siècle dernier. Il est plus utile de préparer notre pays à l’épuisement des ressources naturelles, à la pénurie énergétique et aux grandes migrations climatiques, dans un contexte politique qui ne devrait pas se caractériser par un surcroît de convivialité.

Quant au rôle spécifique des formations politiques se réclamant de l’écologie ou de la décroissance, il doit être lui aussi reconsidéré : le schéma traditionnel d’une montée en puissance dans l’électorat pour aboutir, avec ou sans alliés, à une représentation majoritaire dans les institutions de l’Etat est à la fois irréaliste et anachronique, hérité d’une vision du XXème siècle de l’action politique.

L’écologie en France aujourd’hui, ce sont les ONG, grosses fédérations rassemblant des centaines de milliers de personnes aussi bien que lanceurs d’alerte ou associations thématiques, les collectivités locales, des plus grandes aux plus petites, la plupart rattachées au réseau des Villes et Territoires en Transition, et aussi tous ces intellectuels, écrivains, artistes, membres de la communauté scientifique, qui nous éclairent et parfois même nous montrent le chemin. L’un d’entre eux n’a-t-il pas déclaré l’an dernier que « la décélération, la déconnexion et la décroissance, surtout démographique, » étaient « les impératifs de notre temps » ?

Ce sont là les bases mêmes du programme de l'écologie politique, dans une période où le ralentissement est devenu la condition de la résilience.

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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 17:24

Un article de Daniel Martin

Avec la candidature de René Dumont aux élections présidentielles de 1974 débute une aventure politique qui se termine en 2017 par une absence de candidature écologiste ou se réclamant de l’écologie. La responsabilité en incombe surtout aux « Verts » qui sont devenus un parti croupion du PS et dont leurs « hiérarques » n’ont cessé, tout au long de ces dernières années, d’utiliser ce qu’il est convenu d’appeler écologie politique pour leur carrière personnelle opportuniste. Aujourd’hui cela se traduit par un rejet de l’écologie politique de la part d’une opinion publique totalement abusée, dont une grande partie d’entre elle se réfugie dans les replis identitaires et nationalistes.

La tentative d’un écologiste authentique et historique, telle que celle qu’Antoine Waechter, faute d’avoir pu recueillir les parrainages nécessaires a échoué. Le ralliement de Yannick Jadot et EELV au PS et à Benoit Hamon pour sauver quelques sièges de député(e)s, dont celui de leur « cheftaine » Cécile Duflot, n’a rien à voir avec l’écologie, sinon que cela relève d’une « tambouille » politicienne qui dessert plus Benoit Hamon, qu’elle ne le favorise… On peut, d’ailleurs, se demander quels rapports ces personnes peuvent avoir avec l’écologie, dont, à l’évidence, ils semblent ignorer les fondamentaux.

Certains candidats veulent bien se préoccuper « d’écologie », mais qu’en est-il réellement ?

A cette élection présidentielle, plusieurs candidats y vont de leurs couplets sur l’écologie, je ne doute pas de leur bonne foi, mais le problème, c’est qu’à l’évidence ils ignorent les enseignements de l’écologie science et si c’est utile de parler de transition énergétique ou écologique, cela ne peut être, en l’état actuel de la situation, que des formules creuses avec parfois des propositions gadgets, quand il ne s’agit pas de propositions relevant de l’escroquerie intellectuelle de la « croissance Verte », telle celle de la voiture électrique.

Ces candidats sont d’abord socialistes, sociaux-démocrates, libéraux sociaux ou tout simplement libéraux, c'est-à-dire productiviste et attaché au mythe d’une croissance exponentielle, désormais impossible, ce qui est fondamentalement incompatible avec l’écologie.

Lorsque, par exemple, depuis le début de sa campagne en avril 2016, Emmanuel Macron, grand favori des sondages pour cette Présidentielle, se positionne « ni droite, ni gauche » et lorsqu’il déclare: « Depuis 30 ans, on assiste à l’alternance de la droite et la gauche qui balaye tout de manière automatique. Là ce sera la véritable alternance, celle d’une nouvelle méthode de gouvernement, parce que je vais réunir pour être efficace des femmes et des hommes de bon sens. » Avec la promesse d’un gouvernement composé essentiellement avec des personnes de la société civile et des personnes du monde politique venant « de la gauche, du centre, de la droite ». Le problème de ce positionnement, s’il devient président de la république et obtient la majorité parlementaire, l'hémicycle risque fort de devenir la foire d'empoigne. Entre un parlement, avec des politiciens ex LR, PS, UDI, Verts des plus opportunistes, et un Gouvernement sans cesse fragilisé on peut imaginer que les lobbys de la finance et des multinationales seront les vrais maître du jeu et si le président Emmanuel MACRON veut prendre certaines mesures conforme, ne serait-ce que dans le cadre des objectifs les plus timides de la COP 21, on peut imaginer les difficultés qu’il éprouverait…

Dans le meilleur des cas, ils n’hésiteront pas à cumuler activités réparatrices et activités destructrices de l’environnement

A l’issue des élections présidentielles et législatives, parmi les candidats qui ont évoqué l’écologie, celui qui sera élu, s’il est contraint d’assurer un service minimum dans ce domaine, les multinationales et leurs lobbies du nucléaire et des industries agro-chimico-pétrolières ne vont d’ailleurs pas cesser d’agir et surtout empêcher que les contraintes dues aux quelques engagements pris, notamment pour réduire les gaz à effets de serre, développer les énergies renouvelables, qui n’en ont que le nom, ou engager la transition énergétique hors du Nucléaire, ne puissent se réaliser…A moins que dans les salons feutrés de l’une ou de l’autre de ces multinationales, ils jugent qu’au fond les engagements à minima pris par les nouveaux responsables politiques représentent pour eux un nouveau champ de business, dès lors des campagnes de marketing vont se mettre en place et nous vanter la « croissance verte » comme la nouvelle formule miracle qui va « redonner de la croissance et des emplois… » Mais ils ne cesseront pas pour autant leurs activités lucratives qui vont à l’encontre de ces décisions que leur procure leurs marchés traditionnels… L’exemple de TOTAL qui produit du photovoltaïque et développe des extractions de pétrole, gaz de schiste ou exploite des sables bitumeux au Canada, avec les dégâts que l’on sait dans la province de l’Alberta. Dans le cas contraire, s’ils estiment que cela ne leur rapportera rien, ou si peu, en regard des investissements qu’ils devraient consentir, ils vont rester positionner sur leurs marchés traditionnels et contraindront les gouvernements, de Gauche comme de Droite ou ni de Droite ni de Gauche, à des contorsions frisant même le ridicule pour nous faire avaler le prétendu « blocage de Bruxelles… »

Avec les explosions successives de la bombe démographique et l’utilisation des énergies fossiles, l’homme est devenu une force géologique destructrice

Ce qui est surréaliste, L’écologie dans toute sa dimension scientifique et politique, avec ses problématiques humaines d’ordre, culturelles, démographiques, territoriales, environnementales, sociales, économiques est exclue du débat présidentiel, alors que dans notre pays la plupart des scientifiques ne cessent de l’affirmer : La Terre est entrée dans une nouvelle ère environnementale. Ce qui nous arrive n’est pas une simple crise environnementale, mais une révolution d’origine humaine due au nombre et aux énergies fossiles. Si les 11 500 dernières années ont connu des conditions de vie relativement stables permettant à l’homme de sauter de la terre labourée du néolithique au sol lunaire, désormais nous filons vers l’inconnu. Depuis la révolution thermo-industrielle, avec l’explosion de la bombe démographique, il a fallu plusieurs millénaires pour atteindre le premier milliard d’habitants et moins de deux siècles pour atteindre et dépasser les sept milliards, dont un milliard entre 2000 et 2012. Actuellement, nous vivons un tournant irréversible de l’histoire de notre planète, l’influence de l’homme atteint une ampleur, telle qu’elle précipite l’avènement d’une nouvelle ère géologique. Cette nouvelle ère c’est l’Anthropocène, où l’humanité constitue une force planétaire géologique. Depuis deux siècles, nous sommes en train de nous extraire de l’Holocène, une période interglaciaire commencée il y a plus de 10 000 ans et qui a fourni des conditions environnementales extrêmement stables, permettant le développement mondial que nous connaissons.

C’est le géochimiste et prix Nobel Paul Crutzen qui, dans un article de la revue "Nature" en 2002, a avancé la thèse que, depuis deux siècles, la Terre est entrée dans un nouvel âge géologique marqué par la capacité de l’homme à transformer l’ensemble du système Terre. Encore tout récemment, le Groupe Intergouvernemental d’experts sur l’Èvolution du Climat (GIEC) annonçait sa certitude désormais quasi absolue à 95% sur l’origine humaine des changements climatiques et des pressions telluriques qu’il exerce.

Les écologistes disparaissent du débat politique présidentiel au moment où l’écologie devrait être l’un des axes centraux

En l’espace des trois révolutions industrielles la population mondiale a été multipliée par dix sur un peu plus de deux siècles. Actuellement, tous les quatre jours et demi ce sont un million d’humains qui s’ajoutent à la population mondiale. Pendant la même période, en se référant à l’étude de B. Sundquist de l’Institut du Minnesota, (Topsoil loss - Causes, effects and implications: a global perspective), c’est plus de 100 000 km2 de terres arables disparaissaient annuellement.

Notre planète a progressivement basculé vers une situation inédite. Les traces de notre âge urbain, consumériste, chimique et nucléaire resteront des milliers, voire des millions d’années dans les archives géologiques de la planète et soumettront les sociétés humaines à des difficultés considérables, si tant est qu’elles puissent y survivre… L’homme est devenu un dévoreur insatiable des énergies fossiles, pour les lesquelles on peut prévoir encore 70 ans de pétrole, une centaine d’années de gaz naturel et d’uranium dont la demande ne cesse de croitre et 200 ans de charbon environ, sans compter que la combustion des énergies carbonées produit beaucoup de CO2. Plus ils sont hydrogénés, moins ils en émettent par unité d’énergie produite. Produire 1 kWh avec du charbon émet environ 1000 g de CO2, 750 g avec du pétrole et de l’ordre de 500 g avec du gaz naturel. Si on y ajoute l’exploitation des terres rares, certes, certaines ne le sont pas encore, dont les réserves pour l’extraction des métaux rares indispensables à la révolution du numérique sont à terme menacées. faute d’avoir anticipé par des mesures adaptées d’économie des ressource naturelles et de décroissance démographique, choisie et équitablement répartie, entre migrations climatiques, économique ou celles fuyant des zones de combat, la vie sur terre de l’homo sapiens risque fort de s’achever dans un chaos des plus violents, où les survivants envieront les morts...

Une situation écologique qui ne cessera de se dégrader, avec des effets irréversibles : destruction de la Biodiversité, dérive climatique, montée des océans, épuisement rapide et inexorable des ressources naturelles liée aux problèmes de surpopulation, ainsi que les énergies fossiles dues à la prolifération d’esclaves mécaniques aux appétits gargantuesques … Phénomène aggravé par une mondialisation économique dominée par le monétarisme, où le pouvoir politique a volontairement capitulé face à l’oligarchie bancaire et financière qui a pris le gouvernail de la politique du pays en imposant son diktat via la bourse et les agences privées de notation. Ce n’est pas seulement le gouvernail de l’économie, mais le pouvoir politique, via leurs responsables au sein des exécutifs ou directement par la mise en place de gouvernements dits « techniques » à leur solde et la direction des affaires internationales, avec des guerres d’assujettissement à leur domination, que les dirigeants des banques ont pris. Mais attention, la tentation d'un gouvernement autoritaire, voire liberticide, est forte. Certains sont déjà prêts à sacrifier la démocratie pour essayer de préserver le mode de vie des sociétés occidentales.

Le rôle d’un(e) candidat(e) écologiste à ces présidentielles aurait-il été de porter un regard objectif et non complaisant ?

Tout regard lucide sur la gravité de la situation de la planète est généralement récusé, voire taxé de catastrophisme par la majorité des responsables politiques, économiques, religieux, sociaux. Pour les politiques, cette attitude s’explique aisément, car il n’est pas facile de se faire élire sur un programme écologique dans un contexte de démagogie générale. Proposer d’organiser la décroissance pour ne pas la subir, n’est pas actuellement, pour la majorité de la population, une perspective réjouissante. Par ailleurs, aucun des candidats actuels à l’élection Présidentielle n’échappe à l’aveuglement idéologique qui, depuis l’avènement des énergies fossiles, vit sur le mythe d’une croissance sans limite dans un monde qui cependant est aujourd’hui fini. Ils entretiennent également, volontairement ou involontairement, l’illusion que la science et la technologie, notamment celle du numérique offrent de nouvelles solutions pour s’affranchir de ses difficultés énergétiques, ce qui traduit manifestement leur ignorance des données apportées par l’écologie en tant que science, mais surtout d’une méconnaissance des causes de la situation écologique de la planète qui est aujourd’hui des plus désastreuse.

En utilisant les réserves énergétiques fossiles grâce aux machines thermiques, l’humanité s’est approprié toute l’énergie photosynthétique accumulée depuis le carbonifère. Ce surplus fantastique d’énergie maîtrisable, consommée dans un délai historique qui n’excède guère deux siècles, a mis à la disposition des individus des pays riches des dizaines d’esclaves mécaniques, permettant à l’homme d’arracher aux écosystèmes plus qu’ils ne peuvent produire ou même de les détruire. Cette consommation d’énergie a permis une explosion sans précédent de la production de biens matériels et une augmentation de la productivité agricole, s’accompagnant d’une extension des surfaces cultivées. D’où l’explosion démographique et la colonisation totale de la planète... il est désormais urgent de s’orienter vers l’économie de ressources. Le pétrole n’est pas la seule matière première que menace le prurit de la société de consommation, outre certaines terres rares, le cuivre, le zinc, l’or et l’uranium figurent parmi les principaux métaux dont les ressources mondiales semblent en voie d’épuisement. Tout simplement parce que pour creuser des mines, il faut de l’énergie. Beaucoup d’énergie. Aujourd’hui, 8 à 10 % de l’énergie primaire est consacrée à extraire et raffiner les ressources métalliques, notamment pour l’acier et l’aluminium.

Au-delà des inconnues de la quatrième révolution industrielle, des certitudes cependant

Avec la quatrième révolution industrielle, dans laquelle nous entrons à marche forcée, la croissance de consommation d’électricité, loin de stagner et à fortiori de ralentir va exploser. Selon les dernières estimations de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), la consommation d’électricité dans le monde devrait augmenter de 75 % d’ici à 2030, passant de 19 756 TWh à 34 292 TWh. Les pays en voie de développement seraient à l’origine de plus de 80 % des nouveaux besoins, Chine et Inde en tête.

La production d’électricité s’accompagne de forts rejets de CO2. Dans le monde, ces rejets sont de 565 grammes de CO2 par kWh produit.

Par exemple, en Union Européenne ce sont 331 grammes de CO2 par KWh produit, et en France 79 grammes. Aux Etats-Unis c’est 522 grammes de CO2 par kWh produit, en Chine, 766 grammes.

Les véhicules sans chauffeur, les tracteurs sans cabine et sans conducteurs, les drones taxi et ceux pour les livraisons, ainsi que des robots pour toutes les opérations de manutention qui sont en cours d’expérimentation ne sont qu’un début annonciateur des profonds changements sociétaux que cela va entrainer avec des conséquences qu’il nous est encore difficile d’apprécier …Comme il nous est aujourd’hui impossible de prévoir la nature et le type de nouvelles activités et de leurs besoins énergétique que générera forcément la quatrième révolution industrielle d’ici les vingt prochaines années. Comme il était impossible à la fin des années 80 d’imaginer le bond du virtuel et du numérique qui contribue aujourd’hui à l’émergence de nouvelles formes d’activités et d’emplois (plateformes numériques par exemple). Toutefois, sachant que la quatrième révolution industrielle va avoir de très gros besoins énergétiques, en particulier en terres rares et en électricité, au rythme actuel de la croissance démographique et des besoins correspondants, les moyens et capacité de production vont à terme être confrontés à d’importantes et insurmontables difficultés.

L’élection présidentielle est une tribune où la problématique écologique devrait faire l’objet d’une réflexion spécifique des candidats, de manière à formuler des propositions qui permettent de dynamiser des débats sur cette question et de façon irréversible mettre les deux candidats qui seront arrivés au premier tour dans l’obligation de se prononcer clairement. Mais pour cela une candidature authentiquement écologiste pour dynamiser le débat présidentiel sur cette thématique eut été nécessaire. Ne nous y trompons pas, ne pas considérer les fondamentaux des enseignements de l’écologie science comme une priorité, c’est forcément apporter de mauvaises réponses aux problèmes culturels, sociétaux, économiques, environnementaux et, climatiques qui découlent de l’activité humaine, donc du nombre…

Pour conclure

Aujourd’hui, un enfant qui nait en France est potentiellement un sur-consommateur par rapport aux ressources de la planète. Certes, même si la France devenait un ilot de vertus écologiques, cela ne changerait pas fondamentalement la donne à l’échelle mondiale, toutefois la France doit montrer l’exemple au niveau international. Comment pourrait-on condamner l’explosion démographique mondiale et favoriser une politique nataliste chez soi ? Une totale neutralité de l’État en matière de fécondité implique l’abrogation de toutes les mesures qui visent à encourager toujours plus la progression démographique française. Un débat national doit s’ouvrir sur les mesures à prendre. L’inscription de la question démographique doit, par ailleurs, être inscrite à l’ordre du jour de la prochaine COP 23 à Bonn, comme le demande l’association « Démographie Responsable ».

 

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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 17:24

France, février 2017 : Le moment peut sembler mal choisi pour proférer un tel slogan.

Affaire Fillon, affaire Le Pen, et jusqu’au déontologue de l'Assemblée, excuser du comique de la chose (1), qui continuerait de percevoir un salaire à temps plein de prof d'université alors qu'il n'assure qu'un mi-temps, tout en étant indemnisé pour ses prestations auprès des élus. La tentation est alors grande de mettre en accusation le monde politique et de vouloir en réduire le poids. Tout ceci n'est pas nouveau et ne fait que renforcer, non pas un antiparlementarisme, mais un antiélitisme politique qui court depuis bien longtemps dans la société française. Et dont plusieurs candidats à l'élection présidentielle de 2017 s'étaient fait l'écho, notamment en inscrivant dans leurs programmes une réduction du nombre de parlementaires.

Il n'est pourtant pas inutile de raisonner différemment, surtout lorsqu’on défend l'idée d'un virage pleinement écolo pour notre société. Bien sûr il y a la solution du colibri popularisée par Pierre Rabhi, mais les déséquilibres écologiques sont si forts, l'inertie de notre société industrielle si lourde, les changements à conduire, que ce soit pour les citoyens, les entreprises, ou la puissance publique, si importants et surtout si différents des habitudes prises depuis des décennies, qu'il est illusoire d'imaginer conduire un tel changement sans une volonté politique forte et un appareil politique conséquent.

Comment dans ce cadre soutenir une baisse du nombre de députés alors que ceux-ci sont les mieux à même de faire dans leur circonscription le travail pédagogique nécessaire pour faire accepter les contraintes posée par un virage écolo ? Car ce travail pédagogique est d'abord un travail politique : il faut convaincre les citoyens que nous sommes d'abandonner certaines des facilités de la société de consommation en échange d'un mieux-être général. Convaincre d'oublier les vacances lointaines dont les transports génèrent toutes sortes de pollution ; convaincre d'utiliser les transports en commun plutôt que sa voiture plus confortable ; convaincre de faire ses courses au plus près de son habitat au détriment d'un hypermarché moins cher mais éloigné ; convaincre de prendre le temps de cuisiner des aliments bio achetés en circuit court, même si plus coûteux en temps et en argent que les plats cuisinés industriels ; convaincre de porter des habits en matières naturelles plutôt que des vêtements comme les polaires à base de plastique recyclé qui polluent nos rivières et nos océans avec leurs microbilles relâchées dans l'environnement ; convaincre de limiter ses besoins et de faire durer les choses qui nous environnent plutôt que de se faire plaisir avec le dernier portable ou le dernier canapé à la mode ; convaincre de ne pas acheter le nouveau modèle de voiture qui ferait tant plaisir pour mettre l'argent dans l'isolation en biomatériaux de son habitat ; convaincre que le rôle d'une famille n'est pas forcément d'élever quatre ou six enfants alors que notre territoire national est déjà surutilisé ; convaincre les notables locaux comme les usagers de ne pas créer une ligne grande vitesse ou un nouvel aéroport et se contenter des infrastructures existantes ou améliorées, même si cela se paie un peu en temps de transport et en prestige pour leur territoire ; convaincre d'abandonner les gains, pour les consommateurs que nous sommes, issus des différentiels de salaire avec des pays lointains moins développés, pour favoriser les productions locales ; convaincre enfin de consentir à payer de nouvelles taxes sur nos pratiques polluantes afin que la réorientation de nos pratiques soient effectives à terme.

Comment ce travail d'articulation entre les choix nationaux et les pratiques locales des consommateurs, des entreprises et des pouvoirs publics sur le terrain, comment ce travail d'explication qui nécessite des mobilisations locales, des démonstrations précises et lentes, un souci du détail pour tirer parti de chaque particularité, une empathie réelle pour les situations impossibles qui ne manqueront pas d'être générées, comment tout ceci pourrait-il être fait dans des circonscriptions encore agrandies alors que nous ne voyons déjà que fort peu nos députés et sénateurs ?

Réhabiliter la politique, redonner un rôle éminent à nos élites politiques, cela est nécessaire. Cela ne suffit pas. Il faut aussi que l'on accepte collectivement d'investir plus de temps à discuter des choix qui nous engagent. Rappelons-nous la leçon de la Grèce antique où les citoyens passaient du temps à débattre. Juste une suggestion, au moment de ces élections présidentielles françaises qui semblent si mal engagées après les primaires organisées par les deux camps habituellement dominants.

Nous avons aujourd'hui une élection à deux tours, précédées de primaires elles aussi à deux tours, et nous constatons que ces dernières ne sont pas la panacée imaginée. D'abord elles sont payantes, ce qui contrarie même symboliquement le principe d'un choix démocratique qui évacue en principe les questions d'argent. Surtout elles ne font pas automatiquement émerger le candidat le plus acceptable à un moment donné par la nation, mais celui qui semble épouser le mieux les intérêts de son camp, en prenant le risque d'hystériser les débats internes. Et, de par les délais entre les primaires et l'élection, elle offre une période de tous les dangers, où tout accident qui atteint un candidat investi par son camp pose un redoutable problème démocratique.

Pourquoi alors ne pas imaginer une élection présidentielle à quatre tours ? Cela peut paraître trop lourd, mais aujourd'hui un citoyen qui veut peser sur le choix de son camp peut être amené à voter quatre fois, et même six fois s'il choisit d'éliminer aussi un des candidats du camp d'en face.

Avec une élection présidentielle à quatre tours (2), le premier tour permet la présentation de tous les candidats et de leurs programmes ; le second tour retient les quatre arrivés en tête, le troisième tour les trois premiers, et le quatrième tour reste le moment du choix entre les deux derniers finalistes comme actuellement. Outre que ce système correspond à l'esprit de la Cinquième République en organisant la rencontre entre un homme et un peuple et en contenant le rôle des partis qui sont devenus avec les primaires des organisateurs d'élections, il a l'avantage de redonner au peuple la possibilité d'organiser lui-même les reports qu'il juge les plus pertinents et il contribue à faire émerger progressivement le candidat a priori le plus consensuel. Alors qu'avec notre système à deux tours seulement, nous risquons de choisir un finaliste porté par un courant politique profond moindre que le troisième candidat, victime potentielle d'un éparpillement des voix sur un autre candidat. Autrement dit, avec seulement deux tours, notre système actuel est trop brutal et donc peu performant. Le gagnant final, devenu Président, est bien mal loti : il peut n'avoir le soutien grosso modo que d'un français sur cinq (3) et n'a donc pas la légitimité et une assise suffisantes pour conduire le pays. C'est comme si nous organisions, au cœur même de nos institutions, le divorce entre le pays légal et le pays réel, pour reprendre une vieille expression. Il est temps, pour avoir un appareil de pilotage effectif de notre société, d'accepter un système plus complexe de détermination de nos dirigeants politiques, et aussi de prendre le temps du débat.

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1 : Le Canard Enchaîné, 1er mars 2017

2 : Il est possible de faire un parallèle avec les réseaux de neurones, technologie bien connue des spécialistes en intelligence artificielle et avec laquelle la comparaison en terme de pertinence des résultats entre les réseaux de neurones monocouches et les réseaux multicouches plaident pour ces derniers. Multiplier les couches comme multiplier les tours aux élections permet en principe d'obtenir des résultats décisionnels plus fins.

3 : Un Président peut très bien être sélectionné avec environ 20 % des voix au 1er tour, et élu au second tour par une volonté d'élimination de son concurrent, et non pas par adhésion aux choix politiques qu'il défend. L'exemple de 2002 est là pour nous rappeler que c'est possible.

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3 décembre 2015 4 03 /12 /décembre /2015 19:04

La France, c'est devenu cet État qui recherche à tout prix la croissance pour résoudre un chômage devenu structurel, pour intégrer ses jeunes de banlieues, pour limiter les déficits de ses régimes de retraites, pour augmenter ses revenus, bref la croissance comme unique solution pour aller mieux. Et quand on parle croissance, c'est bien de la croissance du PIB, ce fameux produit qui enregistre tout ce qui est  l'objet d'une transaction monétaire. Pour la croissance, n'échangez surtout pas votre appartement avec des amis, ne faites pas de covoiturage avec votre collègue, ne réparez pas vous-même ce que vous êtes en capacité de faire, ne tondez pas votre pelouse, ne gardez pas votre voiture pendant 15 ans, mais dépensez, dépensez, empruntez s'il le faut pour vous offrir un week-end en TGV ou en avion loin de chez vous, pour partir en croisière dans ces navires grands comme des villes, pour disposer d'une voiture en leasing renouvelée régulièrement, pour acquérir le nouveau portable tellement mieux que votre vieux modèle de l'année dernière, … la liste est longue de ces envies pas si nécessaires. Mais c'est pour elles que notre État investit si bien dans les nouvelles liaisons LGV Bordeaux-Dax et Bordeaux-Toulouse inamortissables et si destructrices des biotopes locaux, ou dans un aéroport comme celui de Notre Dame des Landes, et favorise comme il peut la construction de Center Parcs comme à Roybon ou la couverture en mode 4G du territoire.

La France, un État qui joue dans ses grandes masses le jeu de la croissance la plus classique, bien éloignée d'une politique économique qui mettrait au cœur de ses préoccupations une problématique écologique de long terme, imposant une agriculture saine et biologique, et favorisant un habitat équilibré dans l'espace et construit ou rénové à partir d'éco-matériaux ; une politique économique qui s'appuierait aussi sur les liens sociaux plus que sur la seule dépense marchande ; une politique économique bâtie sur la notion de résilience plutôt que sur une logique à courte vue laissant des millions d'individus au bord de la route.

La France c'est le seul pays au monde qui ait tant misé depuis 1974 avec le plan Messmer (1) sur l'énergie nucléaire au détriment direct des énergies renouvelables et qui a pratiqué un mensonge d’État au moment de Tchernobyl en laissant croire que les nuages radioactifs s'étaient arrêtés à  nos frontières.

La France, c'est aussi cet État qui n'hésite pas à employer une violence extrême à l'égard des manifestants écologiques – faut-il rappeler (2) Creys-Malville ou le barrage de Sivens ? - comme à utiliser les procédures permises par la proclamation d'un état d'urgence pris dans la foulée d'attentats terroristes pour empêcher très concrètement des manifestations écologiques pacifiques au moment d'un grand rendez-vous célébré mondialement, et pour  réaliser aussi des perquisitions au domicile de militants 'verts' produisant des légumes bio et assimilés un temps à des terroristes.

La France, c'est encore cet État qui favorise fiscalement le diesel pour défendre des intérêts économiques précis au prix de la santé de sa propre population, puis qui après le scandale Volkswagen annonce officiellement par la voix de Ségolène Royal, Ministre de la République, une baisse de 1 centime d'euro sur l'essence, baisse  symbolisant un changement de cap très progressif en défaveur d'un diesel trop longtemps avantagé ; et qui benoîtement indique à peine deux mois plus tard une hausse des taxes de 2 centimes sur l'essence. On peut bien comprendre qu'il s'agit en fait d'une collision entre la contribution climat-énergie pour un montant de 3 centimes et ladite baisse, dans les faits, tout se passe comme si cet État ne savait plus faire de politique et perdait le sens des symboles, incapable de mettre en musique le moindre changement en faveur d'une pollution moindre.

Et pourtant la France, c'est aussi cet État qui a joué un rôle important à Rio en 1992, cet État qui a su prononcer par la voix de Jacques Chirac en 2002 au Sommet de la Terre à Johannesburg des paroles fortes qui retentissent encore : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ».

C'est encore et surtout cet État qui se souvient qu'il est un modèle historique de l’État-nation et qui sait mettre en œuvre comme nul autre son savoir-faire régalien et faire appel aux montages juridiques les plus sophistiqués pour inventer et défendre le principe d'un accord à la fois « universel, différencié et contraignant » selon les mots du Président François Hollande prononcés lors de son discours d'ouverture de la COP21 le 30 novembre 2015 ; État qui sait  utiliser au mieux toutes ses ressources politiques et diplomatiques pour réussir cette COP21, sachant marier l'efficacité de notre diplomatie à un volontarisme politique qui n'est pas feint.

Bien sûr il ne faut pas s'illusionner sur la capacité de cette grand-messe à obtenir les résultats que les scientifiques et les écologistes jugent nécessaires, et ce d'autant plus que les engagements prévus  s'appuient principalement sur des évolutions technologiques et une amélioration de l'efficience énergétique, et ne s'inscrivent en rien dans une logique de rupture pour aller vers une sobriété revendiquée de nos consommations. Faut-il aussi ajouter que la question démographique, un détail à presque 10 milliards près (soit le nombre projeté des humains en 2050), ne fait pas non plus partie des items de cette conférence ?

Néanmoins, outre son impact médiatique sur des opinions encore en partie à informer et à convaincre, cette COP21 devrait pouvoir limiter un peu la casse. Après tout c'est toujours bon à prendre, et on pourra alors remercier ce très vieil état-nation au bord de la faillite d'avoir su renouveler l'outil 'COP', ce cadre d'action mondial si insuffisant mais nécessaire.

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1 : sur ce sujet, « 1974 : le plan Messmer choisit l'option du tout nucléaire », Alternatives Economiques n° 69, sept 2014.

2 : voir notamment l’émission de Franc Culture ; Les pieds sur Terre du  6 octobre 2015 « De Creys Malville à Sivens  : Vital Michalon et Rémy Fraisse »

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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 20:44

Écologie et politique : une proposition un peu étonnante.

A priori cela choque. Le vote est un droit, libre et gratuit, garanti par notre constitution. Et pourtant, depuis 4 ans, s'insinue petit à petit l'obligation pour les citoyens de payer pour faire valoir leur choix démocratique.

Et ce sont les écologistes qui ont frappé le plus fort. En effet 32 896 écologistes autour d'EELV et du MEI ont dû payer au printemps 2011 dix euros pour pouvoir départager Nicolas Hulot et Eva Joly. A côté, l'euro demandé par le Parti Socialiste à chaque tour de la primaire organisée à l'automne 2011 cassait les prix ; à se demander si la politique ne singe pas le secteur de la distribution, avec de grandes enseignes qui écrasent les prix. Et cela continue, puisque l'UMP (ou Les Républicains) prévoit en 2016 une primaire à deux euros le tour.

Bien sûr cela peut être présenté comme une histoire interne à chaque parti. Mais dans les faits la pratique généralisée des primaires transforme notre élection reine en élection à trois ou quatre tours.

Qui n'a vu que les primaires écolo de 2011 ont eu un impact important sur le résultat du vote vert en éliminant le candidat le plus médiatique, offrant une vision plus ouverte de l'écologie que sa concurrente plus chanceuse ?

De même on peut supposer que le fait de préférer François Hollande à Martine Aubry, en passant notamment des accords de désistement avec Arnaud Montebourg et Manuel Valls entre les deux tours de la primaire, n'a pas été sans effet ni sur le score final, ni sur la politique menée par la suite. Et tous les observateurs mesurent aujourd'hui les conséquences possibles d'une élimination de Nicolas Sarkozy ou d'Alain Juppé lors de la primaire qui va certainement les opposer. Mais désormais pour s'exprimer il faut payer !

Même si on est loin d'une barrière financière au vu des montants demandés et qu'il serait absurde de faire une comparaison avec le principe d'un vote réservé à une élite comme notre pays l'a connu au XIXème siècle avec le suffrage censitaire, il y a là une atteinte manifeste aux principes républicains.

Et cela ne s'arrête pas là. Les écologistes d'EELV viennent de proposer par la voix de François de Rugy de rendre le vote obligatoire sous peine d'amende. A leurs yeux pas une amende excessive (1), mais tout de même : 35 euros, et jusqu’à 150 euros en cas de récidive. Ce qui fait tout de même 185 euros à payer dans le cas d'une élection à deux tours. Et 600 euros (4 x 150 euros) pour un abstentionniste endurci les années d'élection présidentielle suivies par des élections législatives à deux tours, ça commence à faire cher pour celui qui considère comme une façon de s'exprimer le refus de participer à un système de sélection de nos dirigeants politiques qui n'a pas fait, c'est le moins qu'on puisse dire, ses preuves quant à la qualité des politiques menées, notamment au sujet des questions écologiques de long terme.

Payer pour participer aux choix des candidats admis à concourir aux élections, payer encore si l'on veut marquer sa défiance radicale à l'égard d'un système politique, étonnante conception pour des gens qui ont longtemps prétendu et prétendent encore renouveler et approfondir la démocratie.

Cela vaut la peine de rentrer dans le détail des motivations avancées par ces écologistes.

« J'en ai un peu assez qu'à chaque élection on se lamente, qu'on se mette à pleurer sur l'abstention et qu'on ne fasse rien » (2). Constatant la hausse constante de l'abstention, véritable thermomètre de la défiance populaire vis-à-vis d'un système politique, François de Rugy, coprésident du groupe écologiste à l'Assemblée nationale, propose donc de prendre le taureau par les cornes et de contraindre par la loi à voter. Si la méthode est potentiellement très efficace, elle soigne l'effet et non la cause, pire elle aggrave celle-ci car comme le dit l'ancien premier ministre François Fillon « ça consiste à dire aux Français qui sont dégoûtés de la politique : ''On se fout des raisons de ce dégoût mais on va vous obliger à voter quand même'' » (3). Avouons que cette façon de 'casser le thermomètre au lieu de soigner le malade' est un peu surprenante et même troublante pour des membres d'un mouvement pour lequel les notions d'écosystème et d'interactions sont essentielles. Si la volonté d'agir est à saluer, il y a là un simplisme qui effraie.

Autre argument avancé, la prise en compte du vote blanc depuis l'année dernière. Pour François de Rugy (4) « si l'on n'est pas content par l'offre politique des partis et des candidats qui se présentent, eh bien on a la possibilité de voter blanc. Et ce vote est décompté de façon précise ». La prise en compte du vote blanc est sans doute un progrès dans le traitement de l'expression dans une votation, mais ce vote ne permet pas d'afficher une position de critique radicale du système politique tel qu'il a été mis en place dans nos démocraties. Peut-être pouvons-nous nous rappeler la critique insistante de Tocqueville quant au risque de 'despotisme démocratique', nous souvenir aussi des paroles de Léo Ferré dans "Ils ont voté", et relire encore une fois L'illusion politique de Jacques Ellul, penseur bien connu des intellectuels écolos ?

Que des écologistes veuillent participer à l'exercice du pouvoir est légitime ; qu'ils essaient d'amender le fonctionnement démocratique de nos institutions est fort compréhensible ; que, s'il faut citer des noms car la politique cela s'incarne, Jean-Vincent Placé, Barbara Pompili ou François de Rugy pratiquent à un siècle d'écart le jeu d'un Alexandre Millerand, d'un Aristide Briand ou d'un René Viviani, c'est, au-delà de leurs carrières personnelles, une façon, un moyen de faire avancer les thèses écolos. Mais de grâce, au-delà des nécessaires compromis, que ces politiciens de l'écologie ne perdent pas en chemin la richesse de la pensée écologique et sa capacité à prendre en compte la complexité du monde !

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(1) : « Compte-tenu du régime des contraventions français, il nous a semblé qu’une amende de deuxième classe – 35 euros pour une amende forfaitaire, jusqu’à 150 euros en cas de récidive - constituait une sanction équilibrée. Par ailleurs, dans la mesure où l’inscription sur les listes électorales est déjà obligatoire mais qu’aucune contravention n’est prévue pour ceux qui y dérogent, nous avons considéré nécessaire de sanctionner à niveau égal les non-inscrits et les non votants. »

Source : Proposition de loi n° 2661 visant à rendre obligatoire la participation au vote, présentée par Mesdames et Messieurs François de RUGY, Barbara POMPILI, Laurence ABEILLE, Brigitte ALLAIN, Éric ALAUZET, Isabelle ATTARD, Danielle AUROI, Denis BAUPIN, Michèle BONNETON, Christophe CAVARD, François-Michel LAMBERT, Véronique MASSONNEAU, Paul MOLAC et Eva SAS.

(2) : in Le Figaro, Les écologistes proposent de rendre le vote obligatoire, T.Q. Maupoil, 11.03.2015.

(3) : in Libération, Le vote obligatoire redonne de la voix, 28.04.2015

(4) : in Le Figaro, Les écologistes proposent de rendre le vote obligatoire, T.Q. Maupoil, 11.03.2015.

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