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12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 21:16

Monde complexe – Causes multifactorielles – Interactions industrie/planète – Facteurs dérangeants –Traitement simpliste – Illusion politique – Crise écologique - Nécessité d’agir en profondeur – Crise de la démocratie

 

Nous vivons dans un monde complexe, constitué par des interactions multiples, avec des enchaînements de causes et d’effets très rarement unifactoriels. Dans ces conditions il est toujours facile de trouver une part de responsabilité à un acteur ou un groupe d’opérateurs dont les objectifs ne recouvrent pas l’intérêt général ou qui ne sont pas suffisamment impliqués dans la résolution des difficultés et problèmes qui nous touchent collectivement. Il suffit ensuite de se focaliser sur cette part là de responsabilité pour minorer et souvent finir par oublier ou laisser dans l’ombre tous les autres facteurs qui mènent à une situation négative pour la collectivité. Or ces facteurs oubliés sont souvent ceux qui dérangent le plus l’ordre établi et notre vision du monde. C’est ainsi que trop souvent la complexité du monde dans lequel nous vivons constitue un terreau propre à l’activation du phénomène bien connu du bouc émissaire, concentrant sur un seul groupe la responsabilité des choses négatives qui adviennent ou se profilent.

Des exemples ?

Le rôle de la spéculation dans l’augmentation des prix alimentaires mondiaux revient régulièrement sur le devant de la scène. Et même assourdie, l’imprécation contre les spéculateurs a toujours quelque chose de Marat criant à la mort contre les accapareurs. Oubliant la règle bien connue qu’un spéculateur ne peut aller longtemps contre la tendance dominante. Oubliant surtout qu’aujourd’hui l’augmentation des prix alimentaires se nourrit d’un triple mouvement. D’une part d’une demande croissante en céréales pour faire face à l’alimentation du bétail, les pays dits émergents calquant de plus en plus leur consommation de produits carnés sur celle de l’Occident. D’autre part du constat d’accidents climatiques plus forts et plus nombreux sur des cultures de plus en plus spécialisées supportant moins bien qu’auparavant les aléas. Et surtout d’une demande de nourriture liée à l’augmentation de la population humaine : faut-il rappeler que l’apport supplémentaire prévisible d’hommes entre 2000 et 2050 est égal à la population terrestre en 1960, soit 3 milliards d’humains ?

Mais il est évidemment plus facile et moins dérangeant d’accuser quelques spéculateurs que de questionner les mérites à long terme de la Révolution Verte, de remettre en cause notre mode alimentaire pour aller vers moins de viande ou de poisson, de s’interroger sur nos rejets industriels et de leurs impacts sur l’atmosphère terrestre et le climat, et aussi de limiter la croissance démographique de notre espèce dans les pays riches comme dans les pays pauvres (1).

La récente campagne de Greenpeace ‘Petrol Addict’ est à cet égard subtilement intéressante ; dans son énoncé elle dénonce notre addiction au pétrole et nous pouvons penser que nous sommes dans la situation d’un drogué qui va devoir faire de sérieux efforts pour se désintoxiquer. Très vite pourtant c’est le jeu des pétroliers dans notre addiction aux énergies fossiles qui est pointé du doigt, ceux-ci étant en quelque sorte assimilés aux mauvais dealers. Et pour continuer dans cette attitude de déresponsabilisation de nous, pauvres citoyens-consommateurs, c’est ensuite l’absence d’une politique volontariste des états qui est soulignée (2). Mais sommes-nous si innocents de nos pratiques ? Peut-on raisonnablement accuser les pétroliers avides et les états incapables de nos envies de voyages by air ? Est-ce aussi la seule théorie appliquée du complot qui peut expliquer que nous avons choisi de construire à faible coût des maisons ‘passoire thermique’ ou n’est-ce pas plutôt notre soif de consommation qui nous a amené à réduire la part du budget consacré au logement, l’investissement initial dans une maison passive étant bien plus élevé ? Qui encore nous pousse à consommer des fraises en hiver si ce n’est d’abord nos propres envies ? Nous sommes aussi des consomm’acteurs, et pour le pire.

Mais il est plus aisé de mettre en question les compagnies pétrolières et l’impéritie des états que de s’en prendre frontalement à notre life model et aux choix de consommation que l’immense majorité d’entre nous ont fait.

Il est pourtant indéniable que les spéculateurs, les compagnies pétrolières et les états avec leurs politiques écologiques inexistantes ou timorées ont façonné et façonnent le monde dans lequel nous vivons : ils ont leur part de responsabilité dans le monde tel qu’il est. Ce que nous voulons dire ici c’est seulement que le contrôle ou la réorientation de leurs activités seront très loin d’être suffisants, que la dénonciation du rôle de ces acteurs ne doit pas cacher que d’autres facteurs bien plus significatifs doivent être remis en question.

Le risque ici est de tomber dans le piège de l’illusion politique (3), en circonscrivant le problème à l’action de quelques-uns uns que l’on peut contrôler et infléchir. Dans un premier temps ou sur un territoire précis, les choses peuvent s’améliorer ou se maintenir en l’état : on peut alors oublier l’exploitation de gaz de schistes au Larzac comme on a pu éviter aux bretons de Plogoff le voisinage d’une centrale nucléaire tout en ne remettant pas en cause nos besoins profonds en énergie … et tout le monde est content. Sauf que cette attitude va se répercuter sur d’autres ailleurs sur la planète, et qu’en plus le problème se reposera plus tard de façon encore plus aiguë. On peut de même casser ou à tout le moins contenir la spéculation sur les denrées alimentaires et les prix augmenteront un peu moins haut un peu moins vite ; mais ils continueront à terme d’augmenter jusqu’à devenir insupportables pour beaucoup si l’on ne s’attaque pas aux causes structurelles.

Dans la complexité des interactions entre un monde dominé par l’industrie et une planète aux équilibres fragiles, il y a toujours des éléments critiques plus faciles à percevoir et plus aisés à combattre. Et la complexité du réel devient alors, dans nos sociétés de masse basées sur le consentement de chacun (4), le prétexte à un traitement simpliste aussi perceptible à court terme qu’inefficace dans le temps long, comme en écho à cette trop humaine tradition du bouc émissaire.

La réponse à cela : l’honnêteté rigoureuse et la volonté d’aborder frontalement les difficultés. Car il y a une urgence de la situation, une urgence à agir efficace. Nous sommes en train de rencontrer les limites de notre planète, le temps de la ruse, de l’évitement, et du bouc émissaire se termine, il s’agit désormais d’agir sur les causes profondes, même et surtout quand les changements à mettre en place impactent durement l’immense majorité des acteurs.

 

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(1) A côté de la spéculation, sont souvent dénoncés les conflits armés, les politiques inadaptées et surtout un partage des revenus inique. Tous ces éléments ont effectivement un rôle dans les cas de malnutrition, mais ils ne doivent surtout pas masquer les problèmes majeurs que nous risquons de rencontrer si nous ne traitons pas les éléments structurants de la question alimentaire.

(2) Avec sa campagne ‘Petrol Addict’ Greenpeace invente le citoyen responsable mais pas coupable. En mettant en avant « les pétroliers qui entretiennent cette dépendance » et en demandant aux « états d’offrir d’autres choix aux citoyens » Greenpeace nous lave plus blanc, aurait pu dire Coluche. Bien loin en tout cas des théories de Marsile de Padoue, ce défricheur de l’Etat laïque (voir à ce sujet Gérard Mairet, « La Genèse de l'État laïque, de Marsile de Padoue à Louis XIV », publié in Histoire des idéologies, sous la dir. de François Chatelet, t2, Hachette, 1978). Oubliant quelque peu au passage que ces états ne sont, dans nos pays démocratiques, que l’expression des volontés citoyennes. Et que le travail des écologistes devrait alors s’articuler d’une part en un modèle de consommation pauvre pour eux-mêmes et d’autre part en une action d’entraînement de leurs concitoyens pour formaliser, avec tous les moyens de la Puissance Publique, une vita povera collective. A contrario de cette attitude externalisant les responsabilités et attendant la solution de l’Etat, la Fédération des végétariens d'Allemagne (VEBU) propose aux Allemands, secoués récemment par un nouveau scandale de viande contaminée à la dioxine, de devenir « végétarien à mi-temps » : L'idée est simple : deux partenaires décident de former un tandem, diminuent chacun de moitié leur consommation de viande et de poisson et parviennent ainsi à l'effet positif d'un végétarien", a expliqué Katharina Rimpler, initiatrice du projet.

(3) Référence est faite ici à Jacques Ellul, L’illusion politique, Paris, Ed. Robert Laffont, 1965.

(4) Le consentement de chacun s’exprime en démocratie par le vote, généralement structuré par deux partis antagonistes. La difficulté provient du besoin de simplification des enjeux politiques rarement adapté aux problématiques complexes ; de plus le système concurrentiel auquel sont soumises les équipes politiques dirigeantes ne les incite pas à promouvoir des politiques rigoureuses dont les résultats ne seront perceptibles que bien au-delà de leur mandat électoral. Rappelons que notre système politique s’est construit en même temps que la société de croissance : est-il capable de piloter une société en transition rapide vers une faible empreinte écologique et devenue parcimonieuse ? Sur ce thème les réflexions de Tocqueville sur les risques de la société démocratique rencontrent les questionnements de l’écologie politique d’aujourd’hui.

 

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27 janvier 2011 4 27 /01 /janvier /2011 13:16

Nouvelle bataille du Larzac – Présidentielle 2012 – Alliance entre socialistes et écologistes - Risque d’une victoire symbolique – Nécessité de convaincre les électeurs - Défendre une ‘vita povera’

 

D’un côté il y a la stratégie affichée d’Europe-Ecologie - Les Verts qui, après s’être fait reconnaître comme étant le seul parti écologique (1) , consiste à faire partie d’une majorité présidentielle dominée par le Parti Socialiste, Daniel Cohn-Bendit allant jusqu’à suggérer que la présentation d’un candidat autonome au premier tour, qu’il s’appelle Eva Joly, Nicolas Hulot ou Yves Cochet, serait contre-productive.

De l’autre il y a la mobilisation croissante des écolos, associatifs et politiques réunis, pour demander le gel des recherches de gaz de schiste prévues du Larzac à la Drôme en passant par les Cévennes, suite aux autorisations de recherche délivrées par Jean-Louis Borloo en mars 2010. Tout porte à croire que cette lutte qui commence va animer la mouvance verte dans les prochains mois et cristalliser les oppositions écologiques au pouvoir actuel et au déceptif Grenelle de l’Environnement qui a suivi sa mise en place.

Pas de chance pour le pouvoir, les régions concernées ont toutes une tradition de luttes et de résistances ; faut-il rappeler la bataille du Larzac qui fit plier l’armée (2), ou plus loin dans le temps, l’âpre lutte des camisards dans les Cévennes ? N’oublions pas non plus l’atout que peut présenter dans ce combat la personnalité de José Bové … bref tout est réuni pour faire de la bataille du gaz de schiste un combat symbolique à forte résonnance, et ce à la veille d’une échéance électorale importante.

Alors quel est le risque ?

Le risque est tout entier contenu dans la demande d’un gel des recherches. Nous avons déjà dit dans ce blog (3) que cela n’est pas suffisant, que se concentrer sur ce point-là et seulement sur celui-là réduit ce combat en un mouvement local d’opposition à l’installation d’une infrastructure d’utilité publique à voisinage désagréable. Ce qu’on qualifie souvent de ‘pas dans mon jardin’ résume une attitude somme toute assez égoïste. C’est écologiquement bien de s’opposer à l’exploitation de shales gas sur son territoire, mais il faut reconnaître que continuer dans le même temps à importer du pétrole et du gaz en grande quantité pour assurer un mode de vie construit sur la gabegie et les futilités suppose que les forages et la pollution soient chez les autres …

Le risque, en se concentrant uniquement sur une décision de gel des forages, c’est de permettre de construire un accord politique entre les écologistes et les socialistes qui fasse la part belle au symbolique, oubliant que si nous voulons nous passer des forages il nous faut aussi aller vers l’abandon programmé des énergies fossiles. Quoi de plus simple que de promettre pour 2012 un gel ou un moratoire des recherches, après une année 2011 scandée par une mobilisation écologique sans précédent sur ce thème ? Après tout, on importera un peu plus de pétrole et de gaz … Rappelons-nous 1981 et le Président Mitterrand, qui supprima d’un trait de plume la centrale nucléaire de Plogoff : grande victoire écolo certes, mais avez-vous vu pour autant une politique active pendant les deux septennats socialistes pour changer le mode de vie des français et le rendre un tant soit peu compatible avec les contraintes écologiques (4) ?

Autre temps, autres mœurs me direz-vous. Peut-être, mais les enjeux sont si importants, l’urgence écologique se fait tellement plus prégnante, que toute personne responsable n’a pas envie de jouer. Et comment croire à la mise en place d’une politique prenant en compte les contraintes écologiques à l’occasion d’une alliance inégale entre socialistes et écologistes, quand, par exemple et même si c’est un détail, Paris, la ville socialiste dirigée par un Bertrand Delanoë allié aux Verts, se révèle incapable d’interdire de chauffer les trottoirs (5), ou quand Jean-Louis Bianco, après d’autres, voit notamment "dans une croissance plus forte"  le moyen de financer le projet présidentiel socialiste ?

Nous n’avons plus les moyens d’être naïfs, et le coup de Plogoff on nous l’a déjà fait. Alors, même si c’est difficile de convaincre les citoyens de vivre bien plus sobrement, même si c’est difficile d’assumer le choix collectif d’une vita povera (6), c’est aujourd’hui d’abord cela le travail de ceux qui se veulent des écologistes, un travail d’explication, un travail ardu pour réussir à désintoxiquer (7) notre société des facilités et des futilités permises par l’oubli des limites, un travail politique pour rendre enfin possible ce qui est si nécessaire.

 

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(1) Si l’Alliance Ecologique Indépendante représentait quasiment 20 % du total des voix écologistes aux élections européennes en juin 2009 (avec 3.6 % des suffrages exprimés pour 16.3% pour Europe Ecologie), les élections régionales de mars 2010 ont vu un délitement électoral de ce parti composite, tantôt uni et présentant ses propres listes, tantôt divisé et soutenant le Modem ou Europe Ecologie. De même, le mouvement de Corinne Lepage, Cap 21, n’a pas su adopter une ligne nationale claire et a soutenu selon les régions soit Europe Ecologie soit le Modem.

(2) L’armée française avait envisagé l’extension d’un camp militaire au Larzac dans les années soixante-dix ; cette demande avait généré une forte mobilisation sous le septennat de Valéry Giscard d’Estaing, mobilisation qui s’est traduite en 1981 par la décision de François Mitterrand une fois élu Président d’annuler l’extension prévue.

(3) Cf. Larzac 2: NIMYG or not NIMYG? Le présent article se veut la suite du précité.

(4) Les écologistes de l’époque s’étaient concentrés sur l’opposition au nucléaire en protestant surtout contre la construction de chaque centrale et n’avaient que peu popularisé une option ‘négawatt’ rigoureuse, s’offrant ainsi la possibilité d’une victoire apparente à l’occasion d’un changement politique majeur mais ne se donnant pas les moyens d’infléchir sensiblement le mode de fonctionnement de notre société. Il n’est pas interdit de ne pas répéter la même erreur, et d’essayer de se donner ainsi les moyens politiques, grâce à l’adhésion d’une partie importante des citoyens à l’option ‘néga’, d’aller vers une société à basse consommation matérielle.

(5) Voir dépêche AFP du 26.01.2011, dans laquelle Lyne Cohen-Solal, adjointe au maire (PS) chargée du commerce, déclare seulement vouloir remettre en question le mode de chauffage au gaz des terrasses de cafés mais précise qu’il ne s'agit pas d'interdire le chauffage brutalement. Rappelons qu’en Scandinavie, chauffer les terrasses est prohibé et que des couvertures sont proposées.

(6) L’expression est construite en parallèle à celle d’arte povera ; ainsi la pauvreté n’est pas incompatible avec la beauté, l’énergie, la joie de vivre. Mais ce concept de vita povera est toutefois différent de celui de sobriété heureuse défendu notamment par Pierre Rabhi. Il insiste plus sur l’idée de pauvreté afin de marquer notre défiance vis-à-vis des nombreux discours écologisants qui tentent de masquer l’importance des changements et des sacrifices matériels à prévoir.

(7) La  campagne Petrol Addict  lancée par Greenpeace début 2011 est intéressante parce qu’elle tente d’aller au-delà d’une critique de la recherche d’énergies fossiles tous azimuts pour agir en amont en demandant à ce que des mesures soient prises afin que nos sociétés se libèrent de cette dépendance. Il est toutefois à noter que Greenpeace n’appelle pas dans sa campagne à une restriction volontaire massive qui nous priverait de facilités agréables pour faire chuter notre consommation de pétrole : aucun boycott de l’aviation civile à usage privé par exemple n’est lancé.

 

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22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 13:32

Quand on pense à deux France aujourd'hui, on pense d'une part à une France aisée, adaptée au nouveau cours des choses, vivant le monde global que ce soit pour son travail ou ses vacances, diplômée et plurilingue, et d'autre part à une France appauvrie, vivant au mois le mois sans perspective, traînant son ennui en banlieue, loin des leviers de décision.

C'est oublier que ces deux France-là, malgré leurs différences, partagent bien des choses, et d'abord une vie urbaine avec embouteillage, transport en commun, habitat dense, et consommation effectuée dans des réseaux de chalandise assez semblables. Et elles sont toutes deux autant branchées l'une que l'autre sur l'économie-monde, les banlieues n'étant plus un cul-de-sac d'où l'on ne sort pas mais une zone ouverte alimentée par des échanges constants notamment avec l'Afrique et l'Asie. Elles vivent aussi, ces deux France, souvent le même statut de salarié, même si les conditions sont différentes entre un cadre supérieur et un simple opérateur, avec ce que cela implique au fond de précarité et de dépendances à l'égard de centres de décisions fonctionnant avec des logiques hors de prise (1).

Il y a pourtant une autre France, une France un peu oubliée, qui vient en contrepoint de cette France des grandes villes et des banlieues dont le tête-à-tête occulte tout le reste. Cette autre France, cette France des villes moyennes qui occupe le territoire hors Paris et les grandes métropoles régionales, cette France qui vit en campagne, ou plutôt de ce qui en reste après l'essorage d'un siècle forcené d'exode rural, cette France qui vit dans les petites villes (2), ces chefs-lieux entre 5.000 et 30.000 habitants ... eh bien cette France-là, malgré ses efforts d'équipements pour offrir un confort de vie et d'habitat identique sinon supérieur aux grandes agglomérations, malgré les promesses de l'internet qui déterritorialise l'accès à l'information et aux échanges, malgré un réseau routier remarquable qui font que ses villes et villages ne sont plus au bout du monde, cette France-là est en train de mourir, de sortir de la vie, doucement, sûrement, à bas bruit comme toujours avec les changements profonds.

Loin des entreprises du CAC 40, loin des facultés, cette France n'attire plus et ne retient plus ses jeunes. Regardez l'âge moyen des médecins, essayez de remplacer un dentiste partant en retraite, et vous saisissez d'un coup que ces villes sortent de l'histoire. Il ne reste que des petits commerçants, des agriculteurs rescapés du génocide paysan, toujours endettés et toujours courants entre leur exploitation, la vente à la ferme et un ou deux gîtes ruraux, quelques usines sérieusement mises à mal par la concurrence des pays à bas coût de production, des retraités, et un secteur public (Hôpitaux, Police) durement touché par le redéploiement au profit des banlieues et le dégraissage des fonctions d'état (Tribunaux). Comment voulez-vous alors que cette France là, cette France héritière d'un maillage urbain datant souvent de l'époque romaine, ne soit pas perçue comme sans avenir, sans passion, comme à côté de l'histoire du monde? Juste sauvée parfois par son attrait touristique, et ainsi réduite au rang de décor pour citoyens urbains en mal de nature et d'espace.

A l'heure où le maire de Paris poursuit consciencieusement son projet d'entassement de bipèdes élevés hors sol (3), c'est pourtant cette France des villes et des campagnes qui a un avenir. Avec ses habitants proches de la nature sachant encore ce que sont un champ une vache et un ruisseau, capables de se mobiliser car se connaissant (4) et pouvant se penser comme une entité à l'échelle humaine (c'est-à-dire proche du nombre de membres constatés dans les concentrations connues dans notre histoire d'hommes depuis des millénaires). Avec ses sources d'approvisionnement alimentaire et énergétique à proximité (5), avec de l'espace à disposition et un mode d'organisation peu complexe, cette France-là a les moyens de survivre à un effondrement systémique provoqué par une crise des ressources probable dans un monde de 10 milliards d'humains confronté à la fois à une dégradation rapide de notre biotope et à une rareté croissante de l'énergie bon marché sur laquelle nous avons fondé notre life model.

Après l'âge industriel, notre renaissance ne pourra venir que de ce réseau-là, de ce maillage-là, de cette occupation raisonnée du territoire ; évidemment pas de la France « urbano-banlieurdisée » qui ne sera pas sauvée par ses tours écolo, bio-bidules au milieu d'agglomérations de plusieurs millions d'habitants tellement habitués à ne vivre qu'avec leurs semblables que leur nombrilisme d'espèce les empêche de comprendre les signaux pourtant clairs d'une crise à venir.

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1 : Ces logiques hors de prise ne sont pas seulement des logiques hors d'atteinte comme on le voit souvent lors de luttes ouvrières pour sauver l'emploi d'une vie de travail et qui se finissent souvent sur un constat d'échec. Elles sont aussi des logiques incompréhensibles pour les acteurs économiques qui font vivre ces entreprises : comment comprendre l'intérêt économique consistant à fermer un site rentable, ou à sacrifier un business pérenne pour des profits de très court terme ?

2 : Cette France décrite encore récemment par cet élève de Jacques Ellul qu'est Denis Tillinac dans son Dictionnaire amoureux de la France, Plon, 2008.

3 : Le 16 novembre 2010, les élus de Paris ont révisé le règlement d'urbanisme afin de pouvoir construire des tours d'habitation de 50 m. de hauteur et de bureaux jusqu'à 180 m. pour une 'ville dense, durable' selon Anne Hidalgo première adjointe PS en charge de l'urbanisme ; voir aussi 'Feu vert pour les grandes tours dans Paris' in Le Monde.fr avec A.F.P. le 17.11.2010

4 : Il se passe aussi des choses intéressantes de l'autre côté des Alpes, avec le réseau Citta slow des villes moyennes italiennes, puis allemandes ou anglaises, et leurs projets à taille humaine contre les métropoles et leur gigantisme.

5 : Même si la concentration de puissance de l'énergie est souvent faible, n'oublions pas la biomasse, l'hydraulique, ainsi que l'éolien ou le solaire.

 

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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 16:52

A l’occasion du débat sur les retraites, nombreux sont ceux qui ont fait part de leur inquiétude face au vieillissement annoncé de la population française.

La démographie se trouve bien sûr en filigrane de la question. Tous les gestionnaires des comptes sociaux (retraites et assurances santé) ont les yeux rivés sur l’évolution prévisible du ratio actifs / inactifs et sur l’inéluctable augmentation de la proportion de personnes âgées.

Avant de nous en alarmer, prenons le temps de nous en réjouir, le vieillissement d’une population c’est quand même, avant tout, le constat d’un double succès.

En premier lieu, cela signifie que nous vivons plus longtemps (et même beaucoup plus longtemps) : l’espérance de vie a presque doublé en un siècle et aujourd’hui encore, tous les ans, ce sont  presque trois mois d’espérance de vie qui sont gagnés (un peu comme si en un an, nous ne nous rapprochions de notre mort que de 9 mois !)

En second lieu, cela confirme aussi que nous avons achevé la transition démographique et que la base de la pyramide des âges a cessé de s'élargir inconsidérément.

 Bien, ce petit réconfort passé, ne cachons pas qu’en effet un problème d’équilibre financier va se poser et qu’on ne pourra pas, à taux de cotisation constant, continuer à fournir autant à des retraités qui seront significativement plus nombreux, en termes absolus comme en termes relatifs.

 

A ceux qui s’inquiètent de ce problème et prôneraient une relance de la natalité, on peut opposer de nombreux arguments :

1 - Relancer la natalité, c’est évidemment s’engager vers une augmentation de la population, or, l’INSEE vient de publier des projections sur l’avenir de la démographie française. Selon l’hypothèse moyenne, la France compterait 73,6 millions d’habitants en 2060 soit environ 10 millions de plus qu’aujourd’hui. Cela signifie plusieurs millions de logements, tout autant d’automobiles et de parkings afférents, une consommation quotidienne de matières premières, d’énergie et de produits alimentaires au prorata. Cela ira-t-il dans le sens d’une meilleure protection de la nature ? Où seront prises les surfaces nécessaires sinon sur ce qui reste de libre ?

Une telle évolution se traduira par une pression accrue sur l’environnement. Rappelons que dans un monde détruit, l’équilibre des lignes de compte relèvera de la plaisanterie. La priorité aujourd’hui consiste à garder la Terre vivable et, pour cela, la population doit absolument se stabiliser puis diminuer.

2 - Il faut ensuite remarquer que de toute façon ce problème d’équilibre est inhérent à toute phase de stabilisation. Quand la natalité commencer à baisser, pendant un temps (à cause du vieillissement des classes actives)  la proportion de personnes âgées augmente mécaniquement. La seule façon d’y échapper serait justement de renoncer à la stabilisation en faisant que chaque génération soit plus nombreuse que la précédente. On voit bien dans quelle course folle cela nous entraînerait. Le problème se poserait plus tard mais à une échelle autrement plus grande. Cela reviendrait à rembourser un emprunt en en souscrivant un autre, plus lourd encore, mais que nous trouverions séduisant simplement du fait de son échéance plus lointaine. La stabilisation est inéluctable, le déséquilibre passager aussi, autant qu'il ait lieu le plus tôt et à un niveau plus raisonnable.

Une fois la population stabilisée, le pourcentage de personne ayant plus d’un certain nombre d’années reste stable lui aussi. C’est sur cette base que doivent s’opérer les équilibres, et non sur une fuite en avant. Cela, admettons-le, supposera d’une façon ou d’une autre des transferts moins importants de la part de la population active vers la population inactive (au sens économique).

3 - Le ratio actifs / inactifs n’évolue pas uniquement du seul fait du nombre de personnes âgées. Dans, un premier temps une baisse de la natalité se traduit par une baisse de la part inactive de la population à l’autre extrémité de la pyramide, c’est à dire du côté des plus jeunes. On peut ainsi, et dans une certaine mesure, supprimer et compenser le surcoût lié aux personnes âgées par une baisse des dépenses d’éducation. Cette idée peut choquer ; toutefois il ne faut pas se voiler les yeux, la société ne pourra pas, un siècle durant, augmenter continûment la part de ses richesses qu’elle consacre à l’éducation, 100 % du PIB ne peut y être affecté ! Reconnaissons toutefois que ce type de compensation ne sera que partielle, si les jeunes coûtent en terme de formation ils ne perçoivent pas de pensions (sauf les bourses d’études, mais les sommes en jeu sont moindres).

4 - Aujourd’hui, une grande majorité des personnes en âge de travailler le font effectivement ou sont au chômage. La famille "classique" où l’un des deux parents (l’homme en général) travaillait tandis que l’autre s’occupait de l’intendance du foyer est en voie de disparition. Il n’existe donc plus guère de cotisants supplémentaires à attendre de ce côté (alors que l’augmentation de la richesse mesurée en terme de PIB a largement bénéficié de cette généralisation du travail des deux conjoints au cours des 50 dernières années).

Par contre, cela fait maintenant presque 40 ans que les économies des pays développés connaissent un fort chômage structurel. Aujourd’hui il approche fréquemment 10 % de la population active et on constate bien (par l’échec) la difficulté à le faire baisser. Un ralentissement de la natalité permettrait, quelques années plus tard, de réduire la concurrence au moment de l’entrée dans le monde du travail et de limiter la proportion de chômeurs. Une baisse du nombre de naissances ne conduirait donc pas automatiquement à une baisse des cotisations, contrairement à ce que prétendent les natalistes en agitant l'épouvantail du « qui va payer nos retraites ? ». A quoi servent, du point de vue des équilibres comptables, de nombreux cotisants potentiels si, dans les faits, ils sont sans travail.

Remarquons qu’à l’inverse, une hausse de la natalité obligera dans quelques années la société à offrir encore plus d’emplois et en cas d’échec mènera en réalité à une hausse du chômage et non pas à une augmentation du nombre de cotisants pour les retraites. Au contraire même, cela conduira à un déséquilibre des budgets sociaux puisque d’une façon ou d'une autre, ces chômeurs devront être indemnisés.

Bref ne tombons pas dans le piège de la fuite en avant et rappelons à tous ceux qui ne jurent que par « plus de jeunes », que l’homme vieillit et que plus de jeunes demain c’est inéluctablement plus de vieux après demain et qu’eux aussi auront le droit de vivre dignement. A ce propos il faut redouter les catastrophes humanitaires que provoquera l’arrivée à des âges avancés de l’immense population (encore jeune aujourd’hui) des pays en voie de développement lorsque inévitablement pour de simples raisons d’espace et de ressources finis, la population se stabilisera. Quand l’Afrique aura deux milliards d’habitants, qui nourrira ses très nombreuses personnes âgées ?

Une nouvelle fois, l’humanisme comme la raison économique ne se situent pas du côté d’une expansion infinie, mais du côté d’un équilibre à un niveau plus modeste.

 

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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 13:02

 

   Une nouvelle réforme du système de retraite est en marche.

  Discutée, âprement critiquée, désagréable pour l’immense majorité des français, elle peut sans doute être améliorée et les discussions parlementaires ou quelques manifestations à venir y parviendront peut-être à la marge.

  Mais si tout le monde semble d’accord pour admettre qu’il y a crise prévisible du financement de ce mécanisme de solidarité intergénérationnel, bien peu tentent de comprendre ce qu’annonce cette crise.

  Essayons d’y voir un peu plus clair. Qu’est ce que ce projet gouvernemental ? D’abord une réforme qui respecte les stratifications de la société française et de ce fait, laisse en place un système particulièrement injuste.

  Pourquoi un euro cotisé génère-t-il ici moins d’un euro reversé et trois ou quatre là ? 

  Pourquoi  les règles de réversion entre conjoints sont-elles différentes selon l'apartenance au secteur privé ou au secteur public ?

  Pourquoi un chômeur de longue durée contrôlé par Pôle Emploi (et donc assigné à résidence hors cinq semaines par an) verra-t-il ses trimestres chômés pris en compte s’il est sans ressources financières, et pas du tout s’il est marié (1) ou s’il a quelques revenus ?

  Pourquoi, pourquoi ? Il y a de multiples pourquoi, dix pages n’y suffiraient pas. Qu’est-ce qui peut alors justifier que les pensions soient calculées si différemment et en dehors de toute prise en compte d’une quelconque pénibilité ou d’une distinction fondée sur l’utilité commune (2) ?

 Rien au fond, rien si ce n’est l’égoïsme des groupes sociaux et l’incapacité du pouvoir politique à faire prévaloir l’idée de justice.

 La nuit du "quatre août" est loin et la remarque de Michel Rocard sur le caractère politiquement explosif de ce dossier bien présente (3).  Incidemment ce point est à noter pour tous ceux qui prévoient de grands changements à venir dans notre façon de vivre dans les décennies qui viennent. Comment la France pourrait-elle aborder sereinement une telle mutation à la fois si forte et si nécessaire pour s’adapter à un nouvel ordre écologique, avec des crispations sociales pareilles et un tel laxisme face à des injustices aussi criantes ?

  Qu’est-ce encore que ce projet gouvernemental ? Une réforme à vision limitée. C’est une réforme dont l’objectif premier est de décaler l’échéance de la crise de paiement de 8 ans seulement (4) ; elle ne peut être que la première marche vers un régime encore plus sévère.

 De plus, c’est une réforme qui signe la fin d’un principe - celui qui faisait que les retraites des salariés étaient l’affaire des salariés et des entreprises - en introduisant le recours à l’impôt.

  S’il en était besoin, voici encore un exemple de notre tendance à toujours rechercher des équilibres dans un cercle toujours plus grand, à repousser la recherche de l’équilibre dans un secteur précis et circonscrit pour aller au-delà (5), tendance qui facilite le report des échéances et des décisions difficiles au prix d’un déséquilibre bien plus grand à terme, intégrant en lui-même une logique de faillite majeure.

  Nous ne sommes pas ici dans le pragmatisme, mais seulement dans la courte vue, faisant fi des conséquences à long terme.

  C’est aussi une réforme qui fait l’impasse sur la lassitude profonde d’une grande partie des gens qui travaillent. Ils pourraient encore travailler mais ils ne le veulent plus, ils n’en peuvent plus, fatigués de trop de stress, de trop de mépris, de si peu de récompenses, mêmes symboliques, pour un travail estimable et bien fait (6).

 C’est une réforme qui oublie la nécessité profonde de changer le travail et la façon de l’exercer et de le vivre. S’il est tentant d’accuser l’actuel gouvernement de manquer de courage et de vision à long terme, il n’est pas inutile de voir que majorité comme opposition appuient systématiquement leur calcul et leur prévision sur un taux de croissance retrouvé. Quand on parle retraite, on parle croissance du PIB et on oublie tous les beaux discours sociétaux sur un autre modèle ; on est là entre gens sérieux et l’argent doit rentrer.

  Et c’est là que les choses deviennent intéressantes. Car longtemps nos politiques et une bonne partie des décideurs ont voulu croire que la croissance économique pourrait pallier au déséquilibre démographique grandissant. Déséquilibre dû à la fois à l’augmentation du temps de retraite (de seulement quelques années à plus de deux décennies) et au ralentissement de la croissance démographique (un pays comme la France ne peut voir sa population augmentée de 50% tous les 60 ans comme nous l’avons vécu depuis la fin de la seconde guerre mondiale) ; et ce, sans compter aussi la réduction du temps de travail effectif avec des études de plus en plus longues partagées par une part de plus en plus importante de la jeunesse.

 Car la retraite à 60 ans par répartition, c’était d’abord et surtout un pari sur une croissance économique forte et durable, suffisamment importante en tout cas pour que la part grandissante de la richesse nationale orientée vers les retraités soit indolore pour les actifs.

 

  Autrement dit, notre système de retraite est fondé sur une solidarité intergénérationnelle qui ne peut fonctionner que si sa perception est masquée par une croissance continue du gâteau à partager.

  En un mot, dans notre société la solidarité telle que nous l’avons conçue n’est économiquement possible que si son poids relatif reste mesuré. 

 Autrement dit, le système de retraite tel qu'il a été conçu ne peut fonctionner que si la croissance du PIB est au rendez-vous. Les planificateurs de l'époque le savaient d'ailleurs fort bien, la démographie n'offrant que peu de surprises. Comme le dit Alfred Sauvy, "la démographie est une science fort simple qui consiste à prévoir que des enfants de douze ans auront vingt ans, huit ans plus tard". Dés lors que la croissance du PIB, cette variable nécessaire de l'équation de notre système de retraite, ne se décrète pas et qu'elle joue l'Arlésienne, le montage si généreux s'effondre.

 

  Dans ce cadre, la crise du système actuel de retraite n’est pas une simple crise d’ajustement lié à un déficit démographique momentané, c’est un effet du caractère impossible de la croissance économique telle que nous l’avions imaginée et dont nous avons pourtant impérativement besoin (7) pour maintenir vaille que vaille notre système à flot. Si nous jouions aux échecs, nous dirions que nous sommes mat.

  Concrètement, il n’y a plus maintenant comme perspective pour l’immense majorité qu’un travail stressant et fragmenté qu’il faudra tenir jusque vers les 70 ans (8) pour recevoir une retraite de misère rongée par des mécanismes d’indexation fallacieux. Ou prévoir une taxation des actifs propre à les décourager.

 Sans doute aura-t-on un "mix" des deux solutions. Derrière l’effondrement, la tromperie ?

 Allons plus loin encore. Cette crise du système des retraites, c’est un des premiers signes d’un effondrement qui court déjà.

 Effondrement moral d’une démocratie tant prisonnière de ses lobbies et groupes de pression qu’elle est incapable de mettre en place une réforme socialement juste.

 Effondrement comptable d’un système qui appuyait son équilibre sur une croissance démographique perpétuelle et une croissance économique forte et sans faille. Or ni l’une ni l’autre ne sont possibles dans une France et un monde finis. Aujourd’hui le redéploiement de l’économie mondialisée nous empêche d'atteindre les taux de croissance du PIB prévus.

  Demain, c’est la question écologique qui, en limitant la poursuite de notre croissance démographique et en remettant en cause notre modèle de fonctionnement économique basé sur une prédation incontrôlée et une dégradation systématique du biotope dans lequel nous évoluons, fait  in fine voler en éclat ce beau droit à la retraite que nous avions cru construire.

  Bien des auteurs qui se sont penchés sur ce sujet des retraites ont évoqué la tromperie et le mensonge dès les années 90.

  Faut-il citer Michel Godet, Sophie Coignard et Alexandre Wickham, Christian Saint-Etienne, Jean-François Revel, Michel Raffoul, Philippe Manière (9) ? Ils nous ont tous mis en garde sur nos ‘droits’ à la retraite, si peu acquis !

  Mais c’est d’une autre tromperie dont je voudrais parler, une tromperie qui n’a pas d’auteur précis, mais une tromperie qui a accompagné la transformation de notre vieux pays en société de consommation (10), basée sur une généralisation du salariat, le développement du travail de bureau et l’urbanisation. S’il s’agissait de séduire les gens, de les faire adhérer à la société de consommation, avouons qu’on ne s’y serait pas pris autrement.

  En laissant croire, entre autres, à un système de retraite qui pèserait peu sur les actifs tout en permettant de partir à 60 ans et en espérant sérieusement vivre jusqu’à plus de 90 ans. Avec la crise et la réforme en cours, c’est ce rêve qui s’effondre et comme le résume bien Jean-Luc Mélenchon la fin de ce rêve "c'est la fin d'un monde, c'est la fin d'une manière de vivre et c'est la fin des jours heureux".

  Ce rêve, il n’a fonctionné depuis 1945 que grâce à une longévité moindre qu’aujourd’hui, à des montants faibles de retraites jusqu’à la fin des années 70, et à une double croissance économique et démographique impossible à tenir dans la durée.  

  Encore faut-il rappeler que ce rêve fonctionne à crédit depuis une bonne quinzaine d’années ! Il n’aura duré en fait qu’une génération à l’échelle de l’histoire, juste le temps d’installer en profondeur, avec l’assentiment des gens, une société urbaine oublieuse de l’économie si précautionneuse d’un monde rural animé par des agents souvent autonomes et responsables.

  Et comme la magie de la retraite facile aurait pu ne pas suffire, le mythe d’un pouvoir d’achat toujours meilleur a été activé en laissant notamment croire à une nourriture abondante et pas chère.

  Rappelons-nous, la nourriture jusqu’au milieu du XXème siècle cela coûtait cher et c’était un poste primordial dans le budget des ménages ! Avec l’industrialisation de l’agriculture, intrants chimiques, antibiotiques à tout va et camps de concentration pour nos animaux d’élevage, le prix de la nourriture a baissé (11): steak et saumon pour tout le monde ! Et en prime, du pouvoir d’achat pour financer vacances, voyages, sorties et autres produits à la mode.

  Nourriture abondante et pas chère certes, mais il y a un détail qui tue: cette nourriture est assise sur un mode de production non pérenne (12) et en plus elle n’est pas saine ; avec ses pesticides et ses molécules incertaines elle nous empoisonne (13) après nous avoir fait grossir inconsidérément, nous et nos enfants.

 Comme en matière de retraite, le visage peu avenant de la société de consommation se découvre peu à peu. En fait, tout ceci n’était qu’illusion. Abondance factice et croissance matérielle incessamment poursuivies ne sont que les conditions nécessaires pour que le mensonge d’une société de facilité, sans effort sans transmission et sans respect, perdure encore un peu … nous aussi nous vivons la société du mensonge déconcertant (14).

 Cette histoire, c’est comme si nous avions conclu un pacte faustien à l'issue de la seconde guerre mondiale. Peu de personnes avaient réellement envie de travailler dans un bureau sous les ordres d’un petit chef (15), "de manger du poulet aux hormones et de rentrer le soir dans son HLM", comme le chantait Jean Ferrat dans ‘La montagne’.

  Il y avait un besoin de sécurité bien compréhensible après deux guerres mondiales qui avaient vu la ruine de la plupart des agents économiques, et un désir d’accès aux nouveaux biens perçus comme urbains qu’étaient alors le frigo, le lave-linge et la voiture. Alors, le calcul est vite fait :  ok pour une grosse trentaine d’années d’un travail salarié pas si plaisant mais propre, à la grande ville, et après : à nous la belle vie, les vacances perpétuelles et le retour au pays !

  Et maintenant que nous en revenons, le Diable ne veut pas lâcher sa proie.

  Sur ce thème voir également l'article : Retraites et Démographie

_____________________________________________________________________________________________

 

(1) Dans le cas où le conjoint travaille et/ou dispose de revenus suffisants, l’ASS (l’Allocation Spécifique de Solidarité) n’est pas versée ; or il est nécessaire de recevoir celle-ci pour valider les trimestres chômés.

(2) Pour reprendre les termes de l’article 1 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, 1789.

(3) Remarque faite à l’occasion de la sortie du Livre blanc sur les retraites, la Documentation française, 1991.

(4) Les projections les plus sérieuses mettent en avant le fait que les déficits du système de retraite reviendront dés 2018. Sans compter que les hypothèses économiques retenues n’intègrent pas une persistance de la crise économique apparue en 2008 et tablent sur une croissance retrouvée.

(5) Ce mécanisme qui consiste à rechercher un équilibre au sein d’un ensemble toujours plus grand est l’exact opposé du principe ‘Small is beautifull’ tant prisé par les écologistes de la première heure et qui suppose de régler les problèmes au plus prés de leur fait générateur. En ce sens on peut légitimement s’étonner de la position politique des verts français qui souhaitent un recours encore plus massif à l’impôt, même si dans leur esprit il s’agit de taxer les ‘riches’.

 (6) cf. les considérations de Charles Péguy sur l’amour par l’ouvrier du travail bien fait, in L’Argent, Equateurs parallèles, 2008(7) ‘C’est 10% de croissance qu’il nous faudrait’ in Retraites le mensonge permanent, Gérard Maudrux, Les belles lettres, 2000, p. 11

(8) Nous sommes déjà à 67 ans pour percevoir une retraite proportionnelle sans décote (dite improprement à taux plein) pour tous ceux qui auront une carrière heurtée et/ou fait de longues études supérieures ; le tour de vis prévisible à l’horizon 2018 n’aura plus que trois ans à ajouter.

(9) Michel Godet, Le grand mensonge, Fixot, 1997 ; Sophie Coignard et Alexandre Wickham, L’omerta française, Albin Michel, 1999 ; Christian Saint-Etienne, L’Etat mensonger, J-C Lattès, 1996 ; Jean-François Revel, La grande parade, Plon, 2000 ; Michel Raffoul, Retraites, La fête est finie, First, 1999 ; Philippe Manière, L’aveuglement français, Stock, 1998.

(10) Cette vieille expression de société de consommation est après tout très discutable car elle ne représente que le côté très partiel d’une société complexe ; je l’utilise néanmoins car c’est autour d’elle que s’est cristallisé un refus et une remise en cause des choix de nos sociétés dés la fin des années 60. Et puis, nommer le tout par une partie saillante est une vieille habitude assez partagée …

(11) La part de la nourriture dans le budget des ménages a été divisée par plus de deux et est aujourd’hui inférieure à 15%.

(12) D’une part l’agriculture d’aujourd’hui carbure d’abord et fortement au pétrole, source d’énergie fossile bien provisoire, et d’autre part les pratiques culturales dégradent l’état des terres et favorisent trop souvent l’avancée des déserts.

(13) cf. Dominique Belpomme, Avant qu’il ne soit trop tard, Fayard, février 2007, ou l'émission de FR3 lundi 28 juin 2010, à 20h35, Pièces à conviction 'Assiette tous risques'

(14) Voir le très beau livre de Ante Ciliga, Dix ans au pays du mensonge déconcertant, Paris, Champ Libre, 1977 ; le fait de vivre dans une société démocratique ne nous prémunit pas de vivre dans une logique de mensonge d’autant plus déconcertante qu’elle nous mène dans une impasse, et que nous le savons. De leur côté, les opposants au système totalitaire soviétique ont aussi et très tôt posé la question de l’écologie, voir notamment Liberté et sacrifice, écrits politiques, Jan Patocka. éd. Millon, juillet 1993.

(15) Voir à ce sujet les ruses déployées par les salariés pour supporter un environnement hiérarchisé in Le phénomène bureaucratique : essai sur les tendances bureaucratiques des systèmes d’organisation modernes et sur leurs relations en France avec le système social et culturel, Michel Crozier, Le seuil, 1963.

 

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5 janvier 2010 2 05 /01 /janvier /2010 18:58

 

 

      Il y a des périodes difficiles, échec de Copenhague, retoquage de la taxe carbone par le Conseil constitutionnel, où il est possible pour un pouvoir de se dire que l’écologie qu’il entend pratiquer ne manque ni d’adversaires ni d’objecteurs qui estiment qu’il y a mieux et plus urgent à faire. 
     Au-delà des difficultés de politique internationale ou d’ordre juridique, c’est une ambiance aussi qui s’installe : c’est par exemple l’éditorialiste du Figaro Yves Thréard qui parle de ‘Sarkozy et du poison écologiste*’, qui s’insurge ‘contre l’usage abusif de l’écologie’ et proteste ‘contre une écologie pénalisante, négative, à l'image de la taxe carbone’, lui encore qui considère comme ‘coupable le retard pris par les gouvernements pour encourager les constructeurs à développer des voitures électriques fiables et peu chères’ en croyant mordicus aux vertus de la R&D et de l’investissement sans se préoccuper des inévitables contingences matérielles**.

 

      Bref, c’est difficile de tracer un chemin qui dessinerait une sortie de crise un tout petit peu moins incompatible avec le respect de la planète, sans désavantager l’économie nationale avec des contraintes non partagées par nos voisins. Sarkozy n’est pas Staline et l’époque ne se prête pas si aisément à une expérience écologique dans un seul pays ***…

 

      Mais il est au moins un domaine où il est possible d’agir : c’est celui de la consommation et surtout de l’éco-habitat. Là, la concurrence internationale ne joue pas réellement et les accords de l’OMC ne nous empêchent pas d’agir.
      Rien ne s’oppose à ce que la sortie de crise ne se traduise et ne se construise par un investissement massif des français dans l’amélioration écologique de leur habitat : en isolant les logements avec des produits bio comme la laine de bois ou de chanvre et des fenêtres de haute qualité à double ou triple vitrage, nous offrons notamment des débouchés à notre agriculture et du travail dans le secteur du bâtiment tout en limitant notre dépendance énergétique et en augmentant à terme la résilience des ménages par une plus grande autonomie.
       Alors et dans ce cadre, comment comprendre cette diminution de 40% des aides fiscales en matière de fenêtres isolantes (qui correspond concrètement à un passage de 25 à 15 % du crédit d’impôt) à partir du 1er janvier 2010 ?

 

      Tout se passe comme si, au-delà des discours, ce nouveau monde plus écolo n’arrivait pas à briser la coquille du vieux monde dispendieux des ressources de la planète.
      Nous avons mis des milliards d’euros pour sauver l’industrie automobile à travers le financement du chômage partiel, les aides publiques aux investissements en matière de R&D, ou encore les aides à la consommation de voitures thermiques****, et nous ne voyons dans les aides fiscales à l’amélioration écologique de l’habitat et aux négawatts que des niches fiscales à combattre.

 

      Si la droite au pouvoir en France veut un avenir avec l’écologie, alors il est nécessaire de revenir sur cette mesure, et plus fortement d’imaginer une sortie de crise qui s’appuie plus clairement sur le développement écologique des secteurs du bâtiment et de la production agricole, tous deux futurs gros consommateurs de main d’œuvre et dont les marges de progression écologiques sont immenses. Chiche, Monsieur le Président ?

 

 

 

 

 

* In Le Figaro du 30 décembre 2009

 

** Il y a une illusion avec la voiture électrique, qui renvoie au rêve d’un monde à la fois écologiquement clean et assez proche du notre où une grande proportion d’entre nous se déplace beaucoup à coût peu élevé ; or la solution de la voiture électrique pour tous les pays ne pourra pas remplacer la voiture thermique essence ou diesel actuelle, car notre Terre n’a pas assez de ressources ni pour supporter la fabrication d’un milliard de voitures (ce qui correspond à seulement 1 voiture pour 8 habitants à l’horizon 2025, chiffre bien éloigné des standards occidentaux), ni pour les alimenter en énergie renouvelable. Rappelons simplement que l’électricité n’est pas une source d'énergie et que nos centrales électriques sont majoritairement dans le monde alimentées par des énergies fossiles comme le pétrole ou le charbon ; sur ce thème, voir notamment J-M Jancovici - A Grandjean in Le plein s’il vous plaît.

 

*** Allusion au débat après la révolution soviétique sur le socialisme dans un seul pays.

 

**** Qui se sont traduites par une augmentation de 10,7 % des ventes de voitures en 2009 en France, voitures qui rejetteront chacune, bien que bardées d’un bonus écologique, au moins 15 tonnes de CO2 dans l’atmosphère dans les années qui viennent.

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3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 10:24

 

 

Petite réflexion sur des arguments avancés contre cette loi, ou quand l’écologie oblige à la rigueur.

 

 

   Des arguments contre cette loi, il y en a eu beaucoup.
  Sur la difficulté du contrôle et le flicage que son application risque d’entraîner. Sur les erreurs qui pourront être faites sur l’identité des fraudeurs (voisins de wifi, appartement loué avec accès Internet, etc.) Sur l’automaticité de la sanction. Sur l’absence d’intervention d’un juge...

   Mais certains arguments avancés posent question d’un point de vue qui peut sembler très loin de cette problématique, je veux parler du point de vue écologique.
  J’en retiendrai deux : l’impossibilité pour les jeunes d’accéder à la culture si l’on ne leur donne pas un accès gratuit ou quasi gratuit aux œuvres accessibles sur le net, et la lourdeur relative à la mise en place d’un système où chaque consommateur devrait payer ce qu’il consomme, mise en place si lourde si complexe qu’elle n’en vaudrait pas la peine et qu’il serait alors plus sage de se tourner vers une logique forfaitaire basée sur l’accès au net.

 

  L’idée que les jeunes et tous les économiquement faibles puissent télécharger à volonté films, chansons, et toutes les musiques qu’ils aiment sans se soucier du prix à payer* pour rémunérer les hommes qui assurent ce qu’il faut bien appeler une production est généreuse. Dans ce qu’elle a de meilleur, elle ne restreint pas les gens avec peu de moyens de faire la connaissance d’autres peuples, d’autres cultures, via leur production audiovisuelle.
   Mais elle est dangereuse aussi. Car elle contribue à ancrer l’idée qu’avec un peu d’organisation et de légères contreparties la consommation illimitée de biens est possible. Car en évacuant la frustration de ne pas avoir accès à tout ce qu’on désire en matière de biens culturels, elle ne nous prépare pas, c’est le moins qu’on puisse dire, à vivre dans un monde de 7 milliards d’habitants où la limitation de notre consommation va peu à peu s’imposer à chacun d’entre nous si l’on veut garder une planète viable et respecter les autres formes de vie.

 

  Quant au second argument, il est vrai qu’on ne peut évacuer d’une pichenette la lourdeur et la complexité résultant de la mise en place d’un système faisant payer le consommateur réel et capable de sanctionner les fraudeurs et les voleurs.
  Mais peut-on sans faillir jeter aux orties nos principes**, sous la raison d’une impuissance trop facilement affichée ?
  Beaumarchais*** réveille-toi ! ils sont devenus fous …

  Plus grave encore : cette impuissance quasiment revendiquée face à une population qui ne veut pas payer le vrai prix des choses – ah ! le mythe d’un monde-internet où la gratuité serait reine – finit par ressembler à une vraie lâcheté… et augure mal des qualités et des capacités que devra déployer la puissance publique quand il va falloir mettre en musique les changements nécessaires pour s’adapter au nouvel ordre écologique qui doit émerger si l’on veut, vous connaissez la musique ! garder une planète viable et respecter les autres formes de vie sur terre.

 

   Il ne s’agit pas ici, rappelons le, de prendre parti sur la loi Hadopi, juste de récuser des arguments qui ne sont pas compatibles avec une perception honnête de ce qu’implique l’écologie. Ce qui déresponsabilise, ce qui peut faire croire à une consommation sans limite, ce qui s’appuie sur la facilité au détriment de valeurs profondes ou du courage d’affronter le réel, ce réel qu’évoquait si bien Jaurès, cela ne peut se conjuguer avec cette science politique consciente de la beauté du vivant qu’est l’écologie.
En un mot, écologie oblige.

 

 

 

* Hormis une taxe liée à la connexion Internet pour rémunérer les créateurs et producteurs ; cette solution, généralement proposée par les adversaires de la loi Hadopi, n’est en fait qu’un impôt ‘culture’ appelé 'licence globale' payé par tous les connectés au net et pouvant s’élever selon les diverses projections de 3 à 7 euros par mois ; elle suppose une redistribution monétaire ‘administrative’ aux créateurs et producteurs.

 


** En matière de droit d’auteur. Voir notamment les réactions de Pierre Arditi, Juliette Greco ou Maxime Le Forestier.

 


*** Beaumarchais peut être considéré comme le père du droit d’auteur en France, ou en tous cas comme son inspirateur.

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10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 14:11


    La pérennité du financement des retraites constitue l’un des arguments favoris des tenants d’une forte natalité. Les retraites d’une génération étant assurées par le travail de la suivante, tout affaiblissement de la fécondité conduirait immanquablement à un effondrement du système. (1)

    L’erreur fondamentale de la position nataliste est de mettre le doigt dans un engrenage infernal. S’il faut plus d’enfants que précédemment pour assurer les retraites cela ne finira jamais.

   S’appuyer ainsi sur une croissance continue relève d’un calcul à courte vue car si les jeunes sont bien les cotisants de demain, n’oublions pas que ce sont aussi les retraités d’après demain.

   Nous allons d’ailleurs bientôt avoir l’occasion d’observer les conséquences de ce mécanisme. Si les régimes de retraites sont particulièrement menacés dans les deux ou trois décennies à venir c’est bien parce que vont devenir retraités les très (trop ?) nombreuses générations du baby boom. 
   L’attitude consistant à compter sur un surcroît de naissances pour le paiement de retraites s’appellerait de la cavalerie si nous étions dans le domaine de la finance. Cela revient tout simplement à rembourser un emprunt en en souscrivant un autre plus lourd encore. On sait bien que cela se finit toujours douloureusement.

 

    Sur ce thème voir également l'article : Retraites: L'équation impossible.

 
(1) Précisons d’ailleurs que, plus exactement, c’est la production d’une période qui permet le financement des retraites des travailleurs de la période précédente. Or, le nombre des entrants dans les tranches d’âges généralement considérées comme actives ne constitue qu’un des déterminants de la production.  Les jeunes peuvent être de plus en plus durablement en formation (comme aujourd’hui) ou … au chômage (comme aujourd’hui aussi ) !
Il faut également prendre en compte l'évolution de la productivité.

 

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4 janvier 2009 7 04 /01 /janvier /2009 09:53

 

 

 

    Que penser d’une politique qui consiste à disséminer un peu partout dans nos bureaux et nos maisons un objet qui à la fois contient des matières dangereuses et émet une pollution d’ordre électromagnétique non négligeable jusqu’à une distance de 2 mètres ? A priori, vous vous dites que c’est un choix qui fait fi de l’écologie et du développement durable … Erreur ! Celui-ci s’inscrit dans le droit fil du Grenelle de l’environnement et a été adopté au niveau européen : il s’agit de supprimer progressivement dés 2009 les ampoules à incandescence et de les remplacer par des ampoules dites basse consommation qui intègrent du mercure. En clair, un choix de court terme a été effectué : moins d’énergie consommée tout de suite, mais du mercure un peu partout sans que soit mis en place un circuit de ramassage draconien des ampoules usagées, et des risques à long terme pour la santé humaine. Silence des écologistes. Est-ce un oubli ?

 


    Ce silence n’est peut-être que la résultante du mépris habituel de nos élites politiques pour la technique ; regarder concrètement ce qu’implique un changement dans la vie des gens n’est pas de leur ressort : c’est à la population civile de s’adapter et d’encaisser les méfaits générés par les impensés des choix effectués en haut lieu. Comment expliquer autrement que rien ne soit prévu pour collecter de façon systématique les ampoules à mercure distribuées à millions ? Peut-on raisonnablement parier, au vu de la dangerosité du produit, sur un comportement citoyen de tous les acteurs, quand on connaît les pourcentages très mitigés constatés dans le tri des ordures ménagères ?

 


    Il est vrai que ce silence fait suite à d’autres silences du même type. D’abord deux exemples, dans la construction. La Réglementation Thermique des bâtiments (la RT 2005, et encore plus la RT 2010) encourage les ventilations mécaniques dites double flux qui permettent de récupérer les calories présentes dans les bâtiments, donc comme pour les ampoules basse consommation, des économies d’énergie. Ce qui n’est pas dit, c’est que ces systèmes supposent à la fois une dégradation de la qualité de l’air (l’air n’aime pas les tuyaux et y perd ses ions négatifs) et une tuyauterie compliquée souvent peu accessible dans sa totalité, d’où une maintenance complète quasi impossible ce qui implique de vrais risques pour les habitants (moisissures dans les conduits, air pollué, etc.) Ici encore, le choix est dicté par la facilité et la non-prise en compte des effets à long terme, alors que d’autres solutions, plus complexes, réclamant plus d’intelligence, jouant notamment sur l’inertie des matériaux et aussi la façon d’habiter, existent.


    Les nouvelles réglementations thermiques impliquent aussi le recours accru aux matériaux isolants. Mais de sérieux doutes pèsent sur l’innocuité des isolants minéraux comme la laine de verre, particulièrement utilisée en France. Sans compter que ce type de produit consomme tant d’énergie lors de sa fabrication que son rendement en est grandement compromis, certains calculs allant jusqu’à montrer que l’opération dans la durée est quasi nulle. Mais avez-vous entendu un appel solennel des écologistes à éviter ces techniques, ces produits ?

 


    Encore un exemple ? Alors parlons de l’aide apporté par l’état qui finance la moitié du prix des poêles à bois ? Est-ce raisonnable d’encourager au nom de l’écologie un mode de production de chaleur qui génère l'émission de particules dangereuses, sans imposer dans un même mouvement l’installation de filtres à particules ? Mais pourtant nulle protestation de la part des écologistes.

 


    Ces points sont techniques, et après tout les écologistes ne sont sans doute que des politiques comme les autres, même si on avait pu espérer que l’écologie soit porteuse d’autres valeurs et d’autres attitudes, plus proches du réel et de la vie des gens. Mais au-delà de l’explication traditionnelle pour le mépris de la technique de nos politiques, il n’est pas interdit de chercher d’autres raisons à ce silence des écologistes.

 


    Car les exemples précités heurtent certaines croyances écologistes.

 

    D’abord, ils remettent en cause l’idée que l’évolution vers une société à moindre empreinte écologique puisse se faire sans efforts significatifs de l’ensemble de la population. Installer des filtres à particules pour le chauffage à bois coûte cher, actuellement 1500 euros par filtre. Utiliser des produits naturels pour isoler comme la laine de bois, le chanvre ou le liège coûte cher, bien plus cher que le polystyrène et les laines minérales, et s’il faut les accompagner d’une pose précise et soigneuse pour éviter les ponts thermiques, cela implique une forte augmentation du nombre d’heures de travail dans la construction et là aussi des coûts croissants. Poser des briques de terre crue, cela renforce la capacité des maisons à stocker la chaleur en hiver et la fraîcheur en été, cela régule l’humidité et accroît le sentiment de confort, mais c’est cinq fois plus long que de poser une simple cloison. Installer un poêle de masse, c’est au minimum dix mille euros. Si on choisit de bons matériaux, sains pour la santé, si on choisit des techniques durables, on ne peut pas faire croire que la mise aux normes ‘basse consommation’ de nos habitats anciens et futurs pourra être simplement financée par les économies d’énergie générées calculées sur le prix actuel moyen de l’énergie. Cela suppose que la part dévolue au logement dans le budget des ménages va sensiblement augmenter, vraisemblablement au détriment des loisirs ou de l’habillement, la nourriture risquant là aussi de voir sa part s’accroître. Cela signifie que les politiques et notamment les écologistes doivent annoncer qu’une politique écologique va heurter nettement les habitudes actuelles de consommation. Sont-ils prêts à le faire ?

 


    S’interroger sur la pertinence de la technologie des ampoules basse consommation, c’est aussi s’interroger sur notre croyance en la capacité rapide de la R&D de trouver des solutions économes dans un délai proche. Peut-être pouvons-nous nous rappeler les leçons de Jacques Ellul et garder un œil critique sur les propositions des scientifiques et des industriels, même si ces propositions économisent l’énergie …quitte en attendant à modifier nos habitudes. Constater la dégradation rapide des équilibres écologiques et ne pas croire en une technique ‘père Noël’ qui sait tout résoudre pour peu qu’on le veuille, c’est abandonner l’idée du Progrès, ce rêve de facilité, et pour des politiques c’est devoir dès maintenant prendre des mesures fortes. Car gouverner, c’est prévoir et non faire des paris sur des inventions à venir qui nous éviteraient de nous remettre en question. Là encore, les écologistes politiques sont-ils prêts à le faire ?

La question du contrôle social.

 
    N’oublions pas non plus que le mouvement écologiste s’est construit dans l’ambiance libertaire des années 70, non sur un refus technique du nucléaire lié aux risques provenant de la technologie employée, mais principalement sur le refus des contraintes sociales qu’impose à la société le nucléaire. C’est-à-dire le refus d’une société incapable de supporter le désordre, le refus d’une société policière … car bien évidemment le nucléaire suppose d’être surveillé.

    Alors, le mouvement écologiste d’aujourd’hui peut-il réclamer la mise en place d’un système draconien de récolte des ampoules à mercure, système qui implique nécessairement un contrôle social fort ? Coincé entre la nécessité de faire baisser la consommation électrique et ses racines libertaires, il fait l’impasse. Mais qu’il le veuille ou non, une société à moindre empreinte sur notre biotope ne pourra fonctionner qu’avec un contrôle social accru. Reparlons des déchets : si on applique le principe payeur-pollueur, la taxe d’ordures ménagères devrait être remplacée par une facturation au poids responsabilisant chaque acteur …mais à condition que certains n’aillent pas verser leurs ordures dans la campagne. 
    Comment alors échapper à la nécessité d’une surveillance sociale, d'un contrôle fait par la collectivité ?

 

    Dépenser et consommer moins, être plus contrôlé. Il y a des choix difficiles à assumer, mais les taire est encore pire. A quand le débat ?   


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23 juin 2008 1 23 /06 /juin /2008 11:44


    Depuis quelques années, plusieurs études montrent qu’il existe une corrélation inverse entre la densité d’un tissu urbain et la consommation d’énergie par habitant. Autrement dit, pour une même population, plus une ville est étendue, plus elle consomme, plus elle est dense, plus elle est économe.


    Cela se conçoit aisément. Dans une ville dense, les déplacements sont moindres et plus facilement assurés par des transports en communs. Dans les villes étendues, Phœnix est aux Etats Unis la ville la plus souvent citée comme l'exemple à ne pas reproduire, les gens se déplacent beaucoup et le font en voiture la plupart du temps. De plus le chauffage ou la climatisation d'un immeuble  est généralement plus économe que celui d'une maison individuelle (à cause du rapport surface/volume qui est plus réduit). A cette  forte consommation d’énergie s’ajoute  une occupation de plus larges surfaces laissant ainsi moins de terres aux espaces naturels


    De cette constatation, beaucoup d’écologistes concluent qu’il faut densifier les villes voir même favoriser les tours et les grands ensembles.

   C’est là une conception très inquiétante de l’écologie car elle tend à transformer tous les hommes en urbains, à les faire vivre dans un monde totalement coupé de la nature, à ne plus avoir de jardin, à ne plus ni apprécier ni connaître les saisons, à ne plus jouir du bonheur de voir pousser la végétation à chaque printemps.


    Fondamentalement l’homme n’est pas fait pour vivre en cage comme un lapin (encore que le lapin lui non plus, n’a aucune attirance ni prédestination pour la cage).

   Ce genre de point de vue ne vise qu’à valider la possibilité d’une démographie élevée, faite de populations nombreuses que nous serons donc forcés d’entasser pour préserver un tout petit reste de nature. Rappelons que même dans ce cas les populations devront se nourrir et asservir de grandes surfaces, même si chacun, pour son logement, consomme un peu moins 


    Là encore, il serait beaucoup plus raisonnable d’être moins nombreux. Cela permettrait tout à la fois de protéger la nature et à chacun d’être en contact avec elle. Quel avenir pour une société ou la nature est ignorée, inconnue ?
 Est -il besoin d' ajouter que les grandes concentrations humaines tant en terme de nombre que de densité sont les meilleurs terreaux pour la violence ?


    L’homme rêve-t-il de HLM ou de jardins ?


    Est ce parce que beaucoup d’écologistes sont urbains qu’ils proposent ce genre de solutions ? Le monde qu’ils envisagent est  effrayant. Une fois encore le choix démographique est au coeur de la problématique.






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