Site consacré à l'écologie et à la construction d'une société durable, respectueuse de l'environnement Auteurs : Didier Barthès et Jean-Christophe Vignal. Contact : economiedurable@laposte.net
L’habitude a été prise d’opposer contrôle social et démocratie. Toute utilisation de technique informatique fait peur et est souvent perçu comme une atteinte à nos mœurs démocratiques. Depuis un article célèbre des années 70 (1), la cause est entendue. Tout récemment, à l’occasion de la pandémie liée au coronavirus, beaucoup – et ici même dans ce blog - se sont interrogés sur les mesures de suivi étudiées par le gouvernement pour contenir la propagation de la maladie et n’ont pas hésité à y voir les prémices d’un monde type « 1984 ».
Toutefois les événements obligent à s’interroger plus avant, même si ce questionnement est tout sauf facile. Quand on voit des dizaines de milliers de personnes s’affranchir des règles de prudence légalement énoncées à l’occasion d’un moment festif, et notamment la fête de la Musique, quand on constate l’impuissance des forces de l’ordre à faire respecter les mesures de distanciation, force est de réfléchir au moyen d’organiser le respect des règles sanitaires dont l’enjeu est tout de même la vie de milliers de nos compatriotes. Sans compter l’impact économique qu’aurait un nouveau confinement sur l’économie de nos entreprises et l’emploi. Comment combattre une insouciance qui confine à l’inconscience et se soucie comme d’une guigne de toute solidarité envers les personnes les plus fragiles au nom du refus de toute frustration ?
Augmenter les moyens des forces de l’ordre ? Cela peut apparaître à certains comme une solution, mais que faire face à une marée humaine qui se moque de ses obligations ?
Concrètement seules les technologies nouvelles peuvent venir en aide à nos pouvoirs publics pour faire respecter les règles imposées pour le bien de tous. Un système d’identification par reconnaissance faciale de chaque individu permettrait de poursuivre ces personnes qui de fait mettent en danger leur vie et celle d’autrui. L’amende de 135 euros ? C’est un début mais cela n’est sans doute pas suffisant pour faire rentrer dans le bon chemin des individus essentiellement centrés sur eux-mêmes et leurs plaisirs immédiats. Faut-il alors aller, comme en Chine communiste, jusqu’à repérer les incivilités de chacun et ensuite tenir un fichier qui autorise ou refuse certaines prestations ? On peut alors imaginer comme sanctions des accès refusés aux universités pendant 1 ou 2 ans, des difficultés à obtenir un logement social ou une chambre en cité U, des majorations d’impôts, ou des suspensions d’aide sociale …
Bien sûr tout cela ne fait pas partie du monde idéal auquel chacun de nous rêve au moins un peu, mais il faut prendre nos sociétés telles qu’elles sont. Comme le dit Edgar Morin (2) « La seule chose qui puisse protéger la liberté, à la fois de l’ordre qui impose et du désordre qui désintègre, est la présence constante dans l’esprit de ses membres de leur appartenance solidaire à une communauté et de se sentir responsable à l’égard de cette communauté ». Mais le manque grandissant de valeurs communes, la part sans cesse plus importante de nos populations vivant seulement dans un présent immédiat, sans réel souci du bien commun et ne mesurant pas les conséquences de ses actes, tout cela plaide pour que nos démocraties retrouvent le chemin d’un contrôle social renforcé. Car je ne sais si ces outils de surveillance remettront obligatoirement en question notre système de valeurs, mais je crois surtout que le non-respect des règles, qu’elles soient de prudence sanitaire ou de convivence, mine déjà gravement notre ordre démocratique. De plus, face au tournant écologique sévère que doivent prendre nos sociétés (3), comment croire au respect de règles contraignantes par l’ensemble de nos concitoyens sans un contrôle social efficace : que ce soit en matière d’écologie ou de santé publique, le choix de la vie a un prix et le temps des bisounours est passé.
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1 : « Safari ou la chasse aux Français » Philippe Boucher, Le Monde du 21 mars 1974 ; article fondateur en partie à l’origine de la création de la CNIL sous le septennat de V. Giscard d’Estaing.
2 : in « Changeons de voie. Les leçons du coronavirus », Denoël, juin 2020, ISBN 978-2-207-16186-9
3 : il ne faut bien sûr pas oublier que le mouvement écologique s’est construit dans les années 70 en grande partie sur le refus d’une société policière que selon lui la multiplication des centrales nucléaires, avec leur dangerosité intrinsèque, imposerait à terme. Mais nous sommes un demi-siècle après, et les termes du débat ont évolué. D’où l’intérêt de s’interroger sur l’intérêt et/ou la nécessité d’un contrôle social plus fin pour conduite notre société et les individus qui la composent à respecter enfin les limites de notre biotope. Cette question trouve d’autant plus son importance que la régulation par les prix (cf. la taxe carbone) a montré ses limites avec l’affaire des Gilets Jaunes, et qu’une limitation par la réglementation – et donc son contrôle effectif - redevient d’actualité.