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Auteurs : Didier Barthès et Jean-Christophe Vignal.
Contact : economiedurable@laposte.net
Que l'actuelle canicule (juin-juillet 2025) soit l'occasion de se pencher sur l'évolution de la proportion de CO2 dans l'atmosphère. On connaît le rôle de ce gaz dans l'effet de serre et donc son impact sur la température à la surface de notre planète.
On estime qu'au cours du dernier millénaire et jusqu'aux années précédant la Révolution Industrielle, le dioxyde de carbone ou CO2était présent dans l'atmosphère à hauteur d'environ 280 parties par million (ppm ).
En 2025, cette proportion dépasse 425 ppm, soit par rapport à cette référence pré-industrielle une hausse de 52 % en un peu plus de 200 ans ! Il s'agit de la première modification sensible de la composition atmosphérique d'origine anthropique.
Depuis mars 1958, l'ESRL, Earth System Research Laboratory mesure régulièrement cette évolution. Ses travaux sont conduits notamment sur le volcan Mauna Loa à Hawaï, dans des conditions permettant des comparaisons significatives dans la durée.
Voici en tableaux et en graphiques, et sur différentes échelles de temps, les principaux résultats établis par ce laboratoire.
Evolution du taux de CO2 au cours des 60 dernières années Tableau des valeurs moyennes Données en ppm pour l'année commençant chaque décennie et croissance mesurée par rapport à la valeur précédente
1960 : 316,91 ppm 1970 : 325,68 ppm (+ 8,8 ppm soit + 2,8 % par rapport à 1960) 1980 : 338,76 ppm (+ 13,1 ppm soit + 4,0 % par rapport à 1970) 1990 : 354,45 ppm (+ 15,7 ppm soit + 4,6 % par rapport à 1980) 2000 : 369,71 ppm (+ 15,3 ppm soit + 4,3 % par rapport à 1990) 2010 : 390,10 ppm (+ 20,4 ppm soit + 5,5 % par rapport à 2000)
2020 : 414,21 ppm (+ 24,1 ppm soit + 6,2% par rapport à 2010)
Evolution de la proportion de CO2 depuis 1960 au Mona Loa (*).
Evolution de la croissance moyenne annuelle du CO2depuis 1960 (en ppm)
Barres verticales bleues : Données annuelles
Traits noirs horizontaux : Moyennes sur la décennie
Après une pause au cours de la décennie 1990 - pause qui n'a en rien abaissé le taux de dioxyde de dans l'atmosphère mais en a simplement ralenti le taux de croissance -, on note une forte reprise de l'augmentation de la concentration de ce gaz.
Au cours de la décennie 2000, puis de la décennie 2010 la croissance de la proportion de gaz carbonique dans l'atmosphère est reparti à la hausse. Le CO2 qui gagnait en moyenne 1,5 ppm sur la décennie 1990-2000 en a gagné presque 2 sur la période 2000-2010 et presque 2,5 sur 2010-2020. Nous connaissons une véritable et inquiétante accélération du phénomène.
Ce dernier graphique sur les 5 dernières années met bien en évidence la saisonnalité de l'augmentation, d'où l'intérêt d'établir également des valeurs désaisonnalisées (voir la courbe noire).
Cette saisonnalité est liée au rôle dominant de l'hémisphère Nord dans les émissions comme dans l'absorption de CO2.En effet, l'essentiel de la population et des continents se trouvent dans l'hémisphère Nord. C'est donc là qu'en hiver l'essentiel du CO2 est émis et qu'au printemps (à cause de la pousse de la végétation) l'essentiel du CO2est absorbé.
Au rythme actuel de progression du CO2, il faut environ 4 à 5 cinq ans pour que le pic le plus bas de l'année atteigne le niveau de ce qui était auparavant le pic le plus haut.
Et le méthane aussi
Un autre gaz d'origine anthropique joue un rôle dans l'effet de serre voici son évolution
Evolution du méthane dans l'atmosphère (en parties par milliard : ppb)
Plusieurs gaz sont principalement responsables de l'effet de serre
- La vapeur d'eau (H2O), le plus important en terme d'effet à cause de la quantité présente. Toutefois, chaque molécule d'eau à un "pouvoir "réchauffant" plus faible que le méthane ou le gaz carbonique. Elle est en outre d'origine naturelle (évaporation des océans) et est stable en quantité, elle ne s'accumule pas, la durée de maintien dans l'atmosphère d'une molécule d'eau est de l'ordre d'une semaine. La vapeur d'eau est responsable de 60 % de l'effet de serre.
- Le dioxyde de carbone ou gaz carbonique (CO2) avec 425 parties par million (0,4 pour mille, soit 0,04 %) dont, en moyenne, la moitié des molécules subsistent 100 ans dans l'atmosphère. Il est responsable de 26 % de l'effet de serre total mais de 76 % de l'effet de serre additionnel c'est à dire d'origine anthropique
- Le méthane (CH4), qu'on trouvait à 720 parties par milliard avant la révolution industrielle atteint désormais presque 2 000 parties par milliard (soit 2 parties par million, c'est à dire 200 fois moins que de CO2 mais le pouvoir réchauffant de chacune de ses molécules est environ 20 fois supérieur. Toutefois, le méthane reste peu de temps dans l'atmosphère, il réagit en haute atmosphère avec les molécules OH (hydroxyle) et donne de l'eau. La moitié des molécules se décomposent en 12 ans Il est responsable avec le Protoxyde d'Azote (N2O, présent à 330 parties par milliard) d'environ 6 % de l'effet de serre. le méthane serait responsable de 14 % de l'effet de serre additionnel et le protoxyde d'azote de 8 %. (source Wikipedia).
- l'Ozone (O3),responsable d'environ 8 % de l'effet de serre.
L'effet de serre ajoute environ 33 C° à la température mesurée à la surface de la Terre (voir ce petit calcul permettant de l'estimer). Sans ce mécanisme, nous vivrions dans un monde à - 18 C° au lieu d'environ 15 C° que nous connaissons actuellement en moyenne !
Sources: Les chiffres et graphiques reproduits sur cette page proviennent de l'ESRL(Earth System Research Laboratory) et sont librement consultables sur leurs excellents sites. L'ESRLest un laboratoire de recherche duNOAA(National Oceanic and Atmospheric Administration). Certaines données sont issues des pages Wikipedia consacrés à l'effet de serre ou à tel ou tel composant atmosphérique.
(*) Il existe aussi des graphiques comparables globaux (c'est à dire ne reprenant pas les seules données du Mauna Loa mais les chiffres sont quasiment les mêmes et le recul historique est moindre c'est pourquoi nous avons choisi ces séries statistiques).