Site consacré à l'écologie et à la construction d'une société durable, respectueuse de l'environnement Auteurs : Didier Barthès et Jean-Christophe Vignal. Contact : economiedurable@laposte.net
« Aujourd’hui la seule condition de survie réside dans l’établissement d’un rapport plus humble avec la planète. » Alain Gras
Une attaque de requin qui a récemment fait un blessé grave à la Réunion vient une nouvelle fois de générer les plus indignes réactions et d’illustrer la folie des hommes et le peu de recul de leur pensée.
Suite à plusieurs accidents, des voix s'élèvent désormais pour demander, non seulement l’autorisation de tuer les requins (comme si l’humanité ne s’en chargeait déjà pas suffisamment), mais aussi pour mettre en cause les zones protégées où la pêche est interdite, sous prétexte, que ces zones, plus poissonneuses (quelle honte), attireraient les requins ! (1).
Si l’on peut comprendre quelques réactions de ce type de la part des blessés ou de leurs proches sous le poids du drame personnel, il est inconcevable et bien triste que de telles positions soient relayées, parfois même, par les autorités.
Ces réactions illustrent bien la mentalité dominante : La nature n’a aucun droit, aucune valeur pour elle-même. Tout doit être organisé au profit immédiat de l’Homme, même pour ses loisirs les plus futiles et les moins partagés (2). La nature n’est qu’un terrain de jeu, et qu’elle se porte bien nous indiffère, si cela doit se payer de la moindre contrainte.
Dans le monde, les attaques de requins font très peu de victimes (3). George Burgess, un ichtyologue américain rappelait d’ailleurs que le nombre de décès par chute de noix de coco est beaucoup plus important que celui imputable aux redoutables squales (4): Messieurs les préfets, il est donc urgent de faire abattre tous les cocotiers ainsi d’ailleurs que d’éradiquer les abeilles que d’infâmes écologistes se proposent de protéger puisque les abeilles, plus encore que les cocotiers et les requins, font plusieurs morts en France chaque année.
Quelle myopie intellectuelle ! Quelle folie et quel mépris pour la nature et pour la vie ! Partager la planète, quitte à nous priver un peu serait au contraire une excellente leçon d’adaptation, une marque de respect envers le vivant, en un mot une preuve de l’humilité dont nous aurons tant besoin si nous voulons tout simplement survivre (voir la citation d'Alain Gras). Ce serait aussi, tout simplement, se comporter dignement.
Mais non ! Face à un problème avec les animaux, la première réaction des hommes est de tuer, d’éradiquer sans réfléchir. Nous montrons là toute notre petitesse d’âme mais aussi toute notre incapacité au moindre recul. Cela augure très mal de l’avenir qui nécessitera de notre part une attitude toute différente si nous voulons sauvegarder les équilibres du vivant.
Mais le voulons-nous ? L’humanité dans son ensemble a-t-elle une volonté ? A-t-elle d’ailleurs jamais agi collectivement ou l’Histoire n’est-elle que l’addition de drames et de situations particulières ?
Il est certain que dans un monde entièrement macadamisé nous ne nous tordrons plus les chevilles, que dans un monde sans arbre aucune branche ne nous tombera sur la tête et que dans un monde sans requin plus aucun surfeur ne sera blessé. Nous n’en profiterons malheureusement pas, car dans ce monde-là, nous serons morts.
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(1) Voir par exemple cet article :
(2) Je n’exprime en cela aucune animosité contre le surf. J'admire les performances de ses pratiquants et l'esthétique de la discipline. Mais il est clair que si nous devons parfois choisir entre un sport et la protection de la nature, nous devons sans hésiter donner la priorité à cette dernière. Ajoutons dans le cas présent que l’on peut parfaitement surfer ailleurs, même s'il faut pour cela se déplacer un peu.
(3) Les statistiques restent imprécises mais la plupart des sources évoquent largement moins de 10 morts par an. D’autres animaux, serpents, chiens (tout simplement) insectes, éléphants, hippopotames notamment font beaucoup plus de victimes bien que leurs attaques soient moins médiatisées. Il va de soi que ce qui est vrai pour les requins l’est tout autant pour toutes les autres espèces que nous devons également protéger.
(4) Le ratio entre ces deux dangers, (Georges Burgess évoquerait 10 fois plus de (mal)chances d’être tué par une noix de coco que par un requin), est discuté, mais l’essentiel est là, parmi les risques naturels l'attaque de requin est un risque mineur fortement surmédiatisé.