Site consacré à l'écologie et à la construction d'une société durable, respectueuse de l'environnement Auteurs : Didier Barthès et Jean-Christophe Vignal. Contact : economiedurable@laposte.net
La croissance, qu’elle soit économique ou démographique a tant marqué les deux derniers siècles qu’elle nous apparaît aujourd’hui comme le cadre naturel de l’évolution de nos sociétés. Pourtant, immanquablement, la finitude de notre monde imposera l’arrêt de tout mécanisme d’expansion.
Ici et là, trop timidement encore, la conscience se fait que notre avenir passe par une stabilisation et même par une diminution de nos effectifs comme du niveau de nos productions (au sens des flux matériels manipulés par les hommes). Stabilisation et diminution qu’il serait sans doute préférable d’organiser peu ou prou plutôt que de subir. Une confrontation brutale aux limites de la planète constituera toujours la pire des perspectives.
Cela serait un vaste chantier de l’économie politique, de la sociologie, de la philosophie même que de définir les conditions d’équilibre d’une société en décroissance. Les équilibres passés s’étant eux-mêmes, pour une part appuyés sur une fuite en avant, le retournement de situation n’est pas anodin et sans doute y sommes-nous mal préparés.
Pourtant, si l’on place le long terme au cœur de nos préoccupations (et le vrai ressort du retournement se situe dans un tel changement de perspective), nous pouvons réduire dans des délais raisonnables notre empreinte sur la planète par une décrue douce et à priori supportable.
De même qu’en 200 ans seulement, nous avons multiplié nos effectifs par 7 et nos productions par plus encore ; en quelques siècles nous pouvons avec des taux de décroissance très modérés, excluant tout effondrement apocalyptique, sensiblement réduire et notre nombre et le niveau de notre activité économique.
Attachons-nous à la question démographique (plus facile à quantifier que le niveau d’activité). Le tableau ci-dessous indique le nombre d’années nécessaires au retour à une population mondiale donnée selon huit hypothèses: de 6 milliards à 200 millions d’habitants (en colonnes) et en fonction de différents taux de décroissance de 2 % à 0,05 % par an (en lignes).
| Effectifs visés | 6 Mds | 5 Mds | 4 Mds | 3 Mds | 2 Mds | 1 Md | 0,5 Md | 0,2 Md | |
| tx annuel en % | (1999) | (1987) | (1974) | (1960) | (1930) | (1810) | (1500) | (0) | |
| 2,00 % | 8 | 17 | 28 | 42 | 62 | 96 | 131 | 176 | |
| 1,50 % | 10 | 22 | 37 | 56 | 83 | 129 | 175 | 235 | |
| 1,20 % | 13 | 28 | 46 | 70 | 104 | 161 | 219 | 294 | |
| 1,10 % | 14 | 30 | 51 | 77 | 113 | 176 | 239 | 321 | |
| 1,00 % | 15 | 33 | 56 | 84 | 125 | 194 | 263 | 354 | |
| 0,80 % | 19 | 42 | 70 | 105 | 156 | 242 | 329 | 443 | |
| 0,60 % | 26 | 56 | 93 | 141 | 208 | 323 | 439 | 591 | |
| 0,50 % | 31 | 67 | 112 | 169 | 250 | 388 | 526 | 709 | |
| 0,40 % | 38 | 84 | 140 | 211 | 313 | 486 | 658 | 887 | |
| 0,30 % | 51 | 112 | 186 | 282 | 417 | 648 | 878 | 1 183 | |
| 0,20 % | 77 | 168 | 280 | 423 | 626 | 972 | 1 318 | 1 776 | |
| 0,10 % | 154 | 336 | 559 | 847 | 1 252 | 1 945 | 2 638 | 3 554 | |
| 0,05 % | 308 | 673 | 1119 | 1 694 | 2 505 | 3 891 | 5 277 | 7 109 |
On notera que si l’on retient le taux de croissance actuel de l’humanité (+ 1,2 % par an) taux dangereux à long terme, mais qui d’une année sur l’autre ne modifie pas sensiblement les conditions de vie, et que pour cette raison de modération nous acceptions de (ou nous pouvions) le transformer en taux de décroissance il ne nous faudrait que : 13 ans pour retourner aux effectifs de l’an 2000, 70 ans pour revenir à la population de 1960, 160 ans pour atteindre un milliard d’habitants et moins de 300 ans pour retrouver les effectifs de l’humanité à l’époque du Christ.
Ainsi, dès que l’on se place sur une perspective de long terme (oubliez ce que vous entendez dans une campagne électorale) alors des objectifs ambitieux permettant le retour aux équilibres écologiques de la planète et par là même, à la durabilité de l’Homme sont à notre portée. Je laisse les philosophes déterminer s’il s’agit là d’une simple conséquence ou d’un objectif en soi.
Même un taux de décroissance aussi faible que 0,5 % permettrait en à peine plus d’un siècle de revenir à 4 milliards (population de la planète en 1974) et d’alléger ainsi fortement la pression anthropique.
Ce sont des ordres de grandeurs qu’il faut avoir en tête. Le passage par le long terme, c’est-à-dire le maintien de tels efforts sur longue durée est la seule voie qui rende possible notre durabilité. L’alternative est un écroulement dont notre confort, notre démocratie, la nature et notre vie même ont la certitude de faire les frais.
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Attention, ce tableau n'indique pas précisément le nombre d'enfants par femme (ce qu'on appelle couramment la fécondité) nécessaire pour atteindre les taux de décroissance retenus. Sur longue période et en l'absence de mortalité infantile une population équilibrée (c'est à dire au rapport homme/ femme en âge de procréer à peu près égal à un) est stable si chaque couple (ou chaque femme) a deux enfants. La mortalité infantile n'étant pas nulle, ce taux est en pratique légèrement supérieur.
Toutefois la structure de la pyramide des âges vient compliquer les choses, les pays qui ont une population très jeune et donc en âge de se reproduire, maintenant ou dans les années à venir, peuvent provisoirement maintenir leur croissance alors même qu'ils seraient sous le seuil de fécondité suceptible d'assurer le remplacement des générations. Cette contradiction apparente n'a toutefois qu'un temps, bien sûr.