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4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 10:44

Il est souvent admis que les migrations économiques ont en partie pour cause la croissance démographique excessive des régions d’origine. Certaines autorités politiques européennes s’en réjouissent d’ailleurs ouvertement pensant trouver là une solution aux problèmes économiques actuels et futurs. Par contre, en ce qui concerne la crise d’aujourd’hui, la plupart des observateurs estiment que sa seule cause est d’ordre politique ou militaire : les migrants fuient la guerre, l’insécurité, des régimes dictatoriaux, voire le tout à la fois.

Or, si l’on s’intéresse par exemple aux quatre pays les plus représentés actuellement, il faut savoir que depuis 1950, la Syrie a vu sa population passer de 3,4 à 20,7 millions soit une multiplication par 6,1… que durant la même période, l’Érythrée est passée de 1,1 à 5,2 millions et la Somalie de 2,3 à 10,8 millions (soit pour ces 2 pays une multiplication de la population par 4,7)… quant à l’Afghanistan, le passage de 7,8 à 32,5 millions correspond à une multiplication par 4,2.

Si les conflits perdurent, l’avenir est d’ailleurs encore assombri par des taux de fécondité importants (Syrie 3,1), voire records (Érythrée 4,9 - Afghanistan 5,4 - Somalie 6,8)… amenant ces populations à encore doubler d’ici quinze ou vingt ans.

Attention, cela ne signifie pas que c’est directement l’explosion démographique qui a causé les guerres actuelles (comme ce fut en partie le cas au Rwanda). En effet, d’autres pays connaissent le même processus démographique et restent relativement en paix. Il est cependant probable que ce facteur a joué, ne serait-ce que parce que les autorités n’ont pas pu subvenir correctement aux besoins d’une population en croissance continue et disproportionnée par rapport aux ressources disponibles.

Ce qui est donc avancé ici, c’est que si ces pays avaient connu une progression de leur population moindre, disons un "simple" doublement sur les 65 dernières années (ce qui est déjà conséquent), eh bien on peut supposer que les migrations se seraient déroulées en proportion, ce qui aurait conduit par exemple à trois fois moins de réfugiés syriens aux portes de l’Europe… ou trois fois moins de noyés en méditerranée.

On retrouve ici la même problématique que pour les catastrophes naturelles où il y a souvent trop de monde au mauvais endroit. Ce fut le cas en Haïti (371 habitants par km²), lors du séisme de 2010 qui frappa une ville (Port-au-Prince) placée dans une zone sismiquement active et qui ne se prêtait donc pas à une forte densité de population, sauf à mettre en œuvre des normes que seuls les japonais et leur niveau de développement permettent. Ce fut aussi le cas aux Philippines lors du passage du typhon Haiyan en 2013, s’abattant là encore sur un pays relativement pauvre et lui aussi surpeuplé (321 habitants par km²) et qui fit plusieurs milliers de morts. En remontant dans le temps, on trouverait de multiples autres exemples. La conclusion à en tirer est presque une lapalissade : moins les Hommes sont nombreux, moins il y a de victimes en cas de catastrophe, qu’elle soit d’origine naturelle ou humaine.

 Il n’est pas ici question de contester un accueil mesuré et en urgence des migrants, mais il ne faudrait surtout pas s’en contenter. Nous n’aurions en effet absolument rien résolu sur le long terme et l’on pourrait même s’attendre à ce que des générations futures d’européens subissent en grand ce que nous vivons aujourd’hui en petit, lorsque l’on sait par exemple que (selon les dernières projections onusiennes) l’Afrique est appelée à voir sa population multipliée par quatre d’ici à 2100 !... Si l’on veut minimiser, autant que faire se peut, les inéluctables crises humanitaires futures, il convient donc de s’investir résolument et massivement dans la baisse des taux de fécondité de tous les pays encore en proie à l’explosion démographique.

(Article préalablement publié sur le Plus du Nouvel Obs)

Denis Garnier, Président de Démographie Responsable

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Published by Denis Garnier - dans Démographie
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commentaires

jean bruguier 13/09/2015 19:19

Un article qui illustre bien la thèse exposée dans le récent ouvrage 'Moins nombreux Plus heureux, l'urgence écologique de repenser la démographie' (ed. Sang de la Terre - 2014) ; ce pays, la France, étant déjà en surexploitation de son biotope avec sa population actuelle et le mode de vie qu'elle pratique, l'accueil de chaque migrant se fait au détriment des équilibres écologiques de notre territoire. Devoir choisir entre la préservation du biotope dont on a hérité de nos parents pour le transmettre à nos enfants ou pratiquer un humanitaire devoir de solidarité, c'est le dilemme dans lequel la société de croissance nous place. A moins qu'on dise aux français qu'un migrant accueilli, c'est un enfant de moins qu'ils auront le droit écologique de faire et une vie matériellement beaucoup plus mesurée ... J'ai envie dire à tous ceux qui plaident pour un accueil sans vraiment de restrictions : Chiche ?

José 06/09/2015 03:35

"Si l’on veut minimiser, autant que faire se peut, les inéluctables crises humanitaires futures, il convient donc de s’investir résolument et massivement dans la baisse des taux de fécondité de tous les pays encore en proie à l’explosion démographique."
Avec des si, comme on dit... À la réflexion sur les causes réelles des problèmes, ça fait bien longtemps que le quidam préfère l'émotion pré-digérée d'une photo choc.

Claudec 04/09/2015 15:27

Jusqu'où peut aller l'horreur ? Insoutenable cette image d'un enfant victime emblématique d'une société devenue ingouvernable ! Mais il en existe tant d'autres de ces images dénonçant les écarts de conditions d'existence qui s'aggravent à chaque instant dans le monde ! Vers quelles photos ou vidéo faut-il diriger ceux qui ne peuvent admettre la relation existant entre toutes les misères du monde et la surpopulation humaine ?
En attendant, Il y aura près de 5 naissances dans le monde chaque seconde, soit plus de 150 millions à attendre en 2015, ce qui représente plus de 400 000 nouveaux-nés par jour. 400 000 êtres humains qui pour leur plus grand nombre naîtront dans ces contrées que tentent de fuir des malheureux chaque jour plus nombreux, pour des raisons sans cesse plus enchevêtrées et plus sombres, comme pour cacher la raison profonde de leur exode. Voici ce qui, à tous égards est réellement insoutenable.
Et ce n'est pas l'émotion ni la compassion les plus vives, quand bien même elles aboutiraient à l'accueil organisé des quelques centaines de milliers de fuyards passant au travers des mailles du filet, qui changera les conséquences de la croissance démographique attendue de l'Afrique d'ici la fin du siècle.
Quelles preuves seront nécessaires pour que nous en prenions conscience et décidions, avant qu'il soit trop tard, de mettre fin à cette prolifération aux effets planétaires ? L'humanité attendra-t-elle l'arlésienne de la transition démographique, qui ne pourra résulter que des pires tragédies ? La transition démographique n'est-elle pas en effet le recul du nombre des naissances et de l'espérance de vie, devant celui des morts ?

teysseire 04/09/2015 13:39

Oui, c'est l'évidence même: la surpopulation n'est pas forcément à l'origine de toutes les crises mais elle les aggrave toutes. Il est urgent d'agir contre la folie démographique.

jean-jacques 05/09/2015 10:00

Très bien vu.
Et j'ajouterai la presque délectation des médias à vouloir bouleverser les gens, quotidiennement, chaque heure.
Ils pourraient tout aussi bien mentionner un certain George Bush qui a cassé la paix dans le monde, ou les indiens d'Amazonie tués, eux, par les cupides destructeurs de la nature, ou les enfants assassinés par des terroristes.
Il est vrai qu'au rythme de 400000 naissances par jour il y a de quoi se morfondre.

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