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18 janvier 2018 4 18 /01 /janvier /2018 09:44

 

Au lendemain de l’abandon du projet d’aéroport de Notre Dame des Landes, toute la planète écolo se réjouit de la victoire, tandis que la sphère  politique se divise, selon son appartenance, entre les laudateurs du réalisme et les pourfendeurs du recul.

Cet abandon est une bonne chose, il répond à plusieurs nécessités.

- Protéger l’environnement et notamment la zone de bocage qui était censée l’être. On se demande d’ailleurs quel est le sens du concept de classement en zone protégée (*) si dans les faits, tout nouveau projet peut conduire à sa remise en cause par le simple passage d’une barrière administrative supplémentaire.

- Assurer la paix sociale. Les oppositions de la population étaient telles que la construction de l’aéroport aurait conduit à des heurts, peut-être à des blessés, en tout cas à des rancunes tenaces. Le spectre de la mort de Rémi Fraisse n’est pas pour rien dans la décision.

- Enfin une troisième raison, de l’ordre de la logique, sautait aux yeux de tous ceux qui se projettent dans le long terme. Un aéroport est un investissement lourd dont la rentabilité ne se conçoit que dans le cadre d’un usage sur très longue période, plusieurs décennies au moins, sinon un siècle  (la récente « invention » de l’aviation à l’échelle de l’histoire ne nous offre pas plus de recul). Or, l’usage même de cet investissement repose entièrement sur la libre disponibilité en pétrole, libre disponibilité fortement menacée à des échéances beaucoup plus courtes (20, 30 ans…) que celles qui assureraient la rentabilité du projet.  Nous étions là dans l’absurde. Un aéroport sans avion !

Un regret toutefois dans cette décision, que justement, le Premier Ministre, Edouard Philippe, ne l’ait pas motivée par des raisons écologiques. On aurait tant aimé entendre que la protection de l’environnement était aujourd’hui la priorité, que ce n’était pas seulement le risque de  conflits et moins encore l’existence d’une alternative par l’aménagement de l’actuel aéroport Nantes Atlantique qui justifiait cet abandon mais bien la volonté de protéger la nature. Dans le long terme, la Terre aura besoin des arbres plus que des avions, ce discours-là n’est pas encore tenable par un responsable politique de premier plan, souhaitons qu’il soit audible par la population.

Espérons également que dans un souci de fortifier son autorité et sa popularité auprès  d’une partie de son électorat, le gouvernement ne se montre pas plus intransigeant sur d’autres projets moins médiatisés au  niveau national. Le cas de la réalisation de l’Autoroute A45 entre Lyon et Saint-Etienne est emblématique, cette infrastructure menace également de très grandes surfaces naturelles ainsi que  la tranquillité de toutes les zones riveraines.  Là aussi, un monde couvert d’autoroutes et sans pétrole donnerait une belle image du ridicule. Pensons également à toutes les rocades, à tous les aménagements, à toutes les artificialisations du territoire que nous croyons nécessaires quand elles ne sont que des éléments d’une logique croissanciste que le simple bon sens sait pourtant condamnée.

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(*) Les surfaces de  bocage de Notre Dame des Landes étaient considérées comme une Zone Naturelle d'Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique.

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commentaires

C
Décider de la poursuite du projet, aurait été tout autant mettre fin aux atermoiements des pouvoirs précédents ; le choix qui a été fait est donc d'ordre essentiellement politique.
Mais au-delà du revirement des nouveaux décideurs par rapports à des positions sur lesquelles ils ont été choisis ; du non respect d'une décision référendaire ; du non respect de décisions de justice en dernier recours ; du non respect de l'autorité de l'Etat et des encouragements qui en résultent à l'égard de tous ceux qui le bafouent impunément, quel sera le bilan quand la capacité de Nantes-Atlantique, de Rennes Saint-Jacques et d'autres moyens de transport tout aussi polluants auront été adaptés aux besoins d'une population qui ne cessera pas pour autant d'augmenter ?
En dépit de taux de fécondité qui n'ont jamais été aussi faibles qu'aujourd'hui, la population française est passée de 55 à 67 millions d'habitants en moins de 35 ans, et la population mondiale continue de croître de 280 000 êtres humains quotidiennement.
Le problème est d'ordre planétaire et la France en représente moins de 1%, ce qui donne toute leur signification à de telles effets de manche, sans la moindre portée sur les véritables enjeux, qui se résument à savoir quoi faire, de suffisamment efficace et rapide, face à la déferlante des 11 milliards (risque médian) de terriens dans moins d'un siècle.
Outre et bien au-delà du principe de frugalité, une dénatalité massive apparaît comme le seul moyen d'éviter que la question ne se règle dans les pires conditions, quels que soient les autres problèmes (notamment de vieillissement et bien entendu toujours environnementaux) auxquels nous serons confrontés.
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D
Bonjour Claude Courty,

Certes, le problème démographique est le bien le problème dominant et il est bien en effet d'ordre planétaire. Vous savez d'ailleurs combien ce blog milite en ce sens par nombre des articles qui y sont publiés (dont le précédent par exemple), et combien, à titre personnel, j'y milite également en tant que porte-parole de l'association Démographie Responsable.

Mais il m'a semblé nécessaire de souligner sur cette question plus "locale", qu'aujourd'hui , hélas, le facteur environnemental n'était pas encore considéré comme suffisamment sérieux et important pour constituer la raison affichée de renoncer à un tel aménagement.


C'est un signe que je trouve particulièrement significatif du chemin qu'il nous reste à parcourir.
A
Ah, environnement veut tout dire et donc exactement rien dire. Et puis la preuve que personne ne comprend ce qu'est l'environnement est flagrante. Elle est devant vous : elle s'appelle la crise écologique. Mais cela les cons qui se croient non-cons ne veulent pas le voir. Ils préfèrent regarder faire perdurer le problème. Ces blaireaux mourront les yeux grand ouverts sans rien voir.
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T
Notre nouveau gouvernement ne se soucie pas plus de la nature que les précédents. La décision est politique, point. En ce qui concerne l' A45, les zones de landes protégées depuis des années, les zones agricoles précieuses car proches de la métropoles, la beauté de ces paysages, et toute la faune qui y trouve refuge, ne préoccupent pas les décideurs.
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A
La protection de l'environnement est un terme si creux qu'il est incompréhensible par vos concitoyens. Protéger le non humain, c'est clair mais protéger l'environnement, c'est les cons qui parlent aux cons. Du grand vide.
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T
Etymologie : du préfixe grec en, dans, et du latin virare, virer, tourner, venant du grec gyros, cercle, tour. ... L'environnement inclut donc l'air, la terre, l'eau, les ressources naturelles, la flore, la faune, les hommes et leurs interactions sociales
Même si c'est un mot qui n'est plus à la mode, qu'on lui préfère aujourd'hui "le vivant, le non humain", n'importe quel non-con comprend ce qu'il veut dire