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26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 16:04

Alors qu’une récente étude  (1) publiée par la revue Nature fait grand bruit puisqu’elle évoque un possible effondrement des équilibres écologiques pour la fin de ce siècle, les géologues aussi apportent leur pierre à l’édifice de la prise de conscience.

Sous le titre « Mais dans quelle époque vivons-nous ? » La revue Science et Vie (2) consacre un article au prochain Congrès International de Géologie qui se tiendra à Brisbane du 5 au 22 août 2012.

Congrès ô combien significatif, puisque l’un des thèmes de discussion sera : Doit-on (et comment) faire entrer le concept d’Anthropocène dans la classification des temps géologiques ?

Il existe bien sûr une convention internationale (3) sur les dénominations en la matière. Nul ne doit confondre le Sinémurien (entre - 190 et - 196 millions d’années) qui constitue l’un des quatre étages du Jurassique inférieur  avec le Stathérien (entre - 1,4 et - 1,6 milliards d’années), le plus récent des étages du Paléo-protérozoïque !

Cette convention qui permet aux chercheurs du monde entier de parler un langage commun est structurée en plusieurs niveaux : Eon, ère, période, époque et enfin étage. Il va de soi que tout aménagement doit faire l’objet d’un consensus, sur les noms, les périodes considérées et aussi sur les marqueurs géologiques permettant de se repérer sur le terrain.

Si l'Anthropocène est, de fait, déjà largement présent dans le vocabulaire écologique, son entrée dans la « science officielle » constituerait un pas important vers notre prise de conscience. Il ne s’agit pas de simplement se soumettre à une mode ou à un modernisme de bon aloi. L’humanité marque profondément son époque et impose à la surface de la planète et à sa biosphère en particulier des modifications fondamentales tout à fait comparables ou même supérieures à celles des grands bouleversements géologiques passés.

Quelques exemples ?

Les quantités de poissons réduites de 80 à 90 % en un siècle, les effectifs des grands prédateurs terrestres réduits de 95 % au cours du même siècle (le 20ème). La surface des forêts primaires qui s’écroule. Bref voilà qui ressemble tout à fait aux grands épisodes passés, au point que certains parlent de notre époque comme celle de la sixième extinction. Curieusement, notre civilisation impose à la planète exactement le même traitement que lui a fait subir la fameuse météorite qui mit fin au règne des dinosaures il y a 65 millions d’années : Une élimination de la quasi-totalité des espèces sauvages de grande taille. Pour les dinosaures, le changement climatique (et donc de la végétation et de leur source d'alimentation) induit par l’énergie dégagée lors du choc semble le principal responsable. Pour nous, l’occupation systématique des espaces dévolus aux espèces de grands animaux constitue le facteur déterminant des exterminations, mais dans les deux cas, le résultat est le même et présente la même brutalité. Un siècle ce n’est rien et les géologues du futur verront clairement dans les sédiments l’effondrement de la faune sauvage (et la modification climatique aussi).

Cette constatation ne conduit pas pour autant au consensus car les critères à retenir pour définir une nouvelle période sont nombreux et en conséquence, les dates qui en fixent les limites sont toutes aussi diverses.

Parmi ces critères possibles :   

- La disparition des espèces sauvages et leur remplacement par des espèces domestiques ainsi que l’homogénéisation de la faune mondiale (cela a bien commencé il y a 10 à 12 000 ans mais cela s’est accéléré prodigieusement il y a 100 ans). Quelle date doit-on alors retenir ?

- L’apparition des plastiques: Une couche sédimentaire riche en cette matière artificielle sera-elle un jour caractéristique d’un « plasticocène » ? En ce cas, il faudrait la faire commencer il y a environ 50 ans.

- L’urbanisation générale de la planète et l’occupation et la transformation de la majorité des espaces sauvages ? Là encore, le phénomène est progressif mais s’est accéléré  prodigieusement au cours de la seconde moitié du 20ème siècle.

- L’entrée dans l’ère nucléaire laisse aussi des traces avec quelques marqueurs radioactifs à longue durée de vie (aussi bien du fait du nucléaire civil que militaire dont, espérons-le pour ce dernier, les essais des décennies 1950 et 1960 resteront les seuls témoins).

Bref, de beaux débats en perspectives pour nos savants (4) et une vraie réflexion pour distinguer l’essentiel de l’accessoire, et les causes des conséquences.

Quant à la majorité d’entre nous, puissions-nous en retenir cette leçon : Quels que soient le nom et la date retenue, nous avons vraiment changé d’ère et sommes entrés dans un autre monde dont nous constituons un acteur essentiel dont la survie n’est absolument pas garantie. A nous d’en tirer les leçons et d’agir avec sagesse. Là aussi, prenons du recul, et ne croyons pas durables les équilibres actuels qui n’ont que 50 ans et se basent sur une consommation, forcément provisoire, du capital  de la planète et s'accompagnent d'un appauvrissement déconcertant de la diversité du monde vivant. 

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(1) Voir aussi à  ce sujet l'excellent article d'Audrey Garric sur son blog du Monde

(2) Science et Vie : Dans quel monde vivons-nous ? Numéro 1139, août 2012, p 78 à 87. Article de M. Boris Bellanger.    

(3) Convention qui, vous le constaterez, a éliminé toute référence aux ères primaire, secondaires et tertiaire. Le monde des sciences évolue sans égard et sans nostalgie pour nos études passées.

(4) J’aime ce mot de "savant", un peu désuet certes, mais  tellement plus joli que le vocable de "scientifique". Cela rappelle le monde de Jules Verne qui, j’en fais le pari, et malgré sa fascination pour la science et la technologie aurait été aujourd’hui un écologiste convaincu et un amoureux de la nature.    

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Published by Didier BARTHES - dans Revue de presse
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CA 05/10/2012 14:28

L'entrée dans l'anthropocène, c'est surtout l'entrée dans l'ère où il va falloir à apprendre à penser, agir et gouverner en pensant systématiquement aux conséquences (pour reprendre la réflexion
d'un article récent : http://vertigo.revues.org/9468 ).

Didier BARTHES 06/10/2012 11:05



En ce cas, on y est déja entré, car il y a quelques temps déjà que l'on aurait dû agir dans cet état d'esprit et avec ce sens de la responsabilité et de
l'anticipation.



Quentin 30/07/2012 15:45

Vous êtes certain de vos chiffres ? 90% de poissons en moins sur Terre en 1 siècle !

Didier BARTHES 06/10/2012 12:17



C'est un ordre de grandeur et je dois admettre que j'aurais dû préciser : 90 % des gros poissons. Voici un lien vers un article qui évoque la question: http://www.liberation.fr/sciences/0101442964-90-des-gros-poissons-ont-disparu



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