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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 12:48

Les conséquences de l’épisode neigeux que connaît la Région Parisienne sont fort révélatrices de la fragilité  de nos sociétés face à de (petits) bouleversements extérieurs : 10 cm de blanc et nous voilà bloqués. Que se passerait-il en cas de véritable tempête de neige ou de débordement de la Seine ?  

Mais les récriminations que suscitent ces difficultés ne sont pas moins significatives. Elles illustrent au mieux notre rapport particulier à la nature. Bien entendu, qu’un automobiliste « englué » dans sa voiture depuis trois heures soit énervé, cela est compréhensible. Que celui qui attend ses trop courtes vacances depuis plusieurs mois soit exaspéré de les voir sérieusement amputées voir menacées par les difficultés de circulation des trains, des autos ou des avions, cela se conçoit.

Cependant, il existe un autre volet au problème qui va au-delà de la réaction immédiate.

Tout d’abord, les exigences envers les pouvoirs publiques sont pour une fois excessives. Bien sûr, on pourrait imaginer les services de la voirie plus efficaces ou mieux équipés. Toutefois, qui, dans le même temps, est prêt à signer son augmentation d’impôts pour que la ville et la région entretiennent en permanence les outils, les personnels et les compétences nécessaires à un déneigement qui se révélera utile en moyenne cinq ou six jours par décennie ? 

On pourrait également suggérer que chacun, plutôt que de se retourner par réflexe vers la puissance publique, prenne en charge une partie du problème (utilisation de pneus neige ou mieux encore, non-circulation ces jours là, car dans une région sur-urbanisée comme l’Ile de France toutes les autres solutions connaissent rapidement leurs limites).

Il est enfin concevable que, quelques jours par an, nos sociétés tournent un peu différemment. Que les enfants n’aient pas classe, deux ou trois fois dans l’année n’est pas inimaginable (cela en plus, leur fera de jolis souvenirs). Que quelques bureaux remettent à demain les dossiers ce n’est pas dramatique, Quant aux commerces, globalement la consommation n'étant pas interrompue, ils vendront, les jours suivants ce qu’ils n’ont pu écouler durant les intempéries.  

Mais il y a plus profond et plus inquiétant dans ce que révèlent ces reproches. C’est la non-acceptation des contraintes de la nature. Nous souhaitons que chaque jour se déroule comme le précédent, que rien jamais  ne viennent troubler l’ordre de nos sociétés. Alors que nous nous proclamons (presque) tous écologistes, nous voulons faire comme si la nature n’existait pas et ne devait jamais rien nous imposer. Dit plus crûment, nous vantons la nature tout en réclamant, en exigeant même, un monde artificiel !  

L’affaire est importante car elle ne touche pas seulement l’enneigement des grandes villes ou quelques difficultés du même ordre.

Il s'agit bien de la même négation, du même aveuglement qui nous font refuser la prise en compte des problèmes liés à la surpopulation, à l’épuisement des réserves fossiles ou à la disparition des espèces. Nous faisons comme si le monde physique n’existait pas. Nous nions ses limites et en refusons les contraintes  afférentes. 

En conduisant le raisonnement à son terme, c'est notre statut d’êtres vivants que nous refusons pour revendiquer celui d’êtres artificiels dans un monde artificiel. Inutile d’aller plus loin, c’est une voie sans issue.

Il est une philosophie modeste qui consiste, face à une difficulté à ne pas chercher à toute force, et surtout à tout prix, à la résoudre mais au contraire à l’accepter (et il se trouve  que dans le cas présent, elle est particulièrement acceptable).

C’est probablement de ce type d’attitude dont l’humanité a besoin pour affronter les questions d’environnement. Acceptons nos limites et celles de notre monde et ne faisons pas le pari de la toute puissance. C'est un pari aussi peu sympathique que perdu d’avance.

 

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Published by Didier BARTHES - dans Billets d'humeur
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