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23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 12:04

Un texte de Gérard Charollois

Parmi les sujets tabous et les interdits médiatiques trône la pression démographique, superbement ornée d’anthropocentrisme béat.

Les villes deviennent tentaculaires, les infrastructures ravagent les sites, la croissance est célébrée en vertu première, souvent fardée de « développement durable ». Dans le moindre village, le plus petit canton, les élus locaux courent après une augmentation perpétuelle de population, gage de leur gestion dynamique et de leur refus de voir leur circonscription devenir « une réserve d’Indiens » !

La terre se couvre d’asphalte et de béton, pour le profit des oligarques vantant leur développement, au nom du « progrès », de « l’emploi », du « désenclavement ». Les populations, anesthésiées par la propagande des milieux d’affaires, ne comprennent pas l’ampleur d’un phénomène qui n’a aucune autre finalité que sa perpétuation.

Pendant ce temps, la biodiversité s’effondre. De 2007 à 2014, 30% des éléphants de savane d’Afrique ont disparu, passant de 457 000 à 352 000 individus. En France, les oiseaux communs, ceux des parcs et jardins, ceux des zones urbaines, sont menacés d’extinction, au même titre que les amphibiens, les reptiles et les insectes.

Les causes de cette mort du vivant sur l’ensemble de la planète sont bien connues : disparition des espaces naturels, prévarication des milliardaires en mal de spéculation face à tout espace non exploité, cupidité des uns, cruauté débile des autres. Entre le promoteur, ses grands ouvrages nocifs et l’idiot de village avec son gros fusil, la nature meurt.

Ainsi, les éléphants, illustration d’un phénomène global, sont victimes des riches Chinois, dépourvus de principes moraux, qui veulent des objets d’ivoire et des braconniers, insensibles à l’écologie et au respect dû à l’animal. D’autres ignorants stupides achètent, à grand prix, des cornes de rhinocéros, pour pallier des déficits d’érections, ce qui s’avère aussi efficace que s’ils consommaient leurs ongles ou leurs cheveux !

Décidément, l’humain a bien tort de s’enorgueillir car, entre sa cupidité, sa cruauté et sa sottise, il ne mérite guère son podium ! Trop nombreux, trop prédateurs, les hommes ne laissent plus de place aux autres espèces vivantes. Du sommet des montagnes aux plaines désertiques, des pôles aux forêts tropicales, l’espèce humaine submerge tous les milieux, les transforme, les exploite, les pollue. Dans un siècle, 75% de la biodiversité aura disparu. Réduire la pression démographique devient un impératif si l’on veut sauver la diversité des formes de vies sur terre.

Comment ? Pour faire gagner la vie, récusons la mort.

Tout être vivant, donc tout humain, possède un intérêt légitime à vivre. Il est donc souhaitable, au nom de cet intérêt, de prolonger la durée de la vie de chaque individu, en lui conférant la santé. Ne limitons pas la population par la mort, mais en utilisant deux autres facteurs.

C’est par la limitation des naissances et des migrations qu’il faut enrayer la cancérisation de la terre par une seule espèce. Bien sûr, ces préconisations n’ont pas le droit de citer, car elles heurtent autant les injonctions monothéistes, favorables au natalisme, que les catéchismes politico-sociologiques, pro-migratoires.

Me voici, une fois encore, iconoclaste choquant pour tous les esprits formatés, parfaitement incorrect au regard des préjugés.

Si certains pays ont vu s’abaisser leur taux de fécondité, à l’instar de la Russie, de l’Allemagne, du Japon, d’autres sociétés perdurent à croître, provoquant des déséquilibres sociaux et économiques dont elles sont les premières victimes.

Contrairement aux politiques natalistes promues par les politiciens archaïques, il y a lieu d’orienter les aides sociales vers la personne et non vers la famille.

La croissance démographique, outre le natalisme, repose désormais, en Europe, sur l’immigration. Que voilà un autre sujet tabou, propice au naufrage de la pensée, aux hallucinations idéologiques.

J’ose l’affirmer : la migration massive et forcée est une souffrance.

Premièrement, souffrance pour la nature, car l’augmentation de population appelle une urbanisation accrue. Deuxièmement, souffrance pour les personnes migrantes, arrachées à leurs terres, à leurs climats, à leurs ancêtres.Troisièmement, souffrance pour les populations locales, elles-mêmes confrontées à des difficultés sociales.

Le natalisme est, bien souvent, fruit de l’ignorance.

L’immigration est fruit de la misère, de la guerre, des obscurantismes qui jettent les peuples sur les routes d’un exil dangereux et douloureux, d’un déracinement frustrant.

Contre le natalisme, il convient d’émanciper la femme, de la libérer des conditionnements, des commandements prétendument divins ressassés par des sociétés archaïques, de lui permettre d’accéder à une sexualité choisie dégagée de la procréation subie.

Contre les migrations de masse, il convient de guérir la misère, la violence, les guerres tribales, les superstitions identitaires qui dressent les communautés les unes contre les autres.

Victor HUGO aurait pu dire : « c’est ici le combat du jour et de la nuit ». Si l’homme extermine l’éléphant d’Afrique, l’hirondelle de fenêtre, le loup, l’abeille et le hérisson, qu’il périsse, étouffé par sa pollution ou noyé dans le sang de ses guerres communautaristes dont nous avons les prémices.

Je veux encore l’inviter à un sursaut éthique, en se débarrassant des milliardaires qui assassinent la planète par leur exploitation frénétique, en éduquant au respect de la vie les idiots de village qui tuent parce qu’ils n’ont pas appris l’unité fondamentale du vivant.

L’humanité peut se perdre par ses tares. Elle peut se sauver en mutant de comportement. Nous, biocentristes, ayons la lucidité de dénoncer les vices majeurs de notre propre espèce pour que celle-ci se réconcilie avec elle-même et avec l’ensemble de ce qui vit.

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Ce texte a déjà été publié notamment sur le site de Gérard Charollois : Une force pour le vivant ainsi que sur le site Altermonde-sans frontières. Ancien magistrat, Gérard Charollois, est président de l’association écologiste Convention Vie et Nature. Il est également candidat à l’élection présidentielle de 2017.

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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 17:24

Penser aux pauvres et aux petits. C'est l'un des fondamentaux sur lequel nos sociétés se sont construites. Il n'est alors pas étonnant que des responsables politiques mettent en avant le côté insupportable de l'augmentation de ce carburant qu'est le gas-oil pour ces gens défavorisés, carburant qui leur permet d'aller au travail pour pas trop cher depuis les lointaines banlieues où ils ont été relégués. Résultat, on continuera en France pendant encore des années à sous-taxer un carburant dangereux pour notre santé et à faire payer plus cher ceux qui ont choisi une solution du moindre mal en acquérant une voiture fonctionnant à l'essence. Ce qui ne peut que contribuer à faire croître un sentiment d'injustice et d'absurdité. Bref, une logique du social qui produit le contraire de ce qu'elle est censée faire.

Et cela d'autant plus que cette politique permet à l'immense majorité des possesseurs de grosses voitures – il suffit de regarder la répartition diesel/essence des ventes d'automobiles haut de gamme – de bénéficier de la sous-taxation du diesel. Concrètement, avec un coût pour l’État de plus de 7 milliards d'euros, ce système permet à des possesseurs de voitures de plus de 45.000 euros de rouler pas cher en s'abritant derrière le pauvre petit banlieusard se déplaçant avec sa vieille Renault Mégane dci achetée d'occasion …

Il est toutefois temps dans cette affaire de regarder de quoi on parle : en somme, quel serait l'impact d'une hausse de 10 centimes des taxes sur le gas-oil - nécessaire afin de faire converger les taxes sur l'essence et le gas-oil - pour un automobiliste parcourant environ 13.000 km/an ? Avec une consommation moyenne d'environ 1 000 litres sur l'année, le surcoût serait de 100 euros/an. Une somme pas si considérable, bien moindre en tous cas que certaines hausses d'impôt qui ont frappé durement beaucoup de petits contribuables en France ces dernières années. Pour l'exemple, la suppression de la demi-part fiscale des veuves ayant élevé un enfant s'était révélée bien plus douloureuse et n'avait pas tant mobilisé nos décideurs …

Mais derrière cet exemple problématique posé par le diesel, sans doute grossi par des lobbies influents, se joue aussi la capacité de nos sociétés à s'adapter aux changements nécessités par les contraintes écologiques. Très souvent les évolutions pour un monde plus vivable impactent nos façons de vivre et supposent pour les familles soit des investissements financiers soit des coûts supplémentaires, auxquels il faut en plus ajouter des modes d'agir plus compliqués et parfois plus chronophages.

Tout le monde peut prendre le temps de trier ses poubelles, mais déjà tout le monde n'a pas toujours le temps ni les connaissances pour pratiquer une cuisine travaillant des produits provenant de l'agriculture biologique choisis sur un marché local. Et tout le monde, c'est important, n'a pas par exemple les moyens de financer un habitat à la fois sain et économe en énergie, tout le monde n'a pas les moyens d'adapter sa consommation et les objets qu'il utilise à un standard écologique élevé. Car la plupart du temps, ce n'est pas de 100 euros/an dont on parle, mais de coûts de plusieurs milliers d'euros pour une famille française qui voudrait adhérer à une transition écologique qui ne soit pas un trompe l’œil.

Bien sûr il y a des priorités à se donner, et les classes moyennes et supérieures en France auraient les moyens de vivre de manière beaucoup plus écolo à condition de faire des arbitrages parfois douloureux. Pour reprendre l'exemple précité, il leur serait possible de financer sans prise en charge par la puissance publique les adaptations de leur habitat si elles consentaient notamment à utiliser sur des durées longues des voitures très modestes et plus globalement si elles abandonnaient un style de consommation privilégiant l'éphémère, en choisissant une vita povera souvent défendue sur le blog d’Économie Durable.

Mais il y a les autres, dont le budget est si contraint que leurs possibilités d'arbitrage et de redéploiement sont quasi-nulles. Et dont les difficultés sont déjà et seront à l'avenir systématiquement mises en avant pour bloquer tant une fiscalité écologique pesant sur les ménages que des contraintes normatives à but écolo sur les objets de leur quotidien. Que faire alors pour éviter l'instrumentalisation de la pauvreté par les lobbies du vieux monde industriel pour contrer les évolutions écologiques nécessaires ? Que faire pour éviter la défense de pratiques polluantes au nom de la défense des pauvres et des défavorisés de nos sociétés, alors que ceux-ci seront en première ligne lors des futures catastrophes écologiques ?

La pollution au nom des pauvres ! Il est urgent pour tous ceux qui défendent l'écologie de réfléchir aux moyens de faire sauter ce verrou. Compenser le coût de ces nouvelles contraintes pour les déshérités de la société de croissance, promouvoir une société plus égalitaire donnant à tous les moyens de prendre ce virage si nécessaire, mettre en place des politiques autoritaires capable de faire fi des dégâts sociaux collatéraux engendrés, un peu des deux ou des trois sans doute, en tout cas la transition écologique de nos sociétés ne se fera pas sans une interrogation collective sur notre capacité à affronter l'avenir ensemble, quitte à remettre en question notre actuel modèle démocratique aujourd'hui si paralysant.

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Published by Jean Bruguier - dans Billets d'humeur
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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 12:04

Peu de rapport semble-t-il entre l’actuelle crise grecque et la menace d’effondrement de tous les écosystèmes. Dans le premier cas, une crise locale de nature économique et financière, dans le second une crise écologique générale de confrontation aux limites physiques de la planète.

Et pourtant ! Derrière ces différences, se cachent le même enchaînement des impuissances et des remises à demain, la même incapacité des sociétés humaines à l’action collective, la même aversion pour l’anticipation et pour le long terme.

Car la crise grecque ne peut surprendre que les ignorants. Depuis des lustres l’économie grecque était significativement moins performante que celle de la plupart des grands pays européens. Son intégration dans un système monétaire lui imposant une devise forte, en contradiction avec son absence de réelle compétitivité économique, ne pouvait logiquement conduire qu’à des problèmes (1). Cette difficulté était posée dès l’adhésion de la Grèce à l’Euro, il y a maintenant bientôt quinze ans, elle s’est naturellement concrétisée par un endettement croissant, fruit d’un niveau de vie structurellement en décalage avec le niveau de production. Les alertes, trop peu nombreuses, trop peu insistantes, trop peu écoutées n’ont pas joué. Cette surdité fut on ne peut mieux symbolisée par la coûteuse organisation des Jeux Olympiques en 2004 au mépris de toutes les règles de bons sens et notamment de la première d’entre elles : On ne  doit pas, on ne peut pas durablement consommer au-delà de ce que l’on produit.

Et pourtant, que fait d’autre l’humanité  dans son ensemble ?

Globalement notre espèce ne vit pas - ou plutôt ne vit plus, mais c’est en fait déjà ancien -  sur ses productions c’est-à-dire sur son seul travail, ni sur les intérêts des produits de la planète, elle vit sur le capital naturel qu’elle entame un peu plus chaque année : capital écologique (biodiversité, paysages…), capital énergétique, capital en terme de territoires conquis et artificialisés toujours plus nombreux. Tous les ans ou presque le jour du dépassement, est avancé (2).

Comme pour la Grèce, la logique est implacable, cela n’aura qu’un temps, comme pour la Grèce nous sommes et nous aurons été prévenus, comme pour la Grèce nous n’agissons pas. Mais à l’inverse de la crise grecque, il n’y aura pas d’autorité supérieure avec qui renégocier un nouveau prêt, un nouveau report, un nouvel échéancier de remboursement, un abaissement des intérêts. Les livres sur l’effondrement s’accumulent (3) et passent avec la même régularité que la montée des périls, de la rubrique science-fiction à la rubrique essais.

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(1) On pourrait toutefois amender cette analyse en notant que cette tendance était susceptible d’être au moins partiellement contrecarrée par une politique de transfert de ressources en direction de la Grèce.  Politique ayant pour but de mettre cette dernière à un niveau tel que les différences de compétitivité vis-à-vis des pays riches de la zone euro restent soutenables. Le véritable problème viendrait alors de que l’Etat grec n’a pas su utiliser à bon escient les fonds effectivement versés, ces derniers ayant à terme plutôt conforté une politique de rente, à terme catastrophique pour le pays. Dans ce cadre aussi la décision d’affecter certaines ressources aux jeux olympiques en 2004 fut édifiante d’irresponsabilité (puissions-nous nous en souvenir pour Paris 2024).

(2) Le jour du dépassement est la date censée marquer le moment de l’année où l’humanité a consommé plus que les ressources considérées comme  renouvelables. De cette idée il faut sans doute ne retenir que le concept, le détail du calcul faisant appel à trop d’arbitraires pour que l’on puisse en faire une donnée scientifique sur laquelle s’appuyer, seule son évolution unidirectionnelle à paramètres de calcul égaux peut être retenue.

(3) Je me permets notamment de recommander l’ouvrage de Pablo Servigne et Raphaël Stevens : « Comment tout peut s’effondrer,  petit manuel de collasposlogie à l’usage des générations présentes », 296 p. Editions du Seuil, collection Anthropocène, avril 2015.

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Published by Didier BARTHES - dans Billets d'humeur
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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 16:04

Mon cher Premier ministre,

J’ai eu, par le plus grand des hasards, communication d’une circulaire du ministre de l’Equipement – Direction des routes et de la circulation routière – dont je vous fais parvenir photocopie.

Cette circulaire, présentée comme un projet, a en fait déjà été communiquée à de nombreux fonctionnaires chargés de son application, puisque c’est par l’un d’eux que j’en ai appris l’existence. […] Bien que j’ai plusieurs fois exprimé en Conseil des ministres ma volonté de sauvegarder “ partout” les arbres, cette circulaire témoigne de la plus profonde indifférence à l’égard des souhaits du président de la République. Il en ressort, en effet, que l’abattage des arbres le long des routes deviendra systématique sous prétexte de sécurité. Il est à noter par contre que l’on n’envisage qu’avec beaucoup de prudence et à titre de simple étude, le déplacement des poteaux électriques ou télégraphiques. C’est que là, il y a des administrations pour se défendre. Les arbres, eux, n’ont, semble-t-il, d’autres défenseurs que moi-même et il apparaît que cela ne compte pas.

La France n’est pas faite uniquement pour permettre aux Français de circuler en voiture, et, quelle que soit l’importance des problèmes de sécurité routière, cela ne doit pas aboutir à défigurer son paysage. La sauvegarde des arbres plantés au bord des routes – et je pense en particulier aux magnifiques routes du Midi bordées de platanes – est essentielle pour la beauté de notre pays, pour la protection de la nature, pour la sauvegarde d’un milieu humain.

La vie moderne dans son cadre de béton, de bitume et de néon créera de plus en plus chez tous un besoin d’évasion, de nature et de beauté. L’autoroute sera utilisée pour les transports qui n’ont d’autre objet que la rapidité.

La route, elle, doit redevenir pour l’automobiliste de la fin du XXe siècle ce qu’était le chemin pour le piéton ou le cavalier : un itinéraire que l’on emprunte sans se hâter, en en profitant pour voir la France.

Que l’on se garde donc de détruire systématiquement ce qui en fait la beauté !

Georges Pompidou. 

(Lettre de Georges Pompidou à Jacques Chaban-Delmas, le 17 juillet 1970)

 

Publier un texte du président Pompidou dans un blog écolo n'est pas facile, même si ce texte est un acte vigoureux de défense de nos arbres au bord des routes, arbres qu'il est encore question d'abattre aujourd'hui au motif de notre sécurité. Car les années Pompidou, comme on dit si bien, ont été les années de la croissance à tout va, du véritable démarrage de la société de consommation et du bétonnage sans finesse ni distinction de nos villes et de leurs banlieues.

La seconde partie de cette période historique que Jean Fourastié a appelé les Trente Glorieuses, animée et symbolisée par Georges Pompidou d'abord comme Premier Ministre puis comme Président, a vu la mise en place de tout ce qui nous mène aujourd'hui à travers un chaos calme vers une catastrophe écologique.

Alors, citer Pompidou … ! et pourtant il n'est pas sans signification que cet homme-là, qui conduisit la France dans une aventure industrielle sans pareille (et dont beaucoup ont en ces années où la croissance économique s'étiole la nostalgie), était un homme avec de la terre à ses souliers, aimant physiquement la campagne, et profondément cultivé. Ambiguïté du pompidolisme, nous propulsant dans une agressive modernité tout en s'inquiétant déjà des dégâts du progrès : c'est sous sa présidence que naît le premier ministère de l'environnement avec Robert Poujade ; ambiguïté encore illustrée des années plus tard par ce bébé-Pompidou que fut Jacques Chirac, ce Président proche de la FNSEA et des milieux industriels qui pourtant déclara au sommet de la Terre à Rio « notre maison brûle et nous regardons ailleurs », fustigeant ainsi notre incapacité commune à relever le défi écologique. L'écologie est aussi une science de la complexité … alors va pour ce beau texte de Pompidou !

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Published by Commentaires : Jean-Christophe Vignal - dans Billets d'humeur
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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 09:24

La victoire de Syriza en Grèce marque clairement l’exaspération devant des difficultés économiques récurrentes et l’on peut parfaitement comprendre les raisons du peuple grec en plein désarroi. Elle est aussi, hélas, l’indice d’un avenir inquiétant.

Syriza s’est bâtie sur le refus de l’austérité. Depuis longtemps déjà, le niveau de consommation en Grèce était supérieur à celui de la production, source inévitable d’un endettement croissant. Le refus de voir à long terme a atteint son paroxysme quand, au-delà de toute raison, la Grèce, il y a quelques années, s’offrit les jeux olympiques. Vint ensuite le temps de rembourser et la confrontation à l’impossible. Que le système bancaire ait ses imperfections, que les charges d’intérêt puissent être trop lourdes et qu’il faille les revoir; sans doute, mais cela ne décharge pas les hommes de leur imprévoyance : ni les responsables grecs, ni les responsables de l’Union Européenne qui ne surent mettre assez tôt un frein à cette dérive. La dette grecque ne s’est pas construite en un jour.  Les économistes regardaient-ils ailleurs ? Que disait Syriza quand la Grèce consommait à crédit ?

Cette imprévoyance est la première source d’inquiétude, mais sur le plan écologique, il en est une seconde. Face à la crise globale, le premier réflexe des grecs a été de demander une relance de la croissance. Ce recours à la croissance - solution miracle à tous nos problèmes - est d’ailleurs prôné par nombre de dirigeants français et européens. C’est là un signal inquiétant de ce que pourrait être le réflexe de toute l’humanité quand celle-ci sera confrontée à la finitude de la planète et de ses ressources et que la crise s’installera de façon globale. Nous entêterons-nous tous dans une demande infantile de l’impossible ?  Nous arcbouterons-nous sur l’idée d’assoir l’équilibre de la société sur une croissance permanente ? Si oui, alors la crise n’aura pas d'autre solution que l’effondrement. Les mises en garde auront été nombreuses et largement médiatisées, nous n’aurons plus d’excuses.

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Published by Didier BARTHES - dans Billets d'humeur
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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 15:44

Il est d’usage que les rêves soient pour quelque chose, permettez qu'à rebours de toutes les règles habituelles de la communication, pour une fois, ils soient contre : contre trois erreurs.

Parmi d’autres,  trois grands projets ont récemment fait en France la une de l’actualité et cristallisé les luttes de nombreux opposants (1).

   

- L’aéroport du Grand Ouest à Notre Dame des Landes.

- Le stade des lumières à Décines, près de Lyon.

- Le barrage de Sivens (Tarn).  

Le premier n’est pas encore sorti de terre mais a donné lieu à de  grands rassemblements de protestation et l’on peut heureusement commencer aujourd’hui à sérieusement douter de sa réalisation. Le second a déjà conduit à l’anéantissement de 42 hectares de forêts et de précieuses zones humides et vient hélas de provoquer la mort d’un homme, Rémi Fraisse. Le troisième, malgré la lutte toujours vivace des opposants, dresse déjà sa muraille de béton à proximité de Lyon (en face d’une prison, de l’autre côté de l’autoroute, l’endroit, autrefois des champs, devient délicieusement bucolique).

On donne souvent aux personnes qu’un souci vient de frapper le conseil suivant : Projetez-vous dans un an : Y penserez-vous encore ?  Cette question aura-t-elle significativement impactée votre vie ? Si la réponse est non, alors : ignorez le problème dès maintenant. Recommandation bien sûr plus aisée à donner qu’à suivre tant notre besoin d’immédiat - notre préférence pour le présent, diraient les économistes -  rend difficile son application systématique. Pourtant, cela n’enlève rien à la justesse du raisonnement : Le recul et la projection dans l’avenir restent nos meilleurs guides. Pour les affaires publiques où l’affectif devrait avoir une moindre part, il serait bon de s’y référer. De quoi avons-nous besoin ? Que nous manquera-t-il demain si ces trois projets ne sont pas réalisés ? A vrai dire : pas grand-chose, au contraire.

Le monde de demain sera sans pétrole (2) et les espaces naturels seront toujours plus réduits. Dans ce cadre-là, est-il bien raisonnable de bétonner des forêts pour construire un vaste aéroport dans une région qui en possède déjà, alors que l’aviation civile pour le transport de masse a toutes les chances de passer par pertes et profits au mitan du siècle ? Non, ce n’est pas raisonnable, c’est irresponsable, même si au mépris de toutes les règles de la physique, quelques rêveurs pensent faire voler les avions à l’huile de colza (colza sans OGM parce que, quand même…). Ce projet est une illustration parfaite du sacrifice de demain au bénéfice d’aujourd’hui, le bénéfice lui-même n’étant d’ailleurs que strictement financier et pour quelques-uns seulement.  Nous regarderons rouiller (3) les avions là où poussaient les fleurs et les arbres, vaste progrès !

Il en est de même du Stade des Lumières près de Lyon (à Décines). Lyon possède déjà un grand stade (Gerland) et l'agglomération grignote tous les jours les rares espaces naturels qui subsistent à proximité. En pleine crise économique doit-on consacrer plus de 600 millions d'euros à un tel projet quand les structures existent déjà. Tous les jours, la crise occupe l’essentiel de l’actualité et le besoin de justice sociale est au cœur des polémiques. Tandis que des joueurs dont le seul talent est de taper dans un ballon avec plus d’adresse que la moyenne gagnent plusieurs dizaines de milliers d’euros (encore ne s'agit-il pas, loin de là, des salaires records) on demande à la population qui en moyenne gagne entre 10 et 100 fois moins qu’eux de se porter financièrement garante (via le conseil général du Rhône) d’une partie de la bonne réalisation du projet. L’équipe de Lyon a de quoi payer des salaires indécents mais demande à la puissance publique (qui le lui accorde !) de garantir son projet ! Que le stade soit particulièrement défendu par un maire socialiste supposé favorable aux revenus les plus modestes  ne change rien à l’affaire tout au plus cela apporte-t-il un peu d’ironie. A la place des champs et des bois se trouvera en outre un centre commercial (il faut bien rentabiliser) des parkings et des bretelles d’accès. Au vu de ce qu’est devenue la banlieue lyonnaise, il est bien difficile d’imaginer que là sont les besoins de demain. Quand Lyon et Grenoble ne feront plus qu’une, sera-t-il temps de bétonner vers le nord, jusqu’à Paris ? Le poids des jeux et la glorification du superficiel sont des phénomènes récurrents, Rome aussi avait ses jeux, mais au moins, le Colisée avait quelque allure.  

Il est délicat de parler du barrage de Sivens  en pleine actualité et en relation avec la mort d’un manifestant. Mais là aussi, au-delà du drame, nous devons penser à ce qui est le plus précieux. Les zones humides sont extrêmement riches et leur destruction  constitue une catastrophe écologique. Sur le futur site du barrage, 94 espèces protégées ont vu leur habitat détruit. Quel est le sens du concept d’espèce protégée si un simple arrêté peu les « déprotéger » ?  Les mots ont-ils un sens ?  Les engagements une réalité ?  La France a-t-elle besoin d’un peu plus de production agricole ou doit-elle préserver sa diversité biologique ? Beaucoup l’ont déjà souligné, le projet du barrage de Sivens pose un problème de même nature que l’aéroport du Grand Ouest, la contestation qu’il suscite est d’ailleurs comparable.    

On aimerait un signal fort comme on dit aujourd’hui, on aimerait que la ministre de l’écologie raye d’un trait de plume ces trois erreurs, non pas pour le plaisir de voir le pouvoir céder aux opposants, mais pour espérer la prise de conscience. Il y aurait quelque noblesse à ce qu’un responsable politique en charge de la question  se dresse et dise simplement : « Non ce n’est pas cela dont l’avenir a besoin et pour cette raison, nous ne le ferons pas ». Voilà comment l’on pourrait concevoir le rôle de ministre, au service des grandes choses. La plus grande : protéger la nature.

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(1) Voir par exemple l’association Carton Rouge .  

(2) Pas sans pétrole du tout bien entendu, nous ne consommerons pas l'or noir jusqu’à la dernière goutte. "Sans pétrole" doit s’entendre ici au sens : sans le flux nécessaire pour faire fonctionner l’économie selon son mode actuel.

 (3) Je médis, désormais les avions sont largement en fibre de carbone.

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Published by Didier BARTHES - dans Billets d'humeur
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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 16:44

Au cours des dix dernières années l’homme civilisé s’est fait un nouvel ami : le  GPS ou Global Positioning systèm. Cet ingénieux procédé de localisation a su se rendre si indispensable que son usage militaire initial en est presque devenu anecdotique. Il est désormais dans notre quotidien (1). Avions,  bateaux, automobiles, téléphones portables, tout ce qui bouge a son GPS, les randonneurs et les cyclistes eux-mêmes, commencent à s’en équiper. Voyant un peu plus loin, les auteurs de science-fiction vont jusqu’à imaginer son insertion dans une micro puce sous cutanée qui permettrait à quelque Big Brother forcément bien intentionné, de connaître à toute heure, à toute seconde et au mètre près la position de chacun des dix milliards d’êtres humains que notre planète comptera bientôt. Quel progrès pour la sécurité ! Quel progrès pour la justice ! Quel progrès pour la productivité ! (2)

Cependant, malgré un goût marqué pour la géographie et une admiration réelle pour l’exploit technique que représente l’extrême sophistication de ce système (3), le GPS me parait avoir sa part d’ombre et jouer un rôle dans notre séparation croissante d’avec l’environnement.

On pourrait au contraire supposer que cette petite merveille qui situe son utilisateur par rapport au cadre naturel le plus évident, c’est-à-dire le sol de la planète, rapproche l’homme d’une perception plus vive du monde réel. En effet, et quoiqu’il ne présente pas toujours les résultats sous cette forme, le GPS pourrait réconcilier les hommes avec les concepts de longitude et de latitude, ou au moins plus largement, avec la cartographie. Chacun, grâce à lui, pourrait s’imaginer  dans la peau d’un explorateur digne des livres de Jules Vernes.

Las, il n’en est rien, tout au contraire.

Fini le plaisir pour le randonneur, carte IGN en poche, de deviner le terrain, d’associer les traits ou les détails de la carte aux réalités du monde, de suspecter l’ensoleillement ou de dessiner en lui-même les perspectives et les paysages au regard des seules courbes de niveaux, bref de se situer grâce à son intelligence et à son imagination : « Vous êtes là, ne cherchez pas, je pense pour vous » semble nous dire la petite boîte. Pareillement prise en charge, l’automobiliste a lui aussi tôt fait d’abandonner toute idée d’itinéraire. Il programme ses lieux de départ et d’arrivée et n’a plus qu’à choisir parmi d’autres, la voix la plus suave pour suivre la voie la plus courte.

Inutile pour lui de savoir que venant du nord il devra tourner à droite s’il veut aller vers l’ouest (4) le boîtier  pense et décide à sa place. « Tournez à droite dans 100 mètres, puis à gauche au rond-point...  ». Merveilleuse machine que vous pourrez contredire cent fois et qui jamais ne s’en offusquera (5). Par sa grâce, le monde se trouve réduit à un ensemble de vecteurs et de chiffres, présentés sur écran sous la forme de cartes simplifiées et de pictogrammes accessibles à notre esprit dessaisi afin de répondre instantanément à une demande pauvre mais pragmatique.

Par l’usage du GPS, l’homme abandonne toute vraie relation avec sa localisation, toute compréhension de son itinéraire, toute représentation mentale de la géographie et de son environnement. Il fait une confiance absolue au système, il lui demande un résultat sans se préoccuper du processus, en abandonnant dès l’instant toute maîtrise. De même qu’il n’est plus nécessaire de pêcher (de chasser, de cueillir….) pour manger, il n’est plus nécessaire de voir et de comprendre pour se déplacer. Nos machines ont supplanté nos muscles, elles supplantent maintenant notre cerveau sur un terrain de plus. Elles participent en cela à nous faire oublier le vrai terrain justement, celui de la planète. Elles nous éloignent de la matérialité du monde et cet éloignement dans toute ses dimensions est peut être la cause la plus profonde des problèmes écologiques. Nous ne respectons pas la nature et nous nous permettons de la détruire par ce que nous ne sommes plus en elle et n’y faisons plus attention. Nous n’avons plus avec elle que des relations médiatisées par une technologie dont nous avons même renoncé à comprendre le fonctionnement. Les économistes nous avaient déjà préparés à cette rupture en ne considérant dans le calcul des richesses que ce qui relevait du seul  travail des hommes, et en négligeant ce que la nature nous offrait. La technologie y a contribué plus encore en créant un cocon trop protecteur entre nous et les contraintes physiques du monde. Le GPS apporte une couche nouvelle, il est un vecteur de plus de cet éloignement, il constitue sous ses airs neutres et séduisants un symbole supplémentaire de notre divorce avec la nature.  

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(1) En particulier depuis que les autorités militaires américaines, après quelques atermoiements, aient, en l’an 2000, accepté de supprimer le brouillage qu’elles imposaient jusqu’alors pour interdire à d'autres puissances l’usage du GPS à des fins militaires. Ce brouillage limitait la précision de la localisation à 100 mètres environ. Aujourd’hui celle-ci atteint couramment moins de 10 mètres.

(2) Hélas, le point d’ironie manque  à la ponctuation.

(3) La prise en compte par exemple des effets relativistes est tout à fait impressionnante, il en est de même de l’analyse de troubles de la conduction des ondes électromagnétiques dans la haute atmosphère.

(4) Cette logique toute simple avait, il est vrai, déjà été mise à mal par les abominables échangeurs autoroutiers susceptibles de troubler le sens de l’orientation le plus aiguisé.

(5) Du moins jusqu’à ce que d’ingénieux informaticiens conseillés par de tout aussi ingénieux psychologues considérant la nécessité de mettre un peu d’humain dans l’affaire n’insèrent  dans les logiciels de synthèse vocale des remarques acerbes sur l’incompétence du conducteur. On peut évidemment broder à l’infini sur ce thème, jusqu’à simuler les plus subtiles scènes de ménage entre la machine et son propriétaire, laissant vite de côté l’origine cartographique du conflit.

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24 avril 2014 4 24 /04 /avril /2014 10:44

En 2009, le professeur Mollo-Mollo,  publiait cette lettre ouverte aux ONG que l’on peut retrouver aujourd’hui dans: Le Futur a-t-il un avenir ? l’excellent livre de Philippe Lebreton. Elle n’a rien perdu de son actualité. A lutter contre la faim sans lutter contre la surnatalité on se donne bonne conscience mais on remplit le tonneau des Danaïdes. Par cette omission, on peut se demander si certaines ONG qui devraient avoir pour objectif ultime de créer les conditions de leur inutilité et à terme de leur disparition ne travaillent pas en réalité à la perpétuation de leur nécessité.

 

Chers collègues,

 

Nous sommes nombreux à admirer le dévouement et la compétence dont votre association fait quotidiennement preuve dans ses actions humanitaires pour réduire la misère du Tiers Monde. Un milliard de personnes ne sont-elles pas sous la contrainte de la faim après tant de décennies d’effort ? Je citerai un vieux proverbe chinois « Quand le réservoir déborde, avant d’aller chercher une serpillère, le sage ferme le robinet » Autrement dit, si le gâteau n’est plus assez grand pour nourrir tous les affamés, comment ne pas s’interroger sur la montée en puissance de tant de nouvelles bouches à nourrir ? N’est-il pas imprudent de faire venir au monde des êtres condamnés à s’entre-déchirer sous peu dans un milieu de plus en plus hostile et cruel, climatiquement et ethniquement ? Comme disaient les anciens (quand nous étions 50 fois moins nombreux) : « Laissez faire Vénus et vous aurez Mars » ? 

Intéressé à ce problème à la fois comme scientifique et comme citoyen je n’ignore pas les questions sous-jacentes (d’ordre économique, sociologique, éducatif, éthique) et ne sous-estime pas les blocages conscients et inconscients (d’ordre déontologique, politique, religieux) qui conduisent à l’assourdissant silence actuel des élites et des responsable sur la question démographique dans le Tiers Monde. Voulant à la fois contribuer à lutter contre le sous-développement et à lever les tabous démographiques relevant d’une irresponsabilité collective, je suis non seulement prêt à poursuivre mon aide aux ONG humanitaires mais encore à doubler la mise.  

J’assortis néanmoins cette proposition de la clause suivante : le montant antérieur continuerait à être attribué aux actions « habituelles », la nouvelle moitié à la maîtrise de la natalité dans le même contexte. Pour symboliser ce qui paraitra peut-être peu correct politiquement et religieusement aux yeux de certains, je propose une campagne intitulée pilule avec nourriture ou, plus précisément, « droits féminins et pilule avec nourriture et soins » volets indispensables pour une humanité/féminité durable, consciente et responsabilisée à tous les niveaux.  

Avec l’espoir de voir les réalités en face, je vous prie de recevoir, chers Collègues l’assurance de mes sentiments dévoués et les meilleurs.  

 

Professeur Mollo-Mollo.

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Le futur a-t-il un avenir ? Pour une responsabilité socio-écologique, par Philippe Lebreton, Editions Sang de la Terre, Paris 2012, 378 p. La lettre évoquée ci-dessus se trouve page 258.    

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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 20:24

Le dernier rapport du GIEC sur l’évolution climatique laisse entendre que la situation a empiré depuis la publication précédente en 2007 (*). Ce rapport affirme également que plus nous attendrons pour agir, plus cela coûtera cher ! La belle affaire ! Pour beaucoup moins d’argent, bien des analystes amateurs seraient arrivés aux mêmes conclusions.

La situation a empiré parce que les lois physiques n’ont pas changé, il y a d’ailleurs peu de chance pour qu’elles le fassent, et parce que, émettant toujours plus de gaz à effet de serre qui se stockent dans l’atmosphère pour une durée supérieure à celle séparant deux rapports du Giec, il est tout à fait normal que leur concentration ait augmenté et qu’en conséquence, les effets que l’on attend d’eux évoluent dans la même direction.

Parions sans prendre de risque que si la périodicité de publication est respectée, le prochain rapport sortira en 2021 et qu’il sera encore un peu plus alarmiste tout en l’étant un peu moins que celui de 2028.

Un peu de causticité sur ces rapports ou au moins sur leur utilité vient naturellement à l’esprit quand on entend les commentaires de la classe politique. Mettons de côté ceux qui balaient d’un revers de main ces perspectives alarmistes en jouant bien imprudemment sur les inévitables marges d’incertitudes et intéressons-nous à ceux qui en acceptent les conclusions. L’on entend alors parler de la nécessité de changer nos économies et de nous lancer dans la croissance verte et le développement durable. Disons-le tout net : c’est de l’escroquerie, la croissance ne sera pas verte et le développement ne sera jamais durable dans un monde fini, nous sommes lassés de ces concours d’oxymores.

Les quelques mesures d’économies évoquées ne changeront rien, car il importe bien peu à la nature que, sans se restreindre aucunement, nous brûlions toutes les réserves fossiles en 100 ans ou bien en 130 ou 140 ans après avoir tenté de repeindre la croissance en vert. La plupart des énergies renouvelables (sauf peut-être l’hydroélectricité mais pour laquelle les grands équipements existent déjà dans les pays développés) sont en fait très gourmandes en CO2. Ainsi les panneaux photovoltaïques consomment en énergie pour leur fabrication plusieurs années de ce qu’ils pourront ensuite produire (ne comptons pas en plus leur transport, leur montage et leur entretien ni leur recyclage car de toute façon il est quasi impossible). La plupart de ces solutions (éolien compris) nécessitent pour être mises en place et perdurer, la poursuite de notre société industrielle, seule à même de fournir les équipements et les matières nécessaires. Ne l’oublions pas nous avons déjà pratiquement épuisé tous les grands gisements de minerais faciles d’accès et le recyclage lui-même est énergivore et présente un taux de récupération largement inférieur à un. La biomasse elle-même a ses limites d’autant que son usage est loin d’être parfait puisque cela consiste à rejeter dans l’atmosphère beaucoup de composants qui auraient normalement dû réintégrer et enrichir les sols.

Il n’existe pas de solution pour poursuivre la croissance économique et démographique d’un monde de 7 et bientôt 10 milliards d’habitants qui ne soit catastrophique pour l’environnement. Les gaz à effets de serre n’en sont qu’un exemple parmi d’autres même si sur ce point les faits sont inquiétants, l’Homme modifiant désormais de façon marquée la composition de l’atmosphère de la planète (l’on n’ose pas dire de sa planète tant, sans doute, ce sentiment inné de propriété a quelque chose à voir avec l’irresponsabilité de nos comportements).

La seule solution serait de dessiner et de pouvoir entreprendre un vaste plan de décroissance économique et démographique avant que la nature ne nous l’impose, sous la forme d’un implacable diktat, celui du heurt contre les limites physiques du monde. La tâche semble au-dessus du pouvoir de quiconque.

A la décharge de nos responsables politiques, auraient-ils pris conscience de cette perspective, ce qui est hélas loin d’être sûr pour beaucoup d’entre eux, tenir un tel discours leur est impossible parce que leur essence même est d’offrir des perspectives heureuses.

Nous sommes dans un bolide lancé à 300 km/h vers un mur de béton désormais très proche. Si nous freinons, nous n’arriverons de toute façon pas à stopper à temps et de plus nous déraperons et heurterons le mur de biais ce qui parait encore plus effrayant. Si nous donnons un brusque coup de volant nous déraperons aussi avec les mêmes conséquences. Résultat : paralysés, nous ne faisons rien… et nous heurterons le mur de béton. James Lovelock avait très bien résumé la situation dans son ouvrage "La revanche de Gaïa" par cette phrase prophétique. « Notre civilisation est  dans la situation de celui que la drogue tuera qu’il continue ou qu’il cesse brusquement d'en consommer ». Comment mieux dire ?

Il fallait bien sûr se préoccuper du problème dès la grande reprise économique des années 50. Les mathématiques et le bon sens nous permettaient déjà de savoir que nous serions 6 milliards en l’an 2000 (et nous le savions et nous l’avons été) et que nous vivions dans un monde fini inapte en cela à supporter indéfiniment l’expansion. Mais déjà un tel discours était  inaudible, il heurtait de front la plupart de nos aspirations.

Que faire alors ? Je crois qu’il est temps d’avoir la lucidité d’admettre que l’écroulement est inévitable. Qu’il supposera souffrances pour les hommes et destruction de la civilisation dont certains aspects nous semblaient tout à fait extraordinaires sinon merveilleux. Au-delà des modalités difficiles à deviner et du sort propre à l’espèce humaine, il nous reste espérer aussi que dans cet écroulement quelques espèces survivront et que dans quelques millénaires (ou centaines de millénaires, car telle est l’échelle de temps pour la nature, bien loin de nos petites affaires humaines)  de nouveaux équilibres s’établiront comme cela s’est déjà produit à l’issue des grandes extinctions passées. Qui peut le comprendre aujourd’hui ?  Qui peut l’accepter ? Qui parmi les représentants de l’espèce coupable ?

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(*) Le dernier rapport du Giec (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) présenté ce mois d’avril est le cinquième du nom, les précédents ont été publiés en 1990, 1995, 2001 et 2007. A titre d’exemple la concentration en CO2 pour ces années était de 355 parties par millions (ppm) en 1991, de 361 ppm  en 1995, de 371 ppm en 2001, de 384 ppm en 2007 et devrait cette année être un peu inférieure à 400 ppm. Gageons qu’avec une croissance d’un peu plus de 2 ppm par an elle frôlera les 415 ppm pour le 6ème rapport du Giec au début des années 2020. (Voir ici les données moyennes de concentration en CO2 relevées au Mauna Loa).

Sur ce sujet voir également l’article publié sur le site du Monde.

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Published by Didier BARTHES - dans Billets d'humeur
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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 12:24

Sur l'aspect insupportable de ce drame, tout a été dit. Au-delà d'une évidente compassion,  il est aussi de notre devoir moral de se demander que faire pour éviter de telles catastrophes humaines.

Très souvent est avancée l'idée que la solution est à rechercher dans l'aide au développement, une Europe en crise n'ayant pas vocation à accueillir des milliers et des milliers de migrants. Cela semble frappé au coin du bon sens : si ces personnes avaient chez eux des perspectives de vie sinon attrayantes au moins normales avec de quoi gagner leur vie pour elles et leurs familles, elles ne s'embarqueraient pas sur des bateaux pourris avec des passeurs improbables, allant jusqu'à mettre leur vie en jeu dans une sorte de quitte ou double désespéré.

Revient alors comme une évidence que la seule solution est de favoriser le développement économique de ces pays, à coup d'investissements occidentaux massifs, et l'on évoque des transferts financiers pouvant aller jusqu'à plusieurs points du PIB des pays riches. En oubliant souvent que l'arrivée brutale ou disproportionnée d'une manne financière peut avoir un effet désorganisateur sur un pays et son économie, générant plus de problèmes qu'elle n'en résout. En oubliant surtout que derrière cette idée d'aide au développement se cache encore et toujours cette mystique de la croissance toujours perçue comme la solution à tous nos maux.

Avec l'aide au développement, c'est une économie des pays dits du tiers monde tentant de trouver sa place dans l'économie mondialisée avec toujours plus d'usines, toujours plus d'exportations et d'importations, une frénésie de mouvements en tous sens, avec une classe moyenne en croissance qui peut singer l'Occident. Mais pourquoi cette fameuse croissance conduirait-elle les pays pauvres vers le bien-être alors que cette même mystique de la croissance installe les pays riches d'Occident dans une impasse lourde de dangers à terme ? Ou alors il faut parler d'un autre développement ... mais qui y pense vraiment alors que nous nous sommes, en Europe comme en Amérique, révélés incapables d'en cerner positivement les contours depuis 40 ans que nous parlons d'écologie et de développement durable.

Mais si cette aide au développement-là n'est pas la solution, il faut aussi s'interroger sur la dynamique de croissance démographique qui a marqué les pays du tiers monde depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Beaucoup de ces pays n'ont pas une géographie favorable à la fourniture des éléments essentiels à une population devenue trop nombreuse pour les ressources locales, et bien des hommes et des femmes ne peuvent pas y trouver leur place. Le monde entier a cru en la croissance et dans un développement hors-sol sans limites ; désormais il y a des femmes et des hommes en trop sur des territoires importants, et par ailleurs une crise des pays riches se heurtant aux limites de la planète fait que ces personnes en trop ne sont pas les bienvenues hors de leurs pays d'origine.

C'est donc collectivement qu'il nous faut désormais mettre en œuvre une démographie raisonnable dans le monde, et résoudre aussi le cas de ces hommes et femmes afin qu'ils aient une place, quitte à se serrer un peu !

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Published by Jean Bruguier - dans Billets d'humeur
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