Site consacré à l'écologie et à la construction d'une société durable, respectueuse de l'environnement Auteurs : Didier Barthès et Jean-Christophe Vignal. Contact : economiedurable@laposte.net
Par Didier BARTHES
Lundi 12 janvier, à l’issue de l’émission " C dans l'air " sur France 5 consacrée au conflit russo-géorgien, l’économiste Jean-Marie Chevalier a affirmé que le ratio entre les réserves prouvées de gaz et la consommation annuelle était de 65.
L’animateur Thierry Guerrier en a alors conclu qu’il nous restait 65 ans de réserves et l’économiste a confirmé en précisant : " On aura toujours du gaz "
Rappelons donc qu’il n’y a pas identité entre un ratio réserves / consommation annuelle de 65 et la certitude d’avoir du gaz pour 65 ans.
Pour que cette égalité soit exacte, il faudrait que soient remplies un certain nombre de conditions.
Or aucune de ces conditions n’est satisfaite.
En conséquence si le ratio évoqué est exact (ce qui d’ailleurs ne constitue pas une certitude ni dans un sens ni dans l’autre) il est probable que nous consommions encore un peu de gaz dans 65 ans et même au-delà. Mais, comme pour le pétrole, les quantités en cause seront déclinantes (et cela, bien avant 65 ans).
Peu à peu ces deux sources d’énergie deviendront négligeables en terme de quantités et même sans doute finalement marginales en terme de part de marché.
Pour le pétrole, le ratio réserves / consommations annuelles est d’environ 40. Cependant, là aussi, nous connaîtrons des pénuries bien avant et cela, alors même que nous consommerons encore un peu d’or noir dans 60 ou 100 ans. Le charbon, le nucléaire, les énergies renouvelables prendront probablement la relève, à moins que la civilisation ne s’écroule victime de nos aveuglements persistants.
" C’est dans l’air "est généralement une excellente émission et mettons sur la pression de l’horloge (nous étions dans les dernières secondes) cette identité trop vite présentée comme vérité.
Enfin la dernière remarque de Jean-Marie Chevalier illustre merveilleusement le raisonnement des économistes. Tout d’abord ceux-ci n’envisagent jamais le long terme. 65 ans lui semble le bout du monde puisqu’il affirme nous ne manquerons jamais de gaz. Or 65 ans est une broutille dans l’histoire de l’humanité et beaucoup des enfants qui naissent aujourd’hui ont même la perspective de vivre dans un monde sans pétrole et sans gaz. Difficile à imaginer ! Non ?
Plus fondamentalement encore, on mesure la réticence des économistes à prendre en compte les limites physiques du monde. La science économique ne s’intéressant et ne nommant même production que le résultat du travail des hommes elle continue à ignorer ou à tenir pour négligeables les dons de la nature. Il est vrai que si elle le faisait, il y a bien longtemps que les comptes de l’économie mondiale marqueraient une récession.
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