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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 09:48

Foret--il-etait-une--film.jpgAbandonnons un instant l’écologie politique, l’écotaxe et les débats internes à nos « verts » pour revenir au fondamental : s’émerveiller devant la nature et découvrir quelques-uns de ses mystères.

C’est ce que nous propose Il était une forêt, le film de Luc Jacquet qui met en scène les étapes de la reconstitution d’une forêt primaire et certaines des extraordinaires interactions entre les arbres ou entre eux-mêmes et les animaux.

Si l’idée est excellente, l’impression reste mitigée sur le plan technique.  Les images n’ont rien d’exceptionnel et l’on ne saurait reprocher à ce film  un esthétisme envahissant. L’ensemble, malgré la fixité obligée des acteurs aurait pu être beaucoup plus impressionnant. On regrettera surtout l’introduction quasi permanente d’images de synthèse. Ainsi la levée des jeunes pousses, mais aussi l’émission des messages chimiques par les plantes sont-elles systématiquement représentées par des sortes de dessins animés dont on se demande ce qu’ils viennent faire là. Quand on aimerait se plonger dans la nature, ils nous ramènent toujours à l’artifice et détruisent toute magie. Pour la croissance de la végétation par exemple, l’utilisation, bien que classique, d’images en  accéléré aurait été largement préférable. Sans être désagréable, la musique omniprésente n’a guère sa place ici quand les bruits de la forêt nous auraient tellement mieux plongés dans ses envoûtements. Ce film construit autour de la tendresse évidente et touchante du botaniste Francis Hallé pour les arbres pose un problème : on ne se sent presque jamais au cœur de la forêt. Le message est sincère mais il est dit trop sobrement et ne dégage pas la poésie qu’on pouvait en espérer même si l’on ne peut qu’être fasciné par le terrible figuier étrangleur.

Le volet documentaire aussi est un peu léger. Quiconque a lu les ouvrages de Jean-Marie Pelt n’apprendra pas grand chose sur la question et l’on aurait aimé plus d’exemples de l’extraordinaire sophistication des communications inter végétales. Quoiqu’évoquées plus largement, les milles astuces de la dissémination des graines par les animaux auraient, elles-aussi, gagné à être multipliées et détaillées.

Pour les enfants ce film constitue par contre une excellente initiation d’autant, que le message principal, s’il pouvait être entendu, rattraperait à mes yeux toutes les petites imperfections du film. Protéger la nature ce n’est pas prendre des mesures compliquées, c’est juste lui laisser de l’espace et du temps. C’est apprendre à partager le monde avec le reste du vivant. Francis Hallé et son immense amour de la forêt nous dit là une chose très juste.

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Il était une forêt, un film de Luc Jacquet avec Francis Hallé. Jean Luc Jacquet est également le réalisateur de La marche de l’empereur.

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Published by Didier BARTHES - dans Biodiversité
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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 21:44

Le recul du gouvernement sur le projet d’écotaxe illustre à merveille l’impossible dans lequel se trouvent nos sociétés face aux problèmes d’environnement. Cet impossible provient probablement de ce qu’il est trop tard pour agir (1). C’est dès les années 1950-1960, quand le monde s’est engagé dans une croissance économique et démographique effrénée qu’auraient dû être mis en place les garde-fous nécessaires. Il est vrai que cela n’était pas facile, comment en plein reconstruction et à une époque où les enjeux écologiques étaient bien loins de nos préoccupations aurait-on pu faire accepter de telles mesures ?

Il est aujourd’hui trop tard. Trop tard tout d’abord par l’ampleur des dégâts déjà occasionnés notamment envers la biodiversité, puisque la reconstitution des espèces disparues ou de leurs équivalents est une tâche qui se mesure en centaines de milliers ou en même en millions d’années. L’entrée de la Terre dans l’anthropocène est définitivement actée et la planète devra s’en accommoder comme elle s’est accommodée des grands chocs météoritiques qui tous les cent ou deux cent millions d’années bouleversent complètement les équilibres écologiques.

En outre, nous semblons condamnés non seulement à devoir supporter la dégradation de notre planète mais à la voir se poursuivre à un rythme soutenu. Nos sociétés n’ont pas seulement atteint un niveau de développement très élevé, elles se sont engagées dans un processus où la croissance permanente est presque seule garante de leur équilibre et où cette croissance suppose une ponction toujours plus importante sur les ressources, en termes de territoires comme en termes de matières premières.

La vie de chacun d’entre nous suppose la poursuite du processus. Il en est ainsi par exemple du financement des systèmes sociaux qui nécessite pour maintenir les équilibres que chaque génération d’actifs soit plus nombreuse et plus productive que la précédente (2). Il en est de même de la consommation d’énergie, pour les transports en particulier. Nous rendre au travail, mais aussi consommer et produire suppose aujourd’hui de nous déplacer et de transporter nos productions toujours plus vite, toujours plus souvent et à un coût toujours décroissant. L’écotaxe s’attaquait ainsi à ce qui fait le moteur de la société : la mobilité croissante des biens comme des hommes. Ralentir ce moteur c’est placer inévitablement tous les acteurs dans l’embarras et susciter toutes les frondes. Dès lors, comment faire ?

Dans un monde qui se dirige inéluctablement vers une pénurie d’énergie fossile, il n’est pas stupide de vouloir renchérir le coût de son utilisation. Notons d’ailleurs qu’il ne s’agit pas tant d’une mesure écologique que d’une mesure économique (3). En effet, nous allons sans doute brûler toutes ces réserves  fossiles et rejeter dans l’atmosphère le résultat de leur combustion. Dans ce cadre, il est probablement indifférent pour la nature que ces rejets s’étalent sur 100 plutôt que 120 ou 130 ans comme ils le feraient si nous réussissions à imposer de sévères mesures de restriction.

Par contre, économiser l'énergie pour se donner un délai plus long offrirait à nos sociétés plus de temps pour la mise en place de solutions alternatives. En soi donc, l’idée d’une écotaxe est bonne. Nous devrons de gré ou de force admettre le renchérissement du prix de l’énergie.

Sans doute ici, le projet était-il mal ficelé, trop brutal et arrivait-il à un moment où l’augmentation des prélèvements fiscaux est devenue insupportable. L’écotaxe (4) était censée être mise en place après le relèvement de l’impôt sur les sociétés, une hausse de la TVA sur certains services dont les transports (5) et bien entendu juste après de nouvelles taxations de l’épargne, dernier projet d’ailleurs lui aussi pour une part abandonné ou repoussé. De plus cette écotaxe est une lourde machine supposant des infrastructures nouvelles et une administration supplémentaire qui aurait  consommé pour elle-même une part non négligeable des sommes prélevées : On parle d’un ensemble de dépenses de gestion et d’entretien tournant autour de 250 millions d’euros par an. Le dédit lui-même en cas de non réalisation se chiffrerait à 800 millions, nous sommes là sur des montants très importants. L’élargissement aux plus petits des camions (jusqu’à 3,5 tonnes contrairement à ce qui se fait dans d'autres pays ciblant majoritairement les plus gros véhicules) n’allait pas non plus dans le sens d’une prime à la relocalisation des productions, les transports à grande distance se faisant majoritairement avec les véhicules les plus lourds.

Une taxation plus forte, mais progressive du gasoil  aurait sans doute été préférable. D’une part elle était provisoirement supportable, le pétrole n’étant pas à son cours le plus haut, d’autre part, elle aurait permis des prélèvements proportionnels au kilométrage parcouru et aurait donc concerné plus fortement les productions délocalisées. Elle n’aurait pas généré de frais administratifs supplémentaires et  aurait en outre donné un signe en faveur de la dé-diésélisation du parc automobile qui commence à devenir une urgence écologique, la France étant un très mauvais élève en la matière.

Ces suggestions ne changent rien à notre introduction, il est sans doute trop tard, nous sommes tous trop impliqués, trop dépendants de cette débauche énergétique et la régulation a désormais toutes les (mal)chances de s’accomplir par des crises aussi douloureuses que dangereuses.

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(1) Sur ce thème voir également sur ce site l’article « C’est perdu ou l’ère des survivances ».

(2) Voir les articles : «  Retraites : Une fausse solution » et « Retraites : l’Equation impossible ».

(3) Le préfixe éco à la bonté, ou la malice, de s’adapter aussi bien au mot d’économie qu’à celui d’écologie.

(4) Voir ici quelques informations gouvernementales sur les détails du dispositif.

(5) Le passage d’un taux de TVA de 7 à 10 % représente une augmentation de 43 % de cet impôt.

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Published by Didier BARTHES - dans Fiscalité
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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 17:04

Après l’ONU, l’Ined  confirme le retournement des prévisions démographiques mondiales. Depuis une soixantaine d’années, la baisse régulière des taux de croissance et de fécondité mondiaux constitue l’argument massue pour déconsidérer toutes les inquiétudes relatives à la surpopulation.

Ce raisonnement, très en usage dans le monde politique comme dans de nombreux milieux écologistes, se trouve pourtant désormais infirmé par les plus récentes études et l’optimisme béat n’est plus de mise. L’ONU puis l’Ined viennent de publier leurs dernières projections : Elles sont largement revues à la hausse. La stabilisation de nos effectifs se voit reportée à une date ultérieure et à  un niveau  plus élevé que ce que l’on pouvait espérer. Elle se situera sans doute aux alentours de 11 milliards en 2100, sauf bien entendu, effondrement civilisationnel avant cette échéance.

A deux reprises déjà, L’ONU avait tiré la sonnette d’alarme en révisant à la hausse ses prévisions , une première fois en 2011 puis une seconde fois en juin dernier. Ainsi, dans ses projections publiées en 2009, l’Onu estimait que le monde compterait 9,1 milliards d’habitants en 2050, prévisions remontées à 9,3 milliards en 2011, puis à 9,6 milliards en 2013 (il s’agit là des projections moyennes, l’Onu publiant en outre des fourchettes haute et basse).

Une même évolution avait logiquement touché les projections à échéance de 2100, passées de 10,1 milliards en 2011 à 10,9 milliards en 2013.

C’est désormais l’Ined qui vient confirmer la  tendance via le dernier numéro (1) de la revue Population et sociétés qui présente tous les deux ans, sous la direction de Gilles Pison, une étude baptisée « Tous les pays du monde ».  Ce document propose un vaste tableau statistique donnant les principaux éléments démographiques : population actuelle, population prévisionnelle pour 2050, taux de natalité, de fécondité… pour toutes les nations.   Ces données sont également agrégées par grandes zones géographiques ainsi qu’aux niveaux continental et mondial. Voici les principaux enseignements de cette publication. 

 

- Une stabilisation de la fécondité et de la croissance :

Alors que le taux de fécondité mondial (qui était d’environ 5 enfants par femme en 1950) baissait régulièrement, il semble désormais stabilisé à 2,5. Ce taux n’est pas négligeable, il signifie que d’une génération à l’autre les effectifs se voient multipliés par 1,25.   Chaque couple, deux personnes donc,  se trouvant en moyenne remplacé par 2,5 personnes, (un tout petit peu moins en réalité car il y subsiste encore un peu de mortalité infantile. Notons  que celle-ci est toutefois, et heureusement, tombée assez bas et que la grande majorité des enfants dans le monde atteignent désormais l’âge de la reproduction : la mortalité infantile mondiale est de 4 % en 2013 alors qu'elle se situait encore à 5,5 % en 2005).

Le taux de croissance de la population n’est curieusement pas indiqué dans le document de l’Ined, mais au niveau mondial le solde migratoire étant nul par définition, la différence entre le taux de natalité et le taux de mortalité peut nous permettre de l’estimer. Ce taux est stabilisé à + 1,2 % par an depuis 2005. (3) Cela conduit tous les ans la population à augmenter d’environ 80 millions de personnes soit l’équivalent d’une ville comme Paris tous les dix jours (4). Rappelons que si le taux de croissance est plus faible aujourd’hui que dans les décennies précédentes, il s’applique à une population plus importante et que de ce fait, la croissance effective de nos effectifs est plus forte en 2013 qu’elle ne l’était  dans les années 60 (+ 80 millions d’habitants par an contre + 70 millions environ), le record de croissance en nombre a toutefois été atteint dans les années 90 avec + 90 millions de terriens supplémentaires chaque année.

 

- L’évolution démographique de l'Afrique  constitue la composante principale de ce retournement.

C’est l’Afrique qui prend la plus grande part dans ce retournement puisque son taux de croissance ne diminue pas, au contraire.  Il s’établit en 2013 à + 2,5 % par an alors qu’il n’était que de + 2,3 % en 2005 (5) Les africains représentent aujourd’hui un peu plus de 15 % des terriens, ils devraient en représenter 25 % en 2050.

Ce mouvement touche principalement l’Afrique Subsaharienne mais aussi désormais, quoique dans une moindre mesure, l’Afrique du Nord. Seule l’Afrique Australe, qui croît de 1 % par an, présente une structure d'évolution démographique comparable à celle du reste du monde. Cette croissance est évidemment lourde de menaces dans un continent souvent frappé par les famines  et dont rappelons-le, les déserts constituent une proportion très importante.

Ce poids déterminant de l’évolution de la démographie africaine dans l’évolution globale du monde peut être mis en évidence dans le tableau suivant donnant, continent par continent, l’évolution attendue entre aujourd’hui (mi-2013) et 2050.

 

              Evolution démographique mondiale attendue d'ici 2050

  (en millions d'habitants, source Ined, extraits)

Zone   Population 2013    Population 2050     Evolution  Evolution
       (à mi année)   (estimation 2013)  (en nombre)    (en %)
           
Monde          7 141       9 731   +  2 590   +   36 %
           
Afrique          1 101       2 435   +  1 334   + 121 %
Amérique             958       1 228   +     270   +   28 %
Asie          4 305       5 284   +     979   +   23 %
Europe             740          726    -       14   -      2 %
Océanie               38            58    +      20   +   53 %

 

 

 

 

 

 

 

 

On voit que l’Afrique est le continent qui progressera le plus en nombre et surtout en valeur relative, passant de 1,101 milliard d’habitants à 2,435 milliards (+ 1,334 milliard) soit + 121 % tandis que dans le même temps, le monde entier passerait de 7,141 à 9,731milliards (+ 2,590 milliards), soit + 36 %. L’Europe serait le seul continent à voir sa population diminuer (très légèrement : - 2 %)

La réévaluation à la hausse des prévisions réalisées par l'Ined est très nette dans le tableau suivant comparant les projections pour 2050 publiées respectivement en 2011 et 2013. Ce tableau vient particulièrement conforter la réévaluation des estimations onusiennes.

 

       Réévaluation des projections pour 2050 entre 2011 et 2013

  (en millions d'habitants, source Ined, extraits)

Zone    Projections 2050  Projection 2050 Evolution Evolution
    (publiées en 2011) (publiées en 2013)  (en nombre)  (en %)
           
Monde         9 587     9 731   +  144   +  1,5 %
           
Afrique         2 300     2 435   +  135   +  5,9 %
Amérique         1 216     1 228   +    12   +  1,0 %
Asie         5 284     5 284   +      0       - 
Europe            725        726   +      1   +  0,1 %
Océanie              62          58    -      4    -   6,5 %

 

 

 

 

 

 

 

Le  retournement des prévisions concerne particulièrement l’Afrique puisque la réévaluation (à la hausse) des prévisions entre 2011 et 2013 est de + 1,5 % pour le monde (il y a donc bien une réévaluation globale) et de + 5,9 % pour l’Afrique. Notons qu'il n'y a pas eu d'évolution des projections publiées pour l'Asie et à peine pour l'Europe.  

L’Afrique reste d’autre part le continent de quelques cas extrêmes en terme de fécondité : 7,6 enfants par femme au Niger (7,0 en 2013 !),  6,8 en Somalie, 6,2 au Burundi et 6,1 au Mali. Le cas du Nigéria, quoiqu’il ne représente pas un record de fécondité (5,7 quand même) est également très inquiétant compte tenu de son poids démographique (175 millions d’habitants aujourd’hui). Ce pays devrait atteindre 444 millions d’habitants en 2050 soit plus que les États-Unis d’aujourd’hui (et même 11 % de plus que les Etats-Unis de 2050) pour une surface dix fois plus petite.  

 

L’Asie est et restera le géant démographique.

L’Asie reste bien entendu le continent le plus peuplé (4,305 milliards d’habitants soit 60 % des terriens) et le sera encore en 2050 (5,284 milliards sur 9,731 soit 54 %). L’Inde, avec un taux de fécondité encore estimé à 2,4 devrait doubler la Chine et voir ses effectifs passer de 1,276 à 1,652 milliard (respectivement de 1,361 à 1,314 milliard pour la Chine qui devrait donc connaître une légère baisse de sa population (- 3,5 %)). En terme de densité de peuplement (6), le Bangladesh qui devrait voir augmenter ses effectifs de 40 % est et restera le pays record avec 1 402 habitants par kilomètre carré en 2050. Ainsi densément peuplée, la France métropolitaine compterait près de 780 millions d’habitants ! En Asie, seul le Timor-Est (mais avec un million d'habitants seulement) et l'Afghanistan (31 millions) connaissent des taux de fécondité supérieurs à 5 et donc comparables aux records africains. 

De son côté l’Amérique du Nord constituera le grand ensemble de pays très développés voyant se poursuivre la croissance de ses effectifs (448 millions d’habitants en 2050 pour l’ensemble Canada – Etats-Unis contre 352 aujourd’hui soit + 27 % Notons que dans toute l'Amérique, nord et sud confondus, les records de fécondité sont détenus par Haïti (3,5) et par... la Guyane française (3,4) !

Avec la Chine (- 3,5 % donc),  l’Europe (- 2 %) et le Japon (- 24 % !) constitueront les principales zones de décroissance démographique. Le Japon devrait ainsi établir un record de diminution mais il est vrai qu’il part d’une densité très élevée (337 habitants par kilomètre carré en 2013). En Europe, la baisse devrait particulièrement toucher l’Europe Orientale (qui passerait de 295 à 260 millions d’habitants soit – 12  %) et dans une moindre mesure l'Europe Méridionale (qui évoluerait de 153 à 146 millions d'habitants). La France métropolitaine devrait atteindre 72 millions d’habitants soit 8 millions de plus qu’aujourd’hui (+ 12,5 %). L'Océanie connait également de forts taux de croissance mais ils portent sur des effectifs relativement faibles.

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(1) numéro 503, septembre 2013, sous la direction de Gilles Pison.C'est de ce document que sont extraites la quasi totalité des données évoquées ici tableaux compris, quelques-unes proviennent cependant des statistiques publiées par l'ONU. 

(2) Selon l’étude de l’Ined, l’indice synthétique de fécondité mondial était de 2,7 en 2005 et 2007, de 2,6 en 2009 et de 2,5 en 2011 et 2013.

(3) Cette croissance annuelle de la population de 1,2 % résulte des différences entre un taux de natalité de 2,1 % et d’un taux de mortalité de 0,9 % pour les années 2005 et 2007 et d’un taux de natalité de 2,0 % associé à un taux de mortalité de 0,8 % pour 2009, 2011 et 2013.

(4) Pour des statistiques globales voir sur ce site la page : Les chiffres clefs de la population.

(5) En 2013 ces + 2,5 % de croissance en Afrique résultent  d’une natalité de 3,6 % et d’une mortalité de 1,1 % tandis qu’en 2005, les + 2,3 % de croissance annuelle résultaient d’une natalité de 3,8 % et d’une mortalité de 1,5 %. Le mouvement de transition démographique (baisse des deux taux) s’est quand même légèrement poursuivi mais la baisse de la mortalité a été supérieure à  celle de la natalité d’où la hausse de la croissance.

(6) La densité de peuplement n’est malheureusement pas indiquée dans les statistiques publiées par l’Ined, elle a donc été calculée par nos soins pour le Bangladesh. Rappel : la densité moyenne sur l'ensemble du globe (Antarctique non pris en compte) est aujourd'hui d'environ 52 personnes par kilomètre carré et de 116 en France métropolitaine.

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Published by Didier Barthès - dans Démographie
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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 12:24

Sur l'aspect insupportable de ce drame, tout a été dit. Au-delà d'une évidente compassion,  il est aussi de notre devoir moral de se demander que faire pour éviter de telles catastrophes humaines.

Très souvent est avancée l'idée que la solution est à rechercher dans l'aide au développement, une Europe en crise n'ayant pas vocation à accueillir des milliers et des milliers de migrants. Cela semble frappé au coin du bon sens : si ces personnes avaient chez eux des perspectives de vie sinon attrayantes au moins normales avec de quoi gagner leur vie pour elles et leurs familles, elles ne s'embarqueraient pas sur des bateaux pourris avec des passeurs improbables, allant jusqu'à mettre leur vie en jeu dans une sorte de quitte ou double désespéré.

Revient alors comme une évidence que la seule solution est de favoriser le développement économique de ces pays, à coup d'investissements occidentaux massifs, et l'on évoque des transferts financiers pouvant aller jusqu'à plusieurs points du PIB des pays riches. En oubliant souvent que l'arrivée brutale ou disproportionnée d'une manne financière peut avoir un effet désorganisateur sur un pays et son économie, générant plus de problèmes qu'elle n'en résout. En oubliant surtout que derrière cette idée d'aide au développement se cache encore et toujours cette mystique de la croissance toujours perçue comme la solution à tous nos maux.

Avec l'aide au développement, c'est une économie des pays dits du tiers monde tentant de trouver sa place dans l'économie mondialisée avec toujours plus d'usines, toujours plus d'exportations et d'importations, une frénésie de mouvements en tous sens, avec une classe moyenne en croissance qui peut singer l'Occident. Mais pourquoi cette fameuse croissance conduirait-elle les pays pauvres vers le bien-être alors que cette même mystique de la croissance installe les pays riches d'Occident dans une impasse lourde de dangers à terme ? Ou alors il faut parler d'un autre développement ... mais qui y pense vraiment alors que nous nous sommes, en Europe comme en Amérique, révélés incapables d'en cerner positivement les contours depuis 40 ans que nous parlons d'écologie et de développement durable.

Mais si cette aide au développement-là n'est pas la solution, il faut aussi s'interroger sur la dynamique de croissance démographique qui a marqué les pays du tiers monde depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Beaucoup de ces pays n'ont pas une géographie favorable à la fourniture des éléments essentiels à une population devenue trop nombreuse pour les ressources locales, et bien des hommes et des femmes ne peuvent pas y trouver leur place. Le monde entier a cru en la croissance et dans un développement hors-sol sans limites ; désormais il y a des femmes et des hommes en trop sur des territoires importants, et par ailleurs une crise des pays riches se heurtant aux limites de la planète fait que ces personnes en trop ne sont pas les bienvenues hors de leurs pays d'origine.

C'est donc collectivement qu'il nous faut désormais mettre en œuvre une démographie raisonnable dans le monde, et résoudre aussi le cas de ces hommes et femmes afin qu'ils aient une place, quitte à se serrer un peu !

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Published by Jean Bruguier - dans Billets d'humeur
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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 12:44

En matière d'écologie et d'économie durable, l'habitude a été prise de commenter les faits importants, comme pour ce mois de septembre 2013, la décision prise par les Pouvoirs Publics lors de la Conférence Environnementale de favoriser la rénovation thermique des bâtiments en ramenant la tva payée sur ces travaux de 10 à 5 %. De même glose-t-on à l'infini sur la transition énergétique et la décision de fermer ou pas la centrale nucléaire de Fessenheim. D'autres faits pendant ce temps passent inaperçus, bien qu'ils soient eux aussi lourds d'impacts ou de questionnements sur la problématique écologique. Je voudrais dans cette "chronique des petits faits" pour le mois de septembre dernier évoquer deux éléments bien peu commentés et analysés.

D'abord l'encouragement à une généralisation de la garde partagée des enfants après divorce, encouragement venu de notre assemblée des sages qu'est le Sénat. La promotion de ce mode de garde répond bien évidemment à une logique d'égalité entre les sexes, et prend notamment en compte les demandes des pères divorcés, en lutte contre ce qu'ils considèrent comme une forme d'exclusion.  Evolution souhaitable pour un monde plus juste, la messe semble dite et les commentaires inutiles. C'est pourtant oublier son impact, déjà bien repéré et connu des professionnels de l'immobilier. A savoir que le divorce d'un couple avec enfant(s) accompagné d'une garde partagée, c'est concrètement une consommation immobilière multipliée par deux, chaque parent devant être capable de loger à titre permanent son ou ses enfants en plus de lui-même et de son éventuel nouveau conjoint. C'est donc à terme plus de constructions nécessaires, plus de béton à produire, plus d'espaces consommés, plus de mètres carrés à chauffer, plus de meubles à fabriquer. Et aussi plus de transports et autres mouvements incessants pour les enfants et leurs parents. Toute cette consommation matérielle, si elle se révèle un facteur positif pour les tenants de la croissance à tout prix, peut aussi être perçue comme un gaspillage de biens rares impactant négativement sur notre biotope. En fait, là encore, l'impression domine que notre espèce se soucie d'abord de résoudre ses problèmes comme cela l'arrange, au mieux de ses intérêts directs, sans réellement s'occuper de leur impact pour la planète.  L'objet de cette réflexion n'est évidemment pas de stigmatiser les parents divorcés, mais plutôt d'ouvrir une brèche, un questionnement sur l'évolution du couple en Occident. Autrement dit, le couple fondé sur le sentiment amoureux, couple forcément plus fragile que l'alliance de raison qui a si longtemps prévalu dans nos sociétés, n'est-il pas la conséquence de la société de croissance et de la richesse momentanée et un peu illusoire qu'elle a apportée ?  Sans cette richesse bâtie sur le pillage des ressources et la pollution généralisée, comment financer les doublons économiques nécessités, générés par notre présente conception du couple et de la famille ? Le retour à une simplicité volontaire, à une vita povera, à une économie des moyens, ne contient-il pas aussi le retour à un couple et une famille plus fondée sur des intérêts bien compris que sur un sentiment amoureux si difficile à gérer dans le temps ? Quand l'écologie devient susceptible de heurter ce que nous finissions par considérer comme notre liberté, la réflexion devient difficile mais elle n'en est que plus nécessaire.

L'autre fait 'invisible'  est la persistance, pour ne pas dire l'aggravation, des dégradations enregistrées pour le Vélib. Voilà une solution écologique de transport basée sur une collectivisation des moyens qui pouvait sembler faire progresser notre adaptation à une vie plus simple et moins dévoreuse de ressources, dans un territoire densément peuplé. Qu'apprend-on ? Que cette solution est sans cesse l'objet de dégradations volontaires et coûteuses, à tel point que l'intérêt économique de l'offre proposée ne peut se maintenir qu'avec le soutien de subventions de plus en plus financées par le contribuable. Première constatation : la solution collective - le principe du Vélib - entraîne une déresponsabilisation des acteurs qui génère à son tour un gaspillage de ressources tant en main d'œuvre qu'en matériaux. Seconde observation : le délitement social est financièrement coûteux à tous du fait des gaspillages qu'il entraîne, et négatif quant à l'impact sur la nature par les prélèvements supplémentaires que ces gaspillages génèrent. Une société construite sur la simplicité et la sobriété est-elle compatible avec des logiques collectives qui favorisent la déresponsabilisation ? Et peut-elle tolérer longtemps les désordres provoqués par un délitement social qui touche des parties entières de la population ? Une société écologiquement responsable ne risque-telle pas de promouvoir outrageusement le principe de responsabilité généralement à l'œuvre dans les sociétés libérales, et de gérer autoritairement le délitement social à travers la promotion de normes culturelles contraignantes, bien loin de la tolérance actuelle ?

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Published by Jean-Christophe VIGNAL - dans Société
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2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 16:04

Depuis 40 ans au moins, il n’y a plus rien de bien original à rappeler que la société de consommation est une société de frustration. Cette frustration est inhérente à toute progression matérielle continue. La comparaison de nos possessions avec celles des autres mais aussi avec nos  futures et potentielles acquisitions engendre une insatisfaction permanente. Ce manque est d’ailleurs au cœur de l’équilibre économique de nos sociétés, il nous pousse vers le « toujours plus » et constitue le moteur principal de la croissance. Le prix à payer est toutefois assez lourd. D’une part nous détruisons la planète, d’autre part nous nous trouvons condamnés à supporter cette contradiction d’être à la fois riches et insatisfaits, deux handicaps inacceptables pour une économie pérenne.

Mais une seconde forme d’insatisfaction, peut-être encore plus violente et trop peu médiatisée, sans doute parce qu'encore au futur pour l'essentiel, vient désormais s’ajouter à la première : l’obligation de brimer nos potentialités matérielles pour les rendre compatibles à la fois avec la finitude de la planète et avec la vie en société.

L’automobile nous fournit l’exemple le plus évident. Nous savons désormais fabriquer des voitures puissantes et confortables (1), capables pour la plupart de rouler durablement à 150 ou 160 kilomètres à l’heure. Cependant, des impératifs de sécurité (2) et plus encore les embouteillages du fait du caractère urbain de nos déplacements, font que concrètement, nous roulons le plus souvent à moins de 50 kilomètres à l’heure. Nos potentialités technologiques se heurtent là aux limites de la planète. Nous ne pouvons aller vite, non parce que c’est techniquement impossible, mais parce que ce n’est pas raisonnable et parce que de toute façon, notre densité de peuplement nous l’interdit. Nous devons donc établir et respecter des lois destinées à limiter administrativement les performances réelles de nos machines.

Cette limitation touche maintenant presque toutes nos productions. Nous pouvons construire des centrales nucléaires développant une puissance faramineuse. Le défi n’est plus aujourd’hui seulement de produire cette puissance, il est, et de plus en plus,  de pouvoir la mettre à disposition en toute sécurité dans un espace densément peuplé où tout accident aurait de graves conséquences. De manière plus générale, les coûts liés à la sécurité ainsi qu’à l’acceptabilité des technologies représentent une proportion croissante des dépenses de construction et de fonctionnement de nos outils.

Un tel blocage ne se cantonne pas à l’utilisation directe d’objets toujours plus efficaces et plus puissants, il résulte parfois de leur usage indirect et multiple. Il n’est ainsi pas exclu, du fait de notre démographie et de notre consommation individuelle, que nous devions cesser de brûler le charbon avant qu’il ne soit épuisé, parce que l’atmosphère terrestre ne supportera plus l’enrichissement en CO2 et en polluants divers que cela suppose. Nous devrons aussi cesser la pêche pour la même raison, non que nous ne sachions plus faire, mais parce que la planète ne le supportera plus.

Il en est de même de la question démographique souvent évoquée sur ce blog. La richesse de nos sociétés et la disponibilité en énergie abondante et bon marché ont favorisé le développement et l’utilisation de technologies permettant un confort matériel et un système de santé réduisant à presque rien la mortalité infantile et allongeant durablement la vie de la plupart d’entre nous. Ce qui apparait comme un bienfait impose en retour de limiter fortement notre fécondité faute de quoi, la Terre va bientôt se trouver submergée. Cette diminution est bien entamée puisque depuis 1950, le nombre d’enfants par femme a été divisé par deux, passant de 5 à 2,5 au niveau mondial. Pourtant cette diminution n’est pas suffisante; dans le même temps la planète a vu son nombre d’habitants multiplié par presque trois (passant de 2,5 à 7,1 milliards en 63 ans) Nous devons donc nous limiter et donc, là aussi, admettre une certaine frustration par confrontation aux limites de la planète. Dans les faits et dans de nombreux pays, à court terme le nombre d’enfants ne sera plus libre. C’est une conséquence surprenante, apparemment contradictoire mais en vérité obligée de notre toute puissance technologique, une forme particulière d’externalité négative.

Plus indirecte encore, se pose la question de l’éducation. La richesse globale de nos sociétés nous a permis de développer un vaste système éducatif donnant au plus grand nombre un minimum de culture générale et préparant les individus à des professions plus ou moins considérées comme intellectuelles, et par là plus « prestigieuses », basées sur la manipulation d’informations plus que de matière et ne supposant pas l’usage de nos muscles. Malgré une tertiarisation galopante, notre économie ne peut fournir les emplois correspondants. Cela  génère et entretient une frustration de nombre de diplômés qui se retrouvent sans aucun rôle et se voient déçus dans leurs ambitions. Cette frustration-là n’est pas la moindre, même si l'on peut probablement y remédier dans le temps en réorientant les formations et en revalorisant la profession d’artisan. On peut, il est vrai  y trouver aussi un autre intérêt : Redonner à l’éducation son véritable sens, favoriser l’intelligence et la culture  et non préparer les gens à un métier. Les mathématiques, la physique, la philosophie, la littérature sont de vraies richesses qui ne doivent pas être mesurées à leur seul usage professionnel. Les hommes sont des êtres pensants avant d’être des employés.

Aux frustrations d’ordre psychologique liées à la seule confrontation entre nos désirs et de nos moyens financiers personnels, va s’ajouter une frustration plus fondamentale et plus collective liée à l’incapacité de notre omnipuissance à s’épanouir dans un monde fini. Cette frustration-là sera plus grave parce qu’un mouvement de recul est toujours plus difficile à supporter et parce qu’elle s’adressera à l’ensemble de l’humanité, pauvres compris. Elle brisera le rêve du « toujours plus » ce à quoi nous ne sommes absolument pas préparés. Concevoir l’avenir dans la décroissance nécessite une véritable révolution des esprits.

Aux différents qualificatifs déjà attribués au 21ème siècle ajoutons celui-ci : Le 21ème siècle sera celui du repli et de l’acceptation de la décroissance. Nous trouverons là la condition d’une société durable, heureusement, à terme, une contrainte acceptée ne constitue plus une frustration.

_________________________________________________________(1) Beaucoup d'automobiles affichent désormais des puissances de l’ordre de 100 kilowatts. Pour mémoire un (fort)champion cycliste ne développe durablement que 400 watts soit 250 fois moins, concrètement une voiture d’une vingtaine de kilowatts suffirait à assurer la quasi-totalité de nos besoins.

(2) Limitation de vitesse qu’en aucun cas je ne veux ici remettre en cause. Les odes à la vitesse s’écroulent d’elles-mêmes au regard d’une vie perdue ou brisée.

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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 10:44

   

Quand la baignoire déborde, le fou passe la serpillière, le sage ferme le robinet.        (Proverbe Chinois)

La ville européenne a connu depuis toujours deux expressions urbaines : compacité et étalement. Bien que limitée à des territoires très restreints et très densément occupés, la ville s’est étendue par agrégation de territoires nouveaux aux périmètres anciens. Jusqu’au 19ème siècle, il est encore relativement aisé et univoque de tracer les limites de la ville. A partir du début du 20ème siècle (voire de la fin du 19ème ), la conjugaison des effets de la révolution industrielle et de l’exode rural modifie profondément la donne. Accroissement démographique, développement des moyens de transports de plus en plus performants, notamment la voiture, et très souvent aujourd’hui chaque foyer en possède plusieurs, changement de modes d’habiter et de travailler font que les villes étendent, dans un laps de temps relativement court, leur superficie et grignotent toujours plus loin dans les espaces environnants les terres arables. Cela se traduit par une dilution de leurs limites.

Dès 1950, les rapports entre la ville et la campagne environnante n’en finissent pas de connaître des bouleversements de plus en plus radicaux. A partir des années 50/60, en France avec les problématiques de la destruction de la guerre, l’habitat insalubre, la fin du drame Algérien et l’accueil d’un million de rapatriés on a dû accélérer la construction de logements dans des ZUP. Les couronnes périurbaines d’une grande majorité de villes enregistrent ainsi des accroissements plus importants que ceux de leurs centres.

Aujourd’hui, en ce début de 21ème siècle, nous observons un mouvement de retour aux centres. Reconquête de centres-villes, reconstruction d’images et d’influences, les nombreux projets urbains témoignent de la volonté de valorisation et requalification des villes. La notion de densité urbaine est de retour pour faire le contrepoids à l’étalement urbain, avec, in fine, l’argument selon lequel on défend de nouvelles idées environnementales liées à la sauvegarde des terres agricoles et aux contraintes énergétiques. La densité n’est toujours pas pour autant un concept avec une connotation forcement positive et constructive, issue d’une politique globale pensée à long terme. Pour un bon nombre d’élus, de citoyens et d’opérateurs, une forte densité de logements est encore uniquement synonyme de promiscuité, d’affrontements, de conflits de voisinage. Pour d’autres c’est tout juste un bon instrument économique pour augmenter la valeur foncière des terrains déjà très convoités des centres urbain.

Madame Duflot, actuelle ministre du logement, est urbaniste de formation et convaincue de la nécessité de densifier nos villes, persuadée de réduire ainsi le poids des deux plaies de l'urbanisme à la française que nous payons tous les jours à cause d’un étalement urbain et des distances, notamment, Domicile-Travail qui ne cessent de croître. Par cet étalement urbain qui confine souvent à l'absurde, ne sommes-nous pas, par ailleurs obligés de prendre nos voitures pour aller acheter une baguette de pain ou faire les courses dans des magasins qui ont déserté les centres-villes au profit de "galeries marchandes" dans des zones commerciales péri-urbaines ?... Pire encore, quand on a concentré des populations à l’intérieur de ZUP rejetées de plusieurs kilomètres à l’extérieur des centres-villes, alors que dans le même temps on aménageait des zones d’activités avec des grandes surfaces commerciales encore plus loin et très souvent à l’opposé de ces nouvelles zones d’habitat…Le tout aggravé parfois par une déficience chronique des transports en commun… 

Selon la ministre, cette situation est intenable à terme et Madame Duflot d’afficher des objectifs qui passent par la construction de 500 000 logements par an et la rénovation de 500 000 autres logements, car selon elle, nous arriverions péniblement à en construire entre 300 000 et 400 000. Or, il faut loger 300 000 nouveaux ménages chaque année, conséquence de la politique ultra nataliste, où la France se distingue en faisant davantage d'enfants que  les autres pays Européens. Et on estime le déficit de logements à près d'un million. La pression immobilière qui fait monter les prix, le manque de terrains et les surcoûts liés à des normes très contraignantes expliquent ces problèmes.

Densification urbaine et croissance démographique

Excepté les adhérents de ‘’Démographie Responsable’’ quelques personnalités écologistes, tels le député Européen Vert Yves Cochet, des militants de courants minoritaires d’EELV et le Mouvement Ecologiste Indépendant (MEI), la croissance démographique, que nul à Gauche comme à Droite ne souhaite remettre en cause et l’éclatement des foyers imposeront toujours plus de construction de logements. Ce phénomène consomme beaucoup d’espace, d’autant que nombreux sont nos concitoyens qui souhaitent habiter un pavillon individuel. La multiplication des lotissements dans les communes péri-urbaines traduit cette tendance. En outre, les communes multiplient souvent, en concurrence les unes des autres et de façon parfois anarchique, des zones d’activités qui nécessitent des infrastructures. Le tout dévoreur de terres arables. Cet étalement urbain qui se fait au détriment des espaces naturels ou agricoles entraîne la disparition d’environ 60 000 hectares de terres naturelles ou agricoles chaque année en France. Les surfaces artificielles (routes, bâtiments, parkings, etc.) augmentent trois fois plus vite que la population. Selon les estimations du Ministère de l’agriculture, Si les sols agricoles représentent toujours plus de la moitié du territoire, les espaces artificialisés progressent et atteignent 9 % du territoire métropolitain. L’artificialisation entraîne, tous les 10 ans, la perte de l’équivalent d’un département français, soit 200 hectares par jour. Entre 2006 et 2010, les surfaces artificialisées ont gagné 339 000 hectares.

Face à ce constat alarmant, et depuis de nombreuses années déjà, les urbanistes préconisent de densifier les espaces urbains existants. En concentrant une population plus importante sur un même espace, on limite le grignotage des espaces agricoles ou naturels, on optimise les investissements publics, en particulier, les transports publics et les réseaux divers (assainissement et autres), on limite les déplacements…

Si à priori, on ne peut qu’être favorable à la préservation des espaces naturels ou agricoles. Tant qu’il s’agit de combler les dents creuses ou de reconquérir les friches urbaines, la population approuve la densification, mais lorsqu’il s’agit de densifier leur environnement en construisant plus haut ou plus serré, nos concitoyens se montrent généralement hostiles. La réaction est légitime car on ne peut nier que la densification comporte des conséquences tangibles pour les populations qui redoutent une dégradation de leur qualité de vie, liée notamment à la promiscuité et à l’augmentation des nuisances qui en découlent. D’ailleurs pour s’opposer désormais à des réactions d’opposition à son option politique de densification urbaine, le gouvernement vient de prendre une ordonnance le 17 juillet qui limite les recours contre les permis de construire (décret Duflot). Sauf que ce décret, dès lors qu’il introduit dans la procédure de saisine une inégalité de droit entre les citoyens par l’intermédiaire de leurs associations pose un problème de constitutionnalité en regard de l’article premier. (La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine…). A noter que lors de l'audition de la ministre Duflot au parlement un député avait évoqué cette distorsion de traitement, mais n'avait guère insisté. Le lobby des bétonneurs devait ''veillait au grain''... Au nom de la politique de densification urbaine et de la construction de logements il s’agit en fait d’une ordonnance liberticide de Madame Duflot pour le service exclusif des bétonneurs et des maires affairistes des grandes villes qui n’en attendaient pas tant d’une ministre issue d’EELV. Ce décret aura à terme des conséquences désastreuses, en particulier pour les lois paysage, montagne et littoral qui pourront être transgressées en toute légalité ou presque, et encouragera certains maires à passer outre les interdictions des Plans de Prévention aux Risques d’Inondations (PPRI). Voir une précédente publication.

Inversion de tendance.

Les dernières grandes lois en matière d’urbanisme et notamment la loi Grenelle 2 de l’environnement ont fixé des règles toujours plus exigeantes, au point que le Code de l’urbanisme prévoit désormais, à tous niveaux, de nombreuses règles visant à rendre obligatoire la densification.

Ainsi, le droit de l’urbanisme connaît probablement, depuis quelques années, un véritable changement de cap. En effet, depuis plusieurs décennies, une des principales préoccupations des règlements d’urbanisme consistait à limiter la densification des espaces urbains en y imposant un « Coefficient d’Occupation des Sols » (COS) qui limitait les surfaces constructibles en fonction de la superficie du terrain.

Remise en cause des coefficients d'occupation des sols (COS)

Les communes contrôlent l’urbanisme sur leur territoire au moyen du coefficient d’occupation des sols (COS) qui permet de maîtriser la densité des constructions. Le COS est fixé dans le Plan Local d’Urbanisme (PLU) qui a remplacé le plan d’occupation des sols (POS). Le COS varie selon le classement de la zone où se situe la propriété. La commune est partagée en différents secteurs : les zones urbaines constructibles, et les zones naturelles limitant voire interdisant les constructions. Suivant les zones, le COS permet de bâtir une surface plus ou moins grande proportionnellement à la superficie du terrain. Ainsi pour un COS de 0,6 il est permis d’édifier 420 m2 sur une parcelle de 700 m2. Dans une zone urbaine pavillonnaire, le coefficient est souvent faible, 0,1 (100 m2 construits sur une superficie de 1 000 m2) par exemple, mais peut atteindre 3 (3 000 m2 d’immeuble sur le même terrain de 1 000 m2) dans un quartier de bureaux. Dans une zone naturelle, la possibilité de construire peut être limitée par un COS de 0,005 (soit 100 m2 construits sur une propriété de 2 hectares - 20 000 m2). Remarque : La surface construite à considérer est la superficie nette de plancher hors œuvre, c’est-à-dire la somme des différents niveaux : rez-de-chaussée, étages, combles, vérandas. Ne sont pas pris en compte les sous-sols et combles non aménageables (moins de 1,80 m de hauteur), les locaux techniques (ascenseur, chaufferie, local à ordure, caves), les surfaces non closes (balcon, loggia, toit terrasse) ou de stationnement (parking, boxe, rampe d’accès), ainsi qu’un forfait de 5 % de la superficie pour tenir compte des éléments d’isolation acoustique et thermique.

Désormais, la tendance est plutôt à la suppression des coefficients d’occupation des sols en secteurs urbains voire même, dans certains cas particuliers, à imposer un COS minimum à proximité des principaux axes de transports en commun. On assiste donc à un véritable retournement de tendance dans la philosophie du droit de l’urbanisme. Et le processus n’est probablement pas encore fini…

La mesure la plus emblématique de ce bouleversement de la pensée de l’urbanisme réside probablement dans la possibilité, pour les communes qui le souhaitent, d’imposer, depuis 2010, un COS minimal à proximité des principaux axes de transports en commun.

De même, le versement pour dépassement du plafond légal de densité prévu dans le Code de l’urbanisme a été supprimé. Désormais, au contraire, les communes qui le décident peuvent pénaliser financièrement les constructions qui ne satisfont pas aux objectifs de densité en les soumettant à un « versement pour sous-densité ». Dans le prolongement de cette tendance, en ville l’espace pourrait donc devenir un luxe.

Les communes ont également perdu une part de leur souveraineté dans l’élaboration de leurs choix urbanistiques, ce qui n’est pas en soit une mauvaise chose, car cela limite des dérives clientélistes. Mais, qu’elles le veuillent ou non, elles sont obligées d’intégrer la densification dans leur plan local d’urbanisme (PLU). Les Schémas de Cohérence Territoriale (Scot) élaborés au niveau intercommunal ont l’obligation légale de lutter contre l’étalement urbain et peuvent, par exemple, interdire aux communes de prévoir des COS ou des hauteurs trop faibles.

Dans le même sens, mais de manière facultative cette fois, les communes peuvent autoriser des dépassements de la densité fixée par le COS jusqu’à 50 %, pour certains projets de logements notamment s’il s’agit de HLM ou de logements performants énergétiquement. Une récente loi, déjà abrogée avait même tenté d’imposer aux communes un dépassement du COS (et d’autres règles) dans la limite de 30 %. De nombreuses autres règles encore visent à faciliter la densification et dérégulent l’urbanisme, comme par exemple la possibilité de régénérer les droits à construire d’un terrain à chaque division de parcelle.

Naturellement, la densification ne s’applique évidemment pas de la même manière dans un bourg rural ou en centre-ville. Néanmoins, si l’on veut bien s’affranchir de la vision angélique du dogme de la densité, il faut alors reconnaître que la densification ne résout en aucun cas les problèmes de surpopulation et d’étalement de l’habitat par transfert de population dans les communes en périphérie des grandes villes, notamment pour les opérations d’accession à la propriété. 

Complexité de la densification et risque d'atteindre des résultats très différents de ceux visés (1).

Depuis l’antiquité, les pouvoirs publics ont toujours lutté contre la tendance naturelle des constructions à s’entasser, notamment pour lutter contre les incendies, faciliter la circulation ou améliorer les conditions d’hygiène. A partir de la fin du 19ème et surtout au 20ème siècle, la dynamique s’est inversée. Les villes se sont étalées rapidement, quand les infrastructures l’ont permis et que les habitants ont pu accéder à l’automobile. De sorte qu’aujourd’hui les politiques publiques essayent de lutter contre les excès de cette "dé-densification".

Considérant que l’étalement des zones périurbaines provoque de nombreux déplacements en voitures individuelles, le mitage des terres agricoles …. Le Grenelle de l’Environnement a conclu en matière d’urbanisme à la nécessité de densifier les zones urbaines, mais une ville densifiée n’assure pas pour autant que les objectifs du Grenelle seront atteints : les différences de besoins et contraintes au sein de la population (familles avec enfants, jeunes adultes, retraités…), en particulier en matière de déplacements des actifs vers leur lieu de travail et les éléments économiques pour les choix … créent un contexte très complexe, où une décision peut facilement aboutir à l’effet inverse à celui recherché. 

Quelques illustrations :

La densification conduit-elle automatiquement à la réduction du trafic ?
La conclusion de SIMMOND AND COOMBE (2000) est que la densification n'est pas suffisante en soi  » la stratégie de "densification", pour Bristol par exemple, n'a pas eu les effets escomptés sur le trafic. Le lien dépend peut-être d'autres paramètres, la localisation de l'habitat en relation avec les opportunités de travail étant plus importante » (géo confluences / ENS - Lyon)  

Le bilan carbone d’habitants en centre urbain est-il meilleur ?... :
Jean-Pierre ORFEUIL, professeur à l’institut d’urbanisme de la ville de Paris, pointe ainsi "l’effet barbecue", ou "mobilité de compensation", qui pousse les habitants à quitter les centres-villes lorsque arrive le week-end. "A revenus égaux, ils auraient plus tendance que ceux de la périphérie à partir loin, en utilisant des modes de transport gourmands en énergie… (CNRS - idées reçues sur la densité).
Par ailleurs, habiter la ville pour se rapprocher de son lieu de travail n’est pas la motivation première dès lors que la disjonction entre le lieu d’habitat et le lieu d’emploi s’accentue. Les changements d’emploi sont deux fois supérieurs aux changements de logements. 90% des déménagements au sein d’une région ne sont pas motivés par la volonté de se rapprocher d’un emploi, mais pour des raisons familiales ou liées à l’environnement ou au logement lui-même.

Conséquence financière de la densification sur de l’augmentation des droits à construire
Henry BUZY-CAZAUX, Président de l’Ecole Supérieure des Professions Immobilières (Les Echos) : » 30% de droits à construire en plus, c’est 30% de plus sur le prix du terrain, en gros. A ce compte-là, on saisit mal par quel miracle le prix des logements produits baisserait ».
La Fédération des Promoteurs Immobiliers n'exclut pas des effets pervers. Elle craint que la possibilité de construire plus ne renchérisse encore le prix des terrains à la vente, ce qui aurait l'effet inverse de celui recherché... (Le Point)

Les métropoles se concentrent…et s’étalent

Paradoxalement, plus les centres des grandes villes se densifient, plus les villes s’étalent à cause d’un accroissement des populations dans les communes périurbaines. 

A cause de la croissance démographique, plus on assiste à une densification croissante des populations dans les grandes villes, plus, paradoxalement, on constate également un étalement des habitants vers la périphérie.

Entre 1990 et 1999, seize aires urbaines de plus de 150 000 habitants ont contribué pour plus de 30 % à la croissance démographique de la France métropolitaine, alors qu'elles représentaient seulement 9,5 % de sa population en 1990 (voir ce lien). 

Le pays comptait 64.612.939 habitants au 1er janvier 2010 selon les derniers chiffres de l'Institut national de la statistique. En quatre ans, la France qui a gagné 1,4 million d'habitants « connaît une croissance démographique deux fois plus élevée que la moyenne en Europe ».

La croissance démographique est essentiellement portée par les petites communes périurbaines. Si les communes de moins de 5 000 habitants n'abritent que 40 % de la population, elles représentent 70 % de la croissance démographique. « Quelle que soit la taille de la commune, être situé hors de l'espace urbain ou dans une petite agglomération est plus favorable que d'appartenir à une agglomération moyenne », observe l'Insee.

Les communes rurales et les petites villes de moins de 10.000 habitants sont souvent situées sous l'influence d'une grande ville : une partie importante des personnes qui y résident travaillent dans la grande agglomération proche. Elles bénéficient de l'activité économique, des services de cette agglomération et d'une offre de logements moins chers et plus spacieux. D’une part, cette situation traduit ainsi une nouvelle forme de ségrégation sociale assez curieuse et contradictoire, d’une part le cadre de vie plus agréable des petites communes rurales de la périphérie devrait conduire à des logements plus chers car plus spacieux que ceux des centres des grandes villes, or c’est l’inverse qui se produit. D’autre part, du fait des prix des logements élevés à cause de la spéculation immobilière due à la rareté des terrains disponibles, ce sont les populations les plus aisées qui peuvent plus facilement se loger dans le centre des grandes villes, rejetant ainsi les plus modestes aux communes de périphéries, généralement dans des ZUP qui concentrent misère sociale, chômage élevé, délinquance diverses… C’est bien le problème de surpopulation et de déséquilibre social qui explique que la densification urbaine n’interrompt pas pour autant l’étalement et l’accroissement des populations en périphérie.

Cesser de passer la serpillière, fermer le robinet…

En stabilisant la croissance démographique en France au rythme actuel de son évolution (environ 1,5 million d’habitants tous les 4 ans), selon les estimations de l’INSEE, en 2040 la France compterait 75 millions d’habitants. Si on considère les lobbys ultra natalistes, notamment les religions monothéistes dont l’influence ne cesse de croître et qui encouragent la politique nataliste des Gouvernements tant ceux de Droite que ceux de Gauche, ces chiffres risquent fort d’être très supérieurs et malgré toutes les politiques de densification urbaine, y compris les plus autoritaire, elles ne pourront empêcher un étalement toujours plus important et toujours plus dévoreur d’espace et de terres arables...

Il est urgent de stopper la croissance démographique en prenant des mesures qui, dans l’immédiat, ramènerait la France dans la moyenne Européenne des taux de natalité, pour ensuite, en réhabilitant et réactualisant Malthus, amorcer l’indispensable décroissance démographique.

Localement, excepté quelques très rares maires écologistes, tous n’ont qu’une ambition : développer leurs communes en augmentant la population, ce qui est compréhensible quand on sait que la dotation globale de fonctionnement (DGF) attribuée par l’Etat aux communes varie du simple au double suivant le nombre d’habitants. Il ne pourra donc y avoir de régulation et d’arrêt de la croissance démographique des communes s’il n’y a pas de mesures prises au niveau National concernant une réforme totale de la fiscalité locale et des règles d’attribution des dotations financières de l’Etat (DGF, DGE…) qui inverse la tendance. Naturellement tous vont se retrancher derrière l’argument du ‘’développement durable’’ pour justifier leurs choix. Lorsqu’il s’agit de communes périphériques qui ont un profil de logements déséquilibrés par un mitage trop important de maisons individuelles, les maires vont s’efforcer de requalifier en densifiant leur centre de manière à ce que l’urbanisme n’oblige pas les habitants à prendre leur voiture pour le moindre déplacement et en favorisant la desserte par les transports en commun, attirer les commerces et diversifier l’offre de logements, pour prendre en compte les besoins des jeunes, des personnes âgées et des familles monoparentales, quoi de plus normal, mais tout cela se traduira, non par un rééquilibrage social de la population existante, mais par un afflux de nouvelle population qui aggravera les déséquilibres sociaux de la commune.

Le « Développement Durable » est évidemment impossible car tout développement se heurte à des limites  : « les arbres ne montent pas jusqu’au ciel ». Son sens ne peut être que de retarder dans une mesure difficile à prévoir, le choc en retour de la croissance humaine et des besoins liés, il interviendra inéluctablement, même en réduisant nos prélèvements de ressources et les pollutions que nous produisons.

_____________________________________________________________________

Ce texte de Monsieur Daniel Martin a été préalablement publié sur Agoravox et dans une version un peu plus courte sur le Plus du Nouvel Obs

(1) Cet intertitre reprend l'intitulé d'un texte publié par Monsieur Jean-Gilbert Aincy sur le blog CREO consacré à la réflexion sur l'urbanisme à Orléans. Ce site présente des articles très intéressants sur le sujet.

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8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 06:24

Pardon de cet accès de pessimisme au coeur de l'été, mais il faut parfois donner sa place à la vérité : C’est perdu ! Le combat pour la sauvegarde de la nature et pour la construction d’une coexistence harmonieuse et durable (ou même durable parce qu’harmonieuse) entre l’homme et  le reste du monde vivant est un combat perdu.  

Des solutions se feront jour, bien sûr, le temps résout tout, mais  elles seront subies quand elles auraient pu être voulues et c’est là, me semble-t-il, une juste définition de l’échec. Ces solutions feront suite à un anéantissement durable des équilibres naturels. Les espèces disparues mettront plusieurs millions d’années avant d’être remplacées par leurs équivalents. Depuis le début du 20ème siècle nous avons multiplié nos effectifs par 4, avons rasé, - les estimations varient - plus de la moitié des forêts et avons éliminé 97 % des prédateurs que sont les lions et les tigres, les poissons rapetissent et disparaissent, beaucoup d’espèces ont vu leurs effectifs baisser de 90 %. Les sols sont détruits et l’atmosphère voit évoluer sa composition à travers la rapide augmentation de la proportion de gaz carbonique.

Les faits sont graves, ils sont catastrophiques, mais plus terrible encore, aucun retournement de notre attitude n’est en vue. Tendances lourdes et volonté mal dirigée… que pouvons-nous faire ? Il y a maintenant quatre ans, l'analyste Jean-Marc Jancovici nous en donnait trois pour sauver le monde et rien n'a changé, ni dans les faits ni dans les aspirations des humains comme de leurs dirigeants qui n'ont en rien pris la mesure de l'enjeu :  notre survie et celle de la vie évoluée sur la planète. Les économistes ne parlent que de croissance sans comprendre que nous nous heurtons aux limites physiques de notre monde, les écologistes s’attachent à cet oxymore qu’est le développement durable et ils refusent dans leur grande majorité toute mise en cause de notre démographie. En France, le débat sur les allocations familiales tourne autour de l’idée de ne surtout pas défavoriser les familles nombreuses alors que le monde croule sous nos effectifs.    

Bref, nous refusons toute remise en cause sérieuse et laissons les choses suivrent leur cours cataclysmique. 

Ne soyons pas naïfs ;  ni la Nature ni l’Histoire ne seront tendres avec nous, qui d’ailleurs ne l’avons pas mérité. Notre omniprésence bien réelle et notre omnipuissance bien provisoire ont désenchanté le monde, elles le détruisent aujourd’hui. Le biologiste Frank Fenner  l’avait très clairement exprimé en 2010 en prévoyant un écroulement de nos sociétés avant la fin du siècle. Il n’est pas le seul et je ne peux, hélas, que faire miens les propos de François Cavanna qui répondit un jour à l’association Démographie Responsable qui lui demandait son soutien :

« Une certaine association, Démographie Responsable, se propose de lutter par tous les moyens contre le peuplement anarchique - et criminel - de la planète. Ces vaillants militants me demandent mon concours.

Je dois dire tout de suite quelle est mon opinion. La voici : il n’y a rien à faire. Il est trop tard, beaucoup trop tard. Je n’ai pas le loisir d’entrer dans les chiffres. Nous sommes déjà entrés dans l’ère des survivances. L’économie planifiée, les progrès techniques, les privations, ne peuvent plus faire face à la monstrueuse vague humaine qui submerge la Terre. Le fameux et terrible facteur 2 (doublement de plus en plus rapide du contingent) est un adversaire implacable. Nous sommes en démocratie, chacun a le droit de pondre, fût-ce des crève-la-faim. Les nations ayant employé des mesures persuasives ou coercitives ont échoué. La sélection naturelle va dans le sens de l’aggravation en favorisant l’avènement des plus doués pour survivre, puis, fin du scénario, en les tuant tous d’un coup.

La « nature » n’est pas notre amie. L’homme non plus. L’ambition, la rapacité, l’emporteront toujours sur la « froide » raison. Je regrette : il est trop tard. On va dans le mur. Allons-y gaiement. Ceci est mon message.»

 

 

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Published by Didier Barthès - dans Billets d'humeur
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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 10:04

Essai sur le principe de populationEvoqué plus souvent qu'il n'est lu, mal compris, Malthus a mauvaise presse. C’est probablement l’une des plus grandes injustices de l’histoire de la pensée économique, incompréhension que nous avions d’ailleurs déja dénoncée (voir sur ce site l'article : L'injustice faite à Malthus).   

Alors que l’écologie devrait être notre première préoccupation, l’économiste Jean-Paul Maréchal a très bien résumé la question dans une introduction qu’il fait au célèbre livre de Malthus : « Essai sur le principe de population » (1).

Au fond Malthus n’est-il pas le premier écologiste, lui qui n’hésite pas à évoquer la question des limites ? Voici ce qu’écrit en 1992 Jean-Paul Maréchal  à la dernière page de son introduction.

 

« Avant un retour sur le texte qui se révèle indispensable, il nous a paru utile, pour finir, d’examiner une question récurrente qui poursuit l’auteur de l’Essai et dont contre toute apparence le sens est finalement ambigu : Malthus a-t-il eu raison ? A-t-il été « confirmé » ou « démenti » par les faits ? quelle est en d’autres termes son « actualité » ?  

Pour certains, la cause est entendue. Malthus n’a pas vu la révolution industrielle et ses extraordinaires potentialités tandis que les catastrophes annoncées ne sont pas survenues. Avec  lui l’économie politique est irrémédiablement la « science du lugubre » comme la désignait Carlyle après avoir lu l’Essai. A considérer cet ouvrage sous l’angle exclusivement prévisionniste ou de manière superficielle, un tel raisonnement est recevable. Malthus est alors à ranger dans la grande réserve de la bibliothèque des idées comme représentant d’une espèce à jamais étrangère aux préoccupations du monde d’aujourd’hui.  

Mais si l’on pense au contraire que la substance de l’Essai réside dans l’avertissement que la Terre constitue un espace clos et un fonds borné, alors Malthus précède d’un siècle et demi le Club de Rome et ses courbes exponentielles (2) . La catastrophe démographique n’est pas survenue, non parce que la Terre pourrait nourrir n’importe quelle population, mais parce que jusqu’à présent, le développement économique a pu suivre la croissance des besoins. Or, il apparait depuis quelques années que cette expansion que l’on croyait indéfiniment perpétuable butte sur la double limite de l’épuisement des ressources naturelles et des capacités de régénération du milieu. Et l’on découvre, surexploitation pétrolière, micropollution, pollution globale et déforestation à l’appui, que la sphère des activités économiques est dépendante de la reproduction de la biosphère.  

Le principe de population ressurgit là où on l’attendait le moins : dans l’air, dans l’eau, et dans les sols. Malthus « l’empiriste » contre Riccardo  « le théorique » prend une revanche qu’il n’aurait sans doute jamais imaginée. Au moment où l’homme met en péril les conditions de sa propre survie, Malthus rappelle la nécessité d’une pensée des limites, d’une interrogation de la finitude face à l’extension du royaume de la marchandise et à l’hybris technoscientifique de cette fin de millénaire. »  

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(1) Robert Thomas Malthus : Essai sur le principe de population, deux volumes : 480 et 436 pages, introduction de Jean-Paul Maréchal, Editions GF Flammarion, Paris, 1992 (première édition de l’ouvrage original : 1798). Extrait des pages 54 et 55 de cette édition, publié avec l’aimable autorisation des éditions Flammarion.

(2) Voir le Club de Rome, Halte à la croissance, Fayard Paris, 314 pages

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Published by Didier BARTHES - dans Démographie
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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 14:04

Le 2 juillet dernier a eu lieu à Gaillard (74)  une conférence sur la surpopulation. Ce fut l'occasion de rappeler les ordres de grandeur de nos effectifs comme de leur évolution, de dénoncer le tabou qui règne sur la question, mais aussi d'évoquer les solutions.

La soirée s'articula autour de mon intervention axée sur l'aspect démographique proprement dit et autour de celle de Monsieur Guyla Simonyi, président de l'association hongroise, Bocs qui développa plus particulièrement les questions d'empreinte écologique et de bio-capacité des territoires.

 

Vous pouvez visualiser cette conférence via les liens suivants :

Démographie : Les ordres de grandeur, (Didier Barthès, porte parole de Démographie Responsable),  puis  Réponses aux questions sur ce sujet (id).  

Empreinte Ecologique et bio capacité (en anglais par Gyula Simonyi, président de Bocs). 

Tous nos remerciements vont à Monsieur Patrick Royer à l'origine de ces rencontres ainsi que de l'intégralité de leur organisation.

 

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Published by Didier BARTHES - dans Démographie
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