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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 12:44

En matière d'écologie et d'économie durable, l'habitude a été prise de commenter les faits importants, comme pour ce mois de septembre 2013, la décision prise par les Pouvoirs Publics lors de la Conférence Environnementale de favoriser la rénovation thermique des bâtiments en ramenant la tva payée sur ces travaux de 10 à 5 %. De même glose-t-on à l'infini sur la transition énergétique et la décision de fermer ou pas la centrale nucléaire de Fessenheim. D'autres faits pendant ce temps passent inaperçus, bien qu'ils soient eux aussi lourds d'impacts ou de questionnements sur la problématique écologique. Je voudrais dans cette "chronique des petits faits" pour le mois de septembre dernier évoquer deux éléments bien peu commentés et analysés.

D'abord l'encouragement à une généralisation de la garde partagée des enfants après divorce, encouragement venu de notre assemblée des sages qu'est le Sénat. La promotion de ce mode de garde répond bien évidemment à une logique d'égalité entre les sexes, et prend notamment en compte les demandes des pères divorcés, en lutte contre ce qu'ils considèrent comme une forme d'exclusion.  Evolution souhaitable pour un monde plus juste, la messe semble dite et les commentaires inutiles. C'est pourtant oublier son impact, déjà bien repéré et connu des professionnels de l'immobilier. A savoir que le divorce d'un couple avec enfant(s) accompagné d'une garde partagée, c'est concrètement une consommation immobilière multipliée par deux, chaque parent devant être capable de loger à titre permanent son ou ses enfants en plus de lui-même et de son éventuel nouveau conjoint. C'est donc à terme plus de constructions nécessaires, plus de béton à produire, plus d'espaces consommés, plus de mètres carrés à chauffer, plus de meubles à fabriquer. Et aussi plus de transports et autres mouvements incessants pour les enfants et leurs parents. Toute cette consommation matérielle, si elle se révèle un facteur positif pour les tenants de la croissance à tout prix, peut aussi être perçue comme un gaspillage de biens rares impactant négativement sur notre biotope. En fait, là encore, l'impression domine que notre espèce se soucie d'abord de résoudre ses problèmes comme cela l'arrange, au mieux de ses intérêts directs, sans réellement s'occuper de leur impact pour la planète.  L'objet de cette réflexion n'est évidemment pas de stigmatiser les parents divorcés, mais plutôt d'ouvrir une brèche, un questionnement sur l'évolution du couple en Occident. Autrement dit, le couple fondé sur le sentiment amoureux, couple forcément plus fragile que l'alliance de raison qui a si longtemps prévalu dans nos sociétés, n'est-il pas la conséquence de la société de croissance et de la richesse momentanée et un peu illusoire qu'elle a apportée ?  Sans cette richesse bâtie sur le pillage des ressources et la pollution généralisée, comment financer les doublons économiques nécessités, générés par notre présente conception du couple et de la famille ? Le retour à une simplicité volontaire, à une vita povera, à une économie des moyens, ne contient-il pas aussi le retour à un couple et une famille plus fondée sur des intérêts bien compris que sur un sentiment amoureux si difficile à gérer dans le temps ? Quand l'écologie devient susceptible de heurter ce que nous finissions par considérer comme notre liberté, la réflexion devient difficile mais elle n'en est que plus nécessaire.

L'autre fait 'invisible'  est la persistance, pour ne pas dire l'aggravation, des dégradations enregistrées pour le Vélib. Voilà une solution écologique de transport basée sur une collectivisation des moyens qui pouvait sembler faire progresser notre adaptation à une vie plus simple et moins dévoreuse de ressources, dans un territoire densément peuplé. Qu'apprend-on ? Que cette solution est sans cesse l'objet de dégradations volontaires et coûteuses, à tel point que l'intérêt économique de l'offre proposée ne peut se maintenir qu'avec le soutien de subventions de plus en plus financées par le contribuable. Première constatation : la solution collective - le principe du Vélib - entraîne une déresponsabilisation des acteurs qui génère à son tour un gaspillage de ressources tant en main d'œuvre qu'en matériaux. Seconde observation : le délitement social est financièrement coûteux à tous du fait des gaspillages qu'il entraîne, et négatif quant à l'impact sur la nature par les prélèvements supplémentaires que ces gaspillages génèrent. Une société construite sur la simplicité et la sobriété est-elle compatible avec des logiques collectives qui favorisent la déresponsabilisation ? Et peut-elle tolérer longtemps les désordres provoqués par un délitement social qui touche des parties entières de la population ? Une société écologiquement responsable ne risque-telle pas de promouvoir outrageusement le principe de responsabilité généralement à l'œuvre dans les sociétés libérales, et de gérer autoritairement le délitement social à travers la promotion de normes culturelles contraignantes, bien loin de la tolérance actuelle ?

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Published by Jean-Christophe VIGNAL - dans Société
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2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 16:04

Depuis 40 ans au moins, il n’y a plus rien de bien original à rappeler que la société de consommation est une société de frustration. Cette frustration est inhérente à toute progression matérielle continue. La comparaison de nos possessions avec celles des autres mais aussi avec nos  futures et potentielles acquisitions engendre une insatisfaction permanente. Ce manque est d’ailleurs au cœur de l’équilibre économique de nos sociétés, il nous pousse vers le « toujours plus » et constitue le moteur principal de la croissance. Le prix à payer est toutefois assez lourd. D’une part nous détruisons la planète, d’autre part nous nous trouvons condamnés à supporter cette contradiction d’être à la fois riches et insatisfaits, deux handicaps inacceptables pour une économie pérenne.

Mais une seconde forme d’insatisfaction, peut-être encore plus violente et trop peu médiatisée, sans doute parce qu'encore au futur pour l'essentiel, vient désormais s’ajouter à la première : l’obligation de brimer nos potentialités matérielles pour les rendre compatibles à la fois avec la finitude de la planète et avec la vie en société.

L’automobile nous fournit l’exemple le plus évident. Nous savons désormais fabriquer des voitures puissantes et confortables (1), capables pour la plupart de rouler durablement à 150 ou 160 kilomètres à l’heure. Cependant, des impératifs de sécurité (2) et plus encore les embouteillages du fait du caractère urbain de nos déplacements, font que concrètement, nous roulons le plus souvent à moins de 50 kilomètres à l’heure. Nos potentialités technologiques se heurtent là aux limites de la planète. Nous ne pouvons aller vite, non parce que c’est techniquement impossible, mais parce que ce n’est pas raisonnable et parce que de toute façon, notre densité de peuplement nous l’interdit. Nous devons donc établir et respecter des lois destinées à limiter administrativement les performances réelles de nos machines.

Cette limitation touche maintenant presque toutes nos productions. Nous pouvons construire des centrales nucléaires développant une puissance faramineuse. Le défi n’est plus aujourd’hui seulement de produire cette puissance, il est, et de plus en plus,  de pouvoir la mettre à disposition en toute sécurité dans un espace densément peuplé où tout accident aurait de graves conséquences. De manière plus générale, les coûts liés à la sécurité ainsi qu’à l’acceptabilité des technologies représentent une proportion croissante des dépenses de construction et de fonctionnement de nos outils.

Un tel blocage ne se cantonne pas à l’utilisation directe d’objets toujours plus efficaces et plus puissants, il résulte parfois de leur usage indirect et multiple. Il n’est ainsi pas exclu, du fait de notre démographie et de notre consommation individuelle, que nous devions cesser de brûler le charbon avant qu’il ne soit épuisé, parce que l’atmosphère terrestre ne supportera plus l’enrichissement en CO2 et en polluants divers que cela suppose. Nous devrons aussi cesser la pêche pour la même raison, non que nous ne sachions plus faire, mais parce que la planète ne le supportera plus.

Il en est de même de la question démographique souvent évoquée sur ce blog. La richesse de nos sociétés et la disponibilité en énergie abondante et bon marché ont favorisé le développement et l’utilisation de technologies permettant un confort matériel et un système de santé réduisant à presque rien la mortalité infantile et allongeant durablement la vie de la plupart d’entre nous. Ce qui apparait comme un bienfait impose en retour de limiter fortement notre fécondité faute de quoi, la Terre va bientôt se trouver submergée. Cette diminution est bien entamée puisque depuis 1950, le nombre d’enfants par femme a été divisé par deux, passant de 5 à 2,5 au niveau mondial. Pourtant cette diminution n’est pas suffisante; dans le même temps la planète a vu son nombre d’habitants multiplié par presque trois (passant de 2,5 à 7,1 milliards en 63 ans) Nous devons donc nous limiter et donc, là aussi, admettre une certaine frustration par confrontation aux limites de la planète. Dans les faits et dans de nombreux pays, à court terme le nombre d’enfants ne sera plus libre. C’est une conséquence surprenante, apparemment contradictoire mais en vérité obligée de notre toute puissance technologique, une forme particulière d’externalité négative.

Plus indirecte encore, se pose la question de l’éducation. La richesse globale de nos sociétés nous a permis de développer un vaste système éducatif donnant au plus grand nombre un minimum de culture générale et préparant les individus à des professions plus ou moins considérées comme intellectuelles, et par là plus « prestigieuses », basées sur la manipulation d’informations plus que de matière et ne supposant pas l’usage de nos muscles. Malgré une tertiarisation galopante, notre économie ne peut fournir les emplois correspondants. Cela  génère et entretient une frustration de nombre de diplômés qui se retrouvent sans aucun rôle et se voient déçus dans leurs ambitions. Cette frustration-là n’est pas la moindre, même si l'on peut probablement y remédier dans le temps en réorientant les formations et en revalorisant la profession d’artisan. On peut, il est vrai  y trouver aussi un autre intérêt : Redonner à l’éducation son véritable sens, favoriser l’intelligence et la culture  et non préparer les gens à un métier. Les mathématiques, la physique, la philosophie, la littérature sont de vraies richesses qui ne doivent pas être mesurées à leur seul usage professionnel. Les hommes sont des êtres pensants avant d’être des employés.

Aux frustrations d’ordre psychologique liées à la seule confrontation entre nos désirs et de nos moyens financiers personnels, va s’ajouter une frustration plus fondamentale et plus collective liée à l’incapacité de notre omnipuissance à s’épanouir dans un monde fini. Cette frustration-là sera plus grave parce qu’un mouvement de recul est toujours plus difficile à supporter et parce qu’elle s’adressera à l’ensemble de l’humanité, pauvres compris. Elle brisera le rêve du « toujours plus » ce à quoi nous ne sommes absolument pas préparés. Concevoir l’avenir dans la décroissance nécessite une véritable révolution des esprits.

Aux différents qualificatifs déjà attribués au 21ème siècle ajoutons celui-ci : Le 21ème siècle sera celui du repli et de l’acceptation de la décroissance. Nous trouverons là la condition d’une société durable, heureusement, à terme, une contrainte acceptée ne constitue plus une frustration.

__________________________________________________________________________________________________                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                          (1) Beaucoup d'automobiles affichent désormais des puissances de l’ordre de 100 kilowatts. Pour mémoire un champion cycliste ne développe durablement que 400 watts soit 250 fois moins, concrètement une voiture d’une vingtaine de kilowatts suffirait à assurer la quasi-totalité de nos besoins.

(2) Limitation de vitesse qu’en aucun cas je ne veux ici remettre en cause. Les odes à la vitesse s’écroulent d’elles-mêmes au regard d’une vie perdue ou brisée.

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Published by Didier Barthès - dans Société
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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 10:44

   

Quand la baignoire déborde, le fou passe la serpillière, le sage ferme le robinet.        (Proverbe Chinois)

La ville européenne a connu depuis toujours deux expressions urbaines : compacité et étalement. Bien que limitée à des territoires très restreints et très densément occupés, la ville s’est étendue par agrégation de territoires nouveaux aux périmètres anciens. Jusqu’au 19ème siècle, il est encore relativement aisé et univoque de tracer les limites de la ville. A partir du début du 20ème siècle (voire de la fin du 19ème ), la conjugaison des effets de la révolution industrielle et de l’exode rural modifie profondément la donne. Accroissement démographique, développement des moyens de transports de plus en plus performants, notamment la voiture, et très souvent aujourd’hui chaque foyer en possède plusieurs, changement de modes d’habiter et de travailler font que les villes étendent, dans un laps de temps relativement court, leur superficie et grignotent toujours plus loin dans les espaces environnants les terres arables. Cela se traduit par une dilution de leurs limites.

Dès 1950, les rapports entre la ville et la campagne environnante n’en finissent pas de connaître des bouleversements de plus en plus radicaux. A partir des années 50/60, en France avec les problématiques de la destruction de la guerre, l’habitat insalubre, la fin du drame Algérien et l’accueil d’un million de rapatriés on a dû accélérer la construction de logements dans des ZUP. Les couronnes périurbaines d’une grande majorité de villes enregistrent ainsi des accroissements plus importants que ceux de leurs centres.

Aujourd’hui, en ce début de 21ème siècle, nous observons un mouvement de retour aux centres. Reconquête de centres-villes, reconstruction d’images et d’influences, les nombreux projets urbains témoignent de la volonté de valorisation et requalification des villes. La notion de densité urbaine est de retour pour faire le contrepoids à l’étalement urbain, avec, in fine, l’argument selon lequel on défend de nouvelles idées environnementales liées à la sauvegarde des terres agricoles et aux contraintes énergétiques. La densité n’est toujours pas pour autant un concept avec une connotation forcement positive et constructive, issue d’une politique globale pensée à long terme. Pour un bon nombre d’élus, de citoyens et d’opérateurs, une forte densité de logements est encore uniquement synonyme de promiscuité, d’affrontements, de conflits de voisinage. Pour d’autres c’est tout juste un bon instrument économique pour augmenter la valeur foncière des terrains déjà très convoités des centres urbain.

Madame Duflot, actuelle ministre du logement, est urbaniste de formation et convaincue de la nécessité de densifier nos villes, persuadée de réduire ainsi le poids des deux plaies de l'urbanisme à la française que nous payons tous les jours à cause d’un étalement urbain et des distances, notamment, Domicile-Travail qui ne cessent de croître. Par cet étalement urbain qui confine souvent à l'absurde, ne sommes-nous pas, par ailleurs obligés de prendre nos voitures pour aller acheter une baguette de pain ou faire les courses dans des magasins qui ont déserté les centres-villes au profit de "galeries marchandes" dans des zones commerciales péri-urbaines ?... Pire encore, quand on a concentré des populations à l’intérieur de ZUP rejetées de plusieurs kilomètres à l’extérieur des centres-villes, alors que dans le même temps on aménageait des zones d’activités avec des grandes surfaces commerciales encore plus loin et très souvent à l’opposé de ces nouvelles zones d’habitat…Le tout aggravé parfois par une déficience chronique des transports en commun… 

Selon la ministre, cette situation est intenable à terme et Madame Duflot d’afficher des objectifs qui passent par la construction de 500 000 logements par an et la rénovation de 500 000 autres logements, car selon elle, nous arriverions péniblement à en construire entre 300 000 et 400 000. Or, il faut loger 300 000 nouveaux ménages chaque année, conséquence de la politique ultra nataliste, où la France se distingue en faisant davantage d'enfants que  les autres pays Européens. Et on estime le déficit de logements à près d'un million. La pression immobilière qui fait monter les prix, le manque de terrains et les surcoûts liés à des normes très contraignantes expliquent ces problèmes.

Densification urbaine et croissance démographique

Excepté les adhérents de ‘’Démographie Responsable’’ quelques personnalités écologistes, tels le député Européen Vert Yves Cochet, des militants de courants minoritaires d’EELV et le Mouvement Ecologiste Indépendant (MEI), la croissance démographique, que nul à Gauche comme à Droite ne souhaite remettre en cause et l’éclatement des foyers imposeront toujours plus de construction de logements. Ce phénomène consomme beaucoup d’espace, d’autant que nombreux sont nos concitoyens qui souhaitent habiter un pavillon individuel. La multiplication des lotissements dans les communes péri-urbaines traduit cette tendance. En outre, les communes multiplient souvent, en concurrence les unes des autres et de façon parfois anarchique, des zones d’activités qui nécessitent des infrastructures. Le tout dévoreur de terres arables. Cet étalement urbain qui se fait au détriment des espaces naturels ou agricoles entraîne la disparition d’environ 60 000 hectares de terres naturelles ou agricoles chaque année en France. Les surfaces artificielles (routes, bâtiments, parkings, etc.) augmentent trois fois plus vite que la population. Selon les estimations du Ministère de l’agriculture, Si les sols agricoles représentent toujours plus de la moitié du territoire, les espaces artificialisés progressent et atteignent 9 % du territoire métropolitain. L’artificialisation entraîne, tous les 10 ans, la perte de l’équivalent d’un département français, soit 200 hectares par jour. Entre 2006 et 2010, les surfaces artificialisées ont gagné 339 000 hectares.

Face à ce constat alarmant, et depuis de nombreuses années déjà, les urbanistes préconisent de densifier les espaces urbains existants. En concentrant une population plus importante sur un même espace, on limite le grignotage des espaces agricoles ou naturels, on optimise les investissements publics, en particulier, les transports publics et les réseaux divers (assainissement et autres), on limite les déplacements…

Si à priori, on ne peut qu’être favorable à la préservation des espaces naturels ou agricoles. Tant qu’il s’agit de combler les dents creuses ou de reconquérir les friches urbaines, la population approuve la densification, mais lorsqu’il s’agit de densifier leur environnement en construisant plus haut ou plus serré, nos concitoyens se montrent généralement hostiles. La réaction est légitime car on ne peut nier que la densification comporte des conséquences tangibles pour les populations qui redoutent une dégradation de leur qualité de vie, liée notamment à la promiscuité et à l’augmentation des nuisances qui en découlent. D’ailleurs pour s’opposer désormais à des réactions d’opposition à son option politique de densification urbaine, le gouvernement vient de prendre une ordonnance le 17 juillet qui limite les recours contre les permis de construire (décret Duflot). Sauf que ce décret, dès lors qu’il introduit dans la procédure de saisine une inégalité de droit entre les citoyens par l’intermédiaire de leurs associations pose un problème de constitutionnalité en regard de l’article premier. (La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine…). A noter que lors de l'audition de la ministre Duflot au parlement un député avait évoqué cette distorsion de traitement, mais n'avait guère insisté. Le lobby des bétonneurs devait ''veillait au grain''... Au nom de la politique de densification urbaine et de la construction de logements il s’agit en fait d’une ordonnance liberticide de Madame Duflot pour le service exclusif des bétonneurs et des maires affairistes des grandes villes qui n’en attendaient pas tant d’une ministre issue d’EELV. Ce décret aura à terme des conséquences désastreuses, en particulier pour les lois paysage, montagne et littoral qui pourront être transgressées en toute légalité ou presque, et encouragera certains maires à passer outre les interdictions des Plans de Prévention aux Risques d’Inondations (PPRI). Voir une précédente publication.

Inversion de tendance.

Les dernières grandes lois en matière d’urbanisme et notamment la loi Grenelle 2 de l’environnement ont fixé des règles toujours plus exigeantes, au point que le Code de l’urbanisme prévoit désormais, à tous niveaux, de nombreuses règles visant à rendre obligatoire la densification.

Ainsi, le droit de l’urbanisme connaît probablement, depuis quelques années, un véritable changement de cap. En effet, depuis plusieurs décennies, une des principales préoccupations des règlements d’urbanisme consistait à limiter la densification des espaces urbains en y imposant un « Coefficient d’Occupation des Sols » (COS) qui limitait les surfaces constructibles en fonction de la superficie du terrain.

Remise en cause des coefficients d'occupation des sols (COS)

Les communes contrôlent l’urbanisme sur leur territoire au moyen du coefficient d’occupation des sols (COS) qui permet de maîtriser la densité des constructions. Le COS est fixé dans le Plan Local d’Urbanisme (PLU) qui a remplacé le plan d’occupation des sols (POS). Le COS varie selon le classement de la zone où se situe la propriété. La commune est partagée en différents secteurs : les zones urbaines constructibles, et les zones naturelles limitant voire interdisant les constructions. Suivant les zones, le COS permet de bâtir une surface plus ou moins grande proportionnellement à la superficie du terrain. Ainsi pour un COS de 0,6 il est permis d’édifier 420 m2 sur une parcelle de 700 m2. Dans une zone urbaine pavillonnaire, le coefficient est souvent faible, 0,1 (100 m2 construits sur une superficie de 1 000 m2) par exemple, mais peut atteindre 3 (3 000 m2 d’immeuble sur le même terrain de 1 000 m2) dans un quartier de bureaux. Dans une zone naturelle, la possibilité de construire peut être limitée par un COS de 0,005 (soit 100 m2 construits sur une propriété de 2 hectares - 20 000 m2). Remarque : La surface construite à considérer est la superficie nette de plancher hors œuvre, c’est-à-dire la somme des différents niveaux : rez-de-chaussée, étages, combles, vérandas. Ne sont pas pris en compte les sous-sols et combles non aménageables (moins de 1,80 m de hauteur), les locaux techniques (ascenseur, chaufferie, local à ordure, caves), les surfaces non closes (balcon, loggia, toit terrasse) ou de stationnement (parking, boxe, rampe d’accès), ainsi qu’un forfait de 5 % de la superficie pour tenir compte des éléments d’isolation acoustique et thermique.

Désormais, la tendance est plutôt à la suppression des coefficients d’occupation des sols en secteurs urbains voire même, dans certains cas particuliers, à imposer un COS minimum à proximité des principaux axes de transports en commun. On assiste donc à un véritable retournement de tendance dans la philosophie du droit de l’urbanisme. Et le processus n’est probablement pas encore fini…

La mesure la plus emblématique de ce bouleversement de la pensée de l’urbanisme réside probablement dans la possibilité, pour les communes qui le souhaitent, d’imposer, depuis 2010, un COS minimal à proximité des principaux axes de transports en commun.

De même, le versement pour dépassement du plafond légal de densité prévu dans le Code de l’urbanisme a été supprimé. Désormais, au contraire, les communes qui le décident peuvent pénaliser financièrement les constructions qui ne satisfont pas aux objectifs de densité en les soumettant à un « versement pour sous-densité ». Dans le prolongement de cette tendance, en ville l’espace pourrait donc devenir un luxe.

Les communes ont également perdu une part de leur souveraineté dans l’élaboration de leurs choix urbanistiques, ce qui n’est pas en soit une mauvaise chose, car cela limite des dérives clientélistes. Mais, qu’elles le veuillent ou non, elles sont obligées d’intégrer la densification dans leur plan local d’urbanisme (PLU). Les Schémas de Cohérence Territoriale (Scot) élaborés au niveau intercommunal ont l’obligation légale de lutter contre l’étalement urbain et peuvent, par exemple, interdire aux communes de prévoir des COS ou des hauteurs trop faibles.

Dans le même sens, mais de manière facultative cette fois, les communes peuvent autoriser des dépassements de la densité fixée par le COS jusqu’à 50 %, pour certains projets de logements notamment s’il s’agit de HLM ou de logements performants énergétiquement. Une récente loi, déjà abrogée avait même tenté d’imposer aux communes un dépassement du COS (et d’autres règles) dans la limite de 30 %. De nombreuses autres règles encore visent à faciliter la densification et dérégulent l’urbanisme, comme par exemple la possibilité de régénérer les droits à construire d’un terrain à chaque division de parcelle.

Naturellement, la densification ne s’applique évidemment pas de la même manière dans un bourg rural ou en centre-ville. Néanmoins, si l’on veut bien s’affranchir de la vision angélique du dogme de la densité, il faut alors reconnaître que la densification ne résout en aucun cas les problèmes de surpopulation et d’étalement de l’habitat par transfert de population dans les communes en périphérie des grandes villes, notamment pour les opérations d’accession à la propriété. 

Complexité de la densification et risque d'atteindre des résultats très différents de ceux visés (1).

Depuis l’antiquité, les pouvoirs publics ont toujours lutté contre la tendance naturelle des constructions à s’entasser, notamment pour lutter contre les incendies, faciliter la circulation ou améliorer les conditions d’hygiène. A partir de la fin du 19ème et surtout au 20ème siècle, la dynamique s’est inversée. Les villes se sont étalées rapidement, quand les infrastructures l’ont permis et que les habitants ont pu accéder à l’automobile. De sorte qu’aujourd’hui les politiques publiques essayent de lutter contre les excès de cette "dé-densification".

Considérant que l’étalement des zones périurbaines provoque de nombreux déplacements en voitures individuelles, le mitage des terres agricoles …. Le Grenelle de l’Environnement a conclu en matière d’urbanisme à la nécessité de densifier les zones urbaines, mais une ville densifiée n’assure pas pour autant que les objectifs du Grenelle seront atteints : les différences de besoins et contraintes au sein de la population (familles avec enfants, jeunes adultes, retraités…), en particulier en matière de déplacements des actifs vers leur lieu de travail et les éléments économiques pour les choix … créent un contexte très complexe, où une décision peut facilement aboutir à l’effet inverse à celui recherché. 

Quelques illustrations :

La densification conduit-elle automatiquement à la réduction du trafic ?
La conclusion de SIMMOND AND COOMBE (2000) est que la densification n'est pas suffisante en soi  » la stratégie de "densification", pour Bristol par exemple, n'a pas eu les effets escomptés sur le trafic. Le lien dépend peut-être d'autres paramètres, la localisation de l'habitat en relation avec les opportunités de travail étant plus importante » (géo confluences / ENS - Lyon)  

Le bilan carbone d’habitants en centre urbain est-il meilleur ?... :
Jean-Pierre ORFEUIL, professeur à l’institut d’urbanisme de la ville de Paris, pointe ainsi "l’effet barbecue", ou "mobilité de compensation", qui pousse les habitants à quitter les centres-villes lorsque arrive le week-end. "A revenus égaux, ils auraient plus tendance que ceux de la périphérie à partir loin, en utilisant des modes de transport gourmands en énergie… (CNRS - idées reçues sur la densité).
Par ailleurs, habiter la ville pour se rapprocher de son lieu de travail n’est pas la motivation première dès lors que la disjonction entre le lieu d’habitat et le lieu d’emploi s’accentue. Les changements d’emploi sont deux fois supérieurs aux changements de logements. 90% des déménagements au sein d’une région ne sont pas motivés par la volonté de se rapprocher d’un emploi, mais pour des raisons familiales ou liées à l’environnement ou au logement lui-même.

Conséquence financière de la densification sur de l’augmentation des droits à construire
Henry BUZY-CAZAUX, Président de l’Ecole Supérieure des Professions Immobilières (Les Echos) : » 30% de droits à construire en plus, c’est 30% de plus sur le prix du terrain, en gros. A ce compte-là, on saisit mal par quel miracle le prix des logements produits baisserait ».
La Fédération des Promoteurs Immobiliers n'exclut pas des effets pervers. Elle craint que la possibilité de construire plus ne renchérisse encore le prix des terrains à la vente, ce qui aurait l'effet inverse de celui recherché... (Le Point)

Les métropoles se concentrent…et s’étalent

Paradoxalement, plus les centres des grandes villes se densifient, plus les villes s’étalent à cause d’un accroissement des populations dans les communes périurbaines. 

A cause de la croissance démographique, plus on assiste à une densification croissante des populations dans les grandes villes, plus, paradoxalement, on constate également un étalement des habitants vers la périphérie.

Entre 1990 et 1999, seize aires urbaines de plus de 150 000 habitants ont contribué pour plus de 30 % à la croissance démographique de la France métropolitaine, alors qu'elles représentaient seulement 9,5 % de sa population en 1990 (voir ce lien). 

Le pays comptait 64.612.939 habitants au 1er janvier 2010 selon les derniers chiffres de l'Institut national de la statistique. En quatre ans, la France qui a gagné 1,4 million d'habitants « connaît une croissance démographique deux fois plus élevée que la moyenne en Europe ».

La croissance démographique est essentiellement portée par les petites communes périurbaines. Si les communes de moins de 5 000 habitants n'abritent que 40 % de la population, elles représentent 70 % de la croissance démographique. « Quelle que soit la taille de la commune, être situé hors de l'espace urbain ou dans une petite agglomération est plus favorable que d'appartenir à une agglomération moyenne », observe l'Insee.

Les communes rurales et les petites villes de moins de 10.000 habitants sont souvent situées sous l'influence d'une grande ville : une partie importante des personnes qui y résident travaillent dans la grande agglomération proche. Elles bénéficient de l'activité économique, des services de cette agglomération et d'une offre de logements moins chers et plus spacieux. D’une part, cette situation traduit ainsi une nouvelle forme de ségrégation sociale assez curieuse et contradictoire, d’une part le cadre de vie plus agréable des petites communes rurales de la périphérie devrait conduire à des logements plus chers car plus spacieux que ceux des centres des grandes villes, or c’est l’inverse qui se produit. D’autre part, du fait des prix des logements élevés à cause de la spéculation immobilière due à la rareté des terrains disponibles, ce sont les populations les plus aisées qui peuvent plus facilement se loger dans le centre des grandes villes, rejetant ainsi les plus modestes aux communes de périphéries, généralement dans des ZUP qui concentrent misère sociale, chômage élevé, délinquance diverses… C’est bien le problème de surpopulation et de déséquilibre social qui explique que la densification urbaine n’interrompt pas pour autant l’étalement et l’accroissement des populations en périphérie.

Cesser de passer la serpillière, fermer le robinet…

En stabilisant la croissance démographique en France au rythme actuel de son évolution (environ 1,5 million d’habitants tous les 4 ans), selon les estimations de l’INSEE, en 2040 la France compterait 75 millions d’habitants. Si on considère les lobbys ultra natalistes, notamment les religions monothéistes dont l’influence ne cesse de croître et qui encouragent la politique nataliste des Gouvernements tant ceux de Droite que ceux de Gauche, ces chiffres risquent fort d’être très supérieurs et malgré toutes les politiques de densification urbaine, y compris les plus autoritaire, elles ne pourront empêcher un étalement toujours plus important et toujours plus dévoreur d’espace et de terres arables...

Il est urgent de stopper la croissance démographique en prenant des mesures qui, dans l’immédiat, ramènerait la France dans la moyenne Européenne des taux de natalité, pour ensuite, en réhabilitant et réactualisant Malthus, amorcer l’indispensable décroissance démographique.

Localement, excepté quelques très rares maires écologistes, tous n’ont qu’une ambition : développer leurs communes en augmentant la population, ce qui est compréhensible quand on sait que la dotation globale de fonctionnement (DGF) attribuée par l’Etat aux communes varie du simple au double suivant le nombre d’habitants. Il ne pourra donc y avoir de régulation et d’arrêt de la croissance démographique des communes s’il n’y a pas de mesures prises au niveau National concernant une réforme totale de la fiscalité locale et des règles d’attribution des dotations financières de l’Etat (DGF, DGE…) qui inverse la tendance. Naturellement tous vont se retrancher derrière l’argument du ‘’développement durable’’ pour justifier leurs choix. Lorsqu’il s’agit de communes périphériques qui ont un profil de logements déséquilibrés par un mitage trop important de maisons individuelles, les maires vont s’efforcer de requalifier en densifiant leur centre de manière à ce que l’urbanisme n’oblige pas les habitants à prendre leur voiture pour le moindre déplacement et en favorisant la desserte par les transports en commun, attirer les commerces et diversifier l’offre de logements, pour prendre en compte les besoins des jeunes, des personnes âgées et des familles monoparentales, quoi de plus normal, mais tout cela se traduira, non par un rééquilibrage social de la population existante, mais par un afflux de nouvelle population qui aggravera les déséquilibres sociaux de la commune.

Le « Développement Durable » est évidemment impossible car tout développement se heurte à des limites  : « les arbres ne montent pas jusqu’au ciel ». Son sens ne peut être que de retarder dans une mesure difficile à prévoir, le choc en retour de la croissance humaine et des besoins liés, il interviendra inéluctablement, même en réduisant nos prélèvements de ressources et les pollutions que nous produisons.

_____________________________________________________________________

Ce texte de Monsieur Daniel Martin a été préalablement publié sur Agoravox et dans une version un peu plus courte sur le Plus du Nouvel Obs

(1) Cet intertitre reprend l'intitulé d'un texte publié par Monsieur Jean-Gilbert Aincy sur le blog CREO consacré à la réflexion sur l'urbanisme à Orléans. Ce site présente des articles très intéressants sur le sujet.

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8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 06:24

Pardon de cet accès de pessimisme au coeur de l'été, mais il faut parfois donner sa place à la vérité : C’est perdu ! Le combat pour la sauvegarde de la nature et pour la construction d’une coexistence harmonieuse et durable (ou même durable parce qu’harmonieuse) entre l’homme et  le reste du monde vivant est un combat perdu.  

Des solutions se feront jour, bien sûr, le temps résout tout, mais  elles seront subies quand elles auraient pu être voulues et c’est là, me semble-t-il, une juste définition de l’échec. Ces solutions feront suite à un anéantissement durable des équilibres naturels. Les espèces disparues mettront plusieurs millions d’années avant d’être remplacées par leurs équivalents. Depuis le début du 20ème siècle nous avons multiplié nos effectifs par 4, avons rasé, - les estimations varient - plus de la moitié des forêts et avons éliminé 97 % des prédateurs que sont les lions et les tigres, les poissons rapetissent et disparaissent, beaucoup d’espèces ont vu leurs effectifs baisser de 90 %. Les sols sont détruits et l’atmosphère voit évoluer sa composition à travers la rapide augmentation de la proportion de gaz carbonique.

Les faits sont graves, ils sont catastrophiques, mais plus terrible encore, aucun retournement de notre attitude n’est en vue. Tendances lourdes et volonté mal dirigée… que pouvons-nous faire ? Il y a maintenant quatre ans, l'analyste Jean-Marc Jancovici nous en donnait trois pour sauver le monde et rien n'a changé, ni dans les faits ni dans les aspirations des humains comme de leurs dirigeants qui n'ont en rien pris la mesure de l'enjeu :  notre survie et celle de la vie évoluée sur la planète. Les économistes ne parlent que de croissance sans comprendre que nous nous heurtons aux limites physiques de notre monde, les écologistes s’attachent à cet oxymore qu’est le développement durable et ils refusent dans leur grande majorité toute mise en cause de notre démographie. En France, le débat sur les allocations familiales tourne autour de l’idée de ne surtout pas défavoriser les familles nombreuses alors que le monde croule sous nos effectifs.    

Bref, nous refusons toute remise en cause sérieuse et laissons les choses suivrent leur cours cataclysmique. 

Ne soyons pas naïfs ;  ni la Nature ni l’Histoire ne seront tendres avec nous, qui d’ailleurs ne l’avons pas mérité. Notre omniprésence bien réelle et notre omnipuissance bien provisoire ont désenchanté le monde, elles le détruisent aujourd’hui. Le biologiste Frank Fenner  l’avait très clairement exprimé en 2010 en prévoyant un écroulement de nos sociétés avant la fin du siècle. Il n’est pas le seul et je ne peux, hélas, que faire miens les propos de François Cavanna qui répondit un jour à l’association Démographie Responsable qui lui demandait son soutien :

« Une certaine association, Démographie Responsable, se propose de lutter par tous les moyens contre le peuplement anarchique - et criminel - de la planète. Ces vaillants militants me demandent mon concours.

Je dois dire tout de suite quelle est mon opinion. La voici : il n’y a rien à faire. Il est trop tard, beaucoup trop tard. Je n’ai pas le loisir d’entrer dans les chiffres. Nous sommes déjà entrés dans l’ère des survivances. L’économie planifiée, les progrès techniques, les privations, ne peuvent plus faire face à la monstrueuse vague humaine qui submerge la Terre. Le fameux et terrible facteur 2 (doublement de plus en plus rapide du contingent) est un adversaire implacable. Nous sommes en démocratie, chacun a le droit de pondre, fût-ce des crève-la-faim. Les nations ayant employé des mesures persuasives ou coercitives ont échoué. La sélection naturelle va dans le sens de l’aggravation en favorisant l’avènement des plus doués pour survivre, puis, fin du scénario, en les tuant tous d’un coup.

La « nature » n’est pas notre amie. L’homme non plus. L’ambition, la rapacité, l’emporteront toujours sur la « froide » raison. Je regrette : il est trop tard. On va dans le mur. Allons-y gaiement. Ceci est mon message.»

 

 

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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 10:04

Essai sur le principe de populationEvoqué plus souvent qu'il n'est lu, mal compris, Malthus a mauvaise presse. C’est probablement l’une des plus grandes injustices de l’histoire de la pensée économique, incompréhension que nous avions d’ailleurs déja dénoncée (voir sur ce site l'article : L'injustice faite à Malthus).   

Alors que l’écologie devrait être notre première préoccupation, l’économiste Jean-Paul Maréchal a très bien résumé la question dans une introduction qu’il fait au célèbre livre de Malthus : « Essai sur le principe de population » (1).

Au fond Malthus n’est-il pas le premier écologiste, lui qui n’hésite pas à évoquer la question des limites ? Voici ce qu’écrit en 1992 Jean-Paul Maréchal  à la dernière page de son introduction.

 

« Avant un retour sur le texte qui se révèle indispensable, il nous a paru utile, pour finir, d’examiner une question récurrente qui poursuit l’auteur de l’Essai et dont contre toute apparence le sens est finalement ambigu : Malthus a-t-il eu raison ? A-t-il été « confirmé » ou « démenti » par les faits ? quelle est en d’autres termes son « actualité » ?  

Pour certains, la cause est entendue. Malthus n’a pas vu la révolution industrielle et ses extraordinaires potentialités tandis que les catastrophes annoncées ne sont pas survenues. Avec  lui l’économie politique est irrémédiablement la « science du lugubre » comme la désignait Carlyle après avoir lu l’Essai. A considérer cet ouvrage sous l’angle exclusivement prévisionniste ou de manière superficielle, un tel raisonnement est recevable. Malthus est alors à ranger dans la grande réserve de la bibliothèque des idées comme représentant d’une espèce à jamais étrangère aux préoccupations du monde d’aujourd’hui.  

Mais si l’on pense au contraire que la substance de l’Essai réside dans l’avertissement que la Terre constitue un espace clos et un fonds borné, alors Malthus précède d’un siècle et demi le Club de Rome et ses courbes exponentielles (2) . La catastrophe démographique n’est pas survenue, non parce que la Terre pourrait nourrir n’importe quelle population, mais parce que jusqu’à présent, le développement économique a pu suivre la croissance des besoins. Or, il apparait depuis quelques années que cette expansion que l’on croyait indéfiniment perpétuable butte sur la double limite de l’épuisement des ressources naturelles et des capacités de régénération du milieu. Et l’on découvre, surexploitation pétrolière, micropollution, pollution globale et déforestation à l’appui, que la sphère des activités économiques est dépendante de la reproduction de la biosphère.  

Le principe de population ressurgit là où on l’attendait le moins : dans l’air, dans l’eau, et dans les sols. Malthus « l’empiriste » contre Riccardo  « le théorique » prend une revanche qu’il n’aurait sans doute jamais imaginée. Au moment où l’homme met en péril les conditions de sa propre survie, Malthus rappelle la nécessité d’une pensée des limites, d’une interrogation de la finitude face à l’extension du royaume de la marchandise et à l’hybris technoscientifique de cette fin de millénaire. »  

 __________________________________________________________________________________________________

(1) Robert Thomas Malthus : Essai sur le principe de population, deux volumes : 480 et 436 pages, introduction de Jean-Paul Maréchal, Editions GF Flammarion, Paris, 1992 (première édition de l’ouvrage original : 1798). Extrait des pages 54 et 55 de cette édition, publié avec l’aimable autorisation des éditions Flammarion.

(2) Voir le Club de Rome, Halte à la croissance, Fayard Paris, 314 pages

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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 14:04

Le 2 juillet dernier a eu lieu à Gaillard (74)  une conférence sur la surpopulation. Ce fut l'occasion de rappeler les ordres de grandeur de nos effectifs comme de leur évolution, de dénoncer le tabou qui règne sur la question, mais aussi d'évoquer les solutions.

La soirée s'articula autour de mon intervention axée sur l'aspect démographique proprement dit et autour de celle de Monsieur Guyla Simonyi, président de l'association hongroise, Bocs qui développa plus particulièrement les questions d'empreinte écologique et de bio-capacité des territoires.

 

Vous pouvez visualiser cette conférence via les liens suivants :

Démographie : Les ordres de grandeur, (Didier Barthès, porte parole de Démographie Responsable),  puis  Réponses aux questions sur ce sujet (id).  

Empreinte Ecologique et bio capacité (en anglais par Gyula Simonyi, président de Bocs). 

Tous nos remerciements vont à Monsieur Patrick Royer à l'origine de ces rencontres ainsi que de l'intégralité de leur organisation.

 

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 19:08

L'actualité de ces derniers jours, voire de ces dernières années, porte souvent sur le monde arabe et en particulier sur l'Égypte. En ce qui concerne ce pays, au-delà de la juste opposition à l'islamisme plus ou moins autoritaire qui s'y est installé, il faut savoir que l'instauration d'un régime laïque et démocratique ne changerait pas fondamentalement la donne.

En effet, la population égyptienne (84 millions d'habitants en 2013) vit sur un territoire de 1 million de km² : cela conduit à une densité de population de 84 habitants par km², ce qui semble faible a priori. Mais, du fait que 94,5 % du territoire est constitué de déserts, la densité de population égyptienne ramenée aux terrains ''vivables'' et/ou cultivables est en fait déjà supérieure à 1 500 hab. / km². Pour mémoire, le pays ''digne de ce nom'' (c'est-à-dire qui n'est pas une petite île – type Maurice – ou une cité-état – type Singapour) le plus densément peuplé du monde est le Bangladesh dont la densité de population n'est ''que'' de 1 100 habitants par km², avec pourtant les conséquences que l'on connaît (montée de l'islamisme et catastrophes naturelles ou industrielles récurrentes, dernière en date l'effondrement d'un immeuble-usine).

Selon les dernières projections de l'ONU (13/06/2013), la population égyptienne pourrait ainsi être de 135 millions d'âmes en 2100, ce qui conduirait à une densité de 2 450 hab. /km² (plus de deux fois la densité actuelle du Bangladesh) ! On voit ici la gravité de la situation actuelle et plus encore future.  

Il y a deux ans, au début de la ''révolution égyptienne'', plusieurs personnalités se sont exprimées sur le sujet. Parmi elles on peut citer le géopolitologue François Thual : "il y a une pression démographique qui a généré la misère", Youssef Courbage chercheur à l'INED : "Quand la population croît trop vite, ce sont les ressources qui diminuent proportionnellement par habitant", Boutros Boutros Ghali, de nationalité égyptienne et ancien secrétaire général de l'ONU de 1992 à 1996 : "Je dirais que les problèmes seront beaucoup plus importants parce que vous aurez dans les prochaines années 100 millions d'habitants sur 5 % du territoire égyptien" et Alexandre Adler "L'Égypte a d'abord un problème épouvantable : elle est aujourd'hui le pays le plus densément peuplé de la planète".  

Mais de quoi vit donc l'Égypte ? Selon un article de l'Express, antérieur à la révolution égyptienne, du canal de Suez qui rapporte 2 milliards de dollars chaque année, du pétrole de la mer Rouge et du gaz constitue une source de financement non négligeable, du tourisme (11 % du PIB) mis à mal par l'insécurité actuelle, mais aussi d'une aide au développement qui est considérable : plus de 2 milliards de dollars par an sont accordés par les États-Unis (en échange de la bienveillance du pays envers son voisin Israël) et au total, c'est 3 milliards que reçoit annuellement le pays, dont la moitié va directement au budget militaire... Au niveau alimentaire, il faut se souvenir qu'en 2008, le pays avait été frappé par les émeutes de la faim, entre autres du fait que l'Égypte doit importer 50 % de ses céréales et qu'elle en est d'ailleurs le plus grand importateur au monde (8 millions de tonnes)...  

Ce qui caractérise une crise malthusienne (c'est-à-dire une inadéquation population-ressource) au vingt-et-unième siècle est que l'on ne peut plus réellement s'en échapper, c'est une crise que les personnes concernées vont devoir subir pendant des décennies, seulement atténuées par l'aide internationale. La seule façon d'en sortir n'est envisageable que sur le long terme en mettant en place des programmes permettant de stabiliser la population sur une génération et ensuite de la faire décroître en douceur sur un terme encore plus long.  

Pour cela, il faudrait oser avouer à la population égyptienne l'origine fondamentale de son mal, à savoir son effectif, et lui demander de se contenter dès maintenant de 2 enfants par couple. Mais qui osera tenir un tel discours ? Le pouvoir en place ? Dans un article du Figaro daté du 21 juin dernier et intitulé "Égypte : les Frères musulmans prennent le risque de l'explosion démographique", la journaliste Delphine Minoui se demande si la surpopulation n'est pas "la onzième plaie de l'Égypte" et rapporte que les autorités risquent d'abandonner la politique de planification familiale pourtant mise ne place par Nasser et poursuivie par Sadate et Moubarak.  

La crise égyptienne en annonce d'autres, car les projections de l'ONU, régulièrement revues à la hausse, prévoient entre autres une multiplication par quatre de la population africaine. En particulier, parmi les onze pays les plus peuplés de la planète en 2100, en voici six suivis de leur population (en millions d'habitants) : Nigeria (914), Tanzanie (276), RDC (262), Éthiopie (243), Ouganda (205), Niger (200). On peut, malheureusement sans grand risque de se tromper, prévoir que ces pays ne manqueront pas, eux aussi, de faire l'objet de crises malthusiennes d'ici la fin de ce siècle...  

 

Denis Garnier, président de Démographie Responsable 

____________________________________________________________________________________________________

Cet article a été préablement présenté sur le site internet du Cercle des Echos. 

Voir également sur "Economie Durable" deux articles publiés à ce même sujet début 2011, au moment de la révolution égyptienne. 

Egypte : Quand le nombre fait le vent de la révolte  

Tunisie, Egypte, Algérie : Printemps des peuples ou début des crises ?   

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 06:24

Nombre de dirigeants économiques ou politiques comme nombre de journalistes  et bien sûr de démographes balaient toute inquiétude relative à la croissance de la population mondiale. Ils appuient cette confiance en l'avenir sur un double constat :

-  La population planétaire serait en voie de stabilisation.  

-  Cette stabilisation serait encore plus proche que prévu du fait de la généralisation et de la vélocité inattendue du mécanisme de transition démographique (1). Une transition qui serait beaucoup rapide dans le reste du monde qu’elle ne l’a été dans les pays occidentaux.

Cette analyse, aussi optimiste que partagée, est hélas battue en brèche par l’ONU qui, pour la seconde fois en trois ans, vient de revoir à la hausse ses projections démographiques mondiales pour le milieu et la fin de ce siècle.  

Au cours des dernières années l’ONU a en effet publié trois études prospectives sur le niveau que pourrait atteindre la population de notre Terre en 2050 et en 2100 (études publiées en 2009, 2011 et 2013 sur des travaux menés les années précédentes)

Voici l’évolution de ces projections. J’ai retenu ici l’hypothèse moyenne, considérée comme la plus probable.  

 

Prévisions pour l’année 2050 :  

 

En 2009, l’ONU estimait que l’humanité atteindrait à cette échéance 9,15 milliards de représentants.

En 2011, revues à la hausse les prévisions s'élevaient à 9,3 milliards soit 150 millions de plus.

En 2013, nouvelle révision,  l’ONU envisage désormais 9,6 Milliards de terriens, soit 300 millions de plus que la révision précédente (2).

 

Notez que non seulement  les deux révisions vont dans le même sens, mais que de plus,  leur ampleur a doublé. La direction générale ne peut être plus clairement exprimée.

 

Prévisions pour l’année 2100

 

Pour la fin de ce siècle l’évolution des projections est évidemment cohérente avec les précédentes et confirme la tendance.

En 2011 l’ONU envisageait 10,1 milliards d’habitants.

En 2013 la projection onusienne s’élève  à 10,9  milliards.

 

Pour 2100, le réajustement porte donc sur 800 millions de personnes, soit plus du double du réajustement concernant les prévisions pour 2050.  Là aussi, même s’il faut regarder avec prudence toute prospective à long terme, le signal est  inquiétant, l’évolution va dans le mauvais sens et l’on voit mal dans ces chiffres ce qui pourrait valider l’hypothèse d’une accélération vers la stabilisation de nos effectifs.

Notez que l’essentiel du relèvement  viendrait de la zone sub-saharienne où la fertilité se maintiendrait à des niveaux plus élevés qu’on ne le pensait. On trouve également dans cette étude des prévisions aussi étonnantes que celle qui envisage qu’en 2100 la population du Nigéria soit « en passe de commencer à rivaliser avec celle de la Chine »  (la population chinoise devrait avoir baissé, il est vrai).  

L’expansion de nos effectifs n’est donc pas un problème réglé, ni même en voie sérieuse de règlement. Puissent peu à peu nos sociétés en prendre conscience.  

 

Voici le tableau synthétique de ces révisions (incluant ici les autres hypothèses de fécondité, haute et basse en plus de l'hypothèse moyenne).

 

 

    Evolution des prévisions démographiques mondiales de l'ONU 

                                                                                                                      (En millions d'habitants)

Années \ Hypothèses de fécondité

Basse Moyenne Haute
       
2050     (revision 2008)        8 000    9 100   10 500  
2050     (révision 2010)                  8 100            9 300      10 600     
2050     (révision 2012)        8 300   9 600  10 900 
       
2100     (révision 2010)        6 200  10 100  15 800 
2100     (révision 2012)  6 800  10 900  16 600 
       

Les prévisions de l'ONU ont été revues deux fois à la hausse en seulement deux ans. Les données ont été ici arrondies par nos soins à la centaine de millions la plus proche.

       

Source : site (très complet) de la Division Population du Département des Affaires Sociales et Economiques de l'ONU.

 

________________________________________________________________

(1) La transition démographique est le phénomène par lequel une société passe de taux élevés de fécondité et de mortalité à des taux beaucoup plus bas. Pendant cette phase, comme c’est le taux de mortalité qui est le premier à baisser, la population connait une période de forte expansion. Bien sûr, plus cette phase est courte, plus cette croissance peut être limitée.

(2) Un résumé (en anglais) des trois projections évoquées ci-dessus est disponble via les liens suivants :

Révision 2008, publiée en 2009

Révision 2010, publiée en 2011

Révision 2012, publiée en 2013

Vous trouverez également quelques éléments sur cette question dans cet article du Monde publié le 13/06/2013. Sur ce site même, voir : Les chiffres clefs de la population et La population mondiale au 1er janvier 2013.       

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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 06:24

robot-butineur.jpg

 

 

Sous le titre : les Robots Abeilles, la revue Pour la Science  a pésenté dans son numéro d’avril 2013 une étude sur la conception de robots de la taille d’un insecte.

 

 

 

 

 

Les défis à relever sont nombreux. Même miniaturisés, les moteurs habituels des drones sont inopérants; la mécanique, tout autant que la faible disponibilité en énergie s’y opposent. Les mouvements des ailes qui assurent la sustentation et la propulsion sont ici engendrés par des muscles artificiels à base de matériaux piezo-électriques se contractant sous l’application d’un courant. Des dimensions aussi réduites limitent également les capacités de leur électronique et, comme pour les vraies abeilles ou pour d’autres insectes sociaux, il faudra parier sur une forme d’intelligence collective où l’efficacité dépendra plutôt de l’addition et de la synergie entre les comportements individuels que des performances « intellectuelles » propres à chaque machine.  

C’est là une branche particulière de la recherche en robotique que l’on pourrait regarder avec intérêt et sans trop d’inquiétude, si l’article n’évoquait également un usage plus menaçant peut-être encore que les applications militaires ou policières auxquelles nous pourrions songer. Les auteurs, tous professeurs à Harvard, évoquent, semble-t-il le plus sérieusement du monde, la possibilité pour de tels robots de se substituer aux abeilles et même à l’ensemble des insectes polinisateurs aujourd’hui fortement menacés.

Un tel projet signe évidemment une confiance absolue dans la technologie et marque surtout la volonté de l’Homme de se substituer à la nature pour assurer la permanence des équilibres écologiques.  

L’hypothèse Gaïa développée par James Lovelock avait démontré combien la vie avait participé elle-même activement et sur plusieurs milliards d’années aux conditions de sa propre durabilité via le maintien dans des limites acceptables de facteurs aussi déterminants que la température, l’humidité, la densité et la composition atmosphérique ou même la salinité des océans. Certains mécanismes, tels par exemple  l’émission de Sulfure de Diméthyle (1) que Lovelock étudia dans les années 70 illustrent à merveille la complexité et la variété des principes et des rétroactions en cause.

Que l’Homme, dont l’activité a jusqu’à présent conduit à détruire ces équilibres ait pour ambition d’en devenir le maître ou, au moins le gestionnaire, tient de l’incroyable. C’est le pire des cancres qui exige de représenter son établissement au Concours Général !

Cette ambition marque surtout un manque de recul  des scientifiques sur leur propre domaine d’activité qu’ils parent imprudemment de trop de pouvoirs. Avant d’envisager et même simplement d’évoquer publiquement de telles évolutions, un roboticien devrait s’enquérir auprès des biologistes de l’extraordinaire complexité du monde vivant (2). Une simple lecture des livres de Jean-Marie Pelt, pour rester dans la seule vulgarisation, mettrait en évidence l’impuissance fondamentale des robots à ressembler sérieusement à quoique ce soit de vivant. Leur manque d’autonomie, tant énergétique que décisionnelle, sans parler même de la reproduction,  devrait ranger ce genre de propositions au rayon de la science-fiction, amusantes certes, mais non réalistes.

Hélas, cette confiance aveugle de l’Homme en ses propres capacités s’apparente à un mouvement plus vaste encore de fuite en avant où, face aux contraintes qui se profilent nous cherchons tout et n’importe quoi pour repousser les limites du monde  auxquelles nous nous heurtons. Manger des insectes, faire le pari de la fusion nucléaire, surdensifier nos villes, partout nous nous sommes prêts à tout sacrifier : notre culture, notre bien-être, la simplicité de vie dans une aveugle fuite en avant. Nous cherchons à toute force des solutions complexes en oubliant que l’ordre de grandeur d’un problème constitue un composant essentiel de sa nature. Réduisons la taille de nos problèmes. A long terme, seule la décroissance économique et surtout démographique offrira une porte de sortie. L’Homme veut jouer à Dieu quand l’Histoire ne semble lui accorder que quelques prédispositions à imiter le Diable.

__________________________________________________________________________________ 

Pour la Science numéro 426avril 2013, p 64 à 71 : Les robots abeilles, article de Robert Wood, Radhika Nagpal et Gu-Yéon Wei.

Une vidéo du vol. Le robot a encore un fil à la patte.

Une vidéo sur la fabrication de ces robots (en anglais).

(1) James Lovelock mis en évidence le rôle prépondérant de l’émission de Sulfure de Diméthyle par l’océan (via le phytoplancton) dans le cycle planétaire du Souffre. Ce cycle ayant lui-même un rôle déterminant dans la régulation climatique. Le résultat de ces études est aujourd’hui connu sous le nom d’hypothèse CLAW.

(2) Probablement l'ont ils faits et sont-ils d'ailleurs  conscients des problèmes. Le pire est alors que malgré cela, l'hypothèse d'une telle substitution (même à long terme) puisse-t-être évoquée. Cela signifie que le mouvement de fuite en avant n'est absolument pas perçu. 

 Voir également dans ce même numéro un article très documenté relativisant le rôle du Gulf Stream dans la douceur du climat Ouest Européen (Le rôle controversé du Gulf Stream, p 36 à 41,  par Stephen Riser et Susan Lozier).      

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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 12:24

Depuis sa création en 2009, ce statut dérange. Sa simplicité et sa souplesse prennent à rebours nos traditions, où une entreprise est une entreprise et un emploi un emploi, avec tout ce que cela implique en matière administrative. Être auto-entrepreneur, c'est pouvoir disposer de sa structure en toute autonomie tout en y travaillant à son gré en fonction de ses possibilités et de ses contraintes, le tout sans être écrasé par les soucis administratifs et par des charges fiscales et sociales décorrélées des revenus générés. Comme le dit cet handicapé devenu auto-entrepreneur : « Parce qu'aucune entreprise ne recrute de personnes dans ma situation, ce statut m'a permis d'une part de retrouver une place réelle dans la société, d'avoir une activité, sans nécessité d'avoir un capital de départ fondant dans des charges injustifiées avant même de pouvoir commencer à travailler, et par ailleurs de pouvoir m'arrêter périodiquement lors de mes phases de soins me maintenant à domicile dans la plus complète indisponibilité physique sans avoir à payer encore des charges pour entretenir un système capable de vous faire payer des impôts quand vous n'avez pas ou plus de revenus. C'est aussi simple que cela. »  

On le voit, ce statut n'est pas seulement un statut transitoire pour favoriser l'éclosion de nouvelles entreprises, une structure-couveuse en somme, un outil d'amorçage économique qui fait que certains auto-entrepreneurs se qualifient eux-mêmes de poussins, mais aussi un moyen de participer à la vie économique et sociale pour bien des particuliers qui ne rentrent pas dans les cadres classiques, que ceux-ci soient ceux du salariat ou de l'entreprise. Parce que ces particuliers ne disposent pas du temps de travail disponible nécessaire pour faire tourner régulièrement une structure artisanale ou commerciale standard, c'est-à-dire 50 ou 60 heures par semaine, bien loin des 35 heures des salariés ; parce que ces particuliers n'ont pas pu trouver leur place sur le marché du travail salarié et ne voient pas d'embellie à l'horizon ; ou parce que ceux-ci n'ont pas et n'auront jamais les moyens d'investir suffisamment dans une structure entrepreneuriale solide, et que l'équilibre économique de leur activité suppose de n'employer au mieux que les moyens dont ils disposent déjà dans leur vie privée, souvent un simple bureau ou un garage et un ordinateur connecté.

Bref, le statut d'auto-entrepreneur est un statut pérenne pour nombre de particuliers, quelque chose d'un peu bricolé et léger dans un monde verrouillé, et qui leur permet de vivoter économiquement sans être une charge pour la collectivité. Le statut d'auto-entrepreneur, en fait, c'est le pendant du micro-crédit lancé par Muhamad Yunus dans les pays pauvres, mais adapté à nos sociétés économiques avancées. Pourquoi ce qui est tant encensé par nos élites  pour les pays pauvres ou en développement ne serait chez nous qu'un sous-statut à réduire au plus vite, uniquement perçu comme un facteur potentiel de concurrence déloyale vis à vis d'acteurs mieux installés ? D'abord la comparaison entre un pays riche avec une économie reconnue comme appartenant au petit cercle des pays dominants la scène mondiale depuis plusieurs siècles, et des pays pauvres considérés comme arriérés économiquement n'est pas flatteuse, et surtout cette comparaison trouble les belles âmes qui croient encore à la capacité de notre société industrielle avancée à offrir un travail payé correctement et encadré par un droit social protecteur à tous ceux qui le veulent vraiment. Reconnaître un statut pérenne d'auto-entrepreneur pour une activité principale durable, c'est de fait admettre que notre société ne peut plus proposer pour tous ses agents économiques un statut normal comme la société de progrès l'a longtemps porté, et que le temps de la débrouille individuelle est advenu. Un aveu d'échec en somme, au moins pour tous ceux qui ont soutenu et soutiennent encore que « nos enfants vivront mieux que leurs parents », dans la logique de la société de croissance à laquelle ils adhèrent idéologiquement. Dans ce cadre, la révolte des auto-entrepreneurs contre la réforme envisagée par Sylvia Pinel, la ministre de l'Artisanat, sonne comme une irruption du réel brisant leur croyance : comment admettre que des gens se battent pour défendre durablement un sous-statut peu protecteur alors que des lendemains toujours meilleurs les attendent à condition de faire preuve d'un peu de patience ?

Derrière ce débat qui peut sembler idéologique, n'oublions pas qu'il y a des hommes et des femmes qui ont pu choisir ce statut pour exercer par exemple un métier de service lié au secteur du bâtiment (1), après s'être retrouvés au chômage à la suite d'une longue expérience salariale. Et qui demain devrons arrêter leur activité après deux années d’exercice comme le prévoit la réforme,  sans pour autant retrouver leurs anciens droits de chômeur. Des femmes et des hommes 'plantés' par la réforme prévue et que les dispositifs mis en place par l'actuel gouvernement comme les emplois d'avenir (pour les jeunes) ou les contrats de génération (pour aider les seniors à rester en place) ne concernent pas. Comme si le fait de se débrouiller soi-même en comptant sur son propre travail, sans se rendre dépendant d'aides distribuées par la collectivité, constituait une audace qui devait être punie.  

Il y a plus grave encore. Ceux qui pensent que notre société de croissance n'a pas d'avenir et devrait opérer très vite un sévère virage vers une société matériellement pauvre et culturellement riche, se doutent bien que cette transition ne pourra se faire sans soubresauts sociaux et économiques d'une ampleur difficile à imaginer. Soubresauts d'autant plus forts que ce choix de la sobriété n'a pas été fait dans les années soixante-dix à un moment où ladite transition eut été plus facile à opérer avec une population moins nombreuse, moins urbanisée et moins addicte aux facilités de la consommation industrielle, et sur une planète moins abimée. Dans le cadre de ce virage nécessaire bien que rempli de fortes incertitudes, tout ce qui peut encourager la résilience des individus et de leur famille ou de leur cercle proche, au plus près de leurs capacités d'auto-organisation, sans surcharger des structures centralisées qui risquent vraisemblablement d'être saturées jusqu'à en disparaître ou à s'effondrer, doit être protégé et amplifié. C'est pourquoi il faut aujourd'hui défendre et même améliorer ce statut d'auto-entrepreneur, ce statut qui peut être demain un outil petit mais bien utile dans la migration écologique qui nous attend.  

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1: Le projet de réforme est de facto difficile à suivre ; si l'idée initiale était semble-t-il de limiter le statut à 2 ans en faisant objectivement le choix d'un outil non pérenne seulement utile au démarrage d'entreprises, les déclarations de Jean-Marc Ayrault le 31 mai 2013 laissent entendre qu'il s'agirait de seulement circonscrire le principe d'une durée limitée à 2 ans aux seules auto-entreprises du bâtiment afin d'éviter une concurrence dénoncée par les syndicats d'artisans. Il n'en demeure pas moins qu'il s'agit là d'une restriction importante, ce secteur étant privilégié par les auto-entrepreneurs. Restriction d'autant moins comprise que les "67 000 auto-entreprises actives dans la construction génèrent un chiffre d'affaires de 847,5 millions d'euros, soit 0,7 % du chiffre d'affaires des entreprises du bâtiment de moins de 20 salariés, ou 1,1 % des entreprises artisanales du bâtiment", énonce le rapport publié en avril 2013 de l'inspection générale des finances et de l'inspection générale des affaires sociales. Dans quelle mesure ce choix de s'attaquer aux auto-entreprises du bâtiment n'est-il pas aussi retenu afin d'éviter de s'interroger sur les mesures à prendre pour donner aux artisans du secteur de la construction-rénovation les conditions d'un exercice serein de leurs métiers ?

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Published by Jean Bruguier - dans Economie
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