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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 08:48

« L’effondrement prochain de nos sociétés est désormais une certitude, il serait temps d’étudier la question », tel est le message que nous laissent  Pablo Servigne et Raphaël Stevens dans leur dernier ouvrage : Comment tout peut s’effondrer où ils appellent au développement d’un nouveau domaine de recherche: La collapsologie. Leur livre se trouve d’ailleurs malicieusement sous-titré : Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes.

Bien entendu les auteurs prennent longuement soin de montrer une fois encore toutes les impasses de nos sociétés. Ils rappellent par exemple le « tableau de bord de l’anthropocène »  (1) qui regroupe, en une vingtaine de graphiques, les évolutions quasi exponentielles d’un certain nombre de facteurs, évolutions dont on voit clairement qu’elles nous conduisent à l’impossible. Ils insistent à juste titre sur les effets de seuils qui mènent, sous couvert de trajectoires apparemment tranquilles, à d’irréversibles points de basculement. Ils nous remémorent combien, sous leurs dehors puissants, nos sociétés sont fragiles, dépendantes d’innombrables structures et  réseaux, supposant chacune et chacun le fonctionnement optimal de tous les autres. Qu’une difficulté surgisse et dépasse une certaine ampleur et tout peut s’écrouler sans espoir d’être réactivé. La stabilité de nos sociétés dépend de trop de rouages, la formation des ingénieurs par exemple, pour être durablement garantie.

Pablo Servigne et Raphaël Stevens admettent que l’on ne peut dire aujourd’hui d’où viendra l’étincelle, pas plus que l’on ne peut détailler l’enchaînement des évènements qui mèneront à l’effondrement. La multiplicité des facteurs en jeu rend la prévision aussi difficile que celle d’un lancer de dés ; et sans doute est-ce plus au hasard qu’au talent qu’une prédiction précise devrait aujourd’hui sa justesse.

On ne les prendra pas à ce piège grossier des prévisions ponctuelles dont les démentis réitérés font les choux gras des optimistes invétérés. Des analystes comme Paul Ehrlich (la bombe P), ou Dennis Meadows (rapport Meadows en relation avec les travaux du club de Rome) en sont d’ailleurs les victimes habituelles et se font régulièrement critiquer pour la non-survenue de telle ou telle catastrophe (2). Toutefois, comme le rappelle une citation de Ken Rogoff en début d’ouvrage « Les systèmes tiennent souvent plus longtemps qu’on ne le pense mais finissent par s’effondrer beaucoup  plus vite qu’on ne l’imagine ».

La collapsologie ce n’est pas la prévision du détail, c’est plutôt comprendre et accepter l’inévitable conclusion et essayer de voir comment réduire les souffrances qui en découleront et en particulier essayer d’imaginer l’attitude des hommes dans ce contexte.

Signalons aussi l’excellente postface d’Yves Cochet qui affirme qu’il s’agit là du plus important des sujets et discute de notre attitude face à cette perspective, à cet « évènement extraordinaire » qu’est « l’effondrement du monde ». Comment ne pas sombrer dans le déni et une fois actée l’acceptation de cet écroulement, comment se le représenter ? Comment agir aussi et, plus subtil, qu’est ce qui peut déclencher l’action ? Yves Cochet précise avec raison  les conditions de ce qui pourrait déterminer nos comportements face à la survenue de l’effondrement « Chacun étant placé dans la même situation que les autres, l’effondrement sera réduit non pas en fonction de la volonté de tous mais de leur représentations croisées, c’est-à-dire en fonction des anticipations que chacun effectuera sur la capacité effective de ceux qui l’entourent à changer leur vie ».  Il propose également un regard plus général sur cette nouvelle science « La collapsologie est une école de responsabilité, Elle conduit directement à une morale qui nous dépasse individuellement comme nous dépasse l’effondrement que nous explorons ».

Voici un bref extrait de l’ouvrage

" « Une surpopulation mondiale, une surconsommation par les riches, et de piètres choix technologiques » ont mis notre civilisation industrielle sur une trajectoire d’effondrement. Des chocs systémiques majeurs et irréversibles peuvent très bien avoir lieu demain, et l’échéance d’un effondrement de grande ampleur apparait bien plus proche qu’on ne l’imagine habituellement, vers 2050 ou 2100. Personne ne peut connaitre exactement le calendrier exact des enchaînements qui transformeront (aux yeux des futurs archéologues) un ensemble de catastrophes en effondrement, mais il est plausible que cet enchaînement soit réservé aux générations présentes ."

Extrait de la conclusion titrée : « La faim n’est que le début ». les auteurs reprennent là un jeu de mot déjà présent dans le titre de l’excellent livre d’Hugues Stoeckel : La faim du monde.

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Comment tout peut s’effondrer, petit manuel de collasposlogie à l’usage des générations présentes.  Pablo Servigne et Raphaël Stevens : Editions du Seuil, collection Anthropocène, 296 pages, avril 2015. Pablo Servigne est également le co-auteur du livre : Moins nombreux plus heureux préfacé par Yves Cochet.

Vous trouverez ici un lien vers une conférence donnée par les deux auteurs sur ce thème de l’effondrement.

(1) Graphiques tirés de l’article de W Stevens et al.  The trajectory of the anthropocène : The Great Acceleration, dans The Antropocene Review, 2015 p 1-18.

(2) Critiques d’autant plus injustes que le rapport de Dennis Meadows n’a jamais eu d’intentions prédictives.

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Published by Didier BARTHES - dans Notes de lecture
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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 12:04

Peu de rapport semble-t-il entre l’actuelle crise grecque et la menace d’effondrement de tous les écosystèmes. Dans le premier cas, une crise locale de nature économique et financière, dans le second une crise écologique générale de confrontation aux limites physiques de la planète.

Et pourtant ! Derrière ces différences, se cachent le même enchaînement des impuissances et des remises à demain, la même incapacité des sociétés humaines à l’action collective, la même aversion pour l’anticipation et pour le long terme.

Car la crise grecque ne peut surprendre que les ignorants. Depuis des lustres l’économie grecque était significativement moins performante que celle de la plupart des grands pays européens. Son intégration dans un système monétaire lui imposant une devise forte, en contradiction avec son absence de réelle compétitivité économique, ne pouvait logiquement conduire qu’à des problèmes (1). Cette difficulté était posée dès l’adhésion de la Grèce à l’Euro, il y a maintenant bientôt quinze ans, elle s’est naturellement concrétisée par un endettement croissant, fruit d’un niveau de vie structurellement en décalage avec le niveau de production. Les alertes, trop peu nombreuses, trop peu insistantes, trop peu écoutées n’ont pas joué. Cette surdité fut on ne peut mieux symbolisée par la coûteuse organisation des Jeux Olympiques en 2004 au mépris de toutes les règles de bons sens et notamment de la première d’entre elles : On ne  doit pas, on ne peut pas durablement consommer au-delà de ce que l’on produit.

Et pourtant, que fait d’autre l’humanité  dans son ensemble ?

Globalement notre espèce ne vit pas - ou plutôt ne vit plus, mais c’est en fait déjà ancien -  sur ses productions c’est-à-dire sur son seul travail, ni sur les intérêts des produits de la planète, elle vit sur le capital naturel qu’elle entame un peu plus chaque année : capital écologique (biodiversité, paysages…), capital énergétique, capital en terme de territoires conquis et artificialisés toujours plus nombreux. Tous les ans ou presque le jour du dépassement, est avancé (2).

Comme pour la Grèce, la logique est implacable, cela n’aura qu’un temps, comme pour la Grèce nous sommes et nous aurons été prévenus, comme pour la Grèce nous n’agissons pas. Mais à l’inverse de la crise grecque, il n’y aura pas d’autorité supérieure avec qui renégocier un nouveau prêt, un nouveau report, un nouvel échéancier de remboursement, un abaissement des intérêts. Les livres sur l’effondrement s’accumulent (3) et passent avec la même régularité que la montée des périls, de la rubrique science-fiction à la rubrique essais.

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(1) On pourrait toutefois amender cette analyse en notant que cette tendance était susceptible d’être au moins partiellement contrecarrée par une politique de transfert de ressources en direction de la Grèce.  Politique ayant pour but de mettre cette dernière à un niveau tel que les différences de compétitivité vis-à-vis des pays riches de la zone euro restent soutenables. Le véritable problème viendrait alors de que l’Etat grec n’a pas su utiliser à bon escient les fonds effectivement versés, ces derniers ayant à terme plutôt conforté une politique de rente, à terme catastrophique pour le pays. Dans ce cadre aussi la décision d’affecter certaines ressources aux jeux olympiques en 2004 fut édifiante d’irresponsabilité (puissions-nous nous en souvenir pour Paris 2024).

(2) Le jour du dépassement est la date censée marquer le moment de l’année où l’humanité a consommé plus que les ressources considérées comme  renouvelables. De cette idée il faut sans doute ne retenir que le concept, le détail du calcul faisant appel à trop d’arbitraires pour que l’on puisse en faire une donnée scientifique sur laquelle s’appuyer, seule son évolution unidirectionnelle à paramètres de calcul égaux peut être retenue.

(3) Je me permets notamment de recommander l’ouvrage de Pablo Servigne et Raphaël Stevens : « Comment tout peut s’effondrer,  petit manuel de collasposlogie à l’usage des générations présentes », 296 p. Editions du Seuil, collection Anthropocène, avril 2015.

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Published by Didier BARTHES - dans Billets d'humeur
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4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 06:04

A propos de l'encyclique Laudato si

C'était il y a 44 ans. Après un tour du monde et demi effectué en solitaire et sans escale, une première mondiale, le vagabond des mers du sud qu'était  Bernard Moitessier publiait « La Longue Route » (1) et se faisait dans ce livre de marin l'écho inspiré des interrogations qui déjà s'exprimaient largement jour après jour sur le matérialisme et la croissance à tout crin de nos sociétés d'abondance. Pour Moitessier, il s'agissait « de n'être pas d'accord avec les destructions physiques et spirituelles de la course au Progrès » (2), n'hésitant  pas à faire référence à un livre un peu oublié aujourd'hui, 'La crise du monde moderne' de René Guénon paru en 1946.

Alors, après être allé au bout du globe et au bout de lui-même, Moitessier ne se paie pas de mots. Il s'adresse au Pape, « qui symbolise la petite flamme de spiritualité qui subsiste encore chez les peuples de l'Occident » et lui offre l'intégralité des droits d'auteur sur son livre (3) : nous espérons « que vous emploierez cette goutte d'eau pour aider à reconstruire le monde en luttant avec tout le poids de votre foi en l'homme aux côtés des Va-nu-pieds, des Vagabonds, des Amis de la Terre. Tous ceux-là savent que le destin de l'homme est lié à notre planète, qui est un être vivant, comme nous. C'est pour ça qu'ils marchent sur les chemins de la Terre et veulent la protéger. »

Prudent toutefois sur la capacité de la Papauté à accepter cette proposition, Moitessier précisait : « Si vos convictions religieuses ne vous permettent pas de prendre part à notre combat, rendez nos droits aux Amis de la Terre (4), c'est pour notre jardin à tous, toutes les Églises reposent sur lui, c'est lui qui les porte toutes. »

1971 – 2015 : 44 ans après avoir été saisi publiquement par Moitessier, le Pape publie l'encyclique Laudato si en faveur de la protection de la nature. Pari gagné alors ? Presque, car pour le Pape François « s’il est vrai que la répartition inégale de la population et des ressources disponibles crée des obstacles au développement et à l’utilisation durable de l’environnement, il faut reconnaître que la croissance démographique est pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire » (5) . Sur ce point-là, l’Église reste conservatrice, s'appuyant toujours sur le 'croissez et multipliez-vous'. Bien à l'opposé de Moitessier qui évoquait « les hommes (qui) se détruisent et détruisent notre Terre pour des mobiles très bas. Et en plus, ils se reproduisent comme des lapins, on sera le double à grouiller ici dans  trente ans à peine, et le quadruple dans soixante-dix ans si les choses continuent pareil. Alors, comment feront nos enfants et nos petits-enfants puisqu'on étouffe déjà ? Comment feront-ils si on ne retrouve pas à temps la Source, en combattant vite et tous ensemble la Honte et la Folie du monde moderne ? »

Peut-on espérer que dans 44 ans, soit en 2059, le Pape de l'époque prenne enfin à bras le corps la question démographique, et en s'appuyant sur le concept de viridité cher à Sainte Hildegarde de Bingen (6), sache nous proposer un futur toujours plein de promesses et d'aventures tout en oubliant le vieil impératif d'une croissance démographique désormais destructeur de notre Terre ?

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(1) : La longue route, seul entre mers et ciel, Ed. Arthaud, 1971.

(2) : in La longue route, p. 251

(3) : in La longue route, p. 253 et suivante

(4) : Les Amis de la Terre, association sérieuse et bien connue, toujours engagée dans le combat écologique.

(5) : in chapitre 50 de l'encyclique Laudato si. Sur ce thème, cf. Le pape, l'encyclique et la démographie

(6) femme de lettres franconienne, linguiste, à la fois sainte et docteur de l’Église, elle écrit notamment en 1158 le livre des subtilités des créatures divines et le livre des œuvres divines en 1174.

Sur ce thème, voir l'article de Jean-Christophe Vignal  « Penser la dénatalité, un exercice difficile »  paru dans le livre « Moins nombreux plus heureux, l'urgence écologique de repenser la démographie » Alain Gras, Alain Hervé, Corinne Maier, et alii, préface d'Yves Cochet, Ed. Sang de la Terre, février 2014.

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Published by Jean Bruguier
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24 juin 2015 3 24 /06 /juin /2015 14:04

Nombreux sont ceux, même parmi les non croyants, qui se réjouissent de la prise de position du pape en faveur de protection la nature à l’occasion de la publication de l’encyclique Laudato si. Il était temps en effet qu’une autorité morale du plus haut niveau rappelle aux hommes la gravité des menaces qui pèsent sur notre monde et la responsabilité qui est la leur. Quelques mois avant la tenue des négociations sur le climat (COP 21) cela ne pouvait mieux tomber.

Ce n’est bien sûr pas la première fois qu’un pape s’exprime sur le temporel et un tel message est bienvenu tant ce temporel-là renvoie à une question morale. Comment nous comportons-nous vis à vis de la nature, du monde, de la « maison commune »  pour reprendre les mots mêmes du pape (1) ? 

On ne peut donc qu’applaudir une telle initiative, même si parfois il ressort des propos de François un certain anthropocentrisme qui appuierait la nécessaire protection  de  la nature sur les besoins des hommes et non sur un respect intrinsèque dû à l’ensemble du vivant, démarche plus utilitariste que morale, hélas partagée par nombre d’écologistes.

Toutefois, si le courage et le modernisme du pape sont incontestables, sa position sur la démographie reste absolument conventionnelle et fait bon marché des contraintes écologiques au profit de la défense séculaire d’un natalisme militant.

Alors qu’au cours du dernier siècle le monde a multiplié ses effectifs par quatre, alors qu’au cours des 45 dernières années ce sont 50 % des vertébrés qui ont disparu du fait de notre envahissement de tous les territoires (2) , alors que les océans se vident à grande vitesse, alors qu’un continent, l’Afrique, voit nombre de ses efforts de développement obérés par une croissance démographique encore non maîtrisée (au cours du 20ème siècle l’Afrique devrait passer de 1 à 4 milliards d’habitants), voici ce que dit le pape François de la question (chapitre 50 de son encyclique Laudato si)

"Au lieu de résoudre les problèmes des pauvres et de penser à un monde différent, certains se contentent seulement de proposer une réduction de la natalité. Les pressions internationales sur les pays en développement ne manquent pas, conditionnant des aides économiques à certaines politiques de “ santé reproductive ”. Mais « s’il est vrai que la répartition inégale de la population et des ressources disponibles crée des obstacles au développement et à l’utilisation durable de l’environnement, il faut reconnaître que la croissance démographique est pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire ». Accuser l’augmentation de la population et non le consumérisme extrême et sélectif de certains est une façon de ne pas affronter les problèmes".

Le pape offre là une douche froide à tous ceux chez qui était né l’espoir que l’Eglise Catholique s’oriente vers une position plus raisonnable en matière de contrôle de la fécondité. Espoir né en janvier dernier suite à ses déclarations lors d’un voyage aux Philippines. A cette occasion François avait en effet affirmé qu’il n’était pas nécessaire de se reproduire comme des lapins pour être de bons catholiques. Il avait également  réprimandé une femme enceinte déjà mère de nombreux enfants. Las, de toute évidence cette remarque visait à éviter les situations personnelles difficiles mais elle n’indiquait en aucun cas une prise de conscience des limites écologiques à l’explosion démographique.

François signe là aussi une assez grande méconnaissance du problème. Une méconnaissance du problème écologique proprement dit (mais où le pape mettra-t-il toutes les autres créatures de Dieu si l’Homme augmente encore ses effectifs ? Jésus n’a pas multiplié les mètres carrés, même dans les écritures). Mais aussi méconnaissance des propos des antinatalistes. Dans leur grande majorité, ceux-ci sont profondément écologistes. Ils ne se contentent pas « seulement de proposer une réduction de la natalité », ils affirment que c’est une condition nécessaire bien que non suffisante. Ils regrettent qu’elle soit si souvent passée sous silence mais ils savent aussi qu’elle s’insère dans un ensemble de problèmes encore plus vaste qui est celui de notre rapport à la nature. Caricaturer ainsi leur propos n’est pas très juste et ne fait pas avancer la prise de conscience.

Rien au contraire  « n’indique que la croissance démographique soit pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire » Et surtout elle est clairement incompatible avec la protection de la nature qui est pourtant l’objet de cette encyclique.

Plusieurs personalités ont répondu à cette prise de position du pape François.

Odon Vallet,  grand spécialiste des religions qui lors d’un entretien avec le magasine Terra Eco, répondait ceci à la question : Ce texte aurait-il pu aller plus loin ?

« Le pape raisonne sur nos modes de consommation, et non sur le nombre d’êtres humains qui consomment. Le gros reproche qu’on peut faire à l’Eglise, et pas uniquement catholique, c’est de sous-estimer le problème démographique. Pour le Vatican, plus il y a de bébés, mieux c’est. Abraham voulait que ses descendants soient plus nombreux que les grains de sable. Toutes les religions se basent sur des textes écrits il y a 1500, 2000, 2500 ans, à une époque où les hommes étaient si peu nombreux que la moindre épidémie pouvait faire périr l’humanité. Dans ces circonstances il fallait faire des enfants pour assurer sa survie. Aujourd’hui, la situation s’est renversée, nous sommes sept fois plus nombreux qu’il y a 100 ans, 70 fois plus nombreux qu’à l’époque de Jésus ».

Mais aussi Hubert Reeves qui, tout en approuvant les préoccupations écologiste du Souverain Pontife déclarait récemment  au Point :

« On peut regretter cependant que le pape n’ait pas abordé également la question de la croissance démographique et de la surpopulation - un des principaux problèmes en relation avec l’avenir de la vie sur la terre - et son pendant : le contrôle des naissances ».

Pour sa part, voici ce que déclarait Robert Walker, président du Population Institute dans un entretien avec le Huffington Post le 18 juin dernier (traduction : Elisabeth Bouchet)

« Je n'ai jamais rencontré le pape François, aussi je ne considère pas qu’elle s’adresse personnellement à moi, mais lorsque j’ai lu l’encyclique, longtemps attendue,  sur le changement climatique et l’environnement, je confesse avoir éprouvé une certaine gêne. Alors que j’applaudissais de tout cœur à son appel à l’action pour le changement climatique, j’ai été frappé, et cette fois personnellement, en  voyant qu’il écrit que « Au lieu de résoudre les problèmes des pauvres et de penser à un monde différent, certains se contentent seulement de proposer une réduction de la natalité».

Humm. Je suis sûr qu’il en y a « qui ne proposent qu’une réduction de la natalité », mais parmi les propositions sérieuses de planification familiale, je ne connais pas quelqu’un qui puisse croire que les défis posés par  la faim chronique et par l’extrême pauvreté puissent être résolus par les seuls contraceptifs. Au contraire, ils croient, comme moi, qu’un accès amélioré  à la contraception puisse faire partie intégrante, - mais  essentielle - d’un effort plus large d’amélioration de la santé et du bien-être dans les pays en développement.

Plutôt que de reconnaître que l’accès plus étendu aux moyens de contraception puisse améliorer les vies des femmes et de leurs familles dans les pays en développement, l’encyclique du pape insiste sur le fait que « la croissance démographique est totalement compatible avec un développement total et partagé ». Totalement compatible ? Les chefs de l’Eglise de Rome pourraient tirer bénéfice  de la lecture du rapport que mon organisation « Population Institute » a publié cette semaine. Ce rapport est intitulé « Vulnérabilité démographique : là où la population s’accroit se posent les plus grands défis ». Le rapport identifie et classe 20 nations qui font face aux plus grands défis démographiques en relation avec la faim,  la dégradation de l’environnement et l’instabilité politique. Les 10 pays en tête de ce classement sont le Sud Soudan, la Somalie, le Niger, le Burundi, l’Erythrée, le Tchad, la République Démocratique du Congo, l’Afghanistan, le Yémen et le Soudan.

Le rapport explique comment les projections de croissance démographique posent un énorme défi pour ces pays. Ils sont sans exception en train de se battre contre vents et marées afin de soulager la faim et d’éliminer la très grande pauvreté. Des progrès significatifs ont été faits dans la réduction globale de la faim mais la plupart des gains ont été obtenus dans des pays où la fertilité est relativement basse. Là où la fertilité reste élevée, la bataille contre la faim est loin d’être gagnée.

Dans certaines régions d’Afrique subsaharienne, le nombre d’enfants sous-alimentés est actuellement en augmentation, comme l’est la population.

Le Population Reference Bureau projette que la population du Burundi, (pays qui est dans la tête du classement  du GHI (IFPRI 2014 Global Hunger Index- index global de la  faim-) augmentera de 154 % d’ici à 2050. La population du Sud Soudan (qui est classée très haut en ce qui concerne la faim) est appelée à augmenter de 236 % d’ici à 2050 (3). Et encore, ces projections font-elles le pari que la fécondité va poursuivre son déclin historique.

De même, tandis que nous avons fait de grands progrès dans la réduction de la pauvreté extrême, particulièrement dans les économies émergentes, les progrès ont été longs dans les pays où la natalité demeure élevée.

La population du Niger, qui se classe n°1 dans l’index multidimensionnel de la pauvreté des Nations Unies 2014, est en passe d’augmenter de 274 % au cours des 35 prochaines années. La population du Mali, qui est 4ème dans le classement de la pauvreté, va augmenter de 187 %.

Un accès plus étendu aux contraceptifs, seul, ne pourra pas répondre de façon adéquate aux défis que ces pays vont rencontrer. A peine.  Même avec une augmentation relativement conséquente de l’usage de la contraception correspondant à un déclin de la fécondité, les populations de ces pays vont continuer à croître pendant les décennies à venir.

Comme il a été souligné dans le rapport de Population Institute, un accès élargi à la contraception doit être accompagné par des investissements dans l’éducation des filles et l’autonomisation des femmes. Il faut limiter les pratiques de mariages d’enfants, qui sont toujours d’actualité dans de nombreuses parties du monde, et les USA ainsi que les autres pays donateurs doivent développer l’assistance agricole. Dans les pays en stress hydrique, les investissements pour la protection l’eau et dans les infrastructures sont nécessaires de manière urgente. Dans les pays en développement qui sont gravement déforestés, comme Haïti, il y  a nécessité d’une aide en faveur de  la reforestation. Dans les pays à faible gouvernance et où la corruption est largement étendue, la société civile doit être renforcée.

L’encyclique papale souligne que l’on doit lutter contre les inégalités économiques et contre le gaspillage alimentaire. Amen. Mais, s’il vous plait Votre Sainteté, faites en sorte que chaque femme dans le monde puisse être en mesure de décider par elle-même, hors de toute coercition, combien d’enfants elle aura et quand elle les aura. Le choix de se reproduire n’est pas seulement un impératif moral, c’est aussi un impératif pour l’humanité. Sans l’accès étendu aux méthodes modernes de contraception, les taux de mortalité des enfants et des femmes dans les pays en développement resteront à  un niveau inacceptable et de nombreuses femmes et leurs familles ne sortiront jamais à la pauvreté ».

Aux Etats-Unis voici le communiqué du Center for Inquiry (CFI) (traduction D. Barthès)

Le Center for Inquiry a examiné l'encyclique, Laudato Si, publié aujourd'hui par le chef de l'Eglise Catholique, le pape François.

Le CFI partage la préoccupation du Pape François à propos de l'environnement et se félicite de sa reconnaissance du consensus scientifique quant à la cause du changement climatique, à savoir l'effet de serre généré par l'activité humaine. Nous saluons aussi sa reconnaissance du fait que notre crise environnementale va au-delà du changement climatique, que nous épuisons nos réserves d'eau et conduisons à l’écroulement de la biodiversité. Cependant, nous regrettons que le pape ne reconnaisse pas que l'Eglise Catholique a contribué à ces problèmes par son opposition irrationnelle et inflexible à une planification familiale responsable.

En effet, non seulement ne pape François ne parvient pas à reconnaître le tort causé par l'opposition de l'Eglise à la contraception, mais, étonnamment, il utilise cette encyclique pour s’attaquer une fois encore à la planification familiale, affirmant que les préoccupations légitimes quant à la croissance de la population sont «une façon de refuser de s’engager vers les vraies solutions"

C’est l’Eglise Catholique qui refuse les vraies solutions

La surpopulation n’est certainement pas la seule cause de la crise environnementale, mais il n'y a pas de volet de cette crise pour lequel  elle ne constitue pas un facteur important, et une population en croissance rapide ne fera qu’exacerber les problèmes environnementaux.

L’opposition réitérée et injustifiée du pape au contrôle des naissances, nuira finalement à la portée de ses autres observations, dont certaines sont pourtant méritoires. Celui qui pense qu’utiliser un préservatif constitue une grave atteinte morale ne peut être pris au sérieux ou être considéré comme un expert des problèmes de notre monde. Le pape Francis dépense beaucoup d'énergie pour dénoncer le mauvais usage de la technologie.  En dernière analyse, son encyclique démontre que le monde souffre autant de la pensée dogmatique que des abus de la technologie

 

Notons que les positions de l’Eglise en matière de protection de la nature seront de nouveau évoquées lors des Assises Chrétiennes de l’Ecologie qui se tiendront les 28, 29 et 30 août prochains à Saint Etienne. A cette occasion, Madame Anne-Marie Teysseire, représentante du mouvement Démographie Responsable, évoquera la pression que font peser sur la nature nos effectifs toujours croissants ainsi que le tabou, encore une fois renouvelé, qui frappe le sujet.

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(1) Le titre exact de l’encyclique est : Lettre encyclique du Saint Père François sur la sauvegarde de la maison commune, le lien qui vous est proposé ici renvoie vers la version française publiée par le Vatican.

(2) Rapport "Planète vivante 2014"

(3) Les chiffres indiqués pour le Sud Soudan par Bernard Walker me semblent surestimés, selon l’Etude de Gilles Pison « tous les pays du monde », le Sud Soudan devrait environ voir sa population doubler entre 2014 et 2050 (soit une augmentation d’un peu plus de 100 % et non de plus de 200 %)

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Published by Didier BARTHES
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29 mai 2015 5 29 /05 /mai /2015 14:24

Selon les sources, entre 25 et 40 % de la nourriture aujourd’hui produite dans le monde seraient perdus. Il s’agit là d’un problème récurrent. Malgré la chaîne du froid, malgré des outils logistiques toujours plus sophistiqués, nous semblons incapables de diminuer sensiblement ces déperditions. Si chacun les dénonce, un vif débat oppose néanmoins les différents acteurs : producteurs, intermédiaires, distributeurs, consommateurs, se renvoient mutuellement l’essentiel de la responsabilité.

Le sujet vient d’être replacé dans l’actualité puisque les récents amendements proposés dans le cadre de la loi sur la transition énergétique visant à dissuader la grande distribution de détruire les invendus alimentaires en l’obligeant à les reverser à des associations caritatives ont fait l’unanimité. Ils ont d’ailleurs été votés ainsi par l’ensemble des députés. Certes, de telles dispositions relèvent du bon sens et il ne s’agit pas de les mettre en cause. Cependant, dans la masse des commentaires quasi unanimement favorables qui ont accompagné cette mesure, un problème a été passé sous silence. Il s’agit du lien indissoluble entre production de masse à bas coût et gaspillage.

Que dans un monde où des gens peinent à se nourrir, une aussi grande proportion d’aliments soit détruite est évidemment choquant. Pourtant, la dénonciation du gaspillage ne peut faire l’économie d’une réflexion sur ses causes. Le gaspillage n’est pas le fruit du hasard ni de l’incurie ou de l’irresponsabilité de quelques-uns. Ce gaspillage s’ancre dans un ensemble de contraintes économiques que nous ne desserrerons pas facilement en dépit des bonnes intentions. Son maintien durable à un aussi haut niveau est d’ailleurs gage de cette difficulté. Il va de soi que si les différents acteurs trouvaient un intérêt économique conséquent à ne pas gaspiller, il y a longtemps que la question serait résolue. Elle ne l’est pas pour de sérieuses raisons.

Rappelons d’abord une évidence : la plupart des aliments sont périssables, certains comme la viande ou le poisson, très rapidement. Par nature donc, la perte de produits alimentaires est une menace constante qui a accompagné toute l’histoire de l’humanité et la lutte pour la minimiser suppose une attention permanente au maintien des conditions de conservation et au respect des délais d’acheminement, de vente et de consommation. Cette attention a un coût. Sauf à vivre dans un monde parfait, ce qui relève de l’improbable, le « zéro perte » n’existera jamais, les vraies questions sont donc: Peut-on aller vers le « beaucoup moins de pertes » ? Mais aussi, et c’est évidemment plus dérangeant : Y a-t-on intérêt ?

Quitte à choquer, je n’en suis pas sûr ou plus exactement il me semble que le coût du « presque zéro perte » pourrait-être prohibitif.

En effet, ce qui est généralement passé sous silence – sinon incompris - dans ce débat est que les conditions qui permettent la production de nourriture à très grande échelle, c’est-à-dire l’industrialisation de l’agriculture et de l’ensemble de la chaîne de distribution sont les mêmes que celles qui génèrent un certain nombre de pertes. Les deux sont indissociables. La même cause permet à la fois de nourrir plus de sept milliards de personnes et conduit à jeter une proportion importante de ce qui est produit.

Pourquoi ?

Le progrès technique permet certes de limiter les pertes au niveau de la fabrication, du stockage (surtout) et du transport, mais il a aussi une autre conséquence : La baisse des prix (c’est d’ailleurs une des raisons d’être du progrès dans tous les secteurs de l’économie, mais il y a là parfaitement réussi). Jamais la nourriture n’a couté aussi peu cher dans nos pays développés. La part de l’alimentation représente aujourd’hui 13 % du budget des ménages, un chiffre historiquement bas, mais qui a sa contrepartie. Une nourriture de peu de valeur marchande ne vaut pas la peine de dépenser des sommes importantes pour la conserver.

Cela vaut au niveau du producteur, comme à ceux du distributeur et du consommateur.

Prenons l’exemple de ce dernier, c’est-à-dire de nous-mêmes. Il nous arrive à presque tous, de jeter un steak, un yaourt, quelques fruits périmés ou un plat préparé dont nous avons laissé passer la fameuse date limite de consommation recommandée. Sommes-nous des criminels pour autant ou de dangereux inconscients ? Non. Tout d’abord quand le problème survient, la gravité potentielle d’une intoxication alimentaire impose de jeter les aliments. D’autre part, ce choix, justement dans le cadre d’une nourriture peu coûteuse, peut parfaitement se justifier. Le temps est contraint et les courses nécessitent le plus souvent un déplacement en voiture au coût et aux inconvénients très supérieurs à deux ou trois pourcents de la valeur des produits achetés. Il est donc économiquement tout à fait logique que les consommateurs préfèrent grouper leurs achats quitte à prendre le risque d’en jeter une petite partie. En tant qu’agents économiques, ils ont là une conduite parfaitement rationnelle. Ecologiquement même ce n’est pas forcément irréaliste, le transport ayant lui-même un coût en la matière. Cela choque parce que si les poubelles pleines sont visibles, l’énergie dépensée à titre privé et le CO2 dégagé à cette occasion ne sont repérés par personne.

Il en est de même au niveau des distributeurs. Un supermarché pourrait parfaitement n’avoir à jamais jeter un seul yaourt, il suffirait pour cela qu’il les commande, sinon un par un, du moins en toutes petites quantités, de façon à n’avoir aucun stock. Mais alors, la frustration des clients (il y aurait souvent des ruptures), mais surtout la gestion administrative et les coûts de transport et de livraison (on ne va pas détourner un camion de 44 tonnes pour livrer 12 yaourts) seraient tels que le prix du yaourt serait prohibitif et conduirait de fait à le rendre inabordable. L’alimentation de la population n’en serait pas mieux assurée malgré des poubelles alors effectivement vides. Dans une société industrielle, les coûts de la manutention et de la distribution des produits sont très supérieurs à celui de leur fabrication, telle est la réalité économique que les pourfendeurs, pourtant bien intentionnés du gaspillage, tendent à ignorer.

Les mêmes effets de masses et de manutention jouent évidemment au niveau de la production, l’agriculteur moderne ne passera pas des heures à sauver quelques kilogrammes de graines perdus si cela doit ralentir sensiblement l’ensemble du processus.

Enfin, au-delà de ces raisons techniques une autre question de société se pose. Par ces dispositions ne sommes-nous pas en train d’accepter et de valider la mise en place d’une société à deux vitesses, avec d’un côté des gens qui vivront de leur ressources et de l’autre une fraction non négligeable qui ne vivra que d’une aumône organisée ? Cette dichotomie est lourde de menaces et d’oppositions futures. Les uns se sentiront toujours plus taxés, les autres toujours plus dépendants. La lutte néanmoins bienvenue contre le gaspillage alimentaire nous donne une fois de plus l’occasion d’illustrer les dérives d’une société incapable d’offrir à tous un rôle et un revenu.

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Published by Didier BARTHES - dans Economie
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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 20:44

Écologie et politique : une proposition un peu étonnante.

A priori cela choque. Le vote est un droit, libre et gratuit, garanti par notre constitution. Et pourtant, depuis 4 ans, s'insinue petit à petit l'obligation pour les citoyens de payer pour faire valoir leur choix démocratique.

Et ce sont les écologistes qui ont frappé le plus fort. En effet 32 896 écologistes autour d'EELV et du MEI ont dû payer au printemps 2011 dix euros pour pouvoir départager Nicolas Hulot et Eva Joly. A côté, l'euro demandé par le Parti Socialiste à chaque tour de la primaire organisée à l'automne 2011 cassait les prix ; à se demander si la politique ne singe pas le secteur de la distribution, avec de grandes enseignes qui écrasent les prix. Et cela continue, puisque l'UMP (ou Les Républicains) prévoit en 2016 une primaire à deux euros le tour.

Bien sûr cela peut être présenté comme une histoire interne à chaque parti. Mais dans les faits la pratique généralisée des primaires transforme notre élection reine en élection à trois ou quatre tours.

Qui n'a vu que les primaires écolo de 2011 ont eu un impact important sur le résultat du vote vert en éliminant le candidat le plus médiatique, offrant une vision plus ouverte de l'écologie que sa concurrente plus chanceuse ?

De même on peut supposer que le fait de préférer François Hollande à Martine Aubry, en passant notamment des accords de désistement avec Arnaud Montebourg et Manuel Valls entre les deux tours de la primaire, n'a pas été sans effet ni sur le score final, ni sur la politique menée par la suite. Et tous les observateurs mesurent aujourd'hui les conséquences possibles d'une élimination de Nicolas Sarkozy ou d'Alain Juppé lors de la primaire qui va certainement les opposer. Mais désormais pour s'exprimer il faut payer !

Même si on est loin d'une barrière financière au vu des montants demandés et qu'il serait absurde de faire une comparaison avec le principe d'un vote réservé à une élite comme notre pays l'a connu au XIXème siècle avec le suffrage censitaire, il y a là une atteinte manifeste aux principes républicains.

Et cela ne s'arrête pas là. Les écologistes d'EELV viennent de proposer par la voix de François de Rugy de rendre le vote obligatoire sous peine d'amende. A leurs yeux pas une amende excessive (1), mais tout de même : 35 euros, et jusqu’à 150 euros en cas de récidive. Ce qui fait tout de même 185 euros à payer dans le cas d'une élection à deux tours. Et 600 euros (4 x 150 euros) pour un abstentionniste endurci les années d'élection présidentielle suivies par des élections législatives à deux tours, ça commence à faire cher pour celui qui considère comme une façon de s'exprimer le refus de participer à un système de sélection de nos dirigeants politiques qui n'a pas fait, c'est le moins qu'on puisse dire, ses preuves quant à la qualité des politiques menées, notamment au sujet des questions écologiques de long terme.

Payer pour participer aux choix des candidats admis à concourir aux élections, payer encore si l'on veut marquer sa défiance radicale à l'égard d'un système politique, étonnante conception pour des gens qui ont longtemps prétendu et prétendent encore renouveler et approfondir la démocratie.

Cela vaut la peine de rentrer dans le détail des motivations avancées par ces écologistes.

« J'en ai un peu assez qu'à chaque élection on se lamente, qu'on se mette à pleurer sur l'abstention et qu'on ne fasse rien » (2). Constatant la hausse constante de l'abstention, véritable thermomètre de la défiance populaire vis-à-vis d'un système politique, François de Rugy, coprésident du groupe écologiste à l'Assemblée nationale, propose donc de prendre le taureau par les cornes et de contraindre par la loi à voter. Si la méthode est potentiellement très efficace, elle soigne l'effet et non la cause, pire elle aggrave celle-ci car comme le dit l'ancien premier ministre François Fillon « ça consiste à dire aux Français qui sont dégoûtés de la politique : ''On se fout des raisons de ce dégoût mais on va vous obliger à voter quand même'' » (3). Avouons que cette façon de 'casser le thermomètre au lieu de soigner le malade' est un peu surprenante et même troublante pour des membres d'un mouvement pour lequel les notions d'écosystème et d'interactions sont essentielles. Si la volonté d'agir est à saluer, il y a là un simplisme qui effraie.

Autre argument avancé, la prise en compte du vote blanc depuis l'année dernière. Pour François de Rugy (4) « si l'on n'est pas content par l'offre politique des partis et des candidats qui se présentent, eh bien on a la possibilité de voter blanc. Et ce vote est décompté de façon précise ». La prise en compte du vote blanc est sans doute un progrès dans le traitement de l'expression dans une votation, mais ce vote ne permet pas d'afficher une position de critique radicale du système politique tel qu'il a été mis en place dans nos démocraties. Peut-être pouvons-nous nous rappeler la critique insistante de Tocqueville quant au risque de 'despotisme démocratique', nous souvenir aussi des paroles de Léo Ferré dans "Ils ont voté", et relire encore une fois L'illusion politique de Jacques Ellul, penseur bien connu des intellectuels écolos ?

Que des écologistes veuillent participer à l'exercice du pouvoir est légitime ; qu'ils essaient d'amender le fonctionnement démocratique de nos institutions est fort compréhensible ; que, s'il faut citer des noms car la politique cela s'incarne, Jean-Vincent Placé, Barbara Pompili ou François de Rugy pratiquent à un siècle d'écart le jeu d'un Alexandre Millerand, d'un Aristide Briand ou d'un René Viviani, c'est, au-delà de leurs carrières personnelles, une façon, un moyen de faire avancer les thèses écolos. Mais de grâce, au-delà des nécessaires compromis, que ces politiciens de l'écologie ne perdent pas en chemin la richesse de la pensée écologique et sa capacité à prendre en compte la complexité du monde !

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(1) : « Compte-tenu du régime des contraventions français, il nous a semblé qu’une amende de deuxième classe – 35 euros pour une amende forfaitaire, jusqu’à 150 euros en cas de récidive - constituait une sanction équilibrée. Par ailleurs, dans la mesure où l’inscription sur les listes électorales est déjà obligatoire mais qu’aucune contravention n’est prévue pour ceux qui y dérogent, nous avons considéré nécessaire de sanctionner à niveau égal les non-inscrits et les non votants. »

Source : Proposition de loi n° 2661 visant à rendre obligatoire la participation au vote, présentée par Mesdames et Messieurs François de RUGY, Barbara POMPILI, Laurence ABEILLE, Brigitte ALLAIN, Éric ALAUZET, Isabelle ATTARD, Danielle AUROI, Denis BAUPIN, Michèle BONNETON, Christophe CAVARD, François-Michel LAMBERT, Véronique MASSONNEAU, Paul MOLAC et Eva SAS.

(2) : in Le Figaro, Les écologistes proposent de rendre le vote obligatoire, T.Q. Maupoil, 11.03.2015.

(3) : in Libération, Le vote obligatoire redonne de la voix, 28.04.2015

(4) : in Le Figaro, Les écologistes proposent de rendre le vote obligatoire, T.Q. Maupoil, 11.03.2015.

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Published by Jean Bruguier - dans Politique
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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 16:04

Mon cher Premier ministre,

J’ai eu, par le plus grand des hasards, communication d’une circulaire du ministre de l’Equipement – Direction des routes et de la circulation routière – dont je vous fais parvenir photocopie.

Cette circulaire, présentée comme un projet, a en fait déjà été communiquée à de nombreux fonctionnaires chargés de son application, puisque c’est par l’un d’eux que j’en ai appris l’existence. […] Bien que j’ai plusieurs fois exprimé en Conseil des ministres ma volonté de sauvegarder “ partout” les arbres, cette circulaire témoigne de la plus profonde indifférence à l’égard des souhaits du président de la République. Il en ressort, en effet, que l’abattage des arbres le long des routes deviendra systématique sous prétexte de sécurité. Il est à noter par contre que l’on n’envisage qu’avec beaucoup de prudence et à titre de simple étude, le déplacement des poteaux électriques ou télégraphiques. C’est que là, il y a des administrations pour se défendre. Les arbres, eux, n’ont, semble-t-il, d’autres défenseurs que moi-même et il apparaît que cela ne compte pas.

La France n’est pas faite uniquement pour permettre aux Français de circuler en voiture, et, quelle que soit l’importance des problèmes de sécurité routière, cela ne doit pas aboutir à défigurer son paysage. La sauvegarde des arbres plantés au bord des routes – et je pense en particulier aux magnifiques routes du Midi bordées de platanes – est essentielle pour la beauté de notre pays, pour la protection de la nature, pour la sauvegarde d’un milieu humain.

La vie moderne dans son cadre de béton, de bitume et de néon créera de plus en plus chez tous un besoin d’évasion, de nature et de beauté. L’autoroute sera utilisée pour les transports qui n’ont d’autre objet que la rapidité.

La route, elle, doit redevenir pour l’automobiliste de la fin du XXe siècle ce qu’était le chemin pour le piéton ou le cavalier : un itinéraire que l’on emprunte sans se hâter, en en profitant pour voir la France.

Que l’on se garde donc de détruire systématiquement ce qui en fait la beauté !

Georges Pompidou. 

(Lettre de Georges Pompidou à Jacques Chaban-Delmas, le 17 juillet 1970)

 

Publier un texte du président Pompidou dans un blog écolo n'est pas facile, même si ce texte est un acte vigoureux de défense de nos arbres au bord des routes, arbres qu'il est encore question d'abattre aujourd'hui au motif de notre sécurité. Car les années Pompidou, comme on dit si bien, ont été les années de la croissance à tout va, du véritable démarrage de la société de consommation et du bétonnage sans finesse ni distinction de nos villes et de leurs banlieues.

La seconde partie de cette période historique que Jean Fourastié a appelé les Trente Glorieuses, animée et symbolisée par Georges Pompidou d'abord comme Premier Ministre puis comme Président, a vu la mise en place de tout ce qui nous mène aujourd'hui à travers un chaos calme vers une catastrophe écologique.

Alors, citer Pompidou … ! et pourtant il n'est pas sans signification que cet homme-là, qui conduisit la France dans une aventure industrielle sans pareille (et dont beaucoup ont en ces années où la croissance économique s'étiole la nostalgie), était un homme avec de la terre à ses souliers, aimant physiquement la campagne, et profondément cultivé. Ambiguïté du pompidolisme, nous propulsant dans une agressive modernité tout en s'inquiétant déjà des dégâts du progrès : c'est sous sa présidence que naît le premier ministère de l'environnement avec Robert Poujade ; ambiguïté encore illustrée des années plus tard par ce bébé-Pompidou que fut Jacques Chirac, ce Président proche de la FNSEA et des milieux industriels qui pourtant déclara au sommet de la Terre à Rio « notre maison brûle et nous regardons ailleurs », fustigeant ainsi notre incapacité commune à relever le défi écologique. L'écologie est aussi une science de la complexité … alors va pour ce beau texte de Pompidou !

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Published by Commentaires : Jean-Christophe Vignal - dans Billets d'humeur
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1 avril 2015 3 01 /04 /avril /2015 18:04

La récente application de la circulation alternée (1) à Paris et dans les communes limitrophes s’est accompagnée de la gratuité des transports en commun. Ce n’est pas la première fois qu’une telle mesure est prise et que la gratuité nous est présentée simultanément comme une solution pour limiter la pollution et comme un cadeau aux usagers. Certains réclament d’ailleurs la gratuité permanente d’un certain nombre de services considérés comme « de base » : éducation, santé, transports, voire culture malgré toute l’imprécision sur ce qui peut-y être rattaché...

Au-delà de la mesure ponctuelle plus médiatique que durablement efficace, est-ce une bonne idée en matière de transport ? Probablement pas.

Tout d’abord la gratuité n’existe pas. Dès lors qu’un bien ou un service a nécessité du travail humain, et c’est en fait toujours le cas, ce dernier doit être rémunéré d’une façon ou d’une autre. Ce que l’on appelle gratuité est tout simplement le transfert de la charge de l’usager ou du consommateur au contribuable. Notons que pour les transports publics, c’est déjà largement la norme.  Même hors épisode de pollution, nul ne paye son ticket de métro, son  pass Navigo  ou le plus souvent son billet de train à son véritable coût. L’avion lui-même est fréquemment subventionné permettant des prix totalement déconnectés des coûts réels.

On pourrait penser qu’à Paris l’affaire est neutre, puisque touristes et personnes de passage mis à part, presque tous les foyers fiscaux sont à la fois usagers des transports en communs et contribuables. Mais cette fausse gratuité possède hélas un inconvénient rédhibitoire : masquer la réalité des coûts : réalité des coûts économiques, mais aussi des coûts écologiques.  Parfois d’ailleurs, ce masquage va jusqu’au remboursement par l’employeur qui donne sous cette forme de « remboursement transport » ce qu’il pourrait donner sous forme de salaire, cela contribue plus encore à rendre aux yeux de l’usager le transport en apparence complètement gratuit et économiquement « transparent ».

Or, dès lors qu’une chose est « gratuite » on oublie qu’elle doit être produite, que cela suppose non seulement des frais en espèces sonnantes et trébuchantes, mais aussi et c’est plus rarement souligné, une empreinte écologique : consommation de matière et d’énergie pour la fabrication des infrastructures et du matériel roulant, consommation d’énergie pour l’usage proprement dit, consommation d’espace définitivement retiré à  la nature… L’élargissement progressif du champ géographique de la  carte orange  puis du  pass Navigo  et surtout la généralisation de tarifs de uniques indépendamment de la distance empêche l’usager de percevoir le lien entre le coût, -empreinte écologique comprise - et les kilomètres parcourus (2). Elle laisse presque entendre que prendre le métro est bon pour la planète, non c’est juste moins mauvais que la voiture (3). La gratuité est une mesure qui éloigne le citoyen de la conscience et de la compréhension des enjeux.

Que faire alors ?  Car bien sûr, il ne s’agit pas à l’inverse de favoriser à tout crin l’automobile, sur ce point nous sommes d’accord. Deux pistes me semblent devoir servir de guide. Tout d’abord facturer les transports à l’usager (c’est une règle générale) et le faire au plus près des coûts réels tout en communiquant sur ceux-ci. Un avantage partiel peut être donné aux transports en commun mais il doit être clairement identifié. Les prix des carburants aussi doivent être augmentés car on ne mènera jamais de politique d’économie d’énergie dans un contexte d’énergie bon marché. L’usager doit avoir intérêt à économiser et non y être forcé par une multitude de règles complexes et contraignantes, règles vers lesquelles hélas il semble que nous nous dirigions. Notons que globalement nul ne sera perdant, le contribuable récupérant le surplus alors demandé à l’usager. L’autre piste est évidemment de tenter de diminuer le besoin de transport, essayer de rapprocher les zones d’activité des zones d’habitat et développer le télétravail dans la mesure du possible. C’est là une question plus vaste et de longue haleine, mais à terme la relocalisation, c’est-à-dire le regroupement des lieux de production, de consommation et d’habitat constitue sans doute avec l’allègement de la pression démographique et une lutte serrée contre l’érosion de la biodiversité, la colonne vertébrale de toute politique écologiste digne de ce nom.

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(1) Il est bien difficile de ne pas souligner ici l’extraordinaire timing de cette mesure qui, visant un problème s’étant posé dans les jours précédents aura vu son application reportée au lundi 23 mars,  jour où les choses s’arrangeaient naturellement mais lendemain des élections. Ainsi les conducteurs sanctionnés (ceux de la banlieue, car ceux de Paris ne votaient pas) ne risquaient en aucun cas de traduire leur mécontentement dans les urnes. Joli tour de passe-passe !

(2) Cette mesure n’est pas le fait de la seule RATP, en Languedoc Roussillon, l’expérience, limitée certes, du TER à un euro a également beaucoup fait parler d’elle. Les mêmes critiques peuvent lui être adressées.

(3) Rappelons que le métro ne transforme pas le CO2 en oxygène, pour cela on a encore rien trouvé de mieux que l’arbre.

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Published by Didier BARTHES - dans Economie
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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 21:24

L'écologie politique a beaucoup de défauts mais on s'accorde souvent à reconnaître le mérite aux écologistes d'avoir eu raison trop tôt, que ce soit quant aux dangers de l'industrie nucléaire ou à propos des risques pour notre santé d'un environnement dégradé. Il y a pourtant un sujet où les prédictions écolos semblent avoir tout faux : le coût de l'énergie et notamment du pétrole.

Depuis des années en effet les écologistes nous annoncent un coût de plus en plus élevé du pétrole en se basant sur son utilisation croissante et sa raréfaction programmée dans un monde forcément fini. Ce qui est rare devient cher … le dicton bien connu des économistes a vite été adopté par des écologistes pourtant souvent opposés à la logique de l'économie de marché. Il est vrai que cette annonce était « pain béni » pour tous ceux qui préconisaient une sobriété énergétique autant basée sur l’efficience que sur la définition d'un nouveau mode de développement toujours revendiqué mais rarement détaillé.

Nul besoin d'imaginer un pouvoir politique fortement contraignant pour motiver les citoyens-consommateurs comme les producteurs de s'adapter à cette nouvelle donne, le signal-prix allait se charger de faire rentrer les plus récalcitrants dans le rang du développement durable. Avec un baril de pétrole à 200 dollars avant la fin de la décennie, et qui allait encore monter par la suite, il était assez facile d'expliquer aux bons citoyens que leur intérêt consistait à diviser par trois dans leur habitat leur consommation de fuel ou de gaz ou d'électricité (a priori indexé sur le prix du baril) en engageant au plus vite des travaux même lourds d'amélioration. Idem pour les industriels ou les agriculteurs. En fait, la future hausse du pétrole finançait les travaux à prévoir pour améliorer les process industriels et l'habitat : il suffisait de gager les travaux à faire sur les économies que ceux-ci allaient générer en nous permettant d'échapper au coût croissant de l'énergie. Ainsi allions-nous sans beaucoup d'effort, et grâce à des tiers-financeurs, aller vers une sobriété heureuse en échappant par là-même, au moins partiellement, à l'augmentation tant honnie des gaz à effet de serre. Patatras, en six mois le prix du baril d'or noir a été divisé par plus de deux et les meilleurs spécialistes nous annoncent que le prix baril risque de se situer pour plusieurs années autour de 50 dollars le baril, rendant économiquement injustifiées les investissements massifs nécessaires dans les énergies renouvelables comme dans la sobriété énergétique de nos habitats.

Comment en est-on arrivé là ? C'est juste que les écologistes ont oublié deux choses.

D'une part, que le pétrole et son prix sont d'abord les produits d'une géopolitique qui ne laisse que peu de place à la pure logique du marché (ce que les années Reagan nous avaient déjà montré, avec des cours manipulés pour atteindre de plein fouet les revenus de l'URSS).

D'autre part, que les moyens mis en œuvre pour exploiter massivement des produits pétroliers dits non-conventionnels (gaz de schiste, etc.) ainsi que les progrès techniques effectués pour forer toujours plus loin allaient permettre de mettre sur la place toujours plus de barils à coût raisonnable, au moins pour quelque temps. Bien évidemment, rien ne dit que dans quinze ou vingt ans l'économie pétrolière ne ressemblera pas à celle prédite par les écologistes, avec une énergie rare et chère … mais c'est maintenant qu'il faut que nous nous orientions vers une sobriété sans mesure connue dans le monde économiquement développé, si nous voulons éviter les catastrophes écologiques majeures qui déjà se dessinent.

En 2030, avec des courbes qui se prolongent, plusieurs seuils d'irréversibilité seront franchis pour le pire sur la planète. Puisque nous ne pouvons plus compter sur le signal-prix du pétrole pour arguer du changement nécessaire, il revient donc à notre communauté de faire le choix politique d'imposer des mesures draconiennes. La baisse du prix du pétrole ne nous laisse pas le choix, c'est vers un monde autoritairement régulé que l'écologie politique doit nous amener.

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Published by Jean-Christophe VIGNAL - dans Energie
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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 09:24

La victoire de Syriza en Grèce marque clairement l’exaspération devant des difficultés économiques récurrentes et l’on peut parfaitement comprendre les raisons du peuple grec en plein désarroi. Elle est aussi, hélas, l’indice d’un avenir inquiétant.

Syriza s’est bâtie sur le refus de l’austérité. Depuis longtemps déjà, le niveau de consommation en Grèce était supérieur à celui de la production, source inévitable d’un endettement croissant. Le refus de voir à long terme a atteint son paroxysme quand, au-delà de toute raison, la Grèce, il y a quelques années, s’offrit les jeux olympiques. Vint ensuite le temps de rembourser et la confrontation à l’impossible. Que le système bancaire ait ses imperfections, que les charges d’intérêt puissent être trop lourdes et qu’il faille les revoir; sans doute, mais cela ne décharge pas les hommes de leur imprévoyance : ni les responsables grecs, ni les responsables de l’Union Européenne qui ne surent mettre assez tôt un frein à cette dérive. La dette grecque ne s’est pas construite en un jour.  Les économistes regardaient-ils ailleurs ? Que disait Syriza quand la Grèce consommait à crédit ?

Cette imprévoyance est la première source d’inquiétude, mais sur le plan écologique, il en est une seconde. Face à la crise globale, le premier réflexe des grecs a été de demander une relance de la croissance. Ce recours à la croissance - solution miracle à tous nos problèmes - est d’ailleurs prôné par nombre de dirigeants français et européens. C’est là un signal inquiétant de ce que pourrait être le réflexe de toute l’humanité quand celle-ci sera confrontée à la finitude de la planète et de ses ressources et que la crise s’installera de façon globale. Nous entêterons-nous tous dans une demande infantile de l’impossible ?  Nous arcbouterons-nous sur l’idée d’assoir l’équilibre de la société sur une croissance permanente ? Si oui, alors la crise n’aura pas d'autre solution que l’effondrement. Les mises en garde auront été nombreuses et largement médiatisées, nous n’aurons plus d’excuses.

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Published by Didier BARTHES - dans Billets d'humeur
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