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Jeudi 20 novembre 2014 4 20 /11 /Nov /2014 12:04

Faut-il y croire ? A Brisbane, Australie, les principaux dirigeants de la planète ont fait le pari de la croissance – objectif + 2.1 % - tout en prenant position, dimanche 16 novembre, en faveur d’une action « résolue et effective » sur le climat Comme le dit Claire Guélaud  (1), ce sommet « restera probablement comme le G20 où le climat s’est imposé comme un sujet majeur, un peu plus d’un an avant la conférence de Paris (COP21) de décembre 2015. Le terrain avait été préparé par le sommet Asie-Pacifique de Pékin où les États-Unis et la Chine ont annoncé des objectifs précis de réduction de leurs gaz à effet de serre. Quand les deux premières économies du monde, et ses deux plus grands pollueurs, s’engagent, difficile de résister ! »

Qu'ont tenté nos dirigeants à Brisbane ? En fait, ils ont simplement essayé de répondre aux deux principaux défis auxquels les pays du G20 sont confrontés. Un premier défi immédiat qui est celui du chômage qui frappe une partie non-négligeable de leurs populations, chômage identifié comme l'effet d'une trop faible croissance du PIB de chacun des états et qui déstabilise les sociétés. Un second défi de moyen terme, celui d'une crise écologique globale qui commence à être perçue au sommet des états comme potentiellement gravissime, notamment à travers la question du réchauffement du climat.

Pour faire face au premier défi, le G20 de Novembre 2014  propose un « plan d'action Brisbane » qui passe par des réformes structurelles afin d'augmenter la valeur du PIB des pays du G20 de 2,1 % supplémentaires par rapport à la trajectoire qu'elle suivrait d'ici à 2018 ; le G20 veut aussi une coopération renforcée dans le secteur de l'énergie pour garantir des marchés énergétiques plus stables et prévoit d'améliorer le fonctionnement du marché du gaz ; le G20 souhaite encore faire la promotion des investissements d'infrastructures, publics et privés via une plate-forme ad hoc chargée de faire le lien entre gouvernements, groupes privés et banques de développement pour dynamiser les grands travaux. Le tout dans un cadre financier plus strict d'une part en soutenant les réformes en cours dans le secteur bancaire pour imposer des règles plus rigoureuses de capital pour les banques mondiales d'importance systémique, et d'autre part en affirmant sa volonté de limiter  les process d'optimisation fiscale.

Bref il s'agit de sécuriser le jeu d'une économie mondiale par trop dérégulée tout en levant le maximum d'obstacles pour que la croissance économique reparte de plus belle.

Quant au second défi,  le G20 s'engage à promouvoir une « action forte et efficace » et prévoit de renforcer les moyens du Fonds Vert de l'ONU destiné à aider les pays en développement à s'adapter aux effets du réchauffement climatique. Comme le dit François Hollande, « Le G20 représente un acquis très important pour nous retrouver à Paris et signer l’accord global qui permettra d’éviter une augmentation de 3 ou 4 degrés de la température de la planète, ce qui serait source de catastrophe, pour ne pas dire de guerre. »

S'il faut se réjouir de voir la question écologique désormais traitée dans l'enceinte prestigieuse du G20, il n'est toutefois pas interdit de se demander si la volonté de poursuivre à tout prix une logique de croissance élevée - supposant d'après les experts (2) une hausse de la consommation mondiale d'énergie de 40 % en 25 ans - est compatible avec les recommandations du GIEC.

En fait à Brisbane nos dirigeants ont fait le pari d'une croissance forte dans le respect des grands équilibres de la planète, c’est-à-dire qu'ils ont fait le pari de l'effectivité du développement durable. Pari déjà fait au sommet de Rio il y a plus de 20 ans, et qui n'a rien donné sinon une aggravation de quasiment toutes les données écologiques de notre planète (3). Le pari de Brisbane pourrait être le pari de trop.

Reste à proposer un plan B, plan qui commence à se dessiner chez les écologistes qui refusent les facilités démagogiques de la croissance verte. Plan qui viserait une prospérité sans croissance à base de low-tech (4), de vita povera et d'une démographie maîtrisée.

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1 : In  « Pour la première fois le G20 s'engage pour le climat » , Le Monde Economie du 17.11.2014.

2 : Voir Hayat Gazzane, « La consommation mondiale d'énergie bondira de près de 40 % d'ici 2040 » in Le Figaro du 12.11.2014.  

3 : On peut d'ores et déjà s'interroger sur la validité des engagements pris par les États-Unis au récent sommet Asie-Pacifique à Pékin (où les États-Unis se sont engagés sur une réduction de 26 - 28 % de leurs émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2025 par rapport à 2005) quand on voit ce qu'en dit Mitch Mc Conell, le chef de la majorité républicaine au Sénat américain :  « Ce projet irréaliste, que le président (Barack Obama) refourguera à son successeur, veut dire à coup sûr des prix de l'énergie plus élevés et encore beaucoup moins d'emplois ». Pour Mc Conell, la diminution prévue du recours au charbon n'est qu'une « guerre idéologique du président » et il importe « d'atténuer la charge que constituent déjà les régulations de l'EPA (l'Agence de Protection de l'Environnement) ».  Sur ce sujet,  « Climat : le leader républicain au Sénat juge "irréalistes" les nouveaux objectifs »   in Le Point du 12.11.2014.  

4 : Sur ce sujet, et dans la lignée des réflexions d'Ivan Illitch et de Jacques Ellul, voir aussi L'Âge des Low Tech,  Philippe Bihouix, Le Seuil, 2014, 336 pages, 19,50 €.    

Par Jean-Christophe VIGNAL - Publié dans : Climat
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Vendredi 14 novembre 2014 5 14 /11 /Nov /2014 16:50

Le pays est en risque terroriste et des drones survolent nos centrales nucléaires sans qu'on puisse identifier ni les raisons d'un tel acte ni ses auteurs, même si certains incriminent volontiers des écologistes radicaux.

Arrêtons-nous un instant sur la situation, bien loin de celle qui prévalait dans les années 70 au moment où la France a fait le pari du nucléaire civil. A l'époque le risque principal identifié était situé à l'Est, en Union Soviétique, dans une logique d'affrontement militaire qu'on aurait tendance aujourd'hui à qualifier de classique ; avec par ailleurs, ne l'oublions pas, déjà des terroristes, mais ceux-ci se contentaient la plupart du temps de détourner momentanément un avion de ligne en sifflotant l'Internationale. Même s'il ne faut pas oublier les victimes de ces attentats, ce monde était assez simple et la sécurité, y compris celle du nucléaire civil, pas trop compliquée à assurer.

Entre-temps la France est devenu un des pays les plus nucléarisé du monde et ressemble désormais à un nid de centrales. Et le monde a changé. Les dictatures communistes qui nous menaçaient se sont effondrées, la guerre froide a pris fin, et les menaces ont changé de nature : le risque ne vient plus d'autres états mais d'organisations non-gouvernementales terroristes capables d'organiser des actions commandos en dehors de tout respect du droit de la guerre. Et depuis le 11 septembre nous savons qu'il n'y a plus de zone protégée, le risque pays est potentiellement partout.

Dans ce cadre nos centrales sont des cibles.

Elles représentent une telle concentration d'énergie que tout incident les affectant peut avoir des conséquences lourdes. Bien sûr les réacteurs sont protégés, mais une centrale, c'est tout un ensemble de fonctions autour de la pièce principale qu'est le réacteur, du système de refroidissement (dont l'accident de Fukushima a montré l'importance) au système de distribution de l'électricité produite. Dans cet ensemble, et sans même être obnubilé par la théorie du cygne noir développée par Nicholas Taleb, il y a toujours un maillon faible plus accessible à une action terroriste de petite ampleur et de grandes conséquences. C'est pourquoi notre choix d'avoir recours à un système de production d'énergie extrêmement concentré et ce à partir d'un carburant dangereux, constitue aujourd'hui dans le monde tel qu'il est un problème pour la sécurité du pays.

Au-delà du risque technologique, au-delà du risque sismique d'ailleurs déjà réévalué, le nucléaire civil par son essence même accentue le risque terroriste dans un monde de plus en plus ouvert aux conflits de toute nature.

A cette heure nous ne connaissons pas le danger que représentent ces drôles de survol. Simple facétie militante réactivant la logique de guignol face à notre État-gendarme, ou prélude à des actions dangereuses ? Puissent au moins ces drones non identifiés volant au-dessus de nos centrales permettre d'ouvrir le débat quant à l'impact du nucléaire civil sur notre sécurité collective.

Par Jean Bruguier - Publié dans : Energie
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Mardi 4 novembre 2014 2 04 /11 /Nov /2014 08:44

Qui veut faire l'homme, fait la bête

Depuis que l'homme a appris à faire société, à se différencier des autres animaux, il a entretenu la haine de ses origines.

Quand il essartait au cœur des forêts profondes, le futur occidental, avait pour obsession de tenir les bois et leurs hôtes en respect, de mettre des lisières à l'ensauvagement menaçant son âme et sa clairière. La Grèce Antique voyait la nature indomptée comme le domaine des forces femelles sauvages et irrationnelles. Notre civilisation n'a pu se concevoir que hors de et contre la nature. Nature dont l'homme pensait que le dessein était de le rendre, lui, être orgueilleux mais faible, à son ancien état d'animalité. D'où la dichotomie apprise comme une bible entre l'être doué d'esprit et l'être au ''naturel''. 

Pour Florence Burgat philosophe et auteur d'ouvrages sur la condition animale, '' c'est en tant qu'elle indique le sauvage dans l'homme que son appartenance à la nature lui est insupportable ''. Effacer la trace, la tache originelle.

Le rapport de dépendance au monde vivant s'est donc réduit pour l'homme à sa domination. Pour ne pas sombrer dans  l'horreur du ré-ensauvagement, il a dû se rendre  maître de tout ce qui était hors-champ de l'humain. Le réduire, le soumettre. Et sa compétence technique l'a superbement aidé à se de désolidariser des autres vivants, à se délier de son biotope. Il s'est pensé hors-sol. Et il y a si parfaitement réussi que la plupart de nos congénères considèrent comme légitime l'élevage industriel ou l'artificialisation de 165 hectares de terre par jour, en France.

La nature s'est réduite à devenir notre supermarché d'où le sauvage est exclu bien sûr, qui ne produit ni fraises en hiver ni maïs en suffisance pour nourrir nos troupes qui se multiplient sans retenue. Notre imaginaire s'est  habitué à considérer comme animaux, nos seuls chiens et chats, ceux des zoos ou des safaris-photos n'étant que des images divertissantes. Quant au dernier cercle de l'enfer, il est peuplé de nos repas à pattes ou nageoires à qui nous infligeons de sauvages abominations (ne parlons pas des chasseurs ''gérants ''de la nature et maîtres tout puissants de la faune, ou de ce qu'il en reste).

Nous pleurons à présent sur ce qu'est devenue la planète sans pour autant remettre en cause la légitimité de notre mainmise. Et pourtant, tout en refusant le sauvage, nous avons établi une sauvagerie planétaire sur tout le reste du vivant. Frères humains compris (voir à ce sujet   '' L'ensauvagement, le retour à la barbarie '' de Thérèse Delpech).

Préserver la ''nature naturelle''

En réponse au  sentiment naissant de la perte de la biodiversité, est né au XIXème siècle, un courant de préservation des espaces naturels. La première réalisation a été la création du Parc Naturel Yosémite aux Etats-Unis en 1864. En France les débuts furent timides dans la première moitié du XXème siècle : parcs nationaux, puis parcs régionaux dans les années 60. Ceux-ci étaient dans l'esprit de De Gaule des lieux de divertissements et de ressourcements pour les urbains.

Face à tout cela François Terrasson (écrivain et naturaliste), demeure réservé : la nature ne se gère pas, elle s'auto-entretient. Sans nier leur utilité, il dénonce le fait que les parcs servent souvent de paravent à notre désir de soumettre la nature à nos besoins et qu'ils cautionnent une large destruction autour des zones protégées.  

Par ailleurs, ces parcs ont une réglementation plutôt - et de plus en plus - souple : l'exploitation forestière, l'agriculture, l'élevage, la pêche ou la chasse peuvent y être autorisés. « La chasse est autorisée dans 70 % des réserves naturelles d'Etat et dans 100 % des nouvelles réserves de France » (source ASPAS). Quand ce n'est pas, comme dans le parc de Calanques, le déversement de boues toxiques provenant de l'usine d'alumine de Gardanne ! On peut y organiser des battues d'effarouchement du loup comme dans le Parc des Ecrins. La réglementation compose souvent avec la pression des lobbies de la chasse, de l'élevage ou du tourisme. L'urbanisation galopante menace toujours plus de zones naturelles.

Si l'on ajoute à cela  que '' l'engagement de l'Etat de doubler la surface des aires protégées en passant de 1 % du territoire à 2 %, est en panne sèche '' (source ASPAS), on peut être inquiet sur une véritable protection des milieux naturels.

Les Réserves de Vie Sauvage du Conservatoire Espace

Face à cet état de fait, l'Association  pour la  Protection des Animaux Sauvages (ASPAS)  qui lutte depuis 30 ans pour le respect  de la nature, a déposé le label ''Réserves de Vie Sauvage'', ces réserves font partie  du Conservatoire Espace qui a pour but '' de rendre aux plantes et aux bêtes une part de la terre.''

L'ASPAS achète (grâce à des dons de particuliers, d'associations ou des legs) des terrains non-agricoles qui possèdent des caractéristiques intéressantes pour la flore ou la faune sauvage : vieilles forêts, éboulis, zones humides, gorges, falaises...  

Cette méthode de protection de sites naturels est encore peu développée en France, pourtant '' la maîtrise foncière constitue le moyen le plus sûr pour assurer une protection solide et pérenne des milieux naturels. Elle permet d'adapter au plus juste les modalités de gestion, dans le seul intérêt de la vie sauvage.''

D'ailleurs n'importe qui peut ainsi, en donnant 30 euros, permettre la création d'une parcelle de 200 m2 préservée, appelée '' part de vie sauvage'' et  participer activement à la protection du patrimoine naturel.

L'association a ainsi pu créer trois réserves :

Celle Grand Barry sur la commune de Véronne (26), 105 hectares de bois et landes avec des richesses en termes de flore (orchidées), invertébrés, reptiles, mammifères (cerfs, chamois, renards, blaireaux, etc. et la présence confirmée de loups et lynx à proximité).

Celle des Deux Lacs : 60 hectares de zones humides au confluent du Rhône et du vieux Rhône, à Châteauneuf du Rhône (26), correspondant à d'anciennes gravières où la vie reprend ses droits.

Celle du Trégor : 60 hectares de taillis et forêts dans les Côtes d'Armor, longés par un cours d'eau à saumons réputé.

Une autre réserve est en cours de création dans le Massif Central.

Ces espaces bénéficient d'une réglementation très restrictive: chasse, pêche, cueillette, exploitation agricole ou forestière... y sont interdites. La promenade à pieds y est permise dans les sentiers prévus, les chiens y sont tenus en laisse. Le Conservatoire veille à l'indépendance vis à vis  des contingences politiques ou économiques et ne  « transigera pas sur le respect de la faune, la flore et sur sa libre évolution (Naturalité) ».

La Réserve du Grand Barry a intégré le réseau européen Rewilding Europe qui espère bloquer la dégradation continue de la biodiversité et faire de l'Europe, un espace géographique plus favorable à la vie sauvage et aux processus naturels de la faune et de la flore.

Le comédien et réalisateur Jacques Perrin est le parrain de la réserve du Grand Barry, voici 2 extraits de son beau discours d'inauguration :

'' Nous puisons nos rêves dans la nature indomptée et rebelle. Elle éveille notre curiosité d'enfant et nous ressource en affichant une infinie diversité. Multiplier les réserves, c'est laisser aux hommes à venir des jardins secrets pour s'y perdre. ''

'' Chaque fois que nous avons su offrir à la nature un espace de liberté, elle s'est de nouveau épanouie dans toute son exubérance et sa diversité. La nature se débrouille très bien toute seule, elle n'a nul besoin que nous l'entretenions. ''

Ces réalisations uniques en France, témoignent de l'acceptation d'un nouveau rapport à la Terre, l'acceptation d'un hors-champ humain. La forêt n'a pas besoin de nous. Ceux qui la peuplent non plus. Nous ne sommes pas les jardiniers  de notre planète - tout au plus de notre potager - mais nous ne devons plus être ses prédateurs barbares.

Ceux qui ont eu la chance de passer leur enfance près des forêts, des ruisseaux, des près  savent quels trésors ils ont engrangés pour toute leur vie. Ils savent aussi quelles pertes terribles ils ont vécues et vivent encore, à cause des milliards d'humains avides et inconscients.

Que serait le monde sans jardin secret où se perdre, sans bois ou grève sauvage ?

La nature sauvage non seulement a nourri notre imaginaire mais elle a été la matrice de nos mythes fondateurs, de nos légendes humanisantes. F. Terrasson distinguait entre '' l'hominisation'' terminée depuis un demi-million d'années et l''humanisation '' encore en cours. Il s'agit d'échapper à la tyrannie de la violence, de la prédation, de trouver des règles de respect  et de coopération à l'intérieur de l’espèce, avec les autres espèces, la nature. Quel travail encore à faire !

Voilà pourquoi les Réserves de Vie Sauvage participent à notre humanisation, à l'écart de la sauvagerie de notre siècle !

'' L'homme est le fils de la forêt et le père du désert.'' R. Jeannel

'' L'homme, on dit qu'il est fait de cellules et de sang. Mais en réalité, il est comme un feuillage. Non pas serré en bloc mais composé d'images éparses comme les feuilles des arbres et à travers desquelles  il faut que le vent passe pour que ça chante.'' J. Giono

Par Anne-Marie Teysseire - Publié dans : Biodiversité
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Mercredi 29 octobre 2014 3 29 /10 /Oct /2014 16:44

Il est d’usage que les rêves soient pour quelque chose, permettez qu'à rebours de toutes les règles habituelles de la communication, pour une fois, ils soient contre : contre trois erreurs.

Parmi d’autres,  trois grands projets ont récemment fait en France la une de l’actualité et cristallisé les luttes de nombreux opposants (1).

   

- L’aéroport du Grand Ouest à Notre Dame des Landes.

- Le stade des lumières à Décines, près de Lyon.

- Le barrage de Sivens (Tarn).  

Le premier n’est pas encore sorti de terre mais a donné lieu à de  grands rassemblements de protestation et l’on peut heureusement commencer aujourd’hui à sérieusement douter de sa réalisation. Le second a déjà conduit à l’anéantissement de 42 hectares de forêts et de précieuses zones humides et vient hélas de provoquer la mort d’un homme, Rémi Fraisse. Le troisième, malgré la lutte toujours vivace des opposants, dresse déjà sa muraille de béton à proximité de Lyon (en face d’une prison, de l’autre côté de l’autoroute, l’endroit, autrefois des champs, devient délicieusement bucolique).

On donne souvent aux personnes qu’un souci vient de frapper le conseil suivant : Projetez-vous dans un an : Y penserez-vous encore ?  Cette question aura-t-elle significativement impactée votre vie ? Si la réponse est non, alors : ignorez le problème dès maintenant. Recommandation bien sûr plus aisée à donner qu’à suivre tant notre besoin d’immédiat - notre préférence pour le présent, diraient les économistes -  rend difficile son application systématique. Pourtant, cela n’enlève rien à la justesse du raisonnement : Le recul et la projection dans l’avenir restent nos meilleurs guides. Pour les affaires publiques où l’affectif devrait avoir une moindre part, il serait bon de s’y référer. De quoi avons-nous besoin ? Que nous manquera-t-il demain si ces trois projets ne sont pas réalisés ? A vrai dire : pas grand-chose, au contraire.

Le monde de demain sera sans pétrole (2) et les espaces naturels seront toujours plus réduits. Dans ce cadre-là, est-il bien raisonnable de bétonner des forêts pour construire un vaste aéroport dans une région qui en possède déjà, alors que l’aviation civile pour le transport de masse a toutes les chances de passer par pertes et profits au mitan du siècle ? Non, ce n’est pas raisonnable, c’est irresponsable, même si au mépris de toutes les règles de la physique, quelques rêveurs pensent faire voler les avions à l’huile de colza (colza sans OGM parce que, quand même…). Ce projet est une illustration parfaite du sacrifice de demain au bénéfice d’aujourd’hui, le bénéfice lui-même n’étant d’ailleurs que strictement financier et pour quelques-uns seulement.  Nous regarderons rouiller (3) les avions là où poussaient les fleurs et les arbres, vaste progrès !

Il en est de même du Stade des Lumières près de Lyon (à Décines). Lyon possède déjà un grand stade (Gerland) et l'agglomération grignote tous les jours les rares espaces naturels qui subsistent à proximité. En pleine crise économique doit-on consacrer plus de 600 millions d'euros à un tel projet quand les structures existent déjà. Tous les jours, la crise occupe l’essentiel de l’actualité et le besoin de justice sociale est au cœur des polémiques. Tandis que des joueurs dont le seul talent est de taper dans un ballon avec plus d’adresse que la moyenne gagnent plusieurs dizaines de milliers d’euros (encore ne s'agit-il pas, loin de là, des salaires records) on demande à la population qui en moyenne gagne entre 10 et 100 fois moins qu’eux de se porter financièrement garante (via le conseil général du Rhône) d’une partie de la bonne réalisation du projet. L’équipe de Lyon a de quoi payer des salaires indécents mais demande à la puissance publique (qui le lui accorde !) de garantir son projet ! Que le stade soit particulièrement défendu par un maire socialiste supposé favorable aux revenus les plus modestes  ne change rien à l’affaire tout au plus cela apporte-t-il un peu d’ironie. A la place des champs et des bois se trouvera en outre un centre commercial (il faut bien rentabiliser) des parkings et des bretelles d’accès. Au vu de ce qu’est devenue la banlieue lyonnaise, il est bien difficile d’imaginer que là sont les besoins de demain. Quand Lyon et Grenoble ne feront plus qu’une, sera-t-il temps de bétonner vers le nord, jusqu’à Paris ? Le poids des jeux et la glorification du superficiel sont des phénomènes récurrents, Rome aussi avait ses jeux, mais au moins, le Colisée avait quelque allure.  

Il est délicat de parler du barrage de Sivens  en pleine actualité et en relation avec la mort d’un manifestant. Mais là aussi, au-delà du drame, nous devons penser à ce qui est le plus précieux. Les zones humides sont extrêmement riches et leur destruction  constitue une catastrophe écologique. Sur le futur site du barrage, 94 espèces protégées ont vu leur habitat détruit. Quel est le sens du concept d’espèce protégée si un simple arrêté peu les « déprotéger » ?  Les mots ont-ils un sens ?  Les engagements une réalité ?  La France a-t-elle besoin d’un peu plus de production agricole ou doit-elle préserver sa diversité biologique ? Beaucoup l’ont déjà souligné, le projet du barrage de Sivens pose un problème de même nature que l’aéroport du Grand Ouest, la contestation qu’il suscite est d’ailleurs comparable.    

On aimerait un signal fort comme on dit aujourd’hui, on aimerait que la ministre de l’écologie raye d’un trait de plume ces trois erreurs, non pas pour le plaisir de voir le pouvoir céder aux opposants, mais pour espérer la prise de conscience. Il y aurait quelque noblesse à ce qu’un responsable politique en charge de la question  se dresse et dise simplement : « Non ce n’est pas cela dont l’avenir a besoin et pour cette raison, nous ne le ferons pas ». Voilà comment l’on pourrait concevoir le rôle de ministre, au service des grandes choses. La plus grande : protéger la nature.

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(1) Voir par exemple l’association Carton Rouge .  

(2) Pas sans pétrole du tout bien entendu, nous ne consommerons pas l'or noir jusqu’à la dernière goutte. "Sans pétrole" doit s’entendre ici au sens : sans le flux nécessaire pour faire fonctionner l’économie selon son mode actuel.

 (3) Je médis, désormais les avions sont largement en fibre de carbone.

Par Didier BARTHES - Publié dans : Billets d'humeur
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Mardi 21 octobre 2014 2 21 /10 /Oct /2014 18:44

Yves Cochet, ancien ministre de l’environnement, propose une structure intéressante de notre représentation du monde en trois ensembles de pensées : le modèle de  croissance, le modèle de décroissance et le modèle de rupture. Voilà sans doute une analyse en avance sur son temps qui n’hésite pas à regrouper gauche et droite dans le même ensemble « croissanciste » quand notre vie politique continue à les séparer et à en faire une ligne de fracture fondamentale, alors que, globalement, les deux camps s’arcboutent sur le même refus des limites et la même négation de la nature.

Yves Cochet rappelle avec raison qu’il n’existe pas d’exponentielle (durable) dans la réalité, seul le monde virtuel des mathématiques permet d’envisager ce genre de choses.  

Mettre sur le même niveau les théories de la croissance et de la  décroissance marque également un certain courage. Cela revient à donner à cette école de pensée, à laquelle sans doute le monde finira bien par devoir se rallier, une légitimité toute aussi grande que celle accordée aux  partisans, pourtant ultra-majoritaires du premier modèle. Yves Cochet souligne d’ailleurs malicieusement nos contradictions en faisant remarquer que selon les circonstances, il nous arrive de nous  référer à l’un ou à l’autre des deux modèles. La contradiction est flagrante, mais sans doute est-ce inhérent à la pensée.

Allant plus loin que ce qui, pourtant, ne semble toujours pas acquis par la majorité d’entre nous (c’est-à-dire l’inéluctabilité de la décroissance), le député évoque enfin dans son troisième ensemble : les concepts de  ruptures et de discontinuités. C’est là un apport nécessaire car beaucoup des tenants de la décroissance, malgré leur originalité et certaines remises en cause fondamentales, se plaisent à rêver d’une décroissance progressive et douce. L’évolution du monde n'a généralement pas suivi cette règle rassurante. Des effets de seuils conduisent souvent à des changements brutaux et à la mise en place rapide d’autres équilibres. On constate d’ailleurs dans la littérature d’aujourd’hui le développement des thèses consacrées au concept d’effondrement (voir la bibliographie après la retranscription). Ce qui relevait jusqu’alors presque exclusivement du domaine de la science-fiction commence à être pensé et à entrer dans celui du plausible. Yves Cochet cite l’ouvrage de Naomi Oreskes (L’effondrement de la civilisation occidentale) mais Jared Diamond (Effondrement) l’a également évoqué.

Vous trouverez ici une vidéo de l’intervention d’Yves Cochet en mai 2014 lors de la 7ème séance du séminaire  « La liquéfaction des frontières » :  Temps, droit et argent contre espace et matière, organisé par Christopher Pollmann, professeur des universités, pour le Collège international de philosophie en partenariat avec les Amis du Monde. Dans la vidéo suivante : De la croissance à la rupture Yves Cochet répond aux questions et développe son propos. Ces deux vidéos ont été mises en ligne par « Devenons Citoyens ».

Ci-dessous, la retranscription du discours d'Yves Cochet (première vidéo). Retranscription aussi fidèle que possible, seuls ont été omis quelques éléments de description des graphiques ainsi que quelques phrases de liaison ou propos liés à la présence du public ou d'autres intervenants.         

Retranscription de l’intervention d’Yves Cochet

 

Trois modèles du monde

Le premier modèle, le plus rapidement exposé sera le modèle de croissance dont on peut dire qu’il ne se fixe aucune limite et aucune frontière.  

Le deuxième sera un modèle de décroissance qu’on peut également appeler le modèle augustinien (de Saint Augustin) qui peut-être résumé par l’aphorisme : « tout ce qui croît décroitra ».

Enfin un troisième modèle : Le modèle de rupture ou modèle discontinuiste qui parlera des frontières brusques.

 

Le modèle de croissance.  

Le modèle de croissance qu’on peut appeler également le modèle productiviste. Quand je parle de modèles ce sont des modèles mentaux, ce sont des modèles qui nous habitent et auxquels on adhère même parfois de façon contradictoire, dans la mesure où notre esprit, selon les circonstances peut être tenté d’adopter tel modèle, par exemple le modèle de croissance, et parfois dans d’autres circonstances, un autre,  ou en tout cas se poser des questions sur d’autres modèles. Mais ce sont des modèles mentaux qui donnent d’ailleurs lieu à des politiques publiques extrêmement décidées, qui changent la vie dans un sens ou dans un autre de centaines de millions de personnes. Donc ce n’est pas du tout innocent d’avoir des modèles en tête, c’est une sorte de croyance. (…..)  

Ce modèle productiviste est assez connu donc je ne vais pas y passer trop longtemps mais en donner quatre ou cinq attributs. C’est une croyance extrêmement profonde depuis une cinquantaine d’années dans les sociétés occidentales et maintenant dans les sociétés autres que purement occidentales, par exemple en Chine, au Brésil, dans ce qu’on appelle les Brics parfois pour désigner quelques pays non occidentaux.  

Le premier attribut de ce modèle c’est l’hégémonie de l’économie. Alors c’est évidemment une tradition à la fois libérale et marxiste, où les uns comme les autres pensent que l’économie est - je reprends le slogan – « déterminante en dernière instance ». Certes, il y a d’autres attracteurs des comportements et des visions du monde, mais à la fin, c’est l’économie qui détermine tout. On le voit bien avec, dans les médias, dans les propos même des philosophes, des sociologues,  des sciences humaines et des politiciens bien sûr. On a l’impression que l’économie réduit notre vie à un pur cycle entre les consommateurs et des producteurs. Il y a bien sûr un accompagnement dans ce modèle, une foi dans le progrès, mais jamais interrogé, le mot lui-même est laissé pour compte de tous les « on dit ». Le déroulement temporel est linéaire. C’est une vision des relations sociales agencées autour de la production et de la consommation. Et l’être humain atomisé,  liquéfié pourrait-on dire, n’est qu’un sujet produisant ou consommant et il est réduit par cette sorte de métonymie. Le bonheur, l’accomplissement de l’être humain est réduit par cette métonymie à cette fonction de producteur et de consommateur. C’est ça qui assure tous les plaisirs, voir les jouissances, la production ou la consommation. Certains appelaient ça, il y a un siècle et demi le fétichisme de la marchandise qui réifie les liens interpersonnels. Donc c’est le premier attribut de ce modèle : Tout à l’économie. Il est partagé à droite comme à gauche. Il n’est pas spécifiquement libéral dans la version triomphaliste actuelle qu’on peut appeler libérale productiviste ou néoclassique qui maintenant se propage  dans le monde. On sait bien que la Chine « communiste », entre guillemets, est très, croissanciste autant que le Japon, autant que les Etats-Unis, mais l’URSS d’hier était également très productiviste, très croissanciste.       

Certains évidemment, utilisent ce modèle en disant que c’est le marché qui va produire à la fois le bonheur et la croissance : c’est « toujours plus ». Ou d’autres, que ce sont les rapports de production et que c’est l’économie mais dans les rapports de production disons marxistes, qui va déterminer le bonheur mais toujours l’économique (modèle) partagé par la gauche et par la droite de manière très hégémonique dans  notre situation actuelle.  

Troisième attribut : dans ce modèle, il n’y aucune mention, ou presque, de la nature. La biosphère, Gaïa, la planète, le système Terre, tout cela n’existe pas. Ce n’est pas du tout une sorte d’oubli accidentel de ces modèles libéraux ou marxistes de la croissance, c’est une erreur profonde, on pourrait dire intrinsèque à l’architecture de ces deux grandes pensées historiques, le libéralisme et le marxisme sous toutes leur formes ; depuis la social-démocratie jusqu’au maoïsme le plus cru, la même chose pour le libéralisme.  La nature en fait est ignorée par ces pensées, à moins qu’elle ne soit considérée comme un ensemble de ressources inépuisables et disponibles pour l’accroissement des forces productives

Le cinquième attribut de ce modèle de croissance c’est un projet qu’on pourrait dire totalitaire - j’emploie des gros mots - puisque l’on peut qualifier de productiviste toute structure sociale, pas simplement le marché ou la planification, qui recherche la production et la productivité maximale, sans égard au contenu dont il s’agit ; que ce soit social, culturel, écologique. Cela peut être les marchés, cela peut être Général Motors, cela peut être l’agriculture, l’école, la santé, tout ce que vous voulez. Yvan Illich d’ailleurs en a très bien parlé en montrant que ces structures productivistes qui recherchaient sans arrêt l’efficacité maximale étaient devenues contre productives. Il disait en gros : « le système de santé rend malade, l’école rend abruti ». C’était il y a une quarantaine d’années, tout cela reste très pertinent.

Mais ce projet est totalitaire car les révolutionnaires voulaient refaire la société, là c’est encore pire, dans ce projet de croissance et de productivisme, il s’agit de recréer l’ensemble de la nature. La nature est très mal faite, elle est imparfaite, elle n’est pas guidée par un plan d’ingénieur - je ne suis pas du tout créationniste -   il y a beaucoup de déchets, tout cela est sale et puant et donc refaire entièrement la nature et donc la société aussi, est un projet qui va couvrir l’ensemble des domaines, pas simplement le domaine politique entre les humains, mais on le voit bien avec les biotechnologies le transhumanisme etc. Enfin, le scientisme, le positivisme abruti d’Auguste Comte avec les technologies magnifiques dont on dispose actuellement va tout recréer, tout recréer, tout re-fabriquer et tout vendre, selon des méthodes rationnelles scientifiques et incontestables.  Donc on peut appeler ça évidement un projet totalitaire, puisqu’on ne peut pas aller beaucoup plus loin.  

Enfin, le dernier attribut de ce modèle productiviste ou croissantiste,  c’est l’ignorance des limites. Il n’y a pas de limites à l’opérationnalité du monde, ni à la croissance économique au sens du PIB bien entendu, puisque partout dans le monde, et tous les partis de droite et de gauche recherchent cette croissance comme la clef de tous nos problèmes : le déficit de l’Etat, le trou de la sécu, le chômage, tout cela va être résolu lorsque l’on va retrouver la croissance. L’idée c’est de retrouver un âge d’or des trente glorieuses, entre les années 45 et 75 pour être rapide. Donc le productivisme est le premier modèle du monde, celui qui est hégémonique dans le monde entier : 99 % Des politiciens des économistes, des sociologues, des psychologues, même des scientifiques, des citoyens…. pensent en effet que la croissance c’est bon et qu’il faut la retrouver. Eh bien, la croissance cela n’a pas de limites, cela n’a pas de frontières, c’est ce qu’Aristote pourrait appeler l’hybris c’est la démesure l’illimitation comme dit Alain Caillé par exemple dans certains de ces livres.  Alors qu’évidemment,  ce modèle est daté à la fois géographiquement et historiquement, il est complètement contingent. Ce n’est pas une espèce de nature sociale ou psychologique  de l’humanité qui se révélerait. Pas du tout. Et de même, quand on regarde sur 10 000 ans ou sur 100 000 ans, car il faut se placer dans le cadre anthropocénique en effet de la très longue durée, eh bien, ce modèle est tout à fait récent et réservé à un petit nombre de gens  depuis, disons un siècle et encore, la religion de la croissance ne date même pas du 19ème.

   

Le modèle de la décroissance

Alors, un autre modèle tend plus ou moins à exister dans tous les domaines pas simplement dans le domaine économique qui n’est qu’une partie du grand tout, disons de Gaïa, en tout cas du système Terre, c’est celui de la décroissance ; le modèle que j’ai appelé Augustinien car Saint Augustin a dit dans son sermon 81 paragraphe 8 en décembre 410 :   « Le monde est comme un homme : il nait, il grandit et il meure » et donc « tout ce qui croît décroîtra », en fait il n’y a pas d’infinité (…) L’infiniment petit ou l’infiniment grand, cela existe dans le monde platonique ou platonicien des mathématiciens, et fort heureusement, car on est pour les univers extraordinaires et des constructions, disons neuronales tout à fait fines. Mais, dans le monde réel de la matière, le plus grand nombre que l’on puisse plus ou moins évoquer par exemple, c’est le nombre de neutrons de l’Univers qui doit être de 1080, 1090 si vous voulez, je ne suis pas évidemment à dix ordres de grandeur près, mais tout est fini. Et tout ce qui croît par conséquent - on dit parfois  pour se donner l’air savant "tout ce qui croît de manière exponentielle" – les exponentielles n’existent pas dans la nature, les exponentielles deviennent courbées ou plus ou moins asymptotiques, ou même elles retombent. Et d’ailleurs dans ce modèle ce qui est important de dire, tout ce qui croit, et beaucoup de choses croissent, y compris les êtres humains atteignent un maximum puis décroissent. Et certains de mes amis pensent qu’en effet tout décroît.  

Il y a plein d’exemples, par exemple la production d’acide borique en Toscane. Elle montre une décroissance, elle a beaucoup cru dans les années 1900- 1920 (L’acide borique cela sert à faire notamment à faire des collyres pour les yeux). Et puis, elle a atteint en pic, un sommet vers 1940 et maintenant, depuis 70 ans elle décroît. (…)

On voit des courbes en cloche : (…) au début cela croît puis, il y a un maximum, puis cela décroît (ici Yves Cochet montre de telles courbes à son auditoire). (…) 

Voici par exemple la production de phosphate pour l’agriculture notamment, de phosphates minéraux,  car le phosphate organique, le guano comme on dit, il est déjà cuit, il est fini. Les phosphates minéraux, dont le Maroc est quasiment le seul producteur mondial (90 % du phosphate). Or, comme vous le savez, le phosphate est très important en agriculture, cela fait partie des trois éléments fondamentaux FDK comme on dit en chimie,  s’il n’y a pas de phosphates,  les rendements diminuent. (…)

Ça c’est la décroissance des baleines (…), bon, maintenant elles sont plus ou moins protégées (Yves cochet montre le graphique) Il y avait évidemment beaucoup de production d’huile de baleine avant la découverte du pétrole industriel, pour l’éclairage et puis des baleines pour les corsets féminins au 19ème siècle, maintenant c’est moins utilisé.

En fait, des courbes en cloches comme ça, on peut en faire pratiquement pour tout, y compris pour les sociétés. (…) Les sociétés elles-mêmes dans ce qu’on pourrait  appeler leur  plénitude.

Ça c’est une courbe d’un philosophe, en fait il est archéologue américain, Joseph Tainter. Les sociétés croissent, (…) là vous avez les bénéfices de la croissance, puis là au contraire, les dégâts. Et puis à partir du moment où les dégâts commencent à être un peu plus forts que les bénéfices, eh bien elles ne croissent pas.

On peut penser à l’empire romain, qui a mis du temps à croître mais qui a mis du temps à décroitre aussi.  Il y a l’île de Pâques, les Maya et toutes les sociétés qui ont désormais disparu.   

Il en sera de même dans un livre tout récent de Naomi Oreskes, professeure d’histoire des sciences à Harvard,  dont le livre a été traduit  récemment en Français. Je vous le recommande, cela s’appelle " L’effondrement de la civilisation occidentale". Elle pense qu’il y en a pour quelques décennies. Moi, je suis un peu plus pessimiste qu’elle je pense que c’est moins que cela, mais bon, on n’est pas à une décennie près. (…)

Autre exemple de ce modèle augustinien, de ce modèle en cloche : Le Peak Oil, c’est-à-dire le pic de production de pétrole depuis 1881, le pétrole est évidemment en production croissante et puis cela va décroître et cela va beaucoup changer le monde.

Il y a des gens qui n’y croient pas à ce Peak Oil, (…) par exemple l’AIE, Agence Internationale de l’Energie, qui est un organe de l’OCDE, ce sont des gens extrêmement sérieux, ils sont plusieurs centaines, des économistes, des géologues, des pétroliers, des savants ne croient pas du tout au Peak Oil, ne croient pas du tout à la décroissance de la production de pétrole. On le voit bien sur cette courbe, jusqu’en 2035, vous voyez cela croît sans arrêt.   C’est un fantasme, mais cela existe des gens y croient et font des politiques publiques ou économiques basées sur ce modèle. (…)

Vous avez compris le modèle augustinien, modèle de décroissance qui fait que tout ce qui croît décroîtra, mais la décroissance est également, au sens plus métaphorique, un projet de société, une société plus sobre plus frugale que celle de maintenant qui n’en a plus pour longtemps.

       

Modèle de rupture, modèle discontinuiste

Dans les deux premiers modèles que j’ai présentés, on a l’impression que l’Histoire, à part quelques accidents comme les guerres mondiales, se déroule de manière assez continue. Il y a des évolutions, bien sûr, sans arrêt il y a des changements. Au contraire dans le modèle que j’appelle discontinuiste ou le modèle de rupture, l’Histoire est essentiellement caractérisée par des ruptures brutales : quelques mois, quelques années, quelques décennies et puis après, il y a évidemment des périodes d’évolution lentes où le modèle habité par l’esprit des gens et puis le modèle réel des comportements ne changent pas beaucoup.  

Là, je vais adopter un vocabulaire qui rejoint le vôtre mais qui est  peut-être moins « sciences humaines » et plus « sciences physiques », c’est un peu mon origine, sciences dures comme on dit parfois - comme si les sciences humaines étaient molles - qui est le vocabulaire des systèmes dynamiques, évolutifs.  On ne parle pas là de frontière, de limites on peut en parler, mais on parle de transition de phase ou de seuils, qui sont des mots extrêmement précis dans les sciences physiques. Par exemple, en voilà une qui a eu lieu en 4 jours entre le 8 et le 12 juillet 2012 (Yves Cochet montre à l’assistance les photos en cause). Ce sont des images satellite de la Nasa sur le Groenland, sur la calotte glaciaire du Groenland. Ce qui est en blanc, c’est la glace du Groenland et puis ce qui n’est plus en blanc quatre jours après, (ce n’est pas que toute la glace avait fondu, c’est la glace superficielle qui a fondu).  C’est la première fois que cela arrive, la Nasa a découvert cela il y a un peu moins de deux ans. C’est une transition de phase, typiquement, parce que l’eau a plusieurs phases, il y a la phase solide : que l’on appelle la glace, il y a la phase liquide et puis il y a la phase vapeur d’eau. Ça se passe de manière très brutale, entre la glace et l’eau ou bien entre l’eau et puis la vapeur à 100 C°. Là  aussi, cela a été très brutal en quatre jours, on est passé d’une phase solide à une phase liquide.  

Une autre image tirée d’un article qui est paru dans Nature, le 6 juin 2012, il y a deux ans, publié par une trentaine d’écologistes climatologues et autres océanographes menés par Antony Barnosky le titre de cet article « Approching a state shift in earth’s biosphere  ».  Donc c’est un changement global du Système Terre. Ce n’est plus par exemple la glace du Groenland qui va fondre un peu, c’est un changement global qu’ils représentent par une courbe (Yves Cochet montre la courbe, qui après différentes évolutions présente un changement brutal en 2045).  (…) Ils disent 2045, Naomie Oreskes dit plutôt 2073, je crois, elle est très précise. (…) Pendant quelques siècles, mais bien avant c’était pareil, l’évolution était darwinienne peut-on dire,  mais bientôt il y a un changement d’état brutal, on passe, comme dirait mon ami René Thom, dont vous connaissez peut-être les travaux,  on passe dans une catastrophe de type pli ou fronce. On passe d’un étage à un autre, brutalement, sans qu’il y ait continuité. Il y a une discontinuité extrêmement rapide. Comme le Sahara est passé d’un état de luxuriance végétale, il y a à peu près 7 000 ans,  à un désert maintenant.   Il pourrait en être la même chose, on l’a vu pour le Groenland, de l’Amazonie,  cela peut être extrêmement rapide ces changements et non pas lent au sens géologique du terme (…)  

Pour formaliser ce que peut-être un changement brutal dans cette, à la fois, métaphore et en même temps modèle opérationnel où l’on peut, en fixant certains paramètres faire des simulations de l’évolution d’un système, pas prédictifs au sens déterministe du terme mais en tout cas des modèles disons de prospective (…)    

En voilà un par exemple, où l’on voit ce que l’on appelle un bassin d’attraction, (Yves Cochet montre un graphique et explique que les systèmes sont attachés à un bassin d’attraction dont ils ne s’éloignent pas sous l’effet de faibles perturbations). (…) Ce sont des modèles qui sont liés à ce qu’on appelle maintenant, c’est vaguement  à la mode,  la résilience. Tous les systèmes, aussi bien notre organisme, même une  cellule ou bien alors le système Terre, la biosphère dans son ensemble ou le système capitaliste si vous voulez dire ça comme ça, sont soumis à des perturbations, mais les perturbations ne sont pas suffisamment fortes pour les faire changer de bassin d’attraction. Là donc typiquement ce modèle n’a qu’un seul bassin d’attraction. Il bouge un petit peu. Mais sous l’effet du temps, les conditions peuvent changer, les conditions climatiques par exemple peuvent changer, mais plein d’autres conditions, économiques, sociales que sais-je…. Ce système peut… (sous-entendu : changer de bassin d’attraction), les conditions ayant changé.  Le même système n’est pas simultanément dans deux états (explications liées au dessin) : il n’y a que dans les états quantiques où l’on peut avoir éventuellement ça et encore. (…)  

C’est pour montrer qu’ici se forme un autre bassin d’attraction et que si il y a une perturbation assez forte, le système va passer de ce bassin-là à ce bassin-là, mais très rapidement. L’idée c’est celle du changement brutal, de la rupture, et non pas d’un changement lent.  

Il y a un homme que j’aime beaucoup qui s’appelle David Korowicz  qui a été physicien et qui fait maintenant des modèles de discontinuité pour les assurances, car en ce qui concerne la discontinuité du monde, à une petite échelle, locale, ou à une grande échelle pour le système Terre comme ce que dit Barnosky,  ceux qui s’intéressent le plus à cela, ce sont vaguement les écologistes, les politiciens ne s’intéressent pas du tout à cela, il sont dans le modèle croissantiste continuiste. (…) Et donc ceux qui s’y intéressent le plus sont les militaires et les assureurs et même les réassureurs, notamment Unitré par exemple s’intéressent beaucoup à cela. Donc il (David Korowicz) travaille pour les compagnies d’assurance, pour faire des modèles, non pas de prévisions exactes, mais disons de prospective. Il a fait un modèle comme cela pour montrer qu’il y a des infrastructures critiques. Il y en note à peu près quatre ou cinq. Là c’est l’énergie, là ce sont les communications, là c’est la bureaucratie, là c’est l’eau et puis là c’est le système financier. Il regarde les liens entre ces systèmes du monde. En fait ils sont maintenant tellement connectés dans la mondialisation que même le prix de la vache à Saint Aubin d’Aubigné en Ile et Vilaine dépend évidemment du marché mondiale de la viande de bœuf.    

Il a essayé de simuler ce qui pouvait se passer selon certaines conditions. Je vous invite à lire David Korowicsz. Vous trouverez ses publications dans une association dont il fait partie, c’est un irlandais, qui s’appelle  Feasta  (The fondation for the Economics of Sustainability). Il a écrit trois ou quatre polycopiés notamment pour les compagnies d’assurance, et c’est public. C’est un peu technique car encore une fois, il est physicien, mais c’est assez impressionnant et nous partageons un certain pessimisme teinté d’espoir.  

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Quelques livres sur le concept d’effondrement

Effondrement Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie : Jared Diamond, 648 p. Editions Gallimard, 2008. Titre original : Collapse : How societies chose to fail or succed. Traduction française d’Agnès Botz et de Jean-Luc Fidel.    

Requiem pour l’espèce humaine : Clive Hamilton, Editions : Presses de Science Po, 250 p, traduit par Françoise Gicquel et Jacques Treiner.   

Effondrement des sociétés complexes :  Joseph A Tainter, 318 p, Editions Le Retour aux sources, Paris, 2013, titre original : Collapse of complex societies, (1988)    

L’effondrement de la civilisation occidentale : Erik M. Conway et Naomi Oreskes, 128 p.  Editions les liens qui libèrent, 2014.

Sur ce sujet on peut également écouter l’émission suivante avec Clive Hamilton et Jacques Treiner (émission particulièrement orientée sur les questions climatiques) Entretien avec la revue Format, reprise en français par le site Le Nœud Gordien. Le rapport du club de Rome « the limits of growth » fut publié en France sous le titre Halte à la croissance lui donnant un aspect polémique et cristallisant l’opposition d’un certain nombre d’économistes plus conventionnels.

Le livre de Hugues Stoeckel « La Faim du monde »   Max Milo éditions, présente sur ces questions beaucoup d'intéret.  Voir aussi cette vidéo au cours de laquelle Hugues Stoeckel  n’exclut pas de tels scénarii.      

Par A partir d'une conférence d'Yves Cochet - Publié dans : Société
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Mercredi 8 octobre 2014 3 08 /10 /Oct /2014 16:04

Quel rapport entre l'augmentation régulière de la population en France, clairement énoncée comme un phénomène positif par tous nos responsables politiques de droite comme de gauche, et la nouvelle taxe foncière sur les terrains constructibles ? A priori rien … sauf que cette taxe a été conçue par les Pouvoirs publics comme une incitation pour les propriétaires à vendre leur bien afin que nous disposions collectivement de plus d'espace pour construire les logements rendus nécessaires du fait d'un nombre croissant de personnes vivant sur nos territoires.

C'est une manière de contourner le signal prix émis par le marché qui valorise à la hausse ce qui devient moins disponible … Ce qui est rare est cher : autrement dit, le marché par le jeu de l'offre et de la demande nous fait comprendre, en faisant de telle sorte que les prix des terrains deviennent inaccessibles pour la plupart d'entre nous, qu'il y a une inadéquation entre notre espace, notre nombre et notre façon d'occuper les territoires . Que font alors les Pouvoirs publics ? Ils cassent le thermomètre en amenant les propriétaires à céder leurs parcelles de terrains dans un délai très court aux fins de créer une baisse artificielle et provisoire du prix du foncier.

La manœuvre a un coût, et c'est le droit de propriété qui en fait d'abord les frais. Car comment ne pas voir qu'une taxe foncière, à payer chaque année, qui sera multipliée par plus de 30 selon les calculs du fiscaliste Florent Belon (1) aboutit à obliger beaucoup de propriétaires à mettre leur bien sur le marché. Une sorte de communisme 2.0 … qui illustre à son tour que lorsque la population augmente, nos droits diminuent ! (2).

Mais il y a encore plus grave que cette remise en question subreptice du droit de la propriété. C'est la volonté d'ignorer absolument le signal qu'envoie le marché quand ce dernier nous fait sentir que nous touchons aux limites de notre biotope. Alors que la prise en compte du signal prix pourrait nous amener à envisager de diminuer notre nombre et d'arrêter de nous entasser dans des villes tentaculaires ingérables écologiquement, des bidouilles – comment les qualifier autrement ? -  sont mises en place pour que momentanément nous ayons l'illusion de pouvoir être toujours plus nombreux dans des zones urbanisées toujours plus gigantesques sans en payer le prix. Bref la croissance des biens et des hommes est la priorité, la seule priorité, quitte à oublier les vieilles valeurs juridiques de nos sociétés, quitte à contourner les règles d'un marché libre et non faussé.

Mais il est vrai, et peut-être un peu dommage, que la culture politique des écologistes (3) ne les portent pas à utiliser le marché ou le droit de propriété comme des instruments pour endiguer l'hubris de notre société de croissance.

_________________________________________________________________________________ 1 : « Prenons l'exemple d'un terrain de 1 000 m2, dont la valeur locative est actuellement de 300 euros. En 2015, la valeur locative sera de 300 + 300 x 25 %  + 1 000 x 5 euros, soit 5 375 euros. La loi prévoit aussi qu'à partir de 2017, la majoration sera de 25 % + 10 euros par m2. Soit dans notre exemple une valeur locative de 10 375 euros. "Sur ces bases, en prenant un taux de taxe foncière non bâtie de 40 %, ce qui se pratique couramment, la taxe qui était de 120 euros en 2013, grimpera à 2 150 euros en 2014 et 2015 et 4 150 euros en 2016", calcule Florent Belon fiscaliste chez Fidroit. » In « Un nouveau sujet de grogne fiscale monte dans les campagnes » ( Le Monde.fr du 07.11.2013.) Voir aussi « Taxe foncière : les terrains constructibles en zone tendue surtaxés en 2015 » sur Le particulier.fr 

2 : Sur ce thème, voir  l'article de Didier Barthès  « Un droit contre tous les autres »  paru dans le récent livre « Moins nombreux Plus heureux » Ed. Sang de la Terre , 2014.

3 : Il convient de noter que cet artifice, construit autour d'une modification de la valeur locative des terrains constructibles, a été imaginé et élaboré par un gouvernement socialiste avec un ministre du Logement se réclamant de l'écologie politique, à savoir Cécile Duflot.

Par Jean Bruguier - Publié dans : Economie
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Mardi 9 septembre 2014 2 09 /09 /Sep /2014 20:24

Comme d’autres, l’engagement en faveur de l’écologie donne lieu à de nombreuses dérives. Plusieurs d’entre elles tendent hélas, mais parfois à juste raison, à le déconsidérer aux yeux des personnes les plus sincères et les plus impliquées.

La plus évidente de ces raisons est la politisation dont le principal parti écologiste français nous montre trop souvent l’exemple (*). Le rattachement inconditionnel, et présenté comme naturel, à l’un des deux blocs de l’axe droite-gauche, s’accompagne à la fois d’une disparition des thèmes écologiques au profit des questions générales de sociétés et d’une coupure avec l’autre bloc où pourtant, la sensibilité aux questions environnementales a évidemment sa place. A ceci s’ajoute évidemment les ambitions personnelles qui brouillent le message et donnent une image peu reluisante de la mentalité écologiste. Oui, les écolos sont des hommes et des femmes comme les autres et la justesse de leurs engagements n’est gage ni de moralité ni  de désintéressement.

La seconde de ces dérives est le refus d’aborder certaines questions considérées comme taboues, la problématique démographique étant la première d’entre elle. Ce blocage mental, ou cette soumission à ce que l’on croit être le point de vue majoritaire des électeurs ne touche pas que les partis constitués, des personnes bénéficiant d’une aussi bonne image dans les milieux écologistes que Pierre Rabhi semblent avoir une aversion absolue pour l’évocation de ce sujet, comme si la Terre était infinie et comme si l’adoption d’un mode de vie particulier pouvait conduire à l’économie des questions quantitatives.

La troisième dérive est la désignation d’un certain nombre de boucs émissaires présentés comme responsables tous nos maux. Tout utilisateur écologiste (et dont les « amis » le sont aussi) du célèbre réseau Facebook peut en être le témoin permanent en recevant quotidiennement sur son « fil d’actualité » une impressionnantes quantité de dénonciations répétées et centrées autour de trois ou quatre « acteurs » diabolisés de nos sociétés. Parmi les acteurs économiques généraux : les banques, les compagnies pétrolières et les laboratoires pharmaceutiques. Parmi les acteurs économiques particuliers, la société Monsanto (semences, OGM) et la société Ferrero (fabricante du célèbre Nutella).

Ces critiques, sans être toujours infondées, loin de là, me semblent poser quatre problèmes.

- Elles touchent aussi les gens qui travaillent dans ces secteurs alors qu’il est bien improbable que ces personnes soient dotées d’une mentalité différente de la moyenne, ni les employés, ni les cadres ni même sans doute les actionnaires.

- Elles tendent à nier le tissu économique global et l’interdépendance de toutes nos activités,  ainsi par exemple les camions pollueurs et bruyants ne font que transporter les produits que par ailleurs nous désirons. Elles nient aussi certaines réalités comme par exemple la nécessité pour les acteurs des secteurs de l’énergie de manier de gigantesques sommes d’argent pour faire face aux contraintes de ces activités : On n’entreprendra jamais un forage à moins trois mille mètres sous les flots avec les économies d’un livret de Caisse d’Epargne.

- Elles laissent de côté la responsabilité du consommateur qui est pourtant bien le demandeur et  le consommateur final de tous ces produits et services mis au ban de la société. A nous exonérer ainsi de toute faute nous participons à l’infantilisation que par ailleurs nous dénonçons. Non, de gentils humains ne sont pas tous victimes d’une toute petite partie d’entre eux avides de profits au détriment de tous les autres. On ne peut à la fois défendre les humains et les considérer comme des marionnettes du consumérisme.

- Elles choisissent arbitrairement les bons et les méchants laissant curieusement inattaqués d’autres pans de nos activités tout aussi dommageables pour notre santé et pour l’environnement. L’exemple type est le tabac. Pour 100 dénonciations des OGM (dénonciation que j’approuve cependant) je n’ai décompté parmi les « posts » de mes « amis » facebook qu’une seule dénonciation du tabac dont on estime pourtant qu’il a fait plus de 100 millions de morts au cours d’un 20ème siècle qui en la matière ne devrait-être qu’une séance d’entraînement pour le 21ème (voir ici quelques données pour la France). 6 000 milliards de cigarettes seraient consommées (brûlées donc) chaque année dans le monde et cela laisse quasi indifférente la communauté écolo. Pourquoi ? 

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(*) J’établis ici une généralisation forcément injuste. Il va de soi que je présente le parti dans son ensemble et vise les positions de la majorité de ses dirigeants. Il y a évidemment au sein d’EELV de nombreuses personnes sincèrement engagées dans la défense de la nature et viscéralement attachées à la protection animale. Que ceux-ci veuillent bien excuser mes propos et en retenir le caractère global. Notons d’ailleurs que récemment sous l’impulsion de Michel Sourrouille, EELV a créé un atelier démographie en charge d’étudier ces questions. D’autre part,  un autre mouvement, le MEI (Les Ecologistes - Mouvement Ecologiste Indépendant)  d’Antoine Waechter a sur la question démographique des vues moins conventionnelles et plus réalistes, il en est de même de l’AEI (Alliance Ecologiste Indépendante).

Par Didier BARTHES - Publié dans : Société
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Lundi 18 août 2014 1 18 /08 /Août /2014 18:44

Depuis 1973 et la première crise du pétrole (1), l’énergie ne coule plus de source. Nous savons qu’elle a un prix, que ce prix peut augmenter et qu’un jour même, nous en manquerons (2). De cette prise de conscience naquirent et naissent encore toute une série d’exhortations à l’économiser. De la campagne de chasse au Gaspi qui fit entrer nos sociétés dans l’ère de l’infantilisation (3), jusqu’au récent programme de transition énergétique proposé en France par Ségolène Royal, les pouvoirs publics n’ont cessé de nous pousser à réduire nos dépenses en énergie tout  en nous incitant à consommer toujours plus. Cette prétention à concilier l’inconciliable : la croissance et la préservation des ressources, trouvera son oxymore parangon dans le concept de développement durable, médaille d’or des quêtes impossibles.  

Les incitations ont été multipliées, les aménagements fiscaux ont été nombreux, compliqués et contradictoires ; les primes elles-mêmes furent contre productives. La plus choquante fut sans doute  la prime à la casse qui conduisit, contre toutes  les règles de bon sens écologique, à réduire la durée de vie des automobiles, dont la construction nécessite pourtant beaucoup de matières premières et d’énergie. Bref une fois encore, le médiatique prit le pas sur l'intelligence et l'efficacité.  

Et si nous faisions fausse route ?  

Si au lieu de ces règles compliquées et par là coûteuses et parfois difficilement applicables, nous nous fixions comme axe, sinon unique, du moins largement prioritaire, une seule ligne de conduite: Augmenter le prix de l’énergie jusqu’à ce que l’économiser devienne effectivement rentable pour le particulier, pour l’entreprise et pour le pays dans son ensemble ? Souvent, aujourd’hui encore, les travaux d’économie ne sont jamais amortis, n’en déplaise à la propagande.  

Une telle orientation soulève quelques réticences : Mais comment vont faire  les gens si l’on augmente encore le prix de l’essence, du fioul, du gaz, de l’électricité ?  

Remarquons d’abord que cette question se posera de toute façon : Comment ferons-nous quand il n’y aura plus de pétrole ? Or, au cours de ce siècle, sans doute avant 2050, le pétrole manquera tout à fait ou du moins, ne sera plus disponible qu’en si faibles quantités qu’il deviendra négligeable dans le bilan économique global (peut-être pas sur le plan géopolitique). Quelques décennies plus tard, c’est le gaz qui, à son tour, fera défaut et seul le charbon offrira encore un peu de (polluante) résistance. Donc, augmenter le prix de l’énergie n’est pas créer pour les gens une nouvelle et insurmontable difficulté, il s’agit seulement de donner un peu plus tôt et partiellement - car l’augmentation du prix ne signifiera pas l’interdiction absolue d'en consommer - une image atténuée de ce qui, inéluctablement, surviendra un peu plus tard.  

D’autre part, on doit évidemment faire remarquer que les incitations fiscales ou les aides directes ne consistent qu’à donner d’une main ce que l’on reprend de l’autre, il faut bien financer ces mesures. « Comment feront les gens ? » dit-on, mais que je sache, il est encore plus impossible d’’échapper à l’impôt qu’à l’augmentation de l’essence, du fioul ou de l’électricité (l’on peut souvent rouler un peu moins, se chauffer un degré plus bas ou… mettre un pull).  

 Cette orientation unique : augmenter le prix de l’énergie, présenterait de nombreux avantages.

- Elle donnerait un cap et ferait comprendre la réalité du monde de demain : un monde de pénurie énergétique obligée. Tous n’en sont pas encore intimement persuadés. En ce sens, elle préparerait l’avenir et favoriserait un autre état d’esprit et donc une meilleure résilience face aux difficultés prévisibles de ce 21ème siècle.

- Plus simple, elle entrainerait de substantielles économies administratives et les inévitables injustices liées aux situations toujours particulières.

- Elle donnerait aux gens la possibilité de faire des arbitrages entre par exemple : le chauffage et le transport, le confort et la mobilité, un nouvel achat et des travaux d’isolation... Bref, elle rendrait à chaque foyer la main sur son mode de vie et développerait la responsabilité. 

- Elle règlerait assez facilement la question des résidences rarement occupées qui ne se trouveraient pas ainsi pris dans un carcan administratif tout à fait inutile.

- Elle inciterait évidemment lourdement à l’économie d'énergie et développerait les travaux d’isolation qui sont presque toujours d’origine locale, développant ainsi l’emploi partout en France.

Bien sûr, il est difficile de promouvoir un tel message, d’autant que le prix de l’essence, par exemple, est à la fois symbolique et souvent mal perçu (voir cet article). Pourtant cela me semble la seule direction raisonnable et pérenne. Peu à peu, quelques voix s’élèvent pour le réclamer. « Si l’on n’augmente pas le prix de l’énergie, on se dirige droit vers une dictature. » disait Marcel Boiteux ancien président d’EDF et en effet, les troubles qui pourraient naitre d’une mauvaise anticipation de la déplétion énergétique sont imprévisibles, nul ne peut exclure que des régimes autoritaires ne naissent des dégâts d’une telle impréparation.

________________________________________________________________________________________________

 

(1) En réalité la crise de 1973 ne fut pas réellement une crise de manque. Des raisons politiques et des ambitions de rééquilibrages économiques ont été déterminantes, néanmoins c’est en gros depuis cette période que le monde  occidental vit dans une crise larvée en ne réussissant pas à se débarrasser ni du chômage, ni des déséquilibres structurels des comptes publique et de l’endettement concomitant. Seule l’inflation semble pour l’instant avoir été contenue.  

(2) Une visite sur le site Manicore permet de faire un point sur la question.  

(3) Cette chasse au Gaspi fut en effet un modèle d’infantilisation Pourquoi Diable,  fallait-il inventer ce genre de choses - un personnage avec un entonnoir sur la tête - pour parler d’un problème sérieux ? Excellente illustration du recul de l’argumentation écrite et raisonnée au profit d’un audiovisuel simple à base de pictogrammes que l’on croirait destinés aux enfants de 5 ans. 

Par Didier BARTHES - Publié dans : Energie
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Jeudi 31 juillet 2014 4 31 /07 /Juil /2014 20:24

Selon une étude menée à l’université de Brunswick, il suffirait de recouvrir de panneaux solaires un carré de 254 kilomètres de côté pour satisfaire à l’ensemble des besoins mondiaux en électricité.  

La perspective est attrayante : une telle surface : 64 500 kilomètres carrés, un peu moins que l’Irlande, ne représente guère plus de quatre dix millièmes (0,04 %) des terres émergées, un bien petit sacrifice au regard de ce que nous infligeons à la planète pour assurer notre production d’énergie électrique. Adieu controversées centrales nucléaires, adieu polluantes centrales à charbon et disgracieuses éoliennes ?

Voyons en détail cette surprenante estimation.

La consommation mondiale d’électricité s’élève aujourd’hui à 23 000 térawattheures (TWh) par an soit 2,3 x 1016 Wh (1).

La production d’un panneau solaire dépend :

- de la quantité d’énergie reçue du soleil sous forme de lumière.

- de son rendement, c'est à dire de sa capacité à transformer cette lumière en courant électrique.

Le rayonnement maximum reçu par un panneau solaire de un mètre de côté est limité par la constante solaire qui est la puissance de rayonnement reçue, toutes longueurs d’ondes confondues, en provenance du soleil (à la distance de la Terre) sur une surface d'un mètre carré orientée perpendiculairement à ce rayonnement. Hors atmosphère terrestre, elle vaut environ 1 360 watts.

Si les panneaux sont posés sur le sol (2), la Terre étant sphérique, cette puissance doit être divisée par quatre (3). Le rayonnement solaire incident moyen par mètre carré est donc de 340 watts. Pour un rendement de 100 % et si l’atmosphère et les nébulosités n’en diminuait pas la capacité tel est le maximum que pourrait produire de telles installations : 340 wattheures par heure et par mètre carré soit un peu plus de 8 kilowattheures par jour.

Bien évidemment, les rendements des panneaux solaires sont loin d’atteindre 100 %. En retenant une valeur moyenne de 10 % (4), la production d’un panneau d’un mètre de côté peut donc être estimée à 34 wattheures  (340 Wh x 0,1) pour une période d’une heure, soit un peu moins de 816 wattheures par jour et donc environ 300 kWh (816 Wh x 365) pour un an.

Il suffit alors de diviser la consommation électrique mondiale par cette valeur pour trouver le nombre de mètres carrés de panneaux solaires nécessaires :

2,3 x1016 / 3 x105 = 7,7 x 1010 mètres carrés soit 77 000 kilomètres carrés, ce qui correspond à un carré de 277 kilomètres de côté. Nous sommes bien dans le même ordre de grandeur.

Un ordre de grandeur est d’ailleurs la seule chose à laquelle puisse prétendre ce genre de calcul. Trop d’éléments font appel à l’arbitraire ou pour le moins à une estimation globale.

- Le rendement des panneaux solaires (4).

- Leur taux de disponibilité.

- La prise en compte de l’énergie consommée pour la fabrication, la mise en place, l’entretien et le recyclage des installations. Le coût de cet ensemble souvent dénommé « énergie grise » ne peut être justement estimé sans une connaissance précise de la durée de vie de ces équipement, point qui se trouve justement discuté : 25, 30, 40 ans ?

- Le lieu d’implantation, pour des raisons de latitude et de météo.

- Les conditions de transfert de cette énergie vers les zones de consommation. Au niveau mondial, cette question est loin d’être négligeable.

Dans l’étude de l’université de Brunswick on envisageait une installation au cœur du Sahara pour bénéficier à la fois d’une latitude relativement basse, d’un climat sec et ensoleillé et d’une quasi absence de végétation ce qui limiterait l’atteinte écologique.

A ces sources d’interrogation s’ajoutent évidemment deux éléments essentiels

- La question du coût : à 432 € le panneau de 2 m2, l’étude évoque une facture globale d’investissement de 14 000 milliards d’euros ! Cela correspond à une dépense de 2 000 € par terrien ce qui est absolument rédhibitoire compte tenu du niveau de vie moyen de la majorité des habitants de la planète. Le coût d’un panneau fabriqué en telles quantités reste toutefois soumis à caution.

- Les problèmes géostratégiques que poserait une telle concentration des sources d’approvisionnement énergétique. On ne connaît que déjà trop bien l’effet conflictuel de l’inégale répartition des réserves pétrolières et gazières.

La dernière remarque peut toutefois être contournée si l’on considère, et c’est probable, qu’une telle étude vise moins à promouvoir le projet en l’état, qu’à fixer les ordres de grandeurs et à montrer que pour une surface utilisée minime, l’énergie photovoltaïque serait en mesure de répondre à nos besoins. Le « solaire » est d’ailleurs par nature une énergie décentralisée qu’il serait peut-être stupide de vouloir concentrer pour la diffuser ensuite partout sur la planète avec les difficultés et les coûts afférents. On pourrait plutôt imaginer de répartir une surface équivalente de panneaux sur les bâtiments existants de façon à réduire à néant toute nouvelle emprise humaine sur le milieu. Cela résoudrait également en partie la question des pertes liées à la distribution du courant électrique à longue distance, même si la multiplication des producteurs constitue une source importante de complexité pour le réseau. La question du recyclage des panneaux reste ouverte, toutefois les filières se mettent en place.

Savoir si le photovoltaïque est une bonne solution (hors des lieux isolés de tout réseau où son utilisation est facile à justifier) dépend donc de la bonne appréciation des facteurs suivants.

- Les quantités d’énergie grise déjà évoquées sont-elles correctement évaluées ? Les opposants avancent des chiffres très différents quant à l’intérêt des panneaux solaires, certains prétendent que globalement, un panneau coûte énergétiquement une fraction importante de ce qu’il rapporte, point de vue contesté par les acteurs du système qui annoncent une rentabilité énergétique à partir de 3 ou 4 ans pour une durée de vie prévisible de 25 ans au minimum !

- Les filières de recyclages sont-elles réellement efficaces et sont-elles généralisables à la quasi-totalité des produits effectivement mis en service ? Dans l’estimation proposée les quantités en cause sont énormes, environ 10 mètres carré de panneaux par personne.

- Les coûts écologiques des autres énergies sont-ils réellement supérieurs ?

- La fabrication, l’installation, l’entretien et le recyclage de tels panneaux sont-ils concevables sur de telles échelles dans un monde où le pétrole serait (sera ?) devenu rare et cher ? L’or noir reste la source d’énergie ultra dominante pour les transports (toute activité nécessite du transport) et la chimie du pétrole intervient dans la fabrication de nombreux composants des panneaux. Notons que cette remarque, qui est aussi une inquiétude, doit s’appliquer à toutes les autres formes d’énergie, nucléaire compris.

Cette approche globale permet donc de fixer les ordres de grandeur. Pour l’instant, en France, le solaire est largement subventionné auprès des particuliers notamment à partir d’une politique très favorable de rachat du courant produit, politique qui ne pourra être maintenue dès lors que ce type d’énergie se développera. Il faudra que le photovoltaïque assure sa propre rentabilité. N’oublions pas non plus que cette étude ne concerne que l’énergie électrique soit environ 18 % de la consommation finale d’énergie mondiale (voir ici les statistiques fournies par EDF). Il reste donc à trouver des solutions pour les 82 % restant. Toutefois, si une forme de production électrique s’avérait particulièrement satisfaisante, on peut imaginer que la part de l’électricité dans la consommation d’énergie finale augmenterait.

Ajoutons que la consommation d’électricité est de toute façon probablement amenée à augmenter fortement du fait de la croissance conjointe de nos effectifs - nous devrions passer de 7,2 milliards d’habitants aujourd’hui à 10,9 milliards en 2100  (+ 51 %) selon le scénario moyen de l’ONU - et de la consommation électrique par habitant qui globalement augmente avec l’élévation du niveau de vie, malgré les efforts effectués, notamment en Europe pour maîtriser la dite consommation. Notre  « grand carré bleu » verrait alors sa surface augmenter en proportion.

Un autre élément doit enfin être pris en compte : la nécessaire diversité des sources d’approvisionnement. Un mode unique de production fragiliserait nos sociétés, de façon générale la résilience suppose la diversité.

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(1) EDF indique sur son site une production  de 20 407 TWh en 2011. Le site Saga Science du CNRS propose 21 964 TWh pour 2011. Le site Enerdata indique pour 2013 la valeur de 22 600 TWh (au vu du graphique). Comme la production est plutôt sur une pente croissante nous retiendrons la valeur de 23 000 TWh  2,3 x 1016 Wh pour l’année en cours (2014). Un térawatt (mille milliards ou un billion de watts) vaut 1012 watts. 23 000 térawatts valent donc 2,3 x 1016 watts).

Rappel : l’unité d’énergie est le joule (J) qui correspond à une puissance de un watt appliquée (ou produite) pendant une seconde, un wattheure correspond donc à une puissance de un watt appliquée (ou produite) pendant une heure soit 3 600 joules, le kilowattheure de nos factures électriques vaut 1 000 wattheures ou 3,6 millions de joules. Le watt (W) est une unité de puissance, le wattheure (Wh) ou le joule (J) sont des unités d’énergie c’est-à-dire d’une puissance multipliée par un temps. Vous trouverez parfois l’orthographe wattheure, watt.heure ou watt-heure qui sont équivalentes, ainsi bien sûr que pour leurs multiples.

(2) Il est plus simple en effet d’imaginer des panneaux sinon posés sur le sol ou du moins parallèle à celui-ci. Toute autre configuration serait particulièrement complexe et coûteuse pour un projet de cette envergure. De plus, des panneaux installés sur des surfaces orientables se feraient de l’ombre les uns les autres dès lors que le soleil serait assez bas sur l’horizon.

(3) On divise une première fois par deux pour tenir compte de l’hémisphère dans la nuit et une seconde fois par deux parce que l’hémisphère éclairé présente lui-même une surface égale au double du disque de même diamètre interceptant la lumière solaire, la surface d’une sphère est d’ailleurs égale à 4 x Pi x R2 (R étant le rayon) soit 4 fois celle du disque correspondant. La surface d’un disque étant donnée par la formule : Pi x R2

(4) Dans cette estimation se situe évidemment la plus grande part d’arbitraire du calcul, EDF indique un rendement de 14,5 % pour des panneaux solaires cristallins du marché. Si l’on prend en compte l’obligation pour de grandes surfaces de réserver des espaces aux voies de communication, le fait qu’une partie du parc sera toujours indisponible et qu’une partie verra ses rendements baisser pour différentes raisons (vieillissement, ensablement, problèmes électroniques dans la chaîne de transmission…) l’évaluation d’un rendement à 10 % est peut-être même assez optimiste.

Par Didier BARTHES - Publié dans : Energie
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Mercredi 9 juillet 2014 3 09 /07 /Juil /2014 18:44

Au cours des dix dernières années l’homme civilisé s’est fait un nouvel ami : le  GPS ou Global Positioning systèm. Cet ingénieux procédé de localisation a su se rendre si indispensable que son usage militaire initial en est presque devenu anecdotique. Il est désormais dans notre quotidien (1). Avions,  bateaux, automobiles, téléphones portables, tout ce qui bouge a son GPS, les randonneurs et les cyclistes eux-mêmes, commencent à s’en équiper. Voyant un peu plus loin, les auteurs de science-fiction vont jusqu’à imaginer son insertion dans une micro puce sous cutanée qui permettrait à quelque Big Brother forcément bien intentionné, de connaître à toute heure, à toute seconde et au mètre près la position de chacun des dix milliards d’êtres humains que notre planète comptera bientôt. Quel progrès pour la sécurité ! Quel progrès pour la justice ! Quel progrès pour la productivité ! (2)

Cependant, malgré un goût marqué pour la géographie et une admiration réelle pour l’exploit technique que représente l’extrême sophistication de ce système (3), le GPS me parait avoir sa part d’ombre et jouer un rôle dans notre séparation croissante d’avec l’environnement.

On pourrait au contraire supposer que cette petite merveille qui situe son utilisateur par rapport au cadre naturel le plus évident, c’est-à-dire le sol de la planète, rapproche l’homme d’une perception plus vive du monde réel. En effet, et quoiqu’il ne présente pas toujours les résultats sous cette forme, le GPS pourrait réconcilier les hommes avec les concepts de longitude et de latitude, ou au moins plus largement, avec la cartographie. Chacun, grâce à lui, pourrait s’imaginer  dans la peau d’un explorateur digne des livres de Jules Vernes.

Las, il n’en est rien, tout au contraire.

Fini le plaisir pour le randonneur, carte IGN en poche, de deviner le terrain, d’associer les traits ou les détails de la carte aux réalités du monde, de suspecter l’ensoleillement ou de dessiner en lui-même les perspectives et les paysages au regard des seules courbes de niveaux, bref de se situer grâce à son intelligence et à son imagination : « Vous êtes là, ne cherchez pas, je pense pour vous » semble nous dire la petite boîte. Pareillement prise en charge, l’automobiliste a lui aussi tôt fait d’abandonner toute idée d’itinéraire. Il programme ses lieux de départ et d’arrivée et n’a plus qu’à choisir parmi d’autres, la voix la plus suave pour suivre la voie la plus courte.

Inutile pour lui de savoir que venant du nord il devra tourner à droite s’il veut aller vers l’ouest (4) le boîtier  pense et décide à sa place. « Tournez à droite dans 100 mètres, puis à gauche au rond-point...  ». Merveilleuse machine que vous pourrez contredire cent fois et qui jamais ne s’en offusquera (5). Par sa grâce, le monde se trouve réduit à un ensemble de vecteurs et de chiffres, présentés sur écran sous la forme de cartes simplifiées et de pictogrammes accessibles à notre esprit dessaisi afin de répondre instantanément à une demande pauvre mais pragmatique.

Par l’usage du GPS, l’homme abandonne toute vraie relation avec sa localisation, toute compréhension de son itinéraire, toute représentation mentale de la géographie et de son environnement. Il fait une confiance absolue au système, il lui demande un résultat sans se préoccuper du processus, en abandonnant dès l’instant toute maîtrise. De même qu’il n’est plus nécessaire de pêcher (de chasser, de cueillir….) pour manger, il n’est plus nécessaire de voir et de comprendre pour se déplacer. Nos machines ont supplanté nos muscles, elles supplantent maintenant notre cerveau sur un terrain de plus. Elles participent en cela à nous faire oublier le vrai terrain justement, celui de la planète. Elles nous éloignent de la matérialité du monde et cet éloignement dans toute ses dimensions est peut être la cause la plus profonde des problèmes écologiques. Nous ne respectons pas la nature et nous nous permettons de la détruire par ce que nous ne sommes plus en elle et n’y faisons plus attention. Nous n’avons plus avec elle que des relations médiatisées par une technologie dont nous avons même renoncé à comprendre le fonctionnement. Les économistes nous avaient déjà préparés à cette rupture en ne considérant dans le calcul des richesses que ce qui relevait du seul  travail des hommes, et en négligeant ce que la nature nous offrait. La technologie y a contribué plus encore en créant un cocon trop protecteur entre nous et les contraintes physiques du monde. Le GPS apporte une couche nouvelle, il est un vecteur de plus de cet éloignement, il constitue sous ses airs neutres et séduisants un symbole supplémentaire de notre divorce avec la nature.  

_______________________________________________________________   

(1) En particulier depuis que les autorités militaires américaines, après quelques atermoiements, aient, en l’an 2000, accepté de supprimer le brouillage qu’elles imposaient jusqu’alors pour interdire à d'autres puissances l’usage du GPS à des fins militaires. Ce brouillage limitait la précision de la localisation à 100 mètres environ. Aujourd’hui celle-ci atteint couramment moins de 10 mètres.

(2) Hélas, le point d’ironie manque  à la ponctuation.

(3) La prise en compte par exemple des effets relativistes est tout à fait impressionnante, il en est de même de l’analyse de troubles de la conduction des ondes électromagnétiques dans la haute atmosphère.

(4) Cette logique toute simple avait, il est vrai, déjà été mise à mal par les abominables échangeurs autoroutiers susceptibles de troubler le sens de l’orientation le plus aiguisé.

(5) Du moins jusqu’à ce que d’ingénieux informaticiens conseillés par de tout aussi ingénieux psychologues considérant la nécessité de mettre un peu d’humain dans l’affaire n’insèrent  dans les logiciels de synthèse vocale des remarques acerbes sur l’incompétence du conducteur. On peut évidemment broder à l’infini sur ce thème, jusqu’à simuler les plus subtiles scènes de ménage entre la machine et son propriétaire, laissant vite de côté l’origine cartographique du conflit.

Par Didier BARTHES - Publié dans : Billets d'humeur
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