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Mardi 21 octobre 2014 2 21 /10 /Oct /2014 18:44

Yves Cochet, ancien ministre de l’environnement, propose une structure intéressante de notre représentation du monde en trois ensembles de pensées : le modèle de  croissance, le modèle de décroissance et le modèle de rupture. Voilà sans doute une analyse en avance sur son temps qui n’hésite pas à regrouper gauche et droite dans le même ensemble « croissanciste » quand notre vie politique continue à les séparer et à en faire une ligne de fracture fondamentale, alors que, globalement, les deux camps s’arcboutent sur le même refus des limites et la même négation de la nature.

Yves Cochet rappelle avec raison qu’il n’existe pas d’exponentielle (durable) dans la réalité, seul le monde virtuel des mathématiques permet d’envisager ce genre de choses.  

Mettre sur le même niveau les théories de la  décroissance marque également un certain courage. Cela revient à donner à cette école de pensée, à laquelle sans doute le monde finira bien par devoir se rallier, une légitimité toute aussi grande que celle accordée aux  partisans, pourtant ultra-majoritaires du premier modèle. Yves Cochet souligne d’ailleurs malicieusement nos contradictions en faisant remarquer que selon les circonstances, il nous arrive de nous  référer à l’un ou à l’autre des deux modèles. La contradiction est flagrante, mais sans doute est-ce inhérent à la pensée.

Allant plus loin que ce qui, pourtant, ne semble toujours pas acquis par la majorité d’entre nous (c’est-à-dire l’inéluctabilité de la décroissance), le député évoque enfin dans son troisième ensemble : les concepts de  ruptures et de discontinuités. C’est là un apport nécessaire car beaucoup des tenants de la décroissance, malgré leur originalité et certaines remises en cause fondamentales, se plaisent à rêver d’une décroissance progressive et douce. L’évolution du monde n'a généralement pas suivi cette règle rassurante. Des effets de seuils conduisent souvent à des changements brutaux et à la mise en place rapide d’autres équilibres. On constate d’ailleurs dans la littérature d’aujourd’hui le développement des thèses consacrées au concept d’effondrement (voir la bibliographie après la retranscription). Ce qui relevait jusqu’alors presque exclusivement du domaine de la science-fiction commence à être pensé et à entrer dans celui du plausible. Yves Cochet cite l’ouvrage de Naomi Oreskes (L’effondrement de la civilisation occidentale) mais Jared Diamond (Effondrement) l’a également évoqué.

Vous trouverez ici une vidéo de l’intervention d’Yves Cochet en mai 2014 lors de la 7ème séance du séminaire  « La liquéfaction des frontières » :  Temps, droit et argent contre espace et matière, organisé par Christopher Pollmann, professeur des universités, pour le Collège international de philosophie en partenariat avec les Amis du Monde. Dans la vidéo suivante : De la croissance à la rupture Yves Cochet répond aux questions et développe son propos. Ces deux vidéos ont été mises en ligne par « Devenons Citoyens ».

Ci-dessous, la retranscription du discours d'Yves Cochet (première vidéo). Retranscription aussi fidèle que possible, seuls ont été omis quelques éléments de description des graphiques ainsi que quelques phrases de liaison ou propos liés à la présence du public ou d'autres intervenants.         

Retranscription de l’intervention d’Yves Cochet

 

Trois modèles du monde

Le premier modèle, le plus rapidement exposé sera le modèle de croissance dont on peut dire qu’il ne se fixe aucune limite et aucune frontière.  

Le deuxième sera un modèle de décroissance qu’on peut également appeler le modèle augustinien (de Saint Augustin) qui peut-être résumé par l’aphorisme : « tout ce qui croît décroitra ».

Enfin un troisième modèle : Le modèle de rupture ou modèle discontinuiste qui parlera des frontières brusques.

 

Le modèle de croissance.  

Le modèle de croissance qu’on peut appeler également le modèle productiviste. Quand je parle de modèles ce sont des modèles mentaux, ce sont des modèles qui nous habitent et auxquels on adhère même parfois de façon contradictoire, dans la mesure où notre esprit, selon les circonstances peut être tenté d’adopter tel modèle, par exemple le modèle de croissance, et parfois dans d’autres circonstances, un autre,  ou en tout cas se poser des questions sur d’autres modèles. Mais ce sont des modèles mentaux qui donnent d’ailleurs lieu à des politiques publiques extrêmement décidées, qui changent la vie dans un sens ou dans un autre de centaines de millions de personnes. Donc ce n’est pas du tout innocent d’avoir des modèles en tête, c’est une sorte de croyance. (…..)  

Ce modèle productiviste est assez connu donc je ne vais pas y passer trop longtemps mais en donner quatre ou cinq attributs. C’est une croyance extrêmement profonde depuis une cinquantaine d’années dans les sociétés occidentales et maintenant dans les sociétés autres que purement occidentales, par exemple en Chine, au Brésil, dans ce qu’on appelle les Brics parfois pour désigner quelques pays non occidentaux.  

Le premier attribut de ce modèle c’est l’hégémonie de l’économie. Alors c’est évidemment une tradition à la fois libérale et marxiste, où les uns comme les autres pensent que l’économie est - je reprends le slogan – « déterminante en dernière instance ». Certes, il y a d’autres attracteurs des comportements et des visions du monde, mais à la fin, c’est l’économie qui détermine tout. On le voit bien avec, dans les médias, dans les propos même des philosophes, des sociologues,  des sciences humaines et des politiciens bien sûr. On a l’impression que l’économie réduit notre vie à un pur cycle entre les consommateurs et des producteurs. Il y a bien sûr un accompagnement dans ce modèle, une foi dans le progrès, mais jamais interrogé, le mot lui-même est laissé pour compte de tous les « on dit ». Le déroulement temporel est linéaire. C’est une vision des relations sociales agencées autour de la production et de la consommation. Et l’être humain atomisé,  liquéfié pourrait-on dire, n’est qu’un sujet produisant ou consommant et il est réduit par cette sorte de métonymie. Le bonheur, l’accomplissement de l’être humain est réduit par cette métonymie à cette fonction de producteur et de consommateur. C’est ça qui assure tous les plaisirs, voir les jouissances, la production ou la consommation. Certains appelaient ça, il y a un siècle et demi le fétichisme de la marchandise qui réifie les liens interpersonnels. Donc c’est le premier attribut de ce modèle : Tout à l’économie. Il est partagé à droite comme à gauche. Il n’est pas spécifiquement libéral dans la version triomphaliste actuelle qu’on peut appeler libérale productiviste ou néoclassique qui maintenant se propage  dans le monde. On sait bien que la Chine « communiste », entre guillemets, est très, croissanciste autant que le Japon, autant que les Etats-Unis, mais l’URSS d’hier était également très productiviste, très croissanciste.       

Certains évidemment, utilisent ce modèle en disant que c’est le marché qui va produire à la fois le bonheur et la croissance : c’est « toujours plus ». Ou d’autres, que ce sont les rapports de production et que c’est l’économie mais dans les rapports de production disons marxistes, qui va déterminer le bonheur mais toujours l’économique (modèle) partagé par la gauche et par la droite de manière très hégémonique dans  notre situation actuelle.  

Troisième attribut : dans ce modèle, il n’y aucune mention, ou presque, de la nature. La biosphère, Gaïa, la planète, le système Terre, tout cela n’existe pas. Ce n’est pas du tout une sorte d’oubli accidentel de ces modèles libéraux ou marxistes de la croissance, c’est une erreur profonde, on pourrait dire intrinsèque à l’architecture de ces deux grandes pensées historiques, le libéralisme et le marxisme sous toutes leur formes ; depuis la social-démocratie jusqu’au maoïsme le plus cru, la même chose pour le libéralisme.  La nature en fait est ignorée par ces pensées, à moins qu’elle ne soit considérée comme un ensemble de ressources inépuisables et disponibles pour l’accroissement des forces productives

Le cinquième attribut de ce modèle de croissance c’est un projet qu’on pourrait dire totalitaire - j’emploie des gros mots - puisque l’on peut qualifier de productiviste toute structure sociale, pas simplement le marché ou la planification, qui recherche la production et la productivité maximale, sans égard au contenu dont il s’agit ; que ce soit social, culturel, écologique. Cela peut être les marchés, cela peut être Général Motors, cela peut être l’agriculture, l’école, la santé, tout ce que vous voulez. Yvan Illich d’ailleurs en a  très bien parlé en montrant que ces structures productivistes qui recherchaient sans arrêt l’efficacité maximale étaient devenues contre productives. Il disait en gros : « le système de santé rend malade, l’école rend abruti ». C’était il y a une quarantaine d’années, tout cela reste très pertinent.

Mais ce projet est totalitaire car les révolutionnaires voulaient refaire la société, là c’est encore pire, dans ce projet de croissance et de productivisme, il s’agit de recréer l’ensemble de la nature. La nature est très mal faite, elle est imparfaite, elle n’est pas guidée par un plan d’ingénieur - je ne suis pas du tout créationniste -   il y a beaucoup de déchets, tout cela est sale et puant et donc refaire entièrement la nature et donc la société aussi, est un projet qui va couvrir l’ensemble des domaines, pas simplement le domaine politique entre les humains, mais on le voit bien avec les biotechnologies le transhumanisme etc. Enfin, le scientisme, le positivisme abruti d’Auguste Comte avec les technologies magnifiques dont on dispose actuellement va tout recréer, tout recréer, tout re-fabriquer et tout vendre, selon des méthodes rationnelles scientifiques et incontestables.  Donc on peut appeler ça évidement un projet totalitaire, puisqu’on ne peut pas aller beaucoup plus loin.  

Enfin, le dernier attribut de ce modèle productiviste ou croissantiste,  c’est l’ignorance des limites. Il n’y a pas de limites à l’opérationnalité du monde, ni à la croissance économique au sens du PIB bien entendu, puisque partout dans le monde, et tous les partis de droite et de gauche recherchent cette croissance comme la clef de tous nos problèmes : le déficit de l’Etat, le trou de la sécu, le chômage, tout cela va être résolu lorsque l’on va retrouver la croissance. L’idée c’est de retrouver un âge d’or des trente glorieuses, entre les années 45 et 75 pour être rapide. Donc le productivisme est le premier modèle du monde, celui qui est hégémonique dans le monde entier : 99 % Des politiciens des économistes, des sociologues, des psychologues, même des scientifiques, des citoyens…. pensent en effet que la croissance c’est bon et qu’il faut la retrouver. Eh bien, la croissance cela n’a pas de limites, cela n’a pas de frontières, c’est ce qu’Aristote pourrait appeler l’hybris c’est la démesure l’illimitation comme dit Alain Caillé par exemple dans certains de ces livres.  Alors qu’évidemment,  ce modèle est daté à la fois géographiquement et historiquement, il est complètement contingent. Ce n’est pas une espèce de nature sociale ou psychologique  de l’humanité qui se révélerait. Pas du tout. Et de même, quand on regarde sur 10 000 ans ou sur 100 000 ans, car il faut se placer dans le cadre anthropocénique en effet de la très longue durée, eh bien, ce modèle est tout à fait récent et réservé à un petit nombre de gens  depuis, disons un siècle et encore, la religion de la croissance ne date même pas du 19ème.

   

Le modèle de la décroissance

Alors, un autre modèle tend plus ou moins à exister dans tous les domaines pas simplement dans le domaine économique qui n’est qu’une partie du grand tout, disons de Gaïa, en tout cas du système Terre, c’est celui de la décroissance ; le modèle que j’ai appelé Augustinien car Saint Augustin a dit dans son sermon 81 paragraphe 8 en décembre 410 :   « Le monde est comme un homme : il nait, il grandit et il meure » et donc « tout ce qui croît décroîtra », en fait il n’y a pas d’infinité (…) L’infiniment petit ou l’infiniment grand, cela existe dans le monde platonique ou platonicien des mathématiciens, et fort heureusement, car on est pour les univers extraordinaires et des constructions, disons neuronales tout à fait fines. Mais, dans le monde réel de la matière, le plus grand nombre que l’on puisse plus ou moins évoquer par exemple, c’est le nombre de neutrons de l’Univers qui doit être de 1080, 1090 si vous voulez, je ne suis pas évidemment à dix ordres de grandeur près, mais tout est fini. Et tout ce qui croît par conséquent - on dit parfois  pour se donner l’air savant "tout ce qui croît de manière exponentielle" – les exponentielles n’existent pas dans la nature, les exponentielles deviennent courbées ou plus ou moins asymptotiques, ou même elles retombent. Et d’ailleurs dans ce modèle ce qui est important de dire, tout ce qui croit, et beaucoup de choses croissent, y compris les êtres humains atteignent un maximum puis décroissent. Et certains de mes amis pensent qu’en effet tout décroît.  

Il y a plein d’exemples, par exemple la production d’acide borique en Toscane. Elle montre une décroissance, elle a beaucoup cru dans les années 1900- 1920 (L’acide borique cela sert à faire notamment à faire des collyres pour les yeux). Et puis, elle a atteint en pic, un sommet vers 1940 et maintenant, depuis 70 ans elle décroît. (…)

On voit des courbes en cloche : (…) au début cela croît puis, il y a un maximum, puis cela décroît (ici Yves Cochet montre de telles courbes à son auditoire). (…) 

Voici par exemple la production de phosphate pour l’agriculture notamment, de phosphates minéraux,  car le phosphate organique, le guano comme on dit, il est déjà cuit, il est fini. Les phosphates minéraux, dont le Maroc est quasiment le seul producteur mondial (90 % du phosphate). Or, comme vous le savez, le phosphate est très important en agriculture, cela fait partie des trois éléments fondamentaux FDK comme on dit en chimie,  s’il n’y a pas de phosphates,  les rendements diminuent. (…)

Ça c’est la décroissance des baleines (…), bon, maintenant elles sont plus ou moins protégées (Yves cochet montre le graphique) Il y avait évidemment beaucoup de production d’huile de baleine avant la découverte du pétrole industriel, pour l’éclairage et puis des baleines pour les corsets féminins au 19ème siècle, maintenant c’est moins utilisé.

En fait, des courbes en cloches comme ça, on peut en faire pratiquement pour tout, y compris pour les sociétés. (…) Les sociétés elles-mêmes dans ce qu’on pourrait  appeler leur  plénitude.

Ça c’est une courbe d’un philosophe, en fait il est archéologue américain, Joseph Tainter. Les sociétés croissent, (…) là vous avez les bénéfices de la croissance, puis là au contraire, les dégâts. Et puis à partir du moment où les dégâts commencent à être un peu plus forts que les bénéfices, eh bien elles ne croissent pas.

On peut penser à l’empire romain, qui a mis du temps à croître mais qui a mis du temps à décroitre aussi.  Il y a l’île de Pâques, les Maya et toutes les sociétés qui ont désormais disparu.   

Il en sera de même dans un livre tout récent de Naomi Oreskes, professeure d’histoire des sciences à Harvard,  dont le livre a été traduit  récemment en Français. Je vous le recommande, cela s’appelle " L’effondrement de la civilisation occidentale". Elle pense qu’il y en a pour quelques décennies. Moi, je suis un peu plus pessimiste qu’elle je pense que c’est moins que cela, mais bon, on n’est pas à une décennie près. (…)

Autre exemple de ce modèle augustinien, de ce modèle en cloche : Le Peak Oil, c’est-à-dire le pic de production de pétrole depuis 1881, le pétrole est évidemment en production croissante et puis cela va décroître et cela va beaucoup changer le monde.

Il y a des gens qui n’y croient pas à ce Peak Oil, (…) par exemple l’AIE, Agence Internationale de l’Energie, qui est un organe de l’OCDE, ce sont des gens extrêmement sérieux, ils sont plusieurs centaines, des économistes, des géologues, des pétroliers, des savants ne croient pas du tout au Peak Oil, ne croient pas du tout à la décroissance de la production de pétrole. On le voit bien sur cette courbe, jusqu’en 2035, vous voyez cela croît sans arrêt.   C’est un fantasme, mais cela existe des gens y croient et font des politiques publiques ou économiques basées sur ce modèle. (…)

Vous avez compris le modèle augustinien, modèle de décroissance qui fait que tout ce qui croît décroîtra, mais la décroissance est également, au sens plus métaphorique, un projet de société, une société plus sobre plus frugale que celle de maintenant qui n’en a plus pour longtemps.

       

Modèle de rupture, modèle discontinuiste

Dans les deux premiers modèles que j’ai présentés, on a l’impression que l’Histoire, à part quelques accidents comme les guerres mondiales, se déroule de manière assez continue. Il y a des évolutions, bien sûr, sans arrêt il y a des changements. Au contraire dans le modèle que j’appelle discontinuiste ou le modèle de rupture, l’Histoire est essentiellement caractérisée par des ruptures brutales : quelques mois, quelques années, quelques décennies et puis après, il y a évidemment des périodes d’évolution lentes où le modèle habité par l’esprit des gens et puis le modèle réel des comportements ne changent pas beaucoup.  

Là, je vais adopter un vocabulaire qui rejoint le vôtre mais qui est  peut-être moins « sciences humaines » et plus « sciences physiques », c’est un peu mon origine, sciences dures comme on dit parfois - comme si les sciences humaines étaient molles - qui est le vocabulaire des systèmes dynamiques, évolutifs.  On ne parle pas là de frontière, de limites on peut en parler, mais on parle de transition de phase ou de seuils, qui sont des mots extrêmement précis dans les sciences physiques. Par exemple, en voilà une qui a eu lieu en 4 jours entre le 8 et le 12 juillet 2012 (Yves Cochet montre à l’assistance les photos en cause). Ce sont des images satellite de la Nasa sur le Groenland, sur la calotte glaciaire du Groenland. Ce qui est en blanc, c’est la glace du Groenland et puis ce qui n’est plus en blanc quatre jours après, (ce n’est pas que toute la glace avait fondu, c’est la glace superficielle qui a fondu).  C’est la première fois que cela arrive, la Nasa a découvert cela il y a un peu moins de deux ans. C’est une transition de phase, typiquement, parce que l’eau a plusieurs phases, il y a la phase solide : que l’on appelle la glace, il y a la phase liquide et puis il y a la phase vapeur d’eau. Ça se passe de manière très brutale, entre la glace et l’eau ou bien entre l’eau et puis la vapeur à 100 C°. Là  aussi, cela a été très brutal en quatre jours, on est passé d’une phase solide à une phase liquide.  

Une autre image tirée d’un article qui est paru dans Nature, le 6 juin 2012, il y a deux ans, publié par une trentaine d’écologistes climatologues et autres océanographes menés par Antony Barnosky le titre de cet article « Approching a state shift in earth’s biosphere  ».  Donc c’est un changement global du Système Terre. Ce n’est plus par exemple la glace du Groenland qui va fondre un peu, c’est un changement global qu’ils représentent par une courbe (Yves Cochet montre la courbe, qui après différentes évolutions présente un changement brutal en 2045).  (…) Ils disent 2045, Naomie Oreskes dit plutôt 2073, je crois, elle est très précise. (…) Pendant quelques siècles, mais bien avant c’était pareil, l’évolution était darwinienne peut-on dire,  mais bientôt il y a un changement d’état brutal, on passe, comme dirait mon ami René Thom, dont vous connaissez peut-être les travaux,  on passe dans une catastrophe de type pli ou fronce. On passe d’un étage à un autre, brutalement, sans qu’il y ait continuité. Il y a une discontinuité extrêmement rapide. Comme le Sahara est passé d’un état de luxuriance végétale, il y a à peu près 7 000 ans,  à un désert maintenant.   Il pourrait en être la même chose, on l’a vu pour le Groenland, de l’Amazonie,  cela peut être extrêmement rapide ces changements et non pas lent au sens géologique du terme (…)  

Pour formaliser ce que peut-être un changement brutal dans cette, à la fois, métaphore et en même temps modèle opérationnel où l’on peut, en fixant certains paramètres faire des simulations de l’évolution d’un système, pas prédictifs au sens déterministe du terme mais en tout cas des modèles disons de prospective (…)    

En voilà un par exemple, où l’on voit ce que l’on appelle un bassin d’attraction, (Yves Cochet montre un graphique et explique que les systèmes sont attachés à un bassin d’attraction dont ils ne s’éloignent pas sous l’effet de faibles perturbations). (…) Ce sont des modèles qui sont liés à ce qu’on appelle maintenant, c’est vaguement  à la mode,  la résilience. Tous les systèmes, aussi bien notre organisme, même une  cellule ou bien alors le système Terre, la biosphère dans son ensemble ou le système capitaliste si vous voulez dire ça comme ça, sont soumis à des perturbations, mais les perturbations ne sont pas suffisamment fortes pour les faire changer de bassin d’attraction. Là donc typiquement ce modèle n’a qu’un seul bassin d’attraction. Il bouge un petit peu. Mais sous l’effet du temps, les conditions peuvent changer, les conditions climatiques par exemple peuvent changer, mais plein d’autres conditions, économiques, sociales que sais-je…. Ce système peut… (sous-entendu : changer de bassin d’attraction), les conditions ayant changé.  Le même système n’est pas simultanément dans deux états (explications liées au dessin) : il n’y a que dans les états quantiques où l’on peut avoir éventuellement ça et encore. (…)  

C’est pour montrer qu’ici se forme un autre bassin d’attraction et que si il y a une perturbation assez forte, le système va passer de ce bassin-là à ce bassin-là, mais très rapidement. L’idée c’est celle du changement brutal, de la rupture, et non pas d’un changement lent.  

Il y a un homme que j’aime beaucoup qui s’appelle David Korowicz  qui a été physicien et qui fait maintenant des modèles de discontinuité pour les assurances, car en ce qui concerne la discontinuité du monde, à une petite échelle, locale, ou à une grande échelle pour le système Terre comme ce que dit Barnosky,  ceux qui s’intéressent le plus à cela, ce sont vaguement les écologistes, les politiciens ne s’intéressent pas du tout à cela, il sont dans le modèle croissantiste continuiste. (…) Et donc ceux qui s’y intéressent le plus sont les militaires et les assureurs et même les réassureurs, notamment Unitré par exemple s’intéressent beaucoup à cela.  Donc il (David Korowicz) travaille pour les compagnies d’assurance, pour faire pour faire des modèles, non pas de prévisions exactes, mais disons de prospective. Il a fait un modèle comme cela pour montrer qu’il y a des infrastructures critiques. Il y en note à peu près quatre ou cinq. Là c’est l’énergie, là ce sont les communications, là c’est la bureaucratie, là c’est l’eau et puis là c’est le système financier. Il regarde les liens entre ces systèmes du monde. En fait ils sont maintenant tellement connectés dans la mondialisation que même le prix de la vache à Saint Aubin d’Aubigné en Ile et Vilaine dépend évidemment du marché mondiale de la viande de bœuf.    

Il a essayé de simuler ce qui pouvait se passer selon certaines conditions. Je vous invite à lire David Korowicsz. Vous trouverez ses publications dans une association dont il fait partie, c’est un irlandais, qui s’appelle  Feasta  (The fondation for the Economics of Sustainability). Il a écrit trois ou quatre polycopiés notamment pour les compagnies d’assurance, et c’est public. C’est un peu technique car encore une fois, il est physicien, mais c’est assez impressionnant et nous partageons un certain pessimisme teinté d’espoir.  

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Quelques livres sur le concept d’effondrement

Effondrement Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie : Jared Diamond, 648 p. Editions Gallimard, 2008. Titre original : Collapse : How societies chose to fail or succed. Traduction française d’Agnès Botz et de Jean-Luc Fidel.    

Requiem pour l’espèce humaine : Clive Hamilton, Editions : Presses de Science Po, 250 p, traduit par Françoise Gicquel et Jacques Treiner.   

Effondrement des sociétés complexes :  Joseph A Tainter, 318 p, Editions Le Retour aux sources, Paris, 2013, titre original : Collapse of complex societies, (1988)    

L’effondrement de la civilisation occidentale : Erik M. Conway et Naomi Oreskes, 128 p.  Editions les liens qui libèrent, 2014.

Sur ce sujet on peut également écouter l’émission suivante avec Clive Hamilton et Jacques Treiner (émission particulièrement orientée sur les questions climatiques) Entretien avec la revue Format, reprise en français par le site Le Nœud Gordien. Le rapport du club de Rome « the limits of growth » fut publié en France sous le titre Halte à la croissance lui donnant un aspect polémique et cristallisant l’opposition d’un certain nombre d’économistes plus conventionnels.

Le livre de Hugues Stoeckel « La Faim du monde »   Max Milo éditions, présente sur ces questions beaucoup d'intéret.  Voir aussi cette vidéo au cours de laquelle Hugues Stoeckel  n’exclut pas de tels scénarii.      

Par A partir d'une conférence d'Yves Cochet - Publié dans : Société
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Mercredi 8 octobre 2014 3 08 /10 /Oct /2014 16:04

Quel rapport entre l'augmentation régulière de la population en France, clairement énoncée comme un phénomène positif par tous nos responsables politiques de droite comme de gauche, et la nouvelle taxe foncière sur les terrains constructibles ? A priori rien … sauf que cette taxe a été conçue par les Pouvoirs publics comme une incitation pour les propriétaires à vendre leur bien afin que nous disposions collectivement de plus d'espace pour construire les logements rendus nécessaires du fait d'un nombre croissant de personnes vivant sur nos territoires.

C'est une manière de contourner le signal prix émis par le marché qui valorise à la hausse ce qui devient moins disponible … Ce qui est rare est cher : autrement dit, le marché par le jeu de l'offre et de la demande nous fait comprendre, en faisant de telle sorte que les prix des terrains deviennent inaccessibles pour la plupart d'entre nous, qu'il y a une inadéquation entre notre espace, notre nombre et notre façon d'occuper les territoires . Que font alors les Pouvoirs publics ? Ils cassent le thermomètre en amenant les propriétaires à céder leurs parcelles de terrains dans un délai très court aux fins de créer une baisse artificielle et provisoire du prix du foncier.

La manœuvre a un coût, et c'est le droit de propriété qui en fait d'abord les frais. Car comment ne pas voir qu'une taxe foncière, à payer chaque année, qui sera multipliée par plus de 30 selon les calculs du fiscaliste Florent Belon (1) aboutit à obliger beaucoup de propriétaires à mettre leur bien sur le marché. Une sorte de communisme 2.0 … qui illustre à son tour que lorsque la population augmente, nos droits diminuent ! (2).

Mais il y a encore plus grave que cette remise en question subreptice du droit de la propriété. C'est la volonté d'ignorer absolument le signal qu'envoie le marché quand ce dernier nous fait sentir que nous touchons aux limites de notre biotope. Alors que la prise en compte du signal prix pourrait nous amener à envisager de diminuer notre nombre et d'arrêter de nous entasser dans des villes tentaculaires ingérables écologiquement, des bidouilles – comment les qualifier autrement ? -  sont mises en place pour que momentanément nous ayons l'illusion de pouvoir être toujours plus nombreux dans des zones urbanisées toujours plus gigantesques sans en payer le prix. Bref la croissance des biens et des hommes est la priorité, la seule priorité, quitte à oublier les vieilles valeurs juridiques de nos sociétés, quitte à contourner les règles d'un marché libre et non faussé.

Mais il est vrai, et peut-être un peu dommage, que la culture politique des écologistes (3) ne les portent pas à utiliser le marché ou le droit de propriété comme des instruments pour endiguer l'hubris de notre société de croissance.

_________________________________________________________________________________ 1 : « Prenons l'exemple d'un terrain de 1 000 m2, dont la valeur locative est actuellement de 300 euros. En 2015, la valeur locative sera de 300 + 300 x 25 %  + 1 000 x 5 euros, soit 5 375 euros. La loi prévoit aussi qu'à partir de 2017, la majoration sera de 25 % + 10 euros par m2. Soit dans notre exemple une valeur locative de 10 375 euros. "Sur ces bases, en prenant un taux de taxe foncière non bâtie de 40 %, ce qui se pratique couramment, la taxe qui était de 120 euros en 2013, grimpera à 2 150 euros en 2014 et 2015 et 4 150 euros en 2016", calcule Florent Belon fiscaliste chez Fidroit. » In « Un nouveau sujet de grogne fiscale monte dans les campagnes » ( Le Monde.fr du 07.11.2013.) Voir aussi « Taxe foncière : les terrains constructibles en zone tendue surtaxés en 2015 » sur Le particulier.fr 

2 : Sur ce thème, voir  l'article de Didier Barthès  « Un droit contre tous les autres »  paru dans le récent livre « Moins nombreux Plus heureux » Ed. Sang de la Terre , 2014.

3 : Il convient de noter que cet artifice, construit autour d'une modification de la valeur locative des terrains constructibles, a été imaginé et élaboré par un gouvernement socialiste avec un ministre du Logement se réclamant de l'écologie politique, à savoir Cécile Duflot.

Par Jean Bruguier - Publié dans : Economie
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Mardi 9 septembre 2014 2 09 /09 /Sep /2014 20:24

Comme d’autres, l’engagement en faveur de l’écologie donne lieu à de nombreuses dérives. Plusieurs d’entre elles tendent hélas, mais parfois à juste raison, à le déconsidérer aux yeux des personnes les plus sincères et les plus impliquées.

La plus évidente de ces raisons est la politisation dont le principal parti écologiste français nous montre trop souvent l’exemple (*). Le rattachement inconditionnel, et présenté comme naturel, à l’un des deux blocs de l’axe droite-gauche, s’accompagne à la fois d’une disparition des thèmes écologiques au profit des questions générales de sociétés et d’une coupure avec l’autre bloc où pourtant, la sensibilité aux questions environnementales a évidemment sa place. A ceci s’ajoute évidemment les ambitions personnelles qui brouillent le message et donnent une image peu reluisante de la mentalité écologiste. Oui, les écolos sont des hommes et des femmes comme les autres et la justesse de leurs engagements n’est gage ni de moralité ni  de désintéressement.

La seconde de ces dérives est le refus d’aborder certaines questions considérées comme taboues, la problématique démographique étant la première d’entre elle. Ce blocage mental, ou cette soumission à ce que l’on croit être le point de vue majoritaire des électeurs ne touche pas que les partis constitués, des personnes bénéficiant d’une aussi bonne image dans les milieux écologistes que Pierre Rabhi semblent avoir une aversion absolue pour l’évocation de ce sujet, comme si la Terre était infinie et comme si l’adoption d’un mode de vie particulier pouvait conduire à l’économie des questions quantitatives.

La troisième dérive est la désignation d’un certain nombre de boucs émissaires présentés comme responsables tous nos maux. Tout utilisateur écologiste (et dont les « amis » le sont aussi) du célèbre réseau Facebook peut en être le témoin permanent en recevant quotidiennement sur son « fil d’actualité » une impressionnantes quantité de dénonciations répétées et centrées autour de trois ou quatre « acteurs » diabolisés de nos sociétés. Parmi les acteurs économiques généraux : les banques, les compagnies pétrolières et les laboratoires pharmaceutiques. Parmi les acteurs économiques particuliers, la société Monsanto (semences, OGM) et la société Ferrero (fabricante du célèbre Nutella).

Ces critiques, sans être toujours infondées, loin de là, me semblent poser quatre problèmes.

- Elles touchent aussi les gens qui travaillent dans ces secteurs alors qu’il est bien improbable que ces personnes soient dotées d’une mentalité différente de la moyenne, ni les employés, ni les cadres ni même sans doute les actionnaires.

- Elles tendent à nier le tissu économique global et l’interdépendance de toutes nos activités,  ainsi par exemple les camions pollueurs et bruyants ne font que transporter les produits que par ailleurs nous désirons. Elles nient aussi certaines réalités comme par exemple la nécessité pour les acteurs des secteurs de l’énergie de manier de gigantesques sommes d’argent pour faire face aux contraintes de ces activités : On n’entreprendra jamais un forage à moins trois mille mètres sous les flots avec les économies d’un livret de Caisse d’Epargne.

- Elles laissent de côté la responsabilité du consommateur qui est pourtant bien le demandeur et  le consommateur final de tous ces produits et services mis au ban de la société. A nous exonérer ainsi de toute faute nous participons à l’infantilisation que par ailleurs nous dénonçons. Non, de gentils humains ne sont pas tous victimes d’une toute petite partie d’entre eux avides de profits au détriment de tous les autres. On ne peut à la fois défendre les humains et les considérer comme des marionnettes du consumérisme.

- Elles choisissent arbitrairement les bons et les méchants laissant curieusement inattaqués d’autres pans de nos activités tout aussi dommageables pour notre santé et pour l’environnement. L’exemple type est le tabac. Pour 100 dénonciations des OGM (dénonciation que j’approuve cependant) je n’ai décompté parmi les « posts » de mes « amis » facebook qu’une seule dénonciation du tabac dont on estime pourtant qu’il a fait plus de 100 millions de morts au cours d’un 20ème siècle qui en la matière ne devrait-être qu’une séance d’entraînement pour le 21ème (voir ici quelques données pour la France). 6 000 milliards de cigarettes seraient consommées (brûlées donc) chaque année dans le monde et cela laisse quasi indifférente la communauté écolo. Pourquoi ? 

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(*) J’établis ici une généralisation forcément injuste. Il va de soi que je présente le parti dans son ensemble et vise les positions de la majorité de ses dirigeants. Il y a évidemment au sein d’EELV de nombreuses personnes sincèrement engagées dans la défense de la nature et viscéralement attachées à la protection animale. Que ceux-ci veuillent bien excuser mes propos et en retenir le caractère global. Notons d’ailleurs que récemment sous l’impulsion de Michel Sourrouille, EELV a créé un atelier démographie en charge d’étudier ces questions. D’autre part,  un autre mouvement, le MEI (Les Ecologistes - Mouvement Ecologiste Indépendant)  d’Antoine Waechter a sur la question démographique des vues moins conventionnelles et plus réalistes, il en est de même de l’AEI (Alliance Ecologiste Indépendante).

Par Didier BARTHES - Publié dans : Société
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Lundi 18 août 2014 1 18 /08 /Août /2014 18:44

Depuis 1973 et la première crise du pétrole (1), l’énergie ne coule plus de source. Nous savons qu’elle a un prix, que ce prix peut augmenter et qu’un jour même, nous en manquerons (2). De cette prise de conscience naquirent et naissent encore toute une série d’exhortations à l’économiser. De la campagne de chasse au Gaspi qui fit entrer nos sociétés dans l’ère de l’infantilisation (3), jusqu’au récent programme de transition énergétique proposé en France par Ségolène Royal, les pouvoirs publics n’ont cessé de nous pousser à réduire nos dépenses en énergie tout  en nous incitant à consommer toujours plus. Cette prétention à concilier l’inconciliable : la croissance et la préservation des ressources, trouvera son oxymore parangon dans le concept de développement durable, médaille d’or des quêtes impossibles.  

Les incitations ont été multipliées, les aménagements fiscaux ont été nombreux, compliqués et contradictoires ; les primes elles-mêmes furent contre productives. La plus choquante fut sans doute  la prime à la casse qui conduisit, contre toutes  les règles de bon sens écologique, à réduire la durée de vie des automobiles, dont la construction nécessite pourtant beaucoup de matières premières et d’énergie. Bref une fois encore, le médiatique prit le pas sur l'intelligence et l'efficacité.  

Et si nous faisions fausse route ?  

Si au lieu de ces règles compliquées et par là coûteuses et parfois difficilement applicables, nous nous fixions comme axe, sinon unique, du moins largement prioritaire, une seule ligne de conduite: Augmenter le prix de l’énergie jusqu’à ce que l’économiser devienne effectivement rentable pour le particulier, pour l’entreprise et pour le pays dans son ensemble ? Souvent, aujourd’hui encore, les travaux d’économie ne sont jamais amortis, n’en déplaise à la propagande.  

Une telle orientation soulève quelques réticences : Mais comment vont faire  les gens si l’on augmente encore le prix de l’essence, du fioul, du gaz, de l’électricité ?  

Remarquons d’abord que cette question se posera de toute façon : Comment ferons-nous quand il n’y aura plus de pétrole ? Or, au cours de ce siècle, sans doute avant 2050, le pétrole manquera tout à fait ou du moins, ne sera plus disponible qu’en si faibles quantités qu’il deviendra négligeable dans le bilan économique global (peut-être pas sur le plan géopolitique). Quelques décennies plus tard, c’est le gaz qui, à son tour, fera défaut et seul le charbon offrira encore un peu de (polluante) résistance. Donc, augmenter le prix de l’énergie n’est pas créer pour les gens une nouvelle et insurmontable difficulté, il s’agit seulement de donner un peu plus tôt et partiellement - car l’augmentation du prix ne signifiera pas l’interdiction absolue d'en consommer - une image atténuée de ce qui, inéluctablement, surviendra un peu plus tard.  

D’autre part, on doit évidemment faire remarquer que les incitations fiscales ou les aides directes ne consistent qu’à donner d’une main ce que l’on reprend de l’autre, il faut bien financer ces mesures. « Comment feront les gens ? » dit-on, mais que je sache, il est encore plus impossible d’’échapper à l’impôt qu’à l’augmentation de l’essence, du fioul ou de l’électricité (l’on peut souvent rouler un peu moins, se chauffer un degré plus bas ou… mettre un pull).  

 Cette orientation unique : augmenter le prix de l’énergie, présenterait de nombreux avantages.

- Elle donnerait un cap et ferait comprendre la réalité du monde de demain : un monde de pénurie énergétique obligée. Tous n’en sont pas encore intimement persuadés. En ce sens, elle préparerait l’avenir et favoriserait un autre état d’esprit et donc une meilleure résilience face aux difficultés prévisibles de ce 21ème siècle.

- Plus simple, elle entrainerait de substantielles économies administratives et les inévitables injustices liées aux situations toujours particulières.

- Elle donnerait aux gens la possibilité de faire des arbitrages entre par exemple : le chauffage et le transport, le confort et la mobilité, un nouvel achat et des travaux d’isolation... Bref, elle rendrait à chaque foyer la main sur son mode de vie et développerait la responsabilité. 

- Elle règlerait assez facilement la question des résidences rarement occupées qui ne se trouveraient pas ainsi pris dans un carcan administratif tout à fait inutile.

- Elle inciterait évidemment lourdement à l’économie d'énergie et développerait les travaux d’isolation qui sont presque toujours d’origine locale, développant ainsi l’emploi partout en France.

Bien sûr, il est difficile de promouvoir un tel message, d’autant que le prix de l’essence, par exemple, est à la fois symbolique et souvent mal perçu (voir cet article). Pourtant cela me semble la seule direction raisonnable et pérenne. Peu à peu, quelques voix s’élèvent pour le réclamer. « Si l’on n’augmente pas le prix de l’énergie, on se dirige droit vers une dictature. » disait Marcel Boiteux ancien président d’EDF et en effet, les troubles qui pourraient naitre d’une mauvaise anticipation de la déplétion énergétique sont imprévisibles, nul ne peut exclure que des régimes autoritaires ne naissent des dégâts d’une telle impréparation.

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(1) En réalité la crise de 1973 ne fut pas réellement une crise de manque. Des raisons politiques et des ambitions de rééquilibrages économiques ont été déterminantes, néanmoins c’est en gros depuis cette période que le monde  occidental vit dans une crise larvée en ne réussissant pas à se débarrasser ni du chômage, ni des déséquilibres structurels des comptes publique et de l’endettement concomitant. Seule l’inflation semble pour l’instant avoir été contenue.  

(2) Une visite sur le site Manicore permet de faire un point sur la question.  

(3) Cette chasse au Gaspi fut en effet un modèle d’infantilisation Pourquoi Diable,  fallait-il inventer ce genre de choses - un personnage avec un entonnoir sur la tête - pour parler d’un problème sérieux ? Excellente illustration du recul de l’argumentation écrite et raisonnée au profit d’un audiovisuel simple à base de pictogrammes que l’on croirait destinés aux enfants de 5 ans. 

Par Didier BARTHES - Publié dans : Energie
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Jeudi 31 juillet 2014 4 31 /07 /Juil /2014 20:24

Selon une étude menée à l’université de Brunswick, il suffirait de recouvrir de panneaux solaires un carré de 254 kilomètres de côté pour satisfaire à l’ensemble des besoins mondiaux en électricité.  

La perspective est attrayante : une telle surface : 64 500 kilomètres carrés, un peu moins que l’Irlande, ne représente guère plus de quatre dix millièmes (0,04 %) des terres émergées, un bien petit sacrifice au regard de ce que nous infligeons à la planète pour assurer notre production d’énergie électrique. Adieu controversées centrales nucléaires, adieu polluantes centrales à charbon et disgracieuses éoliennes ?

Voyons en détail cette surprenante estimation.

La consommation mondiale d’électricité s’élève aujourd’hui à 23 000 térawattheures (TWh) par an soit 2,3 x 1016 Wh (1).

La production d’un panneau solaire dépend :

- de la quantité d’énergie reçue du soleil sous forme de lumière.

- de son rendement, c'est à dire de sa capacité à transformer cette lumière en courant électrique.

Le rayonnement maximum reçu par un panneau solaire de un mètre de côté est limité par la constante solaire qui est la puissance de rayonnement reçue, toutes longueurs d’ondes confondues, en provenance du soleil (à la distance de la Terre) sur une surface d'un mètre carré orientée perpendiculairement à ce rayonnement. Hors atmosphère terrestre, elle vaut environ 1 360 watts.

Si les panneaux sont posés sur le sol (2), la Terre étant sphérique, cette puissance doit être divisée par quatre (3). Le rayonnement solaire incident moyen par mètre carré est donc de 340 watts. Pour un rendement de 100 % et si l’atmosphère et les nébulosités n’en diminuait pas la capacité tel est le maximum que pourrait produire de telles installations : 340 wattheures par heure et par mètre carré soit un peu plus de 8 kilowattheures par jour.

Bien évidemment, les rendements des panneaux solaires sont loin d’atteindre 100 %. En retenant une valeur moyenne de 10 % (4), la production d’un panneau d’un mètre de côté peut donc être estimée à 34 wattheures  (340 Wh x 0,1) pour une période d’une heure, soit un peu moins de 816 wattheures par jour et donc environ 300 kWh (816 Wh x 365) pour un an.

Il suffit alors de diviser la consommation électrique mondiale par cette valeur pour trouver le nombre de mètres carrés de panneaux solaires nécessaires :

2,3 x1016 / 3 x105 = 7,7 x 1010 mètres carrés soit 77 000 kilomètres carrés, ce qui correspond à un carré de 277 kilomètres de côté. Nous sommes bien dans le même ordre de grandeur.

Un ordre de grandeur est d’ailleurs la seule chose à laquelle puisse prétendre ce genre de calcul. Trop d’éléments font appel à l’arbitraire ou pour le moins à une estimation globale.

- Le rendement des panneaux solaires (4).

- Leur taux de disponibilité.

- La prise en compte de l’énergie consommée pour la fabrication, la mise en place, l’entretien et le recyclage des installations. Le coût de cet ensemble souvent dénommé « énergie grise » ne peut être justement estimé sans une connaissance précise de la durée de vie de ces équipement, point qui se trouve justement discuté : 25, 30, 40 ans ?

- Le lieu d’implantation, pour des raisons de latitude et de météo.

- Les conditions de transfert de cette énergie vers les zones de consommation. Au niveau mondial, cette question est loin d’être négligeable.

Dans l’étude de l’université de Brunswick on envisageait une installation au cœur du Sahara pour bénéficier à la fois d’une latitude relativement basse, d’un climat sec et ensoleillé et d’une quasi absence de végétation ce qui limiterait l’atteinte écologique.

A ces sources d’interrogation s’ajoutent évidemment deux éléments essentiels

- La question du coût : à 432 € le panneau de 2 m2, l’étude évoque une facture globale d’investissement de 14 000 milliards d’euros ! Cela correspond à une dépense de 2 000 € par terrien ce qui est absolument rédhibitoire compte tenu du niveau de vie moyen de la majorité des habitants de la planète. Le coût d’un panneau fabriqué en telles quantités reste toutefois soumis à caution.

- Les problèmes géostratégiques que poserait une telle concentration des sources d’approvisionnement énergétique. On ne connaît que déjà trop bien l’effet conflictuel de l’inégale répartition des réserves pétrolières et gazières.

La dernière remarque peut toutefois être contournée si l’on considère, et c’est probable, qu’une telle étude vise moins à promouvoir le projet en l’état, qu’à fixer les ordres de grandeurs et à montrer que pour une surface utilisée minime, l’énergie photovoltaïque serait en mesure de répondre à nos besoins. Le « solaire » est d’ailleurs par nature une énergie décentralisée qu’il serait peut-être stupide de vouloir concentrer pour la diffuser ensuite partout sur la planète avec les difficultés et les coûts afférents. On pourrait plutôt imaginer de répartir une surface équivalente de panneaux sur les bâtiments existants de façon à réduire à néant toute nouvelle emprise humaine sur le milieu. Cela résoudrait également en partie la question des pertes liées à la distribution du courant électrique à longue distance, même si la multiplication des producteurs constitue une source importante de complexité pour le réseau. La question du recyclage des panneaux reste ouverte, toutefois les filières se mettent en place.

Savoir si le photovoltaïque est une bonne solution (hors des lieux isolés de tout réseau où son utilisation est facile à justifier) dépend donc de la bonne appréciation des facteurs suivants.

- Les quantités d’énergie grise déjà évoquées sont-elles correctement évaluées ? Les opposants avancent des chiffres très différents quant à l’intérêt des panneaux solaires, certains prétendent que globalement, un panneau coûte énergétiquement une fraction importante de ce qu’il rapporte, point de vue contesté par les acteurs du système qui annoncent une rentabilité énergétique à partir de 3 ou 4 ans pour une durée de vie prévisible de 25 ans au minimum !

- Les filières de recyclages sont-elles réellement efficaces et sont-elles généralisables à la quasi-totalité des produits effectivement mis en service ? Dans l’estimation proposée les quantités en cause sont énormes, environ 10 mètres carré de panneaux par personne.

- Les coûts écologiques des autres énergies sont-ils réellement supérieurs ?

- La fabrication, l’installation, l’entretien et le recyclage de tels panneaux sont-ils concevables sur de telles échelles dans un monde où le pétrole serait (sera ?) devenu rare et cher ? L’or noir reste la source d’énergie ultra dominante pour les transports (toute activité nécessite du transport) et la chimie du pétrole intervient dans la fabrication de nombreux composants des panneaux. Notons que cette remarque, qui est aussi une inquiétude, doit s’appliquer à toutes les autres formes d’énergie, nucléaire compris.

Cette approche globale permet donc de fixer les ordres de grandeur. Pour l’instant, en France, le solaire est largement subventionné auprès des particuliers notamment à partir d’une politique très favorable de rachat du courant produit, politique qui ne pourra être maintenue dès lors que ce type d’énergie se développera. Il faudra que le photovoltaïque assure sa propre rentabilité. N’oublions pas non plus que cette étude ne concerne que l’énergie électrique soit environ 18 % de la consommation finale d’énergie mondiale (voir ici les statistiques fournies par EDF). Il reste donc à trouver des solutions pour les 82 % restant. Toutefois, si une forme de production électrique s’avérait particulièrement satisfaisante, on peut imaginer que la part de l’électricité dans la consommation d’énergie finale augmenterait.

Ajoutons que la consommation d’électricité est de toute façon probablement amenée à augmenter fortement du fait de la croissance conjointe de nos effectifs - nous devrions passer de 7,2 milliards d’habitants aujourd’hui à 10,9 milliards en 2100  (+ 51 %) selon le scénario moyen de l’ONU - et de la consommation électrique par habitant qui globalement augmente avec l’élévation du niveau de vie, malgré les efforts effectués, notamment en Europe pour maîtriser la dite consommation. Notre  « grand carré bleu » verrait alors sa surface augmenter en proportion.

Un autre élément doit enfin être pris en compte : la nécessaire diversité des sources d’approvisionnement. Un mode unique de production fragiliserait nos sociétés, de façon générale la résilience suppose la diversité.

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(1) EDF indique sur son site une production  de 20 407 TWh en 2011. Le site Saga Science du CNRS propose 21 964 TWh pour 2011. Le site Enerdata indique pour 2013 la valeur de 22 600 TWh (au vu du graphique). Comme la production est plutôt sur une pente croissante nous retiendrons la valeur de 23 000 TWh  2,3 x 1016 Wh pour l’année en cours (2014). Un térawatt (mille milliards ou un billion de watts) vaut 1012 watts. 23 000 térawatts valent donc 2,3 x 1016 watts).

Rappel : l’unité d’énergie est le joule (J) qui correspond à une puissance de un watt appliquée (ou produite) pendant une seconde, un wattheure correspond donc à une puissance de un watt appliquée (ou produite) pendant une heure soit 3 600 joules, le kilowattheure de nos factures électriques vaut 1 000 wattheures ou 3,6 millions de joules. Le watt (W) est une unité de puissance, le wattheure (Wh) ou le joule (J) sont des unités d’énergie c’est-à-dire d’une puissance multipliée par un temps. Vous trouverez parfois l’orthographe wattheure, watt.heure ou watt-heure qui sont équivalentes, ainsi bien sûr que pour leurs multiples.

(2) Il est plus simple en effet d’imaginer des panneaux sinon posés sur le sol ou du moins parallèle à celui-ci. Toute autre configuration serait particulièrement complexe et coûteuse pour un projet de cette envergure. De plus, des panneaux installés sur des surfaces orientables se feraient de l’ombre les uns les autres dès lors que le soleil serait assez bas sur l’horizon.

(3) On divise une première fois par deux pour tenir compte de l’hémisphère dans la nuit et une seconde fois par deux parce que l’hémisphère éclairé présente lui-même une surface égale au double du disque de même diamètre interceptant la lumière solaire, la surface d’une sphère est d’ailleurs égale à 4 x Pi x R2 (R étant le rayon) soit 4 fois celle du disque correspondant. La surface d’un disque étant donnée par la formule : Pi x R2

(4) Dans cette estimation se situe évidemment la plus grande part d’arbitraire du calcul, EDF indique un rendement de 14,5 % pour des panneaux solaires cristallins du marché. Si l’on prend en compte l’obligation pour de grandes surfaces de réserver des espaces aux voies de communication, le fait qu’une partie du parc sera toujours indisponible et qu’une partie verra ses rendements baisser pour différentes raisons (vieillissement, ensablement, problèmes électroniques dans la chaîne de transmission…) l’évaluation d’un rendement à 10 % est peut-être même assez optimiste.

Par Didier BARTHES - Publié dans : Energie
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Mercredi 9 juillet 2014 3 09 /07 /Juil /2014 18:44

Au cours des dix dernières années l’homme civilisé s’est fait un nouvel ami : le  GPS ou Global Positioning systèm. Cet ingénieux procédé de localisation a su se rendre si indispensable que son usage militaire initial en est presque devenu anecdotique. Il est désormais dans notre quotidien (1). Avions,  bateaux, automobiles, téléphones portables, tout ce qui bouge a son GPS, les randonneurs et les cyclistes eux-mêmes, commencent à s’en équiper. Voyant un peu plus loin, les auteurs de science-fiction vont jusqu’à imaginer son insertion dans une micro puce sous cutanée qui permettrait à quelque Big Brother forcément bien intentionné, de connaître à toute heure, à toute seconde et au mètre près la position de chacun des dix milliards d’êtres humains que notre planète comptera bientôt. Quel progrès pour la sécurité ! Quel progrès pour la justice ! Quel progrès pour la productivité ! (2)

Cependant, malgré un goût marqué pour la géographie et une admiration réelle pour l’exploit technique que représente l’extrême sophistication de ce système (3), le GPS me parait avoir sa part d’ombre et jouer un rôle dans notre séparation croissante d’avec l’environnement.

On pourrait au contraire supposer que cette petite merveille qui situe son utilisateur par rapport au cadre naturel le plus évident, c’est-à-dire le sol de la planète, rapproche l’homme d’une perception plus vive du monde réel. En effet, et quoiqu’il ne présente pas toujours les résultats sous cette forme, le GPS pourrait réconcilier les hommes avec les concepts de longitude et de latitude, ou au moins plus largement, avec la cartographie. Chacun, grâce à lui, pourrait s’imaginer  dans la peau d’un explorateur digne des livres de Jules Vernes.

Las, il n’en est rien, tout au contraire.

Fini le plaisir pour le randonneur, carte IGN en poche, de deviner le terrain, d’associer les traits ou les détails de la carte aux réalités du monde, de suspecter l’ensoleillement ou de dessiner en lui-même les perspectives et les paysages au regard des seules courbes de niveaux, bref de se situer grâce à son intelligence et à son imagination : « Vous êtes là, ne cherchez pas, je pense pour vous » semble nous dire la petite boîte. Pareillement prise en charge, l’automobiliste a lui aussi tôt fait d’abandonner toute idée d’itinéraire. Il programme ses lieux de départ et d’arrivée et n’a plus qu’à choisir parmi d’autres, la voix la plus suave pour suivre la voie la plus courte.

Inutile pour lui de savoir que venant du nord il devra tourner à droite s’il veut aller vers l’ouest (4) le boîtier  pense et décide à sa place. « Tournez à droite dans 100 mètres, puis à gauche au rond-point...  ». Merveilleuse machine que vous pourrez contredire cent fois et qui jamais ne s’en offusquera (5). Par sa grâce, le monde se trouve réduit à un ensemble de vecteurs et de chiffres, présentés sur écran sous la forme de cartes simplifiées et de pictogrammes accessibles à notre esprit dessaisi afin de répondre instantanément à une demande pauvre mais pragmatique.

Par l’usage du GPS, l’homme abandonne toute vraie relation avec sa localisation, toute compréhension de son itinéraire, toute représentation mentale de la géographie et de son environnement. Il fait une confiance absolue au système, il lui demande un résultat sans se préoccuper du processus, en abandonnant dès l’instant toute maîtrise. De même qu’il n’est plus nécessaire de pêcher (de chasser, de cueillir….) pour manger, il n’est plus nécessaire de voir et de comprendre pour se déplacer. Nos machines ont supplanté nos muscles, elles supplantent maintenant notre cerveau sur un terrain de plus. Elles participent en cela à nous faire oublier le vrai terrain justement, celui de la planète. Elles nous éloignent de la matérialité du monde et cet éloignement dans toute ses dimensions est peut être la cause la plus profonde des problèmes écologiques. Nous ne respectons pas la nature et nous nous permettons de la détruire par ce que nous ne sommes plus en elle et n’y faisons plus attention. Nous n’avons plus avec elle que des relations médiatisées par une technologie dont nous avons même renoncé à comprendre le fonctionnement. Les économistes nous avaient déjà préparés à cette rupture en ne considérant dans le calcul des richesses que ce qui relevait du seul  travail des hommes, et en négligeant ce que la nature nous offrait. La technologie y a contribué plus encore en créant un cocon trop protecteur entre nous et les contraintes physiques du monde. Le GPS apporte une couche nouvelle, il est un vecteur de plus de cet éloignement, il constitue sous ses airs neutres et séduisants un symbole supplémentaire de notre divorce avec la nature.  

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(1) En particulier depuis que les autorités militaires américaines, après quelques atermoiements, aient, en l’an 2000, accepté de supprimer le brouillage qu’elles imposaient jusqu’alors pour interdire à d'autres puissances l’usage du GPS à des fins militaires. Ce brouillage limitait la précision de la localisation à 100 mètres environ. Aujourd’hui celle-ci atteint couramment moins de 10 mètres.

(2) Hélas, le point d’ironie manque  à la ponctuation.

(3) La prise en compte par exemple des effets relativistes est tout à fait impressionnante, il en est de même de l’analyse de troubles de la conduction des ondes électromagnétiques dans la haute atmosphère.

(4) Cette logique toute simple avait, il est vrai, déjà été mise à mal par les abominables échangeurs autoroutiers susceptibles de troubler le sens de l’orientation le plus aiguisé.

(5) Du moins jusqu’à ce que d’ingénieux informaticiens conseillés par de tout aussi ingénieux psychologues considérant la nécessité de mettre un peu d’humain dans l’affaire n’insèrent  dans les logiciels de synthèse vocale des remarques acerbes sur l’incompétence du conducteur. On peut évidemment broder à l’infini sur ce thème, jusqu’à simuler les plus subtiles scènes de ménage entre la machine et son propriétaire, laissant vite de côté l’origine cartographique du conflit.

Par Didier BARTHES - Publié dans : Billets d'humeur
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Vendredi 13 juin 2014 5 13 /06 /Juin /2014 16:04

Sous le titre « Des corrélations à la causalité » et sous la plume d’Isabelle Drouet, la revue  Pour la science publie dans son numéro de juin 2014 un article sur ce sujet délicat. C’est probablement l’une des fautes les plus courantes des médias, et parfois des scientifiques peu rigoureux, que de déduire automatiquement un lien de cause à effet à partir de l’établissement d’une corrélation statistique.

Combien de fois a-t-on lu que les gens qui mangeaient ceci ou cela, pratiquaient tel ou tel sport étaient moins touchés par telle ou telle maladie ? De cette corrélation l’on déduit trop hâtivement l’effet protecteur, ou au contraire destructeur, de telle substance ou de telle pratique.

Parfois, dénoncer le simplisme du raisonnement relève de l’évidence. Constatant par exemple que les parachutistes négligents dans le pliage de leur voile meurent moins souvent d’un cancer que les autres, il ne viendrait à l’esprit à personne d’en déduire pour autant que la négligence entrave la prolifération des cellules malignes. Un fait bien facile à deviner vient bouleverser la donne.

Bien souvent hélas, la situation est un peu plus compliquée et Isabelle Drouet en détaille les difficultés.

Tout d’abord même si l’existence d’une corrélation se trouve liée à une relation causale effective, le sens de cette causalité : quelle est la cause, quelle est la conséquence ? n’est pas toujours clair. Mais le problème principal relève bien sûr de la réalité même de la causalité, et la raison la plus fréquente qui vient troubler le raisonnement est l’existence d’une cause commune à deux phénomènes entraînant une corrélation purement statistique entre les évènements alors que ceux-ci sont causalement indépendants.

Comme le dit l’auteur : «  C’est là un fait général, quand une cause C a deux effets, E1 et E2, l’occurrence de E1 (ou de E2) augmente la probabilité de E2 (ou de E1) même si E1 ne cause pas E2, (ou inversement) ».

Les deux effets peuvent être liés par une même cause ou alors la cause et l’effet peuvent eux-mêmes être liés par un autre facteur influent.

Plusieurs exemples viennent illustrer ce propos.

Ainsi la consommation de chocolat par habitant est statistiquement corrélée au nombre de prix Nobel obtenus par un pays. Doit-on en conclure que la consommation de chocolat aiguise le cerveau ? Pas forcément (quoique certains le prétendent, mais c’est une autre question), bien entendu on peut imaginer que la consommation de chocolat est elle-même liée au niveau de vie général d’un pays et que ce niveau de vie est lui-même corrélé aux dépenses que ce pays peut se permettre en matière de recherche scientifique.

De même Isabelle Drouet cite la corrélation entre le prénom Irène et l’obtention d’une mention « très bien » au baccalauréat. Là aussi, inutile peut être de prénommer votre fille Irène pour lui donner plus de chances; simplement ce prénom se trouve statistiquement plus fréquemment dans les familles aisées disposant d’un solide bagage culturel, situation favorisant les bons résultats scolaires.

A l’inverse, il arrive qu’une causalité réelle ne se traduise pas par une corrélation statistique facile à mettre en évidence. Une absence apparente de corrélation peut laisser entendre qu’il n’y a aucun lien de causalité entre deux phénomènes alors que celui-ci se trouve masqué par un facteur perturbant venant annuler les conséquences de la cause étudiée. Madame Drouet cite le cas de l’amélioration de l’état des routes. Celle-ci doit logiquement constituer un facteur d’amélioration de la sécurité et donc de baisse du nombre des accidents. Malheureusement une route mieux entretenue pousse les conducteurs à rouler plus vite et le taux d’accident remonte. Doit-on en conclure que le bon état des routes n’est pas un facteur de sécurité ?  Difficile à dire, au premier abord, c’en est un (on dérape moins, on voit mieux etc.) mais si l’on prend l’ensemble des phénomènes et facteurs associés, alors cette corrélation disparaît ou pour le moins s’estompe.

L’article est donc plutôt rassurant puisqu’il montre que de simples outils mathématiques ne peuvent autoriser l’économie d’un raisonnement ni nous dispenser d’un effort pour la connaissance des choses. L’intelligence garde la main sur la stricte application des formules statistiques.

Les raisonnements évoqués dans cette étude concernent directement l’écologie.  Souvent des écologistes aussi militants que bien intentionnés démontrent, ou croient démontrer les effets bénéfiques de la consommation de tel ou tel produit « naturel » sur la santé. Ils oublient généralement que la consommation de ce produit est elle-même corrélée à un mode de vie différent où l’on pourrait détecter plusieurs cofacteurs influents sur les conséquences étudiées. L’exemple des accidents non évités par l’amélioration des routes s’applique aussi aux économies d’énergie. Concevoir des moteurs et plus généralement des voitures plus économes au kilomètre ne conduit pas à une économie globale de carburant. En effet, la baisse de la consommation individuelle se traduit par un abaissement du coût d’usage de l’automobile et indirectement par un renforcement de son utilisation, en nombre de véhicules comme en nombre de kilomètres parcourus par chacun, bref à une explosion du trafic routier, synonyme de consommation accrue d’énergie fossile.

On ne doit pas pour autant rejeter toute analyse statistique, les corrélations, si elles ne doivent pas induire de conclusions trop immédiates peuvent quand même mettre la puce à l’oreille et inciter à quelques réflexions. Ainsi les énergies dites renouvelables (vent et solaire dans le cas qui nous préoccupe) sont censées, à consommation égale, limiter l’émission de gaz à effet de serre. Or en Europe, l’un des pays qui a fait le plus d’efforts est l’Allemagne dont les émissions de CO2 sont sensiblement supérieures à celles de la France (voir ici l’analyse sur le site Manicore de Jean-Marc Jancovici). Cela doit nous conduire à réfléchir à l’ensemble du processus, ici par exemple à l’effet de la diminution de la part de l’énergie nucléaire et aussi au fait que ces énergies renouvelables, et a priori sympathiques, étant intermittentes, elles nécessitent, pour adapter en temps réel la production à la consommation, l’emploi sur grande échelle de moyens de productions électriques conventionnels généralement à base de charbon ou de gaz, le pétrole est désormais très peu utilisé pour cet usage. En écologie comme ailleurs, méthodologie et réflexions sont de mise, une approche globale est toujours nécessaire.  

 

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« Des corrélations à la causalité », par Isabelle Drouet, maître de conférences à l’université Paris Sorbonne. Dans  « Pour la science », numéro 440, juin 2014, pages 54 à 61.  Pour les passionnés du côté technique de cette réflexion, Isabelle Drouet cite les travaux du philosophe Hans Reichenbach.

Par Didier BARTHES - Publié dans : Méthodologie
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Samedi 24 mai 2014 6 24 /05 /Mai /2014 18:04

Qu'il faille réformer le millefeuille territorial, cet entrelacs de compétences partagées par tant de niveaux et de structures diverses, est devenu une évidence pour la plupart des acteurs, citoyens comme politiciens. Car, outre le coût bien réel des coordinations sur des dossiers intéressants 4 ou 5 administrations à la fois, cet éparpillement est propice à développer une culture de la non-responsabilité, fille de la dilution des décisions dans l'écheveau politico-administratif, culture génératrice de gaspillage, d'inefficacité technique et d'un affaiblissement du contrôle démocratique du fait de l'impossibilité pour les citoyens lambda d'identifier réellement qui fait quoi.

L'efficience de l'Etat français passe donc par sa réorganisation territoriale, c'est devenu aujourd'hui un lieu commun, une proposition d'évidence. Cela paraît même comme une obligation pour que la France survive dans la nouvelle économie-monde, si efficace et si concurrentielle que le surcoût de la puissance publique française semble devenu insupportable à nos acteurs économiques.

Surgit alors l'idée de constituer de grandes régions susceptibles de pouvoir se mesurer aux landers allemands d'un coup voués à notre admiration ; de supprimer l'échelon départemental ou à tout le moins de le vider de sa substance ; et de faire de même pour nos 36 000 communes en conférant aux intercommunautés la réalité de l'exercice local du pouvoir.

Et de voir, depuis l'annonce faite de la réforme territoriale par le premier ministre Manuel Valls, tout ce qui a une petite parcelle de pouvoir faire dans son coin des propositions de redécoupage : une passion pour le dessin des territoires envahit nos élus, un peu comme on l'avait connu sous la Révolution Française au moment de l'invention des départements. Avec souvent une façon de voir les choses de tellement haut qu'il est parfois facile d'oublier la réalité géographique, physique comme humaine, des territoires. Rappelons-nous le premier projet présenté dès la fin 1789 par le rapporteur Thouret s'inspirant des études du géographe du Roi, Robert De Heissen, consistant en un découpage au carré, avec des départements de 18 lieues sur 18, chacun divisé en 9 communes carrées, elles-mêmes divisées en 9 cantons pareillement carrés ... cette passion géométrique qui voulait ignorer les hommes et leur histoire comme la réalité physique du pays : plus de provinces, plus traces des anciennes communautés d'appartenance, plus de montagnes, plus de fleuves ni de rivières, aucun obstacle, juste un territoire lisse et plat avec des hommes interchangeables ... l'homme nouveau, unidimensionnel, n'était pas loin, et la Terreur non plus !

Bien sûr, nous n'en sommes pas là mais une réflexion intégrant la question écologique amène au moins une remarque et une demande.

Il y a dans les racines et les buts de cette réforme l'idée d'adapter la France au monde comme il va, et donc de tout faire pour que notre pays retrouve le chemin d'une croissance économique si désirée pour combattre le chômage. Les nouveaux territoires et leur articulation sont pensés in fine pour la croissance et pour elle seule. Mais peut-on penser l'organisation d'un territoire fort d'une histoire millénaire dans le seul but de résoudre un problème ponctuel d'ordre économique ? Difficile de ne pas trouver à cette réforme territoriale qui s'annonce, comme un certain manque de perception du temps long, ce temps qui tisse la vie entre une communauté d'hommes et de femmes et un bout de continent.

Oserai-je alors soumettre une demande qui ne soit pas d'ordre économique au beau milieu de ce tintamarre politique omnibulé par la question de la croissance ? Une demande qui consisterait juste à ne pas oublier que pour occuper et faire vivre écologiquement un territoire, il faut que les hommes et les femmes qui y vivent aient conscience d'une manière ou d'une autre d'appartenir à ce territoire et aient envie de s'y projeter. Sans ce sentiment, qui je le reconnais fait un petit pied de nez à la ballade de Brassens dédiée " à ceux qui sont nés quelque part ", j'avoue ne pas voir la question écologique capable d'échapper à une vision et un mode de gestion désespérément technocratique, tournant le dos à une démocratie vivante, lointain écho de la perception hors sol du géographe royal Robert de Heissen.

Le combat, qui fut gagné en 1789 contre le rapport Thouret et qui nous a évité des frontières à l'africaine, ces frontières tirées au cordeau et se moquant des territoires des tribus comme d'une guigne (ce que l'Afrique paie encore, notamment par des guerres locales sans fin), peut-il l'être aujourd'hui contre les technocrates et politiciens hors sol pour que nos territoires de demain soient propices à une prise en charge simple et démocratique de l'écologie par des habitants soucieux de leur environnement ?

Par Jean-Christophe VIGNAL - Publié dans : Politique
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Mercredi 14 mai 2014 3 14 /05 /Mai /2014 16:04

La décroissance, c'est une idée, un programme politique pour quelques-uns, un repoussoir à agiter pour la plupart de nos responsables. La décroissance, c'est aussi une réalité bien concrète pour des millions de nos concitoyens. Une décroissance parfois assumée et choisie, mais la plupart du temps une décroissance imposée par les circonstances, et plus ou moins bien vécue.

La décroissance, c'est quoi ? C'est d'abord une perte de revenus et donc de pouvoir d'achat.

La décroissance, elle est bien connue de l'immense majorité des retraités, de tous ces actifs qui du jour au lendemain passent le relais à une nouvelle génération et voient leurs revenus baisser de 30 à 50 %, notamment pour ceux qui ont choisi de travailler hors des secteurs protégés, dans le privé, le commerce, l'agriculture ou l'artisanat. Ce n'est pas nouveau bien sûr, mais cela ne doit pas empêcher de voir que chaque année des centaines de milliers de gens s'accommodent sans bruit de revenus réduits, jouant alors pour garder un peu d'air la carte du repli en province où la vie est moins chère, de la durabilité des objets qui les entourent et d'une modestie vraie dans les dépenses quotidiennes, réduisant la taille de la voiture et le nombre des sorties, ou profitant du temps qu'ils ne comptent désormais plus pour prendre en charge une partie des tâches qu'ils déléguaient auparavant.

La décroissance, elle est aussi connue de tous ceux qui à un moment choisissent de vivre autrement, cadres au bord du burn-out qui décident d'aller ouvrir des chambres d'hôtes au fin fond de l’Aveyron, ou salariés qui décident un beau jour de maîtriser leur vie en changeant de métier pour devenir boulanger, éleveur, jardinier, producteur de légumes, ou  repreneur d'une petite entreprise exploitant un savoir-faire boycotté par une industrie mondialisée. Ils le disent tous : à la fierté de retrouver un réel sentiment d'utilité s'établissent en contrepartie un travail bien plus prenant et des revenus bien plus faibles. Mais si c'était à refaire, la plupart le referait, clament-ils. En une phrase, ils travaillent nettement plus, ils gagnent bien moins, ils consomment moins aussi, et pourtant ils sont le plus souvent heureux de leur choix de vie, pour eux-mêmes comme pour leurs proches ou leurs enfants qu'ils peuvent élever dans un cadre plus serein et plus propice à leur épanouissement.

La décroissance, elle leur est tombée dessus ... je pense à tous ces chômeurs de longue durée, en fin de droit, et qui ne voient pas de perspectives à leur situation, car mal formés, ou trop âgés, ou trop on ne sait quoi à la fin ! Bref des hommes et des femmes dont on ne sait que faire, qui n'ont pas leur place dans le monde tel qu'il est et qui doivent continuer à vivre en partageant la paie de leur conjoint, ou qu'on subventionne sur dossier avec quelques petites centaines d'euros par mois. Eux aussi connaissent la décroissance et la vivent mal. Pour quelques-uns qui savent et ont les moyens de s'organiser, en travaillant un jardin potager, en glanant dans les campagnes les fruits des arbres oubliés et champignons et châtaignes dans les bois, en assumant directement l'entretien d'une maison qu'ils ne savaient que financer au temps de leur emploi, en maintenant une vie sociale à travers une participation à des associations, combien de chômeurs perdent pied, dépendant de leurs maigres indemnités pour tout payer, nourriture, logement, chauffage, fringues, et quelques petites choses, sans rien pouvoir faire de leurs journées au fond de leur appartement pour faire preuve d'un peu de résilience. Cette décroissance-là n'est qu'une misère, juste bonne à justifier tous les appels à la croissance quelle qu'elle soit : tout pour éviter ce drame « des hommes en trop » produit par une société d'abondance comme l'histoire n'en a jamais connu.

La décroissance est parmi nous, tous les jours des hommes et des femmes la vivent. Durement pour beaucoup, heureusement pour certains. Si tous savent qu'elle est possible, il n'en demeure pas moins que la décroissance comme projet politique est un sujet délicat qu'on ne peut manier qu'avec d'infinies précautions. Ce serait sinon une injure à nos concitoyens plongés dans l'impuissance.

Par Jean-Christophe VIGNAL - Publié dans : Société
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Jeudi 24 avril 2014 4 24 /04 /Avr /2014 12:44

En 2009, le professeur Mollo-Mollo,  publiait cette lettre ouverte aux ONG que l’on peut retrouver aujourd’hui dans: Le Futur a-t-il un avenir ? l’excellent livre de Philippe Lebreton. Elle n’a rien perdu de son actualité. A lutter contre la faim sans lutter contre la surnatalité on se donne bonne conscience mais on remplit le tonneau des Danaïdes. Par cette omission, on peut se demander si certaines ONG qui devraient avoir pour objectif ultime de créer les conditions de leur inutilité et à terme de leur disparition ne travaillent pas en réalité à la perpétuation de leur nécessité.

 

Chers collègues,

 

Nous sommes nombreux à admirer le dévouement et la compétence dont votre association fait quotidiennement preuve dans ses actions humanitaires pour réduire la misère du Tiers Monde. Un milliard de personnes ne sont-elles pas sous la contrainte de la faim après tant de décennies d’effort ? Je citerai un vieux proverbe chinois « Quand le réservoir déborde, avant d’aller chercher une serpillère, le sage ferme le robinet » Autrement dit, si le gâteau n’est plus assez grand pour nourrir tous les affamés, comment ne pas s’interroger sur la montée en puissance de tant de nouvelles bouches à nourrir ? N’est-il pas imprudent de faire venir au monde des êtres condamnés à s’entre-déchirer sous peu dans un milieu de plus en plus hostile et cruel, climatiquement et ethniquement ? Comme disaient les anciens (quand nous étions 50 fois moins nombreux) : « Laissez faire Vénus et vous aurez Mars » ? 

Intéressé à ce problème à la fois comme scientifique et comme citoyen je n’ignore pas les questions sous-jacentes (d’ordre économique, sociologique, éducatif, éthique) et ne sous-estime pas les blocages conscients et inconscients (d’ordre déontologique, politique, religieux) qui conduisent à l’assourdissant silence actuel des élites et des responsable sur la question démographique dans le Tiers Monde. Voulant à la fois contribuer à lutter contre le sous-développement et à lever les tabous démographiques relevant d’une irresponsabilité collective, je suis non seulement prêt à poursuivre mon aide aux ONG humanitaires mais encore à doubler la mise.  

J’assortis néanmoins cette proposition de la clause suivante : le montant antérieur continuerait à être attribué aux actions « habituelles », la nouvelle moitié à la maîtrise de la natalité dans le même contexte. Pour symboliser ce qui paraitra peut-être peu correct politiquement et religieusement aux yeux de certains, je propose une campagne intitulée pilule avec nourriture ou, plus précisément, « droits féminins et pilule avec nourriture et soins » volets indispensables pour une humanité/féminité durable, consciente et responsabilisée à tous les niveaux.  

Avec l’espoir de voir les réalités en face, je vous prie de recevoir, chers Collègues l’assurance de mes sentiments dévoués et les meilleurs.  

 

Professeur Mollo-Mollo.

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Le futur a-t-il un avenir ? Pour une responsabilité socio-écologique, par Philippe Lebreton, Editions Sang de la Terre, Paris 2012, 378 p. La lettre évoquée ci-dessus se trouve page 258.    

Par Professeur Mollo-Mollo - Publié dans : Billets d'humeur
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