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Mardi 9 septembre 2014 2 09 /09 /Sep /2014 20:24

Comme d’autres, l’engagement en faveur de l’écologie donne lieu à de nombreuses dérives. Plusieurs d’entre elles tendent hélas, mais parfois à juste raison, à le déconsidérer aux yeux des personnes les plus sincères et les plus impliquées.

La plus évidente de ces raisons est la politisation dont le principal parti écologiste français nous montre trop souvent l’exemple (*). Le rattachement inconditionnel, et présenté comme naturel, à l’un des deux blocs de l’axe droite-gauche, s’accompagne à la fois d’une disparition des thèmes écologiques au profit des questions générales de sociétés et d’une coupure avec l’autre bloc où pourtant, la sensibilité aux questions environnementales a évidemment sa place. A ceci s’ajoute évidemment les ambitions personnelles qui brouillent le message et donnent une image peu reluisante de la mentalité écologiste. Oui, les écolos sont des hommes et des femmes comme les autres et la justesse de leurs engagements n’est gage ni de moralité ni  de désintéressement.

La seconde de ces dérives est le refus d’aborder certaines questions considérées comme taboues, la problématique démographique étant la première d’entre elle. Ce blocage mental, ou cette soumission à ce que l’on croit être le point de vue majoritaire des électeurs ne touche pas que les partis constitués, des personnes bénéficiant d’une aussi bonne image dans les milieux écologistes que Pierre Rabhi semblent avoir une aversion absolue pour l’évocation de ce sujet, comme si la Terre était infinie et comme si l’adoption d’un mode de vie particulier pouvait conduire à l’économie des questions quantitatives.

La troisième dérive est la désignation d’un certain nombre de boucs émissaires présentés comme responsables tous nos maux. Tout utilisateur écologiste (et dont les « amis » le sont aussi) du célèbre réseau Facebook peut en être le témoin permanent en recevant quotidiennement sur son « fil d’actualité » une impressionnantes quantité de dénonciations répétées et centrées autour de trois ou quatre « acteurs » diabolisés de nos sociétés. Parmi les acteurs économiques généraux : les banques, les compagnies pétrolières et les laboratoires pharmaceutiques. Parmi les acteurs économiques particuliers, la société Monsanto (semences, OGM) et la société Ferrero (fabricante du célèbre Nutella).

Ces critiques, sans être toujours infondées, loin de là, me semblent poser quatre problèmes.

- Elles touchent aussi les gens qui travaillent dans ces secteurs alors qu’il est bien improbable que ces personnes soient dotées d’une mentalité différente de la moyenne, ni les employés, ni les cadres ni même sans doute les actionnaires.

- Elles tendent à nier le tissu économique global et l’interdépendance de toutes nos activités,  ainsi par exemple les camions pollueurs et bruyants ne font que transporter les produits que par ailleurs nous désirons. Elles nient aussi certaines réalités comme par exemple la nécessité pour les acteurs des secteurs de l’énergie de manier de gigantesques sommes d’argent pour faire face aux contraintes de ces activités : On n’entreprendra jamais un forage à moins trois mille mètres sous les flots avec les économies d’un livret de Caisse d’Epargne.

- Elles laissent de côté la responsabilité du consommateur qui est pourtant bien le demandeur et  le consommateur final de tous ces produits et services mis au ban de la société. A nous exonérer ainsi de toute faute nous participons à l’infantilisation que par ailleurs nous dénonçons. Non, de gentils humains ne sont pas tous victimes d’une toute petite partie d’entre eux avides de profits au détriment de tous les autres. On ne peut à la fois défendre les humains et les considérer comme des marionnettes du consumérisme.

- Elles choisissent arbitrairement les bons et les méchants laissant curieusement inattaqués d’autres pans de nos activités tout aussi dommageables pour notre santé et pour l’environnement. L’exemple type est le tabac. Pour 100 dénonciations des OGM (dénonciation que j’approuve cependant) je n’ai décompté parmi les « posts » de mes « amis » facebook qu’une seule dénonciation du tabac dont on estime pourtant qu’il a fait plus de 100 millions de morts au cours d’un 20ème siècle qui en la matière ne devrait-être qu’une séance d’entraînement pour le 21ème (voir ici quelques données pour la France). 6 000 milliards de cigarettes seraient consommées (brûlées donc) chaque année dans le monde et cela laisse quasi indifférente la communauté écolo. Pourquoi ? 

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(*) J’établis ici une généralisation forcément injuste. Il va de soi que je présente le parti dans son ensemble et vise les positions de la majorité de ses dirigeants. Il y a évidemment au sein d’EELV de nombreuses personnes sincèrement engagées dans la défense de la nature et viscéralement attachées à la protection animale. Que ceux-ci veuillent bien excuser mes propos et en retenir le caractère global. Notons d’ailleurs que récemment sous l’impulsion de Michel Sourrouille, EELV a créé un atelier démographie en charge d’étudier ces questions. D’autre part,  un autre mouvement, le MEI (Les Ecologistes - Mouvement Ecologiste Indépendant)  d’Antoine Waechter a sur la question démographique des vues moins conventionnelles et plus réalistes, il en est de même de l’AEI (Alliance Ecologiste Indépendante).

Par Didier BARTHES - Publié dans : Société
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Lundi 18 août 2014 1 18 /08 /Août /2014 18:44

Depuis 1973 et la première crise du pétrole (1), l’énergie ne coule plus de source. Nous savons qu’elle a un prix, que ce prix peut augmenter et qu’un jour même, nous en manquerons (2). De cette prise de conscience naquirent et naissent encore toute une série d’exhortations à l’économiser. De la campagne de chasse au Gaspi qui fit entrer nos sociétés dans l’ère de l’infantilisation (3), jusqu’au récent programme de transition énergétique proposé en France par Ségolène Royal, les pouvoirs publics n’ont cessé de nous pousser à réduire nos dépenses en énergie tout  en nous incitant à consommer toujours plus. Cette prétention à concilier l’inconciliable : la croissance et la préservation des ressources, trouvera son oxymore parangon dans le concept de développement durable, médaille d’or des quêtes impossibles.  

Les incitations ont été multipliées, les aménagements fiscaux ont été nombreux, compliqués et contradictoires ; les primes elles-mêmes furent contre productives. La plus choquante fut sans doute  la prime à la casse qui conduisit, contre toutes  les règles de bon sens écologique, à réduire la durée de vie des automobiles, dont la construction nécessite pourtant beaucoup de matières premières et d’énergie. Bref une fois encore, le médiatique prit le pas sur l'intelligence et l'efficacité.  

Et si nous faisions fausse route ?  

Si au lieu de ces règles compliquées et par là coûteuses et parfois difficilement applicables, nous nous fixions comme axe, sinon unique, du moins largement prioritaire, une seule ligne de conduite: Augmenter le prix de l’énergie jusqu’à ce que l’économiser devienne effectivement rentable pour le particulier, pour l’entreprise et pour le pays dans son ensemble ? Souvent, aujourd’hui encore, les travaux d’économie ne sont jamais amortis, n’en déplaise à la propagande.  

Une telle orientation soulève quelques réticences : Mais comment vont faire  les gens si l’on augmente encore le prix de l’essence, du fioul, du gaz, de l’électricité ?  

Remarquons d’abord que cette question se posera de toute façon : Comment ferons-nous quand il n’y aura plus de pétrole ? Or, au cours de ce siècle, sans doute avant 2050, le pétrole manquera tout à fait ou du moins, ne sera plus disponible qu’en si faibles quantités qu’il deviendra négligeable dans le bilan économique global (peut-être pas sur le plan géopolitique). Quelques décennies plus tard, c’est le gaz qui, à son tour, fera défaut et seul le charbon offrira encore un peu de (polluante) résistance. Donc, augmenter le prix de l’énergie n’est pas créer pour les gens une nouvelle et insurmontable difficulté, il s’agit seulement de donner un peu plus tôt et partiellement - car l’augmentation du prix ne signifiera pas l’interdiction absolue d'en consommer - une image atténuée de ce qui, inéluctablement, surviendra un peu plus tard.  

D’autre part, on doit évidemment faire remarquer que les incitations fiscales ou les aides directes ne consistent qu’à donner d’une main ce que l’on reprend de l’autre, il faut bien financer ces mesures. « Comment feront les gens ? » dit-on, mais que je sache, il est encore plus impossible d’’échapper à l’impôt qu’à l’augmentation de l’essence, du fioul ou de l’électricité (l’on peut souvent rouler un peu moins, se chauffer un degré plus bas ou… mettre un pull).  

 Cette orientation unique : augmenter le prix de l’énergie, présenterait de nombreux avantages.

- Elle donnerait un cap et ferait comprendre la réalité du monde de demain : un monde de pénurie énergétique obligée. Tous n’en sont pas encore intimement persuadés. En ce sens, elle préparerait l’avenir et favoriserait un autre état d’esprit et donc une meilleure résilience face aux difficultés prévisibles de ce 21ème siècle.

- Plus simple, elle entrainerait de substantielles économies administratives et les inévitables injustices liées aux situations toujours particulières.

- Elle donnerait aux gens la possibilité de faire des arbitrages entre par exemple : le chauffage et le transport, le confort et la mobilité, un nouvel achat et des travaux d’isolation... Bref, elle rendrait à chaque foyer la main sur son mode de vie et développerait la responsabilité. 

- Elle règlerait assez facilement la question des résidences rarement occupées qui ne se trouveraient pas ainsi pris dans un carcan administratif tout à fait inutile.

- Elle inciterait évidemment lourdement à l’économie d'énergie et développerait les travaux d’isolation qui sont presque toujours d’origine locale, développant ainsi l’emploi partout en France.

Bien sûr, il est difficile de promouvoir un tel message, d’autant que le prix de l’essence, par exemple, est à la fois symbolique et souvent mal perçu (voir cet article). Pourtant cela me semble la seule direction raisonnable et pérenne. Peu à peu, quelques voix s’élèvent pour le réclamer. « Si l’on n’augmente pas le prix de l’énergie, on se dirige droit vers une dictature. » disait Marcel Boiteux ancien président d’EDF et en effet, les troubles qui pourraient naitre d’une mauvaise anticipation de la déplétion énergétique sont imprévisibles, nul ne peut exclure que des régimes autoritaires ne naissent des dégâts d’une telle impréparation.

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(1) En réalité la crise de 1973 ne fut pas réellement une crise de manque. Des raisons politiques et des ambitions de rééquilibrages économiques ont été déterminantes, néanmoins c’est en gros depuis cette période que le monde  occidental vit dans une crise larvée en ne réussissant pas à se débarrasser ni du chômage, ni des déséquilibres structurels des comptes publique et de l’endettement concomitant. Seule l’inflation semble pour l’instant avoir été contenue.  

(2) Une visite sur le site Manicore permet de faire un point sur la question.  

(3) Cette chasse au Gaspi fut en effet un modèle d’infantilisation Pourquoi Diable,  fallait-il inventer ce genre de choses - un personnage avec un entonnoir sur la tête - pour parler d’un problème sérieux ? Excellente illustration du recul de l’argumentation écrite et raisonnée au profit d’un audiovisuel simple à base de pictogrammes que l’on croirait destinés aux enfants de 5 ans. 

Par Didier BARTHES - Publié dans : Energie
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Jeudi 31 juillet 2014 4 31 /07 /Juil /2014 20:24

Selon une étude menée à l’université de Brunswick, il suffirait de recouvrir de panneaux solaires un carré de 254 kilomètres de côté pour satisfaire à l’ensemble des besoins mondiaux en électricité.  

La perspective est attrayante : une telle surface : 64 500 kilomètres carrés, un peu moins que l’Irlande, ne représente guère plus de quatre dix millièmes (0,04 %) des terres émergées, un bien petit sacrifice au regard de ce que nous infligeons à la planète pour assurer notre production d’énergie électrique. Adieu controversées centrales nucléaires, adieu polluantes centrales à charbon et disgracieuses éoliennes ?

Voyons en détail cette surprenante estimation.

La consommation mondiale d’électricité s’élève aujourd’hui à 23 000 térawattheures (TWh) par an soit 2,3 x 1016 Wh (1).

La production d’un panneau solaire dépend :

- de la quantité d’énergie reçue du soleil sous forme de lumière.

- de son rendement, c'est à dire de sa capacité à transformer cette lumière en courant électrique.

Le rayonnement maximum reçu par un panneau solaire de un mètre de côté est limité par la constante solaire qui est la puissance de rayonnement reçue, toutes longueurs d’ondes confondues, en provenance du soleil (à la distance de la Terre) sur une surface d'un mètre carré orientée perpendiculairement à ce rayonnement. Hors atmosphère terrestre, elle vaut environ 1 360 watts.

Si les panneaux sont posés sur le sol (2), la Terre étant sphérique, cette puissance doit être divisée par quatre (3). Le rayonnement solaire incident moyen par mètre carré est donc de 340 watts. Pour un rendement de 100 % et si l’atmosphère et les nébulosités n’en diminuait pas la capacité tel est le maximum que pourrait produire de telles installations : 340 wattheures par heure et par mètre carré soit un peu plus de 8 kilowattheures par jour.

Bien évidemment, les rendements des panneaux solaires sont loin d’atteindre 100 %. En retenant une valeur moyenne de 10 % (4), la production d’un panneau d’un mètre de côté peut donc être estimée à 34 wattheures  (340 Wh x 0,1) pour une période d’une heure, soit un peu moins de 816 wattheures par jour et donc environ 300 kWh (816 Wh x 365) pour un an.

Il suffit alors de diviser la consommation électrique mondiale par cette valeur pour trouver le nombre de mètres carrés de panneaux solaires nécessaires :

2,3 x1016 / 3 x105 = 7,7 x 1010 mètres carrés soit 77 000 kilomètres carrés, ce qui correspond à un carré de 277 kilomètres de côté. Nous sommes bien dans le même ordre de grandeur.

Un ordre de grandeur est d’ailleurs la seule chose à laquelle puisse prétendre ce genre de calcul. Trop d’éléments font appel à l’arbitraire ou pour le moins à une estimation globale.

- Le rendement des panneaux solaires (4).

- Leur taux de disponibilité.

- La prise en compte de l’énergie consommée pour la fabrication, la mise en place, l’entretien et le recyclage des installations. Le coût de cet ensemble souvent dénommé « énergie grise » ne peut être justement estimé sans une connaissance précise de la durée de vie de ces équipement, point qui se trouve justement discuté : 25, 30, 40 ans ?

- Le lieu d’implantation, pour des raisons de latitude et de météo.

- Les conditions de transfert de cette énergie vers les zones de consommation. Au niveau mondial, cette question est loin d’être négligeable.

Dans l’étude de l’université de Brunswick on envisageait une installation au cœur du Sahara pour bénéficier à la fois d’une latitude relativement basse, d’un climat sec et ensoleillé et d’une quasi absence de végétation ce qui limiterait l’atteinte écologique.

A ces sources d’interrogation s’ajoutent évidemment deux éléments essentiels

- La question du coût : à 432 € le panneau de 2 m2, l’étude évoque une facture globale d’investissement de 14 000 milliards d’euros ! Cela correspond à une dépense de 2 000 € par terrien ce qui est absolument rédhibitoire compte tenu du niveau de vie moyen de la majorité des habitants de la planète. Le coût d’un panneau fabriqué en telles quantités reste toutefois soumis à caution.

- Les problèmes géostratégiques que poserait une telle concentration des sources d’approvisionnement énergétique. On ne connaît que déjà trop bien l’effet conflictuel de l’inégale répartition des réserves pétrolières et gazières.

La dernière remarque peut toutefois être contournée si l’on considère, et c’est probable, qu’une telle étude vise moins à promouvoir le projet en l’état, qu’à fixer les ordres de grandeurs et à montrer que pour une surface utilisée minime, l’énergie photovoltaïque serait en mesure de répondre à nos besoins. Le « solaire » est d’ailleurs par nature une énergie décentralisée qu’il serait peut-être stupide de vouloir concentrer pour la diffuser ensuite partout sur la planète avec les difficultés et les coûts afférents. On pourrait plutôt imaginer de répartir une surface équivalente de panneaux sur les bâtiments existants de façon à réduire à néant toute nouvelle emprise humaine sur le milieu. Cela résoudrait également en partie la question des pertes liées à la distribution du courant électrique à longue distance, même si la multiplication des producteurs constitue une source importante de complexité pour le réseau. La question du recyclage des panneaux reste ouverte, toutefois les filières se mettent en place.

Savoir si le photovoltaïque est une bonne solution (hors des lieux isolés de tout réseau où son utilisation est facile à justifier) dépend donc de la bonne appréciation des facteurs suivants.

- Les quantités d’énergie grise déjà évoquées sont-elles correctement évaluées ? Les opposants avancent des chiffres très différents quant à l’intérêt des panneaux solaires, certains prétendent que globalement, un panneau coûte énergétiquement une fraction importante de ce qu’il rapporte, point de vue contesté par les acteurs du système qui annoncent une rentabilité énergétique à partir de 3 ou 4 ans pour une durée de vie prévisible de 25 ans au minimum !

- Les filières de recyclages sont-elles réellement efficaces et sont-elles généralisables à la quasi-totalité des produits effectivement mis en service ? Dans l’estimation proposée les quantités en cause sont énormes, environ 10 mètres carré de panneaux par personne.

- Les coûts écologiques des autres énergies sont-ils réellement supérieurs ?

- La fabrication, l’installation, l’entretien et le recyclage de tels panneaux sont-ils concevables sur de telles échelles dans un monde où le pétrole serait (sera ?) devenu rare et cher ? L’or noir reste la source d’énergie ultra dominante pour les transports (toute activité nécessite du transport) et la chimie du pétrole intervient dans la fabrication de nombreux composants des panneaux. Notons que cette remarque, qui est aussi une inquiétude, doit s’appliquer à toutes les autres formes d’énergie, nucléaire compris.

Cette approche globale permet donc de fixer les ordres de grandeur. Pour l’instant, en France, le solaire est largement subventionné auprès des particuliers notamment à partir d’une politique très favorable de rachat du courant produit, politique qui ne pourra être maintenue dès lors que ce type d’énergie se développera. Il faudra que le photovoltaïque assure sa propre rentabilité. N’oublions pas non plus que cette étude ne concerne que l’énergie électrique soit environ 18 % de la consommation finale d’énergie mondiale (voir ici les statistiques fournies par EDF). Il reste donc à trouver des solutions pour les 82 % restant. Toutefois, si une forme de production électrique s’avérait particulièrement satisfaisante, on peut imaginer que la part de l’électricité dans la consommation d’énergie finale augmenterait.

Ajoutons que la consommation d’électricité est de toute façon probablement amenée à augmenter fortement du fait de la croissance conjointe de nos effectifs - nous devrions passer de 7,2 milliards d’habitants aujourd’hui à 10,9 milliards en 2100  (+ 51 %) selon le scénario moyen de l’ONU - et de la consommation électrique par habitant qui globalement augmente avec l’élévation du niveau de vie, malgré les efforts effectués, notamment en Europe pour maîtriser la dite consommation. Notre  « grand carré bleu » verrait alors sa surface augmenter en proportion.

Un autre élément doit enfin être pris en compte : la nécessaire diversité des sources d’approvisionnement. Un mode unique de production fragiliserait nos sociétés, de façon générale la résilience suppose la diversité.

_____________________________________________________________ 

(1) EDF indique sur son site une production  de 20 407 TWh en 2011. Le site Saga Science du CNRS propose 21 964 TWh pour 2011. Le site Enerdata indique pour 2013 la valeur de 22 600 TWh (au vu du graphique). Comme la production est plutôt sur une pente croissante nous retiendrons la valeur de 23 000 TWh  2,3 x 1016 Wh pour l’année en cours (2014). Un térawatt (mille milliards ou un billion de watts) vaut 1012 watts. 23 000 térawatts valent donc 2,3 x 1016 watts).

Rappel : l’unité d’énergie est le joule (J) qui correspond à une puissance de un watt appliquée (ou produite) pendant une seconde, un wattheure correspond donc à une puissance de un watt appliquée (ou produite) pendant une heure soit 3 600 joules, le kilowattheure de nos factures électriques vaut 1 000 wattheures ou 3,6 millions de joules. Le watt (W) est une unité de puissance, le wattheure (Wh) ou le joule (J) sont des unités d’énergie c’est-à-dire d’une puissance multipliée par un temps. Vous trouverez parfois l’orthographe wattheure, watt.heure ou watt-heure qui sont équivalentes, ainsi bien sûr que pour leurs multiples.

(2) Il est plus simple en effet d’imaginer des panneaux sinon posés sur le sol ou du moins parallèle à celui-ci. Toute autre configuration serait particulièrement complexe et coûteuse pour un projet de cette envergure. De plus, des panneaux installés sur des surfaces orientables se feraient de l’ombre les uns les autres dès lors que le soleil serait assez bas sur l’horizon.

(3) On divise une première fois par deux pour tenir compte de l’hémisphère dans la nuit et une seconde fois par deux parce que l’hémisphère éclairé présente lui-même une surface égale au double du disque de même diamètre interceptant la lumière solaire, la surface d’une sphère est d’ailleurs égale à 4 x Pi x R2 (R étant le rayon) soit 4 fois celle du disque correspondant. La surface d’un disque étant donnée par la formule : Pi x R2

(4) Dans cette estimation se situe évidemment la plus grande part d’arbitraire du calcul, EDF indique un rendement de 14,5 % pour des panneaux solaires cristallins du marché. Si l’on prend en compte l’obligation pour de grandes surfaces de réserver des espaces aux voies de communication, le fait qu’une partie du parc sera toujours indisponible et qu’une partie verra ses rendements baisser pour différentes raisons (vieillissement, ensablement, problèmes électroniques dans la chaîne de transmission…) l’évaluation d’un rendement à 10 % est peut-être même assez optimiste.

Par Didier BARTHES - Publié dans : Energie
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Mercredi 9 juillet 2014 3 09 /07 /Juil /2014 18:44

Au cours des dix dernières années l’homme civilisé s’est fait un nouvel ami : le  GPS ou Global Positioning systèm. Cet ingénieux procédé de localisation a su se rendre si indispensable que son usage militaire initial en est presque devenu anecdotique. Il est désormais dans notre quotidien (1). Avions,  bateaux, automobiles, téléphones portables, tout ce qui bouge a son GPS, les randonneurs et les cyclistes eux-mêmes, commencent à s’en équiper. Voyant un peu plus loin, les auteurs de science-fiction vont jusqu’à imaginer son insertion dans une micro puce sous cutanée qui permettrait à quelque Big Brother forcément bien intentionné, de connaître à toute heure, à toute seconde et au mètre près la position de chacun des dix milliards d’êtres humains que notre planète comptera bientôt. Quel progrès pour la sécurité ! Quel progrès pour la justice ! Quel progrès pour la productivité ! (2)

Cependant, malgré un goût marqué pour la géographie et une admiration réelle pour l’exploit technique que représente l’extrême sophistication de ce système (3), le GPS me parait avoir sa part d’ombre et jouer un rôle dans notre séparation croissante d’avec l’environnement.

On pourrait au contraire supposer que cette petite merveille qui situe son utilisateur par rapport au cadre naturel le plus évident, c’est-à-dire le sol de la planète, rapproche l’homme d’une perception plus vive du monde réel. En effet, et quoiqu’il ne présente pas toujours les résultats sous cette forme, le GPS pourrait réconcilier les hommes avec les concepts de longitude et de latitude, ou au moins plus largement, avec la cartographie. Chacun, grâce à lui, pourrait s’imaginer  dans la peau d’un explorateur digne des livres de Jules Vernes.

Las, il n’en est rien, tout au contraire.

Fini le plaisir pour le randonneur, carte IGN en poche, de deviner le terrain, d’associer les traits ou les détails de la carte aux réalités du monde, de suspecter l’ensoleillement ou de dessiner en lui-même les perspectives et les paysages au regard des seules courbes de niveaux, bref de se situer grâce à son intelligence et à son imagination : « Vous êtes là, ne cherchez pas, je pense pour vous » semble nous dire la petite boîte. Pareillement prise en charge, l’automobiliste a lui aussi tôt fait d’abandonner toute idée d’itinéraire. Il programme ses lieux de départ et d’arrivée et n’a plus qu’à choisir parmi d’autres, la voix la plus suave pour suivre la voie la plus courte.

Inutile pour lui de savoir que venant du nord il devra tourner à droite s’il veut aller vers l’ouest (4) le boîtier  pense et décide à sa place. « Tournez à droite dans 100 mètres, puis à gauche au rond-point...  ». Merveilleuse machine que vous pourrez contredire cent fois et qui jamais ne s’en offusquera (5). Par sa grâce, le monde se trouve réduit à un ensemble de vecteurs et de chiffres, présentés sur écran sous la forme de cartes simplifiées et de pictogrammes accessibles à notre esprit dessaisi afin de répondre instantanément à une demande pauvre mais pragmatique.

Par l’usage du GPS, l’homme abandonne toute vraie relation avec sa localisation, toute compréhension de son itinéraire, toute représentation mentale de la géographie et de son environnement. Il fait une confiance absolue au système, il lui demande un résultat sans se préoccuper du processus, en abandonnant dès l’instant toute maîtrise. De même qu’il n’est plus nécessaire de pêcher (de chasser, de cueillir….) pour manger, il n’est plus nécessaire de voir et de comprendre pour se déplacer. Nos machines ont supplanté nos muscles, elles supplantent maintenant notre cerveau sur un terrain de plus. Elles participent en cela à nous faire oublier le vrai terrain justement, celui de la planète. Elles nous éloignent de la matérialité du monde et cet éloignement dans toute ses dimensions est peut être la cause la plus profonde des problèmes écologiques. Nous ne respectons pas la nature et nous nous permettons de la détruire par ce que nous ne sommes plus en elle et n’y faisons plus attention. Nous n’avons plus avec elle que des relations médiatisées par une technologie dont nous avons même renoncé à comprendre le fonctionnement. Les économistes nous avaient déjà préparés à cette rupture en ne considérant dans le calcul des richesses que ce qui relevait du seul  travail des hommes, et en négligeant ce que la nature nous offrait. La technologie y a contribué plus encore en créant un cocon trop protecteur entre nous et les contraintes physiques du monde. Le GPS apporte une couche nouvelle, il est un vecteur de plus de cet éloignement, il constitue sous ses airs neutres et séduisants un symbole supplémentaire de notre divorce avec la nature.  

_______________________________________________________________   

(1) En particulier depuis que les autorités militaires américaines, après quelques atermoiements, aient, en l’an 2000, accepté de supprimer le brouillage qu’elles imposaient jusqu’alors pour interdire à d'autres puissances l’usage du GPS à des fins militaires. Ce brouillage limitait la précision de la localisation à 100 mètres environ. Aujourd’hui celle-ci atteint couramment moins de 10 mètres.

(2) Hélas, le point d’ironie manque  à la ponctuation.

(3) La prise en compte par exemple des effets relativistes est tout à fait impressionnante, il en est de même de l’analyse de troubles de la conduction des ondes électromagnétiques dans la haute atmosphère.

(4) Cette logique toute simple avait, il est vrai, déjà été mise à mal par les abominables échangeurs autoroutiers susceptibles de troubler le sens de l’orientation le plus aiguisé.

(5) Du moins jusqu’à ce que d’ingénieux informaticiens conseillés par de tout aussi ingénieux psychologues considérant la nécessité de mettre un peu d’humain dans l’affaire n’insèrent  dans les logiciels de synthèse vocale des remarques acerbes sur l’incompétence du conducteur. On peut évidemment broder à l’infini sur ce thème, jusqu’à simuler les plus subtiles scènes de ménage entre la machine et son propriétaire, laissant vite de côté l’origine cartographique du conflit.

Par Didier BARTHES - Publié dans : Billets d'humeur
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Vendredi 13 juin 2014 5 13 /06 /Juin /2014 16:04

Sous le titre « Des corrélations à la causalité » et sous la plume d’Isabelle Drouet, la revue  Pour la science publie dans son numéro de juin 2014 un article sur ce sujet délicat. C’est probablement l’une des fautes les plus courantes des médias, et parfois des scientifiques peu rigoureux, que de déduire automatiquement un lien de cause à effet à partir de l’établissement d’une corrélation statistique.

Combien de fois a-t-on lu que les gens qui mangeaient ceci ou cela, pratiquaient tel ou tel sport étaient moins touchés par telle ou telle maladie ? De cette corrélation l’on déduit trop hâtivement l’effet protecteur, ou au contraire destructeur, de telle substance ou de telle pratique.

Parfois, dénoncer le simplisme du raisonnement relève de l’évidence. Constatant par exemple que les parachutistes négligents dans le pliage de leur voile meurent moins souvent d’un cancer que les autres, il ne viendrait à l’esprit à personne d’en déduire pour autant que la négligence entrave la prolifération des cellules malignes. Un fait bien facile à deviner vient bouleverser la donne.

Bien souvent hélas, la situation est un peu plus compliquée et Isabelle Drouet en détaille les difficultés.

Tout d’abord même si l’existence d’une corrélation se trouve liée à une relation causale effective, le sens de cette causalité : quelle est la cause, quelle est la conséquence ? n’est pas toujours clair. Mais le problème principal relève bien sûr de la réalité même de la causalité, et la raison la plus fréquente qui vient troubler le raisonnement est l’existence d’une cause commune à deux phénomènes entraînant une corrélation purement statistique entre les évènements alors que ceux-ci sont causalement indépendants.

Comme le dit l’auteur : «  C’est là un fait général, quand une cause C a deux effets, E1 et E2, l’occurrence de E1 (ou de E2) augmente la probabilité de E2 (ou de E1) même si E1 ne cause pas E2, (ou inversement) ».

Les deux effets peuvent être liés par une même cause ou alors la cause et l’effet peuvent eux-mêmes être liés par un autre facteur influent.

Plusieurs exemples viennent illustrer ce propos.

Ainsi la consommation de chocolat par habitant est statistiquement corrélée au nombre de prix Nobel obtenus par un pays. Doit-on en conclure que la consommation de chocolat aiguise le cerveau ? Pas forcément (quoique certains le prétendent, mais c’est une autre question), bien entendu on peut imaginer que la consommation de chocolat est elle-même liée au niveau de vie général d’un pays et que ce niveau de vie est lui-même corrélé aux dépenses que ce pays peut se permettre en matière de recherche scientifique.

De même Isabelle Drouet cite la corrélation entre le prénom Irène et l’obtention d’une mention « très bien » au baccalauréat. Là aussi, inutile peut être de prénommer votre fille Irène pour lui donner plus de chances; simplement ce prénom se trouve statistiquement plus fréquemment dans les familles aisées disposant d’un solide bagage culturel, situation favorisant les bons résultats scolaires.

A l’inverse, il arrive qu’une causalité réelle ne se traduise pas par une corrélation statistique facile à mettre en évidence. Une absence apparente de corrélation peut laisser entendre qu’il n’y a aucun lien de causalité entre deux phénomènes alors que celui-ci se trouve masqué par un facteur perturbant venant annuler les conséquences de la cause étudiée. Madame Drouet cite le cas de l’amélioration de l’état des routes. Celle-ci doit logiquement constituer un facteur d’amélioration de la sécurité et donc de baisse du nombre des accidents. Malheureusement une route mieux entretenue pousse les conducteurs à rouler plus vite et le taux d’accident remonte. Doit-on en conclure que le bon état des routes n’est pas un facteur de sécurité ?  Difficile à dire, au premier abord, c’en est un (on dérape moins, on voit mieux etc.) mais si l’on prend l’ensemble des phénomènes et facteurs associés, alors cette corrélation disparaît ou pour le moins s’estompe.

L’article est donc plutôt rassurant puisqu’il montre que de simples outils mathématiques ne peuvent autoriser l’économie d’un raisonnement ni nous dispenser d’un effort pour la connaissance des choses. L’intelligence garde la main sur la stricte application des formules statistiques.

Les raisonnements évoqués dans cette étude concernent directement l’écologie.  Souvent des écologistes aussi militants que bien intentionnés démontrent, ou croient démontrer les effets bénéfiques de la consommation de tel ou tel produit « naturel » sur la santé. Ils oublient généralement que la consommation de ce produit est elle-même corrélée à un mode de vie différent où l’on pourrait détecter plusieurs cofacteurs influents sur les conséquences étudiées. L’exemple des accidents non évités par l’amélioration des routes s’applique aussi aux économies d’énergie. Concevoir des moteurs et plus généralement des voitures plus économes au kilomètre ne conduit pas à une économie globale de carburant. En effet, la baisse de la consommation individuelle se traduit par un abaissement du coût d’usage de l’automobile et indirectement par un renforcement de son utilisation, en nombre de véhicules comme en nombre de kilomètres parcourus par chacun, bref à une explosion du trafic routier, synonyme de consommation accrue d’énergie fossile.

On ne doit pas pour autant rejeter toute analyse statistique, les corrélations, si elles ne doivent pas induire de conclusions trop immédiates peuvent quand même mettre la puce à l’oreille et inciter à quelques réflexions. Ainsi les énergies dites renouvelables (vent et solaire dans le cas qui nous préoccupe) sont censées, à consommation égale, limiter l’émission de gaz à effet de serre. Or en Europe, l’un des pays qui a fait le plus d’efforts est l’Allemagne dont les émissions de CO2 sont sensiblement supérieures à celles de la France (voir ici l’analyse sur le site Manicore de Jean-Marc Jancovici). Cela doit nous conduire à réfléchir à l’ensemble du processus, ici par exemple à l’effet de la diminution de la part de l’énergie nucléaire et aussi au fait que ces énergies renouvelables, et a priori sympathiques, étant intermittentes, elles nécessitent, pour adapter en temps réel la production à la consommation, l’emploi sur grande échelle de moyens de productions électriques conventionnels généralement à base de charbon ou de gaz, le pétrole est désormais très peu utilisé pour cet usage. En écologie comme ailleurs, méthodologie et réflexions sont de mise, une approche globale est toujours nécessaire.  

 

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« Des corrélations à la causalité », par Isabelle Drouet, maître de conférences à l’université Paris Sorbonne. Dans  « Pour la science », numéro 440, juin 2014, pages 54 à 61.  Pour les passionnés du côté technique de cette réflexion, Isabelle Drouet cite les travaux du philosophe Hans Reichenbach.

Par Didier BARTHES - Publié dans : Méthodologie
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Samedi 24 mai 2014 6 24 /05 /Mai /2014 18:04

Qu'il faille réformer le millefeuille territorial, cet entrelacs de compétences partagées par tant de niveaux et de structures diverses, est devenu une évidence pour la plupart des acteurs, citoyens comme politiciens. Car, outre le coût bien réel des coordinations sur des dossiers intéressants 4 ou 5 administrations à la fois, cet éparpillement est propice à développer une culture de la non-responsabilité, fille de la dilution des décisions dans l'écheveau politico-administratif, culture génératrice de gaspillage, d'inefficacité technique et d'un affaiblissement du contrôle démocratique du fait de l'impossibilité pour les citoyens lambda d'identifier réellement qui fait quoi.

L'efficience de l'Etat français passe donc par sa réorganisation territoriale, c'est devenu aujourd'hui un lieu commun, une proposition d'évidence. Cela paraît même comme une obligation pour que la France survive dans la nouvelle économie-monde, si efficace et si concurrentielle que le surcoût de la puissance publique française semble devenu insupportable à nos acteurs économiques.

Surgit alors l'idée de constituer de grandes régions susceptibles de pouvoir se mesurer aux landers allemands d'un coup voués à notre admiration ; de supprimer l'échelon départemental ou à tout le moins de le vider de sa substance ; et de faire de même pour nos 36 000 communes en conférant aux intercommunautés la réalité de l'exercice local du pouvoir.

Et de voir, depuis l'annonce faite de la réforme territoriale par le premier ministre Manuel Valls, tout ce qui a une petite parcelle de pouvoir faire dans son coin des propositions de redécoupage : une passion pour le dessin des territoires envahit nos élus, un peu comme on l'avait connu sous la Révolution Française au moment de l'invention des départements. Avec souvent une façon de voir les choses de tellement haut qu'il est parfois facile d'oublier la réalité géographique, physique comme humaine, des territoires. Rappelons-nous le premier projet présenté dès la fin 1789 par le rapporteur Thouret s'inspirant des études du géographe du Roi, Robert De Heissen, consistant en un découpage au carré, avec des départements de 18 lieues sur 18, chacun divisé en 9 communes carrées, elles-mêmes divisées en 9 cantons pareillement carrés ... cette passion géométrique qui voulait ignorer les hommes et leur histoire comme la réalité physique du pays : plus de provinces, plus traces des anciennes communautés d'appartenance, plus de montagnes, plus de fleuves ni de rivières, aucun obstacle, juste un territoire lisse et plat avec des hommes interchangeables ... l'homme nouveau, unidimensionnel, n'était pas loin, et la Terreur non plus !

Bien sûr, nous n'en sommes pas là mais une réflexion intégrant la question écologique amène au moins une remarque et une demande.

Il y a dans les racines et les buts de cette réforme l'idée d'adapter la France au monde comme il va, et donc de tout faire pour que notre pays retrouve le chemin d'une croissance économique si désirée pour combattre le chômage. Les nouveaux territoires et leur articulation sont pensés in fine pour la croissance et pour elle seule. Mais peut-on penser l'organisation d'un territoire fort d'une histoire millénaire dans le seul but de résoudre un problème ponctuel d'ordre économique ? Difficile de ne pas trouver à cette réforme territoriale qui s'annonce, comme un certain manque de perception du temps long, ce temps qui tisse la vie entre une communauté d'hommes et de femmes et un bout de continent.

Oserai-je alors soumettre une demande qui ne soit pas d'ordre économique au beau milieu de ce tintamarre politique omnibulé par la question de la croissance ? Une demande qui consisterait juste à ne pas oublier que pour occuper et faire vivre écologiquement un territoire, il faut que les hommes et les femmes qui y vivent aient conscience d'une manière ou d'une autre d'appartenir à ce territoire et aient envie de s'y projeter. Sans ce sentiment, qui je le reconnais fait un petit pied de nez à la ballade de Brassens dédiée " à ceux qui sont nés quelque part ", j'avoue ne pas voir la question écologique capable d'échapper à une vision et un mode de gestion désespérément technocratique, tournant le dos à une démocratie vivante, lointain écho de la perception hors sol du géographe royal Robert de Heissen.

Le combat, qui fut gagné en 1789 contre le rapport Thouret et qui nous a évité des frontières à l'africaine, ces frontières tirées au cordeau et se moquant des territoires des tribus comme d'une guigne (ce que l'Afrique paie encore, notamment par des guerres locales sans fin), peut-il l'être aujourd'hui contre les technocrates et politiciens hors sol pour que nos territoires de demain soient propices à une prise en charge simple et démocratique de l'écologie par des habitants soucieux de leur environnement ?

Par Jean-Christophe VIGNAL - Publié dans : Politique
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Mercredi 14 mai 2014 3 14 /05 /Mai /2014 16:04

La décroissance, c'est une idée, un programme politique pour quelques-uns, un repoussoir à agiter pour la plupart de nos responsables. La décroissance, c'est aussi une réalité bien concrète pour des millions de nos concitoyens. Une décroissance parfois assumée et choisie, mais la plupart du temps une décroissance imposée par les circonstances, et plus ou moins bien vécue.

La décroissance, c'est quoi ? C'est d'abord une perte de revenus et donc de pouvoir d'achat.

La décroissance, elle est bien connue de l'immense majorité des retraités, de tous ces actifs qui du jour au lendemain passent le relais à une nouvelle génération et voient leurs revenus baisser de 30 à 50 %, notamment pour ceux qui ont choisi de travailler hors des secteurs protégés, dans le privé, le commerce, l'agriculture ou l'artisanat. Ce n'est pas nouveau bien sûr, mais cela ne doit pas empêcher de voir que chaque année des centaines de milliers de gens s'accommodent sans bruit de revenus réduits, jouant alors pour garder un peu d'air la carte du repli en province où la vie est moins chère, de la durabilité des objets qui les entourent et d'une modestie vraie dans les dépenses quotidiennes, réduisant la taille de la voiture et le nombre des sorties, ou profitant du temps qu'ils ne comptent désormais plus pour prendre en charge une partie des tâches qu'ils déléguaient auparavant.

La décroissance, elle est aussi connue de tous ceux qui à un moment choisissent de vivre autrement, cadres au bord du burn-out qui décident d'aller ouvrir des chambres d'hôtes au fin fond de l’Aveyron, ou salariés qui décident un beau jour de maîtriser leur vie en changeant de métier pour devenir boulanger, éleveur, jardinier, producteur de légumes, ou  repreneur d'une petite entreprise exploitant un savoir-faire boycotté par une industrie mondialisée. Ils le disent tous : à la fierté de retrouver un réel sentiment d'utilité s'établissent en contrepartie un travail bien plus prenant et des revenus bien plus faibles. Mais si c'était à refaire, la plupart le referait, clament-ils. En une phrase, ils travaillent nettement plus, ils gagnent bien moins, ils consomment moins aussi, et pourtant ils sont le plus souvent heureux de leur choix de vie, pour eux-mêmes comme pour leurs proches ou leurs enfants qu'ils peuvent élever dans un cadre plus serein et plus propice à leur épanouissement.

La décroissance, elle leur est tombée dessus ... je pense à tous ces chômeurs de longue durée, en fin de droit, et qui ne voient pas de perspectives à leur situation, car mal formés, ou trop âgés, ou trop on ne sait quoi à la fin ! Bref des hommes et des femmes dont on ne sait que faire, qui n'ont pas leur place dans le monde tel qu'il est et qui doivent continuer à vivre en partageant la paie de leur conjoint, ou qu'on subventionne sur dossier avec quelques petites centaines d'euros par mois. Eux aussi connaissent la décroissance et la vivent mal. Pour quelques-uns qui savent et ont les moyens de s'organiser, en travaillant un jardin potager, en glanant dans les campagnes les fruits des arbres oubliés et champignons et châtaignes dans les bois, en assumant directement l'entretien d'une maison qu'ils ne savaient que financer au temps de leur emploi, en maintenant une vie sociale à travers une participation à des associations, combien de chômeurs perdent pied, dépendant de leurs maigres indemnités pour tout payer, nourriture, logement, chauffage, fringues, et quelques petites choses, sans rien pouvoir faire de leurs journées au fond de leur appartement pour faire preuve d'un peu de résilience. Cette décroissance-là n'est qu'une misère, juste bonne à justifier tous les appels à la croissance quelle qu'elle soit : tout pour éviter ce drame « des hommes en trop » produit par une société d'abondance comme l'histoire n'en a jamais connu.

La décroissance est parmi nous, tous les jours des hommes et des femmes la vivent. Durement pour beaucoup, heureusement pour certains. Si tous savent qu'elle est possible, il n'en demeure pas moins que la décroissance comme projet politique est un sujet délicat qu'on ne peut manier qu'avec d'infinies précautions. Ce serait sinon une injure à nos concitoyens plongés dans l'impuissance.

Par Jean-Christophe VIGNAL - Publié dans : Société
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Jeudi 24 avril 2014 4 24 /04 /Avr /2014 12:44

En 2009, le professeur Mollo-Mollo,  publiait cette lettre ouverte aux ONG que l’on peut retrouver aujourd’hui dans: Le Futur a-t-il un avenir ? l’excellent livre de Philippe Lebreton. Elle n’a rien perdu de son actualité. A lutter contre la faim sans lutter contre la surnatalité on se donne bonne conscience mais on remplit le tonneau des Danaïdes. Par cette omission, on peut se demander si certaines ONG qui devraient avoir pour objectif ultime de créer les conditions de leur inutilité et à terme de leur disparition ne travaillent pas en réalité à la perpétuation de leur nécessité.

 

Chers collègues,

 

Nous sommes nombreux à admirer le dévouement et la compétence dont votre association fait quotidiennement preuve dans ses actions humanitaires pour réduire la misère du Tiers Monde. Un milliard de personnes ne sont-elles pas sous la contrainte de la faim après tant de décennies d’effort ? Je citerai un vieux proverbe chinois « Quand le réservoir déborde, avant d’aller chercher une serpillère, le sage ferme le robinet » Autrement dit, si le gâteau n’est plus assez grand pour nourrir tous les affamés, comment ne pas s’interroger sur la montée en puissance de tant de nouvelles bouches à nourrir ? N’est-il pas imprudent de faire venir au monde des êtres condamnés à s’entre-déchirer sous peu dans un milieu de plus en plus hostile et cruel, climatiquement et ethniquement ? Comme disaient les anciens (quand nous étions 50 fois moins nombreux) : « Laissez faire Vénus et vous aurez Mars » ? 

Intéressé à ce problème à la fois comme scientifique et comme citoyen je n’ignore pas les questions sous-jacentes (d’ordre économique, sociologique, éducatif, éthique) et ne sous-estime pas les blocages conscients et inconscients (d’ordre déontologique, politique, religieux) qui conduisent à l’assourdissant silence actuel des élites et des responsable sur la question démographique dans le Tiers Monde. Voulant à la fois contribuer à lutter contre le sous-développement et à lever les tabous démographiques relevant d’une irresponsabilité collective, je suis non seulement prêt à poursuivre mon aide aux ONG humanitaires mais encore à doubler la mise.  

J’assortis néanmoins cette proposition de la clause suivante : le montant antérieur continuerait à être attribué aux actions « habituelles », la nouvelle moitié à la maîtrise de la natalité dans le même contexte. Pour symboliser ce qui paraitra peut-être peu correct politiquement et religieusement aux yeux de certains, je propose une campagne intitulée pilule avec nourriture ou, plus précisément, « droits féminins et pilule avec nourriture et soins » volets indispensables pour une humanité/féminité durable, consciente et responsabilisée à tous les niveaux.  

Avec l’espoir de voir les réalités en face, je vous prie de recevoir, chers Collègues l’assurance de mes sentiments dévoués et les meilleurs.  

 

Professeur Mollo-Mollo.

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Le futur a-t-il un avenir ? Pour une responsabilité socio-écologique, par Philippe Lebreton, Editions Sang de la Terre, Paris 2012, 378 p. La lettre évoquée ci-dessus se trouve page 258.    

Par Professeur Mollo-Mollo - Publié dans : Billets d'humeur
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Mercredi 16 avril 2014 3 16 /04 /Avr /2014 22:24

Le dernier rapport du GIEC sur l’évolution climatique laisse entendre que la situation a empiré depuis la publication précédente en 2007 (*). Ce rapport affirme également que plus nous attendrons pour agir, plus cela coûtera cher ! La belle affaire ! Pour beaucoup moins d’argent, bien des analystes amateurs seraient arrivés aux mêmes conclusions.

La situation a empiré parce que les lois physiques n’ont pas changé, il y a d’ailleurs peu de chance pour qu’elles le fassent, et parce que, émettant toujours plus de gaz à effet de serre qui se stockent dans l’atmosphère pour une durée supérieure à celle séparant deux rapports du Giec, il est tout à fait normal que leur concentration ait augmenté et qu’en conséquence, les effets que l’on attend d’eux évoluent dans la même direction.

Parions sans prendre de risque que si la périodicité de publication est respectée, le prochain rapport sortira en 2021 et qu’il sera encore un peu plus alarmiste tout en l’étant un peu moins que celui de 2028.

Un peu de causticité sur ces rapports ou au moins sur leur utilité vient naturellement à l’esprit quand on entend les commentaires de la classe politique. Mettons de côté ceux qui balaient d’un revers de main ces perspectives alarmistes en jouant bien imprudemment sur les inévitables marges d’incertitudes et intéressons-nous à ceux qui en acceptent les conclusions. L’on entend alors parler de la nécessité de changer nos économies et de nous lancer dans la croissance verte et le développement durable. Disons-le tout net : c’est de l’escroquerie, la croissance ne sera pas verte et le développement ne sera jamais durable dans un monde fini, nous sommes lassés de ces concours d’oxymores.

Les quelques mesures d’économies évoquées ne changeront rien, car il importe bien peu à la nature que, sans se restreindre aucunement, nous brûlions toutes les réserves fossiles en 100 ans ou bien en 130 ou 140 ans après avoir tenté de repeindre la croissance en vert. La plupart des énergies renouvelables (sauf peut-être l’hydroélectricité mais pour laquelle les grands équipements existent déjà dans les pays développés) sont en fait très gourmandes en CO2. Ainsi les panneaux photovoltaïques consomment en énergie pour leur fabrication plusieurs années de ce qu’ils pourront ensuite produire (ne comptons pas en plus leur transport, leur montage et leur entretien ni leur recyclage car de toute façon il est quasi impossible). La plupart de ces solutions (éolien compris) nécessitent pour être mises en place et perdurer, la poursuite de notre société industrielle, seule à même de fournir les équipements et les matières nécessaires. Ne l’oublions pas nous avons déjà pratiquement épuisé tous les grands gisements de minerais faciles d’accès et le recyclage lui-même est énergivore et présente un taux de récupération largement inférieur à un. La biomasse elle-même a ses limites d’autant que son usage est loin d’être parfait puisque cela consiste à rejeter dans l’atmosphère beaucoup de composants qui auraient normalement dû réintégrer et enrichir les sols.

Il n’existe pas de solution pour poursuivre la croissance économique et démographique d’un monde de 7 et bientôt 10 milliards d’habitants qui ne soit catastrophique pour l’environnement. Les gaz à effets de serre n’en sont qu’un exemple parmi d’autres même si sur ce point les faits sont inquiétants, l’Homme modifiant désormais de façon marquée la composition de l’atmosphère de la planète (l’on n’ose pas dire de sa planète tant, sans doute, ce sentiment inné de propriété a quelque chose à voir avec l’irresponsabilité de nos comportements).

La seule solution serait de dessiner et de pouvoir entreprendre un vaste plan de décroissance économique et démographique avant que la nature ne nous l’impose, sous la forme d’un implacable diktat, celui du heurt contre les limites physiques du monde. La tâche semble au-dessus du pouvoir de quiconque.

A la décharge de nos responsables politiques, auraient-ils pris conscience de cette perspective, ce qui est hélas loin d’être sûr pour beaucoup d’entre eux, tenir un tel discours leur est impossible parce que leur essence même est d’offrir des perspectives heureuses.

Nous sommes dans un bolide lancé à 300 km/h vers un mur de béton désormais très proche. Si nous freinons, nous n’arriverons de toute façon pas à stopper à temps et de plus nous déraperons et heurterons le mur de biais ce qui parait encore plus effrayant. Si nous donnons un brusque coup de volant nous déraperons aussi avec les mêmes conséquences. Résultat : paralysés, nous ne faisons rien… et nous heurterons le mur de béton. James Lovelock avait très bien résumé la situation dans son ouvrage "La revanche de Gaïa" par cette phrase prophétique. « Notre civilisation est  dans la situation de celui que la drogue tuera qu’il continue ou qu’il cesse brusquement d'en consommer ». Comment mieux dire ?

Il fallait bien sûr se préoccuper du problème dès la grande reprise économique des années 50. Les mathématiques et le bon sens nous permettaient déjà de savoir que nous serions 6 milliards en l’an 2000 (et nous le savions et nous l’avons été) et que nous vivions dans un monde fini inapte en cela à supporter indéfiniment l’expansion. Mais déjà un tel discours était  inaudible, il heurtait de front la plupart de nos aspirations.

Que faire alors ? Je crois qu’il est temps d’avoir la lucidité d’admettre que l’écroulement est inévitable. Qu’il supposera souffrances pour les hommes et destruction de la civilisation dont certains aspects nous semblaient tout à fait extraordinaires sinon merveilleux. Au-delà des modalités difficiles à deviner et du sort propre à l’espèce humaine, il nous reste espérer aussi que dans cet écroulement quelques espèces survivront et que dans quelques millénaires (ou centaines de millénaires, car telle est l’échelle de temps pour la nature, bien loin de nos petites affaires humaines)  de nouveaux équilibres s’établiront comme cela s’est déjà produit à l’issue des grandes extinctions passées. Qui peut le comprendre aujourd’hui ?  Qui peut l’accepter ? Qui parmi les représentants de l’espèce coupable ?

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(*) Le dernier rapport du Giec (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) présenté ce mois d’avril est le cinquième du nom, les précédents ont été publiés en 1990, 1995, 2001 et 2007. A titre d’exemple la concentration en CO2 pour ces années était de 355 parties par millions (ppm) en 1991, de 361 ppm  en 1995, de 371 ppm en 2001, de 384 ppm en 2007 et devrait cette année être un peu inférieure à 400 ppm. Gageons qu’avec une croissance d’un peu plus de 2 ppm par an elle frôlera les 415 ppm pour le 6ème rapport du Giec au début des années 2020. (Voir ici les données moyennes de concentration en CO2 relevées au Mauna Loa).

Sur ce sujet voir également l’article publié sur le site du Monde.

Par Didier BARTHES - Publié dans : Billets d'humeur
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Samedi 5 avril 2014 6 05 /04 /Avr /2014 20:44

Il n'est jamais facile de quitter les ors de la République et d'abandonner avec le pouvoir le sentiment de faire bouger les choses. C'est pourtant ce qu'a décidé Cécile Duflot, le véritable leader d'EELV.  

Ce repli hors des palais ministériels peut se comprendre. Fallait-il cautionner un nouveau gouvernement qui met en premier objectif la réduction des déficits financiers et la poursuite à tout prix de la croissance, ouvrant par là des doutes sur son refus à terme de l'exploration des gaz des schistes et sur sa volonté de réduire vraiment la part du nucléaire en France ? Fallait-il aussi accepter de travailler sous l'impulsion d'un premier ministre, ancien ministre de l'Intérieur qui appliqua avec une certaine rigueur les règles sur l'immigration, en opposition complète avec le généreux programme d'Europe Écologie les Verts qui met en avant l'ouverture au monde et la fluidité des hommes ? Fallait-il continuer de soutenir une présidence qui ne s'intéresse pas vraiment à la fiscalité écologique, comme l'a montré sa frilosité sinon sa pusillanimité dans l'affaire de l'écotaxe ?

Les militants écologistes d'EELV avaient déjà bien montré à Caen en novembre 2013 toutes leurs interrogations, tous leurs doutes, toutes leurs réticences à cette participation à l'exercice du pouvoir lors de leur dernier congrès.

Bref, si on peut entendre l'hésitation qui s'est fait jour, portée notamment par leurs parlementaires Barbara Pompili et François de Rugy, quant à profiter de l'offre de Manuel Valls d'un grand ministère de l'Ecologie (rappelant d'ailleurs le ministère dévolu en 2007 à Alain Juppé dans l'euphorie de l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, signataire du Pacte écologique proposé par Nicolas Hulot), il est aussi aisé de comprendre que les valeurs et les choix portés par EELV ne seraient pas très à l'aise dans ce nouveau gouvernement dont l'efficacité revendiquée ne permettrait plus de masquer les divergences dont il avait été somme toute assez facile de s'accommoder dans le gouvernement plus tranquille et moins dynamique de Jean-Marc Ayrault.

Et puis, quel intérêt politique de s'associer à un gouvernement qui va devoir prendre des mesures impopulaires, en s'attaquant notamment à une part de l'Etat-providence, sans même avoir une perspective d'amélioration concrète avant la fin du mandat présidentiel de François Hollande ?

La sortie du gouvernement dans ces conditions peut donc apparaître, même si ce refus de participer peut aussi être lu par certains (1) comme un choix de confort fait au détriment de la défense de l'écologie et heurter une partie significative de l'électorat écologiste, à la fois comme le choix le plus en phase avec la culture politique des militants écologistes d'EELV et comme le choix le plus rationnel quant au strict plan de l'intérêt du parti.

Sortie du gouvernement d'autant plus intéressante que se dessine une autre configuration gagnante.

Comme dans la capitale des Alpes où Eric Piolle, militant EELV mais aussi ancien de la FIDL (2), participant au Réseau Éducation sans Frontière et proche de Pierre Larrouturou, le récent fondateur de Nouvelle Donne, a gagné la mairie contre le Parti Socialiste, en s'associant avec le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon. Il se devine ici, que ce soit à travers le profil personnel d'Eric Piolle ou les accords passés avec la gauche de la gauche, les contours d'une nébuleuse qui peut trouver, dans les moments difficiles qui s'annoncent, une dynamique particulière basée sur une alliance entre les bourgeois-bohèmes urbains très sensibles aux questions écologiques et tous ceux qui ont un intérêt au maintien sans faille de l'Etat-providence historique, gravitant autour du secteur public ou dépendant directement ou indirectement de ses aides. Alliance qui peut trouver son fonds de sauce politique dans la défense de l’Éducation, une aide significative aux banlieues comme à l'accueil des immigrés, une politique administrée du logement clairement en faveur des locataires, et le soutien effectif et volontariste - via des mécanismes plus ou moins subtils de financement basés sur l'endettement ou la création monétaire comme ceux décrits dans le programme de Nouvelle Donne ou dans les propositions de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme (3) - à la transition écologique (énergies renouvelables, isolation thermique, etc.), pourvoyeuse de bien de nouveaux emplois.

Cette nouvelle configuration, on peut l'appeler la tentation de Grenoble.

Elle a l'immense avantage, d'abord, de bien correspondre aux valeurs dominantes de l'écologie politique, qui en France s'est historiquement construite dans la foulée de Mai 68, et toujours à gauche de la gauche.

Elle se situe à Grenoble, ville bien connue depuis Hubert Dubedout comme lieu d'expérimentation politique ; après tout, le symbole n'est pas rien dans la culture politique française et résonne encore comme l'aube d'un renouveau de la gauche dans la France gaulliste.

Cette tentation de Grenoble a aussi et surtout pour elle la capacité à articuler un projet politique de défense de l'Etat-providence jusqu'à ses recoins les plus archaïques, avec la prise en compte novatrice, et qui paraît si nécessaire à beaucoup d'entre nous, de la transition écologique, offrant par là un débouché politique cohérent à tous ceux qui se détournent de l'expérience socialiste dans le cadre d'une économie libérale mondialisé menée par François Hollande depuis mai 2012.

Cette nouvelle configuration, c'est le pari politique de Cécile Duflot, ce qu'elle appelle « la social-écologie » (4), et ce n'est surtout pas la simple manifestation d'un prurit gauchiste comme certains voudraient le croire. Si sa viabilité politique ne fait guère de doute, il reste toutefois à s'interroger sur la viabilité réelle de ce programme (5), et si ce dernier n'est pas en train d'amener l'écologie politique dans une impasse historique, en jouant plus sur notre croyance enracinée dans un volontarisme politique capable de passer outre aux contraintes du réel que sur la nécessité d'aborder de front les problèmes qui se posent au pays en exposant au peuple le plus clairement possible les avantages et les inconvénients d'un virage écologique.

Face au choix opéré par Cécile Duflot de ré-légitimer et de renouveler le social-étatisme français par l'écologie, il pourrait paraître utile de commencer à tracer une autre voie pour l'écologie. Une voie qui refuserait les montages technocratiques seulement construits pour masquer les impacts inévitables que produirait une économie enfin durable ; une voie qui saurait jouer de tous les leviers possibles, de la décroissance acceptée de la consommation matérielle à une diminution choisie et contrôlée de notre population, tout en préservant les acquis d'une économie sociale de marché ; une voie capable d'entraîner les citoyens à déconstruire cette société urbano-industrielle basée sur la frustration et débouchant sur la pollution, la violence et le vide ; une voie basée sur l'adhésion consciente des efforts à fournir, et de l'abandon des facilités que cela signifie. Un chemin moins aisé à proposer, mais peut-être le plus prometteur à terme.

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1 : Remaniement : le jour où les Verts ont renoncé à l'écologie, Marie-Sandrine Sgherri, in Le Point, le 02/04/2014. Voir aussi l'analyse de Daniel Boy du Centre de Recherches Politiques de Sciences-Po in  l'Express, le 03/04/2014.

2 : La FIDL, en toutes lettres la Fédération Indépendante et Démocratique Lycéenne, est une organisation lycéenne française à but syndical, fondée en 1987.

3 : Marion Cohen et Alain Grandjean ont été en mars 2011 les rédacteurs d'un document intitulé Financer l'avenir sans creuser la dette, document de travail d'un séminaire de réflexion qui s'est tenu le 30 mars 2011. Le cœur du programme repose sur une politique de création monétaire au niveau de la Banque Centrale Européenne dont les auteurs finissent par reconnaître qu'elle 'conduit à un déficit public' (cf p.15 dudit document in encadré de bas de page). Par égard pour les auteurs et les nombreux contributeurs de cette note qui ont travaillé plus d'un an pour l'élaborer, on évitera de s'appesantir sur la contradiction entre le titre du document et ce qu'il implique : ne pas creuser la dette et accroître le déficit. On retrouve ici le recours à une complexe logique d'ingénierie monétaire utilisée pour éviter de dire clairement aux citoyens des pays européens que la transition écologique repose sur des arbitrages difficiles qui supposent une réorientation concrète de leurs dépenses et in fine une baisse de leur niveau de vie actuel au sens matériel. Juste une question : peut-on imaginer programme plus technocratique, évitant soigneusement de poser démocratiquement la question du virage écologique et des abandons volontaires qu'il suppose ?

4 : «Choisir la social-écologie, cela veut dire ne pas seulement préserver un modèle obsolète, mais préparer un avenir intense en emplois, où l'on produit et consomme différemment», explique l'ancienne ministre Cécile Duflot in Interview à Libération le 04.04.2014.

5 : Voir à ce sujet notre analyse sur le programme de Nouvelle Donne, programme qui peut être pris comme un élément important de cette nouvelle configuration et dont on voit la proximité avec les travaux menés par Stéphanie Roy, Nicolas Bouleau, Jean-Luc Gréau et alii, dans le cadre de la Fondation Nicolas Hulot (voir note précitée, p.2).

Par Jean Bruguier - Publié dans : Politique
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