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24 novembre 2016 4 24 /11 /novembre /2016 12:13

La radio RCF par la voix de Pierre Blanc a proposé récemment au porte-parole de Démographie Responsable d’exposer toutes les raisons pour lesquelles, la démographie était au cœur de la problématique écologique. Vous trouverez ici un lien vers cette interview et ci-dessous  sa retranscription.

Interview RCF Isère : 14 novembre 2016

Pierre Blanc - Didier Barthès

Pierre Blanc : Bonjour à tous, dans ce magazine Nature et Environnement qu’est la Maison Commune, nous allons aborder une question un peu difficile, la démographie mondiale. Question souvent mal traitée parce que rarement posée d’abord, voire très  mal posée parfois notamment en période électorale, voire totalement taboue donc assez souvent impossible à ouvrir.

Nous allons le faire car notre émission en charge de la vie sur la planète et de sa protection se doit d’ouvrir le micro.

A ce micro j’ai invité aujourd’hui le porte-parole de l’association Démographie Responsable : Didier Barthès. Monsieur Barthès, je vous laisse l’occasion de vous présenter

Didier Barthès : Bonjour, Merci de votre accueil et de votre invitation. Je suis en effet le porte-parole de l’association Démographie Responsable. Je suis économiste de formation. J’ai longtemps travaillé dans l’édition et dans le domaine de la télématique qui est l’ancêtre d’internet. Depuis quelques années, je partage ma vie entre des cours d’astronomie que je donne et le militantisme écologique.

J’anime un blog : Economie Durable sur le sujet, je milite au Mouvement Ecologiste Indépendant mais surtout je suis donc le porte-parole de cette association Démographie Responsable qui essaye de faire partager cette idée que la démographie est un facteur clef pour la protection l’environnement, que c’est peut-être le facteur central et vous l’avez déjà dit que c’est également  malheureusement  le facteur négligé.

PB : Démographie Responsable, les deux mots donnent tout de suite le ton. Nous allons avec vous et grâce à vous développer ce sujet qui n’est pas facile. D’abord je souhaiterais volontiers un état des lieux. Si la question se pose c’est qu’elle mérite de se poser selon vous et pourquoi ?

DB : Elle mérite de se poser pour une question d’ordre de grandeur. Comme en beaucoup d’autres domaines, il est important de connaître les ordres de grandeurs et de comprendre que l’on vit une époque tout à fait particulière en matière de démographie dans l’histoire de l’humanité.

Aujourd’hui nous sommes entre 7,4 et 7,5 milliards d’habitants sur la planète, c’est une situation extrêmement récente. L’essentiel de son histoire, l’humanité a été, comme les autres prédateurs, présente en très petit nombre.  Il y a 100 000 ans les effectifs de l’humanité  se situaient probablement entre 50 000 personnes et un million de personnes, probablement moins d’ailleurs.

Jusqu’à il y a 10 000 ans on estime que les effectifs de l’humanité étaient entre 5 et 10 millions d’habitants soit un sur mille par rapport à ce qu’ils sont aujourd’hui.

PB : Un sur mille par rapport à aujourd’hui ! 

DB : C’est un autre monde, cela n’a rien à voir. Avec ce qu’on appelle la révolution néolithique, c’est-à-dire l’apparition des grandes cités et l’organisation de l’agriculture, la croissance démographique a commencé à décoller et il y a 2 000  ans à peu près, à l’époque de Jésus-Christ nous étions entre 150 et 250 millions d’habitants disons 200 millions d’habitants.

PB : C’est loin des 7 milliards aujourd’hui.

DB : C’est très loin des 7 milliards, c’est 35 à 40 fois moins, prenez une salle de classe, c’est comme si il n’y avait qu’un seul élève au lieu d’une salle complète.

La démographie a crû relativement doucement jusqu’à l’an 900 et puis à partir de là et de l’an 1000 ça a commencé à monter, il a eu l’épisode brutal de la grande peste qui a marqué une petite pause. Ça a monté doucement et puis avec la révolution industrielle on a commencé à connaître une croissance plus importante. A partir de 1800 ou un peu après on a atteint le fameux seuil du premier milliard. Puis en 1930 : 2 milliards, 1960 : 3 milliards,  1974 : 4 milliards,  5 milliards un peu après. On est maintenant entre 7,4 et 7,5 milliards. Nous sommes aujourd’hui sur un rythme de un milliard de plus tous les 12 – 13 ans.

PB : Un milliard de plus  tous les 12 – 13 ans, ça fait des proportions gigantesques. J’ai lu que l’on rajoute à la population mondiale tous les 10 mois l’équivalent de la population française.

DB : C’est ça, c’est 80 millions de plus par an, donc ça fait à peu près ça. Une autre façon de le dire, c’est Paris tous les 10 jours, c’est 218-220 000 personnes tous les jours donc un peu plus de 2 millions tous les 10 jours, une ville comme Paris.

PB : Ce qui est intéressant c’est d’avoir à l’esprit ces données, on en parle pas souvent, très peu.

Donc là c’est un état des lieux, on voit qu’il y a du monde sur la planète, on peut s’en réjouir aussi bien sûr, mais il y a un lien très fort entre le monde sur la planète et la progression rapide, de plus en plus rapide. Il y a une progression de plus en plus rapide, c’est ça qu’il faut retenir.

DB : Oui, cette progression a été en terme de pourcentage de plus en plus rapide jusqu’aux années 1970. A cette époque-là entre 1965 et 1970 on a connu un taux de croissance de 2,1 % par an. Aujourd’hui le taux de croissance heureusement a diminué, il est un peu supérieur à 1% par an. Mais comme il s’applique à une population beaucoup plus importante, en réalité la croissance en nombre absolu est plus importante aujourd’hui. Entre 1960 et 1970 on gagnait environ 70 millions d’habitants par an, aujourd’hui on en gagne 80 comme nous l’avons dit. Donc en termes relatifs la croissance a légèrement diminué, heureusement car nous arriverions à des impossibles, mais en termes absolus elle n’a pratiquement pas diminué, elle a connu une  pointe autour des années 1995.

PB : Alors deux mots sur cette association Démographie Responsable, vous êtes nombreux ?  Elle se situe au niveau national ?

DB : C’est une association qui regroupe entre 150 et 200 personnes qui est au niveau national et qui regroupe des gens de toutes obédiences que ce soit au niveau politique ou religieux. Ce qui relie ces gens c’est un intérêt pour l’écologie, vous avez notamment des défenseurs des animaux, des végétariens…Il y a un respect de la nature qui regroupe tout le monde mais par ailleurs une grande diversité d’opinion.

PB : Alors j’ai une question : Est-ce qu’il existe un lien entre la croissance très forte de de la population mondiale dont nous sommes témoins et la dégradation de l’environnement ? C’est la grosse question me semble-t-il. Je vais le formuler autrement : Est-ce que ce sont les gens qui sont le problème ou est-ce que ce n’est pas plutôt le système de l’économie mondiale ?  Je vous laisse sur ces questions assez conséquentes.

DB : Il existe de nombreux problèmes et ni moi, ni personne, ne dispose d’une balance pour peser l’importance d’un problème par rapport à un autre. Ce qu’il y a avec la démographie, c’est que c’est un facteur qui agit sur tous les autres. Lorsque vous entendez parler d’environnement, vous entendez parler de pollution d’abord, vous entendez parler de consommation d’espace avec ce que cela suppose de pertes de variétés animales, de variétés végétales, de biodiversité comme on dit maintenant…

PB : D’énergie…

DB : Evidement vous avez la consommation d’énergie. Donc interviennent là, à la fois le nombre des hommes et leur façon de vivre. Alors, vous l’avez surement remarqué, pour l’instant, l’essentiel du militantisme écologique porte sur la façon de vivre. On nous demande demandant de consommer moins, d’être plus prudents, plus frugaux etc. Bien entendu Démographie Responsable soutient tout à fait cette démarche. Mais cette démarche n’est pas la seule nécessaire car une partie de la planète est encore relativement pauvre, c’est même la majorité. Et à cette partie-là nous ne pourrons dire « Consommez moins », ou alors il faudrait faire preuve d’un cynisme absolu.

Donc, si nous voulons donner un peu plus à consommer, un meilleur niveau de vie, un accès à l’éducation etc. Il est certain qu’on ne peut attendre de ce côté-là une baisse de la consommation mais plutôt, pour la majorité de la population, une augmentation de la consommation avec toute la cohorte d’inconvénients que cela peut avoir pour l’environnement. Donc nous disons : « Si nous voulons avoir un peu plus pour chacun, faisons un effort pour ne pas être trop nombreux ». En un mot : Nous ne serons pas à la fois riches et nombreux, donc si nous ne voulons pas être trop pauvres, peut-être faut-il faire un effort et être modestes en matière de Démographie.

PB : Alors ça c’est quel que soit le lieu sur la planète ? Il n’y a pas des façons différentes d’aborder la question de la démographie responsable ? Est-ce que cela se fait sur mesure en fonction des continents ? Les riches les pauvres, le Nord, le Sud ?

DB : Il existe des situations extrêmement variées. Il y a les pays en voie de développement qui consomment peu et qui, soit sont nombreux soit ont un potentiel de croissance démographique très important, c’est le cas en Afrique. Et vous avez les pays plus développés comme l’Europe, l’Amérique du Nord et le Japon où la démographie est quand même relativement importante, notamment en Europe, mais pour autant semble sur une voie de stabilisation mais où par contre le niveau de consommation est extrêmement élevé. Les mesures que l’on pourrait proposer ne sont évidemment pas les mêmes chez les uns et les autres.

Mais il y a dans les deux cas une chose qui est absolument essentielle et qui est souvent négligée dans l’ensemble des discours écologiques  que l’on peut entendre.  C’est que, quel que soit le niveau de développement, même dans les pays pauvres, et pardon si là je choque un peu, la présence des hommes, même frugaux, même pauvres, même, pardonnez-moi d’être un peu provocateur, même s’ils étaient tous des Pierre Rabhi, exclut de fait la présence d’un certain nombre d’animaux, les grands prédateurs notamment. Vous avez reçu récemment Yves Paccalet qui parle avec amour de ces prédateurs, mais on ne peut pas vivre au milieu de ces grands prédateurs. Donc à un moment donné, l’humain quel que soit son niveau de développement, doit partager la planète, ça c’est un message difficile à faire comprendre, car il ne donne pas seulement des boucs émissaires, il fait appel au partage.

PB : En fait la consommation d’espace par l’humanité, c’est quand même aujourd’hui pour vous notamment et vous n’êtes pas le seul, une source de destruction des différents biotopes sur la planète.

DB : Principalement, je vais vous donner d’ailleurs un exemple contraire d’ailleurs pour tous ceux qui nous disent c’est uniquement le mode de vie. Vous avez dans le monde un pays extrêmement consommateur où les gens ont probablement un  mode de vie qui devrait être un peu modéré. C’est le Canada, le Canada c’est comme les Etats-Unis, c’est comme nous, ce sont des gens riches qui consomment pas mal. Ils sont trois par kilomètre carré au Canada. Résultat : vous avez au Canada une couverture forestière absolument gigantesque, vous avez des élans, vous avez des ours, vous avez ce qu’on appelle une mégafaune, pour utiliser le terme technique. Et cela c’est donc tout à fait compatible avec un niveau de vie qui n’appauvrit pas les gens, qui leur permet quand même de bien vivre tout simplement parce qu’ils ne sont pas très  nombreux.

Essayez de trouver des élans en liberté en Hollande… Eh bien non, vous n’en trouverez pas.

PB : Et vous pensez que si l’on ne s’occupe pas de la démographie responsable, vous ne pensez pas que la planète a de quoi  nourrir tout le monde même si l’on sait que la faim existe et comment sur certains secteurs de notre Terre. La question de la nourriture des hommes, est ce que c’est la seule qui se pose.

DB : Il y a deux questions.  Est-ce qu’on pourra nourrir tout le monde ? Pour l’instant, si l’on répartissait mieux les choses, si l’on mangeait de façon moins carnée, sans doute pourrait-on nourrir tout le monde. Je suis plus prudent sur la question des gaspillages car je crois qu’il est très difficile de les éviter complètement. Mais l’on pourrait sans doute nourrir tout le monde, mais l’idée d’une planète absolument parfaite où il n’y ait jamais de gaspillage, où tout le monde soit gentil, tout le monde soit partageur, je ne sais pas si cela arrivera.

D’autre part, si l’on peut aujourd’hui nourrir tout le monde, c’est en particulier parce qu’on a une agriculture extrêmement productive qui fait appel aux énergies fossiles. Ces énergies fossiles, dans le siècle qui vient, elles vont commencer à manquer. C’est-à-dire qu’un facteur essentiel de la productivité agricole, parce que cela joue au niveau des engrais, ça joue au niveau de la mécanisation, ça joue au niveau du transport des produits, aujourd’hui les produits ne sont majoritairement plus produits où ils sont consommés. Eh bien le jour où il n’y aura plus de pétrole, pour dire les choses de manière directe, il risque d’y  avoir une très forte baisse de la productivité agricole. Donc oui, on peut probablement, dans des conditions optimales, nourrir tout le monde aujourd’hui, non demain on ne pourra pas nourrir tout le monde quand nous connaîtrons un manque d’énergie.

Ça c’était la première partie, pour la  deuxième partie : Est-ce que c’est la seule question qui se pose ? Bien sûr que non, parce  que même si l’on pouvait nourrir tout le monde, est-ce que moralement on a le droit d’éliminer tout ce qui vit sur la planète ?  Pour moi la réponse est non, tout simplement.

PB : La réponse est non, tout simplement. Nous allons dans une seconde partie aborder la question du tabou, le pourquoi de ce tabou c’est important aussi d’avoir le courage de l’aborder et notre radio le fait aujourd’hui. Nous le faisons après que Jean Ferrat nous ait dit : C’est beau la vie.

(Extrait de « C’est beau la vie », chanson de Jean Ferrat)

PB : Pouvoir encore chanter longtemps comme vient de le dire Jean Ferrat : Que c’est beau la vie !

Une démographie responsable, gros sujet  très important parce qu’il s’agit de l’avenir de la planète.

Il est vrai aussi que ce sujet a un côté très tabou, on en parle peu, très souvent on en parle mal. Et quand on en parle on se fait vite coincer,  attaquer,  pourquoi ce tabou ?

DB : Ce tabou est essentiel, vous venez de dire « on se fait vite attaquer », on est traité par exemple de malthusiens, vous savez combien cet adjectif a pris un côté péjoratif dans la bouche de beaucoup de gens.

Je voudrais illustrer ce tabou par un exemple récent. Vous l’avez peut-être vu, il vient de paraître un rapport qui s’appelle Planète vivante qui est publié par un certain nombre d’organismes de protection de la nature et qui montre encore une fois la catastrophe qui s’annonce.

Les derniers chiffres indiquent 58 % de vertébrés en moins en à peine plus de 40 ans, donc c’est une catastrophe. Eh bien, dans le même temps où la planète perdait la moitié de ses animaux, dans les 40 dernières années, elle multipliait par deux le nombre d’humains. Cette constatation qui est quand même assez simple à faire, je peux vous dire qu’elle n’est pas faite dans le rapport, elle n’est pas faite non plus dans les commentaires. Et, pardon d’être un peu dur là-dessus, elle n’est pas faite par la plupart des  écologistes.

Si vous prenez aujourd’hui le monde politique, presque personne n’évoque la question, presque tout le monde est nataliste. Il y a de rares exceptions, en France j’en connais trois. Il y a le leader du Mouvement Ecologiste Indépendant : Antoine Waechter, il y a l’ancien ministre de l’environnement : Yves Cochet et il y a eu récemment l’ancien Président de la République : Nicolas Sarkozy qui a dit que la question de la démographie devait être évoquée et qu’il souhaitait l’organisation de conférences sur ce sujet.

Pour le reste, tous les discours politiques de l’extrême gauche à l’extrême droite avec une unanimité parfaite sur ce point-là, touchante même, sont natalistes. Donc le tabou dans le discours est extrêmement fort. Il est moins fort chez les gens. Si vous discutez avec les gens dans la rue, une partie très importante d’entre eux vous disent : « Oui la question se pose ».

PB : Elle se pose, oui au moins elle se pose.

DB : Donc on pourrait en parler en choquant moins qu’on ne le croit, mais globalement les institutions sont extrêmement réticentes sur la question.

PB : Donc d’après vous, le public, l’homme ordinaire, comme vous et moi, se pose inconsciemment la question quand même, parce qu’il voit bien les chiffres qui progressent et ce n’est pas parce qu’il se pose la question qu’il devient un méchant.

DB : Bien sûr, au contraire.

PB : C’est ça le problème du tabou.

DB : Je ne vous ai pas répondu sur la question du pourquoi, il y a tout simplement un lien à l’enfant. L’enfant est sacré et si l’on dit aux gens qu’il faudrait peut-être faire un peu moins d’enfants, certains entendent que l’on est contre les enfants. Je veux tout de suite vous rassurer la quasi-totalité des membres de Démographie Responsable ont des enfants, ils les aiment largement autant que les autres. Je peux vous le promettre.

Donc le problème n’est pas cela, c’est même le contraire, parce qu’outre un respect pour la nature auquel nous tenons bien évidemment, il faut aussi que nos enfants demain puissent vivre dans un monde vivable et je vais peut-être vous surprendre en allant plus loin, mais il faut qu’eux aussi, demain, aient le droit d’avoir des enfants.

Vous savez parfois on nous dit : « Vous êtes comme en Chine, vous voulez faire la politique de l’enfant unique ». Mais il faut regarder ce qui s’est passé Chine. On y a fait cette politique de l’enfant unique quand, après des années on avait mené au contraire une politique de laisser aller et où la Chine allait à une catastrophe, elle n’aurait pas pu nourrir sa population, elle n’aurait pas pu se développer.

Donc, bien souvent les politiques autoritaires, qu’on ne soutient pas, je suis bien clair là-dessus, naissent d’une situation qui devient impossible. Donc si on veut éviter que demain nous ayons dans le monde un certain nombre de pays qui nous disent : « Ce sera zéro enfant ou au mieux ce sera un enfant », essayons d’être raisonnables aujourd’hui pour éviter les catastrophes demain.

PB : Vous êtes en train de nous dire que si rien n’est fait, on risque d’arriver à des solutions impossibles et terribles.

DB : Oui parce que les projections sont actuellement dramatiques. Depuis quelques années et contrairement à ce que nous ont dit  longtemps les démographes, la baisse du taux de croissance de la population c’est fini. Le taux de croissance de la population ne baisse plus. Dans un certain nombre de pays cela a même remonté et la fécondité même a remonté.

En Afrique du Nord par exemple elle a remonté, dans beaucoup de pays d’Afrique Sub-Saharienne c’est tout à fait catastrophique. On a le Niger avec plus de 7,5 enfants par femme. On a le Nigéria qui a presque 200 millions d’habitants. Le Nigéria ça fait le dixième de la surface des Etats Unis. Il est prévu qu’il ait entre 800 millions et un milliard d’habitants (en 2100) en entamant déjà une baisse de la fécondité, donc on voit bien que ce n’est pas possible, on voit bien que cela va conduire à des catastrophes. Donc, il faut tout faire aujourd’hui pour adoucir les choses pour éviter que demain on soit dans des situations impossibles qui nécessairement nous imposeront des contraintes.

PB : Alors puisque nous sommes dans le franc-parler, et dans le fait de poser des questions telles qu’elles sont ce que font souvent les gens mais ce que ne font pas forcément les gens qui sont responsables de la planète eux-mêmes. On est tous d’ailleurs responsables. Quelles sont les solutions ? Qu’est-ce que vous amenez comme idées. Comment faire ? Comment s’y prendre pour éviter qu’il y ait une cassure tout d’un coup ?

DB : D’abord il faut-être conscient que la démographie c’est une affaire longue, c’est une affaire qui présente beaucoup inertie. D’ailleurs c’est un problème car bien souvent,  les gens disent « de toute façon si on fait quelque chose ça ne donnera des résultats que dans 30 ou 40 ans » et comme cela on ne fait rien. Résultat des choses, comme les 30 ou 40 ans finissent par s’écouler, on arrive dans des situations catastrophiques. Il faut en avoir conscience. C’est-à-dire que quoiqu’on fasse pour la démographie, on aura les 9 milliards et demi à 10 milliards et demi en 2050, c’est quasiment acquis, c’est pour après, mais après viendra.

On a dit tout à l’heure que les situations étaient contrastées. Donc on ne va pas faire les mêmes choses dans des pays riches et dans des pays pauvres. Dans des pays où la baisse de la fécondité est déjà sensiblement entamée comme les pays européens pour la plupart d’entre eux et dans des pays comme le Niger où vous avez 7,6 enfants par femme.

Dans nos pays, même au sein pays européens la situation n’est pas la même. En France par exemple, nous avons un fort système d’incitation à la fécondité, avec un système d’allocations familiales très important, avec un système d’aides fiscales également important.

Nous, nous souhaitons adoucir ces transferts, pas les supprimer bien évidemment. Par exemple Démographie Responsable, a proposé que les allocations familiales ne soient plus progressives avec le nombre d’enfants. Et qu’on aille, pas tout de suite, et jamais de manière rétroactive, mais qu’on aille vers un système où l’on aide les gens à avoir un enfant, qu’on les aide aussi à en avoir deux et qu’après, en les ayant prévenus avant, on leur dise : « Au-delà de deux vous n’aurez pas plus que pour deux » Voilà, les allocations familiales s’arrêteraient au montant prévu pour deux enfants. Qu’un certain nombre d’aides aussi soient revues. Il ne faut jamais oublier que les aides, avant d’être des aides, sont des prélèvements sur les autres.

Il y a une aide qui est essentielle et qui est souvent oubliée c’est l’éducation. Il y a une chose qui est importante avant tout c’est que l’éducation soit maintenue, c’est-à-dire que même si vous avez six enfants il faut qu’ils aient le droit à l’éducation. Donc si on veut maintenir cette aide là, et bien sûr il ne faut surtout pas y toucher, il faut faire attention et il ne faut pas en donner tous azimuts.

Donc ça se serait pour les pays développés, éviter qu’un certain nombre de mesures politiques ou économiques  soient incitatives.

PB : Et pour les autres pays dits en voie de développement

DB : Pour les pays en voie de développement, l’idée serait que l’aide au développement soit majoritairement ou au moins de manière importante consacrée à l’aide à la contraception. Il y a encore une vraie difficulté d’accès à la contraception dans un certain nombre de pays, dans beaucoup même. Donc nous pourrions imaginer que par exemple 25 % de l’aide au développement soient consacrés à ce que l’on appelle de manière générale le planning familial.

PB : En quoi cette démarche et ces propositions étalées sur le temps, mais qu’il faut prendre tout de suite selon vous, en quoi ces démarches  sont respectueuses de l’Homme, de la vie, d’une démarche humaniste ? Ce n’est pas contradictoire selon vous ces propositions ? Peut-être même au contraire ? Je vous laisse le dire.

DB : C’est même exactement le contraire. Parce qu’il y aurait de plus humaniste, c’est de prévoir pour nous enfant un monde dans lequel on ne puisse pas vivre. Ça ce serait l’anti-humanise par excellence. C’est ce dont il faut convaincre, c’est de montre que ce combat là c’est un combat pour que le futur soit plus heureux.      

PB : Je viens de remettre à mon invité la petite phrase classique qu’il va lire en direct et ensuite il fera sa conclusion.

DB : « Le bonheur ne dépend pas de ce qui nous manque mais de la façon dont nous nous servons de ce que nous avons» C’est de Arnaud Desjardins.

PB : Je vous laisse faire votre conclusion.

DB : Tout à l’heure, quand vous m’avez demandé de me présenter, j’ai dit que parmi mes autres activités, se trouvait l’enseignement de l’astronomie. Vous savez que certains proposent que l’on aille voir les autres planètes et que l’on s’installe dessus.

Eh bien non, ce n’est pas ça qui nous manque, ce qui nous manque, c’est plutôt de nous servir de la Terre, et même plutôt que nous en servir, respectons là tout simplement. Il n’est pas nécessaire d’avoir une vision utilitariste. C’est sur  terre que  les problèmes vont se poser, c’est là que nous devrons trouver des solutions.

Ce n’est pas en inventant des choses sciencefictionnesques c’est tout simplement par un respect, par un respect de la beauté de la nature, c’est ça qui doit nous motiver et par une certaine modération, par un comportement responsable.

Nous avons la Terre, il faut la respecter, la protéger, inutile d’inventer des choses impossibles.

(Suite de la chanson de Jean Ferrat, C’est beau la vie)

1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 19:12

Avec la même régularité que les rapports du Giec confirment l’un après l’autre la rapidité du réchauffement climatique et la responsabilité de l’Homme, les rapports  Planète Vivante (1) - probablement bientôt mal nommés - soulignent la dégradation croissante et à vitesse accélérée de presque tous les écosystèmes. Pour dire les choses de manière plus directe, ils décrivent et prédisent la mort à très brève échéance de la quasi-totalité des grands animaux vertébrés avec qui nous partageons ou devrions partager la planète.

La dernière version - le rapport 2016 - ne fait évidemment pas exception et chacun retiendra ce chiffre effrayant : En 42 ans, de 1970 à 2012, le nombre d’animaux vertébrés sauvages marins et terrestres a chuté de 58 %. La chute devrait atteindre 67 % d’ici 2020 (c'est à dire dans 4 ans !) et se poursuivre au rythme de 2 % par an. Nous serons donc bientôt seuls sur la Terre !

On est saisis d’effroi.

On est saisis d’effroi parce que 42 ans c’est un battement de cil. Depuis 400 ou 500 millions d’années la Terre est habitée par les grands animaux et ce sera fini dans quelques années, en réalité, c’est déjà fini. Pendant cette période la planète n’a connu que cinq extinctions majeures, toutes d’origine naturelle, et nous sommes en train de précipiter la sixième à l’échelle d’une simple vie humaine.

On est saisis d’effroi parce l’on peut encore ouvrir les médias et les voir parler d’autre chose, se déchirer pour savoir si le PIB l’an prochain progressera de 0,5 ou de 0,8 % ou si les sondages pour l’un ou l’autre des candidats au pouvoir ici ou là sont un peu meilleurs que ceux de la semaine dernière.

On est saisis d’effroi par l’ampleur de notre faute parce qu’il ne s’agit pas seulement d’une catastrophe, mais aussi d’un crime, nous tuons le monde.

On est saisis d’effroi enfin par l’ampleur de notre aveuglement et les rapports "Planète Vivante" eux-mêmes, s’ils sont nécessaires, n’y font pas exception, passant quasiment sous silence la cause essentielle de cet effondrement, à savoir l’explosion du nombre des hommes.

Les introductions de Johan Rockstöm et de Marco Lambertini (2) qui se terminent d’ailleurs par des propos d’un optimisme en contradiction absolue avec le contenu du rapport,  n’y font pas allusion, le sujet n’est que très rarement abordé dans l’ensemble du texte qui donne une priorité presque totale à la question du mode de vie. Le graphique p. 78 et 79 : « Cartographie de l’empreinte écologique de la consommation » donne par exemple l’impression que le Canada ou la Russie sont catastrophiques pour la planète à cause de leur consommation, alors qu’au contraire, grâce à leur faible densité démographique se sont presque désormais les seules surfaces d’importance (avec quelques régions d’Afrique et d’Amazonie, justement peu peuplées) où subsiste une grande faune sauvage digne de ce nom. On voit bien d’ailleurs (p. 52) que globalement les sols les moins dégradés sont les sols des pays peu densément peuplés, c’est assez logique, le béton faisant mauvais ménage avec l’humus.

Cette sous-estimation du facteur population, devrait d’ailleurs logiquement conduire à une conclusion sans doute non voulue par les auteurs, qui est que nous devrions maintenir une forte proportion de la population mondiale dans la pauvreté.

Ne serait-il pas plus humain, au contraire, de laisser les gens les plus pauvres consommer un peu plus tout en faisant un effort de réduction de la fécondité ?

Page 108, le graphique général : « Les meilleurs choix pour une seule planète » ne fait aucune allusion au problème alors que tout ce qui y est listé en dépend.

Ces rapports enfin qui acceptent et popularisent le terme d’anthropocène, font eux-mêmes preuve d’un anthropocentrisme inquiétant en insistant sur les services rendus par la nature à l’Homme, comme si c’était cela qui devait seul nous motiver. Cet utilitarisme doit être dénoncé, il laisse entendre que si la nature ne nous était pas utile nous aurions le droit de la massacrer, il laisse le respect de côté. Devrions-nous raser l’Amazonie si par hasard il était démontré que les nombreuses espèces végétales et animales qui la peuplent ne devaient nous être d’aucune utilité pour développer notre pharmacopée ?

Dernière critique enfin cette affirmation bien optimiste selon laquelle nous consommerions 1,6 planète (voir p.75 où il est évoqué une biocapacité nécessaire de 1,6 Terre en 2012). C’est un chiffre totalement arbitraire. Par exemple, nous consommons 80 millions de barils de pétrole par jour alors que la Terre n’en produit pratiquement plus, c’est donc dès le 1er janvier à 0 h que nous dépassons le renouvellement de la ressource. Selon le poids (forcément arbitraire) que nous donnons à ce facteur, le chiffre global peut-être totalement différent. Comment aussi intégrer la disparition d’une espèce à cette forme de comptabilité trompeuse, qui laisse d’ailleurs entendre que si nous étions à peine plus de la moitié de nos effectifs actuels nous pourrions durablement vivre sans problème sur ce que la planète peut renouveler ?

Rappelons que durant l’essentiel de son histoire, l’humanité a été mille fois moins nombreuse qu’aujourd’hui, moins encore dans ses temps les plus anciens !

_________________________________________________________

 (1) Ces rapports Planète Vivante sont réalisés par le WWF, la société Zoologique de Londres, le Global Footprint Network et le Stockholm Resilience Centre,  il est possible de les télécharger via les liens ci-après :

 2016 (complet) , 2016 (synthèse), 2015, 2014, 2013, 2012, 2010, 2008.

(2) Johan Rockström est directeur exécutif du Stockholm Resilience Centre et Marco Lambertini est directeur général  du WWF international.

Published by Didier BARTHES - dans Biodiversité
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26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 14:24

Le réchauffement climatique et la réduction des émissions de gaz à effets de serre qui en sont la cause figurent parmi les quelques questions écologiques qui ont réussi à mobiliser le monde politique. Au point que tous les ans, depuis un peu plus de 20 ans, sont organisées des COP (conférences des parties) censées coordonner l’action des États en la matière. La dernière, la COP 21 en France, avait d’ailleurs bénéficié d’une forte médiatisation.

Chaque fois, les différentes sources d’émissions et les moyens de les réduire sont étudiés. Toutes les sources ou presque, sauf une : l’augmentation continue du nombre des hommes ! Depuis 1970 l’humanité a doublé ses effectifs et bien sûr, à comportement égal a de ce fait, doublé les sources potentielles d’émissions.

Pourtant le sujet reste tabou et rares sont aujourd’hui les responsables politiques osant l'évoquer.

C’est contre cette aberration, prétendre s’occuper d’un problème tout en refusant d’aborder l’un de ses déterminants principaux, qu’a décidé de lutter l’association Démographie Responsable en lançant le 20 septembre dernier une pétition destinée aux organisateurs et participants à la COP 22 qui aura lieu prochainement à Marrakech et en leur demandant de mettre la démographie à l’ordre du jour de leur discussions.

Vous trouverez ci-dessous le texte de cette pétition vous que pouvez par ailleurs soutenir via le lien suivant :

Pour que la démographie soit évoquée à la COP 22

Cette pétition est également disponible en langue anglaise

 

Pour que la démographie soit évoquée à la COP 22

Du 7 au 18  novembre 2016 se tiendra à Marrakech la 22ème Conférence des parties (COP 22) consacrée aux questions climatiques.

Depuis 1995 et la première réunion à Berlin, chaque année de telles conférences analysent les données scientifiques, proposent des mesures et engagent les Etats à les mettre en œuvre afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Toutefois, un facteur déterminant de ces émissions - et plus généralement de la pression anthropique - a été le plus souvent passé sous silence lors des COP précédentes : la démographie.

Depuis 1995 la population mondiale a augmenté de 1,7 milliard  (+ 30 %). Selon les projections de l’ONU  nos effectifs devraient encore progresser de 3,8 milliards d’ici la fin du siècle, soit une nouvelle augmentation de 50 %. En deux siècles, de 1900 à 2100, la population humaine aura été multipliée par 7. A comportement égal, c’est donc aussi par 7 qu’aura, été multiplié notre potentiel d’émissions de CO2. Ce facteur ne peut être éternellement ignoré.

La majeure partie de cette croissance démographique devrait avoir lieu dans les pays les plus défavorisés, là où les accès à la contraception comme à l’éducation restent les plus difficiles. Là aussi où, compte tenu du faible niveau de vie, il serait aussi irréaliste que  moralement injuste d’imposer des efforts importants en matière de réduction de la consommation énergétique.

Cette pétition a donc pour objet de demander à toutes les parties prenantes à la COP 22 d’inscrire la démographie à l’ordre du jour de cette conférence  afin de proposer des mesures susceptibles de freiner la croissance continue de nos effectifs. Mesures  telles que l’extension des moyens alloués à la planification familiale et à l’éducation dont on sait qu’ils constituent un élément fondamental en faveur de la baisse de la fécondité.

De telles mesures auraient d’ailleurs d’autres conséquences favorables, sur le plan du développement, sur le plan de la justice sociale et sur le plan environnemental en réduisant l’ensemble de nos rejets comme notre pression sur les territoires. 

Association Démographie Responsable

Published by Didier BARTHES - dans Démographie Climat
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23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 12:04

Un texte de Gérard Charollois

Parmi les sujets tabous et les interdits médiatiques trône la pression démographique, superbement ornée d’anthropocentrisme béat.

Les villes deviennent tentaculaires, les infrastructures ravagent les sites, la croissance est célébrée en vertu première, souvent fardée de « développement durable ». Dans le moindre village, le plus petit canton, les élus locaux courent après une augmentation perpétuelle de population, gage de leur gestion dynamique et de leur refus de voir leur circonscription devenir « une réserve d’Indiens » !

La terre se couvre d’asphalte et de béton, pour le profit des oligarques vantant leur développement, au nom du « progrès », de « l’emploi », du « désenclavement ». Les populations, anesthésiées par la propagande des milieux d’affaires, ne comprennent pas l’ampleur d’un phénomène qui n’a aucune autre finalité que sa perpétuation.

Pendant ce temps, la biodiversité s’effondre. De 2007 à 2014, 30% des éléphants de savane d’Afrique ont disparu, passant de 457 000 à 352 000 individus. En France, les oiseaux communs, ceux des parcs et jardins, ceux des zones urbaines, sont menacés d’extinction, au même titre que les amphibiens, les reptiles et les insectes.

Les causes de cette mort du vivant sur l’ensemble de la planète sont bien connues : disparition des espaces naturels, prévarication des milliardaires en mal de spéculation face à tout espace non exploité, cupidité des uns, cruauté débile des autres. Entre le promoteur, ses grands ouvrages nocifs et l’idiot de village avec son gros fusil, la nature meurt.

Ainsi, les éléphants, illustration d’un phénomène global, sont victimes des riches Chinois, dépourvus de principes moraux, qui veulent des objets d’ivoire et des braconniers, insensibles à l’écologie et au respect dû à l’animal. D’autres ignorants stupides achètent, à grand prix, des cornes de rhinocéros, pour pallier des déficits d’érections, ce qui s’avère aussi efficace que s’ils consommaient leurs ongles ou leurs cheveux !

Décidément, l’humain a bien tort de s’enorgueillir car, entre sa cupidité, sa cruauté et sa sottise, il ne mérite guère son podium ! Trop nombreux, trop prédateurs, les hommes ne laissent plus de place aux autres espèces vivantes. Du sommet des montagnes aux plaines désertiques, des pôles aux forêts tropicales, l’espèce humaine submerge tous les milieux, les transforme, les exploite, les pollue. Dans un siècle, 75% de la biodiversité aura disparu. Réduire la pression démographique devient un impératif si l’on veut sauver la diversité des formes de vies sur terre.

Comment ? Pour faire gagner la vie, récusons la mort.

Tout être vivant, donc tout humain, possède un intérêt légitime à vivre. Il est donc souhaitable, au nom de cet intérêt, de prolonger la durée de la vie de chaque individu, en lui conférant la santé. Ne limitons pas la population par la mort, mais en utilisant deux autres facteurs.

C’est par la limitation des naissances et des migrations qu’il faut enrayer la cancérisation de la terre par une seule espèce. Bien sûr, ces préconisations n’ont pas le droit de citer, car elles heurtent autant les injonctions monothéistes, favorables au natalisme, que les catéchismes politico-sociologiques, pro-migratoires.

Me voici, une fois encore, iconoclaste choquant pour tous les esprits formatés, parfaitement incorrect au regard des préjugés.

Si certains pays ont vu s’abaisser leur taux de fécondité, à l’instar de la Russie, de l’Allemagne, du Japon, d’autres sociétés perdurent à croître, provoquant des déséquilibres sociaux et économiques dont elles sont les premières victimes.

Contrairement aux politiques natalistes promues par les politiciens archaïques, il y a lieu d’orienter les aides sociales vers la personne et non vers la famille.

La croissance démographique, outre le natalisme, repose désormais, en Europe, sur l’immigration. Que voilà un autre sujet tabou, propice au naufrage de la pensée, aux hallucinations idéologiques.

J’ose l’affirmer : la migration massive et forcée est une souffrance.

Premièrement, souffrance pour la nature, car l’augmentation de population appelle une urbanisation accrue. Deuxièmement, souffrance pour les personnes migrantes, arrachées à leurs terres, à leurs climats, à leurs ancêtres.Troisièmement, souffrance pour les populations locales, elles-mêmes confrontées à des difficultés sociales.

Le natalisme est, bien souvent, fruit de l’ignorance.

L’immigration est fruit de la misère, de la guerre, des obscurantismes qui jettent les peuples sur les routes d’un exil dangereux et douloureux, d’un déracinement frustrant.

Contre le natalisme, il convient d’émanciper la femme, de la libérer des conditionnements, des commandements prétendument divins ressassés par des sociétés archaïques, de lui permettre d’accéder à une sexualité choisie dégagée de la procréation subie.

Contre les migrations de masse, il convient de guérir la misère, la violence, les guerres tribales, les superstitions identitaires qui dressent les communautés les unes contre les autres.

Victor HUGO aurait pu dire : « c’est ici le combat du jour et de la nuit ». Si l’homme extermine l’éléphant d’Afrique, l’hirondelle de fenêtre, le loup, l’abeille et le hérisson, qu’il périsse, étouffé par sa pollution ou noyé dans le sang de ses guerres communautaristes dont nous avons les prémices.

Je veux encore l’inviter à un sursaut éthique, en se débarrassant des milliardaires qui assassinent la planète par leur exploitation frénétique, en éduquant au respect de la vie les idiots de village qui tuent parce qu’ils n’ont pas appris l’unité fondamentale du vivant.

L’humanité peut se perdre par ses tares. Elle peut se sauver en mutant de comportement. Nous, biocentristes, ayons la lucidité de dénoncer les vices majeurs de notre propre espèce pour que celle-ci se réconcilie avec elle-même et avec l’ensemble de ce qui vit.

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Ce texte a déjà été publié notamment sur le site de Gérard Charollois : Une force pour le vivant ainsi que sur le site Altermonde-sans frontières. Ancien magistrat, Gérard Charollois, est président de l’association écologiste Convention Vie et Nature. Il est également candidat à l’élection présidentielle de 2017.

7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 06:44

Alors que la campagne présidentielle s’ouvre sur la défection du candidat potentiel le plus emblématique, Nicolas Hulot, le livre de Michel Sourrouille : l’Ecologie à l’épreuve du pouvoir apparaît comme particulièrement bienvenu.

La présidentielle fait justement l’objet des deux premiers chapitres, l’auteur y retrace les enjeux écologiques de cette élection ainsi que son histoire du point de vue écologiste : positionnement et résultats des candidats « écolos » mais aussi engagements et réalisations écologiques (ou pas) des présidents effectivement élus. L’occasion de comprendre que l’histoire de l’écologie en politique commence à être assez longue - la candidature de René Dumont a désormais plus de 40 ans - mais aussi hélas que, dans le discours comme dans l’action, les progrès sont plutôt minces (à titre personnel je considère même que la compréhension des enjeux écologiques était très supérieure chez René Dumont que chez nombre de ses successeurs).

Le chapitre 3 analyse les positionnements écologistes des différents partis. Le moins que l’on puisse dire est que le constat est bien peu encourageant, Michel Sourrouille d’ailleurs n’hésite pas à qualifier les mouvements politiques de balbutiants en matière d’écologie. Il est vrai, et l’auteur le souligne avec raison, que la plupart des partis, de la gauche à la droite, sont largement croissancistes et productivistes, de quoi bien mal engager le combat nécessaire pour la planète.

A tous ceux qu’intéresse l’Histoire, le quatrième chapitre apportera un rappel exact de ce que furent les différents programmes des partis écologistes ou d’obédience proche depuis 1971;  de « La socialisation de la nature » de Philippe Saint Marc jusqu’à 2016. On y retrouvera par exemple les 8 points clefs défendus par Arne Næss qui constituent encore aujourd’hui une référence de l’écologie profonde.

L’une des originalités de l’ouvrage (cinquième chapitre) est de proposer l’organigramme d’un gouvernement écolo avec ses douze ministères, leurs attributions et la politique à mener par chacun. Notons que l’auteur considère que l’écologie étant un point essentiel et transversal, le premier ministre devrait lui-même être investi de la fonction de ministre de l’écologie et devrait arbitrer toutes les décisions au regard de cette responsabilité. Remarquons également que le Ministère du Travail s’appellerait Ministère du Travail et du Temps Partagé. Comment mieux souligner la priorité que l’auteur donne aux conditions du bonheur ?  Il est vrai qu’en tant qu’ancien professeur de sciences économiques et sociales, Michel Sourrouille n’oublie jamais ce second volet et met l’économie au service du bien être de chacun, un objectif bien souvent négligé. Autre exemple, le Ministère de l’Energie (appelé ici Ministère de l’Energie Durable en Adéquation avec les Besoins), aurait pour fonction non de fournir toujours plus d’énergie mais d’en assurer la pérennité tout en en faisant décroitre le besoin, voilà qui est aussi audacieux que nécessaire.

Après ce volet programmatique Michel Sourrouille laisse libre cours à sa réflexion personnelle dans un sixième chapitre intitulé : Perspectives pour le 21ème siècle, donner vie à l’utopie. Il revient ici sur de grands thèmes, tels la liberté, la solidarité et bien sûr la démographie, question qui lui est chère et sur laquelle il a le courage de défendre des positions en désaccord même avec la plupart des écologistes. Qui en France à aujourd’hui l’audace de défendre Malthus ? Hélas, bien peu.

Le livre se termine par une bibliothèque et un lexique très complets. Dans la bibliothèque  on mélangera avec plaisir les oeuvres d’auteurs familiers à tous ceux  qui s’intéressent à la question comme Ellul, Jonas, Lévi-Strauss, Malthus, Illich ou Thoreau mais aussi celles de personnages connus pour d’autres raisons comme Gandhi ou La Boétie.

Bref un ouvrage très exhaustif qui satisfera tous les partisans de l’écologie tant par la justesse de la réflexion que par la sincérité de l’auteur : Un livre à lire avant d’aller voter en 2017.

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Michel Sourrouille : L’écologie à l’épreuve du pouvoir, un avenir peint en vert pour la France. Editions Sang de la Terre, Paris, juin 2016, 366 pages, 19 €, ISBN 978-2-86985-330-0

Michel Sourrouille est également le coordonnateur de l’ouvrage « Moins nombreux plus heureux » (éditions Sang de la Terre).

L'écologie à l'épreuve du pouvoir, un livre de Michel Sourrouille
Published by Didier BARTHES - dans Notes de lecture
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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 19:44

Bientôt un demi-siècle que le combat écologique moderne a commencé, et la société industrielle de croissance n'a qu'à peine infléchi sa trajectoire. La volonté de consommer, le besoin de créer des emplois, les problèmes à résoudre du fait d'une population toujours plus nombreuse, la difficulté des politiques à poser et faire entendre les contraintes de long terme dans un cadre électoral simpliste, tout cela nous enferme dans une trajectoire que l'on sait pourtant impossible à tenir plus longtemps. Mais cela, c'est juste le premier piège enfanté par la triple rencontre entre l'idée naïve de progrès des Lumières, une perception tronquée de la démocratie déjà recensée par Tocqueville et une vision technicienne si bien décrite par Jacques Ellul.

L'autre piège, nous le vivons tous les jours. Cette société de croissance détruit peu à peu pour ses propres besoins tous les référents et les modes de vivre que les sociétés humaines ont construit patiemment dans le temps long de leur histoire. Non seulement nous perdons petit à petit les valeurs de sobriété et de tempérance portées sans discontinuer par les générations qui nous ont précédées pour nous plonger dans un bain culturel hors sol construit par des opérateurs marketing fonctionnant à la petite semaine, les yeux rivés sur leur business plan, mais en plus cette société, de par les échanges et déplacements massifs de population qu'elle autorise - touristiques ou migrations durables - crée des chocs que nos sociétés s'épuisent à gérer.

Hier le voile, aujourd'hui le burkini, et derrière ces symboles des problèmes immenses d'intégration et d'assimilation qui impliquent des investissements majeurs et qui occupent aussi, au sens fort d'une occupation, le champ politique. A travers les débats actuels, on devine que la question constituera un élément significatif de distinction dans la future élection présidentielle et il n'est pas dans l'esprit de l'auteur de ces lignes de minorer son importance : cela nous touche au quotidien et affecte ce qu'on appelle désormais notre vivre-ensemble. En clair il s'agit de notre façon de vivre et de la manière dont notre société se voit et se pense elle-même, dans son présent et dans son avenir. Mais, concrètement, notre maison brûle et notre énergie politique se trouve absorbée par les problèmes déclenchés par cette société de croissance qui se moque des frontières et des cultures nationales, jusqu'à oublier de débattre des conditions et des moyens pour prendre un virage écologique pourtant si nécessaire. Au vingtième siècle, c'est la question du totalitarisme qui nous a tant occupé qu'elle a masqué l'immense dérive écologique de nos sociétés, il ne faudrait pas que la question autour de l'Islam prenne désormais tant d'importance qu'elle absorbe l'énergie politique dont l'écologie a tant besoin.

Traiter les questions soulevées par les migrations et les chocs culturels qui en résultent, il le faudra bien, comme il faudra aussi gérer les populations littorales touchées par la montée des eaux. Toutefois ces soucis-là ne devront pas prendre le dessus sur la question de la remise en cause de la société industrielle de croissance, remise en cause nécessaire, pas suffisante, indispensable quand même, si l'on ne veut pas être submergé par les problèmes immenses qu'elle ne manquera pas de continuer à générer si on la laisse courir sur son erre.

Published by Jean Bruguier - dans Société
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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 12:04

Le « Oui » au référendum en faveur de la construction de l’aéroport de Notre Dame des Landes est une des plus tristes nouvelles que nous puissions recevoir. Ainsi, la nature a perdu !

On peut bien entendu arguer que le périmètre de la consultation fut particulièrement bien choisi. Qu’un vote sur la seule commune de Notre Dame des Landes (où le « Non » a recueilli 73 % des suffrages) eut donné un autre résultat; qu’un vote sur l’ensemble de la région ou même sur la France - après tout, cet aéroport revendique une vocation internationale - eut peut-être connu une autre issue. Il n’empêche que le score est franc, que cela ne s’est pas joué à deux voix près et que dans l’isoloir nul n’avait un pistolet sur  la tempe.

On peut à l’infini condamner quelques boucs émissaires, les « Vinci » bétonneurs, les politiques peu soucieux du long terme, les arguments de mauvaise foi et les moyens financiers des partisans du oui  mais cela serait trop facile, cela serait se rassurer à bon compte.

Il nous faut admettre que la cause écologique est loin de faire l’unanimité, que pour une part sensible de la population, les valeurs habituelles de notre société, la croissance et le progrès forcément salvateur, sont encore largement dominantes et que, dans la balance, la nature ne fait pas le poids.

Les lois de protection des plantes et des animaux sont tout simplement effaçables d’un trait de plume à l’approche de n’importe quel projet. Une règle qui peut être facilement détournée et qui l’est régulièrement, n’est tout simplement plus une règle, la conclusion est claire, il n’existe pas aujourd’hui de loi de protection de la nature. Les loups d’ailleurs en font  la triste expérience.

Rappelons que la même dérive toucha la région lyonnaise lors de la construction du stade dit des lumières auquel on sacrifia sans état d’âme et avec la bénédiction des principaux partis, mais aussi des amateurs de sport, une des rares zones de l’agglomération non encore bétonnées. Il en sera de même très probablement pour la réalisation d’une autoroute supplémentaire entre Lyon et Saint Etienne.

Dans les trois cas, une infrastructure existe ou existait déjà. Dans les trois cas nous voulons toujours plus, dans les trois cas la défense de la nature se fracasse contre l’intérêt immédiat et les peuples ne sont pas innocents. Ils savent bien d’ailleurs que les aéroports sont nécessaires aux voyages comme le sont les routes et les compagnies pétrolières pourtant si décriées. Ils ne votent pas tout à fait sans raison et les politiques le savent aussi, le chantage à l’emploi fait le reste.

Globaliser les choses, rappeler que sur un monde dévasté, irrespirable, sans plus un arbre, même la question de l’emploi sera sans importance ne convainc pas. Nous nous heurtons là sur l’impossible conciliation du local et du global, du court et du long terme, de la nécessité d’une approche générale à longue échéance et de la pression d’un intérêt plus tangible, plus évident pour demain matin.  Cette opposition concerne toutes les activités des hommes et depuis longtemps, toutefois, tant que l’humanité n’avait pas colonisé l’ensemble de la planète et construit une société globale nous pouvions, sur ce point,  laisser la réflexion à demain et la cantonner à quelques philosophes ignorés.

Cette opposition fondamentale constitue la justification la plus profonde de ceux que tente le pessimisme, car elle touche non seulement les faits, mais elle incline à admettre la radicale inaccessibilité des solutions. La faute est trop profondément en nous.

La participation active des populations au désastre, la béatitude d’une grande partie des mouvements écologistes qui se complaisent dans l’oxymore d’une croissance verte résultent sans doute pour une part d’un égoïsme assez naturel (et nécessaire ?) à toute forme de vie et il n’y aurait pas lieu de s’en inquiéter si cette forme de vie n’avait désormais la possibilité d’influer sur toutes les autres et ne s’était ancrée dans l’illusion d’en être indépendante. Mais ce n’est plus le cas, nous avons changé de monde et nous pouvons tout détruire.

A terme, la nature engloutira les prétentions des hommes, mais il eut été entretemps tellement plus raisonnable pour l’humanité d’être son amie, affectueuse et intelligente.

Published by Didier BARTHES - dans Actualités
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8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 16:04

Pour la première fois, un homme politique français, ancien Président de la République de surcroit, place la démographie au premier rang des questions environnementales et suggère, à l’instar de ce que l’on fait déjà pour le climat, mais avec une priorité encore supérieure, l’organisation de conférences annuelles sur le sujet afin, dit-il, « de définir une stratégie démographique sur la planète ». 

A deux reprises en effet, une première fois le 30 avril dernier au Conseil National des Républicains et dans l’entretien au JDD qui a suivi, puis de nouveau le 3 mai à l’occasion d’une journée de travail de ce parti consacrée à l’environnement, l’énergie et la mer, Nicolas Sarkozy a insisté sur la prééminence du problème de l’explosion démographique et a assuré que son parti proposerait l’organisation de telles conférences.

Des déclarations, si inhabituelles de la part d’un dirigeant politique de premier plan, montrent que le tabou commence peut-être à se fissurer.

Si Nicolas Sarkozy a tenu de tels propos c’est sans doute qu’il en est convaincu, mais évidemment aussi qu’il estime que ces paroles sont désormais en mesure d’être entendues, qu’elles ne constituent plus un handicap pour celui qui les évoque. C’est là un changement notable dans un milieu politique traditionnellement conservateur où, même lorsque les gens étaient persuadés de la gravité du problème démographique, ils préféraient garder le silence.

C’est un premier pas nécessaire pour passer aux étapes suivantes, c’est-à-dire à la généralisation de l’interrogation à l’ensemble de la classe politique, écologistes compris, puis à la tenue de telles conférences et enfin, espérons-le, à la mise en place de mesures qui seront d’autant plus efficaces et d’autant moins liberticides qu’elles seront prises tôt.

Voici un bref extrait du discours du 3 mai 2016.

« Il y a un phénomène que nous n’avons jamais connu, jamais. C’est la pression démographique planétaire qui va nous amener… à passer de sept milliards à onze milliards et demi en 2100, demain matin. Onze milliards et demi, personne n’a jamais vécu cela sur la planète... »

« Cela me paraît un défi un peu plus considérable que le seul défi du réchauffement climatique… mais alors qu’on a mis une COP 21 puis une COP  22, au Maroc  sur les changements climatiques,   Les Républicains demandent une conférence mondiale annuelle sur la démographie mondiale, sur la nécessité d’un planning familial et de  la (sur là ?)  définition d’une stratégie démographique sur la planète. »

Cette priorité qu’affiche Nicolas Sarkozy pour la démographie plutôt que pour le climat fera sans doute grincer quelques dents chez les écologistes, pourtant l’ancien président à raison d’aller à la racine du problème.

Les émissions de gaz à effet de serre sont une conséquence et non une cause première, conséquence de notre mode de vie et de nos effectifs toujours croissants. Si le premier de ces facteurs, le mode de vie, est régulièrement mis en cause, la démographie a pourtant sa part de responsabilité. Aucune personnalité aussi marquante n’avait jusqu’alors oser l’affirmer en public (*).

Bien entendu de tels propos ouvrent la porte à mille débats : Qui sera concerné ? Les pays à plus forte croissance démographique ? Les pays à plus forte densité ? Quelles autres actions - on pense notamment à l’éducation et au développement du planning familial - doivent être menées de pair ? Comment faire concrètement accepter l’idée d’une descendance plus modeste à des personnes pour qui cela semble la seule richesse ? Comment financer ces efforts ?  

Ces questions seront justement l’objet des conférences si le projet se concrétise; elles valent la peine d’être posées et la rupture mérite d’être soulignée.

(*) Nicolas Sarkozy a-t-il été convaincu par la lecture de ce livre ? A-t-il parcouru le site de l’association Démographie Responsable qui milite en ce sens depuis plusieurs années ?

Published by Didier BARTHES - dans Démographie
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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 16:24

Une société durable, démocratique et responsable, peut-elle tolérer qu'une partie significative de sa population se drogue ? Aujourd'hui la réponse en France est plutôt négative, même si une sorte de tolérance s'est peu à peu instituée avec pour effet de laisser s'installer une zone grise où on laisse faire, où on ferme les yeux, et puis de temps en temps on frappe, accentuant par là un sentiment d'arbitraire et d'injustice.

Les récents attentats ont cependant bien montré la perméabilité entre délinquance des quartiers, en bonne partie liée au trafic de stupéfiants en tout genre, et les réseaux terroristes. Il y a là une occasion unique d'engager le fer contre la drogue dans nos sociétés et de prendre des mesures sérieuses et courageuses. En effet, puisqu'il est désormais avancé que les trafics de stupéfiants encouragent la dégradation de la sociabilité dans des pans entiers du territoire, dégradation qui peut déboucher sur des actions terroristes, alors il est possible et fondé de rendre coresponsables de cette dégradation et de ses conséquences tous ceux qui alimentent ces trafics, pas seulement ceux qu'on considèrent comme les méchants dealers mais aussi ceux qui alimentent en bout de chaîne ces trafics en achetant et en consommant des stupéfiants.

Tuer le marché est une solution qui n'a été que peu explorée jusqu'à aujourd'hui, n'en déplaise à tous ceux qui estiment qu'on a tout essayé et qu'il ne reste que la solution de la dépénalisation. Mais que peut-on faire pour tuer le marché ? L'expérience menée depuis plus d'un demi-siècle, et qui s'est traduite essentiellement par une chasse policière aux trafiquants, a largement montré ses limites en se concentrant uniquement sur l'offre : la solution la plus évidente consiste donc à porter aussi les efforts sur la demande, en aval du trafic, c'est à-dire à décourager par des sanctions exemplaires ceux qui continueront à consommer des substances illicites.

Mais qui dit sanctions exemplaires évoque des sanctions qui peuvent bouleverser la vie de ces acheteurs. Il faut donc au préalable pour que ces mesures soient acceptables préciser quelques points.

D'une part, il semble nécessaire d'opérer une dissociation entre une consommation addictive et une consommation à but thérapeutique, et reconnaître cette dernière en la légalisant et en encadrant sa pratique.

D'autre part, il est important de prévenir préalablement tous les consommateurs de ces drogues que persévérer dans leur attitude se paiera d'un coût social très élevé : un large débat avant toute modification de nos règles de droit est d'autant plus nécessaire que les sanctions seront impactantes. De plus il faut prévoir de permettre à tous les addicts qui le souhaitent de se faire accompagner, avec l'aide compréhensive des autorités publiques, pour ensuite n'avoir à cibler que ceux qui s'entêtent à alimenter un trafic dommageable à l'ensemble de la collectivité et désormais perçus comme des personnes responsables et non plus comme des victimes innocentes piégées par de méchants dealers.

Déclarer la guerre à la drogue ne consiste pas à traiter les consommateurs en ennemis, mais à leur faire savoir qu'ils n'ont plus le choix, sauf à prendre des risques inconsidérés. La drogue, ça doit devenir tabou. Même dans le cadre d'une société de croissance dont tout porte à croire qu'elle va dans le mur. Même si l'absence de perspective, le côté no futur de la société industrielle, peut expliquer bien des comportements destructeurs. Car comment accepter de rester dans la présente situation, semi-permissive de facto, situation qui nous mène aujourd'hui à un point de rupture, avec non seulement des réseaux de délinquance aux innombrables ramifications mais aussi désormais des réseaux terroristes se nourrissant de cette décomposition sociale ? Comment aussi pourrions-nous tenter de prendre le virage écologique si nécessaire sans mettre tous nos moyens et toute notre force dans la conduite d'un changement d'une ampleur inégalée et qui a besoin de citoyens responsables et lucides : une société gangrenée par la drogue et ses trafics obère ses chances de réussir cet exigeant virage.

Published by Jean Bruguier - dans Société
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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 17:44

Dans la seconde partie du XXème siècle, on appelait ça les dégâts du progrès. Des paysages saccagés, des banlieues moches aux portes des villes patiemment construites au fil de notre histoire pluriséculaire, des pans entiers de la société rurale détruits, une sociabilité portée par le petit commerce et de nombreux artisans en voie de disparition, et une pollution qui commençait à se faire sentir. Mais, hormis de rares intellectuels accompagnés d'écologistes assez méfiants sur ce qui se préparait, la plupart des citoyens trouvaient leur compte dans cette société de croissance qui garantissait à la fois un confort domestique encore inconnu, un quasi-plein emploi et un système de retraite faisant oublier la misère frappant la majorité des personnes âgées. La machine à laver et la voiture faisaient gagner du temps et ouvraient de nouveaux horizons … Après le temps des deux guerres mondiales, la croyance en un avenir toujours meilleur, brisé en 1914, a fini par revenir. Et les dégâts dénoncés pouvaient sembler être corrigés ou absorbés par ce grand mouvement de progrès.

Mais la pollution a gagné du terrain, et on sait désormais que celle-ci abrège l'espérance de vie de millions de nos compatriotes.

Mais la société de croissance, opérant souvent un chantage à la guerre, a su créer des ensembles économiques immenses et favoriser les échanges commerciaux au niveau mondial, mettant en avant les idées économiques libérales, et surtout permettant dans les faits une concurrence déloyale favorisant les moins-disants sociaux et écologiques . Demandez aux agriculteurs survivants - et ils sont loin d'être les seuls - ce qu'ils en pensent !

Mais nos écosystèmes n'en peuvent plus de nos prélèvements et de nos rejets toujours plus massifs et les signaux d'alerte se multiplient, avec des conséquences que nous pouvons commencer à mesurer concrètement.

Mais notre système de retraites, tant vanté pour obtenir l'adhésion de nos populations, se révèle de plus en plus une construction intenable sans une remise en cause des montants versés et sans un report toujours plus tardif de l'âge de départ.

Cela ne suffit pas. Aujourd'hui, pour relancer un taux de croissance stagnant depuis une décennie, ce sont les règles habituelles et l'esprit du salariat qui sont remis en cause, transformant aisément les employés en simple variable d'ajustement dans la stratégie de l'entreprise. Bien sûr celles-ci n'ont pas attendu la loi El Khomri pour licencier, mais ce que cette loi change profondément, c'est un état d'esprit : auparavant le licenciement économique était majoritairement vécu comme un échec par l'entreprise, demain il sera perçu comme un acte dynamique de gestion. Et c'est sans doute cela qui fait que la société française se cabre devant cette évolution, refusant instinctivement de mettre la vraie vie des salariés dans la moulinette des études de cas comme enseignées à l'INSEAD et autres MBA.

Jusqu' où faudra-t-il aller pour soutenir la société de croissance, jusqu'où accepterons-nous la destruction de ce qui fait société, de ce qui fait notre société, pour tenir à bout de bras un modèle incapable de voir à trente ans et qui, si l'on se souvient des avertissements énoncés par Claude Lévi-Strauss, René Dumont ou Jacques Ellul, doit faire l'objet d'un changement majeur ?

Published by Jean-Christophe VIGNAL - dans Société
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