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26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 14:24

Le réchauffement climatique et la réduction des émissions de gaz à effets de serre qui en sont la cause figurent parmi les quelques questions écologiques qui ont réussi à mobiliser le monde politique. Au point que tous les ans, depuis un peu plus de 20 ans, sont organisées des COP (conférences des parties) censées coordonner l’action des États en la matière. La dernière, la COP 21 en France, avait d’ailleurs bénéficié d’une forte médiatisation.

Chaque fois, les différentes sources d’émissions et les moyens de les réduire sont étudiés. Toutes les sources ou presque, sauf une : l’augmentation continue du nombre des hommes ! Depuis 1970 l’humanité a doublé ses effectifs et bien sûr, à comportement égal a de ce fait, doublé les sources potentielles d’émissions.

Pourtant le sujet reste tabou et rares sont aujourd’hui les responsables politiques osant l'évoquer.

C’est contre cette aberration, prétendre s’occuper d’un problème tout en refusant d’aborder l’un de ses déterminants principaux, qu’a décidé de lutter l’association Démographie Responsable en lançant le 20 septembre dernier une pétition destinée aux organisateurs et participants à la COP 22 qui aura lieu prochainement à Marrakech et en leur demandant de mettre la démographie à l’ordre du jour de leur discussions.

Vous trouverez ci-dessous le texte de cette pétition vous que pouvez par ailleurs soutenir via le lien suivant :

Pour que la démographie soit évoquée à la COP 22

 

Pour que la démographie soit évoquée à la COP 22

Du 7 au 18  novembre 2016 se tiendra à Marrakech la 22ème Conférence des parties (COP 22) consacrée aux questions climatiques.

Depuis 1995 et la première réunion à Berlin, chaque année de telles conférences analysent les données scientifiques, proposent des mesures et engagent les Etats à les mettre en œuvre afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Toutefois, un facteur déterminant de ces émissions - et plus généralement de la pression anthropique - a été le plus souvent passé sous silence lors des COP précédentes : la démographie.

Depuis 1995 la population mondiale a augmenté de 1,7 milliard  (+ 30 %). Selon les projections de l’ONU  nos effectifs devraient encore progresser de 3,8 milliards d’ici la fin du siècle, soit une nouvelle augmentation de 50 %. En deux siècles, de 1900 à 2100, la population humaine aura été multipliée par 7. A comportement égal, c’est donc aussi par 7 qu’aura, été multiplié notre potentiel d’émissions de CO2. Ce facteur ne peut être éternellement ignoré.

La majeure partie de cette croissance démographique devrait avoir lieu dans les pays les plus défavorisés, là où les accès à la contraception comme à l’éducation restent les plus difficiles. Là aussi où, compte tenu du faible niveau de vie, il serait aussi irréaliste que  moralement injuste d’imposer des efforts importants en matière de réduction de la consommation énergétique.

Cette pétition a donc pour objet de demander à toutes les parties prenantes à la COP 22 d’inscrire la démographie à l’ordre du jour de cette conférence  afin de proposer des mesures susceptibles de freiner la croissance continue de nos effectifs. Mesures  telles que l’extension des moyens alloués à la planification familiale et à l’éducation dont on sait qu’ils constituent un élément fondamental en faveur de la baisse de la fécondité.

De telles mesures auraient d’ailleurs d’autres conséquences favorables, sur le plan du développement, sur le plan de la justice sociale et sur le plan environnemental en réduisant l’ensemble de nos rejets comme notre pression sur les territoires. 

Association Démographie Responsable

Published by Didier BARTHES - dans Démographie Climat
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23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 12:04

Un texte de Gérard Charollois

Parmi les sujets tabous et les interdits médiatiques trône la pression démographique, superbement ornée d’anthropocentrisme béat.

Les villes deviennent tentaculaires, les infrastructures ravagent les sites, la croissance est célébrée en vertu première, souvent fardée de « développement durable ». Dans le moindre village, le plus petit canton, les élus locaux courent après une augmentation perpétuelle de population, gage de leur gestion dynamique et de leur refus de voir leur circonscription devenir « une réserve d’Indiens » !

La terre se couvre d’asphalte et de béton, pour le profit des oligarques vantant leur développement, au nom du « progrès », de « l’emploi », du « désenclavement ». Les populations, anesthésiées par la propagande des milieux d’affaires, ne comprennent pas l’ampleur d’un phénomène qui n’a aucune autre finalité que sa perpétuation.

Pendant ce temps, la biodiversité s’effondre. De 2007 à 2014, 30% des éléphants de savane d’Afrique ont disparu, passant de 457 000 à 352 000 individus. En France, les oiseaux communs, ceux des parcs et jardins, ceux des zones urbaines, sont menacés d’extinction, au même titre que les amphibiens, les reptiles et les insectes.

Les causes de cette mort du vivant sur l’ensemble de la planète sont bien connues : disparition des espaces naturels, prévarication des milliardaires en mal de spéculation face à tout espace non exploité, cupidité des uns, cruauté débile des autres. Entre le promoteur, ses grands ouvrages nocifs et l’idiot de village avec son gros fusil, la nature meurt.

Ainsi, les éléphants, illustration d’un phénomène global, sont victimes des riches Chinois, dépourvus de principes moraux, qui veulent des objets d’ivoire et des braconniers, insensibles à l’écologie et au respect dû à l’animal. D’autres ignorants stupides achètent, à grand prix, des cornes de rhinocéros, pour pallier des déficits d’érections, ce qui s’avère aussi efficace que s’ils consommaient leurs ongles ou leurs cheveux !

Décidément, l’humain a bien tort de s’enorgueillir car, entre sa cupidité, sa cruauté et sa sottise, il ne mérite guère son podium ! Trop nombreux, trop prédateurs, les hommes ne laissent plus de place aux autres espèces vivantes. Du sommet des montagnes aux plaines désertiques, des pôles aux forêts tropicales, l’espèce humaine submerge tous les milieux, les transforme, les exploite, les pollue. Dans un siècle, 75% de la biodiversité aura disparu. Réduire la pression démographique devient un impératif si l’on veut sauver la diversité des formes de vies sur terre.

Comment ? Pour faire gagner la vie, récusons la mort.

Tout être vivant, donc tout humain, possède un intérêt légitime à vivre. Il est donc souhaitable, au nom de cet intérêt, de prolonger la durée de la vie de chaque individu, en lui conférant la santé. Ne limitons pas la population par la mort, mais en utilisant deux autres facteurs.

C’est par la limitation des naissances et des migrations qu’il faut enrayer la cancérisation de la terre par une seule espèce. Bien sûr, ces préconisations n’ont pas le droit de citer, car elles heurtent autant les injonctions monothéistes, favorables au natalisme, que les catéchismes politico-sociologiques, pro-migratoires.

Me voici, une fois encore, iconoclaste choquant pour tous les esprits formatés, parfaitement incorrect au regard des préjugés.

Si certains pays ont vu s’abaisser leur taux de fécondité, à l’instar de la Russie, de l’Allemagne, du Japon, d’autres sociétés perdurent à croître, provoquant des déséquilibres sociaux et économiques dont elles sont les premières victimes.

Contrairement aux politiques natalistes promues par les politiciens archaïques, il y a lieu d’orienter les aides sociales vers la personne et non vers la famille.

La croissance démographique, outre le natalisme, repose désormais, en Europe, sur l’immigration. Que voilà un autre sujet tabou, propice au naufrage de la pensée, aux hallucinations idéologiques.

J’ose l’affirmer : la migration massive et forcée est une souffrance.

Premièrement, souffrance pour la nature, car l’augmentation de population appelle une urbanisation accrue. Deuxièmement, souffrance pour les personnes migrantes, arrachées à leurs terres, à leurs climats, à leurs ancêtres.Troisièmement, souffrance pour les populations locales, elles-mêmes confrontées à des difficultés sociales.

Le natalisme est, bien souvent, fruit de l’ignorance.

L’immigration est fruit de la misère, de la guerre, des obscurantismes qui jettent les peuples sur les routes d’un exil dangereux et douloureux, d’un déracinement frustrant.

Contre le natalisme, il convient d’émanciper la femme, de la libérer des conditionnements, des commandements prétendument divins ressassés par des sociétés archaïques, de lui permettre d’accéder à une sexualité choisie dégagée de la procréation subie.

Contre les migrations de masse, il convient de guérir la misère, la violence, les guerres tribales, les superstitions identitaires qui dressent les communautés les unes contre les autres.

Victor HUGO aurait pu dire : « c’est ici le combat du jour et de la nuit ». Si l’homme extermine l’éléphant d’Afrique, l’hirondelle de fenêtre, le loup, l’abeille et le hérisson, qu’il périsse, étouffé par sa pollution ou noyé dans le sang de ses guerres communautaristes dont nous avons les prémices.

Je veux encore l’inviter à un sursaut éthique, en se débarrassant des milliardaires qui assassinent la planète par leur exploitation frénétique, en éduquant au respect de la vie les idiots de village qui tuent parce qu’ils n’ont pas appris l’unité fondamentale du vivant.

L’humanité peut se perdre par ses tares. Elle peut se sauver en mutant de comportement. Nous, biocentristes, ayons la lucidité de dénoncer les vices majeurs de notre propre espèce pour que celle-ci se réconcilie avec elle-même et avec l’ensemble de ce qui vit.

____________________________________________________________________________

Ce texte a déjà été publié notamment sur le site de Gérard Charollois : Une force pour le vivant ainsi que sur le site Altermonde-sans frontières. Ancien magistrat, Gérard Charollois, est président de l’association écologiste Convention Vie et Nature. Il est également candidat à l’élection présidentielle de 2017.

7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 06:44

Alors que la campagne présidentielle s’ouvre sur la défection du candidat potentiel le plus emblématique, Nicolas Hulot, le livre de Michel Sourrouille : l’Ecologie à l’épreuve du pouvoir apparaît comme particulièrement bienvenu.

La présidentielle fait justement l’objet des deux premiers chapitres, l’auteur y retrace les enjeux écologiques de cette élection ainsi que son histoire du point de vue écologiste : positionnement et résultats des candidats « écolos » mais aussi engagements et réalisations écologiques (ou pas) des présidents effectivement élus. L’occasion de comprendre que l’histoire de l’écologie en politique commence à être assez longue - la candidature de René Dumont a désormais plus de 40 ans - mais aussi hélas que, dans le discours comme dans l’action, les progrès sont plutôt minces (à titre personnel je considère même que la compréhension des enjeux écologiques était très supérieure chez René Dumont que chez nombre de ses successeurs).

Le chapitre 3 analyse les positionnements écologistes des différents partis. Le moins que l’on puisse dire est que le constat est bien peu encourageant, Michel Sourrouille d’ailleurs n’hésite pas à qualifier les mouvements politiques de balbutiants en matière d’écologie. Il est vrai, et l’auteur le souligne avec raison, que la plupart des partis, de la gauche à la droite, sont largement croissancistes et productivistes, de quoi bien mal engager le combat nécessaire pour la planète.

A tous ceux qu’intéresse l’Histoire, le quatrième chapitre apportera un rappel exact de ce que furent les différents programmes des partis écologistes ou d’obédience proche depuis 1971;  de « La socialisation de la nature » de Philippe Saint Marc jusqu’à 2016. On y retrouvera par exemple les 8 points clefs défendus par Arne Næss qui constituent encore aujourd’hui une référence de l’écologie profonde.

L’une des originalités de l’ouvrage (cinquième chapitre) est de proposer l’organigramme d’un gouvernement écolo avec ses douze ministères, leurs attributions et la politique à mener par chacun. Notons que l’auteur considère que l’écologie étant un point essentiel et transversal, le premier ministre devrait lui-même être investi de la fonction de ministre de l’écologie et devrait arbitrer toutes les décisions au regard de cette responsabilité. Remarquons également que le Ministère du Travail s’appellerait Ministère du Travail et du Temps Partagé. Comment mieux souligner la priorité que l’auteur donne aux conditions du bonheur ?  Il est vrai qu’en tant qu’ancien professeur de sciences économiques et sociales, Michel Sourrouille n’oublie jamais ce second volet et met l’économie au service du bien être de chacun, un objectif bien souvent négligé. Autre exemple, le Ministère de l’Energie (appelé ici Ministère de l’Energie Durable en Adéquation avec les Besoins), aurait pour fonction non de fournir toujours plus d’énergie mais d’en assurer la pérennité tout en en faisant décroitre le besoin, voilà qui est aussi audacieux que nécessaire.

Après ce volet programmatique Michel Sourrouille laisse libre cours à sa réflexion personnelle dans un sixième chapitre intitulé : Perspectives pour le 21ème siècle, donner vie à l’utopie. Il revient ici sur de grands thèmes, tels la liberté, la solidarité et bien sûr la démographie, question qui lui est chère et sur laquelle il a le courage de défendre des positions en désaccord même avec la plupart des écologistes. Qui en France à aujourd’hui l’audace de défendre Malthus ? Hélas, bien peu.

Le livre se termine par une bibliothèque et un lexique très complets. Dans la bibliothèque  on mélangera avec plaisir les oeuvres d’auteurs familiers à tous ceux  qui s’intéressent à la question comme Ellul, Jonas, Lévi-Strauss, Malthus, Illich ou Thoreau mais aussi celles de personnages connus pour d’autres raisons comme Gandhi ou La Boétie.

Bref un ouvrage très exhaustif qui satisfera tous les partisans de l’écologie tant par la justesse de la réflexion que par la sincérité de l’auteur : Un livre à lire avant d’aller voter en 2017.

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Michel Sourrouille : L’écologie à l’épreuve du pouvoir, un avenir peint en vert pour la France. Editions Sang de la Terre, Paris, juin 2016, 366 pages, 19 €, ISBN 978-2-86985-330-0

Michel Sourrouille est également le coordonnateur de l’ouvrage « Moins nombreux plus heureux » (éditions Sang de la Terre).

L'écologie à l'épreuve du pouvoir, un livre de Michel Sourrouille
Published by Didier BARTHES - dans Notes de lecture
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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 19:44

Bientôt un demi-siècle que le combat écologique moderne a commencé, et la société industrielle de croissance n'a qu'à peine infléchi sa trajectoire. La volonté de consommer, le besoin de créer des emplois, les problèmes à résoudre du fait d'une population toujours plus nombreuse, la difficulté des politiques à poser et faire entendre les contraintes de long terme dans un cadre électoral simpliste, tout cela nous enferme dans une trajectoire que l'on sait pourtant impossible à tenir plus longtemps. Mais cela, c'est juste le premier piège enfanté par la triple rencontre entre l'idée naïve de progrès des Lumières, une perception tronquée de la démocratie déjà recensée par Tocqueville et une vision technicienne si bien décrite par Jacques Ellul.

L'autre piège, nous le vivons tous les jours. Cette société de croissance détruit peu à peu pour ses propres besoins tous les référents et les modes de vivre que les sociétés humaines ont construit patiemment dans le temps long de leur histoire. Non seulement nous perdons petit à petit les valeurs de sobriété et de tempérance portées sans discontinuer par les générations qui nous ont précédées pour nous plonger dans un bain culturel hors sol construit par des opérateurs marketing fonctionnant à la petite semaine, les yeux rivés sur leur business plan, mais en plus cette société, de par les échanges et déplacements massifs de population qu'elle autorise - touristiques ou migrations durables - crée des chocs que nos sociétés s'épuisent à gérer.

Hier le voile, aujourd'hui le burkini, et derrière ces symboles des problèmes immenses d'intégration et d'assimilation qui impliquent des investissements majeurs et qui occupent aussi, au sens fort d'une occupation, le champ politique. A travers les débats actuels, on devine que la question constituera un élément significatif de distinction dans la future élection présidentielle et il n'est pas dans l'esprit de l'auteur de ces lignes de minorer son importance : cela nous touche au quotidien et affecte ce qu'on appelle désormais notre vivre-ensemble. En clair il s'agit de notre façon de vivre et de la manière dont notre société se voit et se pense elle-même, dans son présent et dans son avenir. Mais, concrètement, notre maison brûle et notre énergie politique se trouve absorbée par les problèmes déclenchés par cette société de croissance qui se moque des frontières et des cultures nationales, jusqu'à oublier de débattre des conditions et des moyens pour prendre un virage écologique pourtant si nécessaire. Au vingtième siècle, c'est la question du totalitarisme qui nous a tant occupé qu'elle a masqué l'immense dérive écologique de nos sociétés, il ne faudrait pas que la question autour de l'Islam prenne désormais tant d'importance qu'elle absorbe l'énergie politique dont l'écologie a tant besoin.

Traiter les questions soulevées par les migrations et les chocs culturels qui en résultent, il le faudra bien, comme il faudra aussi gérer les populations littorales touchées par la montée des eaux. Toutefois ces soucis-là ne devront pas prendre le dessus sur la question de la remise en cause de la société industrielle de croissance, remise en cause nécessaire, pas suffisante, indispensable quand même, si l'on ne veut pas être submergé par les problèmes immenses qu'elle ne manquera pas de continuer à générer si on la laisse courir sur son erre.

Published by Jean Bruguier - dans Société
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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 12:04

Le « Oui » au référendum en faveur de la construction de l’aéroport de Notre Dame des Landes est une des plus tristes nouvelles que nous puissions recevoir. Ainsi, la nature a perdu !

On peut bien entendu arguer que le périmètre de la consultation fut particulièrement bien choisi. Qu’un vote sur la seule commune de Notre Dame des Landes (où le « Non » a recueilli 73 % des suffrages) eut donné un autre résultat; qu’un vote sur l’ensemble de la région ou même sur la France - après tout, cet aéroport revendique une vocation internationale - eut peut-être connu une autre issue. Il n’empêche que le score est franc, que cela ne s’est pas joué à deux voix près et que dans l’isoloir nul n’avait un pistolet sur  la tempe.

On peut à l’infini condamner quelques boucs émissaires, les « Vinci » bétonneurs, les politiques peu soucieux du long terme, les arguments de mauvaise foi et les moyens financiers des partisans du oui  mais cela serait trop facile, cela serait se rassurer à bon compte.

Il nous faut admettre que la cause écologique est loin de faire l’unanimité, que pour une part sensible de la population, les valeurs habituelles de notre société, la croissance et le progrès forcément salvateur, sont encore largement dominantes et que, dans la balance, la nature ne fait pas le poids.

Les lois de protection des plantes et des animaux sont tout simplement effaçables d’un trait de plume à l’approche de n’importe quel projet. Une règle qui peut être facilement détournée et qui l’est régulièrement, n’est tout simplement plus une règle, la conclusion est claire, il n’existe pas aujourd’hui de loi de protection de la nature. Les loups d’ailleurs en font  la triste expérience.

Rappelons que la même dérive toucha la région lyonnaise lors de la construction du stade dit des lumières auquel on sacrifia sans état d’âme et avec la bénédiction des principaux partis, mais aussi des amateurs de sport, une des rares zones de l’agglomération non encore bétonnées. Il en sera de même très probablement pour la réalisation d’une autoroute supplémentaire entre Lyon et Saint Etienne.

Dans les trois cas, une infrastructure existe ou existait déjà. Dans les trois cas nous voulons toujours plus, dans les trois cas la défense de la nature se fracasse contre l’intérêt immédiat et les peuples ne sont pas innocents. Ils savent bien d’ailleurs que les aéroports sont nécessaires aux voyages comme le sont les routes et les compagnies pétrolières pourtant si décriées. Ils ne votent pas tout à fait sans raison et les politiques le savent aussi, le chantage à l’emploi fait le reste.

Globaliser les choses, rappeler que sur un monde dévasté, irrespirable, sans plus un arbre, même la question de l’emploi sera sans importance ne convainc pas. Nous nous heurtons là sur l’impossible conciliation du local et du global, du court et du long terme, de la nécessité d’une approche générale à longue échéance et de la pression d’un intérêt plus tangible, plus évident pour demain matin.  Cette opposition concerne toutes les activités des hommes et depuis longtemps, toutefois, tant que l’humanité n’avait pas colonisé l’ensemble de la planète et construit une société globale nous pouvions, sur ce point,  laisser la réflexion à demain et la cantonner à quelques philosophes ignorés.

Cette opposition fondamentale constitue la justification la plus profonde de ceux que tente le pessimisme, car elle touche non seulement les faits, mais elle incline à admettre la radicale inaccessibilité des solutions. La faute est trop profondément en nous.

La participation active des populations au désastre, la béatitude d’une grande partie des mouvements écologistes qui se complaisent dans l’oxymore d’une croissance verte résultent sans doute pour une part d’un égoïsme assez naturel (et nécessaire ?) à toute forme de vie et il n’y aurait pas lieu de s’en inquiéter si cette forme de vie n’avait désormais la possibilité d’influer sur toutes les autres et ne s’était ancrée dans l’illusion d’en être indépendante. Mais ce n’est plus le cas, nous avons changé de monde et nous pouvons tout détruire.

A terme, la nature engloutira les prétentions des hommes, mais il eut été entretemps tellement plus raisonnable pour l’humanité d’être son amie, affectueuse et intelligente.

Published by Didier BARTHES - dans Actualités
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8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 16:04

Pour la première fois, un homme politique français, ancien Président de la République de surcroit, place la démographie au premier rang des questions environnementales et suggère, à l’instar de ce que l’on fait déjà pour le climat, mais avec une priorité encore supérieure, l’organisation de conférences annuelles sur le sujet afin, dit-il, « de définir une stratégie démographique sur la planète ». 

A deux reprises en effet, une première fois le 30 avril dernier au Conseil National des Républicains et dans l’entretien au JDD qui a suivi, puis de nouveau le 3 mai à l’occasion d’une journée de travail de ce parti consacrée à l’environnement, l’énergie et la mer, Nicolas Sarkozy a insisté sur la prééminence du problème de l’explosion démographique et a assuré que son parti proposerait l’organisation de telles conférences.

Des déclarations, si inhabituelles de la part d’un dirigeant politique de premier plan, montrent que le tabou commence peut-être à se fissurer.

Si Nicolas Sarkozy a tenu de tels propos c’est sans doute qu’il en est convaincu, mais évidemment aussi qu’il estime que ces paroles sont désormais en mesure d’être entendues, qu’elles ne constituent plus un handicap pour celui qui les évoque. C’est là un changement notable dans un milieu politique traditionnellement conservateur où, même lorsque les gens étaient persuadés de la gravité du problème démographique, ils préféraient garder le silence.

C’est un premier pas nécessaire pour passer aux étapes suivantes, c’est-à-dire à la généralisation de l’interrogation à l’ensemble de la classe politique, écologistes compris, puis à la tenue de telles conférences et enfin, espérons-le, à la mise en place de mesures qui seront d’autant plus efficaces et d’autant moins liberticides qu’elles seront prises tôt.

Voici un bref extrait du discours du 3 mai 2016.

« Il y a un phénomène que nous n’avons jamais connu, jamais. C’est la pression démographique planétaire qui va nous amener… à passer de sept milliards à onze milliards et demi en 2100, demain matin. Onze milliards et demi, personne n’a jamais vécu cela sur la planète... »

« Cela me paraît un défi un peu plus considérable que le seul défi du réchauffement climatique… mais alors qu’on a mis une COP 21 puis une COP  22, au Maroc  sur les changements climatiques,   Les Républicains demandent une conférence mondiale annuelle sur la démographie mondiale, sur la nécessité d’un planning familial et de  la (sur là ?)  définition d’une stratégie démographique sur la planète. »

Cette priorité qu’affiche Nicolas Sarkozy pour la démographie plutôt que pour le climat fera sans doute grincer quelques dents chez les écologistes, pourtant l’ancien président à raison d’aller à la racine du problème.

Les émissions de gaz à effet de serre sont une conséquence et non une cause première, conséquence de notre mode de vie et de nos effectifs toujours croissants. Si le premier de ces facteurs, le mode de vie, est régulièrement mis en cause, la démographie a pourtant sa part de responsabilité. Aucune personnalité aussi marquante n’avait jusqu’alors oser l’affirmer en public (*).

Bien entendu de tels propos ouvrent la porte à mille débats : Qui sera concerné ? Les pays à plus forte croissance démographique ? Les pays à plus forte densité ? Quelles autres actions - on pense notamment à l’éducation et au développement du planning familial - doivent être menées de pair ? Comment faire concrètement accepter l’idée d’une descendance plus modeste à des personnes pour qui cela semble la seule richesse ? Comment financer ces efforts ?  

Ces questions seront justement l’objet des conférences si le projet se concrétise; elles valent la peine d’être posées et la rupture mérite d’être soulignée.

(*) Nicolas Sarkozy a-t-il été convaincu par la lecture de ce livre ? A-t-il parcouru le site de l’association Démographie Responsable qui milite en ce sens depuis plusieurs années ?

Published by Didier BARTHES - dans Démographie
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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 16:24

Une société durable, démocratique et responsable, peut-elle tolérer qu'une partie significative de sa population se drogue ? Aujourd'hui la réponse en France est plutôt négative, même si une sorte de tolérance s'est peu à peu instituée avec pour effet de laisser s'installer une zone grise où on laisse faire, où on ferme les yeux, et puis de temps en temps on frappe, accentuant par là un sentiment d'arbitraire et d'injustice.

Les récents attentats ont cependant bien montré la perméabilité entre délinquance des quartiers, en bonne partie liée au trafic de stupéfiants en tout genre, et les réseaux terroristes. Il y a là une occasion unique d'engager le fer contre la drogue dans nos sociétés et de prendre des mesures sérieuses et courageuses. En effet, puisqu'il est désormais avancé que les trafics de stupéfiants encouragent la dégradation de la sociabilité dans des pans entiers du territoire, dégradation qui peut déboucher sur des actions terroristes, alors il est possible et fondé de rendre coresponsables de cette dégradation et de ses conséquences tous ceux qui alimentent ces trafics, pas seulement ceux qu'on considèrent comme les méchants dealers mais aussi ceux qui alimentent en bout de chaîne ces trafics en achetant et en consommant des stupéfiants.

Tuer le marché est une solution qui n'a été que peu explorée jusqu'à aujourd'hui, n'en déplaise à tous ceux qui estiment qu'on a tout essayé et qu'il ne reste que la solution de la dépénalisation. Mais que peut-on faire pour tuer le marché ? L'expérience menée depuis plus d'un demi-siècle, et qui s'est traduite essentiellement par une chasse policière aux trafiquants, a largement montré ses limites en se concentrant uniquement sur l'offre : la solution la plus évidente consiste donc à porter aussi les efforts sur la demande, en aval du trafic, c'est à-dire à décourager par des sanctions exemplaires ceux qui continueront à consommer des substances illicites.

Mais qui dit sanctions exemplaires évoque des sanctions qui peuvent bouleverser la vie de ces acheteurs. Il faut donc au préalable pour que ces mesures soient acceptables préciser quelques points.

D'une part, il semble nécessaire d'opérer une dissociation entre une consommation addictive et une consommation à but thérapeutique, et reconnaître cette dernière en la légalisant et en encadrant sa pratique.

D'autre part, il est important de prévenir préalablement tous les consommateurs de ces drogues que persévérer dans leur attitude se paiera d'un coût social très élevé : un large débat avant toute modification de nos règles de droit est d'autant plus nécessaire que les sanctions seront impactantes. De plus il faut prévoir de permettre à tous les addicts qui le souhaitent de se faire accompagner, avec l'aide compréhensive des autorités publiques, pour ensuite n'avoir à cibler que ceux qui s'entêtent à alimenter un trafic dommageable à l'ensemble de la collectivité et désormais perçus comme des personnes responsables et non plus comme des victimes innocentes piégées par de méchants dealers.

Déclarer la guerre à la drogue ne consiste pas à traiter les consommateurs en ennemis, mais à leur faire savoir qu'ils n'ont plus le choix, sauf à prendre des risques inconsidérés. La drogue, ça doit devenir tabou. Même dans le cadre d'une société de croissance dont tout porte à croire qu'elle va dans le mur. Même si l'absence de perspective, le côté no futur de la société industrielle, peut expliquer bien des comportements destructeurs. Car comment accepter de rester dans la présente situation, semi-permissive de facto, situation qui nous mène aujourd'hui à un point de rupture, avec non seulement des réseaux de délinquance aux innombrables ramifications mais aussi désormais des réseaux terroristes se nourrissant de cette décomposition sociale ? Comment aussi pourrions-nous tenter de prendre le virage écologique si nécessaire sans mettre tous nos moyens et toute notre force dans la conduite d'un changement d'une ampleur inégalée et qui a besoin de citoyens responsables et lucides : une société gangrenée par la drogue et ses trafics obère ses chances de réussir cet exigeant virage.

Published by Jean Bruguier - dans Société
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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 17:44

Dans la seconde partie du XXème siècle, on appelait ça les dégâts du progrès. Des paysages saccagés, des banlieues moches aux portes des villes patiemment construites au fil de notre histoire pluriséculaire, des pans entiers de la société rurale détruits, une sociabilité portée par le petit commerce et de nombreux artisans en voie de disparition, et une pollution qui commençait à se faire sentir. Mais, hormis de rares intellectuels accompagnés d'écologistes assez méfiants sur ce qui se préparait, la plupart des citoyens trouvaient leur compte dans cette société de croissance qui garantissait à la fois un confort domestique encore inconnu, un quasi-plein emploi et un système de retraite faisant oublier la misère frappant la majorité des personnes âgées. La machine à laver et la voiture faisaient gagner du temps et ouvraient de nouveaux horizons … Après le temps des deux guerres mondiales, la croyance en un avenir toujours meilleur, brisé en 1914, a fini par revenir. Et les dégâts dénoncés pouvaient sembler être corrigés ou absorbés par ce grand mouvement de progrès.

Mais la pollution a gagné du terrain, et on sait désormais que celle-ci abrège l'espérance de vie de millions de nos compatriotes.

Mais la société de croissance, opérant souvent un chantage à la guerre, a su créer des ensembles économiques immenses et favoriser les échanges commerciaux au niveau mondial, mettant en avant les idées économiques libérales, et surtout permettant dans les faits une concurrence déloyale favorisant les moins-disants sociaux et écologiques . Demandez aux agriculteurs survivants - et ils sont loin d'être les seuls - ce qu'ils en pensent !

Mais nos écosystèmes n'en peuvent plus de nos prélèvements et de nos rejets toujours plus massifs et les signaux d'alerte se multiplient, avec des conséquences que nous pouvons commencer à mesurer concrètement.

Mais notre système de retraites, tant vanté pour obtenir l'adhésion de nos populations, se révèle de plus en plus une construction intenable sans une remise en cause des montants versés et sans un report toujours plus tardif de l'âge de départ.

Cela ne suffit pas. Aujourd'hui, pour relancer un taux de croissance stagnant depuis une décennie, ce sont les règles habituelles et l'esprit du salariat qui sont remis en cause, transformant aisément les employés en simple variable d'ajustement dans la stratégie de l'entreprise. Bien sûr celles-ci n'ont pas attendu la loi El Khomri pour licencier, mais ce que cette loi change profondément, c'est un état d'esprit : auparavant le licenciement économique était majoritairement vécu comme un échec par l'entreprise, demain il sera perçu comme un acte dynamique de gestion. Et c'est sans doute cela qui fait que la société française se cabre devant cette évolution, refusant instinctivement de mettre la vraie vie des salariés dans la moulinette des études de cas comme enseignées à l'INSEAD et autres MBA.

Jusqu' où faudra-t-il aller pour soutenir la société de croissance, jusqu'où accepterons-nous la destruction de ce qui fait société, de ce qui fait notre société, pour tenir à bout de bras un modèle incapable de voir à trente ans et qui, si l'on se souvient des avertissements énoncés par Claude Lévi-Strauss, René Dumont ou Jacques Ellul, doit faire l'objet d'un changement majeur ?

Published by Jean-Christophe VIGNAL - dans Société
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7 mars 2016 1 07 /03 /mars /2016 15:24

Il y a quelques années, le philosophe Bertrand Méheust publiait La politique de l’oxymore. Il décrivait dans cet ouvrage la façon dont nos sociétés, - leurs dirigeants, mais aussi leurs opposants - n’hésitent pas à mettre en avant (en aveu ?) des propositions parfaitement contradictoires, ceci afin de masquer les tensions et sembler satisfaire des attentes par nature incompatibles. La croissance verte, le développement durable, la flexisécurité  nous sont devenus familiers. Cela ne peut que souligner l’extraordinaire préscience d’un Georges Orwell, décrivant dans 1984 un monde où les slogans du gouvernement étaient « la guerre, c’est la paix », « la liberté, c’est l’esclavage », « l’ignorance, c’est la force ».  

En ce début de 21ème siècle, la survenue de pratiques envisagées dans la science-fiction des années 1950 est frappante. La surveillance, la géolocalisation permanente et la prééminence d’une pensée convenue sont en passe de devenir des réalités. Comme les écrivains l’avaient pressenti, et c’est peut-être là le pire, cela nous semble normal.  C’est ainsi que se referme le piège.

La candidature de la ville de Paris à l’organisation des Jeux Olympiques de 2024 - candidature renouvelée après l’échec de celle de 2012 - illustre au mieux ces contradictions assumées et presque revendiquées. L’oxymore  est flagrant, car alors que les Jeux Olympiques sont adulés et retransmis ad nauseam, ils contredisent à peu près sur tous les plans, l’ensemble des valeurs dont notre société aime par ailleurs à faire la louange.

La compétition en est le premier exemple. Vilipendée dans la plupart des domaines et notamment dans le monde scolaire où, après les classements, les notes elles-mêmes sont mises en cause, la compétition est repeinte en rose (ou en vert) pour les Jeux, où elle devient alors une sorte de saine émulation où vainqueurs et vaincus participent en toute coopération à la  gloire du plus « méritant ». De qui se moque-t-on ? (1) La compétition, lors des Jeux comme ailleurs, consiste à être devant les autres, à les battre et à en tirer gloire et profit. En faire ici un vice et là une vertu est la seule façon de faire passer l’oxymore. C’est la forme du mensonge.

L’internationalisme bon enfant est la seconde victime des Jeux. On nous vante, là aussi, des peuples s’aimant et se regroupant pour des fêtes aussi « saines » que grandioses. Les deux grands mouvements dictatoriaux du 20ème siècle, le communisme et le nazisme, l’avaient d’ailleurs bien compris, eux qui utilisèrent si habilement le sport comme outil de propagande. Le comptage des médailles auquel se livrent les journaux comme les nations en fait foi. Cette course à la gloire à conduit de nombreuses compétitions sportives, et les Jeux en particulier, à pousser le dopage jusqu’à ses limites les plus absurdes. Il fut un temps, où, notamment dans les pays de l’Est, même le sexe des athlètes en devenait incertain.

Le mensonge, ou pour le moins l’imprudence, s'étend à l’économie et la rigueur budgétaire lui est sacrifiée. La candidature de Paris fait aujourd’hui état d’un budget de 6,2 milliards d’Euros. Or, toutes les récentes Olympiades ont été l’occasion de dépassements faramineux. Les problèmes économiques connus par la Grèce en sont pour une part la conséquence.

A chacun de n’en être pas dupe, de refuser la pensée convenue, de ne pas suivre le troupeau. Les mots n’ont pas pouvoir à effacer la réalité des contraires. Ni la France, ni Paris n'ont probablement besoin de ces Jeux, à nous de les regarder avec moins d'indulgence.

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La politique de l’oxymore, Bertrand Méheust, Editions La découverte, 2009, 162 p.

(1) De nous !

Published by Didier BARTHES - dans Société
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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 15:24

Il est souvent instructif d'aller voir ce que produisent les grands machins comme les Nations Unies. En l'occurrence, leurs discours sur la démographie semblent, au vu des politiques suivies en Europe occidentale, être pris au sérieux par nos dirigeants politiques. Et c'est le premier mérite de l'article de Denis Garnier d'attirer notre attention sur le thème de la nécessité qu'auraient nos pays d'importer des populations « pour éviter le déclin et le vieillissement de la population qui résultent des taux bas de fécondité et de mortalité. »

Nécessité qu'on peut d'autant plus interroger, comme le souligne le président de Démographie Responsable, que les pays cités dans l'étude des Nations Unies sur les migrations de remplacement ont déjà des densités de population qui oscillent entre 200 et 500 habitants au km². Or un tel taux de densité suppose une exploitation intensive des biotopes, exploitation incompatible avec un usage prudent et responsable de nos territoires. Même un mode de vie frugal ne serait pas suffisant pour que l'espace de notre vieil Occident, pourtant plutôt gâté par la nature avec ses paysages aisément habitables et son climat dans l'ensemble tempéré, conserve toutes ses potentialités pour les générations futures.

Au-delà de toutes les questions, qu'elles soient démographique ou écologique,  que pose ce choix d'opérer un transfert de population, il y a aussi deux remarques sur la méthode suivie par les Nations Unies et nos dirigeants.

Il y a d'abord dans cette façon de procéder une logique d'ingénierie appliquée à l'humain qui fait un peu froid dans le dos. La facilité avec laquelle ces grands dirigeants imaginent de transférer des dizaines de millions de personnes sans se soucier plus que ça des arrachements familiaux et des chocs culturels que cela implique est étonnante : pour eux les femmes et les hommes ne sont que des êtres interchangeables ou suffisamment malléables pour être placés ici ou là selon les besoins de nos sociétés. Bien loin du printemps des peuples vécu en Europe au mitan du XIXème siècle ou du savoir anthropologique et ethnologique développé tout au long du XXème siècle, nos dirigeants semblent plutôt s'inscrire dans la pratique des grands déplacements de population mis en œuvre par les régimes totalitaires, même si les méthodes ne sont pas comparables.

Se profile aussi la question du respect des choix du peuple, question difficilement occultable dans un système politique qui se veut démocratique et donc promeut selon la formule d'Abraham Lincoln le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. Or il semble bien que les peuples autochtones, en Italie au Japon en Allemagne en Bulgarie et même en France, aient choisi globalement une décroissance démographique plus ou moins forte. Car l'avenir d'une société ne passe pas seulement par le choix de telle ou telle équipe de gouvernants mais aussi par la somme des choix individuels et familiaux de toute une société. Au nom de quoi des dirigeants s'arrogent-ils le droit de corriger le choix collectif de toute une société en important des populations entières pour compenser un soi-disant manque démographique ? Au nom de la société de croissance qu'ils défendent à tout prix, croyant ainsi contribuer à équilibrer les comptes d'une société qui dans les faits court à sa perte, quand des peuples sentent instinctivement qu'il faut réduire la voilure en étant moins nombreux pour affronter les crises qui s'annoncent ? Ou pour défendre un appétit de pouvoir sur toujours plus de gens ?

Peu importe leurs raisons, ce qu'il faut noter, c'est que le choix d'introduire des millions de personnes dans des sociétés fortement structurées n'a jamais été soumis à une ratification démocratique. Et quand les peuples regimbent, ces mêmes dirigeants utilisent la métaphore de la société fermée sur elle-même, connotée négativement au contraire d'une société ouverte, pour disqualifier tout débat. En clair, refuser l'arrivée de millions de migrants, c'est être d'extrême droite, tout près d'Hitler et du camp du mal.

Avoir pour dirigeants des apprentis-sorciers qui croient piloter une société comme des ingénieurs une machine, le tout en passant allègrement par-dessus le choix des peuples en pratiquant un déni démocratique, c'est aussi comme cela que l'on peut voir le débat sur les migrations de remplacement.

Published by Jean Bruguier - dans Démographie
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